CÔTE D’IVOIRE: LES MEMBRES DU CONSEIL DE SÉCURITÉ SE DISENT PRÉOCCUPÉS PAR LES RETARDS DANS LA MISE EN ŒUVRE DE L’ACCORD DE OUAGADOUGOU

22 octobre 2007
CS/9150

CÔTE D’IVOIRE: LES MEMBRES DU CONSEIL DE SÉCURITÉ SE DISENT PRÉOCCUPÉS PAR LES RETARDS DANS LA MISE EN ŒUVRE DE L’ACCORD DE OUAGADOUGOU

22/10/2007
Conseil de sécurité
CS/9150
Département de l’information • Service des informations et des accréditations • New York

Conseil de sécurité

5765e séance – matin

C ÔTE D’IVOIRE: LES MEMBRES DU CONSEIL DE SÉCURITÉ SE DISENT PRÉOCCUPÉS PAR LES RETARDS DANS LA MISE EN ŒUVRE DE L’ACCORD DE OUAGADOUGOU

Malgré la fragilité des acquis, l’espoir d’une paix durable

est à portée de main, déclare le Facilitateur pour le dialogue interivoirien

Les membres du Conseil de sécurité ont unanimement salué, ce matin, les progrès accomplis sur la voie de la paix en Côte d’Ivoire.  Le représentant du Qatar a évoqué « une occasion à saisir », son homologue de l’Indonésie s’est félicité de l’atmosphère politique positive.  Le représentant de la Côte d’Ivoire a remercié les membres du Conseil pour leurs encouragements.  Tous les intervenants se sont cependant inquiétés des retards dans la mise en œuvre de l’Accord politique de Ouagadougou qui a ouvert la voie, le 4 mars dernier, à la nomination de M. Guillaume Soro, au poste de Premier Ministre.  Le représentant du Congo a souligné la « fragilité » du processus de paix et celui de l’Italie a prévenu qu’un retour en arrière n’était pas exclu.

« En dépit des efforts inlassables du Gouvernement, le processus de paix demeure confronté à de nombreux défis », a résumé M. Abou Moussa, Représentant spécial adjoint du Secrétaire général.  Dans son dernier rapport sur l’Opération des Nations Unies en Côte d’Ivoire, M. Ban Ki-moon déplore les retards dans le démantèlement des milices, le désarmement des combattants et le processus électoral.  Il souligne également la précarité des progrès réalisés dans le domaine de la sécurité et la persistance des violations des droits de l’homme.  

« L’espoir d’une véritable paix durable est à portée de main », a déclaré M. Djibrill Bassole, Ministre des affaires étrangères du Burkina Faso, invité à participer au débat en tant que Facilitateur du dialogue interivoirien.  Il a indiqué qu’il soumettrait prochainement des propositions concrètes sur les grades et le quota d’éléments des Forces nouvelles devant intégrer la future armée unifiée, deux questions qui bloquent le processus de désarmement.  Il a par ailleurs souhaité que les opérations d’identification et d’inscription électorales soient achevées au premier semestre 2008.  Il s’est dit conscient de la fragilité des acquis et des difficultés qui subsistent et a appelé tous les acteurs ivoiriens à déployer tous les efforts nécessaires pour garantir des élections crédibles.

M. Jean-Marie Bockel, Secrétaire d’État chargé de la coopération et de la francophonie de la France, a lui aussi appelé les parties ivoiriennes à tenir leurs engagements et à établir un nouveau calendrier de sortie de crise, en estimant que les gestes symboliques constatés jusqu’à présent restaient insuffisants.  Tous les acteurs doivent afficher une plus grande volonté, a

renchéri le représentant de la Fédération de Russie.  Son homologue du Ghana a par ailleurs appelé la communauté internationale à continuer à soutenir la Côte d’Ivoire.  De nombreux orateurs ont également salué l’action de l’ONUCI qui, aux côtés du Ministre des affaires étrangères du Burkina Faso et Facilitateur chargé de l’arbitrage, joue un rôle de validation et de certification.

Les représentants du Royaume-Uni, de la Slovaquie, de la Belgique, de l’Indonésie, des États-Unis, du Qatar et du Panama ont exprimé leur préoccupation face aux violations des droits de l’homme dont faisait mention le Secrétaire général dans son rapport.  Le représentant de la Côte d’Ivoire a contesté le rapport sur ce point, en estimant qu’il était fondé sur des allégations plutôt que sur des faits vérifiables par tous.  Il a ainsi appelé les fonctionnaires de l’ONUCI à faire preuve de plus de rigueur.  Il a par ailleurs déploré que le Conseil n’ait toujours pas levé les sanctions individuelles ni allégé l’embargo sur les armes, deux mesures qui, a-t-il affirmé, sont soutenues par la CEDEAO et par l’Union africaine.  Notant que les projets de résolution concernant son pays étaient initiés par la délégation française, il a suggéré qu’on laisse désormais aux trois membres africains du Conseil de sécurité l’initiative des projets de résolution sur la Côte d’Ivoire. « Pourquoi la France s’acharne-t-elle donc sur la Côte d’Ivoire et certains de ses acteurs politiques », s’est-il interrogé en conclusion.

La séance publique du Conseil de sécurité devait être suivie de consultations privées sur la Côte d’Ivoire, puis d’une déclaration à la presse faite, au nom du Conseil, par le représentant du Ghana, qui le préside pour le mois d’octobre.

Outre le Représentant spécial adjoint du Secrétaire général pour la Côte d’Ivoire, le Ministre des affaires étrangères du Burkina Faso et le Secrétaire d’État chargé de la coopération et de la francophonie de la France, les représentants de l’Afrique du Sud, du Pérou, du Royaume-Uni, de la Slovaquie, de la Fédération de Russie, de la Belgique, de l’Indonésie, du Congo, de la Chine, des États-Unis, du Qatar, de Panama, de l’Italie, du Ghana et de la Côte d’Ivoire ont également pris la parole.

LA SITUATION EN CÔTE D’IVOIRE

Rapport du Secrétaire général sur l’Opération des Nations Unies en Côte d’Ivoire (S/2007/593)

Le climat politique positif qui règne en Côte d’Ivoire depuis la signature, le 4 mars 2007, de l’Accord de Ouagadougou, donne aux parties ivoiriennes la possibilité de progresser concrètement dans sa mise en œuvre, estime le Secrétaire général dans ce rapport.  Il déplore cependant les retards dans le démantèlement des milices, le désarmement des combattants et le processus électoral.  Il souligne également la précarité des progrès dans le domaine de la sécurité et la persistance des violations des droits de l’homme.  En conséquence, il recommande que les effectifs de l’Opération des Nations Unies en Côte d’Ivoire, dont le Conseil de sécurité avait demandé le réexamen du mandat dans sa résolution 1765 du 16 juillet 2007, soient maintenus à leur niveau actuel.

Daté du 1er octobre 2007, ce quatorzième rapport du Secrétaire général sur l’ONUCI, recense les événements survenus depuis le 14 mai 2007.  M. Ban Ki-moon félicite le Président Laurent Gbagbo et le Premier Ministre Guillaume Soro de leur détermination affichée à poursuivre l’application de l’Accord de Ouagadougou, au lendemain de l’attentat du 29 juin contre le Premier Ministre à l’aéroport de Bouaké qu’il qualifie de grave atteinte au processus de paix ayant compromis un climat positif.  Il annonce qu’une équipe avancée des Nations Unies va se rendre sur place pour étudier la mise en place d’une enquête internationale indépendante, demandée par le Président Gbagbo.  Il regrette également les attaques et pillages lancés par des membres de la Fédération estudiantine de Côte d’Ivoire, notamment contre des organisations de défense des droits de l’homme.  Il note par ailleurs une amélioration de la situation en matière de sécurité dans l’ouest, grâce au lancement d’unités de police mixtes et une détérioration dans le nord, où des éléments des Forces nouvelles continuent à extorquer des fonds, faute de recevoir un salaire régulier.

Le climat politique d’ensemble est resté généralement favorable, écrit le Secrétaire général, en saluant les efforts de réconciliation, dont témoigne notamment la visite du dirigeant des Jeunes patriotes, M. Charles Blé Goudé, au siège des Forces nouvelles à Bouaké le 10 juin.  Prenant acte des réserves exprimées par les partis politiques d’opposition après la fin du mandat du Haut représentant pour les élections, décidée par le Conseil de sécurité dans sa résolution 1765 (2007), il assure que l’ONU continuera à jouer pleinement son rôle de certification des élections.  La résolution n’a fait que transférer ce rôle du Haut Représentant pour les élections à mon Représentant spécial; elle ne l’a pas diminué, affirme-t-il.

Le Secrétaire général se dit vivement préoccupé par le non-respect des délais fixés, qui ralentit la mise en œuvre et pourrait même compromettre la bonne application de l’Accord de Ouagadougou.  Il demande donc instamment au Premier Ministre Soro et au Président Gbagbo de prendre les mesures nécessaires pour donner un nouvel élan à l’application de cet Accord, en fixant des échéanciers précis, notamment pour la mise en place du centre de commandement intégré et le déploiement d’unités de police mixtes, chargées de maintenir l’ordre dans la zone de confiance à mesure que l’ONUCI s’en retire.  Il constate qu’il n’y a eu aucun progrès vers l’unification des Forces de défense et de sécurité de Côte d’Ivoire et des Forces nouvelles.  Il déplore également les retards dans le démantèlement des milices et dans le programme de désarmement, démobilisation et réintégration des combattants.

Notant que les audiences foraines ont été suspendues peu après leur lancement officiel le 25 septembre, il estime que les retards dans le processus d’identification empêchent, par voie de conséquence, de commencer l’inscription des électeurs sur les listes.  Il prend acte, cependant, des propos du Président de la Commission électorale indépendante, M. Mambé Beugré, sur la possibilité d’organiser le premier tour de l’élection présidentielle avant octobre 2008.  La persistance des violations des droits de l’homme est extrêmement préoccupante, bien que ces violations aient atteint un degré d’intensité moindre qu’avant la signature de l’Accord de Ouagadougou, écrit-t-il par ailleurs.

Concernant le réexamen du mandat de l’ONUCI, le Secrétaire général recommande, compte tenu des progrès très limités dans la réalisation des deux objectifs prioritaires du désarmement et du rétablissement de l’administration publique, que les effectifs soient maintenus à leur niveau actuel, c'est-à-dire 8 039 hommes pour la composante militaire et 1 098 pour la composante police.  Il assure le Conseil de Sécurité qu’il fournira d’autres recommandations dans son prochain rapport, en janvier 2008, en fonction des progrès réalisés d’ici là.  Il salue en conclusion l’action inlassable menée par le Président du Burkina Faso, M. Blaise Compaoré, pour faciliter l’application de l’Accord de Ouagadougou.

Déclarations

M. ABOU MOUSSA, Représentant spécial adjoint du Secrétaire général pour l’Opération des Nations Unies en Côte d’Ivoire, a indiqué que l’engagement continu des dirigeants ivoiriens pour s’approprier le processus de paix avait permis de progresser dans la mise en œuvre de l’Accord politique de Ouagadougou.  Il a estimé que la situation dans le domaine de la sécurité était stable mais fragile.  Il a noté les progrès accomplis dans le démantèlement graduel de la zone de confiance, où se déploient des brigades mixtes, permettant aux troupes de l’ONUCI de se redéployer, avec l’établissement, à ce jour, de 17 postes d’observation.  Il s’est également félicité que le Centre de commandement intégré soit désormais opérationnel, suite à l’accord intervenu entre le Premier Ministre et les chefs d’état-major des Forces de défense et de sécurité de Côte d’Ivoire et des Forces nouvelles.

Sur le plan politique, le Représentant spécial adjoint a salué le lancement, en septembre, des audiences foraines, prélude important, selon lui, au processus d’identification.  Il a indiqué que 20 des 25 équipes prévues pour la phase initiale des audiences foraines étaient désormais opérationnelles et qu’au 18 octobre, 3 400 demandes de certificats de naissance avaient été enregistrées.  Il s’est également félicité du niveau de participation satisfaisant, après des débuts très faibles.  Concernant le rétablissement de l’autorité de l’État, le Représentant spécial a noté que 22 préfets, 27 secrétaires généraux et 107 sous-préfets avaient été déployés au 18 octobre. 

En dépit des efforts inlassables du Gouvernement, le processus de paix demeure confronté à nombre de défis sérieux, a affirmé M. Moussa.  La restructuration des forces armées, a-t-il estimé, est cruciale pour concrétiser et renforcer la réunification du pays.  Il a indiqué que le Facilitateur allait soumettre prochainement au Président Laurent Gbagbo et au Premier Ministre Guillaume Soro des propositions concrètes sur les questions des grades et des quotas d’éléments des Forces nouvelles devant intégrer l’armée unifiée.  Il a espéré que cela relancerait le désarmement, dont il a noté qu’il n’avait pas démarré effectivement après les cérémonies symbolique de Guiglo le 19 mai et de Bouaké le 30 juillet.  Il a invité les parties ivoiriennes à faire preuve de détermination pour respecter les échéances fixées, afin d’encourager les donateurs, indispensables pour accompagner le processus de paix. 

Le Représentant spécial adjoint s’est félicité du partenariat très positif entre les Nations Unies et le Facilitateur, qui permet notamment d’identifier les risques et les défis à venir et d’explorer les moyens de les surmonter.  Il a souhaité une meilleure synergie entre le rôle d’arbitrage du Facilitateur et la fonction de validation et de certification de l’ONUCI.   Pour que le processus de paix devienne irréversible, il faut accorder une attention particulière aux questions politiques et militaires, a-t-il estimé.  M. Moussa a également prôné la mise en place de dispositions pragmatiques entre les acteurs ivoiriens et leurs partenaires internationaux. 

M. DJIBRILL Y. BASSOLE, Ministre des affaires étrangères du Burkina Faso, s’exprimant en tant que Facilitateur du Dialogue direct interivoirien, a noté que l’Accord politique de Ouagadougou, signé le 4 mars 2007 sous les auspices de son pays, avait entraîné un changement fondamental dans la situation politique en Côte d’Ivoire.  Outre l’apaisement du climat, il a cité la réunification du pays, par la suppression de la zone de confiance et par le redéploiement de l’administration sur l’ensemble du territoire national.  Les tensions militaires et politiques ont cédé le pas à un véritable dialogue, qui ouvre la voie à la réconciliation nationale, a-t-il déclaré.

La mise en œuvre des programmes de désarmement et de démantèlement des milices n’était pas satisfaisante, a admis M. Bassole, tout en se félicitant que les ex-forces belligérantes ne fassent plus usage de leurs armes dans le débat politique.  Il a également assuré que le Facilitateur s’efforçait de fixer les modalités de l’intégration militaire (effectifs et grades).  Il a également noté le retard pris dans l’identification et le processus électoral.  Il a cependant estimé que ce retard ne témoignait pas d’une mauvaise volonté des acteurs, mais de la complexité des opérations et de l’insuffisance des ressources financières et des problèmes de sécurité, illustrés par l’attentat du 29 juin contre le Premier Ministre Guillaume Soro.

M. Bassole s’est félicité de la large appropriation du processus de paix, aussi bien par les acteurs politiques que par la société civile, les médias et les populations elles-mêmes, comme en témoignent la cérémonie de la flamme de la paix organisée à Bouaké le 30 juillet et le lancement officiel, le 25 septembre, des audiences foraines, précédé par le redéploiement des magistrats et des préfets dans le nord du pays.  Il a également salué le rôle du Comité d’évaluation et d’accompagnement (CEA) et la présence effective, depuis le 10 septembre, du Représentant spécial du Facilitateur en Côte d’Ivoire qui, a-t-il annoncé, disposera bientôt d’une équipe d’experts.

« La Côte d’Ivoire a encore, j’en suis persuadé, besoin du concours de la communauté internationale et plus particulièrement du Conseil de sécurité », a affirmé le Ministre des affaires étrangères du Burkina Faso, en soulignant le rôle important des Nations Unies, notamment à travers les fonctions de certification du Représentant spécial du Secrétaire général et l’action rassurante des forces impartiales de l’ONUCI et de la Licorne.  Il a salué la nomination de M. Choi Young-jin comme nouveau Représentant spécial pour la Côte d’Ivoire.

Le Ministre a demandé au Conseil de sécurité d’accompagner le Président et le Premier Ministre de la Côte d’Ivoire pour qu’ils puissent créer les conditions d’une élection démocratique, juste et apaisée.  Il a souhaité que les opérations d’identification et de recensement électoral soient achevées au premier semestre 2008.  Il s’est dit conscient de la fragilité des acquis et des difficultés qui subsistent et a appelé tous les acteurs ivoiriens à tout faire pour garantir des élections crédibles.  « L’espoir d’une véritable paix durable est à portée de main », a-t-il conclu, en assurant le Conseil que son pays, en tant que Facilitateur, n’épargnerait aucun effort pour continuer à accompagner les Ivoiriens vers la paix.

M. JEAN-MARIE BOCKEL, Secrétaire d’État chargé de la coopération et de la francophonie de la France, a estimé que le processus formalisé entre le 4 et 6 mars 2007, avec la signature de l’Accord politique de Ouagadougou et de l’accord complémentaire avait conduit à de premiers progrès, citant, par exemple, le démantèlement de la zone de confiance, remplacée par une série de postes d’observation de l’ONUCI.  Par ailleurs, des gestes symboliques ont été effectués par les parties ivoiriennes, pour marquer le lancement des audiences foraines, le début du désarmement des milices, la restauration de l’autorité de l’État dans l’ensemble du pays ou encore la création d’un centre de commandement intégré pour mieux coordonner des forces de sécurité, autrefois concurrentes.  Selon le Secrétaire d’État, ces progrès sont toutefois insuffisants.  Les parties ont pris un important retard dans l’application de l’Accord, a-t-il ainsi souligné.  Il doit, selon lui, exister une perspective claire et irréversible pour la tenue d’élections présidentielle et législatives ouvertes, libres, justes et transparentes, conformément aux normes internationales.  Cet objectif suppose que les parties ivoiriennes tiennent leurs engagements et établissent un nouveau calendrier qui mène la Côte d’Ivoire vers la sortie de crise, a-t-il dit. 

Le Secrétaire d’État a également affirmé que la priorité devait être accordée à court terme au processus d’identification des populations.  Il reviendra au Représentant spécial du Secrétaire général de certifier toutes les étapes du processus électoral sur lequel s’appuie le retour à la paix civile, a-t-il précisé.  Chacune des étapes du processus électoral est importante, a-t-il assuré.  Il est urgent que les parties progressent rapidement dans le déploiement à grande échelle des audiences foraines, que celles-ci soient constituées avec le personnel prévu et qu’elles bénéficient de la protection nécessaire, a-t-il poursuivi.  Le Secrétaire d’État a par ailleurs jugé essentiel que le Conseil de sécurité maintienne son soutien à la Côte d’Ivoire dans cette période de transition.  Il a estimé nécessaire de conserver le mandat des forces impartiales, ainsi que le niveau des troupes de l’ONUCI tel qu’il a été défini en juillet dernier.

M. DUMISANI KUMALO (Afrique du Sud) a estimé que la signature de l’Accord politique de Ouagadougou était historique.  L’Afrique du Sud demeure optimiste, a-t-il dit, jugeant que toutes les parties avaient manifesté la volonté politique nécessaire pour faire avancer le processus et s’en tenir au calendrier convenu.  Le représentant a donné également raison au Premier Ministre Soro.  Ce dernier a assuré qu’il s’engageait à préserver la crédibilité du processus électoral qu’il considérait comme étant plus important que le respect de calendriers stricts.  L’Afrique du Sud, a-t-il ajouté, se félicite de l’établissement d’un centre de commandement intégré, le déploiement d’unités de police mixtes et le lancement d’audiences foraines, ainsi que le travail initial réalisé avec l’identification et l’inscription des électeurs, le désarmement et le démantèlement des milices, le programme de désarmement, de démobilisation et de réintégration, de même que le rétablissement de l’autorité de l’État dans le pays.  Le représentant a, par ailleurs, lancé un appel à la communauté internationale et aux donateurs pour qu’ils continuent de donner un appui matériel et technique à la Côte d’Ivoire et pour assurer la pleine mise en œuvre de l’Accord politique de Ouagadougou. 

M. JORGE VOTO-BERNALES (Pérou) a estimé que l’Accord politique de Ouagadougou avait constitué un jalon historique de premier plan.  Hélas, sept mois après la signature de cet Accord, le Pérou est préoccupé par le fléchissement politique observé et par le fait que les délais fixés ont été prorogés.  Il a mis l’accent sur le problème de gestion des institutions nationales.  Le représentant a jugé important d’appuyer le Centre de commandement intégré, ainsi que le déploiement d’unités de police mixtes.  Ces difficultés ne sauraient constituer un obstacle insurmontable pour assurer le processus de paix, a-t-il estimé.  Il a également jugé urgent que soient notamment mis en œuvre le processus de désarmement, de démobilisation et de réintégration, l’unification des forces de sécurité et de police, le rétablissement de l’autorité de l’État.  Ce processus devra, selon lui, se poursuivre par la tenue d’élections.  Le représentant a lancé un appel à la communauté internationale pour qu’elle apporte sa contribution sur le plan logistique et pour renforcer les capacités nationales, citant en particulier le Centre de commandement intégré et les unités de police mixtes. 

Mme KAREN PIERCE (Royaume-Uni) a félicité le Burkina Faso pour son élection au Conseil de sécurité et a salué la nomination du nouveau Représentant spécial.  L’Accord de Ouagadougou, a-t-elle déclaré, est la meilleure chance pour le rétablissement d’une paix durable en Côte d’Ivoire, a-t-elle déclaré.  Elle a cependant fait part de sa préoccupation face aux retards constatés dans l’application de l’Accord.  Elle a souligné la nécessité de garantir des élections justes et libres, de fournir un nouvel élan aux audiences foraines, d’intégrer les Forces nouvelles au sein de l’armée et de démobiliser les milices.  La représentante s’est également inquiétée de la poursuite des violences et des violations des droits de l’homme et a déploré la persistance de la culture de l’impunité, demandant à l’ONUCI de renforcer son action dans ce domaine.

M. PETER BURIAN (Slovaquie) a affirmé, qu’en dépit des événements positifs observés en Côte d’Ivoire depuis la signature de l’Accord politique de Ouagadougou, son pays demeurait préoccupé par le fait que le processus semblait perdre de son élan.  Le représentant a souligné que la crédibilité du processus électoral est absolument essentielle pour assurer le succès de ces élections et la stabilité du développement postélectoral en Côte d’Ivoire.  Cette crédibilité ne pourra être réalisée, a-t-il précisé, grâce à un processus véritablement inclusif, permettant une participation juste et équilibrée de toutes les forces politiques.  Le représentant s’est en outre dit préoccupé par les progrès limités constatés dans l’unification et la restructuration des forces armées ivoiriennes.  L’unification et la restructuration du secteur de la sécurité ivoirienne est également importante pour la réconciliation nationale, la réunification du pays et l’exercice effectif de l’autorité de l’État dans tout le pays, en particulier dans l’Est et l’Ouest.  Il s’est dit déçu de constater que l’amélioration du climat politique ne s’était pas traduite dans la vie quotidienne des citoyens ivoiriens, notamment dans le domaine des droits de l’homme qui continuent d’être violés.  Étant donné les circonstances sur le terrain, le représentant a réaffirmé le soutien continu de son pays à la présence des forces impartiales en Côte d’Ivoire (ONUCI et Licorne), conformément à leur mandat et à leurs niveaux d’effectifs actuels. 

M. KONSTANTIN K. DOLGOV (Fédération de Russie) a souhaité que les effectifs de l’ONUCI soient maintenus à leur niveau actuel.  Il a condamné toute tentative de déstabilisation du processus de paix, estimant que l’attentat contre le Premier Ministre témoignait de la présence dans le pays de forces destructrices.  Le représentant a salué le déploiement de forces de police mixtes et la mise en place de postes d’observation de l’ONUCI.  Il a cependant regretté les retards qui ont été constatés dans la mise en œuvre de l’Accord politique de Ouagadougou, en invitant les parties ivoiriennes à faire preuve de beaucoup plus de volonté dans les domaines du désarmement, de l’établissement des registres d’état civil et du redéploiement de l’administration.  Il a appelé la communauté internationale à fournir l’aide nécessaire pour la tenue, en temps voulu, d’élections démocratiques et crédibles.  Il a enfin souligné le rôle important de l’ONUCI dans le processus de paix.

M. JOHAN VERBEKE (Belgique) a réitéré son soutien à l’Accord politique de Ougadougou.  Malgré des développements positifs intervenus ces derniers mois, le processus de paix en Côte d’Ivoire reste fragile, a-t-il souligné.  Le représentant s’est déclaré préoccupé par les retards sérieux constatés dans la mise en œuvre de l’Accord.  Il appartient aux Ivoiriens de veiller à la mise en œuvre rapide et complète des dispositions clefs de l’Accord, a-t-il affirmé.  Il s’agit ainsi tout particulièrement des opérations d’identification devant mener à des élections irréprochables, des opérations de désarmement, de démobilisation et de réintégration ainsi que du désarmement des milices.  Le représentant a aussi exprimé sa préoccupation face aux allégations persistantes de violations des droits de l’homme, notamment celles dont sont victimes les femmes et les enfants.  Toutefois, depuis la signature de l’Accord politique de Ouagadougou, des progrès ont été réalisés, a-t-il constaté. 

M. MARTY M. NATALEGAWA (Indonésie) s’est dit conscient de l’atmosphère politique positive qui règne en Côte d’Ivoire depuis la signature de l’Accord politique de Ouagadougou.  Il a toutefois regretté les incidences que pourraient engendrer les retards enregistrés dans la mise en œuvre des importantes tâches répertoriées dans cet Accord, citant en particulier le désarmement et le démantèlement des milices, le désarmement des combattants, le processus d’identification de la population, le rétablissement de l’autorité de l’État dans tout le pays, la préparation du recensement électoral, l’unification des forces armées et le respect des droits de l’homme.  Le représentant a également mis l’accent sur la nécessité de répondre aux besoins en matière de planification, de financement et de logistique pour garantir une mise en œuvre accélérée et soutenue de l’Accord.  Un soutien continu de la part de la communauté internationale pour un renforcement des capacités est, à ce titre, essentiel, a-t-il poursuivi.  Il a également souligné le rôle essentiel du Gouvernement de la Côte d’Ivoire dans la mise en œuvre de l’Accord.  De même, a-t-il estimé, un appui international continu au renforcement des conditions de sécurité, par le biais de l’ONUCI, est indispensable.  Le représentant s’est enfin dit préoccupé par les rapports faisant état de traite d’enfants.  Il faut, a-t-il souligné, appuyer les efforts en faveur d’un renforcement des capacités nationales pour s’attaquer à ce problème.

M. LUC JOSEPH OKIO (Congo) a estimé que l’attentat commis à Bouaké, le 29 juin 2007, contre le Premier Ministre Guillaume Soro, qui a fait plusieurs victimes, était à prendre en compte quant à la fragilité de la sécurité dans le pays, de même que celle de l’Accord de Ouagadougou.  Il a estimé que la mise en œuvre de l’Accord de Ouagadougou avait connu un ralentissement du fait du non-respect des délais fixés et de la capacité limitée des institutions nationales chargées de la réalisation de tâches essentielles, notamment le démantèlement des milices, le désarmement des ex-combattants, le redéploiement de l’administration de l’État dans l’ensemble du pays et l’identification de la population.  Selon lui, l’application de l’Accord se heurte aussi à certaines difficultés inhérentes à la nature même de la crise et aux financements des différentes opérations.  Le représentant a rappelé que le Fonds monétaire international avait versé, au début du mois d’août, les fonds prévus au titre de la première phase de son programme d’assistance d’urgence après conflit et que la Banque mondiale avait adopté le programme d’assistance après conflit.  Il incombe au Gouvernement ivoirien de satisfaire certaines exigences, notamment en prenant des mesures nécessaires fixant les échéanciers et les points de référence concrets sur la mise en œuvre de l’Accord de Ouagadougou afin que ces fonds soient déboursés, a-t-il ajouté.  Le représentant a par ailleurs indiqué que son pays appuyait la recommandation du Secrétaire général de maintenir le mandat et les effectifs actuels de l’ONUCI.

M. DU XIACONG (Chine) a salué l’amélioration de la situation en matière de sécurité en Côte d’Ivoire.  Il a souligné le rôle positif que joue le Président Blaise Compaoré, en tant que Facilitateur.  Il a cependant regretté que le processus de paix connaisse des retards.  C’est pourquoi, il a appelé tous les acteurs ivoiriens à progresser dans les domaines du désarmement, de la reconstruction, de l’inscription des électeurs et de l’identification, afin de créer les conditions favorables pour la tenue des prochaines élections.  Le représentant a enfin souhaité que les Nations Unies renforcent leur coopération avec l’Union africaine et avec la CEDEAO, afin d’accompagner le processus de paix en Côte d’Ivoire.

Mme JACKIE WOLCOTT SANDERS (États-Unis) a estimé que les audiences foraines ne fonctionnaient pas dans tout le pays.  Elle a ainsi exhorté le Gouvernement de la Côte d’Ivoire à accélérer le développement de ce processus le plus rapidement possible.  La représentante a regretté la lenteur du rythme d’application du processus de démobilisation, de démantèlement et de réintégration des ex-combattants.  Elle a ajouté que son pays condamnait l’attaque perpétrée le 29 juin dernier contre le Premier Ministre Guillaume Soro, qui a fait plusieurs victimes.  Les auteurs de cette attaque, a-t-elle souligné, doivent être traduits en justice.  Préoccupée par les violations des droits de l’homme contre les civils commises dans le pays, la représentante s’est dite encouragée par un nouveau projet de loi qui établirait un programme de lutte contre la traite, en coopération avec des ministères du pays et des organisations internationales, telles que l’Organisation internationale pour les migrations (OIM).  Elle a enfin indiqué que les États-Unis appuieraient le projet de déclaration à la presse distribuée par la délégation française. 

M. NASSIR ABDULAZIZ AL-NASSER (Qatar) a estimé que l’Accord politique de Ouagadougou constituait un tournant dans la crise ivoirienne et une occasion à saisir.  Il a salué les mesures symboliques telles que la cérémonie de la flamme de Bouaké, ainsi que les avancées concrètes, comme la mise en place du Centre de commandement intégré, la suppression de la zone de confiance remplacée par une ligne verte ou encore le lancement du processus d’identification.  Notant les retards dans le désarmement, la mise en place d’une armée intégrée et le rétablissement de l’autorité de l’État dans l’ensemble du pays, il a invité tous les acteurs ivoiriens à agir sans délai pour surmonter les obstacles identifiés par le Secrétaire général dans son rapport, avec soutien de l’ONUCI et des forces françaises de l’opération Licorne.

Le représentant a estimé que l’embargo sur l’importation d’armes et les sanctions ciblées devaient être strictement respectés.  Il a souligné par ailleurs la nécessité de répondre à la détérioration de la situation humanitaire en appelant la communauté internationale à appuyer le développement économique du pays pour la période postconflit.  Il a également souhaité qu’une attention particulière soit apportée à la situation des droits de l’homme, alors que les populations civiles continuent à subir des comportements abusifs, aussi bien de la part des Forces de défense et de sécurité gouvernementales que de la part des Forces nouvelles.

M. GIANCARLO SOLER TORRIJOS (Panama) a affirmé que l’évolution positive de la situation constatée en Côte d’Ivoire témoignait de la collaboration et de la coordination dans les efforts en vue de la pacification et de la prévention des conflits.  L’Accord politique de Ouagadougou, fruit de négociations directes entre les parties, représente une tentative importante d’unification de la Côte d’Ivoire et pour mettre fin au conflit, a-t-il estimé.  L’Accord politique de Ouagadougou intègre les réponses locales des parties en question et a créé une nouvelle dynamique d’appropriation de la question, a-t-il assuré.  Le représentant a néanmoins mis l’accent sur la nécessité de l’appui des Nations Unies et de la communauté internationale.  Il faut de toute urgence appuyer la réforme complète du secteur de la sécurité, le rétablissement de l’autorité de l’État sur tout le territoire et l’amélioration de la situation des droits de l’homme, a-t-il poursuivi. 

M. MARCELLO SPATAFORA (Italie) a assuré la Côte d’Ivoire de l’appui déterminé de la communauté internationale.  Il a souligné la vulnérabilité de la situation actuelle qui, a-t-il dit, n’exclut pas un possible retour en arrière.  Il a noté avec satisfaction que les retards constatés n’étaient pas liés à la mauvaise volonté des acteurs.  Il a salué le rôle de facilitation joué par le Burkina Faso, qui devrait servir d’exemple dans d’autres situations.  Le représentant a estimé que le Conseil de sécurité ne devrait pas hésiter à témoigner de sa confiance au processus de paix en Côte d’Ivoire.  « Nous ne sommes pas naïfs », a-t-il déclaré, tout en se félicitant de l’appui apporté par la population ivoirienne au processus en cours.  Il a souhaité que l’ONU organise une réunion sur les aspects économiques et humanitaires de la situation en Côte d’Ivoire, afin de préparer dès maintenant la phase de reconstruction postconflit.

M. LESLIE KOJO CHRISTIAN (Ghana) a estimé que l’enthousiasme et la confiance exprimés par la communauté internationale au moment de la signature de l’Accord politique de Ouagadougou montrait qu’il y avait le début d’un processus de paix réel, mais il s’est dit préoccupé par les retards enregistrés dans sa mise en œuvre.  Le représentant a mis l’accent sur la nécessité d’unifier les forces de l’armée et les forces nouvelles, afin de les absorber dans ce processus.  Il faut que ce processus puisse aller de l’avant et qu’il retrouve sa dynamique précédente, a-t-il dit.  Le représentant a également lancé un appel à la communauté internationale pour qu’elle apporte son appui matériel et logistique à la Côte d’Ivoire.  Le Ghana, a-t-il ajouté, appuie les recommandations du Secrétaire général en faveur du maintien des effectifs actuels de l’ONUCI. 

M. ALCIDE DJEDJE (Côte d’Ivoire) a salué les déclarations encourageantes des membres du Conseil de sécurité sur l’évolution de la situation dans son pays.  Il a par ailleurs contesté certains passages du rapport du Secrétaire général, concernant les allégations de violations des droits de l’homme.  Estimant que ce type de rapport constituait un document de référence étayé sur des faits précis, il a demandé solennellement aux fonctionnaires de l’ONUCI de faire preuve de plus de rigueur dans la rédaction de leurs rapports.  « Il y va de la réputation d’un État et de tout un peuple, qui sont prêts à corriger leurs fautes pourvu que celles-ci soient basées sur des faits vérifiables par tous », a-t-il affirmé.  Il a indiqué qu’il recevait lui-même des informations faisant état de corruption de certains « officiels de l’ONUCI, notamment de la division des droits de l’homme, mais qu’il n’avait jamais fait figurer ces informations dans un document officiel.

M. Djedje a par ailleurs déploré que, huit mois après la signature de l’Accord politique de Ouagadougou, aucune des recommandations qu’il contient sur la levée des sanctions individuelles et sur l’allégement de l’embargo sur les armes n’ait été exécutée.  « Au contraire, c’est un projet de résolution anachronique demandant la prorogation des sanctions pour une année supplémentaire qui circule en ce moment » a-t-il affirmé.  La guerre est terminée en Côte d’Ivoire », a-t-il tenu à rappeler, en estimant que le contexte qui avait mené à l’adoption de sanctions avait totalement changé.  Notant que les projets de résolution sur son pays étaient initiés par la délégation française et rappelant que la paix était venue des fils et des filles de Côte d’Ivoire avec la facilitation d’un chef d’État de la sous-région et le soutien de toute l’Afrique, M. Djedje a suggéré qu’on laisse désormais aux trois membres africains du Conseil de sécurité l’initiative des projets de résolution sur la Côte d’Ivoire.

« Pourquoi la France s’acharne-t-elle donc sur la Côte d’Ivoire et certains de ses acteurs politiques? », s’est-il demandé.  « L’objectif est-il de les punir? », s’est-il encore interrogé, en rappelant que la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et l’Union africaine, qui étaient à l’origine des sanctions en 2004, en demandaient aujourd’hui la levée. 

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À l’intention des organes d’information • Document non officiel
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