CONFÉRENCE DE PRESSE SUR LE MOYEN-ORIENT PAR LE SECRÉTAIRE GÉNÉRAL, M. BAN KI-MOON, ET LES AUTRES MEMBRES DE HAUT NIVEAU DU QUATUOR AU SIÈGE DES NATIONS UNIES, LE 23 SEPTEMBRE 2007

23 septembre 2007
SG/SM/11174

CONFÉRENCE DE PRESSE SUR LE MOYEN-ORIENT PAR LE SECRÉTAIRE GÉNÉRAL, M. BAN KI-MOON, ET LES AUTRES MEMBRES DE HAUT NIVEAU DU QUATUOR AU SIÈGE DES NATIONS UNIES, LE 23 SEPTEMBRE 2007

23/09/2007
Secrétaire général
SG/SM/11174
Département de l’information • Service des informations et des accréditations • New York

CONFÉRENCE DE PRESSE SUR LE MOYEN-ORIENT PAR LE SECRÉTAIRE GÉNÉRAL,

M. BAN KI-MOON, ET LES AUTRES MEMBRES DE HAUT NIVEAU DU QUATUOR AU SIÈGE DES NATIONS UNIES, LE 23 SEPTEMBRE 2007

(Transcription adaptée de l’anglais)

Le Secrétaire général (interprétation de l’anglais):Bonsoir mesdames et messieurs. Le Quatuor a tenu une réunion très constructive cet après-midi, et nous sommes parvenus à une déclaration commune. J’aimerais vous dire qu’après cette conférence de presse, nous allons avoir une autre réunion avec nos partenaires arabes.

La déclaration conjointe est la suivante:

Les représentants du Quatuor se sont réunis aujourd’hui avec le représentant du Quatuor, M. Tony Blair.

Le Quatuor a reconnu que l’occasion se présentait d’enregistrer des progrès, et que la communauté internationale souhaitait réaliser la paix au Moyen-Orient. Le Quatuor a exprimé son appui vigoureux aux pourparlers bilatéraux qui sont en cours entre le Premier Ministre Olmert et le Président Abbas, et s’est félicité de la constitution d’équipes palestiniennes et israéliennes chargées de débattre des questions centrales essentielles aux progrès nécessaires sur la voie d’un objectif partagé d’une solution à deux États négociée et de l’établissement d’un État palestinien viable vivant au côté d’un État israélien sûr. Le Quatuor s’est félicité des mesures parallèles prises par les parties pour instaurer la confiance et améliorer les conditions sur le terrain. Le Quatuor a souligné qu’il convenait de prendre des mesures supplémentaires pour honorer les engagements précédents, y compris celles prises au titre de la Feuille de route ainsi que l’Accord réglant les déplacements et le passage afin d’instaurer une atmosphère propice aux progrès sur la voie d’une solution à deux États.

Le Quatuor a exprimé son appui en faveur d’une réunion sur la paix israélo-palestinienne appelée de ses vœux par le Président Bush lors de sa déclaration du 16 juin. Ses membres sont tombés d’accord sur le fait que la réunion devait être approfondie et sérieuse, et apporter un appui aux parties dans le cadre de leurs discussions bilatérales et leurs négociations afin de progresser sur la voie de la création d’un État palestinien en Cisjordanie et dans la Bande de Gaza en vue d’unir tous les Palestiniens. L’objectif de cette réunion est de réunir les membres clefs de la communauté internationale afin d’appuyer les efforts déployés par les Israéliens et les Palestiniens en vue de mettre un terme au conflit et d’instaurer la paix au Moyen-Orient. Le Quatuor s’attend à ce que cette réunion appuie la solution de deux États basée sur le rejet de la violence et les progrès réalisés par les deux parties dans leurs pourparlers bilatéraux. Cette réunion devrait également évaluer les progrès qui ont été réalisés pour mettre en place des institutions israéliennes et débattre de moyens novateurs et efficaces permettant de poursuivre leur appui aux réformes palestiniennes. Le Quatuor oeuvrera afin que cette réunion soit couronnée de succès et que ses conclusions soient mises en œuvre.

Le représentant du Quatuor, M. Tony Blair, a informé le Quatuor de ses réunions et pourparlers dans la région, et a abordé la question de la voie à suivre pour progresser sur la question du développement d’une économie palestinienne performante et des institutions de gouvernance qui jetteront les bases d’un État palestinien. Le Quatuor est convenu que M. Blair travaillera en étroite collaboration avec les autorités palestiniennes pour mettre au point un ordre du jour pluriannuel pour le développement institutionnel et économique, et se réjouit de recevoir un appui technique et financier de la communauté internationale à l’appui de ces efforts, à commencer par la réunion du Comité spécial de liaison du 24 septembre. Dans ce contexte, le Quatuor a appelé tous les pays en mesure d’apporter leur contribution à fournir un appui financier d’urgence à l’Autorité palestinienne. Le Quatuor a appuyé la prorogation du Mécanisme international temporaire jusqu’au 31 décembre 2007, et a exprimé l’espoir qu’un mécanisme sera établi au cours de cette période pour faciliter la transition vers une assistance internationale directe au gouvernement de l’Autorité palestinienne.   

Le Quatuor a exprimé sa préoccupation au sujet de la situation à Gaza.  Il a convenu de l’importance de la poursuite, sans obstacle, d’une aide d’urgence et humanitaire.  Le Quatuor a appelé à la poursuite de la fourniture de services essentiels.  Il a exprimé son inquiétude pressante concernant la poursuite de la fermeture des principaux points de passage, étant donné les conséquences sur l’économie palestinienne et la vie quotidienne.  Le Quatuor a également exprimé sa profonde inquiétude au sujet de la poursuite des tirs de roquettes à partir de Gaza sur Israël, ainsi que des efforts récents entrepris par le Hamas pour étouffer la liberté d’expression et la presse.

Le Quatuor a débattu de la réunion qui doit se tenir prochainement avec les membres du comité de suivi de la Ligue arabe afin de se consulter sur les étapes suivantes concernant l’Initiative de paix arabe et l’appui régional aux pourparlers bilatéraux entre les parties. Le Quatuor a réaffirmé son attachement à une paix juste, durable et globale au Moyen-Orient sur la base des résolutions 242 et 338 du Conseil de sécurité des Nations Unies.

Question (interprétation de l’anglais): Monsieur le Secrétaire général et distingués membres du Quatuor, je voudrais souhaiter, au nom de l’Association des correspondants des Nations Unies, en particulier la bienvenue à M. Blair, qui se présente pour la première fois aux Nations Unies dans ses nouvelles fonctions.

Vous avez exprimé, dans votre déclaration, votre préoccupation vis-à-vis de la situation actuelle à Gaza, ce qui contraste avec ce qui se passe sur le terrain. Des organismes de secours tels que  Oxfam International ont déclaré que le processus de paix n’avait aucune chance si l’on ne réglait pas la situation humanitaire sur le terrain, en particulier les problèmes de famine. Je me demande si vous avez une observation à faire au vu de la brève réunion que vous avez eue aujourd’hui et si vous attendez la réunion qui aura bientôt lieu à Washington, et qui sera organisée par la Maison Blanche afin de trouver de vraies solutions à la question de Gaza.

Le Secrétaire général (interprétation de l’anglais): Merci beaucoup. Les Nations Unies ont des responsabilités élargies dans le monde au titre de l’humanitaire, encore plus à Gaza. J’ai, à maintes reprises, exprimé ma préoccupation à l’égard des bouclages, du calvaire du peuple palestinien. 1,4 millions de personnes souffrent de la situation. Parmi elles, plus de 80 % dépendent de l’aide humanitaire dispensée par les organismes des Nations Unies, en premier lieu par l’Office de secours et de travaux des Nations Unies. Par conséquent, il est absolument crucial que l’ONU continue d’acheminer sans entrave l’aide humanitaire.

Mais fournir cette aide au quotidien ne contribue guère à la relance de l’économie. Voilà pourquoi la libre circulation et l’ouverture des points de passage sont primordiales.

Parallèlement, le processus de paix doit se poursuivre. Il est encourageant de noter que les dirigeants palestiniens et israéliens se réunissent régulièrement. Le représentant du Quatuor, M. Tony Blair, joue un rôle actif, avec la Secrétaire d’État Rice et les autres membres du Quatuor. Il faut que ces efforts diplomatiques se poursuivent. Nous espérons que la réunion internationale convoquée en novembre par le Président Bush traitera de cette question dans son intégralité.

Question (interprétation de l’anglais): Mme la Secrétaire d’État, l’un de vos assistants a déclaré que le comité de suivi de la Ligue des États arabes sera invité à la conférence de cet automne. Compte tenu des discussions d’aujourd’hui, pensez-vous que l’Arabie saoudite et la Syrie participeront à la conférence de paix? Ces invitations signifient-elles que la conférence s’inscrira dans les efforts de paix globale au Moyen-Orient, au-delà du volet bilatéral dont on a parlé précédemment?

Mme Rice (interprétation de l’anglais): Je pense que le contenu de la réunion a été décrit comme visant à encourager et soutenir les pourparlers bilatéraux engagés entre Israël et la Palestine. Je crois qu’une impulsion positive a été donnée. La réunion, bien sûr, prendra acte du fait qu’une paix globale s’impose à terme au Moyen-Orient. C’est pourquoi les résolutions 242 (1967) et 338 (1973), la Feuille de route, l’Initiative de paix arabe, qui envisagent une paix globale, constituent le cadre de la réunion. Une occasion de progresser s’offre à nous grâce aux pourparlers bilatéraux qui ont lieu entre le Premier Ministre Olmert et le Président Abbas. Il ne faut pas laisser passer cette occasion d’avancer sur cette voie.

Non seulement la réunion prendra acte de l’importance du volet bilatéral, elle devra aussi donner lieu à un débat de fond sur les questions centrales qui font l’objet des pourparlers bilatéraux. Il faudra également que la réunion prenne note des efforts visant à renforcer les capacités - auxquels participe l’ancien Premier Ministre M. Blair - et de l’importance de faire évoluer la situation sur le terrain. Un certain nombre de réunions et d’activités sont prévues: la réunion du Quatuor, ici; l’iftar qui se tiendra après cette conférence de presse avec le comité de suivi de la Ligue des États arabes; la réunion de demain, en prélude à la conférence des donateurs prévue pour décembre; puis, bien sûr, la réunion internationale.

Il y a donc toute une dynamique tendant à appuyer les efforts faits par les Palestiniens et les Israéliens pour venir à bout du conflit. La tâche est considérable et difficile. C’est toujours le cas pour le Moyen-Orient. Il faut admettre que le chemin restant à parcourir est semé d’embûches. Mais cela fait déjà quelques années que les Israéliens et les Palestiniens affirment qu’ils sont prêts à débattre des grands problèmes qui les opposent. Il importe que les principaux acteurs régionaux et la communauté internationale se mobilisent pour les soutenir.

S’agissant des invitations, nous n’en avons pas encore adressées en tant que telles. Il est tout à fait normal que les membres du comité de suivi arabe seront du nombre des participants. C’est le Comité qui a été chargé par la Ligue des États arabes de suivre l’évolution de l’Initiative de paix arabe dont il sera notamment question. Il y a encore beaucoup à faire avant de savoir qui viendra et qui acceptera l’invitation. Mais il est normal que les membres du Comité de liaison soient présents.

Question (interprétation de l’anglais): Une question à l’attention de Mme Rice et de M. Lavrov. Suite aux informations indiquant que la Syrie s’est engagée sur la voie du nucléaire, pourriez-vous nous dire comment la communauté internationale ne s’en est pas aperçue? Pensez-vous que la Syrie puisse faire partie de la communauté internationale?

Monsieur Lavrov, pouvez-vous nous dire si vous fournissez des armes à la Syrie, et par conséquent au Hezbollah? Si oui, pensez-vous que cela va dans le sens du processus de paix?

Mme Rice (interprétation de l’anglais): Les États-Unis n’ont jamais caché leur préoccupation s’agissant de la prolifération en général. Je n’ai pas l’intention de parler de question spécifique. J’ai lu les informations parues dans la presse. Je n’ai pas de commentaire particulier à faire. Bien entendu, nous sommes très préoccupés par les activités dangereuses menées dans une région déjà très dangereuse.

Nous avons dit à de nombreuses reprises qu’il était nécessaire que le Gouvernement syrien change son comportement, très nuisible et délétère pour la région. Il faut que ce pays accepte l’appel lancé par la communauté internationale pour que le Liban puisse appliquer ses processus constitutionnels sans faire l’objet d’actes d’intimidation et que la souveraineté libanaise soit respectée. Nous avons été parfaitement clairs sur ce point. Nous avons dit que nous étions gravement préoccupés par le fait que des terroristes traversent la frontière avec l’Iraq, mettant ainsi en péril la vie d’Iraquiens innocents et des forces de la coalition. Bien entendu, se pose également la question de l’appui fourni aux opposants de la solution prévoyant deux États. La position des États-Unis est parfaitement claire quant au fait que le régime syrien doit changer de comportement.

Le processus que nous avons engagé pour étayer le fragile dialogue naissant entre Israéliens et Palestiniens devrait recevoir l’appui de la communauté internationale tout entière, en particulier des voisins de la région. Nous espérons que ceux qui choisiront de venir à la réunion indiqueront clairement qu’ils appuient la solution prévoyant deux États, le principe du renoncement à la violence et le respect des nombreux accords signés par les dirigeants palestiniens au nom de leur peuple en vue de poser les fondements de la solution prévoyant deux États.

M. Lavrov (interprétation du russe): Nous vendons des armes à la Syrie comme nous vendons des armes à de nombreux pays. Nous faisons la même chose que d’autres fournisseurs d’armements. Tout ce que nous vendons satisfait complètement, dans la transparence, à nos obligations internationales et à notre législation en matière d’exportation, qui est l’une des plus rigoureuses au monde. Dans aucun des nombreux pays, dont la Syrie, vers lesquels nous exportons, nous ne livrons quoi que ce soit qui puisse modifier l’équilibre des forces dans la région. Cela vaut pour le Moyen-Orient. Les armes livrées à la Syrie sont de nature défensive, ce qui ne peut nuire à l’équilibre régional.

En outre, compte tenu du caractère délicat de la question des livraisons d’armes dans la région, nous interdisons toujours, dans nos contrats, que les armes soient transférées à un autre utilisateur.

Pour ce qui est de la Syrie, nous avons des mécanismes et des inspections. Nous pouvons voir où les armes ont été livrées – quel qu’en soit le destinataire. Si des faits indiquent que ces obligations n’ont pas été remplies, si ces obligations ont été violées, nous enquêtons toujours. Mais, en ce qui concerne ce cas, nous n’avons pas reçu de précisions. Nous en avons parlé avec nos collègues israéliens, et ils s’en sont montrés préoccupés. En principe, pour que l’on puisse atteindre les objectifs dont parlait Mme Rice, la Secrétaire d’État, c’est-à-dire pour que la réunion prévue à Washington à l’automne puisse véritablement représenter un pas non seulement dans le règlement israélo-palestinien, mais aussi un règlement sur tous les volets de la question du Moyen-Orient, il faut que tous les pays de la région soient engagés dans le processus. Il ne faut pas chercher à les isoler. Nous pensons que grâce à cet engagement politique, et non pas par l’isolement, nous obtiendrons davantage que si nous tenons simplement des pourparlers dont le but est de savoir qui est coupable de quoi. Il faut d’abord établir les faits, puis engager toutes les parties dans le processus, et non pas les écarter.

Question  (interprétation de l’anglais ):Mme Rice, pourriez-vous nous dire clairement si la Syrie sera invitée ou pas. Bien évidemment, vous avez déjà parlé de la situation à Gaza. Pourriez-vous nous dire comment, à votre avis, nous pourrions régler la situation? Bien entendu, les choses pourraient continuer éternellement ainsi, j’aimerais également savoir ce que M. Lavrov a à dire puisqu’il a eu ses propres discussions avec le Hamas.

Mme Rice (interprétation de l’anglais):Premièrement, à notre avis, tous les membres du comité de suivi arabes devraient, bien entendu, être invités. Ce serait tout à fait naturel qu’ils participent à cette réunion, mais il faut insister sur le fait que le but de cette réunion est d’aider Israël et la Palestine à parvenir à un accord sur la solution de deux États. Il faut que tout le monde soit engagé en faveur de cette solution. Et nous pensons donc que l’initiative arabe va justement dans ce sens, et qu’il est tout à fait logique que les membres du comité de suivi arabes participent à cette conférence. En ce qui concerne Gaza, la position des États-Unis a toujours été très claire. Tout d’abord, la Cisjordanie et Gaza sont deux parties constitutives des territoires palestiniens, et lorsqu’il y aura un État palestinien, ces deux territoires devront en faire partie. Deuxièmement, le Premier Ministre Fayyad et le Président Abbas sont les représentants légitimes de tous les Palestiniens où qu’ils vivent, et à cet égard, ce qui s’est passé à Gaza – le renversement des institutions palestiniennes légitimes – ne signifie pas que les autorités légitimes palestiniennes ne continuent pas d’être les autorités reconnues, y compris pour Gaza. Troisièmement, et ceci est encore plus important, les États-Unis n’abandonneront jamais la population de Gaza tout simplement parce qu’elle vit à Gaza. Nous poursuivrons nos efforts humanitaires, que nous avons même renforcés au cours de la première moitié de l’année. Nous avons accru considérablement notre aide humanitaire au peuple palestinien et nous pensons que cette assistance humanitaire doit être fournie à la population de Gaza sans obstruction. J’ai dit aux Israéliens qu’il importait de se préoccuper du sort de la population de Gaza. Les innocents ne devraient pas souffrir à cause du coup d’État politique perpétré par le Hamas il y a quelques mois. Nous espérons donc qu’en fin de compte, l’émergence de l’idée concrète d’un État palestinien représentera un facteur qui permettra d’unir tous les Palestiniens. Je crois cependant qu’il est extrêmement important de reconnaître que les habitants de Gaza font partie de la population palestinienne, et que le Président Abbas représente tous les Palestiniens.

M. Lavrov (interprétation du russe ):Comme cela a déjà été dit, nous accordons tous une importance particulière à la réunion qui a été proposée par le Président Bush et qui aura lieu aux États-Unis. Nous avons appuyé cette initiative et tous les membres du Quatuor ont dit qu’ils étaient prêts à y participer pour qu’elle soit un succès. Aujourd’hui, nous avons convenu de la façon dont nous pourrons travailler. Si cette réunion a lieu, elle pourra marquer le début d’un processus sur la voie d’un règlement, non seulement du volet israélo-palestinien, mais aussi de l’ensemble de la situation au Moyen-Orient. Et ceci pourrait ouvrir la voie à une conférence internationale sur le Moyen-Orient, ce dont le Président Poutine a parlé à plusieurs reprises, ainsi que les États membres de la Ligue arabe. Nous avons déclaré au Quatuor que nous garderons cette perspective à l’esprit et que nous prévoirons les mesures à prendre en la matière. Un règlement global ne pourra pas se faire s’il reste un pays, un peuple ou une partie d’un peuple qui n’y serait pas intégré. Les Palestiniens de Gaza font, comme l’a dit le Secrétaire d’État Rice, partie du peuple palestinien, et aujourd’hui, nous avons accordé dans nos débats une attention toute particulière au fait que l’on ne saurait laisser cette situation, si l’on entame un nouveau processus, aboutir à l’isolement d’une partie d’un peuple parce qu’il y a eu scission. Je suis convaincu qu’une Palestine unie est une priorité. Parallèlement aux mesures prises pour régler le volet israélo-palestinien, il faut faire en sorte qu’il y ait une unité palestinienne afin de parvenir à une meilleure solution. Bien sûr, nous avons parlé de la situation humanitaire à Gaza. Nombre d’entre nous connaissons le rapport de la Banque mondiale qui nous a brossé un tableau très sombre de la situation, et le communiqué qui vous a été lu par le Secrétaire général indiquait que l’aide humanitaire devait avoir un accès sans entrave à Gaza. La Russie s’intéresse à la question car l’assistance que nous acheminons déjà depuis des années, par exemple sous forme de médicaments, n’a pas encore pu arriver à Gaza. 

Question  (interprétation de l’anglais ):Mme Rice, vous avez rencontré le Ministre des affaires étrangères de l’Arabie saoudite. Avez-vous des raisons de penser qu’il souhaite participer à la réunion prévue en novembre? Par ailleurs, vous et M. Blair pouvez-vous nous dire en quoi consistaient les discussions qui ont eu lieu au cours de cette réunion? Pensez-vous qu’il sera possible de parvenir à un accord sur la façon de prendre une décision sur les questions essentielles telles que les frontières, le statut de Jérusalem et les réfugiés? Et M. Blair, un homme d’affaires israélien vous a demandé d’organiser une réunion sur les aspects économiques?

Mme Rice (interprétation de l’anglais ):Merci, et ensuite je m’adresserai à Tony Blair. Tout d’abord, j’aimerais revenir à la question sur Gaza parce que nous sommes très préoccupés par la population de Gaza. Je crois qu’il convient de mentionner que nous devons également être préoccupés par les conditions de sécurité. Des roquettes sont tirées depuis Gaza sur Israël, ce qui est préoccupant, et nous devons également penser à la sécurité des Palestiniens de Gaza. Souvenons-nous de ce qui nous a conduit jusqu’ici. La déclaration du Quatuor indique également qu’il est extrêmement important que des mesures soient prises pour que la situation à Gaza soit prise en compte et que ces tirs de roquettes cessent. C’est quelque chose que je tiens à dire très clairement.

En ce qui concerne la participation à la réunion, comme je l’ai dit, nous allons travailler sur cette question et dans nos discussions avec nos collègues, il a été très clair que cette réunion allait être sérieuse et portera sur le fond, mais bien entendu elle devra se pencher sur les questions centrales. Ce serait tout à fait illogique que les États-Unis invitent des membres de la communauté internationale, des acteurs régionaux, les parties elles-mêmes pour avoir une discussion qui ne porterait pas sur le fond et qui n’aborderait pas les questions essentielles. Il y a beaucoup à faire et je suis sûre que l’on pourrait faire autre chose de bien plus concret que de participer à une réunion qui ne se pencherait pas sur ces questions. Nous reconnaissons également que lorsque nous viendrons à cette réunion, que tous ceux qui y participeront seront vraiment attachés à aider les Israéliens et les Palestiniens à trouver une solution, c’est-à-dire à renoncer à la violence, à travailler pour une solution pacifique, à travailler sur la base de tous les nombreux documents qui, jusqu’à présent, ont constitué le cadre d’une paix éventuelle. Le fait de venir à cette réunion doit s’accompagner de responsabilités, et nous espérons que tous ceux qui souhaitent voir l’établissement d’un État palestinien, comme les États-Unis et les membres du Quatuor, participeront à cet événement.

M. Blair: Tout d’abord je pense qu’il est crucial de comprendre le tableau complet qui ressort des différentes réunions qui ont eu lieu dans la région et de la réunion du Quatuor d’aujourd’hui. Le plus important est que les choses bougent à nouveau. De nouveau, un élan est donné à ce processus mais cela ne signifie pas que nous sommes trop optimistes par rapport aux difficultés que nous avons rencontrées dans le passé, mais les choses également. Il y trois éléments. Premièrement, il y a une redynamisation du processus politique et c’est d’ailleurs là que réside l’importance de la réunion que les Américains appellent de leurs vœux. Ce processus politique, bien entendu, ne permettra pas de résoudre toutes les questions en suspens d’un coup de baguette magique, mais il devrait permettre de donner un nouvel horizon politique permettant d’apporter de la crédibilité à ce processus. Tel est notre objectif et c’est ce que les gens veulent voir. C’est une question sur laquelle le Président Abbas et le Premier Ministre Olmert vont négocier, ensemble.

Deuxièmement, il y aura la publication de l’ordre du jour national palestinien pour l’action. Il s’agit de créer les institutions d’un État palestinien car un État qui n’est pas doté d’institutions qui fonctionnent, n’est pas un véritable État. Un État, ce n’est pas seulement un territoire, mais aussi des capacités, des institutions, une gouvernance. Le troisième aspect est que des choses doivent se passer sur le terrain et donner l’espoir à la population, à la fois du côté israélien et du côté palestinien. Il faut que les gens puissent commencer à penser que leur vie va s’améliorer, que les choses vont changer, qu’il est possible d’améliorer leurs conditions de vie et qu’ils pourront bientôt vivre une vie normale. C’est là que les propositions avancées par des hommes d’affaires israéliens, par des hommes d’affaires palestiniens, par d’autres membres de la communauté internationale sont également importantes. Ces trois volets doivent avancer en parallèle. Il faut redynamiser le processus politique, il faut que les Palestiniens puissent mettre en place les institutions d’un État sérieux qui fonctionne et il faut que les choses s’améliorent sur le terrain. Le plus important, à mon avis, c’est également la tenue, au cours des mois à venir, de deux réunions. La première, bien entendu, c’est la réunion mentionnée par la Secrétaire d’État Rice, et la deuxième constituera également pour la communauté internationale, en tant que donateur et fournisseur d’appui aux autorités palestiniennes, une possibilité de continuer d’appuyer les Palestiniens, et notamment leur ordre du jour. Notre objectif est en fait de parvenir à la fin de cette année, à relancer l’espoir dans le processus politique, avec une idée claire de la forme que pourrait revêtir cet État palestinien, doté de véritables institutions, et d’améliorer la situation sur le terrain. Tels sont des objectifs relativement ambitieux pour les mois à venir, mais je pense qu’ils sont réalisables, pour autant qu’il y ait de la bonne volonté et que l’on se concentre sur l’essentiel.

Question(interprétation de l’anglais): Lors de la réunion après l’iftar, deux parties directement intéressées ne sont pas invitées, la Palestine et le Liban, et je ne comprends pas pourquoi vous voudriez exclure ces deux parties à la prochaine réunion. Mme Rice, malgré votre bonne volonté, pourquoi pensez-vous qu’il existe un manque de confiance dans ce que vous essayez de faire dans le cadre de cette importante conférence? Comment se fait-il par exemple que, M. Lavrov, lorsque vous dites « global », à quel point pensez-vous que la question du Liban se pose, comme celle de garantir le processus constitutionnel pour qu’un président soit élu et pour que le pays puisse rester uni, au moins pour participer à cette conférence.

Mme Rice(interprétation de l’anglais): Le Secrétaire général répondra à la première partie.

Le Secrétaire général(interprétation de l’anglais): En ce qui concerne la première partie de votre question, nous avons invité les mêmes pays que ceux qui ont participé à la réunion de Charm el-Cheikh au mois de mai.

Mme Rice(interprétation de l’anglais):Non, non. C’était une réunion également avec le suivi arabe (inaudible). Vous aurez la liste des participants. Il s’agit en fait du comité de suivi de la Ligue des États arabes constitué pour suivre l’initiative arabe. Tel est l’objet de la réunion. Le Secrétaire général vous en dira davantage.

Quant à la question de la confiance en ce que nous faisons, il y a eu de nombreuses déceptions, depuis des dizaines années, pour ce qui était de faire progresser les choses, je comprends qu’il y a peut-être un certain scepticisme quant à la possibilité de réussir cette fois-ci. Comme l’a dit M. Blair, tous ceux qui ont traité des questions du Moyen-Orient font preuve d’un optimisme prudent en ce qui concerne la question de savoir si cela est réalisable. Nous avons cependant constaté que nous avons parcouru bien du chemin depuis la fin du processus de Camp David en 2000. Il y a eu bien des hauts et des bas, le Président Bush a annoncé en 2002 la volonté de voir deux États vivant côte à côte, Israël et la Palestine, dans la paix et la liberté, et il a été le premier Président américain à faire une telle déclaration politique. Cette année, nous avons également connu des hauts et des bas, pour parvenir à la situation que nous connaissons aujourd’hui. Lorsque je me suis rendue à Jérusalem, nous espérions des rencontres trilatérales en février, mais les conditions n’étaient pas réunies. Le climat n’était pas propice. Nous avons donc fait bien du chemin, dans un laps de temps relativement court et nous pensons que la réunion internationale a la permettra de galvaniser les personnes sur le front politique et de donner à la communauté internationale, aux habitants de la région et, plus important encore, aux parties, un objectif, quelque chose qu’ils pourraient réaliser. C’est ce que nous pouvons faire et nous voulons travailler au mieux pour que la réunion ait un sens, des questions clefs que nous souhaitons tous discuter. C’est ce que nous voulons, mais je ne suis pas surprise que certains se demandent si nous allons réussir. Si l’on avait pu trouver une solution, on l’aurait trouvée depuis bien longtemps. L’engagement du Président des États-Unis, mon engagement personnel, l’engagement du Gouvernement américain et, j’en suis convaincue, celui de la communauté internationale pour essayer de faire des progrès ici, est un engagement très ferme. Tout ce que l’on peut faire, c’est faire de notre mieux, il y a beaucoup de bonne volonté, de détermination, et nous espérons réussir cette fois-ci.

M. Lavrov  (interprétation du russe): Je n’ai pas très bien compris l’idée sous-tendant votre question à propos du Liban et du processus constitutionnel au Liban. Je respecte le processus constitutionnel dans quelque pays que ce soit, et je suis persuadé que si personne ne s’ingère au Liban, ce pays pourra surmonter la crise actuelle. Nous savons que de nombreux hommes politiques éminents réfléchissent au Liban à la façon dont on pourrait sortir de la crise et ne pas l’aggraver. L’essentiel est de ne pas s’ingérer dans les affaires du Liban, et dès lors, je crois que tout ira bien.

Question du journaliste du Figaro (interprétation de l’anglais): J’ai l’impression qu’il y a un nouveau sentiment d’urgence, qu’un nouvel accent est mis sur la question de la proclamation de l’État palestinien qui est supposé résulter de la Feuille de route. Je voudrais donc savoir si la Feuille de route est morte, et si ce n’est pas le cas, comment entendez-vous concilier ce nouveau processus que vous essayez de lancer avec la Feuille de route? En outre, quelles sont les conditions qui doivent être remplies sur le terrain pour la création d’un État palestinien qui soit, selon vous, acceptable?

Mme Rice (interprétation de l’anglais): Je suis très heureuse que vous ayez posé cette question, car je pense que la Feuille de route demeure la voie à suivre, appuyée par la communauté internationale tout entière, sur la façon dont sera créé un État palestinien. Si l’on examine les engagements pris au titre de la première phase, il est très difficile d’imaginer la création d’un État palestinien si les engagements de la phase ne sont pas honorés. Je suis donc tout à fait d’accord pour dire que les engagements qui ont été pris au titre de la première phase doivent être honorés.

Ce qui est parfaitement clair, c’est que, après une l’expérience vécue au cours des dernières années, l’horizon politique pour le peuple palestinien, mais également pour le peuple israélien est un ingrédient important de la dynamique, de l’engagement et du sentiment d’un véritable résultat. C’est de cette façon que les populations auront les capacités nécessaires pour réaliser les engagements pris au titre de la première phase. Je crois qu’il n’a jamais été envisagé dans la Feuille de route qu’il serait impossible de discuter, de parler ou même de négocier les contours ou la forme d’un État palestinien. En revanche, ce qui est sûr, c’est qu’il sera impossible de créer un État palestinien s’il n’y a pas un engagement à mettre fin au terrorisme, s’il n’y a pas un engagement à mettre un terme aux implantations, s’il n’y a pas un engagement pacifique à rejeter la violence. Tout ceci est nécessaire. Les Palestiniens devront disposer de forces de sécurité efficaces, des capacités qui permettront de garantir la sécurité contre le terrorisme, mais également la sécurité pour le peuple palestinien.

Toutes ces choses sont interconnectées, et sont essentielles pour la création d’un État palestinien. Donc, la Feuille de route reste vivante; elle est en place. Elle demeure un guide tout à fait utile, et en faveur duquel la communauté internationale s’est engagée, notamment par le biais de résolutions du Conseil de sécurité. Il est essentiel que les engagements prévus au titre de la Feuille de route soient honorés pour que l’on puisse créer l’État palestinien. C’est l’une des choses que fait précisément Tony Blair. Le général Keith Dayton travaille également sur cette question de la mise en place de forces de sécurité palestiniennes intégrées et fiables qui rendent vraiment des comptes aux autorités palestiniennes.

M. Blair (interprétation de l’anglais): Très brièvement, j’ajouterai que la Feuille de route reste en place. Et, comme vient dire la Secrétaire d’État Rice, il demeure un grand nombre de questions importantes qui devront être abordées si l’on veut trouver une solution. Mais il important de comprendre une chose pour comprendre notamment ce qui s’est passé récemment. Tout d’abord, pour que les populations et le peuple puissent faire des progrès, il faut qu’ils aient une idée claire de la direction que va prendre ce processus politique. La question que les gens se posaient, il y a quelques mois ou quelques semaines, portait essentiellement sur la réunion proposée par le Président Bush: est-ce qu’elle va porter sur les questions de fond ou non? Ce qui est important dans le communiqué du Quatuor rendu public aujourd’hui c’est qu’il y a une réponse à cette question: ce sera un sommet qui portera sur les questions de fond. Nous souhaitons avoir des discussions sérieuses, importantes et substantielles, avec un résultat qui nous permettra d’engager le processus. Voilà en ce qui concerne l’horizon politique, dans lequel, semble-t-il, le Premier Ministre Olmert et le Président Abbas enregistrent des progrès.

Deuxièmement, s’agissant des capacités palestiniennes, je voudrais dire les choses très clairement. En fin de compte, pour la création d’un État palestinien, des questions se posent sur la nature de cet État. A- t-il une infrastructure de sécurité qui fonctionne? Est-ce que ses services publics fonctionnent? Est-ce qu’il dispose des infrastructures nécessaires? Est-ce que les systèmes de gouvernance sont en place? Tout cela est essentiel pour tout État dans le monde. Ce qu’il faut garder à l’esprit, et c’est très important, c’est que ces choses ne peuvent pas être dissociées les unes des autres. Il faut qu’elles puissent fonctionner de concert. Il y a l’horizon politique pour que les gens sachent vers quel objectif ils se dirigent, ce qu’ils souhaitent réaliser; et, ensuite, les mesures pratiques nécessaires pour que cela devienne une réalité. Je crois qu’il faut que ces deux choses se fassent en parallèle, de concert, en s’ajoutant aux changements immédiats que nous avons besoin de voir sur le terrain pour que les gens comprennent que quelque chose se passe vraiment. Voilà le travail pour les mois à venir.

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À l’intention des organes d’information • Document non officiel
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