AG/10752

OBJECTIFS DU MILLÉNAIRE POUR LE DÉVELOPPEMENT: DANS UN CONTEXTE DE CRISE ALIMENTAIRE, ÉNERGÉTIQUE ET FINANCIÈRE, LES ACQUIS SONT MENACÉS

25/09/2008
Assemblée généraleAG/10752
Département de l’information • Service des informations et des accréditations • New York

Assemblée générale

Soixante-troisième session

Manifestation de haut niveau sur les OMD                   

Matin et après-midi


OBJECTIFS DU MILLÉNAIRE POUR LE DÉVELOPPEMENT: DANS UN CONTEXTE DE CRISE ALIMENTAIRE, ÉNERGÉTIQUE ET FINANCIÈRE, LES ACQUIS SONT MENACÉS


Des contributions d’une valeur de près de 16 milliards de dollars

ont été annoncées au cours de la journée spécialement consacrée aux OMD


Les chefs d’État et de gouvernement, ministres et représentants des États Membres, réunis aujourd’hui dans le cadre de la Réunion de haut niveau sur les Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD), ont préconisé, face à un contexte mondial difficile, de redoubler d’efforts pour conserver les acquis et assurer la réalisation des OMD pour 2015.  Cette mobilisation s’est concrètement traduite en annonces de contribution d’un montant de près de 16 milliards de dollars.


« Aujourd’hui, nous avons renforcé le partenariat mondial pour le développement », s’est réjoui dans sa déclaration de clôture M. Ban Ki-moon, Secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies.  Ce matin, il avait ouvert cette journée spéciale par un constat sans appel: « la communauté internationale avance dans la bonne direction, mais elle n’avance pas assez vite.  À mi-parcours de la date butoir de 2015, il est urgent d’insuffler une nouvelle énergie dans le partenariat pour le développement », avait alors averti sans détour M. Ban Ki-moon. 


En effet, si la communauté internationale a enregistré plusieurs succès en faveur de la réalisation des OMD notamment en matière de vaccination contre la rougeole, de lutte contre le sida, de scolarisation ainsi que dans la réduction de l’extrême pauvreté, la triple crise alimentaire, énergétique et financière fait peser un risque sur ces acquis et peut entraver l’accomplissement d’autres progrès, a expliqué le Secrétaire général.  Dans un rapport établi pour l’occasion, il a souligné que les conditions favorables qui ont contribué aux succès remportés à ce jour sont aujourd’hui fortement menacées. 


Dans ce contexte, le Secrétaire général a relevé l’importance de mettre en place des partenariats renforcés et coordonnés entre pays et entre les secteurs public et privé.  Pour le Président de l’Assemblée générale, M. Miguel d’Escoto Brockmann, le plus important serait de procéder à une augmentation substantielle de l’assistance internationale.  Il a à cet égard fait remarquer que la part de l’aide publique au développement (APD) consacrée à l’aide à l’agriculture a diminué de 17% en 1996 à 3% aujourd’hui.  Alors que le monde affronte une crise alimentaire, il est impératif d’aider les pays pauvres à augmenter leurs capacités de production, a-t-il souligné ce matin. 


« La crédibilité de la communauté internationale est aujourd’hui soumise à un test », a pour sa part souligné M. Gordon Brown, Premier Ministre du Royaume-Uni, estimant que la Réunion de haut niveau offrait l’occasion de créer une coalition historique contre la pauvreté.  Plus concrètement, M. José Manuel Durao Barroso, Président de la Commission européenne, a précisé que l’Union européenne (UE) s’engage à augmenter le niveau de son aide publique au développement (APD) pour que celui-ci atteigne 0,56% du PIB de ses États membres en 2010 et 0,7% d’ici à 2015.  En outre, la Commission européenne va créer une « Facilité alimentaire » pour conjurer les effets de la crise alimentaire, a annoncé M. Barroso. 


Le Premier Ministre du Conseil des affaires d’État de la Chine, M. Wen Jiabao, a indiqué quant à lui que son pays va faire un don de 30 millions de dollars à l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) pour financer des projets de développement agricole.  M. Hamad Bin Jassim Bin Jabr Al-Thani, Premier Ministre et Ministre des affaires étrangères du Qatar, a également assuré que le Qatar entend contribuer au partenariat mondial pour réaliser les OMD dans les délais fixés.


D’autre part, dans le cadre de la soixantaine d’événements organisés parallèlement à la Réunion de haut niveau, d’importantes annonces de contribution ont été faites par des gouvernements, des fondations philanthropiques, des milieux d’affaires et des organisations de la société civile. Les contributions financières annoncées en faveur du soutien à la réalisation des OMD se sont élevées à près de 5 milliards de dollars pour des projets liés à l’alimentation, plus de 4,5 milliards de dollars pour le secteur de l’éducation, et plus de 3 milliards de dollars pour l’éradication du paludisme.


Trois tables rondes, portant respectivement sur la pauvreté et la faim, l’éducation et la santé, et la viabilité environnementale, et réunissant plus de 140 intervenants, ont été organisées au cours de la journée. 


Dans leurs déclarations de clôture, le Secrétaire général et le Président de l’Assemblée générale se sont réjouis du succès de la Réunion, qui est la première de haut niveau organisée sur les OMD depuis le Sommet du Millénaire en 2000.  Ils ont souhaité que le partenariat mondial pour le développement soit encore renforcé lors de la tenue de la Conférence sur le financement du développement, prévue à Doha en novembre prochain.  En outre, le Secrétaire général a annoncé qu’il entendait faire de la santé mondiale une priorité en 2009, et qu’il proposerait par ailleurs la tenue d’un Sommet en 2010 pour faire un nouveau bilan des progrès accomplis et des actions à mener en vue de la réalisation des OMD à l’horizon 2015. 


MANIFESTATION DE HAUT NIVEAU SUR LES OBJECTIFS DU MILLÉNAIRE POUR LE DÉVELOPPEMENT, CONVOQUÉE PAR LE SECRÉTAIRE GÉNÉRAL ET LE PRÉSIDENT DE L’ASSEMBLÉE GÉNÉRALE


Déclarations liminaires


M. BAN KI-MOON, Secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies, a rappelé qu’il y a huit ans, la communauté internationale s’est fixée des objectifs ambitieux pour libérer l’humanité de la faim, de l’analphabétisme, de la maladie, de la marginalisation et de la dégradation de l’environnement.  « Aujourd’hui, nous pouvons faire fond sur de nombreux succès », s’est-il réjoui.  À titre d’exemple, il a mentionné, entre autres, les campagnes de vaccination contre la rougeole qui ont sauvé 7,5 millions de vies, les avancées dans la lutte contre le sida et l’augmentation des taux de scolarisation de plusieurs pays africains.  Le Secrétaire général a toutefois fait remarquer que bien que la communauté internationale avance dans la bonne direction, elle n’avance pas assez vite.  En Afrique subsaharienne, le nombre des pauvres a augmenté entre 1990 et 2005, a-t-il déploré.  Les disparités entre hommes et femmes dans les domaines de la santé, de l’éducation et de l’emploi persistent.  Et la crise financière actuelle menace le bien-être de milliards de personnes et en particulier les plus pauvres, a-t-il ajouté.


M. Ban Ki-moon a dès lors préconisé d’insuffler une nouvelle énergie dans le partenariat pour le développement.  « Nous sommes la première génération qui dispose des ressources, connaissances et compétences nécessaires pour éliminer la pauvreté », a-t-il fait observer, avant de souligner que « là où il y a de la volonté politique, il y a des progrès ».  Prenant pour exemple la récente campagne des Nations Unies contre le paludisme, il a démontré que le succès des objectifs des Nations Unies passe par la mise en place de partenariats entre les secteurs public et privé, par un financement précis, par la coordination entre plusieurs pays et partenaires et, enfin, par une vraie direction politique.  Le Secrétaire général a souligné que ce que les Nations Unies ont réussi à faire avec le paludisme, elles peuvent le faire en matière d’éducation, de santé maternelle, d’environnement et d’agriculture.


Le Secrétaire général a par ailleurs souhaité que la communauté internationale lance un signal clair qui démontre clairement sa volonté de trouver un accord à la Conférence de Doha, chargée d’examiner le financement du développement, qui se tiendra en décembre prochain.  « Les pauvres se tournent vers leurs gouvernements et les Nations Unies », a-t-il constaté.  « Nous leur devons des comptes », a-t-il souligné.  M. Ban a également espéré que les États accepteront sa proposition de convoquer un Sommet officiel en 2010 pour faire un nouveau bilan des progrès dans la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD).  Pour conclure, il s’est félicité de la mobilisation générale en faveur des OMD, comme en témoigne le nombre de participants réunis aujourd’hui.


M. MIGUEL D’ESCOTO BROCKMANN, Président de la soixante-troisième session de l’Assemblée générale, a rappelé qu’avec la Déclaration du Millénaire et l’établissement des Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD), les États Membres s’étaient engagés à réduire de moitié le nombre de personnes vivant dans l’extrême pauvreté d’ici 2015 mais aussi à résoudre les problèmes de la faim, de la malnutrition, des maladies, à promouvoir la parité entre les sexes, et à garantir l’éducation de base pour tous.  Il a déclaré qu’il fallait procéder à une augmentation substantielle de l’assistance internationale en faveur des pays les plus pauvres, regrettant que peu d’États aient tenu la promesse qu’ils avaient faite d’allouer 0,7% de leur produit intérieur brut (PIB) à la coopération pour le développement.  « Pour chaque dollar que les pays développés dépensent pour l’assistance internationale, ils en investissent 10 dans les budgets militaires », a-t-il regretté.  Il a aussi noté que le prix d’un seul missile pouvait permettre de construire 100 écoles en Afrique, en Asie ou en Amérique latine.  Le coût de la guerre mené en Iraq aurait pu à lui seul, permettre la scolarisation de tous les enfants qui, à travers le monde, ne vont pas à l’école, faute de moyen, a dit M. d’Escoto Brockmann.  Il a également souligné que les pratiques commerciales injustes actuellement en vigueur retardaient le développement des pays pauvres.    


Le Président de l’Assemblée générale a relevé que les progrès réalisés en faveur des OMD étaient, à quelques rares exceptions, limités.  Il a indiqué que la crise alimentaire mondiale exacerbait les tensions sociales et générait une hausse considérable de l’extrême pauvreté.  Il a affirmé que, pour y répondre, il fallait réduire les inégalités dans le système mondial de production alimentaire et aider les pays pauvres à augmenter leur capacité de production.  La Banque mondiale a conclu que 75% de la hausse des prix des denrées alimentaires étaient dus à la production de biocarburants et aux facteurs qui lui sont liés, a souligné le Président de l’Assemblée.  La crise alimentaire actuelle est due en grande partie à l’adoption de politiques protectionnistes et à la volonté de préserver des intérêts spéciaux, a accusé le Président de l’Assemblée.  D’autre part, les énormes sommes versées sous forme de subvention agricole par les pays industrialisés à leur agriculture ont contribué à affaiblir le secteur agricole des pays en développement, a rappelé Miguel d’Escoto Brockmann.  L’aide à l’agriculture a diminué de 17% du montant total de l’aide publique au développement (APD) en 1996 à 3% de l’APD aujourd’hui, a-t-il précisé.   Huit ans après l’adoption de la Déclaration du Millénaire, les inégalités mondiales demeurent et se sont mêmes aggravées depuis 2000, a indiqué M. d’Escoto Brockmann.  Il a noté que 3,14 milliards de personnes vivent avec moins de 2,5 dollars par jour, dont 44% d’entre elles avec moins de 1,25 dollars.  Il a ajouté que, chaque jour, 30 000 personnes décédaient des conséquences de la malnutrition, de la faim, et de maladies qu’il est possible de prévenir.  Il a déclaré que la structure économique mondiale avait affecté l’accès à trois biens de base, l’alimentation, l’eau et le pétrole, qui sont désormais contrôlés par un petit groupe d’institutions financières et de corporations. 


Appelant à inclure les personnes autochtones dans la réalisation des OMD, il a estimé que seules une réflexion claire et des décisions politiques courageuses permettraient de traiter les causes structurelles de la situation actuelle et de parvenir à la réalisation de ces Objectifs.  Nous avons beaucoup à apprendre des peuples autochtones, qui sont nos frères et sœurs, en ce qui concerne les soins à apporter à la nature et à notre planète, qui ont, depuis la nuit des temps,  permis la survie de l’espèce humaine.


M. JAKAYA MRISHO KIKWETE, Président de la République-Unie de Tanzanie et Président en exercice de l’Union africaine, a profité de cette journée consacrée aux Objectifs du Millénaire pour le développement pour tirer le bilan de la réunion de haut niveau sur les besoins de développement de l’Afrique qui s’est tenue le 22 septembre dernier.  Il a rappelé que cette réunion avait été convoquée pour permettre à la communauté internationale de discuter d’une action collective.  Le Président de la Tanzanie a fait observer qu’elle a été couronnée par l’adoption d’une déclaration politique.  Celle-ci reconnaît, entre autres, que la pauvreté et les pénuries sociales constituent les principaux défis que l’Afrique doit relever, a-t-il précisé.  Elle réaffirme les engagements passés et présents de coopérer pour faire relever les défis rencontrés par l’Afrique, a ajouté M. Kikwete.


Le Président Kikwete a attiré l’attention sur les progrès réalisés en Afrique grâce à la mobilisation de ressources nationales, la mise en place de stratégies de développement novatrices et l’aide publique au développement.  Les États africains ont œuvré à la création d’un état de droit, à la protection des droits de l’homme et au règlement des conflits pour promouvoir le développement durable, a-t-il souligné.  Toutefois, a-t-il nuancé, en dépit de ces efforts, tous ces objectifs ne sont pas encore atteints.  Il a ainsi préconisé que la communauté internationale redouble d’efforts pour soutenir le continent, dans l’esprit du Consensus de Monterrey.  Les perspectives de l’Afrique restent sombres, a-t-il averti.  L’annulation de la dette a été sélective, a-t-il regretté, avant de plaider pour que de telles initiatives soient plus globales.  Les changements climatiques et les mauvaises infrastructures exacerbent les défis que l’Afrique doit relever pour promouvoir le développement économique et social, a-t-il ajouté.  Dans ce contexte, il s’est réjoui que la déclaration adoptée lors de la réunion de haut niveau du 22 septembre ait mis l’accent sur le nécessaire partenariat pour réaliser les OMD d’ici à la date butoir.  Il a insisté sur la nécessité de mieux coordonner les efforts, de renforcer la coopération Sud-Sud et de redoubler d’efforts pour régler les conflits et maintenir la paix.  Avant de conclure, M. Kikwete s’est réjoui que le Secrétaire général se soit engagé à présenter un rapport complet pour promouvoir la mise en œuvre des engagements en faveur du développement de l’Afrique.  Enfin, il a demandé à tous les États Membres d’apporter leur soutien à cette déclaration politique.


M. GORDON BROWN, Premier Ministre du Royaume-Uni, a souligné qu’il était urgent de relever le défi de la pauvreté.  Il s’est félicité que se réunissent aujourd’hui, sous la direction du Secrétaire général de l’ONU, non seulement des représentants des gouvernements des États Membres, mais aussi d’organisations non gouvernementales (ONG), ainsi que des hommes d’affaires en vue de créer une coalition historique contre la pauvreté.  « Il s’agit d’unir le monde dans un effort sans précédent pour pouvoir réaliser les OMD », a-t-il déclaré, en précisant que, même dans ce moment de difficultés financières, 8 milliards de dollars avaient déjà été alloués à la réduction de la pauvreté.  Le Premier Ministre a estimé que cette réunion marquait l’ouverture d’un nouveau chapitre.  « La lutte contre la pauvreté teste notre sens moral », a-t-il poursuivi, rappelant que, toutes les trois secondes, un enfant meurt de faim et de pauvreté extrême dans le monde.  Il a constaté que certaines voix s’élevaient pour lancer des appels à suspendre les efforts, en raison des crises que le monde traverse actuellement, mais a estimé que c’était « le pire moment pour s’arrêter ».  M. Brown a ajouté que tous les problèmes rencontrés exigeaient une solution mondiale, soulignant par exemple qu’on ne pouvait traiter de la crise alimentaire ou des changements climatiques sans faire participer les pays en développement et l’Afrique aux mesures à prendre.  « Même si l’Afrique et les pays en développement ne constituaient pas le problème, ils font partie de la solution », a insisté M. Brown.


Le Premier Ministre britannique a indiqué que beaucoup d’intentions avaient été annoncées, mais que la crédibilité de la communauté internationale était aujourd’hui soumise à un test.  Il a rappelé que de nombreuses promesses avaient été faites, mais que du fait du manque d’action, des femmes continuaient à mourir en couches tandis que des enfants n’avaient toujours pas accès à l’école primaire ou à l’eau potable.  « Notre principal ennemi c’est l’indifférence », a-t-il ajouté.  Il a soutenu que les plus pauvres du monde avaient fait preuve de patience, mais qu’il fallait maintenant tenir les promesses faites.  Il a souhaité que soient menées des actions concrètes en matière de santé, notamment avec le recrutement d’un million de personnels médicaux pour les pays en développement et la fourniture de moustiquaires en Afrique en vue de combattre le paludisme.  Il a aussi souhaité qu’on mette un terme à la faim dans la corne de l’Afrique, et que des efforts soient déployés pour augmenter la capacité de production alimentaire du continent africain, qui a le potentiel de nourrir le monde entier.


M. WEN JIABAO, Premier Ministre du Conseil des affaires d’État de la République populaire de Chine, a déclaré que son pays, qui est le plus peuplé du monde, a réussi à réaliser un développement accéléré, en comptant essentiellement sur ses propres efforts et grâce à une politique de réforme et d’ouverture.  En moins de 30 ans, le nombre de Chinois vivant en dessous du seuil de pauvreté est passé de 250 millions à 15 millions, a-t-il précisé.  Une éducation obligatoire gratuite de neuf ans a été instituée dans tout le pays; et un système de coopération dans le domaine médical inédit a été créé pour les 800 millions de paysans chinois, a-t-il ajouté.


M. Wen Jiabao a indiqué que la Chine, grand pays en développement conscient de sa responsabilité, a, bien qu’elle ne soit pas riche, tenu ses engagements et apporté son aide aux pays les moins avancés (PMA).  Vers fin juin 2008, a-t-il souligné, la Chine a annulé les dettes de 49 pays pauvres très endettés et de PMA asiatiques ou africains.  Elle a accordé un traitement d’exonération de tout tarif douanier à 42 PMA.  En outre, elle a envoyé en Afrique des équipes médicales et y a construit quelques 30 hôpitaux, a indiqué le Premier Ministre.  Citant des chiffres publiés l’an dernier par la Banque mondiale, il a souligné que la Chine a contribué pour 67% à la réduction de la pauvreté au cours des 25 dernières années.


Rappelant qu’il ne reste plus que sept ans pour atteindre les OMD, il a espéré que les dirigeants des différents pays prennent ensemble une plus grande responsabilité en tant qu’hommes d’État pour porter davantage d’attention aux régions et populations pauvres de la planète.  Il a recommandé, entre autres mesures, que le développement devienne la priorité des activités gouvernementales.  Il s’agit aussi d’encourager et de soutenir fermement tous les pays dans la poursuite d’une voie de développement adaptée à leurs réalités, a-t-il ajouté.  Le Premier Ministre a, à cet égard, plaidé en faveur d’une augmentation de l’aide internationale.  Les aides doivent être désintéressées et sans aucune condition politique, a-t-il précisé.


La Chine, a-t-il poursuivi, est prête à doubler dans les cinq ans à venir et à porter à 30 le nombre des centres-pilotes agricoles construits dans des pays en développement.  Elle va faire un don de 30 millions de dollars à l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture pour créer un fonds de crédit destiné au financement de projets et d’activités dans des pays en développement, a souligné Wen Jiabao.  Parmi les autres engagements de la Chine figurent notamment le projet d’octroyer 10 000 nouvelles bourses d’études à des étudiants de pays en développement et de former 1 500 directeurs et professeurs d’école à l’intention des pays d’Afrique, ainsi que la décision d’accorder l’exonération totale de tarifs douaniers (tarif douanier zéro) à 95% des produits des PMA.


M. HAMAD BIN JASSIM BIN JABR AL-THANI, Premier Ministre et Ministre des affaires étrangères du Qatar, a affirmé que cette journée permettait de s’interroger sur la mise en œuvre des promesses faites lors du Sommet du Millénaire.  Tout en se félicitant de la réduction du nombre de personnes vivant dans l’extrême pauvreté, il a estimé que ce succès cachait des progrès lents dans certaines régions du monde.  « Cela souligne la nécessité de prendre des mesures supplémentaires pour parvenir à une forte croissance mondiale et la maintenir avec une participation plus active », a-t-il dit.  Son pays, a-t-il déclaré, souhaite contribuer au partenariat mondial pour réaliser les OMD dans les délais fixés et il est prêt à fournir une assistance internationale supplémentaire pour permettre aux pays en développement de progresser dans cette voie.  Il faut, a-t-il souligné, préserver les progrès accomplis.  Les pays en développement qui connaissent une croissance rapide, a-t-il estimé, devraient faire les bons choix en matière de politiques de lutte contre la pauvreté.  Il a aussi demandé que les pays développés prennent les mesures adéquates pour surmonter les disparités qui persistent dans le système d’échanges mondial.  Toute approche permettant aux pays en développement de participer à la coordination des politiques mondiales économiques et financières profite à la fois à ces pays et aux pays développés, a-t-il fait remarquer.


Le Premier Ministre du Qatar a déclaré que son pays était convaincu que les Objectifs du Millénaire pour le développement ne pouvaient être atteints sans prendre en compte le développement social en tant que partie intégrante du développement économique.  Il a noté que le moteur principal pour parvenir aux OMD devrait être de constituer de nouveaux partenariats et des mécanismes novateurs pour financer l’éducation, la santé, ou encore, l’emploi des jeunes.  Il a souhaité que la soixante-troisième session de l’Assemblée générale soit le début d’une « Décennie du développement ».  En outre, il a souligné que la Conférence internationale d’examen sur le financement du développement, qui doit se tenir à Doha en novembre prochain, offrait une importante occasion pour les États Membres d’adopter des mesures vigoureuses visant à accélérer la réalisation des OMD d’ici à 2015, de réduire les inégalités entre pays et de trouver une nouvelle forme de mondialisation, plus juste et équitable.  Il a indiqué que cette Conférence permettrait aux dirigeants de mobiliser les ressources et élaborer les plans d’investissements nécessaires pour atteindre la vision mise en avant, il y a huit ans.


M. BALDWIN SPENCER, Premier Ministre d’Antigua-et-Barbuda et Président en exercice du Groupe des 77 et la Chine, a rappelé que les Objectifs du Millénaire (OMD) pour le développement sont nés d’une initiative de la communauté internationale et d’un engagement à améliorer certaines conditions de vie inhumaines.  Outre sept objectifs couvrant différents domaines, il existe un huitième qui consiste à créer un partenariat mondial pour le développement, a-t-il précisé, avant de rappeler que cette idée de partenariat a été entérinée à la Conférence de Monterrey sur le financement du développement en 2002.  À mi-parcours de la date butoir de 2015, le Premier Ministre d’Antigua-et-Barbuda a fait remarquer que la communauté internationale n’est pas sur la bonne voie pour la réalisation de tous les objectifs.  Ce qui manque, a-t-il précisé, c’est la mise en œuvre des engagements.  Il a aussi fait observer que l’un des défis majeurs que doivent relever les pays en développement est lié au manque de progrès dans la réalisation du huitième objectif, à savoir des lacunes dans le financement et l’absence d’un soutien international.  Pour toutes ces raisons, le Groupe des 77 et la Chine souhaitent que cette journée spéciale sur les OMD soit l’occasion de se pencher sur les engagements qui ont été souscrits et notamment sur le huitième objectif.  M. Spencer a ensuite tenu à préciser que, selon le Groupe des 77 et la Chine, les crises alimentaire, énergétique et financière auront un impact sérieux sur les plus pauvres et les plus vulnérables dans les pays en développement.  Le coût de réalisation des OMD augmente et continuera d’augmenter avec le temps, a-t-il averti.  C’est pourquoi, il a souhaité que les débats du jour soient cristallisés dans une déclaration commune et cohérente et permettent de définir un plan d’action pour assurer la réalisation des OMD dans les délais fixés.


M. JOSÉ MANUEL DURAO BARROSO, Président de la Commission européenne, a indiqué que chaque dirigeant devait aujourd’hui expliquer comment la communauté internationale entendait faciliter la réalisation des OMD.  « Sinon la communauté internationale devra expliquer pourquoi elle n’a pas atteint ces objectifs ambitieux mais réalisables », a estimé M. Barroso.  Il a rappelé que la communauté internationale savait ce qu’il y avait à faire, mais que le premier pas à accomplir pour parvenir aux OMD était de fournir davantage d’assistance et une aide plus efficace aux pays qui sont dans le besoin.  Il a rappelé qu’à cette fin, l’Union européenne avait établi un « Agenda pour l’action » adopté unanimement en juin dernier.  Le Président de la Commission européenne a fait remarquer que les États membres de l’Union européenne avaient confirmé leur engagement à augmenter leur aide au développement, pour atteindre 0,56% du PIB collectif de l’UE d’ici à 2010, et 0,7% d’ici à 2015.  José Barroso a dit que ce message, concernant l’importance d’apporter plus d’aide en faveur du développement, serait souligné lors de la Conférence de Doha.  S’agissant de l’efficacité de l’aide, il a rappelé les principes convenus à Accra, dont notamment: une meilleure prévisibilité de l’aide, une meilleure division du travail entre donateurs et un alignement accru sur les priorités nationales.  M. Barroso a noté que dans la poursuite de la réalisation des OMD, il fallait désormais faire face à de nouvelles crises.  Il a relevé que la Commission européenne s’était donc proposée de créer une nouvelle « Facilité alimentaire » pour faire face aux effets de la crise alimentaire mondiale afin d’augmenter la capacité de production agricole des pays en développement.  Il a déclaré qu’il fallait à la fois atteindre les OMD et surmonter les crises actuelles.  « Nous ne pouvons rater aucun de ces tests », a-t-il insisté rappelant qu’il s’agissait d’une question de vie ou de mort pour les plus pauvres de la planète.


M. BILL GATES, Fondation Bill et Melinda Gates, dit qu’il se sentait honoré de pouvoir prendre la parole aux Nations Unies et a estimé que sa présence en ce lieu est le signe du fonctionnement d’un bon partenariat.  Aucun secteur agissant seul ne peut atteindre les objectifs en faveur de l’humanité que se sont fixées les Nations Unies, a-t-il souligné.  Il a estimé que les OMD offrent un excellent cadre pour la lutte contre la pauvreté.  Ils permettent, a-t-il poursuivi, d’évaluer les performances en matière de pauvreté, de faim, de santé et d’éducation.  Certains résultats sont bons, même si d’autres ne le sont pas, a-t-il ajouté, avant de souligner que ce qui importe au fond le plus c’est que le monde s’attelle à la résolution de ces problèmes.


M. Gates a toutefois reconnu qu’à elle seule l’attention accordée à ces questions ne saurait suffire pour changer le futur.  Il a plaidé en faveur d’une plus grande innovation, arguant que c’est la prise de mesures novatrices qui a permis aux chiffres de la mortalité infantile de passer de 20 millions en 1960 à 10 millions aujourd’hui.  Éradiquer la variole et accroître la couverture vaccinale des enfants sont deux réussites majeures de l’histoire de la santé mondiale, a-t-il souligné, avant de faire remarquer que ces avancées ont été réalisées sans l’appui des formidables technologies actuelles.  « Les avancées technologiques nous donneront le pouvoir de résoudre beaucoup plus de problèmes », a-t-il insisté, et « c’est pourquoi l’avenir sera meilleur que le passé ».  À titre d’exemple, Bill Gates a notamment dit que le monde est en train de créer des variétés de maïs qui résistent à la sécheresse, et que des chercheurs travaillent sur des nouveaux vaccins pour le bétail.  Bill Gates a appelé les dirigeants du monde à constater les bienfaits de que pourraient générer ces avancées scientifiques et technologiques.


Reconnaissant qu’il y a quelques domaines où les résultats n’ont pas été à la hauteur des attentes, M. Gates a souligné que cette déception ne devait pas mener à une forme de découragement.  Il a fait remarquer que c’est la première fois que le monde s’intéresse aux progrès réalisés dans l’amélioration des conditions de vie des personnes pauvres.  Il a plaidé en faveur d’une prise en compte des avancées réalisées, et a souhaité que les manquements soient jugés de manière relative.  « Les gens ne sont pas motivés par les accusations et la culpabilité; ils sont motivés par le succès », a-t-il souligné.  Il s’est dit persuadé que les progrès accomplis sont réels.


Mme ELABEN BHATT, Self Employed Women’s Association of India, a fait remarquer que l’objectif que s’est fixé la communauté internationale de réduire de moitié d’ici 2015 le nombre de pauvres dans le monde n’a eu pour le moment qu’un succès marginal parce que la situation dans laquelle vivent les pauvres ne fait toujours partie des priorités de la communauté internationale.  Elle a estimé que l’environnement économique actuel a sa part de responsabilité, arguant que les besoins humains et les droits de l’homme fondamentaux, comme le droit à l’alimentation, le droit à la santé ou le droit à l’eau, n’y sont pas vraiment à l’ordre du jour.  Dans un monde où la distribution des ressources alimentaires est inégale, où les soins de santé dépendent de la capacité des gens à payer plutôt que de la satisfaction de leurs besoins, et où les femmes sont vulnérables au VIH/sida parce qu’elles sont forcées de se prostituer pour gagner leur vie, il n’y a aucune paix ou justice, a-t-elle souligné.  Mme Bhatt a également averti que si le profit est la seule mesure du succès, le monde détournera bientôt son regard de l’exploitation des peuples et de l’environnement naturel.  Il est temps que la nature et les êtres soient perçus sous l’angle de leur valeur intrinsèque et non pas seulement comme une source de gains financiers, a dit Mme Bhatt.  Elle a fustigé les milliards dépensés dans les achats d’armes et dans la conduite de guerre qui ne protègent pas des populations mais sont plutôt destinées à conquérir des richesses matérielles.


Soulignant qu’il est temps que les États deviennent les partenaires de leurs populations, elle a souhaité que les objectifs de développement soient au cœur des stratégies et des budgets nationaux.  Si une grande partie de la population vit en dessous du seuil de pauvreté, ne devrait-on pas lui consacrer une plus grande part du budget national? a-t-elle demandé.  La représentante de Self Employed Women’s Association of India a ensuite attiré l’attention sur l’importance de promouvoir le travail décent, et elle souligné les nombreux avantages qu’une activité professionnelle décente peut avoir pour une économie et pour une communauté.  Elle a estimé crucial que la communauté internationale et les organisations multilatérales s’investissent beaucoup plus dans la mise en œuvre et l’évaluation des efforts de réalisation des OMD.  La voix des pauvres, a-t-elle poursuivi, doit avoir le même poids que les rapports technocratiques d’évaluation nationaux et internationaux.  Pour conclure, Mme Bhatt a souhaité que la communauté des donateurs soutienne les initiatives locales et les efforts que déploient les pauvres pour leur permettre de construire les organisations dont ils ont besoin pour bâtir leur propre avenir.


Table ronde 1: Pauvreté et faim


La première table ronde, organisée dans le cadre de la Réunion de haut niveau sur les Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) a débattu du thème « pauvreté, faim et développement ».  Au cours de la matinée, cette table ronde a été présidée conjointement par MM. JOSE LUIS RODRIGUEZ ZAPATERO, Président du Gouvernement de l’Espagne, et BINGU WA MUTHARIKA, Président de la République du Malawi.  Dans l’après-midi, la présidence de la table ronde a été assurée par le Président de la République du Bénin, M. BONI YAYI.


À l’heure où le bilan à mi-parcours de la mise en œuvre des programmes destinés à la réalisation des OMD apparaît pour le moins contrasté, plusieurs intervenants n’ont pas manqué d’opposer les moyens énormes qui sont actuellement mobilisés et mis en œuvre pour résoudre la crise financière internationale aux ressources accordées à la réalisation des Objectifs.  « Le monde est de nouveau troublé par quelques banquiers aux abois qui réclament des milliards de dollars.  Les gouvernements et leurs banques ont ouvert leurs coffres.  Les banquiers s’en sortiront peut-être, mais quid du milliard formé des plus pauvres et des plus faméliques habitants de la planète? » a lancé M. ASHOK BHARTI, de la Confédération nationale des organisations Dalit, une ONG indienne.  « Soyez juste, donnez des ressources aux plus pauvres, pas aux banquiers cupides et spéculateurs.  Les riches peuvent s’occuper d’eux-mêmes.  L’ONU et les gouvernements doivent en premier s’occuper des plus pauvres », a-t-il ajouté, avant de rappeler que l’Asie abrite deux tiers des pauvres de la planète et que, malgré leur croissance économique, la Chine et l’Inde comptent ensemble la moitié de la population mondiale vivant avec moins d’un dollar par jour.  Face à cette « nouvelle crise du capital et des riches », le représentant du Venezuela a estimé que « des milliards de dollars vont être injectés pour aider les riches et que cela créera encore plus de pauvres ».  Pour réaliser les OMD, il faudrait « donner le pouvoir aux pauvres et un rôle central à l’État », a-t-il estimé. 


Les Objectifs du Millénaire pour le développement sont-ils désormais hors de portée? s’est interrogé M. BRIAN COWEN, Premier Ministre de l’Irlande, qui a ouvertement estimé qu’on ne réalisera pas les OMD en Afrique subsaharienne, ni ailleurs en Asie du Sud.  M. MANOUCHEHR MOTTAKI, Ministre des affaires étrangères de la République islamique d’Iran, a estimé pour sa part qu’aucun pays africain ne pourra réaliser l’ensemble des Objectifs d’ici à 2015.  D’autres orateurs, à l’image du Ministre des affaires étrangères de la Slovaquie, M. JAN KUBIS, ont souscrit à la position exprimée par le Secrétaire général et selon laquelle « la réalisation des OMD progresse, mais trop lentement, notamment en Afrique subsaharienne ».  M. PUSHPA KAMAL DAHAL, Premier Ministre du Népal, a déclaré pour sa part que les Objectifs ne pourront pas être atteints par les pays les moins avancés (PMA) s’ils ne reçoivent pas davantage d’appui. 


Mme NANCY BIRDSALLl, Présidente du Centre pour le développement mondial et expert invité, a déclaré avec regret: « nous pinaillons sur la façon dont on pourrait accélérer la croissance ».  Elle s’est dite convaincue que la guerre contre la pauvreté ne sera pas gagnée par des organisations internationales ou des bailleurs de fonds publics ou privés bien intentionnés, mais par les dirigeants et les populations des pays pauvres eux-mêmes. 


Plusieurs intervenants à la table ronde, comme les Présidents RAM BARAN YADAV du Népal et ARMANDO EMÍLIO GUEBUZA, du Mozambique, ont également insisté sur la nécessité de respecter les engagements, et notamment celui pris par les pays développés de consacrer 0,7% de leur PIB à l’aide publique au développement.  Affirmant qu’il fallait « abandonner la simple rhétorique et assumer les engagements pris », le Ministre des affaires étrangères du Nicaragua, M. SAMUEL SANTOS LOPEZ, a estimé que les ressources et la technologie sont suffisamment abondantes pour permettre la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le développement.  « Ce qui manque, c’est la volonté politique et la solidarité », a-t-il ajouté, accusant en outre les institutions internationales, notamment financières, d’incompétence.  Il a réclamé une sortie du modèle économique actuel.  Citant les mesures prises dans son pays, il a affirmé que, si la volonté politique existe, rien n’est irréversible », mais a averti que, si rien n’est fait, les cris de souffrance actuels pourraient faire place à des révolutions partout dans le monde.  M. PALANIAPPAN CHIDAMBARAM, Ministre des finances de l’Inde, qui a noté que, malgré des efforts et des progrès considérables, 40% de la population de son pays vivent encore avec moins d’un dollar par jour, et a lui aussi rappelé que « toutes les études identifient le manque de financement comme principal obstacle à la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le développement. Le Premier Ministre de l’Irlande, M. BRIAN COWEN, a d’ailleurs estimé qu’on n’avait pas besoin de nouveaux engagements de la part des pays développés, mais qu’il fallait simplement respecter les promesses déjà faites. 


Face aux crises agricole et énergétique, certains intervenants à la table ronde, comme Mme GLORIA MACAPAGAL ARROYO, Présidente des Philippines, ont mis l’accent sur la recherche de l’autosuffisance et sur la coopération régionale.  Dans le même esprit, M. MARC RAVALOMANANA, Président de Madagascar, a rappelé que son pays, où 75% de la population sont formés de paysans pratiquant une agriculture de subsistance, entend doubler sa production agricole grâce à sa « Révolution naturelle ».  Quant à M. DON PRAMUDWINAI, chef de la délégation de la Thaïlande, il a expliqué par la recherche de l’autosuffisance les progrès qui ont permis à son pays de passer du statut de bénéficiaire de l’aide au développement à celui de « modeste donateur ».  « Aucun pays ne peut atteindre les Objectifs du Millénaire pour le développement s’il doit agir seul », a affirmé pour sa part le Ministre des affaires étrangères de la Gambie, M. OMAR A. TOURAY.


Les modalités de la coopération et de l’assistance ont été fortement contestées au cours de la table ronde. M. JOSE RAMOS-HORTA, Président de Timor-Leste, a estimé que trop d’argent de l’aide au développement est dépensé en frais de consultants et d’assistance technique et pas assez en investissements de développement sur le terrain, tout en admettant que les bénéficiaires de l’aide devraient eux aussi adopter une certaine discipline, par exemple en limitant leurs achats d’armes.  Il en a profité pour demander aux pays occidentaux de mettre fin aux sanctions contre Cuba, affirmant que l’envoi par ce pays de nombreux médecins partout dans les pays en développement aide beaucoup à y réduire la pauvreté.  Le Premier Ministre de Saint-Vincent-et-les Grenadines, M. RALPH GONSALVES, a lui aussi estimé que des pays « comme Cuba ou Trinité-et-Tobago font beaucoup mieux en matière d’assistance » que les grands bailleurs de fonds, dont il a critiqué la complexité des conditionnalités et le coût des procédures d’aide, citant notamment l’Union européenne.


Certains orateurs ont évoqué les difficultés plus spécifiques à l’accomplissement de progrès dans la lutte contre la pauvreté.  Le Premier Ministre GONSALVES de Saint-Vincent-et-les Grenadines, et M. NAMANGA NGONGI, Président de l’Alliance pour une Révolution verte en Afrique, ont ainsi dénoncé les difficultés qu’ont les agriculteurs à se procurer des intrants agricoles, et ont notamment souligné la hausse vertigineuse des prix des engrais. Comment, dès lors, produire de manière compétitive? ont-ils demandé.


Autre expert invité, M. XUAN VO TONG, recteur émérite de l’Université An Giang du Viet Nam, a lui aussi estimé que le « modèle actuel de réduction de la pauvreté ne fonctionne pas ».  Selon lui, les États ne s’acquittent pas de leurs responsabilités.  Mais il a noté les mêmes carences au niveau international, qu’il s’agisse des Nations Unies, des institutions financières internationales ou des autres bailleurs de fonds.  La bureaucratie très lourde qui existe dans ces institutions fait que ceux qui ont réellement besoin de fonds n’y ont pas vraiment accès, a affirmé le recteur. 


S’interrogeant sur le mode d’assistance le plus efficace, M. PAAVO VAYRYNEN, Ministre du commerce extérieur et de développement de la Finlande, a rappelé que l’Union européenne et les grands bailleurs de fonds du Nord fournissent l’essentiel de leur assistance au secteur public et tendent à négliger les infrastructures et le secteur privé, y compris le secteur agricole, alors que la coopération Sud-Sud adopte une approche opposée.  Les deux sont nécessaires, a estimé le Ministre, qui a prôné une plus grande convergence des différentes formes d’aide.  Il a aussi rappelé que là où le secteur privé a connu une forte croissance, la réduction de la pauvreté a été plus forte qu’ailleurs.  Il s’est aussi prononcé pour une aide qui soit viable sur les plans écologique, économique et social.  Si la notion de viabilité n’est pas mentionnée dans les OMD, elle est essentielle, a estimé le Ministre, qui a par ailleurs défini la viabilité sociale comme fondée sur l’état de droit, la bonne gouvernance, les droits de l’homme et la démocratie, qui « permettent à la fois une réduction immédiate de la pauvreté et une réduction à terme de ce mal, en favorisant indirectement la croissance économique ».  M. KAMALESH SHARMA, Secrétaire général du Commonwealth, a lui aussi déclaré que « développement et démocratie vont de pair ».


Pour sa part, M. ANDERS FOGH RASMUSSEN, Premier Ministre du Danemark, a mis l’accent sur l’autonomisation des femmes en Afrique, qui permettra, selon lui, d’y accélérer la réalisation de l’ensemble des OMD.  M. Rasmussen, qui voit dans la parité des sexes un droit fondamental, a estimé que c’est aussi un facteur économique intelligent, créateur de développement et de richesse, et a rappelé que son pays s’est engagé à doubler son assistance à l’autonomisation des femmes et à la promotion de la parité des sexes d’ici à 2010. Mme NKOSAZANA DLAMINI-ZUMA, Ministre des affaires étrangères de l’Afrique du Sud, a elle aussi insisté sur l’autonomisation des femmes et l’éducation des jeunes filles, d’autant que les principales victimes de la pauvreté sont les femmes et les enfants.  Elle a souhaité que les femmes puissent accéder à la propriété de la terre et en prendre le contrôle, ce qui serait la meilleure garantie pour la  sécurité alimentaire des familles.  Les Premiers Ministres d’Irlande et de Slovaquie ont eux aussi mis l’accent sur l’autonomisation des femmes.


Divers orateurs ont expliqué que la coopération interétatique ne saurait suffire à assurer le développement et la lutte contre la pauvreté. Tant M. MOTTAKI, de l’Iran, que Mme HENRIETTA FORE, Directrice de l’USAID, ou le Premier Ministre des Pays-Bas, M. JAN PETER BALKENENDE, ont estimé qu’il fallait trouver de nouvelles formes de partenariats, avec le secteur privé, les ONG, et des personnalités civiles.  Au nom du secteur privé, M. JOSE SERGIO GABRIELLI de ACEVEDO, Directeur-général de la compagnie pétrolière brésilienne Petrobras, a pour sa part plaidé pour que la responsabilité sociale devienne un des piliers de l’action des sociétés, au même titre que la rentabilité.  Une entreprise ne peut aujourd’hui baser ses profits uniquement sur des calculs de valeurs fiscales; il faut intégrer les notions d’environnement et de progrès social, a-t-il affirmé.


L’approche de la lutte contre la pauvreté a parfois été plus radicalement contestée. M. NDIOGOU FALL, Président du réseau des organisations paysannes et des producteurs agricoles de l’Afrique de l’Ouest, a déclaré que les petits producteurs africains, loin de bénéficier de la libéralisation et de la mondialisation des systèmes commerciaux et financiers, voient au contraire leurs produits concurrencés « jusque dans les villages les plus reculés » par des produits subventionnées du Nord.  « Nous ne savons pas ce que veut dire « avoir un dollar par jour », a-t-il ajouté.  Ne vaudrait-il pas mieux favoriser les conditions pour la production de 500 grammes de graines par jour », ce qui garantirait le produit, le revenu et l’emploi? » a-t-il demandé.  M. Fall a estimé que l’Afrique avait le potentiel agricole pour se nourrir et que la faim n’y était donc pas le fruit de problèmes techniques, mais le résultat de politiques inadaptées.  Il a en particulier dénoncé le fait que l’Afrique soit « le seul continent du monde à vouloir assurer sa sécurité et sa souveraineté alimentaire par le marché et non par la production « in situ » de denrées alimentaires », tout en démantelant les services de soutien à l’agriculture.  C’est aussi le seul continent où moins de 10% des budgets nationaux sont consacrés au secteur agricole, alors que 60% des actifs en vivent, a-t-il relevé.


À la question « L’Afrique peut-elle nourrir l’Afrique? », M. PAPA ABDOULAYE SECK, Directeur général du Centre africain pour le riz et expert invité, a lui aussi répondu « oui, si nous agrégeons nos efforts avec bien entendu l’aide de la communauté internationale ».  L’Afrique peut devenir un des principaux bassins de production alimentaire du monde si elle prend conscience de ses potentialités et les met pleinement en œuvre, ce qui suppose toutefois une métamorphose de l’agriculture africaine passant notamment par une technologie adaptée, un environnement économique et institutionnel incitatif et la préservation des ressources naturelles, a souligné M. Seck.  Il a aussi réclamé, entre autres, une correction urgente des politiques agricoles des pays africains, un investissement massif du continent dans la recherche et la mise en place de subventions ciblées pour accroître les rendements.  Certains intervenants africains, à l’image du Ministre de la planification et du développement du Malawi, ont d’ailleurs rappelé que la Déclaration de Maputo de 2003 invitait les États à augmenter la part de leur budget consacrée à l’agriculture.  Il a ajouté que le Malawi consacre désormais 14% de son budget à ce secteur.


M. MANDIVAMBA RUKIN, Directeur régional des programmes pour l’Afrique à la Fondation Kellog, est allé plus loin.  Estimant que l’ordre économique mondial fonctionne depuis plus d’un siècle sur des économies de marchés appuyées sur le modèle de la Ville-État qui désavantage toujours les producteurs agraires, il a estimé qu’il faudrait au moins doubler la part des investissements dans les zones rurales africaines, qui abritent plus de 50% de la population et notamment investir dans le concept de petites familles agricoles. « Small is beautiful » reste une formule valable dans les campagnes africaines, a-t-il affirmé, avant de souhaiter que les dirigeants du continent définissent  les fondements qu’on souhaite donner à la nouvelle société africaine moderne, qui ne doit pas simplement imiter l’Occident en important ses modèles.


Concernant les mesures à prendre pour tenter de réaliser les OMD, l’idée d’une forme de contrôle du respect des engagements pris en matière d’aide a été évoquée par plusieurs orateurs.  Mme BIRDSALL a estimé qu’il faudrait exiger des comptes aux gouvernements des pays riches quand ils ne s’acquittent pas de leurs engagements et a suggéré que chaque gouvernement renouvèle les engagements pris, tant en matière d’assistance qu’en ce qui concerne les accès au marché, et fasse tous les ans un rapport sur la mise en œuvre de l’Objectif 8.  M. MOTTAKI a lui aussi insisté sur l’importance de l’Objectif 8.  M. SERGEI STANISHEV, Premier Ministre de la Bulgarie, a lui aussi jugé nécessaire la mise en place d’un « mécanisme de surveillance efficace » qui est nécessaire, et sans lequel, en cas d’échec dans la réalisation des OMD, la crédibilité des Nations Unies serait menacée.  Le Président MUTHARIKA du Malawi a suggéré la création d’un Fonds mondial des Nations Unies pour les Objectifs du Millénaire pour le développement, tandis que le Premier Ministre par intérim du Bangladesh, M. FAKHRUDDIN AHMED proposait plus spécifiquement de créer une banque alimentaire mondiale.  Le Président du Malawi a par ailleurs suggéré la création d’une « équipe de surveillance de haut niveau » composée de chefs d’États pour examiner la réalisation des OMD et assister les pays. M. Ahmed a quant à lui appuyé l’idée d’un examen annuel, par l’Assemblée générale, de la réalisation des OMD et celle d’un sommet en 2010, soit cinq ans avant la date butoir de 2015.


Au total, une cinquantaine d’orateurs se sont exprimés lors de cette table ronde.  Outre ceux déjà mentionnés, sont intervenus les chefs d’État, de gouvernement, ministres ou représentants des pays suivants: Espagne, Turquie, Panama, Chypre, Chili, Maroc, Sri Lanka, Gambie, Guinée, Luxembourg, Bénin, Japon, Pakistan, République de Corée, Viet Nam, Botswana, Argentine, Liban, Thaïlande et Jamahiriya arabe libyenne.  L’Observateur du Saint-Siège a également pris la parole.



Table ronde II: Éducation et santé


La deuxième table ronde, consacrée à l’éducation et la santé, a permis aux participants de constater que, malgré les retards enregistrés dans la mise en œuvre à mi-parcours des Objectifs du Millénaire pour le développement, ceux-ci pourraient encore être atteints en 2015, à condition que des financements adéquats leur soient consacrés.  Plusieurs intervenants se sont inquiétés des retombées de la crise économique et financière actuelle.


La réunion était coprésidée par M. DANILO TÜRK, Président de la Slovénie; CHEIKH NASER AL-MOHAMMAD AL-AHMAD AL-SABAH, Premier Ministre du Koweït; M. JENS STOLTENBERG, Premier Ministre de la Norvège; et par Mme MICHELLE BACHELET JERIA, Présidente du Chili.


La Présidente du Chili a souligné la détérioration actuelle de la situation économique internationale, ce qui nécessite de prendre en compte ce nouvel état de fait afin d’assurer le financement des OMD « de manière innovante ».  Elle a souligné en particulier que le Cycle de Doha visant à organiser le commerce international devrait être orienté vers le développement.  Pour atteindre les OMD en 2015, une volonté politique est indispensable, a-t-elle souligné.  M. PUKA TEMU, Vice-Premier Ministre des affaires étrangères de la Papouasie-Nouvelle-Guinée, notant que les pays développés n’étaient pas parvenus à consacrer 0,7% de leurs revenus à l’aide au développement, s’est interrogé sur l’existence d’une véritable volonté politique.


CHEIKH HAMAD BIN JASSIM BIN JABR AL-THANI, Ministre des affaires étrangères du Qatar, a noté qu’il s’agissait avant tout d’aider les populations à investir dans leur développement et donc dans l’éducation, en donnant en particulier les mêmes chances aux femmes.  M. TERRY DAVIS, Secrétaire général du Conseil de l’Europe, a renchéri en soulignant que « comme en football, on ne gagne pas si l’on joue seulement avec la moitié de son équipe.


Invité en tant qu’expert à cette table-ronde, M. JEFFREY SACHS, Conseiller spécial du Secrétaire général sur les Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD), a énuméré les quatre éléments nécessaires à la réalisation des OMD: des techniques éprouvées, une stratégie, des financements et une gestion efficace.  Si le premier élément, la technique, est disponible pour améliorer la situation, les trois autres pâtissent de lacunes sérieuses: manque de stratégie, financements insuffisants et absence de gestion rigoureuse.  M. Sachs a dénoncé des actions au coup pour coup, sans plan d’ensemble, et cité l’exemple du paludisme qui a été négligé pendant longtemps alors que cette affection fait des millions de morts.  Il a aussi rappelé que la mortalité des femmes à la suite d’accouchement ne faisait l’objet d’aucun fonds spécial.  Il a dénoncé les conférences répétitives sur les questions de santé et d’éducation qui, selon lui, ne sont suivies d’aucun effet par manque de moyens.


M. JOSÉ RAMÓN MACHADO VENTURA, Premier Vice-Président du Conseil d’État de Cuba, a estimé que les OMD ne seraient pas atteints, ce qui est une honte, a-t-il dit.  « Les OMD ne seront pas atteints parce que plus d’une centaine de pays du Sud ne disposent pas des 150 milliards de dollars nécessaires, une somme qui représente à peine le quart de ce qu’un seul pays, les États-Unis, dépensera cette année au titre de son budget militaire », a-t-il dit.  M. Machado Ventura a ajouté qu’un nouvel ordre international serait nécessaire, si on supposait que certains pays pourraient renoncer à une petite partie de leurs privilèges et de leurs gaspillages. 


Le Premier Ministre de la Norvège et Coprésident de la table ronde, M. JENS STOLTENBERG, veut croire pour sa part que les progrès accomplis, bien qu’insuffisants, montrent que la réalisation des OMD est possible, particulièrement dans le domaine de la santé, à condition d’y consacrer les fonds nécessaires. 


M. PAUL DAVID HEWSON, le chanteur du groupe de rock U2, plus connu sous son pseudonyme Bono, a choisi pour sa part de poser le problème sous l’angle des promesses faites par les pays riches qui ne sont pas suivies d’effet.  Cela n’est possible, a-t-il dit, que parce qu’il n’existe pas de mobilisation populaire exigeant que les engagements soient tenus.  Évoquant le cas de son pays, l’Irlande, longtemps un des pays les plus pauvres d’Europe, il a souligné que l’aide reçue mais aussi l’effort national accompli en matière d’éducation expliquaient le développement auquel il est finalement parvenu.  M. PEDRO MORENA RODRIGUES PIRES, Président du Cap-Vert, a convenu que la tâche principale revenait aux pays concernés, ce qui n’exclut toutefois pas une assistance extérieure substantielle.  À cet égard, il faut « briser l’indifférence aux souffrances » pour que celle-ci atteigne son plein potentiel, a-t-il ajouté, en citant le Premier Ministre britannique, M. Gordon Brown.


Alors que le Président de la Slovénie et Coprésident de la table ronde, M. DANILO TÜRK, avait évoqué la question cruciale du financement de l’éducation universelle gratuite, M. BONI YAYI, Président du Bénin, a évoqué l’effort entrepris par son pays, en expliquant que celui-ci avait instauré en 2006 l’enseignement primaire gratuit et obligatoire.  Toutefois, les budgets sont insuffisants, en particulier pour la construction des écoles, submergées par l’augmentation rapide des effectifs.  M. FREDERICK VAKA’UTA SEVELE, Premier Ministre de Tonga, a constaté lui aussi un financement insuffisant pour tout ce qui n’est pas lié aux salaires, à savoir les infrastructures scolaires essentiellement.  Certains pays comme le Burundi, font appel à la population pour participer activement à la construction des écoles, a précisé son Vice-Président, M. GABRIEL NTISEZERANA.  En outre, plusieurs intervenants, dont M. HIFIKEPUNYE POHAMBA, Président de la Namibie, ont souligné le problème posé par la formation insuffisante des enseignants et l’effort à accomplir dans ce domaine.


La question cruciale de la formation se pose de manière tout aussi fondamentale pour la santé, ont constaté plusieurs orateurs qui ont souligné le lien étroit existant avec l’éducation.  Ainsi, par exemple, M. ALEXANDRE FASEL, du Ministère des affaires étrangères de la Suisse, a relevé que les mères ayant bénéficié d’une instruction faisaient plus couramment vacciner leurs enfants.  Or, a rappelé pour sa part Mme DOROTHY NGOMA, Présidente de l’Organisation nationale des infirmières et sages-femmes du Malawi, l’éducation primaire gratuite demeure inaccessible dans la plupart des pays à l’instar de l’accès à la santé, d’autant que le personnel compétent est notoirement insuffisant. 


Les intervenants ont insisté sur l’importance de la prévention dans le domaine de la santé.  M. WINSTON BALDWIN SPENCER, Premier Ministre d’Antigua-et-Barbuda, a ainsi expliqué qu’un programme national sur le VIH/sida avait été mis en œuvre en direction des jeunes de son archipel.  Mais là aussi, il a déploré que bien souvent les médecins n’aient pas la formation suffisante.


Mme RAMA YADE, Secrétaire d’État aux droits de l’homme de la France, qui a rappelé que l’accès au savoir était à la base de la réalisation de l’ensemble des OMD, a déclaré qu’il n’était « pas concevable d’agir en construisant des hôpitaux tout en négligeant les femmes et les hommes qui vont y travailler ».  Elle a indiqué que son pays était désireux d’encourager ses partenaires africains à respecter leur engagement de consacrer 15% des budgets nationaux à la santé contre 8% actuellement en moyenne.


La formation du personnel de santé est en effet avant tout une question de moyens, avait aussi souligné auparavant Mme NGOMA du Malawi, appelant à un effort des pays riches en ce sens.  Elle avait rappelé que 500 000 femmes mouraient, chaque année dans le monde, des suites d’un accouchement, avant de conclure: « C’est l’histoire qui nous jugera: je vous invite à agir sans tarder ».


Outre ceux déjà cités, les représentants des pays et organisations suivants se sont également exprimés: Conseil consultatif sur l’eau et l’assainissement, Portugal, Croatie, Australie, Monténégro, Éthiopie, Bahreïn, Brunei-Darussalam, Saint-Kitts-Et-Nevis, Sierra Leone, Mongolie, Kenya, Érythrée, Andorre, Rotary International, Estonie, Tonga, Barbade, Monaco, Royaume Uni, El Salvador, Îles Salomon, Roumanie, Fédération de Russie, République-Unie de Tanzanie, Italie, Nigéria, Soudan, Colombie, Uruguay, Arabie saoudite, Turkménistan, Jordanie, Israël, ainsi que M. Chambers, Envoyé spécial du Secrétaire général pour le paludisme, la Princesse Firyal de Jordanie, M. Carl-Henric Svanberg, PDG d’Ericsson, et M. Charles MacCormack, Président d’InterAction.


Table ronde III: Viabilité environnementale


« Nous devons parvenir à une harmonie entre la croissance économique et la viabilité environnementale », a déclaré M. HAN SEUNG SOO, Premier Ministre de la République de Corée, qui coprésidait la troisième table ronde.  Pour lancer ce débat auquel participaient 14 chefs d’État et de gouvernement, il a invité les participants à se demander comment on pouvait intégrer la viabilité environnementale dans la planification des pays en développement.


L’après-midi, M. EMOMALI RAHMON, Président de la République du Tadjikistan, qui coprésidait la deuxième partie de la table ronde, a rappelé que, dans les 5 à 10 années à venir, nous atteindrons une période cruciale pour l’environnement.  Il a évoqué la situation de la Mer d’Aral qui vit une catastrophe écologique majeure.  Il a demandé aux participants de réfléchir sur les moyens de mieux partager les coûts des défis environnementaux et de mobiliser davantage de ressources financières et techniques.  Comment préparer nos communautés face aux risques posés par les changements climatiques, a-t-il aussi interrogé.  Il a proposé également de parler de sujets transversaux: l’égalité homme-femme et l’autonomisation des femmes ainsi que le partenariat global pour le développement.


La table ronde a commencé par une présentation de Mme SHEILA DIKSHIT, Maire de Delhi, qui a indiqué suivre les principes du développement durable pour rendre la ville plus verte.  À Delhi, a-t-elle expliqué, l’ensemble du parc du transport public n’utilise plus le diesel mais un système beaucoup moins polluant.  Les espaces verts dans la ville sont passés de 3% de la superficie en 1998 à près de 20% en 2008 et nous avons mis en place un système de « construction verte » pour tous les grands bâtiments.  Elle a aussi mentionné les efforts menés pour reconstituer les nappes phréatiques.


Les événements de ces dernières années nous ont rappelé que les systèmes écologiques de la planète ne sont pas équilibrés, a poursuivi M. CHRISTOPHER FLAVIN, Président et Directeur général de Worldwatch Institute et deuxième expert invité de cette table ronde.  L’économie globale a une dette écologique qui doit être payée en adoptant un autre modèle économique.  Cette année, nous avons vu de nombreux exemples de systèmes écologiques qui se sont effondrés.  En Haïti, par exemple, un ouragan a eu des conséquences d’autant plus grandes que le système écologique était mal équilibré.  Il faut donc stabiliser le climat et réduire de façon tangible notre dépendance aux hydrocarbures, a déclaré M. Flavin.


Ouvrant la discussion de l’après-midi, M. ROLPH PAYET, l’expert invité des Seychelles, a averti qu’on vivait une époque historique dans la gestion des ressources de la planète.  Il a considéré qu’on n’avait pas assez fait pour essayer de mieux gérer les ressources naturelles et suggéré de recourir davantage aux mesures incitatives.  Il a aussi attiré l’attention sur les petites îles riches en écosystème.


Le représentant de la Fédération internationale des sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, M. BEKELE GELETA, autre expert invité, a appelé à se concentrer sur les mesures d’adaptation.  Il a proposé d’élargir notre compréhension des conséquences des changements climatiques.  Il a aussi invité à intégrer les mesures d’adaptation aux changements climatiques en veillant à réduire la pauvreté, notamment en identifiant les institutions publiques et privées qui peuvent apporter leur aide.


« Il est possible d’arriver à un équilibre entre la réduction de la pauvreté et la viabilité environnementale », a assuré M. HASSAN WIRAJUDA, Ministre des affaires étrangères de l’Indonésie.  Mais concilier l’humanité et la nature de manière durable doit être une priorité des efforts mondiaux, a déclaré M. BORIS TADIC, Président de la Serbie.


Cela relève de la « responsabilité commune mais différenciée », ont proclamé plusieurs chefs d’État, comme le Président du Mexique, M. FELIPE CALDERON HINOJOSA; le Vice-Président du Gabon, M. DIDJOB DIVUNGI DI NDINGE; et le Président de la Slovénie, M. DANILO TÜRK.  Le Chancelier fédéral de l’Autriche, M. ALFRED GUSENBAUER, s’est félicité de ce que plus de 80 pays aient déjà mis en place des stratégies nationales de développement durable se fondant sur une large participation.  « Ne rien faire est la solution la plus coûteuse », a d’ailleurs fait remarquer le Président de la Lettonie, M. VALDIS ZATLERS, dont le pays s’est engagé à utiliser 20% d’énergie renouvelable.


Pour le délégué de la Grèce cependant, les changements climatiques représentent un échec collectif international dans les efforts pour équilibrer consommation et environnement.  Le représentant du Bélarus a constaté qu’il existait un manque de volonté politique de la part de la communauté internationale.


Ce sont des forces extérieures qui empêchent mon pays de rêver à la réalisation des OMD, a rappelé le représentant de la République dominicaine qui a subi quatre ouragans au cours des derniers mois.  Le Président lettona lui aussi noté que les changements climatiques minent les efforts des pays les plus pauvres pour parvenir aux OMD.  L’aide de la communauté internationale est donc primordiale, ont de concert déclaré la plupart des intervenants.


La représentante de l’Équateur a fait valoir que son pays avait pris l’initiative de ne pas exploiter un gisement de pétrole afin d’éviter les conséquences sur l’environnement, mais a estimé que ce sacrifice économique devait être compensé par le biais d’un fonds fiduciaire.  Le représentant de la Commission de l’Union africaine tout comme le Ministre des affaires étrangères de l’Algérie, M. MOURAD MEDELCI, ont aussi invité à épauler les efforts des pays en développement.


À ce titre, le Chancelier fédéral de l’Autriche a précisé que son pays soutenait financièrement des projets visant l’utilisation durable des ressources naturelles. 


Les participants ont aussi insisté sur le renforcement des capacités des pays en développement pour lutter efficacement contre les effets des changements climatiques.  Le représentant de la Chine a souhaité que les pays industrialisés tiennent leurs engagements relatifs aux transferts des technologies.  Celui de la Malaisie a estimé qu’il fallait mettre au point un régime international de transfert des technologies.


Mais l’aide financière comme technique doit gagner en efficacité, a relevé la Ministre de la coopération pour le développement de la Suède, Mme GUNILLA CARLSSON.  Le Ministre des affaires étrangères de la Tunisie, M. ABDELWAHEB ABDALLAH, a appelé à renforcer également la coopération Sud-Sud.


Au niveau national, on met en place des partenariats avec le secteur privé afin de réaliser les OMD, comme c’est le cas au Kazakhstan, a expliqué son représentant.  Au nom de la communauté philanthropique, les participants ont été d’ailleurs invités à reconnaître que l’argent venant de la philanthropie était une des meilleures sources de financement.  La Présidente du Conseil d’administration de Deloitte, Afrique du Sud, a noté le rôle important que le secteur privé pouvait jouer pour utiliser plus efficacement les ressources hydriques et améliorer l’accès des plus pauvres à l’eau.


Le sort des migrants pour raisons écologiques a été rappelé à plusieurs reprises, notamment par M. LAWRENCE GONZI, Premier Ministre de Malte.  On a parlé non seulement des pays insulaires, menacés par le relèvement du niveau de la mer, mais aussi des pays montagneux.  Comme l’a mentionné M. ASYBEK AIDARALIEV, Représentant spécial du Président du Kirghizistan, ils souffrent aussi de leur isolement.


Plusieurs participants ont fait valoir la bonne gestion de leursressources forestières, comme le Ministre des affaires étrangères du Costa Rica, M. BRUNO STAGNO UGARTE, les représentants de la Mauritanie et de la République du Congo.  Le Président du Suriname, M. RUNALDO RONALD VENETIAN, s’est prévalu de la plus grande couverture forestière de la planète grâce à sa gestion durable et le Vice-Président du Gabon a indiqué que le taux de déboisement dans son pays est inférieur à 1%.  La Ministre des affaires étrangères du Guyana a proposé de gratifier les pays qui font des efforts pour préserver leurs forêts en mettant en place un mécanisme de contrôle assorti d’une aide financière. 


La table ronde était coprésidée le matin par M. DAVID THOMPSON, Premier Ministre de la Barbade et Ministre des finances, des affaires économiques et du développement, du travail, du service civil et de l’énergie, qui a conclu la première partie en relevant le caractère urgent des défis à relever.  « En tant que dirigeants, nous devons multiplier nos efforts pour agir de manière concertée », a-t-il exhorté ses homologues.


C’est Mme TARJA HALONEN, Présidente de la Finlande, qui a clôturé cette table ronde, en appelant à appréhender le problème sous ses trois dimensions, sociale, économique et écologique.  Les efforts d’adaptation, notamment, sont essentiels.  Elle a aussi relevé la responsabilité des femmes dans les actions menées.  En Finlande, celles-ci interviennent dans tous les projets de protection de l’environnement, a assuré sa Présidente.


Outre le Vice-Chancelier et Ministre des affaires étrangères de l’Allemagne, le Premier Ministre de l’Islande, le Premier Ministre et Ministre des affaires étrangères et du travail de Tuvalu et le Ministre des affaires étrangères de l’Ouzbékistan, les autres intervenants de la journée étaient les représentants du Bhoutan, de la Nouvelle-Zélande, des Maldives, de Caritas International et d’Oxfam Grande Bretagne.


Déclarations de clôture


Dans ses remarques de clôture, M. BAN KI-MOON, Secrétaire général de l’ONU, a estimé que cette journée avait été riche d’inspiration, mais que les débats tenus avaient rappelé que la « culture de l’indifférence » ne pouvait continuer.  Il s’est félicité de l’énergie investie dans la Réunion de haut niveau, affirmant que les actions entreprises aujourd’hui démontraient que le monde était prêt à considérablement intensifier les efforts pour pouvoir permettre la réalisation des OMD, dans tous les pays concernés, d’ici à 2015.  Il a souligné que les efforts nationaux devaient bénéficier de l’appui international promis.  Il a rappelé que lundi, les dirigeants africains avaient fait part de leur détermination à parvenir aux OMD, mais que pour y arriver, la communauté internationale devait respecter les engagements qu’elle avait pris à cet égard.  Ban Ki-moon a estimé qu’il fallait continuer à œuvrer en faveur de l’élaboration d’un cadre d’évaluation de la mise en œuvre de l’Objectif 8, relatif à la mise en place du partenariat mondial pour le développement.  Il a promis que l’Organisation des Nations Unies intensifierait ses propres efforts de plaidoyer, de soutien aux stratégies nationales, de renforcement des partenariats et de mobilisation de l’action. 


Par ailleurs, M. Ban s’est félicité de tous les engagements pris au cours de l’évènement organisé aujourd’hui.  À cet égard, il a  notamment cité les promesses qui ont été faites de verser 1,6 milliard de dollars en faveur de la sécurité alimentaire, 3 millions pour lancer un « Plan d’action contre le paludisme », ainsi que de faire de nouvelles contributions, à hauteur d’un demi milliard de dollars au Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme.  Le Secrétaire général a aussi souligné que 6 milliards supplémentaires avaient été promis pour le recrutement de six des dix millions d’enseignants dont le monde a besoin.  Il a déclaré qu’au total, les contributions et engagements pris en faveur des OMD pourraient atteindre 16 milliards de dollars et même plus.  Le Secrétaire général a enfin salué l’attention accordée aux changements climatiques et au développement durable, précisant que 750 millions de dollars avaient été promis par les États Membres dans ce domaine. 


« Aujourd’hui, nous avons renforcé le partenariat mondial en faveur du développement », a déclaré M. Ban Ki-moon.  Il a aussi constaté l’existence d’un nouvel esprit de coopération Sud-Sud, qui se manifeste alors que des pays en développement font des contributions pour la réalisation des OMD.  Toutefois, il a affirmé que des efforts supplémentaires étaient nécessaires pour combler les fossés qui persistent.  « Mon grand espoir est que tous les partenaires de développement mettent leurs forces en commun pour accélérer le processus de réalisation des Objectifs », a-t-il conclu. 


M. MIGUEL D’ESCOTO BROCKMANN, Président de la soixante-troisième session de l’Assemblée générale, a déclaré que cette journée dédiée « à ceux qui dans le monde n’ont rien » envoyait un message d’engagement et de détermination pour que toutes les populations puissent vivre dans la dignité.  Il a affirmé que les défis à relever étaient considérables et avaient été rendus encore plus ardus par les crises financière, alimentaire et énergétique actuelles.  Saluant les initiatives lancées cette semaine, il a toutefois relevé que même si ces promesses étaient tenues, cela ne serait pas suffisant.  Il a donc exhorté la communauté internationale à procéder à un renforcement du partenariat pour le développement lors de la prochaine Conférence de Doha sur le financement du développement.  Il a appelé les États à se faire représenter au plus haut niveau lors de cette réunion. 


Le Président de l’Assemblée a estimé que la seule manière d’alléger les souffrances des pauvres était de créer un système économique international juste.  « Il faut passer d’une société orientée vers les biens à une société orientée vers les individus », a-t-il insisté.  M. d’Escoto Brockmann a soutenu la proposition du Secrétaire général de tenir un sommet sur les OMD en 2010, précisant que ce serait l’occasion de galvaniser les efforts et les actions à mener au cours des cinq dernières années avant le délai de 2015.  Il a expliqué qu’il entamerait un processus de consultations à cet effet pour définir les objectifs et les modalités de l’organisation de ce sommet.  Il a en outre souligné que les Nations Unies devaient renforcer leur rôle en matière de développement, et à cet égard, il a particulièrement attiré l’attention sur le domaine de la santé, qui est encore à la traîne et nécessite une action rapide, notamment en ce qui concerne la santé maternelle et infantile.  Le Président de l’Assemblée a annoncé que forts de ce constat, le Secrétaire général de l’ONU et lui-même, avaient décidé de faire de la santé mondiale une priorité et qu’ils lanceraient une initiative dans ce domaine, qui comprendra notamment des débats thématiques informels et un débat de haut niveau en juin 2009. 


Se félicitant des avancées enregistrées aujourd’hui, M. d’Escoto Brockmann a enfin déclaré qu’il fallait agir avec une énergie et une conviction renouvelées.  « Ce que nous pouvons faire ensemble est beaucoup plus considérable que ce qu’un pays ou une organisation peuvent faire seuls », a-t-il conclu.  


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À l’intention des organes d’information • Document non officiel
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