LES MIGRATIONS NE SONT PAS SEULEMENT UNE QUESTION DE RICHESSE ET DE PAUVRETÉ, MAIS AUSSI DU TYPE DE SOCIÉTÉ DANS LAQUELLE ON VEUT VIVRE, ESTIME BAN KI-MOON

10 Juillet 2007
SG/SM/11084-DEV/2629

LES MIGRATIONS NE SONT PAS SEULEMENT UNE QUESTION DE RICHESSE ET DE PAUVRETÉ, MAIS AUSSI DU TYPE DE SOCIÉTÉ DANS LAQUELLE ON VEUT VIVRE, ESTIME BAN KI-MOON

10/07/2007
Secrétaire général
SG/SM/11084 DEV/2629
Département de l’information • Service des informations et des accréditations • New York

LES MIGRATIONS NE SONT PAS SEULEMENT UNE QUESTION DE RICHESSE ET DE PAUVRETÉ, MAIS AUSSI DU TYPE DE SOCIÉTÉ DANS LAQUELLE ON VEUT VIVRE, ESTIME BAN KI-MOON

On trouvera ci-après l’allocution du Secrétaire général de l’ONU, M. Ban Ki-moon, à l’occasion du lancement du Forum mondial sur les migrations et le développement qui se tient aujourd’hui à Bruxelles:

C’est un honneur pour moi de vous accueillir pour le lancement de ce Forum mondial, une étape historique dans l’action que nous menons pour comprendre les liens unissant les migrations internationales et le développement et pour mettre le pouvoir des premières au service du second.

Permettez-moi de remercier vivement S. M. le Roi Albert II de Belgique, qui est actuellement en convalescence et n’a pu se joindre à nous aujourd’hui.  Je lui souhaite un prompt rétablissement.

Je suis reconnaissant au Prince Philippe d’honorer cet événement de sa présence, et je remercie S. E. le Premier Ministre de Belgique, Monsieur Guy Verhofstadt, et le Gouvernement belge de leur appui et leur hospitalité chaleureuse.  Cet événement n’aurait pu avoir lieu sans vous.

La route qui nous réunit tous à Bruxelles a été longue. Peut-être n’a-t-elle pas été aussi tortueuse ni aussi solitaire que celle que font certains des 200 millions de migrants de par le monde.  Mais à sa manière, elle a été pleine de déviations et d’obstacles.  Je me réjouis que nous soyons enfin arrivés à ce stade.

Pendant de nombreuses années, les États Membres de l’Organisation des Nations Unies ont eu des difficultés à discuter du problème délicat des migrations sur la scène internationale.  Ce sujet n’a donc jamais été prioritaire à l’ordre du jour de l’ONU – et ce, jusqu’au Dialogue de haut niveau qui a eu lieu en septembre dernier au Siège de l’Organisation à New York.  Même alors, certains sceptiques prédisaient que les positions seraient trop fermement tranchées, que le Nord et le Sud ne pourraient que s’affronter et qu’un véritable dialogue serait impossible.

Les neuf derniers mois ont prouvé que ces sceptiques avaient tort.  Comme nous comprenions le potentiel puissant des migrations, les vieux stéréotypes se sont estompés et de nouvelles possibilités se sont emparées de notre imagination.  Nous constatons que les migrations continuent à augmenter – suscitées par la même recherche d’une vie meilleure, ainsi que par des phénomènes de mieux en mieux compris, comme le changement climatique.  Et, ainsi, nous acceptons qu’il nous faut agir efficacement sans délai.

De ce fait, sous la direction avisée de la Belgique et de mon Représentant spécial pour les migrations et le développement, Peter Sutherland, bien plus d’une centaine d’États ont résolument œuvré de concert au cours de l’année écoulée.  Vous avez tiré parti de l’élan pris lors du Dialogue de haut niveau de l’an dernier.  Vous avez souscrit à l’idée défendue par l’ONU de réunir un forum mondial.  Et vous avez mis à profit les contributions inestimables de la société civile, dont des représentants se sont réunis hier pour contribuer au Forum.

Maintenant que nous sommes ici, nous devons tirer le maximum de l’occasion qui nous est donnée de faire face à l’un des grands défis mondiaux de notre siècle.  Nous devons saisir l’occasion pour commencer à transformer en une possibilité ce qui trop souvent est perçu comme une menace.  Nous sommes dans l’obligation de comprendre les implications du phénomène des migrations, d’apprendre les uns des autres et d’édifier des partenariats qui mettront les migrations au service du développement.  Il est de notre devoir de lutter contre la marginalisation, les abus et la discrimination dont continuent d’être victimes aujourd’hui certains groupes de migrants.  Il nous incombe d’avancer ensemble avec courage, avec la même audace que des migrants intrépides manifestent de par le monde.

Comment pouvons-nous y parvenir?  Pas en faisant de grands discours ou en créant de nouvelles structures sophistiquées.  Nous ne sommes pas en train de construire une organisation pour résoudre les problèmes que posent au monde les migrations – loin de là.

Nous ne sommes pas non plus ici pour concevoir un plan nous indiquant comment gérer les migrations internationales.  Ceci n’est pas concevable.  Les gens se déplacent lorsqu’ils sont attirés par une vie meilleure, pour fuir un danger ou le désespoir, en réaction aux forces du marché, ou en réponse aux appels du cœur.

Nous ne sommes pas non plus ici pour nous dicter réciproquement combien de migrants devraient ou ne devraient pas entrer dans nos pays ou en sortir.  De telles décisions devraient être prises par des individus dans le cadre des lois de chaque nation souveraine.

Non, ce que nous constatons ensemble, en réunissant ce forum, est que nous vivons dans une ère nouvelle – une ère de mobilité, au cours de laquelle de plus en plus d’êtres humains se déplaceront de plus en plus fréquemment sur la planète.  Plus de pays que jamais auparavant participent au système des migrations, et des migrants parcourent le monde d’un bout à l’autre.

Il s’agit d’un phénomène mondial qui échappe aux catégories faciles du passé, avec leurs séparations nettes, comme pays d’origine et pays de destination.  Aujourd’hui, nous admettons que nous sommes tous concernés.  Les révolutions intervenues dans les transports et les communications, et la mondialisation de nos économies, font que nous avons des migrations une expérience différente de celle qu’a jamais eue l’humanité au cours de son histoire.

Nous ne pouvons arrêter cette force de la nature humaine.  Mais nous pouvons faire beaucoup pour améliorer la vie des migrants.  Nous pouvons faire en sorte que les gens se déplacent dans la sécurité et la légalité, et que leurs droits soient protégés.  Nous pouvons œuvrer au renforcement des effets positifs des migrations sur le développement des pays d’origine des migrants.  Nous pouvons encourager les pays de destination à promouvoir le succès des migrants, tant dans leurs foyers d’origine que dans leurs foyers d’adoption.  Nous pouvons faire mieux comprendre que plus les migrants sont intégrés, plus grande sera la contribution qu’ils pourront apporter à leurs pays d’origine, lorsqu’ils y rentreront ou en qualité de membres engagés d’une diaspora mondiale.

Au cours des deux prochains jours, notre tâche est d’apprendre:

- À comprendre ce que nous pouvons faire, en tant que responsables politiques, pour tirer le profit maximum des migrations pour le développement, tout en veillant à ce que celui-ci améliore la qualité des migrations;

- À apprendre les uns des autres de manière systématique et exhaustive;

- À mettre à profit l’expérience que nous avons acquise aux niveaux régional, national et local.

Permettez-moi d’être plus précis.  À ce stade initial de la coopération internationale sur les migrations et le développement, nous nous efforçons d’instaurer la confiance entre les États.  C’est pourquoi nous devrions mettre l’accent sur les mesures profitables pour tous les acteurs du système des migrations – mais surtout pour les migrants, leur famille et leurs communautés.

Depuis des décennies, le dur labeur de migrants solitaires a contribué à soustraire des familles et des communautés entières à la pauvreté.  Leurs gains ont construit des maisons, fourni des soins de santé, équipé des écoles, jeté les bases d’activités commerciales.  Ils ont tissé un réseau mondial en faisant passer idées et savoirs d’un pays à l’autre.  Ils ont constitué le lien humain dynamique entre les cultures, les sociétés et les économies.  Pourtant, ce n’est que récemment que nous avons commencé à comprendre non seulement combien les migrations internationales contribuent au développement, mais aussi combien des politiques intelligentes peuvent amplifier ces effets.

C’est pour discuter de cela que vous êtes ici.  Ce faisant, vous pouvez apporter une contribution majeure au bien-être de l’humanité tout entière.  Pour ne prendre qu’un exemple: c’est seulement ces dernières années que les gouvernements ont compris l’importance des rapatriements de salaires pour le développement, et ils ont pris des mesures pour encourager la concurrence entre banques et sociétés de transferts de fonds.  Ceci a considérablement réduit les frais de transfert dans de nombreuses économies.  C’est ainsi que, littéralement, des milliards de dollars supplémentaires sont parvenus aux résidents des pays en développement chaque année.  Le Forum a un rôle clef à jouer s’agissant de tirer parti de l’élan ainsi pris.

Mais l’argent n’est pas la seule mesure de la richesse des migrants.  Vous examinerez aussi comment les pays d’origine peuvent tirer profit de l’abondance de compétences et de connaissances accumulées par les migrants.  Comment les médecins migrants qui ont réussi à l’étranger peuvent-ils aider à former la prochaine génération de médecins dans leur pays d’origine?  Quelles stratégies doivent suivre les pays pour amener leurs scientifiques et entrepreneurs à revenir?  Comment peut-on servir le codéveloppement, et comment, par exemple, les pays développés qui recrutent du personnel hautement qualifié peuvent-ils acheminer une aide en retour vers les pays d’origine afin d’y appuyer l’éducation?

De la même manière, vous examinerez la contribution des migrants au progrès et au bien-être des pays développés.  Là encore, leurs contributions économiques, sociales et culturelles sont partout évidentes.  Leurs cultures, leurs valeurs et leurs traditions non seulement enrichissent nos sociétés, mais nous permettent de nous adapter à un monde en évolution rapide.  Ils ont créé des entreprises sans nombre, dont certaines, comme eBay, Mittal, Google et Intel, ont des noms qui nous sont familiers.  Et ils ont été à la pointe de la recherche au service de l’innovation.  Au Royaume-Uni seulement, au moins 20 prix Nobel sont arrivés dans le pays comme immigrés ou réfugiés.

Les migrants moins qualifiés jouent aussi un rôle crucial pour le succès de nos économies.  À chaque heure de chaque jour, ils s’occupent de nos malades, de nos personnes âgées, de nos enfants.  Ils nettoient nos foyers, assurent nos récoltes, travaillent dans notre industrie.  Ils accomplissent nombre des tâches les plus essentielles à la base de notre bien-être.  Pourtant, ils travaillent dans des secteurs de l’économie où ils sont exposés à l’exploitation, la discrimination ou pire.  Comme nous apprenons à mettre les migrations au service du développement, il nous faut aussi apprendre à protéger les droits des migrants.

Mesdames et Messieurs,

Grâce au processus qui a abouti à ce forum, nous nous sommes déjà faits une idée de l’interaction entre les migrations internationales et le développement – une idée qui repose sur des faits et une analyse solide, et non sur des anecdotes.  Une idée qui peut servir de base à un échange de vues rationnel, tourné vers l’avenir et dépolitisé.  Une idée qui peut contribuer à favoriser les partenariats entre les pays, de manière à amplifier les effets des migrations sur le développement tout en se penchant sur leurs causes profondes.

Tout au long de ce processus, le Gouvernement belge a assuré un leadership judicieux et constructif.  À chaque stade, il a donné effet aux principes qui sous-tendent le Forum, en mettant en place les fondements solides de son développement futur.

Sous la direction inlassable de S. E. Mme  Régine De Clercq, la Belgique a constitué une équipe spéciale multinationale qui a travaillé avec acharnement pour répondre aux besoins réels des États Membres de l’ONU.  Elle l’a fait dans un esprit collégial et consultatif, en agissant comme le serviteur et non le propriétaire de ce nouveau processus emmené par les États.

La Belgique a proposé pour le Forum un ordre du jour établi sur la base des contributions de plus de 100 États Membres.  Elle a demandé aux gouvernements de désigner des centres de liaison pour le Forum, renforçant ainsi la cohérence de l’action dans les capitales du monde entier.  Elle a organisé trois réunions des « Amis du Forum » pour lancer le processus.  Et elle a travaillé en partenariat avec plusieurs dizaines d’États et d’organisations internationales pour élaborer le contenu technique de la présente réunion.

De plus, en s’associant à la Fondation Roi Baudoin pour organiser une Journée de la société civile, la Belgique a mis en lumière le rôle crucial que jouent les acteurs non étatiques dans la dynamique des migrations et du développement.

La responsabilité du Forum mondial va bientôt passer aux Philippines – l’un des acteurs les plus importants en matière de migrations au niveau mondial.  Je remercie S. E. Mme  Gloria Aroyo, la Présidente des Philippines, de l’engagement de son gouvernement.  Je ne doute pas qu’elle poursuivra avec sérieux et compétence le travail commencé par la Belgique.

Pour ma part, je resterai profondément attaché aux travaux du Forum, et je m’engage à maintenir les liens qui existent entre celui-ci et l’Organisation des Nations Unies par l’intermédiaire de mon Représentant spécial pour les migrations et le développement, Monsieur Peter Sutherland.  Je suis sûr de parler en votre nom à tous en remerciant Peter Sutherland pour la manière dont il a mobilisé l’énergie et le souci de l’avenir qui ont rendu ce forum possible.

Enfin, j’espère que le Forum collaborera étroitement avec l’ensemble du système des Nations Unies par le biais des entités du Groupe mondial sur les migrations.  J’ai demandé à M. Sha Zukang, mon Secrétaire général adjoint pour les affaires économiques et sociales, qui préside actuellement le Groupe, d’étudier comment dégager des synergies entre les membres du Groupe et le Forum.

Le Gouvernement belge a demandé au Forum d’aboutir à des résultats concrets et pratiques.  Le Forum n’étant pas un organe de négociation, ceci dépendra totalement de la volonté de chacun de vous.  De tels résultats exigent que vous donniez suite à tout ce qui sera décidé ici, et que vous exploriez les possibilités futures de collaboration.

Souvenons-nous que lorsque nous parlons de migrations, il ne s’agit pas seulement de richesse et de pauvreté.  Il s’agit du type de sociétés dans lesquelles nous voulons vivre.  Une occasion unique vous est donnée de contribuer à les façonner, au bénéfice des générations futures.

Je vous remercie. 

*   ***   *

À l’intention des organes d’information • Document non officiel
À l’intention des organes d’information • Document non officiel.