LE CONSEIL ÉCONOMIQUE ET SOCIAL DÉBAT DU RENFORCEMENT DE L’ACTION POUR ÉLIMINER LA PAUVRETÉ ET LA FAIM

5 Juillet 2007
ECOSOC/6279

LE CONSEIL ÉCONOMIQUE ET SOCIAL DÉBAT DU RENFORCEMENT DE L’ACTION POUR ÉLIMINER LA PAUVRETÉ ET LA FAIM

05/07/2007
Conseil économique et social
ECOSOC/6279
Département de l’information • Service des informations et des accréditations • New York

LE CONSEIL ÉCONOMIQUE ET SOCIAL DÉBAT DU RENFORCEMENT DE L’ACTION POUR ÉLIMINER LA PAUVRETÉ ET LA FAIM


(Publié tel que reçu)


Genève, 4 juillet (Service d’information des Nations Unies) –- Le Conseil économique et social a tenu ce matin un débat général dans le cadre de l'examen ministériel annuel entamé hier, consacré cette année au renforcement de l'action menée pour éliminer la pauvreté et la faim, notamment grâce au partenariat mondial pour le développement.  Il a entendu dans ce cadre les déclarations de personnalités de haut rang d'une vingtaine de pays et de plusieurs hauts représentants d'institutions internationales.


La plupart des intervenants ont exposé les mesures prises par leur pays en vue de réduire et d'éliminer la pauvreté et la faim.  La croissance économique, à elle seule, ne peut suffire à éradiquer la pauvreté, ont rappelé plusieurs orateurs, insistant sur l'importance que revêtent également les programmes de protection sociale et autres prestations en faveur des groupes les plus vulnérables, ainsi que les programmes d'éducation.  L'accent a également été mis sur l'importance qu'il y a à générer des emplois productifs, à stimuler les petites et moyennes entreprises et à promouvoir le travail décent - dont le Directeur exécutif de l'Organisation internationale du travail a rappelé les caractéristiques.


Dans la poursuite de la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le développement, de nombreux pays ont insisté sur la nécessité de renforcer le partenariat mondial pour le développement, parallèlement aux efforts nationaux déployés par les pays.  Plusieurs intervenants ont dénoncé un certain nombre d'obstacles auxquels se heurtent les pays en développement, notamment en termes d'accès aux marchés, et ont tenu à réaffirmer les engagements consacrés par le Consensus de Monterrey sur le financement du développement.  Il a été affirmé que l'aide au développement n'a de sens que si les partenaires assument pleinement le principe d'appropriation de l'aide et mettent en place des instruments de gouvernance appropriés pour une gestion transparente et efficace des ressources, qu'elles soient internes ou externes.  L'attention a en outre été attirée sur l'importance d'assurer bonne gouvernance, transparence, lutte contre la corruption et État de droit.


Ce débat a également offert l'occasion à certains pays particulièrement vulnérables, comme les pays en développement insulaires ou enclavés sans littoral, d'attirer l'attention sur les problèmes spécifiques qu'ils rencontrent.   L'attention a aussi outre été attirée sur la nécessité de veiller à ce que les pays passant du statut de pays parmi les moins avancés à celui de pays à revenu intermédiaire ne voient pas l'aide internationale en leur faveur se tarir brusquement du fait de ce changement de statut, ce qui équivaudrait à punir ceux qui réalisent des progrès substantiels.


Dans le cadre de ce débat général, sont intervenus des personnalités de haut rang des pays suivants: Pakistan au nom du Groupe des 77 et de la Chine, Portugal au nom de l'Union européenne, Nicaragua, Philippines, Belgique, Mauritanie, Soudan, Brésil, Fédération de Russie, Paraguay, Kazakhstan, Ghana, Bolivie, Thaïlande, Suisse, Namibie, Cap-Vert, Venezuela, Jamaïque, Iraq et Royaume-Uni.  Les responsables de l'Organisation des Nations Unies pour l'éducation, la science et la culture, du Fonds international de développement agricole, de l'Organisation internationale du travail sont également intervenus, ainsi que des représentants du Comité des politiques pour le développement de l'ECOSOC et de la Conférence des organisations non gouvernementales.


Le Conseil poursuivra ce débat général cet après-midi, à 15 heures.  Dès 16h30, il tiendra parallèlement deux dialogues multipartites dans le cadre de tables rondes portant sur les thèmes suivants: « Mettre un terme au cycle des crises alimentaires: une révolution verte pour l'Afrique » et « Élimination de la pauvreté – comment y parvenir ».  Vers 18 h 30, le Conseil doit conclure son examen ministériel annuel par l'adoption de la Déclaration ministérielle.


Examen ministériel annuel


M. MUNIR AKRAM (Pakistan, au nom du Groupe des 77 et la Chine) s'est félicité de ce que, en partie grâce aux efforts de son pays, la structure de l'ECOSOC ait été renforcée.  Ainsi, l'examen annuel se tient cette année pour la première fois en parallèle au nouveau Forum pour la coopération en matière de développement.  Le représentant s'est dit persuadé que l'ECOSOC sera ainsi revitalisé.  Quant à la mise en œuvre des engagements pris au titre des Objectifs du Millénaire pour le développement, il s'agit d'une priorité pour les pays en voie de développement aussi, l'idée étant de créer un environnement favorable à la croissance.  Cet engagement n'a malheureusement pas de correspondant chez les partenaires des pays du Groupe des 77, si l'on en croit leur participation très limitée dans les débats lors de la séance d'ouverture, a déploré le représentant.  Il a par ailleurs observé que si certains indicateurs permettent de mesurer les progrès vers la réalisation des sept premiers Objectifs du Millénaire, il est par contre plus difficile de mesurer la réalisation du huitième, l'instauration de partenariats internationaux pour le développement.  Il faut espérer que les organismes financiers internationaux participeront à la création des indicateurs nécessaires.  Le représentant a espéré que des informations concrètes seront partagées dans ce sens au cours de la présente session, au terme de laquelle des recommandations devront être formulées.


L'économie mondiale étant plus forte que jamais, le moment est particulièrement opportun pour concrétiser les engagements pris en matière d'aide au développement, a estimé M. Akram.  Malheureusement, les études menées par le Groupe des 77 montrent que dans ce domaine, la situation est loin d'être satisfaisante.  On déplore ainsi des flux financiers croissants des pays du Sud vers ceux du Nord; les négociations de Doha sont dans une impasse; d'autres problèmes encore ne sont pas résolus, qu'il s'agisse des matières premières ou des conditions d'entrée des pays en voie de développement dans le marché mondial libéralisé.  Une analyse approfondie devrait en outre être réalisée sur les contraintes technologiques subies par les pays en voie de développement et réglementer les transferts de technologie vers les pays en voie de développement.  Bref, il importe que l'examen annuel incite les pays rétifs à appliquer et respecter leurs engagements en matière de réalisation des objectifs de développement.


M. JOÃO GOMES CRAVINHO, Secrétaire d'État aux affaires étrangères et à la coopération du Portugal, s'exprimant au nom de l'Union européenne, a estimé que l'examen ministériel annuel constitue un pas important vers la pleine réalisation du partenariat mondial pour le développement.  L'objectif de cette réunion, a-t-il souligné, est de proposer un forum de haut-niveau où un examen systématique des progrès dans la mise en œuvre de l'Agenda pour le développement est réalisé.  Elle offre en outre une plate-forme d'échange des leçons à tirer et des bonnes pratiques.  Le Secrétaire d'État a ensuite réaffirmé l'engagement de l'Union européenne en faveur des Objectifs du Millénaire pour le développement, ajoutant qu'elle reste engagée à aider les pays en développement à mettre en œuvre des stratégies nationales pour les atteindre.


La lutte contre la pauvreté et la faim est l'un des plus grands défis de notre temps, a poursuivi M. Cravinho.  Mais elle n'est possible que si d'autres objectifs sont aussi atteints.  Il faut une stratégie intégrée, également sur le plan économique et environnemental, pour atteindre le développement durable.  Il faut également que l'ensemble des gouvernements s'engagent et adoptent des stratégies cohérentes.  M. Cravinho a fait observer que la croissance économique est un facteur clé dans la réduction de la pauvreté.  La croissance seule ne saurait toutefois être suffisante pour éradiquer la pauvreté, a-t-il toutefois nuancé.  L'expérience montre que la bonne gouvernance et la protection de l'environnement jouent un rôle prépondérant.  L'éradication de la pauvreté requiert également un bon système de santé, a-t-il ajouté.  À cet égard, il a fait valoir que l'Union européenne va augmenter son soutien au Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme, d'un montant de 400 millions d'euros pour la période 2007-2010.  Le Ministre s'est ensuite inquiété de la faim, plus particulièrement de les situations de famine en Afrique sub-saharienne.  Il a expliqué que la communauté européenne a adopté un plan global d'aide humanitaire destiné à combattre la malnutrition dans la région du Sahel.  Pour réaliser les Objectifs du Millénaire pour le développement, il faut travailler ensemble, pays donateurs, pays récipiendaires et communauté internationale en général, a-t-il souligné.  Combattre la pauvreté ne pourra réussir si on néglige l'importance d'investir dans les personnes, de protéger les ressources naturelles et d'investir dans la création de richesses.  Enfin, il a fait observer que la responsabilité du développement repose fatalement sur les pays en développement eux-mêmes.  Bonne gouvernance, transparence, lutte contre la corruption, État de droit et développement social égalitaire sont des éléments cruciaux que les pays en développement doivent rechercher, a-t-il conclu.


M. SAMUEL SANTOS, Ministre des affaires étrangères du Nicaragua, a rappelé qu'après l'adoption de la Déclaration du Millénaire, il y a maintenant sept ans, on doit déplorer que les progrès accomplis à mi-parcours sont insuffisants.  Au Nicaragua par exemple, et malgré certains avantages dont dispose ce petit pays et l'aide qu'il a reçue de l'étranger, le développement est toujours en panne.  La réduction de la pauvreté passe par la création d'une richesse juste, qui renonce aux mesures commerciales discriminatoires des pays riches contre les pays pauvres.


Le Gouvernement du Nicaragua a adopté une stratégie de développement qui tient compte des impératifs d'environnement et s'appuie sur l'autonomisation des personnes, avec des mesures de gratuité et d'universalité de la santé et de l'éducation.  Le programme « faim zéro » vise à garantir la sécurité alimentaire.  Les pays donateurs et les organisations internationales doivent remplir leur rôle et soutenir ce genre d'initiatives, a estimé le Ministre nicaraguayen, observant par ailleurs que les pays en voie de développement doivent assumer activement leurs responsabilités en matière de développement.


M. ROMULO L. NERI, Secrétaire à la planification socioéconomique et Directeur général de l'Autorité nationale de l'économie et du développement des Philippines, a expliqué que son pays n'est pas à la traîne dans la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le développement.  Les données indiquent que le pays devrait réaliser les objectifs de la lutte contre la pauvreté et la faim d'ici à 2015.  Il y a également de fortes chances que les Philippines réalisent les objectifs en matière de mortalité infantile, de lutte contre la malaria et le VIH/Sida et l'accès à l'eau potable.   Dans la lutte contre la pauvreté extrême, une importance toute particulière a été accordée à l'aide aux familles qui sont dans la pauvreté la plus extrême, a-t-il poursuivi.  Il s'est également réjoui de ce que l'objectif de réduire de moitié la proportion de la population vivant dans l'extrême pauvreté ait été atteint en 2003. 


M. Neri a expliqué que son gouvernement a mis en place de nombreuses mesures pour favoriser le développement du pays accordant une place centrale aux stratégies de lutte contre la pauvreté.  Ces stratégies s'appuient également sur le développement humain, l'emploi, la protection sociale et la gouvernance participative.  En outre, le Gouvernement a lancé des programmes de microfinancement.  Outre les programmes de nutrition dans les écoles, le Gouvernement a lancé en 2006 un programme accéléré de réduction de la faim, qui s'ajoute au Plan d'action des Philippines pour la nutrition pour les années 2005-2010.  Pour conclure, M. Neri a rappelé que la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le développement requiert beaucoup d'argent, autant de sources publiques que privées.  Des progrès fiscaux récents ont permis d'équilibrer le budget de l'État, sans que soient compromises les valeurs fondamentales du pays que sont l'éradication de la pauvreté, l'éducation, la santé et la protection de l'environnement, a-t-il ajouté.


M. FRANÇOIS-XAVIER DE DONNÉA, Ministre d'État de Belgique, a estimé essentiel d'utiliser les nouveaux instruments, notamment l'examen ministériel annuel et le Forum du développement, soulignant qu'il est grand temps de transformer l'ECOSOC en réel moteur du développement économique et social.  Il a ainsi souhaité que cet examen permette au Conseil de se concentrer sur des aspects spécifiques liés aux Objectifs du Millénaire pour le développement, de faire la synthèse des actions à entreprendre et des impulsions à donner.  Le Ministre a en outre remercié le Secrétaire général pour le rapport qu'il a présenté et s'est réjoui de ce que ce rapport annonce que les prochains examens annuels seront centrés sur des aspects précis de l'Agenda pour le développement des Nations Unies.


M. de Donnéa a ensuite rappelé que son pays est membre de la Commission du développement durable depuis sa création, il a estimé qu'il y a encore moyen d'améliorer le fonctionnement de cette Commission et de revoir ses méthodes de travail pour atteindre l'objectif réel du développement durable.  Il a à cet égard souligné que son pays a récemment pris l'initiative de réunir une conférence sur la gestion durable des forêts en République démocratique du Congo.  Le Ministre a également indiqué que son pays aura l'honneur d'accueillir dans une semaine le premier Forum mondial sur la migration et le développement.  S'intéressant ensuite au partenariat mondial pour le développement, il a tenu à rappeler que son pays s'est engagé à atteindre la norme de 0,7% d'aide publique au développement en 2010.  Ces engagements n'ont de sens que si, d'autre part, nos partenaires assument pleinement le principe d'appropriation de l'aide et mettent en place des instruments de gouvernance appropriés pour une gestion transparente et efficace des ressources, qu'elles soient internes ou externes, a-t-il ajouté.  Le temps presse, les catastrophes naturelles et les conflits se succèdent et entraînent sans cesse de nouveaux besoins de développement et de reconstruction, a-t-il averti, avant de souligner que le temps n'est plus aux nouvelles promesses mais à l'action.


M. SID AHMED OULD RAIS, Ministre du commerce et de l'industrie de la Mauritanie, a déclaré que le thème du développement équitable est au cœur des préoccupations de son pays.  Des avancées récentes démocratiques ont permis de doter la Mauritanie des moyens institutionnels le rendant à même d'œuvrer de manière efficace au plan politique, juridique et économique à la réduction de la pauvreté.  Cependant, des contraintes demeurent, notamment en matière de capacité de mobilisation de ressources financières pour contrebalancer la capacité productive du pays.


Le Ministre mauritanien a indiqué qu'une stratégie nationale 2000-2015 de lutte contre la pauvreté vise notamment au développement des ressources humaines et au renforcement de la gouvernance.  L'un des objectifs est l'amélioration de l'efficacité des investissements publics.  Le Gouvernement s'efforcera également de valoriser l'exploitation des ressources pétrolières et de donner aux PME les moyens de leur croissance.  Enfin le Gouvernement prendra des mesures visant à combler les écarts économiques dans la population, par une action en matière de formation en particulier.


M. ELIAS NAMLELL WAKASON, Ministre d'État pour la coopération internationale du Soudan, a remercié le Secrétaire général pour son rapport exhaustif et pour les recommandations qu'il a faites.  Il s'est également réjoui de la tenue de l'examen ministériel annuel, espérant que les discussions qui s'y tiennent permettront de raviver le partenariat mondial pour le développement.  Il a rappelé que douze années se sont écoulées depuis que le Sommet mondial pour le développement social a adopté le Plan d'action et la Déclaration de Copenhague.  Les dirigeants se sont engagés à apporter un soutien politique à l'éradication de la pauvreté, à favoriser le plein emploi et à promouvoir l'intégration sociale.  Toutefois, en dépit des progrès réalisés, la pauvreté et la misère demeurent des sujets de vive préoccupation, en particulier dans l'Afrique sub-saharienne, a-t-il fait observer.  Il a souligné que la pauvreté est un problème multidimensionnel qui ne peut être éradiqué que par une approche globale du développement et des mesures combinées.


Le Ministre soudanais a expliqué que, depuis la signature des accords de paix, son gouvernement a façonné une vision nationale et élaboré des politiques de partage de pouvoirs.  L'accord de paix global a jeté des bases solides pour la bonne gouvernance et les réformes politiques, sociales et économiques.  Ces dernières ont été élaborées dans le but d'assurer un taux élevé de croissance économique, une distribution équitable des ressources et une réduction progressive de la pauvreté, a-t-il précisé.  Pour conclure, reconnaissant que le développement relève au premier chef de la responsabilité de l'État, il a insisté sur la nécessité de l'aide et de l'engagement de la communauté internationale.  Il a plaidé pour que l'aide publique au développement atteigne le taux de 0,7% du PIB, que la dette soit allégée, que le transfert des technologies soit favorisé et que les pays en développement puissent participer aux décisions au sein des institutions financières internationales.


Mme MARCIA HELENA CARVALHO LOPES, Vice-ministre du développement social du Brésil, a souligné que la réunion régionale qui s'est tenue à Brasilia en mai dernier a porté notamment sur la coopération Sud-Sud avec échange de bonnes pratiques; des initiatives régionales pour la coordination des politiques sociales entre membres du Mercosud; la société civile a participé à des activités de responsabilité sociale.  Les défis résident dans l'accès à l'emploi et au crédit.  Le financement solidaire est une notion mise en avant dans le contexte du microcrédit, qui joue un rôle important en matière de réduction non seulement de la pauvreté, mais aussi de l'écart entre hommes et femmes.  Des programmes nationaux ont été mis en place pour aider les familles à sortir de la misère.  Plusieurs millions de personnes sont touchées par ces programmes.  D'une manière générale, il faut intensifier les échanges et améliorer les transferts technologiques.  Les pays d'Amérique du Sud peuvent et doivent adopter des programmes plus ambitieux pour réduire la pauvreté et les écarts, a déclaré la Vice-Ministre brésilienne.


Le Gouvernement brésilien estime que le programme social fait partie intégrante du développement économique, a souligné Mme Lopes.  Cette conception se manifeste dans les priorités du Président Lula, qui concernent en particulier l'éducation.  Le Brésil connaît une forte pauvreté et une grande inégalité entre les revenus.  Outre ses dimensions continentales, le pays bénéficie d'une grande diversité culturelle et sociale.  La création en 2004 d'un grand ministère du développement et de la protection sociale a permis de mettre en œuvre d'importants projets dans ces domaines, en faveur des communautés locales en particulier.  Des indicateurs de politiques sociales ont été adoptés et sont en train d'être améliorés.  Le système unique d'assurance sociale est orienté pour répondre à la complexité des besoins de la population, avec l'ouverture de très nombreuses antennes locales.  L'accent a été mis en particulier sur l'amélioration de la situation des secteurs défavorisés, la protection des enfants, la fourniture de secours alimentaires, l'accompagnement à la scolarisation, l'accès à l'eau potable, entre autres.  D'autres mesures visent enfin l'aide aux petites et moyennes entreprises.  Toutes ces dispositions sont orientées en définitive sur une revalorisation des revenus des catégories les plus pauvres et sont depuis quelques années couronnées de succès: plus de sept millions de personnes sont en effet sorties de la pauvreté, a déclaré la ministre.


M. RICARDO FFRENCH-DAVIES, Président du Comité des politiques de développement (ECOSOC), a fait observer que certains pays, notamment en Asie, ont fait des progrès considérables dans la lutte contre la pauvreté.  Il s'est en outre réjoui de ce que les pays européens se soient engagés à augmenter leur aide publique au développement jusqu'à 0,7%.  Toutefois, la pauvreté perdure, a-t-il souligné.  Il s'est dit convaincu que des améliorations doivent être réalisées.  Par exemple, s'agissant de l'effectivité de l'assistance, M. Ffrench-Davies a fait observer que l'examen par les pairs ne semble pas être parvenu à l'objectif qui est de réduire la pauvreté et la faim, ce qui est particulièrement vrai en Afrique sub-saharienne.  Les flux d'aide sont insuffisants, et à défaut de tenir compte des priorités du pays récipiendaire, le développement risque d'être compromis.  Il a ainsi plaidé pour une amélioration du partenariat pour la réduction de la pauvreté et de la faim.  Ce partenariat doit être novateur.  Il faut également que la communauté internationale s'attache aux valeurs de la déclaration de Paris, en introduisant des systèmes moins contraignants.  L'ECOSOC peut quant à lui faciliter le dialogue.  Enfin, M. Ffrench-Davies a demandé aux négociateurs du Cycle de Doha de faire des efforts pour parvenir aux objectifs qui correspondent aux Objectifs du Millénaire pour le développement.  Il faut également donner la priorité à la lutte contre le changement climatique, a-t-il conclu.


M. ALEXANDRE YAKOVENKO, Vice-Ministre des affaires étrangères de la Fédération de Russie, a déclaré que la lutte contre la pauvreté et la faim est une priorité des États au premier chef, de même que la réduction de la mortalité infantile.  En Russie, la pauvreté a été réduite de moitié pendant la période de croissance économique qu'a connue le pays.  La Russie soutient le principe de partenariats mondiaux pour accompagner la réalisation des objectifs de développement.  Ces partenariats doivent tenir compte des besoins particuliers du continent africain.  De même, la collaboration avec les institutions financières internationales doit être renforcée.  La croissance économique durable dont a bénéficié récemment la Russie lui a permis de se lancer dans des programmes d'aide au développement pour un montant de 200 millions de dollars en 2006, soit le double du niveau de 2003.  La Russie accorde en outre une aide complémentaire à l'aide financière, dans les domaines de l'éducation et de la sécurité énergétique en particulier.  La Russie a enfin adopté des mesures qui lui permettront de consacrer, à terme, 0,7% de son produit intérieur brut à l'aide au développement, ainsi que le préconisent les Nations Unies.


M. EMILIO GIMÉNEZ, Vice-Ministre de l'économie et de l'intégration du Paraguay, a estimé que l'examen ministériel annuel constitue un moment opportun pour examiner les grandes lignes de la coopération internationale pour le développement et procéder à l'évaluation des progrès réalisés.  Il a rappelé que la pauvreté n'est pas le résultat d'un déterminisme naturel ou historique, mais bien le résultat d'inégalités dans la distribution des richesses.  Malgré la croissance, la qualité de la vie de couches importantes de la population est gravement menacée.  La mondialisation, la volatilité du capital financier, la fermeture des marchés des pays développés empêchent les pays en développement de connaître une croissance soutenue.  La pauvreté est source de vive préoccupation pour le continent latino-américain, a-t-il insisté.  Il a ensuite fait observer que les mesures à prendre doivent obligatoirement obtenir le soutien effectif des partenaires du développement, du Nord comme du Sud, avec le respect des engagements pris par les organismes financiers internationaux et régionaux, avec une meilleure ouverture des marchés, et en conjonction avec un allégement de la dette.  Il a souligné que son gouvernement est conscient de la responsabilité qui lui incombe dans la lutte contre la pauvreté et la faim.  Toutefois, ses efforts peuvent être compromis si les engagements qui ont été pris aux différentes conférences et sommets ne sont pas respectés, a-t-il insisté.  S'intéressant enfin à l'examen ministériel annuel, il a estimé que cet examen ne doit pas se limiter à une analyse superficielle, mais bien procéder à une analyse profonde des progrès effectués et à effectuer.  Pour conclure, rappelant que son pays ne dispose pas de littoral, il a demandé au Conseil de ne pas omettre d'examiner les limitations que connaissent les pays enclavés.  Ces pays doivent assumer les coûts supplémentaires pour placer leurs produits sur les marchés internationaux, a-t-il précisé.


M. YERZHAN KAZYKHANOV, Vice-Ministre des affaires étrangères du Kazakhstan, a souligné que l'éradication de la pauvreté reste le défi de notre temps.  Du point de vue du Kazakhstan, il convient de repenser l'approche actuelle pour traiter ce problème et de faire preuve de volonté politique s'agissant de la nécessité de prendre des mesures nouvelles et renforcées afin de renverser les tendances négatives observées dans le processus de réalisation des Objectifs du Millénaire pour le développement.  Dans ce contexte, le Kazakhstan attache une grande importance aux nouvelles fonctions de l'ECOSOC, à savoir l'examen ministériel annuel et le Forum pour la coopération en matière de développement, a indiqué le Vice-Ministre kazakh.  M. Kazykhanov a par ailleurs mis l'accent sur la nécessité de veiller à ce que les efforts déployés au niveau national, en faveur du développement, soient accompagnés d'actions destinées à créer un environnement international favorable.  À cet égard, le Kazakhstan est favorable à un partenariat mondial pour le développement qui se fonde sur la mise en place d'un système commercial et financier ouvert, basé sur des règles, prévisible et non discriminatoire.  Le Kazakhstan a besoin de davantage de temps pour assurer sa transition dans un certain nombre de domaines clefs; il a besoin de mesures plus souples dans le secteur agricole, a précisé le Vice-Ministre des affaires étrangères.  Il est évident que la croissance économique à elle seule ne saurait suffire pour réduire la pauvreté; il est extrêmement important de se concentrer sur la justice sociale des politiques économiques appliquées et d'assurer la qualité de la croissance et une répartition équitable des bénéfices.  Les petites et moyennes entreprises et les entreprises reposant sur un seul individu constituent la meilleure source de création d'emplois et d'éradication de la pauvreté, a-t-il estimé.  Face au vieillissement des populations dans bon nombre de pays, il a en outre insisté sur la nécessité de répondre aux besoins des personnes âgées en améliorant leurs conditions de vie et leur statut social.


M. GEORGE GYAN-BAFFOUR, Vice-Ministre des finances et du plan du Ghana, a rappelé qu'un grand nombre de pays en voie de développement consentent déjà de grands efforts pour la réalisation de leurs objectifs de développement, efforts qui doivent être appuyés par la communauté internationale.  Le Ghana quant à lui bénéficie d'une croissance soutenue par des mesures de consolidation fiscale et une politique anti-inflationniste.  Les conditions d'activité des entreprises se sont améliorées, la Banque mondiale a d'ailleurs classé le Ghana parmi les dix pays ayant les progrès les plus méritoires dans ce domaine.  Les espoirs d'atteindre les objectifs à moyen terme sont réels, a estimé M. Baffour.  Cependant, malgré ces évolutions positives, des défis demeurent et le Ghana est confronté à des difficultés en matière de prévalence du paludisme, de mortalité infantile et maternelle et d'exode rural.  Ces conditions sont aggravées par la fuite des cerveaux.  Au plan international, il faut s'inquiéter du blocage des négociations engagées dans le cadre de l'Organisation mondiale du commerce, et donc du maintien des barrières douanières et des subventions agricoles remettant en cause les efforts de développement.  Un autre problème réside dans les niveaux insuffisants de l'aide officielle au développement des pays en voie de développement, a déploré le ministre.


M. HUGO FERNÁNDEZ, Vice-Ministre des affaires étrangères de la Bolivie, a attiré l'attention sur un programme, mis en place dans son pays avec le soutien des États-Unis, pour l'éradication de la feuille de coca.  Ce programme, qui s'est terminé en 2000, a eu pour conséquence une dégradation des conditions de vie et des droits de l'homme des producteurs de coca.  M. Fernández a insisté sur l'importance de la feuille de coca dans la vie et la culture des peuples autochtones boliviens.  Il y a en Bolivie, a-t-il poursuivi, une fracture fondamentale entre les descendants des colonisateurs européens et les descendants des peuples autochtones.  Cette fracture est analogue à celle qui existait en Afrique du Sud.  La Bolivie a été un État colonial qui a surtout favorisé les descendants des colonisateurs européens, toujours au détriment des descendants des peuples autochtones.  Mais l'élection de M. Evo Morales ait changé l'état des choses dans le pays.  Le nouveau Gouvernement s'est chargé d'annuler la privatisation des produits de base comme l'eau et le gaz, il travaille à modifier la constitution pour qu'elle tienne compte des droits des peuples autochtones.  En outre, une campagne a été lancée pour revaloriser la feuille de coca, élément fondamental de la culture des peuples andins et une nouvelle réforme agraire est mise en œuvre.  Il s'agit de rendre à l'État son rôle d'acteur principal dans la mise en œuvre de l'éradication de la pauvreté, a-t-il précisé.  Enfin, M. Fernández s'est réjoui des nombreux résultats obtenus depuis l'arrivée au pouvoir de M. Morales, comme l'annulation des contrats sur l'eau, la consolidation démocratique et, d'une manière générale, la reprise du contrôle sur les ressources du pays.  Les résultats qui seront obtenus à l'avenir dépendront du renforcement du processus qui est actuellement en place, a-t-il conclu.


M. PRADAP PIBULSONGGRAM, Secrétaire permanent adjoint au Ministère des affaires étrangères de la Thaïlande, a rappelé que «l'union fait la force», c'est pourquoi la communauté internationale doit s'engager dans un véritable partenariat pour le développement.  Les pays en voie de développement doivent «s'aider eux-mêmes» et les pays développés peuvent contribuer à cette tâche en créant un environnement économique international sain et propice à ce développement.  L'accès équitable aux marchés est aussi déterminant à cet égard.  En outre, il est de fait que les pays en voie de développement deviennent de plus en plus concurrentiels.  L'amélioration des possibilités d'emploi dépend d'une action déterminée dans ce domaine.  La Thaïlande, qui est un pays émergent à moyen revenu, est très impliquée dans la coopération Sud-Sud, par le biais du partage d'expériences, de prêts à des pays voisins et du financement de projets ciblés.  L'action vise, entre autres, le renforcement des ressources humaines.  D'autres partenariats régionaux et internationaux sont envisagés pour renforcer encore l'action de la Thaïlande en matière de coopération au développement.  Dans ce cadre, la Thaïlande, qui consacre environ 0,3% de son PNB à l'aide officielle au développement, s'inscrit au cœur d'un véritable «espace économique de la coopération» qui s'étend du Japon à l'Europe et de la Russie à l'Australie.


M. WALTER FUST, Directeur de la Direction du développement et de la coopération du Département fédéral des affaires étrangères de la Suisse, s'est félicité de ce que le thème de cette première édition de l'examen ministériel annuel établisse un lien manifeste entre l'objectif d'éradiquer la pauvreté et la faim, fixé dans le premier objectif du Millénaire pour le développement, et la mise en place d'un partenariat mondial pour le développement, l'idée-phare de l'objectif n°8.  La Suisse adhère au concept général avancé par le rapport du Secrétaire général, selon lequel la lutte contre la pauvreté et la faim revêt un caractère multidimensionnel.  La réalisation du premier objectif du Millénaire pour le développement exige en effet des progrès considérables dans un vaste éventail de domaines indissociables les uns des autres, tels que la santé, l'éducation et l'égalité hommes-femmes.  La Suisse souhaite néanmoins exprimer une certaine retenue quant au contexte du rapport, a précisé M. Fust.  Il n'est certes pas inutile de procéder à un inventaire global de ce genre pour mesurer les progrès réalisés; mais une certaine prudence s'impose face aux données agrégées en général et aux agrégats régionaux en particulier, a-t-il déclaré.  Force est de constater que les indicateurs de développement diffèrent fortement au sein d'une seule et même région, comme cela est par exemple le cas pour l'Afrique sub-saharienne.  Il en va de même pour les indicateurs de développement recueillis au niveau national, qui varient considérablement d'une région à l'autre d'un même pays.  Aussi, la Suisse est-elle d'avis que tout examen orienté vers l'action devrait reposer sur des données désagrégées, faute de quoi le risque est de se construire une image biaisée de la réalité et donc d'élaborer et mettre en œuvre des politiques inappropriées.


« Nous avons l'impression que la croissance économique ne suffira jamais à elle seule à assurer le développement, dans toutes ses dimensions sociales, économiques et écologiques », a poursuivi M. Fust.  Elle doit en effet impérativement être assortie d'une combinaison de politiques en faveur des pauvres et de mécanismes efficaces de redistribution au niveau national, a-t-il précisé.  L'esprit d'entreprise et la création d'emplois grâce aux investissements sont des moteurs fondamentaux du développement durable, a souligné M. Fust.  À cet égard, la qualité et la durabilité des investissements est plus importante que leur quantité, a-t-il fait valoir.  Les accords d'investissements doivent présenter une totale cohérence avec le Consensus de Monterrey, c'est-à-dire inviter les investisseurs à prendre en compte l'impact social et environnemental de leurs engagements, a rappelé le Directeur.  Il a en outre exprimé son inquiétude face à l'omission, dans le rapport du Secrétaire général, d'une mention déterminante - celle de l'un des aspects les plus importants du Consensus de Monterrey: la mobilisation des ressources financières domestiques pour le développement, qui implique l'instauration de conditions internes aptes à mobiliser l'épargne domestique, le soutien à un niveau approprié d'investissements productifs et le développement des capacités humaines.  Les pays en développement assument la responsabilité première de leur développement et leur politique fiscale est le principal instrument à même de financer les biens et services du secteur public pour répondre aux besoins de leur population, a rappelé M. Fust.  En ce sens, il importe de renforcer la mobilisation fiscale domestique pour atténuer la dépendance envers les financements extérieurs, a-t-il insisté.  Insistant sur l'importance de la bonne gestion des affaires publiques et de la lutte contre la corruption, M. Fust a par ailleurs rappelé que la Suisse a initié la mise sur pied à Bâle du International Centre for Asset Recovery, afin d'offrir un soutien aux pays en développement en vue de développer les capacités nationales nécessaires à la localisation et à la restitution des avoirs d'origine illicite.


M. HELMUT K.ANGULA, Directeur général de la Commission nationale de planification de la Namibie, a souligné que la situation de son pays n'est globalement pas différente de celle des autres pays d'Afrique subsaharienne.  La Namibie fait en effet de lents progrès dans la réalisation de certains Objectifs du Millénaire pour le développement alors qu'elle progresse rapidement dans la réalisation d'autres.  Afin de lutter contre la pauvreté, le Gouvernement namibien a pris des mesures visant à améliorer la protection sociale de ses citoyens les plus vulnérables, a indiqué M. Angula.  À titre d'exemple, il a indiqué qu'une allocation sociale mensuelle universelle pour toutes les personnes de plus de

60 ans et pour les personnes handicapées a été mise en place.  Le Gouvernement fournit également des prestations pour les orphelins et les enfants vulnérables.  Pour ce qui est de l'objectif du Millénaire pour le développement n°1 (à savoir la réduction de moitié de la pauvreté et de la faim d'ici 2015), M. Angula a informé le Conseil que la Namibie avait réalisé des progrès notables et dépassé l'objectif fixé de 2015, la part des foyers extrêmement pauvres ayant été réduite de 55% entre 1993/1994 et 2003/2004.  M. Angula a par ailleurs souligné que le flux d'aide publique au développement à destination de son pays avait substantiellement décliné sans être remplacé par un flux équivalent d'investissements étrangers directs ni par un accès amélioré aux marchés.  Aussi, a-t-il appelé les partenaires du développement de la Namibie à respecter les engagements qu'ils ont souscrits et à traduire leurs bonnes intentions en action.  Le commerce international - en particulier l'accès aux marchés pour les pays en développement - reste l'un des meilleurs moyens envisageables pour éradiquer la pauvreté.  Or, étant donnée l'impasse dans laquelle se trouve le cycle de Doha, la contribution du commerce international à l'éradication de la pauvreté reste une vue de l'esprit.  D'autre part, les pays en développement ne peuvent pas faire de progrès notables si les importantes décisions et politiques de développement qui les affectent sont prises sans leur participation.  Enfin, la Namibie est toujours d'avis que les institutions financières internationales devraient mettre en place un régime transitoire pour aider les pays qui passent du statut de pays les moins avancés à celui de pays à revenus intermédiaires.


M. VICTOR BORGES, Ministre des affaires étrangères du Cap-Vert, a souligné les effets positifs qui peuvent être observés quand il y a conjugaison des efforts nationaux et des apports externes.  S'agissant de la forme même des exposés volontaires, il a estimé qu'il ne faut pas extrapoler les conclusions tirées du débat à tous les pays en développement.  M. Borges a ensuite réaffirmé que l'engagement national et la gestion rigoureuse des affaires publiques sont essentiels pour la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le développement.  En outre, il y a urgence de la mise en œuvre des engagements internationaux contractés.  Nous ne sommes pas loin de 2015, a-t-il averti.  Il a rappelé que son pays est un petit État insulaire avec certaines vulnérabilités qui lui sont propres.  Le Cap-Vert est prêt à assumer ses responsabilités, a-t-il poursuivi, mais cette responsabilité doit être partagée avec la communauté internationale et les partenaires du développement.  Le Ministre a ainsi plaidé pour une promotion du développement des capacités, afin d'assurer une meilleure maîtrise du développement.  Pour conclure, il s'est dit favorable à l'annulation de la dette des pays pauvres et très endettés.  Toutefois, il faut que la communauté internationale accorde également une attention particulière aux pays qui, en dépit de certaines difficultés, assument le fardeau de la dette.


M. RUBÉN MOLINA, Directeur des affaires multilatérales du Venezuela, a regretté que toutes les mesures prises à ce jour pour vaincre la pauvreté aient été inadéquates.  L'explication de cet échec tient en ce qu'elles privilégient une fois de plus la croissance économique, alors qu'il faudrait agir pour renforcer la dignité de tous les hommes.  Le Venezuela est, lui, favorable à l'éradication des fléaux sociaux qui sont la marque du capitalisme sauvage.  Le Venezuela fonde son action sur des investissements publics dûment coordonnés dans la poursuite d'un effort collectif, où le pouvoir accordé aux plus pauvres permet de renforcer la démocratie.  La philosophie économiciste et localiste doit être dépassée: la solidarité et la coopération, la transparence et la démocratie doivent être promues dans les pays et au sein des organisations internationales.  Le Venezuela est la cible d'attaques visant à le faire renoncer à ses politiques libres et humanistes, a rappelé le représentant vénézuélien.  Dans la conception de la révolution bolivarienne, l'État doit en particulier garantir l'accès du peuple aux ressources alimentaires.  Les ennemis du Venezuela se désolent ainsi de la décision du pays de réformer le droit à la terre, afin de rompre le système de grande propriété existant depuis des siècles.  Cette réforme a permis de redistribuer au peuple plus de deux millions d'hectares de terres arables.  Cette mesure s'accompagne d'initiatives ciblées en faveur des personnes les plus fragiles au regard du droit à l'alimentation.  Le modèle capitaliste et néolibéral s'est révélé un échec, car il ne permet en rien d'éradiquer la faim et la misère, contrairement au socialisme du XIXe siècle, a conclu le représentant.


Mme VILMA MCNISH, Sous-Secrétaire de la Division des affaires multilatérales au Ministère des affaires étrangères et du commerce de la Jamaïque, a reconnu que la relation entre croissance économique et réduction de la pauvreté est indiscutable, mais a souligné que ce lien est au mieux ténu, à moins de promouvoir une croissance économique durable favorable aux pauvres.  En dépit de la croissance mondiale positive, l'indice de pauvreté globale reste obstinément élevé, a poursuivi Mme McNish.  Nombre de pays en développement n'ont pas été mesure de tirer parti des avantages de la mondialisation et de la libéralisation du commerce.  Afin de combattre les inégalités, la création d'emplois et la promotion du travail décent doivent occuper un rang de priorité plus élevé dans les politiques nationales, a-t-elle souligné.  En Jamaïque, les programmes de lutte contre la pauvreté et de création de capacités au sein des groupes les plus vulnérables visent avant tout les enfants, les jeunes, les femmes, les personnes handicapées et les personnes âgées.  Depuis 1995, le niveau global de la pauvreté en Jamaïque a chuté de 12,7%, a-t-elle fait valoir, mettant cette performance au crédit des programmes d'assistance sociale et de la bonne tenue des secteurs du bâtiment et du tourisme.  Le classement de la Jamaïque parmi les pays à revenu intermédiaire a rendu sa situation quelque peu précaire, a poursuivi Mme McNish.  Les pays à revenu intermédiaire ne devraient pas être pénalisés pour les progrès qu'ils ont réalisés mais devraient au contraire continuer à recevoir un soutien de la communauté internationale dans leurs efforts de développement.  Mme McNish a ajouté que nous nous trouvons actuellement face à une perspective d'érosion accrue de l'accès préférentiel aux marchés européens en raison de la menace de l'Union européenne de renoncer unilatéralement au Protocole sur le sucre.  Elle a souligné l'importance que revêtent les efforts destinés à atténuer le réchauffement climatique en tant qu'élément intégral des stratégies de réduction de la pauvreté.  D'autres défis, tels que le VIH/sida, la crise énergétique et la fuite des cerveaux exigent également une attention prioritaire si l'on veut que les pays en développement atteignent l'objectif consistant à réduire de moitié la pauvreté avant 2015.


M. SUROOD H. NAJIB, Chef du département des organisations et de la coopération internationale de l'Iraq, a souligné que l'expérience iraquienne montre que seule une société civile forte dans un contexte de démocratie, de justice et d'égalité pour tous peut aller de l'avant.  L'exemple iraquien montre aussi le visage hideux de l'utilisation de la force.  Celle-ci, a-t-il poursuivi, a des retombées sur l'ensemble de la région et ces retombées peuvent empirer encore à moins que les efforts internationaux mettent un terme à ce fléau.  Il faut à tout prix que la violence et le terrorisme cessent, a-t-il martelé.  Il le faut pour assurer les droits de l'homme et parvenir à réconciliation nationale.  M. Najib a à cet égard attiré l'attention sur la nécessité de surveiller le suivi des engagements convenus au niveau international.  Il a ainsi lancé un appel aux bailleurs de fonds pour qu'ils aident les pays qui en ont besoin à parvenir à la stabilité et à la paix.  Il a expliqué que le Gouvernement iraquien reconstruit le pays malgré la persistance d'une situation extrêmement difficile.  Plusieurs milliards de dollars ont ainsi été investis pour accroître le niveau de vie de la population.  À titre d'exemple, le représentant iraquien a indiqué que le corps enseignant a vu son salaire accroître de 100%.  Des mesures sont en outre prises pour assurer le développement durable de l'Iraq, en dépit des défis auxquels le pays est confronté.  Des mesures ont également été prise pour permettre un environnement plus favorable aux investisseurs, mettre fin au terrorisme et contribuer au retrait des forces multinationales à l'œuvre actuellement dans le pays.  L'assistance financière est à cet égard importante


M. MARK LOWCOCK, Directeur général du Département du développement international du Royaume-Uni, a déclaré que le Secrétaire général avait eu raison d'affirmer que les Objectifs du Millénaire pour le développement sont atteignables, ainsi que d'insister sur l'importance de l'augmentation de l'aide publique au développement, jusqu'à atteindre le niveau de 0,7% du PNB en 2013.  Le Royaume-Uni a pris des engagements à cet égard qu'il souhaite voir adopter par ses partenaires.  En matière de commerce international, le Royaume-Uni travaille avec ses partenaires de l'Union européenne pour l'adoption d'une position constructive en matière de commerce international et de négociation des accords du cycle de Doha.  Le commerce est un facteur clé de la croissance et donc de la réduction de la pauvreté, a fait valoir le représentant.  Le Royaume-Uni est aussi engagé à l'amélioration de son action en matière d'aide directe au développement.  Les stratégies en la matière, orientées de manière croissante sur les États, seront d'autant plus fortes qu'elles auront été établies en collaboration avec la société civile et les classes les plus défavorisées.  Les gouvernements partenaires devront être tenus de rendre compte de leur action.  D'une manière générale, le dialogue entre donateurs et partenaires s'est amélioré grâce à l'adoption des principes de Paris, et devrait être renforcé dans le cadre des Nations Unies.  Un examen annuel de toutes les performances et meilleures pratiques est indispensable.  Les donateurs doivent assumer leurs responsabilités et ne pas avoir peur de soumettre leurs résultats à l'examen public.  Enfin l'ECOSOC pourrait jouer un rôle très important dans la concrétisation de l'objectif n°8 pour le développement, la création de partenariats internationaux pour le développement.


M. KOICHIRO MATSUURA, Directeur général de l'Organisation des Nations Unies pour l'éducation, la science et la culture (UNESCO), a expliqué que la contribution la plus importante de son organisation aux efforts de lutte contre la pauvreté et la faim passe par l'éducation.  Il a rappelé que l'UNESCO a été choisie, lors du Forum économique mondial de Dakar, comme coordonnateur des efforts internationaux pour atteindre l'éducation pour tous en 2015.  Depuis lors, aider les pays à atteindre ces objectifs a été la priorité de l'organisation.  Il faut que chaque enfant puisse profiter d'une éducation de qualité, a-t-il poursuivi, ajoutant que l'UNESCO s'occupe aussi des besoins en matière d'éducation secondaire et supérieure, puisque ces dernières ont des répercussions notables sur le développement durable et la création de la force de travail.  Il a ainsi préconisé que l'éducation soit considérée dans le cadre d'une approche vaste et intégrée.


M. Matsuura a expliqué que l'UNESCO est responsable d'une série de mécanismes destinés à mobiliser des ressources politiques et financières pour la réalisation de l'éducation pour tous.  Elle fournit également une assistance directe aux pays en développement afin qu'ils puissent mettre sur pied de bonnes politiques d'éducation.  Elle se concentre plus particulièrement sur les pays qui en ont le plus besoin, comme les pays les moins avancés, les pays d'Afrique sub-saharienne et les petits États insulaires en développement.  Il a ensuite insisté sur l'importance que revêt le soutien international dans ces efforts.  Un engagement national fort et un investissement dans l'éducation sont également essentiels.  L'UNESCO favorise une approche intégrée qui prenne en compte science, culture et éducation pour aider les gouvernements à adopter des mesures de lutte contre la pauvreté.


M. LENNART BÂGE, Président du Fonds international de développement agricole - FIDA (au nom également de l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture - FAO et du Programme alimentaire mondial - PAM), a rappelé que la majorité de la population de la planète est toujours rurale.  Or, la proportion de l'aide au développement destinée à l'agriculture est en chute libre et la sécurité alimentaire est menacée.  Parmi les défis les plus urgents, le changement climatique est très préoccupant: tornades, inondations, sécheresse sont plus fréquentes que jamais, obligeant la communauté internationale à aider les pays les plus vulnérables à faire face.  À côté de ces défis, on assiste à une augmentation de la demande en biocombustibles, ce qui entraîne une augmentation générale des prix agricoles.  Il faut faire en sorte que la nouvelle production agricole n'entraîne pas une nouvelle insécurité alimentaire générale.  Enfin, les pauvres des zones rurales sont encore confrontés aux problèmes des maladies transfrontalières.  Il convient donc d'agir sans tarder pour éliminer les causes techniques de la faim et pour renforcer la santé des populations.  À cet égard, des mesures pratiques doivent être prises en matière d'accès à l'eau et aux crédits, d'augmentation de la capacité économique des femmes et de réponse aux besoins des petits fermiers.  Enfin il convient d'accroître les investissements et de faire l'appliquer l'obligation redditionnelle.


M. ASSANE DIOP, Directeur exécutif de l'Organisation internationale du travail (OIT), a plaidé en faveur de la mise en œuvre de stratégies de développement dans le cadre desquelles les revenus des plus pauvres croissent régulièrement grâce à des emplois décents et productifs et grâce à une protection sociale efficace, ce qui, en retour, entraîne une augmentation de la consommation essentielle pour une croissance globale durable.  M. Diop a souligné que l'OIT travaille sans relâche à l'approfondissement de sa collaboration avec les institutions des Nations Unies et du système multilatéral afin d'assurer aux différents pays la fourniture de conseils politiques cohérents aux côtés d'un flux prévisible et substantiel d'aide internationale au développement.  L'agenda de l'OIT en matière de travail décent repose sur quatre piliers reliés entre eux, a rappelé le Directeur exécutif: développement de l'emploi et de l'entreprise; protection sociale, y compris dans le secteur de l'économie informelle et dans les zones rurales; relations au travail saines développées grâce au dialogue social; et cadre international de normes relatives au travail, en particulier les principes et droits fondamentaux au travail.  L'OIT a élaboré, en partenariat avec des institutions du système des Nations Unies, un guide pour la prise en compte de l'emploi productif et du travail décent dont l'objectif est de susciter un réflexe au sein du système afin d'assurer que l'objectif du travail décent est repris dans l'ensemble des politiques de développement, a en outre indiqué M. Diop.


Interventions des organisations non gouvernementales


Mme RENATA BLOEM, de la Conférence des organisations non gouvernementales (CONGO), a indiqué que les organisations non gouvernementales ont organisé, les 28 et 30 juin derniers, un forum du développement.  Les nombreuses séances, tables rondes et ateliers ont mis en évidence les relations entre développement, paix, sécurité et droits de l'homme.  Une des préoccupations majeures qui sont ressorties de ces réunions est qu'aucun des défis du développement ne peut être relevé sans un partenariat véritable entre acteurs gouvernementaux, acteurs intergouvernementaux, acteurs de la société civile et acteurs du secteur privé.  Le Forum a ainsi conclu qu'il faut engager un dialogue constructif entre toutes les parties prenantes.  Cette nouvelle approche doit être multidimensionnelle, de manière  à éradiquer la pauvreté et la faim, réaliser le droit à l'alimentation et assurer la sécurité économique.


M. MARTIN KHOR, directeur du Third World Network, s'est dit déçu de constater une diminution de l'aide au développement, estimant que les pays membres de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) devraient tenir leurs engagements.  De même, la situation n'est pas satisfaisante en matière de commerce international l'OMC demandant une libéralisation que certains pays auront bien des difficultés à assumer.  De la même manière, les dispositions relatives à la libéralisation du commerce sont préoccupantes.  Concernant les politiques macroéconomiques nationales, il conviendrait d'adopter une perspective plus large.  Enfin, a estimé le représentant, il faudrait soumettre les institutions financières internationales à un examen. 


Mme FATIMA AHMED, de Zenab for Women in Development, a déclaré que les femmes de son pays étaient particulièrement affectées par la pauvreté.  Son organisation, qui travaille sur le terrain au contact des populations, pourrait formuler de nombreuses recommandations pour améliorer la situation des femmes, en particulier le renforcement de l'application des Objectifs du Millénaire pour le développement dans les zones d'après-conflit.  D'autre part, il faudrait renforcer le mécanisme de coopération entre les organisations non gouvernementales et le Conseil.


M. COLIN O. CUARACHAIN, de Action Aid,a attiré l'attention sur la question de la faim et souligné que le nombre de personnes qui vivent dans la famine a augmenté chaque année depuis la Déclaration du Millénaire.  854 millions de personnes ont faim et 48 personnes vont mourir de cause liée à la faim pendant les deux minutes où je vous parle, a-t-elle insisté.  La représentante a ainsi souligné l'importance de mettre en œuvre les principes directeurs de la FAO sur le droit à l'alimentation.  Le Bureau du Rapporteur spécial sur le droit à l'alimentation est également vital et le Conseil des droits de l'homme devrait assurer le maintien et l'indépendance de ce mandat.  Enfin, elle a regretté que son organisation n'ait pu participer à la préparation de l'examen ministériel annuel du Ghana, du Cambodge, de l'Éthiopie et du Bangladesh, bien qu'elle en ait fait la demande.


Mme SALMA ABBASI, de Workshop on Gender Equality Architecture Reform in the United Nations and the Annual Ministerial Review on 30 June, a déclaré que les organisations de femmes devraient être intégrées aux consultations régionales et internationales.  L'ECOSOC devrait obliger les organes des Nations Unies de démontrer, par des statistiques précises, comment ils améliorent l'autonomisation des femmes et contribuent au respect de leurs droits.  Les organisations de femmes devraient jouer un rôle actif dans ce contrôle.  Enfin, l'ECOSOC devrait inciter les gouvernements à inclure les femmes dans la mise en œuvre des Objectifs du Millénaire pour le développement.


M. ARTURO ROMBOLI, de World Organization of the Scout Movement, au nom également de CONGO Youth Committee in Geneva, a pour sa part déclaré que la pauvreté frappe avant tout les jeunes.  Les gouvernements, la société civile et le secteur privé doivent collaborer pour lutter contre la pauvreté des jeunes.  Les institutions des Nations Unies et les autorités nationales doivent appuyer les initiatives émanant de la jeunesse, surtout dans les pays en voie de développement qui ne disposent pas de ministère de la jeunesse.  Les institutions des Nations Unies pourraient en outre coordonner les initiatives prises au plan international en faveur de la jeunesse.


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À l’intention des organes d’information • Document non officiel
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