COMMISSION DE LA CONDITION DE LA FEMME: DEUX TABLES RONDES DISCUTENT DES INITATIVES NATIONALES OU RÉGIONALES VISANT À RÉDUIRE LA DISCRIMINATION ET LA VIOLENCE À L’ÉGARD DES PETITES FILLES

27 février 2007
FEM/1610

COMMISSION DE LA CONDITION DE LA FEMME: DEUX TABLES RONDES DISCUTENT DES INITATIVES NATIONALES OU RÉGIONALES VISANT À RÉDUIRE LA DISCRIMINATION ET LA VIOLENCE À L’ÉGARD DES PETITES FILLES

27/02/2007
Conseil économique et social
FEM/1610
Département de l’information • Service des informations et des accréditations • New York

Commission de la condition de la femme

Cinquante et unième session

3e et 4e séances – matin et après-midi

COMMISSION DE LA CONDITION DE LA FEMME: DEUX TABLES RONDES DISCUTENT DES INITATIVES NATIONALES OU RÉGIONALES VISANT À RÉDUIRE LA DISCRIMINATION ET LA VIOLENCE À L’ÉGARD DES PETITES FILLES

Plusieurs experts ont exposé des problèmes et des solutions relatives à la discrimination et à la violence subies par les filles, au deuxième jour de la cinquante et unième session de la Commission de la condition de la femme.  Deux tables rondes se sont en effet succédé aujourd’hui sur le suivi de la quatrième Conférence mondiale sur les femmes et de la session extraordinaire de l'Assemblée générale intitulée « Les femmes en l’an 2000: égalité entre les sexes, développement et paix pour le XXIe siècle ».

Dans le Programme d’action de Beijing adopté en 1995, la question des petites filles constituait un des douze domaines d’intervention, a rappelé Mme Carmen Maria Gallardo Hernández (El Salvador), la Présidente de la Commission et modératrice de la première table ronde.  Elle a rappelé que, dans le cadre des examens du Programme d’action en 2000 et 2005, on avait constaté que, même si leur situation avait progressé, les petites filles étaient toujours confrontées à la discrimination et à la violence dans le monde entier.

La première table ronde s’est concentrée sur les principales initiatives et les mesures à prendre en faveur de l’élimination de toutes les formes de discrimination et de violence des petites filles.  Cette violence a donc été au cœur des débats de la table ronde de ce matin, comme les agressions sexuelles dont sont victimes les petites filles, souvent d’ailleurs au sein de la famille.  C’est ce qu’a constaté la Directrice du Conseil du programme de sexospécificités, de la famille et du développement au Conseil américain pour la population.  À ce sujet, le représentant du Cameroun a voulu savoir comment briser la loi du silence tout en conservant l’harmonie de la famille.  L’experte du Brésil a quant à elle abordé la question du trafic de personnes et de l’exploitation sexuelle dans son pays.

Parmi les autres violences subies par les filles, celles résultant des conflits armés ont été décrites de façon détaillée par la Représentante spéciale du Secrétaire général pour les enfants et les conflits armés.  Elle a évoqué les initiatives normatives visant à protéger les droits des filles dans les situations de conflit armé et dans les situations postconflit.  Le représentant de la France a noté que les filles étaient difficilement intégrées aux programmes de démobilisation et de réinsertion.  Les principes, énoncés à Paris le 7 février lors de la Conférence « Libérons les enfants de la guerre », constituent une première réponse à ce problème, mais on peut encore s’interroger sur les mesures qui pourraient être prises pour mieux assurer le suivi de filles victimes de la guerre, a-t-il estimé.

Une autre experte, de l’Université de l’Europe centrale de la Hongrie, a parlé de quelques initiatives de protection des filles notamment au sein des groupes minoritaires, évoquant en particulier les problèmes des Roms, comme celui de l’abandon scolaire des petites filles de cette communauté.  Pour mieux gérer les problèmes subis par les filles, une spécialiste israélienne, Michal Komem, a pour sa part suggéré de développer une base de données sur les filles en détresse.  Elle dirige, a-t-elle précisé, un programme intitulé « Girls on the Map », qui établit une plateforme interorganisations pour des projets novateurs en faveur des adolescentes. 

La deuxième table ronde qui portait sur « la promotion de l’égalité des sexes, situations et questions de programme » a permis à cinq experts de faire mieux comprendre de quelle manière l’intégration de la dimension sexospécifique peut contribuer à éliminer les discriminations que subissent les fillettes.  Mme Amaryllis Torres, membre de la Commission nationale sur le rôle des femmes des Philippines et professeur à l’Université des Philippines, a ainsi expliqué comment la Commission luttait contre le travail des enfants par le biais d’une réaction pluridimensionnelle et l’adoption de modèles d’évaluation des vulnérabilités.  Pour Mme Esther Odwaa Ofei-Aboagye, Directrice de l’Institut des études des gouvernements locaux du Ghana, la prise en compte de la dimension sexospécifique doit se faire au niveau micro, à savoir au niveau le plus proche des communautés, en précisant que ce travail de proximité a mené parfois à un rééquilibrage du pouvoir.

Mme Moushira Khattab, membre du Comité égyptien des droits de l’enfant, est revenue sur la dimension sexospécifique de la Convention relative aux droits de l’enfant, tandis que Mme Rima Salah, la Directrice exécutive adjointe de l’UNICEF, a détaillé les activités de l’UNICEF, notamment en matière de collecte de données ventilées par sexe pour donner la place qui est due à la dimension sexospécifique dans les programmes.  Mme Shanti Dairiam, Fondatrice d’International Women´s Rights Action Watch Asia Pacific de la Malaisie, a précisé que le but de son organisation est d’établir un cadre permettant d’enrayer le mariage des enfants, un cadre qui repose sur des garanties constitutionnelles de l’égalité et de la non-discrimination, sur la diffusion d’informations appropriées, la sensibilisation du public, la collecte des données ventilées par sexe et un financement adéquate.

La Commission de la condition de la femme reprendra son débat général demain, mercredi 28 février, à 10 heures.

SUIVI DE LA QUATRIÈME CONFÉRENCE MONDIALE SUR LES FEMMES ET DE LA SESSION EXTRAORDINAIRE DE L’ASSEMBLÉE GÉNÉRALE INTITULÉE « LES FEMMES EN L’AN 2000: ÉGALITÉ ENTRE LES SEXES, DÉVELOPPEMENT ET PAIX POUR LE XXIe SIÈCLE »: RÉALISATION DES OBJECTIFS STRATÉGIQUES ET MESURES à PRENDRE DANS LES DOMAINES CRITIQUES ET NOUVELLES MESURES ET INITIATIVES: L’ÉLIMINATION DE TOUTES LES FORMES DE DISCRIMINATION ET DE VIOLENCE à L’ÉGARD DES PETITES FILLES

Table ronde I: « Politiques clefs pour éliminer toutes les formes de discrimination et de violence à l’encontre des petites filles  »

Cette table ronde s’est concentrée sur les principales initiatives et les mesures à prendre en faveur de l’élimination de toutes les formes de discrimination et de violence à l’égard des petites filles.  C’est Mme Carmen Maria Gallardo Hernández (El Salvador), Présidente de la Commission, qui a fait fonction de modératrice de cette table ronde et dirigé les débats.

Exposés des experts

Dans le cadre de la table ronde de haut niveau sur le thème de l’élimination de toutes les formes de discrimination et de violence à l’égard des petites filles, Mme MARIA LUCIA PINTO LEAL, professeur de sciences sociales à l’Université Brasilia au Brésil, a abordé la question du trafic de personnes et de l’exploitation sexuelle au Brésil.  Ces problèmes, a-t-elle expliqué, sont liés au développement dans le contexte de la mondialisation et nécessitent l’adoption de mesures visant à renforcer les capacités des États à lutter contre ces phénomènes.  La mondialisation et le néolibéralisme ont rendu en effet encore plus vulnérables les personnes victimes d’exploitation sexuelle, a-t-elle ajouté.  C’est pourquoi, elle a proposé de mener des études sur la traite des femmes, comme cela a été fait au Brésil.  Dans son pays, a-t-elle aussi indiqué, un groupe de travail interministériel a été créé pour fixer des priorités autour de trois grands axes: prévention, répression et soins aux victimes. 

En ce qui concerne la lutte contre l’exploitation sexuelle des filles au Brésil, cette question a été inscrite au programme du Gouvernement en 2003.  Le plus important, à son avis, est de combattre l’impunité dans ce domaine.  À cet égard, elle a cité les dispositions du Code pénal récemment adoptées qui ne comportent plus l’expression « femme honnête ».  En outre, les délits d’exploitation sexuelle sont punis deux fois plus si les auteurs exercent une quelconque autorité à l’égard de la victime, comme les tuteurs par exemple.  Le fait de photographier les adolescents ou les enfants dans des scènes à caractère pornographique a été érigé en délit.  Le Brésil a signé la Convention de Palerme et a ratifié le Protocole additionnel à la Convention des Nations Unies contre le trafic de femmes et d’enfants adoptée le 15 novembre 2000 à New York, a précisé Mme Pinto Leal.  Elle a, en outre, jugé utile d’accroître la coopération en matière pénale entre les différents pays.  Elle a enfin indiqué que la Convention internationale des droits de travailleurs migrants n’avait pas encore été ratifiée par le Brésil.

Mme MICHAL KOMEM, spécialiste israélienne des droits des petites filles et Directrice du programme «  Girls on the Map!  » pour les Programmes de jeunesse de l’association Ashalim (The Association for Planning and Development of Services for Children and Youth and Their Families), a indiqué qu’il y avait dans son pays 300 000 jeunes filles entre 12 et 18 ans, dont 10% sont considérées en danger.  On constate des disparités entre les localités du centre du pays et celles de la périphérie.  Mme Komem a regretté qu’on ne tienne pas compte de leurs besoins spécifiques, aucune mesure spéciale n’étant prévue pour elles.  Leur avenir est donc d’autant plus restreint, a-t-elle estimé.  Après une étude menée avec le programme qu’elle dirige, Mme Komem a conclu qu’il faudrait mettre en lumière les problèmes des jeunes filles.  Il faudrait d’abord développer une base de données sur les filles en détresse et c’est à cette fin que nous avons créé une coalition d’ONG qui travaillent sur ces questions.  Nous avons ainsi réussi à exercer une influence sur les politiques.  Les résultats de recherches sont utilisés par les professionnels qui peuvent concevoir des initiatives en collaboration avec elles.  Nous avons travaillé aussi avec des ministères qui n’ont pas d’approche sexospécifique, comme ceux de la santé et du travail.  Mme Komen a aussi signalé que la mise au point de pratiques novatrices avait un impact sur les politiques et qu’il y avait eu des changements en matière budgétaire favorables aux filles en Israël.  Grâce à ces programmes, les filles ont non seulement été aidées, mais elles ont également pu en assister d’autres, a-t-elle conclu.

Mme RADHIKA COOMARASWAMY, Représentante spéciale du Secrétaire général pour les enfants et les conflits armés, a évoqué les initiatives normatives visant à protéger les droits des filles dans les situations de conflit armé et dans les situations postconflit.  C’est la petite fille qui est la plus vulnérable en temps de guerre, a-t-elle fait remarquer.  Elle est tout d’abord victime de violence sexuelle, comme le viol ou le mariage forcé, avec un rebelle notamment.  Ce genre d’expérience complexe peut engendrer des sentiments pouvant aller de la haine, à un sentiment de loyauté envers celui qui se comporte comme son époux.  Au niveau international, il n’y a plus d’ambigüité sur ces crimes qui sont condamnés unanimement, a rappelé Mme Coomaraswamy. 

Expliquant qu’elle rentrait d’un voyage au Soudan, elle a indiqué que, dans certains camps de personnes déplacées, les femmes l’avaient accueillie avec une certaine hostilité, et en colère parce qu’elles estimaient que les Nations Unies ne faisaient pas assez pour assurer leur protection.  En allant chercher du bois pour la cuisine, ces femmes sont souvent victimes de viols, a-t-elle précisé.  Les petites filles combattantes sont aussi victimes de violences dans les situations de conflit armé, a poursuivi la Représentante spéciale, et leur réinsertion est ensuite très difficile.  En Colombie, par exemple, ces jeunes femmes ont du mal à trouver un mari car les hommes ne sont pas attirés par ces ex-combattantes.  La santé de ces filles est également négligée, a-t-elle ajouté.  En effet, ces filles reçoivent parfois des injections pour la contraception qui a des conséquences sur leur fécondité ou sont obligées de subir un avortement.

En outre, a poursuivi Mme Coomaraswamy, en tant qu’enfants de familles déplacées, les filles souffrent davantage des conséquences des conflits armés, tombant parfois dans la toxicomanie.  Alors que les réfugiés bénéficient d’un régime international de protection, il n’existe pas la même chose pour les personnes déplacées et nous devons œuvrer en faveur d’un cadre juridique spécifique.  Malgré ce vide juridique, Mme Coomaraswamy a considéré qu’on pouvait quand même faire beaucoup, comme l’UNICEF qui a mené une campagne « Save the children ».  Enfin, dans les situations de conflit armé, elle a aussi signalé les problèmes d’exploitation sexuelle.  Elle a cependant rappelé que l’ONU, et en particulier son Département du maintien de la paix, menait une politique de tolérance zéro en ce qui concerne les soldats de la paix et le personnel des missions.

Mme ANGELA KOCZE, de l’Université de l’Europe centrale de la Hongrie, a parlé de quelques initiatives de protection des filles notamment au sein des groupes minoritaires.  Elle a évoqué les problèmes particuliers des Roms, qui comprennent notamment les Gitans et les Tziganes.  Les Roms sont entre 7 et 9 millions un peu partout en Europe et ont tous des difficultés d’intégration sociale.  C’est aussi l’un des groupes les plus exposés à la pauvreté, et de ce fait, la scolarisation des enfants est plus difficile.  Les autres problèmes qu’ils rencontrent sont ceux des conditions de logement, du mariage précoce et de la grossesse des adolescentes.  L’abandon scolaire est important chez les Roms, mais on constate une diminution des mariages précoces.  Selon une étude, il y aurait un lien entre le mariage précoce et la prostitution.  En outre, il n’est pas inhabituel qu’une jeune fille de 15 ans ait déjà deux bébés.  Mme Kocze a donc encouragé à étudier plus profondément les situations spécifiques des Roms et des minorités en général.  Une erreur à ne pas commettre, à son avis, est de ne pas établir de lien entre les données statistiques et les données personnelles.  Le manque de données ventilées par origine ethnique et par sexe ne doit pas être une excuse pour justifier l’inaction, a-t-elle ajouté.  La situation scolaire des filles roms est aussi très préoccupante, car un très grand nombre d’entre elles ne sont pas scolarisées.  En Bulgarie, par exemple, une enquête a montré que les filles étaient moins susceptibles d’être scolarisées et qu’elles abandonnaient l’école plus tôt que les garçons.  Avant de conclure, elle a souhaité que le silence soit brisé en ce qui concerne les filles issues de la minorité rom.

Mme JUDITH BRUCE, Directrice du Conseil du programme de sexospécificité, de la famille et du développement au Conseil américain pour la population, a présenté une synthèse des conclusions de la réunion du groupe d’experts sur l’élimination de toutes les formes de discrimination et de violence à l’égard des petites filles, organisée par la Division de la promotion de la femme en collaboration avec l’UNICEF en septembre 2006.  Les filles sont non seulement vulnérables, mais aussi invisibles, a-t-elle tout d’abord noté.  Pour les aider, il faut chercher à les rencontrer et à les entendre.  Il y a 18 catégories de filles invisibles, a-t-elle précisé, qui sans un effort concerté ne seront pas visibles pour les communautés nationales et internationales.  La protection doit aller de pair avec l’autonomisation, a-t-elle poursuivi, constatant aussi que les filles n’avaient pas les mêmes besoins que les garçons.  Lors de la réunion du groupe d’experts, nous avons souligné qu’il faudrait un suivi au niveau des régions du pays, que ce soit pour les situation de conflit armé, de trafic ou de mariage précoce.  Nous avons identifié les causes sous-jacentes de la discrimination et de la violence et constaté que bon nombre des sévices étaient commis au sein de la famille.  Tant qu’on ne pourra pas intervenir à ce niveau-là, les violences et l’abus à l’égard des filles resteront d’ordre privé, a-t-elle estimé.  Les dirigeants et membres des communautés sont souvent complices des sévices infligés aux filles et il faut travailler avec eux pour les sensibiliser.  Parmi les catégories de filles à risques, l’experte a cité les suivantes: celles exposées à des pratiques traditionnelles comme l’excision ou le mariage forcé; les filles qui se retrouvent à la tête d’un ménage pour différentes raisons; les filles domestiques qui ne sont pas loin d’être des esclaves; les filles en situations de conflit armé; ou encore les filles des minorités qui souvent n’apparaissent pas dans les statistiques nationales.  Pour remédier à ces problèmes, elle a proposé quatre grandes stratégies: l’adoption d’une approche intégrée par les États; la collecte de données ventilées au niveau des régions de pays; la mobilisation de ressources pour que la première génération puisse adopter ces stratégies et pérenniser leurs actions et la création d’espaces destinés aux filles.

Dialogue interactif

Après ces présentations, de nombreuses délégations ont soulevé la question des violences et de l’exploitation sexuelles, certains ayant proposé ou soutenu des mesures de lutte contre ce problème.  La représentante du Gabon a par exemple salué les mesures prises par les Nations Unies pour éviter les détournements de mineurs par les soldats de la paix et proposé de renforcer la surveillance aux frontières pour réduire le trafic sexuel.

En termes de procédure, la représentante de la République de Corée a expliqué que ce sont des femmes procureures qui mènent les enquêtes pour protéger les enfants dans son pays.  Pour la déléguée de l’Inde, la frontière est un peu floue entre prostitution et exploitation sexuelle, ce qui entraîne souvent l’impunité pour le proxénète.

Dénonçant la violence insidieuse qui a souvent lieu au sein de la famille, le problème du viol conjugal a été évoqué par la représentante de la Côte d’Ivoire qui s’interrogeait sur les stratégies possibles en la matière, tandis que le représentant du Cameroun dénonçait la loi du silence imposée à la famille et se demandait comment la briser tout en préservant l’harmonie de la famille.

Pour ce qui est des mutilations génitales, elles sont souvent pratiquées en dehors du pays, a précisé la représentante des Pays-Bas, et le contrôle en la matière est donc très difficile sur son territoire.  La représentante de l’ONG Plan international en Zambie a elle aussi attiré l’attention sur les rites d’initiation de la jeune fille, qui célèbre le passage de l’enfant à l’âge adulte.  Il y a non seulement l’excision, mais aussi d’autres pratiques moins connues, comme le tatouage et des rites suivant lesquels les jeunes filles sont battues, dénudées ou violées.  Dénonçant les caractères dégradant, discriminatoire et violent de ces rites, la représentante a proposé que les États adoptent des lois contre toutes formes de violence à l’égard des filles, y compris les formes de punition violentes.

L’autre sujet de préoccupation qui a dominé l’échange de vues est celui des filles victimes des conflits armés.  Le représentant de la France a relevé que, dans les situations de conflits armés, les filles étaient restées longtemps inaperçues et avaient été difficilement intégrées aux programmes de désarmement, démobilisation et réinsertion (DDR).  Les principes énoncés à Paris le 7 février lors de la Conférence intitulée « Libérons les enfants de la guerre », et soutenue par 68 États, constituent une première réponse à ce problème en insistant sur les besoins spécifiques des filles.  Au-delà de la mise en œuvre de ces principes, il s’est interrogé sur les mesures qui pourraient être prises pour mieux assurer le suivi de filles qui ont été victimes de la guerre.

Sur ce sujet, le représentant du Burundi a souhaité connaître l’expérience d’autres pays sur la violence postconflit.  La Représentante spéciale du Secrétaire général pour les enfants et les conflits armés, Mme Radhika Coomaraswamy, a jugé elle aussi importants les programmes DDR après le conflit.  Les petites filles sont attirées par le statut de combattant qui est plus prestigieux, a-t-elle relevé, mais elles ont du mal à réintégrer la société par la suite.  Elle a aussi précisé qu’elle travaillait à la rédaction d’un rapport pour le Conseil de sécurité sur la violation des droits des enfants dans les conflits armés.  La représentante de la République islamique d’Iran a demandé si une section de ce rapport serait consacrée aux petites filles.

Mme Coomaraswamy a également parlé de sa prochaine visite à caractère humanitaire au Liban ainsi que sur les territoires occupés et en Israël, prévue au mois d’avril.  Le représentant du Liban a d’ailleurs demandé à Mme Komem, l’experte israélienne, son avis sur la situation des filles palestiniennes et libanaises à la suite des actions violentes commises par Israël.  Mme Komem, qui a précisé que les filles arabes israéliennes participaient aux activités de son programme, a rappelé que dans les conflits armés il y avait deux côtés et que les petites filles israéliennes avaient aussi subi des violences au cours de l’année dernière.  Pour sa part, la représentante de la République arabe syrienne a

demandé des explications à Mme Komem sur l’engagement du Gouvernement israélien à l’égard de la Convention relative aux droits de l’enfant, relevant que les enfants du Golan syrien avaient notamment été privés de leur nationalité syrienne et s’étaient vus imposer celle d’Israël.

Sur les questions de discrimination, la représentante de l’ONG Fédération européenne des femmes actives au foyer (FEFAF) a exposé les difficultés des femmes au foyer qui continuent à souffrir de leur manque de reconnaissance.  Le travail non rémunéré au sein du foyer a une valeur importante et la FEFAF œuvre pour sa reconnaissance tant par l’ONU que par les experts, a expliqué la représentante.

Pour venir davantage en aide aux filles, plusieurs intervenants ont souligné la nécessité de mettre en place des forums où les filles pourraient s’exprimer ou se confier librement.  Cette question a notamment été soulevée par la représentante du Gabon et Mme Judith Bruce aussi a considéré qu’il fallait donner aux filles un lieu ou elles puissent s’exprimer.  Pour Mme Komem, il est aussi important d’essayer d’améliorer le dialogue entre les adolescentes et leurs mères qui sont souvent en situation de conflit.  Dans le sens de l’écoute des jeunes filles, Mme Pinto Leal a souhaité, quant à elle, que soit créé un observatoire mondial qui constituerait un réseau permettant un dialogue pour combattre les inégalités dans le respect de la diversité.  Dans le même sens, la représentante du Canada a souhaité que l’on fasse davantage participer les filles à la mise au point d’initiatives qui les concernent.

Après l’intervention de Mme Kocze, la représentante de la Namibie a demandé des précisions sur la situation des Roms et la révision des manuels pédagogiques à leur sujet, tandis que la représentante de la Turquie a demandé si le programme d’intervention en faveur des filles Roms pouvait servir de modèles pour d’autres minorités.

En ce qui concerne les filles handicapées, la représentante de l’Allemagne, au nom de l’Union européenne, s’est interrogée sur les activités possibles visant à tenir compte des besoins particuliers de ce groupe de population.  Mme Bruce a ajouté que, bien souvent, ces filles n’étaient pas enregistrées à la naissance et qu’elles risquaient l’abandon du fait de la situation de pauvreté dans laquelle se trouvaient leurs mères.  Pour le cas des femmes migrantes, le même représentant a voulu savoir s’il y avait des pratiques qui avaient permis de leur donner des emplois plus qualifiés.  Mme Bruce a indiqué que son organisation travaillait sur cette question, notamment en vue de disposer de plus d’informations sur ces situations.

Certaines délégations ont aussi mentionné les progrès législatifs dans leurs pays respectifs.  La Chine a, par exemple, mis en place un programme d’intégration des populations rurales qui migrent vers les villes, avec des services de santé qui bénéficient aux familles et donc aux filles.  En Tunisie aussi, un programme a été adopté par le Gouvernement pour cibler la femme rurale.

Le Venezuela a pour sa part adopté une loi sur la protection des petites filles ainsi qu’une autre qui érige en délit informatique le fait de poster sur Internet des images pornographiques impliquant des enfants.  De son côté, la représentante de la Côte d’Ivoire a précisé les dispositions pénales en vigueur dans son pays visant à réprimer les atteintes physiques aux enfants, mais a dénoncé les difficultés que rencontrent les fillettes dans la pratique pour

recevoir justice.  Au Togo, une loi a été adoptée pour punir les auteurs du trafic des enfants.  Mais le problème est que ces auteurs sont parfois les parents de la victime, a-t-elle relevé, la question des mesures à prendre se posant alors de façon difficile.

En ce qui concerne l’éducation, les représentantes du Togo et de la Tunisie ont expliqué comment leurs gouvernements avaient pu, l’un réduire les frais de scolarité pour les petites filles, et l’autre mettre en place une éducation obligatoire et gratuite pour tous.  Au Burundi, a expliqué sa représentante, on accepte que les jeunes filles qui étaient enceintes retournent à l’école.  Le représentant du Ghana a, quant à lui, rappelé que des pays comme le sien n’ont pas assez de ressources pour prendre certaines mesures nécessaires en faveur des filles.

En fin de séance, le représentant de la Colombie a exercé son droit de réponse et affirmé que les filles avaient bénéficié du programme de démobilisation des combattants armés.

Table ronde II: « promotion de l’égalité des sexes, situations et questions de programme »

Malgré des progrès en matière de sensibilisation aux droits des filles, a relevé le Modérateur de cette table ronde et Vice-Président de la Commission de la condition de la femme, M. Dicky Komar (Indonésie), les discriminations et la violence persistent dans toutes les régions du monde.  Il est donc essentiel de faire comprendre de quelle manière l’intégration de la dimension sexospécifique peut contribuer à éliminer de telles discriminations et quels sont les efforts d’édification des capacités indispensables à l’intégration de la dimension sexospécifique.  Il a aussi indiqué que lors de la Conférence de Beijing, les gouvernements avaient adopté le principe de l’intégration de la dimension sexospécifique comme un outil stratégique de promotion de l’égalité.  Lors de la vingt-troisième session spéciale de l’Assemblée générale et du Sommet mondial de 2005, ce principe a été renforcé.

Exposés des experts

Mme AMARYLLIS TORRES, membre de la Commission nationale sur le rôle des femmes philippines et professeur à l’Université des Philippines, a abordé la question du travail des enfants dans son pays.  Sur 10,4 millions de foyers, environ un quart compte des enfants qui travaillent et deux tiers de ces enfants sont employés dans l’agriculture et dans l’industrie.  La majorité de ces enfants sont âgés de moins 10 ans tandis que 7% des filles et 6% des garçons ont de cinq à neuf ans.  En moyenne, les enfants travaillent de 1 à 4 heures par jour et quatre jours par semaine, mais les filles travaillent en général plus longtemps.  Dans ce cadre, les Philippines ont développé un cadre stratégique pour éliminer les pires formes de travail des enfants, comme le travail domestique, la pêche en pleine mer, le travail dans les plantations de canne à sucre, et le travail sexuel.  Nous avons adopté une stratégie pluridimensionnelle qui est un élément clef de nos efforts pour éliminer le travail des enfants.  Nous avons aussi identifié les enfants courant des risques importants et une étude sur la traite des enfants a mené à l’adoption de modèles d’évaluation des vulnérabilités.  Des programmes ont été établis pour fournir une éducation à ces enfants et des aides financières ont été allouées aux parents.  Le travail des enfants reste un problème, mais nous avons réussi à mettre sur pied des programmes qui tiennent davantage compte des besoins particuliers des garçons et filles tandis que notre partenariat avec la société civile s’est accru.

Mme ESTHER ODWAA OFEI-ABOAGYE, Directrice de l’Institut des études des gouvernements locaux du Ghana, a indiqué que le renforcement des capacités veut dire investir dans des institutions et pratiques pour obtenir des résultats particuliers.  Cela signifie, a-t-elle précisé, que nous devons intégrer ces questions aux niveaux national et local.  Nous devons prendre en compte la dimension sexospécifique au niveau le plus proche des communautés.  La Directrice a détaillé les programmes mis en place au niveau des communautés locales, notamment dans le domaine de l’éducation, en précisant que ce travail de proximité a mené parfois à un rééquilibrage du pouvoir, a permis d’entrer en contact avec les autorités traditionnelles et donc de lancer de nouvelles collaborations.  En conclusion, il est indispensable de faire preuve d’une grande volonté politique aux niveaux local et national, mais également de dégager les ressources financières adéquates, a-t-il signalé.

Mme MOUSHIRA KHATTAB, membre du Comité des droits de l’enfant de l’Égypte, a rappelé que la Convention des droits de l’enfant est celle qui est la plus ratifiée au monde.  Elle contient une série de droits indivisibles et interdépendants.  L’article 2 stipule que les États parties doivent respecter les droits des enfants relevant de leur juridiction, sans faire de distinction entre les filles et les garçons.  La perspective sexospécifique est donc très claire.  La Convention accorde une attention particulière aux besoins spécifiques et risques que courent la fillette, à savoir la violence et l’exploitation sexuelle.  Quatre grands principes président à la mise en œuvre de cette Convention: le principe des intérêts acquis des enfants, le droit à être entendu, le droit à la non-discrimination et le droit à la vie. 

Mme RIMA SALAH, Directrice exécutive adjointe de l’UNICEF, a souligné que le renforcement des capacités est au cœur des activités de l’UNICEF, notamment en matière de collecte de données ventilées par sexe pour donner la place qui revient à la dimension sexospécifique dans les programmes.  Nous essayons aussi de mieux comprendre le lien entre la Convention pour l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes et la Convention relative aux droits de l’enfant.  Nous avons donc mené une évaluation institutionnelle de nos propres programmes en aspirant à devenir un meilleur partenaire.  Mme Salah a détaillé certains programmes pour le renforcement des capacités comme l’élaboration de programmes didactiques à Cuba, la formation d’agents multidisciplinaires pour identifier des cas de violence sexiste et l’organisation d’ateliers de travail sur le thème de la violence sexiste.  Cependant, même si des efforts déployés par les gouvernements se sont traduits par l’adoption de nombreuses lois, la violence sexiste perdure encore.

Mme SHANTHI DAIRIAM, Fondatrice de International Women´s Rights Action Watch Asia Pacific de la Malaisie, a indiqué que le but de son organisation est d’établir un cadre permettant d’enrayer le mariage des enfants.  Ce cadre doit reconnaître que les enfants ont des droits et qu’il existe des violations de ces droits et qu’il faut évaluer les conséquences du mariage précoce des fillettes.  Pour cela, nous analysons les divers textes de droit international.  Nous devons assurer une clarté conceptuelle qui veut que le mariage des fillettes constitue une forme extrême de discrimination, telle qu’elle figure à l’article 1er de la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes.  Les recherches montrent le lien entre le mariage des enfants et la pauvreté.  Ce cadre doit aussi reposer sur des garanties constitutionnelles de l’égalité et de la non-discrimination.  Un autre élément important est la diffusion d’informations appropriées, la sensibilisation du public ainsi que la

collecte des données.  Le renforcement des capacités ne signifie pas seulement de dispenser une formation, mais également de disposer de ressources permettant de réaliser des objectifs programmatiques  Il faut aussi faire preuve de courage pour modifier les schémas culturels négatifs et patriarcaux au sein de la société. 

Dialogue interactif

L’Inde et l’Indonésie ont détaillé les politiques macroéconomiques mises en place dans leur pays, notamment les activités de formation pour rendre les femmes autonomes sur un plan économique et donc les rendre moins vulnérables à la violence.  La représentante de l’Allemagne, au nom de l’Union européenne, et de la Zambie ont de leur côté estimé qu’il fallait une meilleure harmonisation des législations nationales.  La représentante de l’Allemagne a aussi suggéré une plus grande prise en compte des groupes à risques comme les filles migrantes.  Le Réseau international des femmes libérales a de son côté estimé que les procédures juridiques ne suffisent pas pour enrayer le phénomène des enfants soldats.  La représentante des États-Unis a mis l’accent sur le problème persistant du mariage des enfants qui est un problème de droits de l’homme, de santé et un problème économique.  Les approches et les solutions doivent bénéficier d’une base large.  La représentante de l’Espagne s’est demandée, quant à elle, comment adapter les structures familiales et sociétales à l’intégration des sexospécificités.

Répondant à cette série de questions, Mme Khattab a précise que le Comité des droits de l’enfant est extrêmement préoccupé par la situation de la fillette migrante en raison de l’importance des flux migratoires et des pressions sociales qu’elles subissent de la part de la société d’accueil et de leur communauté d’origine.  L’absence de services sociaux est un facteur d’aggravation de l’isolation de ces fillettes.

Mme Saleh a précisé que dans la planification de toute action humanitaire entre un volet visant en particulier la violence sexiste et des activités de suivi et d’évaluation par sexe.  Mme Dairiam a quand à elle insisté sur le rôle de la famille évoquant les cas de mères en Inde qui ont saisi les juges pour protester contre le mariage de leur fille en invoquant la loi, d’où l’importance de renforcer la famille sans perdre de vue les inégalités au sein de cette même famille.  Mme Torres a précisé que les cas de travail d’enfants en haute mer touchaient des garçons et que des activités de plaidoyer avaient été mises en place par l’Université.  On a demandé aux enfants de jouer ce qu’ils ont vécu en pleine mer devant d’autres enfants afin de les avertir des risques encourus en haute mer comme la noyade, les blessures et la solitude.  Mme Khattab a indiqué, en réponse à la question du Gabon, que le Comité des droits de l’enfant a décidé de discuter de l’article 4 de la Convention en septembre prochain et se concentrera sur les ressources et la part du PNB consacrée aux enfants dans les budgets nationaux.

La représentante du Canada a évoqué la mise en place d’un cadre d’évaluation des performances en demandant aux panelistes de mentionner des exemples de bonnes pratiques d’obligations redditionnelles.  La représentante de la Turquie a relevé que les approches intersectorielles étaient indispensables à la mise en œuvre de politiques concernant les questions sexospécifiques.  Notre plus grand problème intervient au niveau de leur mise en œuvre.  Elle a demandé quels étaient les indicateurs sexospécifiques permettant de mesurer les progrès accomplis.  La représentante de cinq organisations internationales de femmes a signalé que la discrimination à l’égard des fillettes commence parfois même avant sa naissance en raison de l’avortement sélectif fondé sur le sexe.  Elle est ensuite sous-alimentée et sous-éduquée et subit de multiples discriminations tout le long de sa vie.  La représentante de la Coalition internationale pour les droits procréatifs et la Coalition des femmes pour la santé a demandé aux États de faire en sorte que toutes les filles aient accès à l’éducation sexuelle et à la santé reproductive.  Le moment est venu de faire la différence dans la vie de millions de vies.

Mme Salah a indiqué que, dans certains pays, des indicateurs communs ont été mis en place pour ce qui touche à la violence sexuelle ou le travail domestique des enfants.  L’UNICEF a créé un outil d’orientation sur le terrain pour la mise en place des politiques existantes.  L’objectif de l’égalité doit être présent dans tous les secteurs, ont précisé pour leur part Mme Dairiam et Mme Torres, cette dernière précisant que dans son pays, tous les ministères publics sont tenus d’établir des programmes tenant compte de la dimension sexospécifique.  Pour cela, il faut disposer de personnel formé et des données ventilées par sexe, a insisté Mme Khattab, ce qui fait défaut dans de nombreux pays. 

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À l’intention des organes d’information • Document non officiel
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