CONSEIL DE SÉCURITÉ: LE SECRÉTAIRE GÉNÉRAL ADJOINT AUX OPÉRATIONS DE MAINTIEN DE LA PAIX SE DÉCLARE PESSIMISTE FACE AU DÉPLOIEMENT EN COURS DE L’OPÉRATION HYBRIDE UA-ONU AU DARFOUR

9 janvier 2008
CS/9222

CONSEIL DE SÉCURITÉ: LE SECRÉTAIRE GÉNÉRAL ADJOINT AUX OPÉRATIONS DE MAINTIEN DE LA PAIX SE DÉCLARE PESSIMISTE FACE AU DÉPLOIEMENT EN COURS DE L’OPÉRATION HYBRIDE UA-ONU AU DARFOUR

9 janvier 2008
Conseil de sécurité
CS/9222
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Conseil de sécurité

5817e séance – matin

CONSEIL DE SÉCURITÉ: LE SECRÉTAIRE GÉNÉRAL ADJOINT AUX OPÉRATIONS DE MAINTIEN DE LA PAIX SE DÉCLARE PESSIMISTE FACE AU DÉPLOIEMENT EN COURS DE L’OPÉRATION HYBRIDE UA-ONU AU DARFOUR

Le Secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de la paix, M. Jean-Marie Guéhenno, a dressé, ce matin, un bilan pessimiste du déploiement de l’Opération hybride Union africaine-Nations Unies au Darfour (MINUAD).  Présentant aux membres du Conseil le dernier rapport du Secrétaire général sur cette question, il a précisé que cinq mois après l’adoption, le 31 juillet 2007, de la résolution 1769, l’Opération n’a toujours pas reçu les garanties et l’accord du Gouvernement soudanais au sujet de questions techniques de base. 

Le Secrétaire général adjoint a lancé un appel aux membres du Conseil pour qu’ils contribuent à régler les questions en suspens, y compris celles portant sur les capacités spécialisées, l’équipement nécessaire à la Force hybride et le processus politique.  L’Opération ne disposera pas en effet du personnel et du matériel lui permettant de mettre en œuvre son mandat au cours de nombreux mois à venir.  Sans des développements décisifs, les efforts internationaux de paix et de stabilité au Darfour connaîtront des conséquences désastreuses, a-t-il prévenu.

M. Guéhenno a indiqué que le rapport du Secrétaire général parlait de lui-même et que sa présentation était axée sur les nombreux défis et obstacles rencontrés pour déployer la MINUAD au Darfour, notamment la grave détérioration de la situation en matière de sécurité depuis l’exposé présenté au Conseil le 13 décembre 2007.  Le Secrétaire général adjoint a précisé qu’un certain nombre de questions en suspens ayant entravé les efforts de déploiement de la MINUAD, qui a pris le relais de la Mission de l’Union africaine au Darfour (MUAS) le 31 décembre 2007, n’avaient pas été résolues et dépendaient directement des résultats des discussions avec le Gouvernement du Soudan.  Ces questions portent sur la composition de la force, la finalisation du statut des forces, l’autorisation de fonctionner 24 heures sur 24 et l’uniforme des forces militaires et de police.

Le Secrétaire général adjoint a précisé que des discussions avec le Gouvernement soudanais sur la composition militaire de la MINUAD duraient depuis plus de trois mois maintenant et que le Gouvernement avait émis des objections quant au déploiement d’unités thaïlandaises et népalaises et avait rejeté verbalement le déploiement d’une unité nordique, ce qui aura des conséquences importantes sur la vitesse de déploiement de la MINUAD et les activités de réhabilitation des infrastructures.  S’agissant de l’accord sur le statut des forces, il a précisé que le Gouvernement soudanais s’était dit prêt à engager des consultations le 13 décembre mais qu’aucun interlocuteur à ce jour n’était disponible.  Selon nos dernières informations provenant de Khartoum, les négociations devraient reprendre samedi, a indiqué le Secrétaire général adjoint qui a précisé que pour accélérer ces négociations, le Sous-Secrétaire général, M. Hocine Medili, a été nommé comme Représentant spécial conjoint adjoint pour l’appui aux opérations et à la Mission. 

À l’heure actuelle, a précisé M. Guéhenno, la MINUAD n’est autre que la MUAS, à l’exception du béret vert qui a été remplacé par le béret bleu des Nations Unies, mais elle ne bénéficie que de peu de troupes supplémentaires.  L’Opération hybride dispose au total de 9 000 membres en uniforme.  Le Secrétaire général adjoint a aussi précisé qu’il était indispensable de déployer plus rapidement de nouvelles unités au Darfour et il a regretté que les récentes négociations sur le mémorandum d’accord ne progressaient pas suffisamment et rapidement.  En outre, certains pays contributeurs de troupes assortissent leur participation de conditions, ce qui ne nous permet pas d’accepter leur contribution.  Si nous devions accepter que l’on nous impose de telles conditions, la MINUAD perdrait sa capacité à mettre en œuvre son mandat.

Détaillant plus particulièrement les prochains déploiements de troupes, M. Guéhenno a annoncé que des bataillons d’infanterie égyptiens et éthiopiens pourraient être déployés au Darfour d’ici à la fin du mois de février, que le reste de l’unité d’ingénieurs chinois devrait l’être d’ici à la fin du mois de mars et que toutes les unités d’appui devraient l’être avant le mois de juin 2008.  Il a précisé que le déploiement continuait de se heurter à d’importantes lacunes.  Ainsi, la Mission n’a pas reçu de proposition en matière de transport aérien, un pays contributeur de troupe a retiré son offre de déploiement d’une unité logistique tandis qu’une unité de reconnaissance aérienne n’a pas pu être retenue car elle n’était pas conforme aux exigences de l’opération.  Nous explorons toutes les possibilités pour combler ces lacunes et sommes actuellement en pourparlers avec l’Ukraine et la Fédération de Russie, a-t-il dit. 

Le Secrétaire général adjoint a également insisté sur la détérioration dramatique de la situation en matière de sécurité au Darfour.  Il a évoqué des affrontements entre le Mouvement pour l’égalité et la justice et les Forces armées soudanaises dans l’ouest du Darfour, notamment l’attaque du 29 décembre, et a déclaré que cette situation risquait d’empirer en raison d’hostilités impliquant des éléments tchadiens.  De nombreux médias ont en effet fait état de bombardements par les forces tchadiennes dans le sud et l’ouest du Darfour où se trouveraient des rebelles tchadiens.  Il s’agit d’un développement inquiétant qui est de nature à mener à une escalade des affrontements qui prendraient une dimension internationale et transfrontalière et compliquerait les efforts de maintien de la paix dans les deux pays.

M. Guéhenno a aussi mis l’accent sur le défi que représente la violence dans l’ouest du Darfour pour la MINUAD, qui est une mission de maintien de la paix n’ayant pas été établie pour fonctionner dans une zone de guerre.  Évoquant l’attaque menée par les Forces armées soudanaises à l’encontre d’un convoi de la MINUAD dans l’ouest du Darfour, il a indiqué avoir rencontré hier le Représentant permanent du Soudan auprès des Nations Unies qui a fait état de l’engagement de son gouvernement à protéger le personnel de la MINUAD et même de mettre pleinement en œuvre la résolution 1769.  Il a aussi confirmé l’intention de son gouvernement de mener une enquête à laquelle participeront les Nations Unies.

Le Secrétaire général adjoint a également informé le Conseil des démarches menées par les Envoyés spéciaux, M. Jan Eliasson et M. Salim Ahmed Salim, qui se rendront au Soudan dans la semaine pour davantage de consultations avec le Gouvernement et les divers mouvements.  Au cours des cinq dernières semaines, cinq groupes principaux ont émergé et certains discutent d’une plate-forme commune de négociation et de leur réorganisation interne.

RAPPORTS DU SECRÉTAIRE GÉNÉRAL SUR LE SOUDAN

Rapport du Secrétaire général sur le déploiement de l’Opération hybride Union africaine-Nations Unies au Darfour (S/2007/759)

Ce rapport porte sur l’évolution de la situation depuis août 2007 et fait part des progrès accomplis et des obstacles rencontrés dans la mise en place des dispositifs d’appui initial et d’appui renforcé et de l’Opération hybride Union africaine-Nations Unies au Darfour (MINUAD) dans les domaines suivants: l’application du communiqué commun du Gouvernement soudanais et de l’ONU sur la facilitation des activités humanitaires au Darfour; le déroulement du processus politique; la mise en œuvre de l’Accord de paix pour le Darfour et le respect par les parties de leurs obligations internationales et des engagements qu’elles ont pris dans les accords pertinents; et le cessez-le-feu et la situation sur le terrain au Darfour.

Dans ses observations, le Secrétaire général estime que seuls des progrès modestes pourront avoir lieu, notamment en ce qui concerne la situation de la population civile, compte tenu du fait que lors du transfert d’autorité, la MINUAD aura essentiellement à sa disposition les moyens qui sont actuellement ceux de la MUAS sur le terrain.  Outre le fait que ses effectifs seront limités, la Mission ne disposera pas non plus des moyens aériens que le Secrétaire général considère comme indispensables.  Il regrette que le Gouvernement soudanais ne semble pas avoir pleinement compris qu’une MINUAD vigoureuse et efficace contribuera à la stabilité du Darfour à long terme.  En outre, la poursuite des activités des mouvements rebelles atteste toute la précarité de la situation dans laquelle la MINUAD va commencer ses opérations avec des moyens limités.

Le Secrétaire général précise toutefois que malgré ces difficultés, les éléments militaires et de police prendront des positions plus avancées.  Les patrouilles, l’aide aux personnes déplacées à l’intérieur du pays et l’appui à l’action humanitaire augmenteront.  Ce changement d’approche ne saurait toutefois remplacer les milliers de soldats et policiers et les matériels qui sont indispensables et qui n’arriveront que plus tard au cours de l’année 2008.  Ceci est particulièrement préoccupant, ajoute le Secrétaire général.

Celui-ci a réitéré l’appel qu’il avait lancé aux États Membres pour leur demander d’appuyer l’accélération du déploiement de certaines unités et de combler les lacunes existant dans la composition de la force.  « J’estime, précise-t-il, que la communauté internationale ne peut prendre le risque de déployer une force faible au Darfour. »  Il estime aussi impératif que l’Organisation des Nations Unies et l’Union africaine puissent travailler avec le Gouvernement soudanais pour examiner et régler rapidement les questions techniques complexes liées au déploiement.

Tout en jugeant que l’union d’un certain nombre de mouvements rebelles en deux coalitions constituait un pas en avant, le Secrétaire général prévient qu’il reste encore énormément à faire.  Les parties doivent régler la question qui les occupe actuellement –celle de savoir qui sera à la table des pourparlers– pour consacrer toute leur énergie, avec l’appui de la médiation Union africaine-Organisation des Nations Unies, aux négociations elles-mêmes.

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À l’intention des organes d’information • Document non officiel
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