LES RETARDS DANS LE DÉPLOIEMENT DE LA FORCE HYBRIDE AU DARFOUR MENACENT LA CRÉDIBILITE DES NATIONS UNIES, DÉCLARE JEAN-MARIE GUÉHENNO AU CONSEIL DE SÉCURITÉ

27 November 2007
CS/9178

LES RETARDS DANS LE DÉPLOIEMENT DE LA FORCE HYBRIDE AU DARFOUR MENACENT LA CRÉDIBILITE DES NATIONS UNIES, DÉCLARE JEAN-MARIE GUÉHENNO AU CONSEIL DE SÉCURITÉ

27/11/2007
Conseil de sécurité
CS/9178
Département de l’information • Service des informations et des accréditations • New York

Conseil de sécurité

5784e séance – après-midi

LES RETARDS DANS LE DÉPLOIEMENT DE LA FORCE HYBRIDE AU DARFOUR MENACENT LA CRÉDIBILITE DES NATIONS UNIES, DÉCLARE JEAN-MARIE GUÉHENNO AU CONSEIL DE SÉCURITÉ

Jan Eliasson invite les rebelles qui ne l’ont pas fait à rejoindre les pourparlers de paix avec le Gouvernement du Soudan

Le Secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de la paix, M. Jean-Marie Guéhenno, a dressé cet après-midi, devant le Conseil de sécurité, un tableau particulièrement sombre des préparatifs de la Force hybride ONU-Union africaine au Darfour, en appelant les autorités soudanaises à opérer un « changement stratégique » pour faciliter le processus.  M. Jan Eliasson, Envoyé spécial du Secrétaire général pour le Darfour, a pour sa part fait état d’une dégradation de la situation humanitaire et a regretté l’absence de nombreux mouvements rebelles lors du lancement des pourparlers de paix à Syrte, en Libye, le mois dernier.

M. Guéhenno a déploré qu’à cinq semaines du transfert d’autorité entre la Mission de l’Union africaine au Soudan (MUAS) et la Force hybride ONU-Union africaine (MINUAD), cette dernière ne dispose toujours pas de capacités aériennes suffisantes, et manque notamment de 24 hélicoptères.  Il a par ailleurs dénoncé les multiples obstacles posés par le Gouvernement du Soudan, de la composition de la force, à la mise à disposition de terrains, aux visas et autorisations de survol, en passant par la tenue des troupes.  Il a souligné le risque d’humiliation pour le Conseil de sécurité, en cas d’échec de la Force hybride.  La crédibilité de l’ONU et du Conseil de sécurité sont en jeu, a renchéri le représentant de l’Italie, qui a annoncé qu’il ferait de cette question l’une des priorités de la présidence du Conseil qu’il assumera au mois de décembre.

Le représentant du Soudan a expliqué au contraire que son gouvernement avait déployé de nombreux efforts pour satisfaire à ses obligations.  Son homologue du Qatar a salué la bonne volonté de Khartoum sur cette question, celui de la Chine évoquant des « problèmes techniques ».  À l’inverse, le représentant des États-Unis a mis en cause la bonne foi des autorités soudanaises et a dénoncé une volonté délibérée de freiner le déploiement de la MINUAD.  « L’heure n’est plus à la procrastination », a lancé le représentant de la France, tandis que celui du Royaume-Uni déplorait les « tergiversations » du Soudan.

« On ne saurait accuser qu’une seule partie et fermer les yeux sur la menace que représentent les mouvements rebelles », a répliqué le représentant du Qatar en appelant le Conseil à sanctionner les groupes armés qui entravent le processus de paix et en saluant, à l’instar de la Fédération de Russie et du Ghana, le cessez-le-feu décrété par le Gouvernement du Soudan.  L’Envoyé spécial du Secrétaire général pour le Darfour a précisé que ce cessez-le-feu avait immédiatement été violé.  Mais il a également fait part de sa déception face à l’absence de nombreux groupes rebelles lors du lancement du dialogue politique à Syrte.  « Toutes les parties doivent prendre conscience que saper le processus de paix aura un prix », a-t-il prévenu.  Le représentant de l’Afrique du Sud a lui aussi préconisé « une solution très ferme contre ceux qui ne veulent pas participer aux négociations de paix ».  De nombreux orateurs ont jugé inacceptables les attaques contre les soldats de la paix africains ou contre les travailleurs humanitaires, ou encore les menaces proférées par certains rebelles à l’encontre de membres chinois de la MINUAD.

M. Eliasson a souligné l’implication étroite entre la situation humanitaire, la sécurité et le processus politique.  Nous ne pouvons pas permettre que le processus de paix déraille, a-t-il dit, en espérant que davantage de mouvements rebelles s’y rallieraient prochainement.  Il a indiqué qu’il retournerait sur le terrain, avec l’Envoyé spécial de l’Union africaine, M. Salim Ahmed Salim, pour rencontrer les chefs rebelles.  Il a par ailleurs souscrit à la proposition des États-Unis de désigner un médiateur en chef, chargé de suivre les pourparlers au quotidien, sous la responsabilité des Envoyés spéciaux de l’ONU et de l’Union africaine.

RAPPORTS DU SECRÉTAIRE GÉNÉRAL SUR LE SOUDAN

Rapport du Secrétaire général sur le déploiement de l’Opération hybride Union africaine-Nations Unies au Darfour (S/2007/653)

« Le Darfour se trouve à la croisée des chemins » écrit le Secrétaire général dans son dernier rapport mensuel au Conseil de sécurité sur le déploiement de l’Opération hybride Union africaine-Nations Unies au Darfour, daté du 5 novembre 2007.  D’un côté, il déplore l’escalade de la violence et, de l’autre, il entrevoit une chance pour la paix avec l’ouverture de négociations politiques à Syrte et le déploiement d’une force de maintien de la paix qui peut aider à faire une différence.  « Il est crucial de déployer cette force sans délai », insiste-t-il, en pressant les autorités soudanaises de ne pas retarder le processus.

M. Ban Ki-moon constate que la sécurité a continué à se dégrader au Darfour au mois d’octobre.  Il recense une série d’affrontements ayant fait plusieurs dizaines de morts, notamment l’attaque d’une installation pétrolière par le Mouvement pour la justice et l’égalité (JEM), les violents incidents à l’intérieur des camps de déplacés, ou encore les affrontements dans les zones frontalières avec le Tchad.  Il rend compte également des résultats de l’enquête menée par la Mission de l’Union africaine au Soudan (MUAS) après l’attaque de sa base militaire à Haskanita, les 29 et 30 septembre, attribuée à des éléments du JEM et dont l’objectif aurait été de s’emparer de matériel logistique.

Concernant les préparatifs du déploiement de l’Opération hybride Union africaine-Nations Unies au Darfour (MINUAD), le Secrétaire général annonce que le Représentant spécial conjoint, Rodolphe Adada, actuellement basé à Khartoum, s’installera dans sa résidence permanente d’El Facher dans la première semaine de novembre.  Il indique que le marché sans appel d’offres pour la construction des quatre premiers camps de la MINUAD à Nyala, El Facher, Geneina et Zalingei, a été signé.  Il se félicite de la mise en place par le Gouvernement soudanais d’un comité interministériel et d’un mécanisme technique destinés à faciliter le maintien de la paix, tout en pointant les problèmes qui restent en suspens, comme l’attribution des terrains et locaux, l’octroi des autorisations de survol aux avions de l’ONU ou encore la composition des forces de la MINUAD.

« Je prie instamment le Gouvernement de donner son accord » à la liste de pays susceptibles de fournir des contingents, qui lui a été soumise par l’ONU et l’Union africaine le 2 octobre, écrit-il, en rappelant que la force, conformément à la résolution 1769 (2007) devra être principalement africaine.  Il rappelle également que la MINUAD a encore besoin de deux compagnies de transport de taille moyenne, de trois unités d’hélicoptères de manœuvre de taille moyenne, et d’une unité d’hélicoptères tactiques légers.  « Sans ces unités cruciales, la Mission ne pourra pas accomplir son mandat » prévient-il, en invitant les États Membres qui en ont les moyens à les fournir d’urgence.  Relayant les informations selon lesquelles le regain de violence de ces dernières semaines serait lié au non-paiement des indemnités versées aux factions du Darfour qui participent aux travaux de la Commission du cessez-le-feu, il appelle par ailleurs les donateurs à s’acquitter de leurs obligations envers la MUAS avant le transfert des opérations à la MINUAD.

Estimant que le déploiement d’une importante force de maintien de la paix devrait faire une différence, le Secrétaire général affirme toutefois que seul le dialogue politique permettra d’aboutir à une solution viable, durable et globale.  « L’ouverture des pourparlers de paix à Syrte le 27 octobre offre une occasion unique » écrit-il.  Le Secrétaire général se félicite du cessez-le-feu unilatéral annoncé à Syrte par le Gouvernement, tout en déplorant que, le même jour, des hélicoptères de l’armée gouvernementale aient tiré sept missiles au nord est de El Geneina.  Il regrette l’absence de plusieurs dirigeants des mouvements rebelles à la cérémonie d’ouverture.  En conclusion, M. Ban invite toutes les parties à s’engager de façon constructive dans les pourparlers menés sous l’égide de l’Union africaine et de l’ONU et à faire les compromis politiques qui sont nécessaires pour parvenir à une solution durable.

Déclarations

M. JAN ELIASSON, Envoyé spécial du Secrétaire général pour le Darfour, a estimé que les progrès lents constatés sur la manière dont on a réagi collectivement à la crise du Darfour avaient des incidences ailleurs, sur le processus de paix, l’opération de maintien de la paix et les efforts humanitaires qui se renforcent mutuellement.  Il existe des raisons continues d’être préoccupé par la situation sécuritaire et humanitaire actuelle, qui a des incidences évidentes sur la situation politique, a-t-il souligné.  Rien qu’au mois d’octobre, a-t-il expliqué, plus de 30 000 civils ont été déplacés lors de combats entre les forces gouvernementales et les non-signataires, ainsi qu’au sein des mouvements au Darfour eux-mêmes, portant à près de 280 000 personnes le nombre total de personnes déplacées au cours de l’année.  Il a également rappelé qu’au mois d’octobre sept travailleurs humanitaires avaient été tués au Darfour, soit le nombre de victimes le plus important depuis juillet 2006.  Les combats qui ont eu lieu au cours des deux derniers jours au Tchad, a-t-il dit, soulignent combien la situation est précaire dans la région.  Il a souligné que les conflits tribaux persistaient sur les questions des terres et des ressources en eau.  De même, les tensions au sein des camps de personnes déplacées ne cessent de croître, a-t-il dit.  De l’avis de l’Envoyé spécial, les raids des forces gouvernementales dans les camps, ainsi que les incidents à l’intérieur et autour ont fait des morts, provoqué des destructions d’abris et des violations des droits de l’homme.  Il a précisé que l’accès humanitaire continuait d’être entravé.  Tous ces événements ne concourent pas à assurer une situation de sûreté, de confiance mutuelle et de respect dont nous avons cruellement besoin au Darfour, a-t-il constaté, rappelant que le Gouvernement du Soudan était en premier lieu responsable de la sécurité sur le terrain.

M. Eliasson a également dressé un état des lieux des pourparlers de paix entamés le 27 octobre dernier à Syrte, en Libye, sous les auspices des Nations Unies et de l’Union africaine, et coprésidés par lui-même et l’Envoyé spécial de l’Union africaine Salim Ahmed Salim.  Le ton des interventions à ces pourparlers a été positif et constructif, a-t-il dit, notant que les délégations avaient exprimé leur soutien au processus conduit par l’ONU et l’Union africaine et s’étaient engagées à aboutir à un règlement politique.  Il a également jugé importante la participation à ces négociations de représentants de la société civile.  Il a ajouté qu’il avait aussi été largement reconnu à Syrte qu’il n’y avait pas de solution militaire au conflit du Darfour.  M. Salim Ahmed Salim et lui-même se sont ainsi félicités de l’annonce faite par le Gouvernement du Soudan, le premier jour des pourparlers de Syrte, d’une cessation unilatérale des hostilités.  Malgré les appels pour qu’il soit maintenu, le cessez-le-feu a été rompu, a-t-il néanmoins poursuivi.  M. Eliasson a indiqué que lors des réunions avec les parties, M. Salim Ahmed Salim et lui-même avaient mis l’accent sur la nécessité d’établir des mesures de confiance qui pourraient avoir un impact concret sur la sécurité et le bien-être de la population du Darfour, en particulier dans les camps, et qu’ils avaient mis en garde contre toute action, militaire ou politique, susceptible de saper la confiance entre les parties et au sein de la population du Darfour. 

M. Eliasson a par ailleurs regretté que seuls 13 des 25 représentants invités aient pu participer à la séance d’ouverture.  Certaines des personnalités clefs des mouvements au Darfour n’étaient pas présentes à Syrte, a-t-il affirmé, ajoutant que toutes les parties doivent prendre conscience que saper le processus de paix aura un prix.  Le processus de paix au Darfour peut être considéré comme irréversible, a-t-il assuré.  L’Envoyé spécial a indiqué qu’au cours des deux prochaines semaines, M. Salim Ahmed Salim et lui-même resteraient en contact étroit avec les parties.  Une rencontre avec les partenaires régionaux est prévue le 4 décembre en Égypte afin de déterminer le cadre d’une éventuelle réunion selon le modèle d’Arusha et de pourparlers substantiels, a-t-il déclaré.  Le rôle des pays de la région est essentiel, a-t-il précisé.  Après cette réunion, M. Eliasson a dit envisager de se rendre au Soudan pour rencontrer les mouvements sur le terrain ainsi que d’autres parties prenantes.

M. Eliasson a conclu son exposé en assurant que nous devions tous demeurer confiant quant au potentiel que représente ce processus visant à aboutir à un accord de paix au Darfour.  Dans le même temps, il a estimé que le climat actuel était moins positif que celui de l’été dernier au moment de l’adoption de la résolution 1769 du Conseil de sécurité et des consultations réussies d’Arusha.  Des progrès sont possibles uniquement si les parties font montre de sérieux et de volonté politique et se consacrent à la paix, a-t-il dit, les exhortant à redoubler d’efforts en vue des pourparlers.  Nous ne devons pas les laisser faire dérailler le processus, a-t-il insisté. 

M. JEAN-MARIE GUÉHENNO, Secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de la paix, a estimé que la communauté internationale se trouvait à la croisée des chemins quant au déploiement de la Force hybride ONU-Union africaine au Darfour (MINUAD).  Il a souligné la fragilité de la situation sécuritaire et humanitaire en saluant les efforts du Représentant spécial conjoint, M. Rodolphe Adada, et du commandant de la Force, le général Martin Agwai, pour faire face à la situation dans le camp de déplacés de Kalma, dont le désarmement constituera un précédent pour assurer la sécurité dans les autres camps du Darfour.  Il a par ailleurs présenté les obstacles auxquels se heurte le déploiement de la MINUAD, qu’il s’agisse de la composition de la Force ou des lenteurs bureaucratiques.  Il a insisté sur les conséquences d’un échec à résoudre ces difficultés, ainsi que sur les problèmes rencontrés dans les discussions avec le Gouvernement du Soudan.

M. Guéhenno a rendu compte du déploiement des premiers éléments du module de soutien lourd à la Mission de l’Union africaine au Soudan (MUAS), notamment une unité de police bangladaise et du personnel d’ingénierie chinois.  Il a espéré que 75% des officiers de la Force puissent être déployés d’ici à la fin du mois de décembre.  Il a cependant déploré que, cinq semaines avant le transfert d’autorité prévu pour la fin de l’année, la MINUAD manque toujours de capacités de mobilité aérienne critiques, notamment 24 hélicoptères.  Il a prévenu que si ces unités manquantes n’étaient pas pourvues tout début 2008, il serait nécessaire de revoir le dispositif en requérant davantage de troupes.  Il a également envisagé la possibilité, en dernier recours, d’« emprunter » ces capacités à d’autres missions.

Concernant la composition de la Force, M. Guéhenno a expliqué que l’ONU et l’Union africaine avaient établi une liste respectant les critères de compétence, d’impartialité et le « caractère africain » de la Force, mentionnés dans la résolution 1769 (2007), transmise au Gouvernement du Soudan le 2 octobre.  Depuis cette date, aucune réponse directe n’a été fournie, mais le Gouvernement soudanais a exprimé des réserves sur certaines unités non africaines, notamment en provenance de la Thaïlande, du Népal et d’Europe du Nord, a-t-il dit.  « Il n’y a pas d’alternative à l’inclusion d’unités non africaines » a-t-il affirmé, en assurant avoir fait, avec l’Union africaine, des efforts sincères pour répondre aux inquiétudes soudanaises, notamment en accélérant le déploiement des bataillons éthiopiens et égyptiens.

Tout retard ou toute suspension dans le prédéploiement aura un impact négatif immédiat sur l’efficacité de la MINUAD, a prévenu M. Guéhenno, en déplorant les remarques de certains responsables soudanais remettant en cause l’approche adoptée par l’ONU et l’Union africaine pour le déploiement de la Force.  En l’absence de réponse formelle, ces remarques créent une sérieuse incertitude sur l’engagement du Gouvernement, a-t-il ajouté.  Le Secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de la paix s’est également inquiété du fait que les autorités n’aient toujours pas autorisé le déploiement d’hélicoptères à El Fasher et la permission de vols de nuit, et n’aient toujours pas finalisé la mise à disposition de terrains pour la Force.  Il a par ailleurs fait part de son étonnement face à la volonté exprimée par le Gouvernement soudanais de revoir la tenue des troupes de la MINUAD.

Estimant que les difficultés actuelles n’étaient pas le résultat d’incompréhensions ou d’un manque de consultations, M. Guéhenno a appelé les membres du Conseil de sécurité et les dirigeants régionaux à faire davantage pour persuader les autorités soudanaises d’appuyer le déploiement effectif de la MINUAD.  « Le Gouvernement du Soudan doit opérer un changement stratégique si nous voulons parvenir à notre objectif commun : la paix et la sécurité au Darfour et dans tout le Soudan », a-t-il déclaré.  En cas d’échec, a-t-il ajouté, la communauté internationale serait confrontée à des choix difficiles : faudrait-il alors poursuivre dans le déploiement d’une Force qui ne serait pas capable de faire la différence et n’aurait pas la capacité de se défendre, au risque d’humilier le Conseil de sécurité et les Nations Unies et d’aboutir à un échec tragique pour le peuple du Darfour. 

Rappelant l’accord sans condition du Président Omar el-Béchir, adressé au Conseil, à Khartoum, le 17 juin, et les assurances personnelles données par le Président El-Béchir à M. Ban Ki-moon lors de sa visite au Soudan, en septembre dernier, le Secrétaire général adjoint a regretté que ces engagements soient aujourd’hui remis en cause par les réticences du Gouvernement à faciliter les modalités pratiques du déploiement de la MINUAD.  Il a par ailleurs qualifié d’inacceptables les menaces proférées par des mouvements rebelles contre les éléments chinois de la force de paix.  Il a enfin estimé que la capacité à mettre fin aux souffrances du Darfour dépendait, en dernier recours, du processus politique. 

M. ABDALMAHMOOD ABDALHALEEM MOHAMAD (Soudan) a affirmé que la réunion d’Addis-Abeba avait été couronnée de succès, contrairement aux réunions précédentes qui, selon lui, manquaient de réalisme.  Il a indiqué que son gouvernement prenait très au sérieux les négociations de paix qui ont commencé à Syrte, le 22 octobre dernier.  Il a ainsi mentionné l’envoi à ces négociations d’une délégation soudanaise de haut niveau conduite par le vice-président, et précisé que le Gouvernement avait annoncé un cessez-le-feu immédiat et sans condition.  Un règlement pacifique et une solution négociée constituent la priorité et le choix du Soudan, a-t-il dit.  De l’avis du représentant, le résultat de la négociation ne saurait être une proposition ouverte, sans délai, sans date butoir.  Ce ne serait que céder à ces rebelles qui refusent la négociation et bloquent le processus de paix, a-t-il estimé.  M. Mohamad a engagé les négociateurs à aboutir à un plan très clair qui définirait les délais.  La reprise des négociations est d’une importance capitale, a-t-il affirmé.  Le représentant a espéré que les autorités nationales feront tout pour exercer les pressions nécessaires afin de garantir la participation des factions et des rebelles aux négociations, sinon, a-t-il ajouté, nous favoriserons le chaos et enverrons un mauvais signal.

Le représentant du Soudan a également salué les pays voisins qui n’ont épargné aucun effort visant à contribuer à une solution au Darfour.  Le Soudan, a-t-il dit, examine avec le même sérieux les exigences de la résolution 1769 (2007) qui autorise le déploiement d’une opération hybride ONU-Union africaine.  Le Gouvernement a déployé de nombreux efforts pour satisfaire à ses obligations, a-t-il assuré.  Le représentant a également espéré que le Secrétariat des Nations Unies intensifierait ses efforts au cours des prochains mois pour achever le dispositif d’appui léger et le dispositif d’appui renforcé.  Les résultats obtenus jusqu’à présent étaient en dessous des attentes et ne sont pas le fait du Soudan, a-t-il estimé.  Concernant le volet humanitaire, le représentant a indiqué que l’accord signé le 28 mars 2007 avait enregistré d’importants succès.  Cet accord a permis d’accroître les capacités de mobilisation et de fournir de l’aide à ceux qui en ont besoin grâce à un mécanisme accéléré, a-t-il expliqué.  Le représentant a souhaité que la visite du Coordonnateur des secours d’urgence de l’ONU, M. John Holmes, qui doit débuter demain, contribuera au renforcement de l’application de cet accord.  La situation humanitaire s’est considérablement améliorée, comme le prouvent les taux de nutrition et l’absence d’épidémie au Darfour, a-t-il ajouté.  S’agissant du développement et de la reconstruction, le représentant a espéré que des mesures concrètes seraient prises, y compris en accroissant les activités des fonds et programmes des Nations Unies.  Il a affirmé le ferme engagement du Soudan à parvenir à un règlement politique de la situation au Darfour.  Il a espéré que les négociations de Syrte reprendraient prochainement et que la communauté internationale respecterait ses obligations, en évitant de lancer des signaux mitigés qui pourraient avoir, selon lui, une influence négative sur ces négociations.  Il a enfin souhaité que l’on n’impute pas au Soudan des échecs dont sont responsables d’autres acteurs.

M. ZALMAY KHALILZAD (États-Unis) a estimé que le Gouvernement du Soudan devrait absolument apporter la preuve de son engagement à faciliter le déploiement immédiat de la Mission de maintien de la paix.  Il a déploré que cela ne soit pas le cas à l’heure actuelle, en évoquant une volonté délibérée des autorités de frustrer l’ONU et l’Union africaine et de freiner le déploiement de la MINUAD.  Affirmant que le Gouvernement du Soudan ne fasse pas preuve de bonne foi, M. Khalilzad a invité le Conseil à exiger davantage de coopération de la part de Khartoum.  Il a parallèlement souhaité que les groupes rebelles parviennent à une position commune, en invitant le Conseil à ne pas hésiter à se montrer sévère à l’égard de ceux qui restent à l’écart du processus de négociations politiques.  Il a également fermement condamné les menaces émanant de mouvements rebelles contre des éléments chinois de la Force hybride, rappelant qu’aucune menace à l’encontre de tout pays contributeur de troupes ne sera tolérée.

Déplorant le manque d’hélicoptères et d’unités de transport lourd, et rappelant que la mobilité était particulièrement cruciale pour ce type de missions, M. Khalilzad a invité les pays qui disposent de ces capacités à les mettre sans tarder à la disposition de la MINUAD.  Il a souhaité que les Nations Unies et l’Union africaine désignent un responsable de la médiation, chargé de superviser au quotidien le processus de paix, aux côtés des représentants spéciaux des deux organisations.  Il a déclaré en conclusion que ce n’est qu’en avançant sur tous les fronts à la fois que l’on pourrait parvenir à une paix durable au Darfour.

M. BASO SANGQU (Afrique du Sud) a reconnu que la situation au Darfour avait une incidence dévastatrice sur la situation humanitaire sur le terrain.  De l’avis de sa délégation, il existe une opportunité pour la paix grâce à des négociations politiques et au déploiement d’une force de maintien de la paix.  La solution au Darfour réside dans un règlement politique, a-t-il soutenu.  C’est l’Accord de paix d’Abuja qui constitue, selon lui, le cadre qu’il convient à un règlement pacifique du conflit.  Il s’est dit préoccupé de constater que certains des mouvements rebelles au Darfour aient décidé de rester en marge de la récente conférence de paix qui s’est tenue à Syrte.  Il a ainsi exhorté la communauté internationale à faire tout ce qu’elle peut pour garantir la participation de tous au processus de paix.  De même, a-t-il estimé, le Conseil de sécurité doit adopter une solution très ferme à l’encontre de ceux qui ne veulent pas participer aux négociations de paix et choisissent, au contraire, de s’engager dans des actions violentes contre des innocents au Darfour.  Le représentant a ajouté que les conditions devaient être créées pour que les populations qui en ont besoin puissent recevoir l’aide humanitaire.  Il a, par ailleurs, exhorté les Nations Unies et l’Union africaine à accélérer le processus pour que la passation de pouvoir entre la MUAS et la MINUAD puisse avoir lieu.

M. JOHN SAWERS (Royaume-Uni) a constaté que les chances d’une paix rapide étaient minces.  Il s’est dit particulièrement préoccupé des difficultés rencontrées dans les quatre domaines clefs que sont le processus politique, le déploiement de la Force hybride, la situation humanitaire et la lutte contre l’impunité.  Concernant les pourparlers entamés le mois dernier à Syrte, en Libye, il a estimé que la priorité devrait être donnée à la conclusion d’un accord de cessation des hostilités, qui serait supervisé par la Force hybride.  M. Sawers s’est félicité de la participation de représentants de la société civile aux pourparlers de Syrte, ajoutant que le processus, pour être inclusif et durable, ne pouvait pas se limiter aux chefs rebelles.

Le représentant a fait part de son inquiétude face aux progrès très lents et même aux retards dans le déploiement de la Force hybride, qui risquent de remettre en cause l’effectivité de la passation de pouvoirs de la MUAS à la MINUAD, prévue pour le 1er janvier 2008.  Il a estimé que le Gouvernement soudanais n’avait toujours pas prouvé sa disponibilité à mettre en œuvre dans les délais la résolution 1769 (2007) du  Conseil de sécurité.  Les tergiversations du Soudan ne font que compliquer l’immense défi auquel doivent faire face l’Union africaine et l’ONU dans la mise en place de cette Force hybride, a-t-il dit, ajoutant que l’exposé du représentant du Soudan ne le rassurait pas sur cette question.

Constatant que 400 000 personnes avaient été forcées de quitter leur foyer cette année au Darfour, M. Sawers a exhorté le Soudan à mettre fin aux restrictions imposées aux organisations humanitaires.  Il a par ailleurs estimé que la nomination au sein du Gouvernement d’une personne inculpée par la Cour pénale internationale était une insulte au Conseil de sécurité.  Il a souhaité que le Conseil soit prêt à prendre des mesures contre toute partie qui mettrait des obstacles à la paix.

M. WANG GUANGYA (Chine) a affirmé que son pays avait toujours considéré que le règlement de la crise au Darfour se ferait au prix du dialogue sur la base du principe de souveraineté et d’intégrité territoriale du Soudan.  La communauté internationale doit rester confiante et continuer de coopérer et profiter de l’impulsion constante observée jusque-là, tout en pesant de tout son poids pour que l’on progresse sur la voie d’un règlement au Darfour.  Il a souligné que la communauté internationale devrait suivre une démarche intégrée qui traite aussi bien des symptômes que des causes profondes du conflit.  En œuvrant en faveur de négociations, M. Eliasson doit avoir une vision politique qui tienne compte des causes profondes du problème, a-t-il dit.  Des mesures efficaces doivent être prises pour contraindre les groupes rebelles à participer aux négociations de paix aussi vite que possible, a-t-il souligné. 

La Chine, a indiqué son représentant, est heureuse de constater que des progrès ont été effectués dans le cadre du déploiement de la MINUAD.  Il s’agit d’une opération sans précédent, que ce soit par son envergure que par la situation extrêmement complexe où des groupes rebelles refusent de coopérer, a-t-il précisé.  Le représentant a souligné la nécessité de renforcer sans cesse la confiance mutuelle dans le processus d’interaction.  Avec la confiance politique mutuelle, une solution pourra être trouvée à tout problème technique, a-t-il estimé.  Le représentant a exhorté les parties à s’entendre aussi vite que possible sur tous les aspects du déploiement de la MINUAD.  Il s’est dit préoccupé par certaines observations faites par des groupes rebelles menaçant la sécurité des Casques bleus, et les a exhortés à coopérer avec l’ONU et à ne pas s’écarter du bon chemin.  De l’avis du représentant, la crise au Darfour trouve ses racines dans le développement.  La communauté internationale doit s’attacher aux problèmes sociaux et économiques du Darfour, a-t-il dit.  Il a rappelé que la Chine avait entrepris des efforts inlassables pour tenter de régler la crise au Darfour.  Elle a joué un rôle très dynamique dans les efforts de bons offices et a fourni à la population du Darfour l’assistance humanitaire et une aide très concrète dans l’agriculture ou l’éducation. 

M. VITALY CHURKIN (Fédération de Russie) a salué les efforts de MM. Salim Ahmed Salim et Jan Eliasson.  Ce qui importe, c’est que le processus de dialogue ait été lancé en Libye, a-t-il dit, en félicitant le Gouvernement soudanais pour le cessez-le-feu annoncé à Syrte.  Il s’est dit cependant particulièrement préoccupé par la position de nombreux groupes rebelles, qui refusent de participer au processus en cours et a souhaité que la communauté internationale continue à faire pression sur eux en leur montrant qu’ils ont plus à gagner à la paix qu’à la guerre.  Si l’on ne progresse pas sur le volet du dialogue entre les différentes parties au Darfour, il sera difficile d’enregistrer des avancées sur le volet humanitaire ou dans le déploiement de la Force hybride, a-t-il dit.  Il a regretté que la liste sur la composition de la Force, soumise par l’ONU et l’Union africaine n’ait toujours pas été approuvée par le Gouvernement du Soudan.  Il a espéré que les problèmes en suspens pour le déploiement de cette Force sans précédent puissent être résolus.  Il a enfin condamné les menaces contre des membres de cette Force.

M. JUSTIN BIABOROH-IBORO (Congo) a estimé, à la lumière du rapport du Secrétaire général, que le Darfour se trouvait à un moment décisif que les acteurs du conflit devraient pouvoir saisir, ce qui, a-t-il précisé, n’est pas toujours le cas.  Il s’est dit profondément préoccupé face aux nombreux problèmes qui perdurent, notamment le climat d’insécurité, la violation des droits de l’homme et du droit international humanitaire.  Le représentant a condamné le climat d’insécurité qui continue de prévaloir au Soudan, notamment sur l’ensemble du Darfour avec la persistance des attaques contre les civils, les personnels de la MINUS, de la MUAS et des institutions humanitaires.  Il a en particulier demandé la publication des résultats de l’enquête sur l’attaque du camp de la MUAS à Haskanita et l’assignation en justice des auteurs de ce crime, qu’il a jugé crapuleux. 

Le représentant a, de même, condamné toutes les tentatives visant à saper le processus de paix, notamment le refus de certains mouvements rebelles de participer aux négociations de Syrte, ainsi que les atermoiements des parties visant à compromettre le déploiement de la MINUAD.  Le représentant a estimé qu’il serait souhaitable que tous les efforts de paix se fassent sous la coordination des Nations Unies et de l’Union africaine afin de faire entendre la même voix à toutes les parties au conflit.  De l’avis du représentant, il conviendrait de mettre un accent particulier sur la mise en œuvre de l’Accord de paix global, en appelant au règlement des contentieux par le dialogue et à la reprise de la pleine participation du SPLM au Gouvernement d’unité nationale.  Tout éventuel recours à des sanctions devrait prendre en compte la règle de l’impartialité totale vis-à-vis des parties, a-t-il ajouté.  Le représentant a ajouté que le déploiement de la Force hybride ONU-Union africaine au Darfour était la seule garantie de restauration de la paix au Darfour.  Il n’y a pas d’autres alternatives, a-t-il dit.  C’est pourquoi, a-t-il estimé, il faudrait déployer une force robuste et crédible capable d’assurer efficacement la protection des civils et de garantir l’application des engagements pris. 

M. RICARDO ALBERTO ARIAS (Panama) a estimé que la réunion de Syrte avait été couronnée de succès, en tant que première étape des pourparlers de paix sur le Darfour.  Il a espéré que le processus puisse devenir plus inclusif à l’avenir.  Il a salué la déclaration du représentant du Soudan réaffirmant l’attachement de son pays au règlement du conflit du Darfour.  Le représentant du Panama a cependant regretté que les souffrances de l’ensemble de la population du Darfour n’aient pas été suffisamment prises en compte par son homologue soudanais, et qu’il n’ait pas apporté de réponses suffisamment précises sur les obstacles posés par les autorités soudanaises au déploiement de la Force hybride.  Il a prévenu en conclusion que, faute de progrès, le Conseil de sécurité pourrait être contraint de prendre des mesures tout à fait différentes de celles qui ont été prises jusqu’à présent.

M. JEAN-MAURICE RIPERT (France) a affirmé qu’il était de la responsabilité du Conseil de sécurité d’aider le Secrétariat des Nations Unies et l’Union africaine de tenir l’échéance prévue pour le transfert d’autorité de la MUAS à la MINUAD.  Il convient, a-t-il ajouté, de s’assurer que la nouvelle opération soit suffisamment robuste et dissuasive pour que le drame d’Haskanita ne puisse pas se reproduire.  Le représentant a également salué les pays qui ont d’ores et déjà accepté d’envoyer des troupes dans le cadre de la liste établie par l’ONU et l’Union africaine.  Il en a appelé aux pays qui pourraient fournir à la MINUAD les capacités spécialisées qui lui font encore défaut.  Le représentant a, de même, jugé qu’il n’était plus temps aujourd’hui pour les autorités soudanaises de traduire dans les faits l’accord donné en juin dernier.  Il s’agit aujourd’hui pour le Gouvernement soudanais de prendre ses responsabilités et de démontrer s’il accepte réellement, comme il s’y est engagé auprès du Conseil de sécurité, le déploiement de la force hybride.  L’heure n’est plus à la procrastination, a-t-il affirmé, notant qu’il en allait de la sécurité et du bien-être de centaines de milliers d’hommes, de femmes et d’enfants, mais aussi de la crédibilité et de l’efficacité du Conseil de sécurité dans sa capacité à préserver la paix et la sécurité internationales.  S’agissant du processus politique, il estimé qu’il était de la responsabilité de toutes les parties d’assurer le succès des négociations de Syrte, en respectant une cessation des hostilités et en participant aux pourparlers.  Il a exprimé le soutien de la France au choix des comédiateurs d’associer étroitement la société civile du Darfour au processus politique.  Il a enfin rappelé l’importance que son pays s’attachait à la lutte contre l’impunité qui, selon lui, ne saurait être négligée compte tenu de la gravité des crimes qui ont été commis au Darfour.

M. DUSAN MATULAY (Slovaquie) a espéré que le processus de Syrte débouche sur un règlement politique du conflit du Darfour.  Il a salué l’engagement conjoint de l’ONU et de l’Union africaine.  Estimant qu’il ne pouvait y avoir de solution militaire à la crise, il a appelé la communauté internationale à intervenir très rapidement.  Pour modifier le statu quo, la situation exige l’entière coopération de tous les acteurs soudanais, a-t-il dit.  Le représentant a lancé un appel aux parties pour qu’elles respectent leurs engagements concernant la protection des civils.  Souhaitant que les unités de transport et d’aviation qui font défaut à la MINUAD puissent être trouvées rapidement, M. Matulay a par ailleurs déploré la méfiance et les obstacles posés par les autorités soudanaises pour le déploiement de la Force hybride.  Il a notamment dénoncé la sélection de certains pays pour contribuer en troupes.  Il a enfin réitéré son appui aux enquêtes sur les crimes qui tombent sous le coup de la Cour pénale internationale et a dit attendre avec impatience l’exposé du Procureur de la CPI, le mois prochain, devant le Conseil de sécurité.

M. MARCELLO SPATAFORA (Italie) a affirmé que son pays partageait et appuyait l’évaluation faite par M. Jan Eliasson et la voie tracée pour l’avenir.  L’objectif du Conseil de sécurité serait de donner des atouts et un appui à l’Envoyé spécial du Secrétaire général dans cette entreprise.  Le représentant a également jugé très alarmant le constat dressé par le Secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de la paix, M. Jean-Marie Guéhenno, à un mois du transfert de pouvoir de la MUAS à la MINUAD.  L’enjeu n’est pas seulement les conditions de vie de la population, mais aussi la crédibilité de l’ONU et du Conseil de sécurité, a-t-il expliqué, notant que la presse envisageait le problème de cette manière.  Toutes les divergences, a estimé le représentant, doivent être aplanies dans les dix prochains jours si l’on veut que l’échéance soit respectée.  L’Italie, qui assurera le mois prochain la présidence du conseil de sécurité, entend inscrire en priorité cette question à l’ordre du jour du Conseil.  Il est du devoir du Conseil de sécurité de comprendre ce qui se passe, surtout lorsque l’on observe des positions diamétralement opposées entre le représentant du Soudan et le Secrétaire général adjoint.

M. LESLIE KOJO CHRISTIAN (Ghana) a dit attendre avec intérêt le prochain cycle de négociations après le lancement du processus politique sur le Darfour, le mois dernier, à Syrte en Libye.  La fragmentation des groupes rebelles n’est dans l’intérêt de personne, a-t-il affirmé.  Le représentant a fait remarquer que le nouvel élan en faveur du dialogue a été considérablement renforcé par la déclaration de cessez-le-feu annoncé par le Gouvernement du Soudan.  Le Ghana, a-t-il ajouté, salue cette décision et appelle les rebelles à suivre l’exemple et a participé activement au dialogue en vue de répondre aux causes profondes du conflit.  Concernant le déploiement de la Force hybride, il a regretté les retards constatés.  L’évolution récente de la situation offre la possibilité de progresser sur tous les fronts, a-t-il dit, ajoutant que seule une volonté politique suffisante permettrait des avancées décisives.

M. JOHAN VERBEKE (Belgique) a affirmé qu’il convenait de rechercher une solution politique au Darfour afin d’enrayer la violence.  Il a constaté avec regret que les nombreux efforts mis au service des pourparlers de paix au Darfour ne s’étaient pas encore traduits par des avancées concrètes dans la recherche d’une solution négociée.  Il existe un préalable indispensable au succès des négociations, à savoir la cessation stricte et immédiate des hostilités par toutes les parties, a-t-il dit.  En outre, un mécanisme de surveillance efficace doit, a-t-il estimé, accompagner le dépôt des armes.  Il incombe ensuite aux parties de s’engager pleinement, sans faux semblants, dans la recherche d’un compromis durable, a-t-il ajouté.  Il s’agit ici d’un devoir, d’une obligation prescrite par le Conseil de sécurité et non pas seulement de l’expression d’une bonne volonté, a-t-il dit.  Le représentant a souligné que son pays appelait instamment le Gouvernement du Soudan, ainsi que l’ensemble des mouvements rebelles, à s’impliquer sans plus attendre dans les négociations de paix, de même qu’à s’associer à leurs discussions toutes les composantes de la société civile, entre autres les chefs tribaux, les représentants des personnes déplacées, les mouvements des femmes.  Le représentant a, par ailleurs, déploré les retards qui se dessinent au niveau du déploiement du dispositif d’appui renforcé et de la MINUAD.  Les autorités soudanaises se doivent d’en faciliter au mieux la mise en œuvre, sans conditions, conformément notamment à la résolution 1769 (2007).

M. NASSIR ABDULAZIZ AL-NASSER (Qatar) a reconnu des difficultés dans le déploiement de la MINUAD mais a noté les progrès mentionnés par le Secrétaire général dans son rapport, notamment sur l’attribution de terrains et les facilités aériennes.  Il a salué la bonne volonté du Gouvernement soudanais dans ce domaine, en appelant à un dialogue et une coopération constructifs avec les autorités.  Évoquant les difficultés constatées à la Cinquième Commission de l’Assemblée générale sur l’approbation du budget de la MINUAD, il s’est interrogé sur les raisons des retards actuels.  Le représentant a notamment invité le Département des opérations de maintien de la paix à tenir ses engagements dans le soutien à la MUAS.  On ne saurait accuser qu’une seule partie et fermer les yeux sur la menace que représentent les mouvements rebelles pour les forces de maintien de la paix et le personnel humanitaire, a-t-il dit.  Le représentant a souhaité connaître les derniers développements de l’enquête sur l’attaque terroriste menée par certains mouvements rebelles contre une base de la MUAS à Haskanita, à la fin du mois de septembre.  Il a souhaité que le Conseil envisage des sanctions contre les mouvements rebelles qui entravent le processus de paix et prenne parallèlement des mesures de confiance envers le Gouvernement soudanais.

Mme ROMY TINCOPA(Pérou) a mis l’accent sur la nécessité pour la communauté internationale de persévérer pour mettre fin à la crise au Darfour et assurer la paix et la sécurité dans la région.  Il est nécessaire, a-t-elle dit, de réitérer aux parties que ce n’est que par la voie politique et le dialogue inclusif que l’on pourra parvenir à une solution viable au Darfour.  Elle a également souligné la nécessité que les médiateurs des deux organisations œuvrent de concert pour garantir la poursuite du processus.  Elle s’est dite convaincue qu’un processus de désarmement devrait avoir lieu, que les Janjaouites devaient s’y soumettre.  La communauté internationale doit le superviser et s’assurer de sa mise en œuvre, a-t-elle souligné.  De même, a-t-elle insisté, toutes les parties doivent être priées d’assurer un accès humanitaire entier et sans entrave.  Les parties au conflit doivent coopérer pleinement avec le Tribunal pénal international et son Procureur, a-t-elle ajouté.  La représentante a également estimé que le calendrier de la passation de pouvoir entre la MUAS et la MINUAD devrait être respecté.

M. MARTY NATALEGAWA (Indonésie) a approuvé la décision de la médiation d’accorder plus de temps aux rebelles du Darfour pour qu’ils puissent rejoindre le processus de paix lancé à Syrte.  Il a cependant estimé qu’un cessez-le-feu devrait être décrété dans les plus brefs délais.  Il a salué le rôle des pays de la région dans ce processus, aux côtés de l’ONU et de l’Union africaine.  Malgré les résultats mitigés du processus de paix, le représentant a souhaité que davantage de progrès soient enregistrés dans le déploiement de la MINUAD.  Il a espéré qu’un accord puisse intervenir le plus rapidement possible sur les questions techniques encore en suspens.  Il a par ailleurs appelé le Conseil à prendre des mesures contre les auteurs de l’attaque d’Haskanita, et a également jugé inacceptable les offensives contre les travailleurs humanitaires.

Reprenant la parole, l’Envoyé spécial du Secrétaire général pour le Darfour a affirmé, dans ses commentaires de clôture, qu’il était important de créer des conditions propices à la paix et au processus politique.  Il a établi un rapport entre la situation humanitaire, la situation sécuritaire et les pourparlers politiques.  Il faut examiner la situation dans son ensemble, a-t-il souligné.  Il a indiqué que depuis 11 mois, la situation qui prévaut dans les camps de réfugiés est la plus préoccupante.  C’est une situation de frustration et de colère, a-t-il témoigné.  M. Eliasson a également souligné la nécessité d’avoir, dans les négociations, la plus large participation possible.  Tous doivent assumer cette responsabilité, a-t-il assuré.  L’Envoyé spécial a aussi mis l’accent sur la nécessité de veiller à ce que le Gouvernement du Soudan soit véritablement un Gouvernement d’unité nationale.  La cessation des hostilités est également d’importance, a-t-il dit, regrettant une fois encore l’absence de certains mouvements aux négociations de paix.  M. Eliasson a enfin repris à son compte la proposition faite de nommer un responsable de la médiation qui agirait au nom des comédiateurs.  S’agissant de la mise en œuvre de sanctions, il a estimé qu’il n’était pas bon que les Envoyés spéciaux les encouragent ou les découragent.

Répondant à la question du représentant du Qatar sur les retards dans le déploiement du dispositif d’appui renforcé à la MUAS, le Secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de la paix a expliqué qu’il n’y avait pas une raison unique.  Dans certains cas, ce sont les pays contributeurs de troupes qui ne sont pas au rendez-vous, dans d’autres, c’est l’absence de coopération des autorités soudanaises, notamment dans la délivrance des visas, a-t-il dit.  M. Guéhenno a estimé que l’accumulation de ces retards risquait d’entraver le déploiement de la mission elle même.

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