LES CRISES AFRICAINES AU CŒUR D’UNE RÉUNION AU SOMMET DU CONSEIL DE SÉCURITÉ

25 septembre 2007
CS/9128

LES CRISES AFRICAINES AU CŒUR D’UNE RÉUNION AU SOMMET DU CONSEIL DE SÉCURITÉ

25/09/2007
Conseil de sécurité
CS/9128
Département de l’information • Service des informations et des accréditations • New York

Conseil de sécurité

5749e séance – après-midi

LES CRISES AFRICAINES AU CŒUR D’UNE RÉUNION AU SOMMET DU CONSEIL DE SÉCURITÉ

Onze chefs d’État et de gouvernement et quatre ministres des affaires étrangères des pays membres du Conseil de sécurité ont passé en revue, cet après-midi, les principaux défis à la paix et à la sécurité auxquels l’Afrique est confrontée.  Cette réunion historique a été l’occasion de reconnaître la nécessité de renforcer le partenariat entre les Nations Unies et l’Union africaine, comme l’illustre l’exemple du Darfour.

Présidée par le Président de la République française, M. Nicolas Sarkozy, cette réunion au sommet visait, selon un document de réflexion* distribué aux membres du Conseil, à « renforcer la mobilisation de la communauté internationale » en faveur de l’Afrique, et à « dégager, avec les représentants de l’Union africaine, des pistes concrètes et ambitieuses ».  « Le succès de nos efforts dépend largement de notre capacité à agir collectivement en associant les acteurs africains à tous les stades du traitement des crises », est-il précisé dans ce texte, préparé par la France, qui préside ce mois le Conseil de sécurité.

Malgré les difficultés qui subsistent dans de nombreux pays, des signes encourageants commencent à apparaître en Afrique, a constaté le Secrétaire général des Nations Unies, M. Ban Ki-moon, qui a ouvert ce débat.  Soucieux d’investir davantage dans la prévention et la médiation, afin d’éviter l’éclatement de conflits, M. Ban a annoncé qu’il proposerait le mois prochain à l’Assemblée générale un renforcement du département des affaires politiques.

Ce qui se passe en Afrique nous concerne tous, a assuré M. Sarkozy.  Pour le Président français, il n’y a aucune contradiction entre la mobilisation de la communauté internationale et le souhait de voir les Africains prendre leur destin en main.  À l’instar de plusieurs de ses homologues, M. Sarkozy a souhaité un partenariat renforcé entre l’ONU et l’Union africaine.  On peut progresser parce que nous sommes tous ensemble au service d’une Afrique qui va croire à nouveau en son avenir, a-t-il déclaré.

Le chef de l’État français a également mis l’accent sur la nécessaire lutte contre l’impunité.  Il faut faire en sorte, en Afrique comme ailleurs, que les assassins soient rattrapés et punis, a-t-il ajouté.  De même, a-t-il estimé, il faut être sans concession sur le respect des droits de l’homme, le soutien à l’État de droit et l’impératif de la justice. 

Le Président sud-africain, M. Thabo Mbeki, a assuré le Conseil de sécurité de l’engagement du continent africain à régler lui-même les questions de paix et de sécurité.  L’Afrique prend ces problèmes très au sérieux, a-t-il lancé, en soulignant le rôle moteur de la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) au Libéria et en Côte d’Ivoire et les initiatives africaines au Burundi, en République démocratique du Congo (RDC) et au Soudan.

M. Mbeki, déplorant le manque de capacités dont dispose l’Afrique pour mener à bien les efforts qu’elle entreprend, a invité le Conseil de sécurité à trouver un moyen de s’engager à aider l’Union africaine dans cette voie.

Le Président des États-Unis, M. George Bush, et le Ministre des affaires étrangères et du Commonwealth du Royaume-Uni, M. Kim Howells, ont quant à eux appelé les autorités du Soudan à faciliter le déploiement de la force hybride ONU-Union africaine.  Il est du devoir du Conseil de sécurité d’aider la population du Darfour à réaliser son rêve de vivre en paix, a ajouté le Président Bush, qui qualifie les exactions commises dans cette région de « génocide ».

Le Premier Ministre belge, M. Guy Verhofstadt, a abordé de son côté le problème des enfants soldats en Afrique dont le nombre, a-t-il dit, atteint aujourd’hui 300 000.  Il a ainsi plaidé en faveur de l’instauration d’embargo sur les exportations d’armements vers les pays qui recrutaient des enfants soldats.  Les coupables doivent être traduits en justice, a-t-il insisté.

Trop de promesses ont été faites à l’Afrique, a déclaré M. Alpha Oumar Konaré, qui préside la Commission de l’Union africaine, espérant que ce débat du Conseil de sécurité soit suivi d’effets.  La rupture évoquée par M. Sarkozy s’impose à tous égards, au-delà des liens hérités de la colonisation, a-t-il estimé, en affirmant qu’il n’y a pas de chasse gardée, ni de pré carré ni d’arrière-cour, et que l’Afrique ne doit plus être le théâtre de luttes d’influence.  La dynamique de l’intégration doit conduire au dépérissement des bases militaires étrangères sur le continent, a-t-il poursuivi.  M. Konaré a par ailleurs souhaité l’adoption d’une convention internationale sur les armes légères qui, en Afrique, a-t-il fait remarquer, sont des armes de destruction rapide.

Les chefs d’État et de gouvernement du Ghana, de l’Afrique du Sud, de l’Indonésie, de la Slovaquie, des États-Unis, de l’Italie, du Qatar, du Panama, de la Belgique, du Congo et de la France ont pris la parole.  Les Ministres des affaires étrangères de la Fédération de Russie, de la Chine, du Pérou et du Royaume-Uni se sont également exprimés.

* Document de réflexion publié sous la cote S/2007/552

LA PAIX ET LA S ÉCURIT É EN AFRIQUE

Déclarations

M. BAN KI-MOON, Secrétaire général des Nations Unies, a constaté que des signes encourageants commençaient à apparaître en Afrique, malgré les difficultés qui subsistent dans de nombreux pays.  Il a cité le succès des récentes élections en Sierra Leone.  Il s’est félicité de la mise en place de l’opération hybride au Darfour, fruit d’un partenariat sans précédent entre les Nations Unies et l’Union africaine.  Soucieux d’investir davantage dans la prévention et la médiation afin d’éviter l’éclatement de conflits, il a annoncé qu’il proposerait le mois prochain à l’Assemblée générale un renforcement du Département des affaires politiques.  Il s’est félicité des efforts de la Commission de consolidation de la paix en faveur du relèvement de pays qui sortent de conflits, comme le Burundi et la Sierra Leone. 

Les changements climatiques font naître de nouvelles difficultés en Afrique, a par ailleurs déclaré le Secrétaire général, en notant que la Réunion de haut niveau qu’il avait organisée hier avait mis l’accent sur la vulnérabilité particulière des pays africains les plus pauvres aux conséquences du réchauffement de la planète.  Il a enfin souligné l’urgence de parvenir au développement de l’Afrique.  La lutte contre la pauvreté est un élément clef de la prévention des conflits, a-t-il déclaré, en indiquant qu’il venait de mettre en place un groupe de pilotage pour la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le développement en Afrique, afin de parvenir à la réalisation de ces Objectifs d’ici à 2015.

M. JOHN AGYEKUM KUFUOR, Président du Ghana et Président en exercice de l’Union africaine, a mis l’accent sur la nécessité de procéder à une inversion rapide des événements qui frappent l’Afrique, théâtre de plus des deux tiers des opérations de maintien de la paix des Nations Unies.  Un nouvel ordre de paix, d’unité, de démocratie et de prospérité sera bientôt de mise sur tout le continent, a-t-il espéré.  De l’avis du Président ghanéen, de nombreux développements positifs sont en cours en Afrique.  Il a ainsi cité le Libéria, la Sierra Leone, la Guinée-Bissau, le Burundi, la République démocratique du Congo (RDC), et même, a-t-il précisé, le Soudan.  Des difficultés énormes demeurent, a-t-il poursuivi, faisant notamment allusion au commerce illicite des armes légères et de petit calibre ou à la traite des êtres humains.  Les menaces émergentes, comme le terrorisme, le réchauffement mondial, l’exploitation des ressources naturelles exigent une action décisive, a-t-il souligné. 

M. Kufuor a estimé que la communauté internationale doit continuer à compléter les efforts de l’Afrique.  Il s’est dit fier de la contribution de la MUAS au Darfour, qui a eu un impact très fort dans ce pays, grâce à un appui de la communauté internationale.  La présence continue de la MUAS au Darfour, a-t-il souligné, est la preuve de la détermination de l’Union africaine à assumer sa responsabilité primordiale en faveur de la paix et de la sécurité sur le continent.  Il s’est dit confiant dans le succès des pourparlers de paix à venir à Tripoli et a appelé toutes les parties à y participer.  Il a également lancé un appel ferme au Conseil de sécurité pour que celui-ci fasse preuve d’un engagement de même envergure en Somalie.  Le Conseil, a-t-il ajouté, doit intervenir avec une assistance en temps voulu et envisager un plan de secours pour le déploiement futur d’une force destinée à remplacer l’UNISOM. 

M. THABO MBEKI, Président de l’Afrique du Sud, a assuré le Conseil de sécurité de l’engagement du continent africain à régler lui-même les questions de paix et de sécurité.  L’Afrique prend ces problèmes très au sérieux, a-t-il lancé; en soulignant le rôle moteur de la CEDEAO au Libéria et en Côte d’Ivoire ainsi que les initiatives africaines engagées dans les cas du Burundi, de la République démocratique du Congo, et du Soudan.

Il s’est félicité que la France ait choisi de mettre au cœur de cette séance du Conseil de sécurité les thèmes essentiels du partenariat entre l’ONU et les organisations régionales africaines, du renforcement des capacités africaines de résolution des conflits et de l’appui aux efforts de relèvement des pays en sortie de crise.  Il a rappelé l’architecture globale mise en place par l’Union africaine, avec le Conseil de paix et de sécurité, le système d’alerte anticipée, le conseil des sages, la force d’attente africaine.  Ce qui manque à l’Afrique, a-t-il déploré, ce sont les capacités pour mener à bien tous ces efforts.  Il a invité le Conseil de sécurité à trouver un moyen de s’engager à assister l’Union africaine dans cette voie.  Il a parallèlement souhaité l’accroissement des capacités des organisations régionales africaines, afin, a-t-il conclu, de parvenir à l’objectif d’un continent plus stable.

M. SUSILO BAMBANG YUDHOYONO, Président de l’Indonésie, a estimé que la paix et la sécurité ne peuvent être durables que si les sources des conflits sont éliminées.  Il convient donc, a-t-il souligné, de répondre aux défis sociaux, économiques et politiques à la paix, ce qui peut être réalisé grâce à la coopération régionale.  Le Président a mis en avant l’engagement de son pays en faveur de la paix et de la sécurité en Afrique.  L’Indonésie, a-t-il dit, est prête à fournir du personnel de police au Darfour, a-t-il notamment souligné, appelant également à la mise en œuvre de l’Accord devant mettre fin à la guerre civile qui fait rage depuis trop longtemps.  Toutes les causes qui ont conduit à des conflits doivent être traitées avec détermination, a-t-il assuré.  Le Président indonésien a mis l’accent sur la nécessité de mettre le pays, le plus tôt possible, sur la voie du développement.  Il a assuré que son pays ferait tout pour contribuer à la paix, au développement et à la sécurité en Afrique.

Étant donné que de nombreux conflits en Afrique sont internes, il est essentiel de respecter le principe d’assentiment des pays, a-t-il affirmé.  Il a également souligné qu’il incombe en premier lieu au Conseil de sécurité d’assurer le maintien de la paix et de la sécurité, tout en s’appuyant sur les organisations régionales.  Les Nations Unies et les organisations régionales doivent ainsi renforcer leur capacité en matière de confiance, de diplomatie préventive et de maintien de la paix, a-t-il dit.  M. Yudhoyono a également estimé que face aux conflits, les ressources devaient être déployées et des mesures devaient être prises pour assurer la stabilité sur le terrain.  En Afrique, les conflits qui semblaient encore insolubles il y a cinq ans trouvent enfin leur solution, s’est-il félicité.  De l’avis du Président indonésien, l’Afrique trouvera une solution et contribuera davantage à la paix et à la sécurité internationales, et ce, grâce à la communauté internationale.

M. IVAN GASPAROVIC, Président de la Slovaquie, a déclaré qu’il était du devoir de la communauté internationale d’aider les pays africains à développer des capacités leur permettant de protéger leurs populations contre les génocides, les crimes de guerre, le nettoyage ethnique et les crimes contre l’humanité.  Il a déclaré que son pays suivait avec inquiétude la situation économique et politique dans certains pays d’Afrique menacés par de nouveaux conflits, en particulier au Zimbabwe.  Pour assurer la paix et la sécurité sur le continent africain, a-t-il ajouté, il faut mettre l’accent sur la prévention des conflits, la lutte contre l’impunité avec un rôle particulier de la Cour pénale internationale, et sur une responsabilité plus importante des organisations régionales et sous-régionales.

M. Gasparovic a également jugé nécessaire d’adopter des approches innovantes comme l’opération hybride de l’ONU et de l’Union africaine au Darfour et la présence multidimensionnelle des Nations Unies et de l’Union européenne au Tchad et en République centrafricaine.  En dépit de ces mesures positives, la communauté internationale ne devrait pas relâcher ses efforts visant à venir en aide à la population du Darfour, qui continue de vivre dans l’incertitude et la dépendance de l’aide humanitaire.  Le Président slovaque a émis l’espoir que les rebelles et les Gouvernement soudanais mettront fin tous deux aux hostilités dès que possible et assisteront pleinement les Nations Unies et l’Union africaine à déployer l’opération hybride.  Il a enfin considéré qu’il ne fallait pas se contenter de réagir aux crises humanitaires mais qu’il fallait traiter les problèmes sur le moyen et le long terme.  Il a par exemple jugé qu’une réforme des institutions chargées de la sécurité est souvent la condition sine qua non pour la stabilisation à long terme des pays concernés et pour un retrait des opérations de paix de l’ONU.

M. GEORGE W. BUSH, Président des États-Unis, a réaffirmé ce qu’il a qualifié de « génocide » au Darfour.  Le temps presse, il faut agir vite, a-t-il lancé aux membres du Conseil de sécurité.  Il s’est félicité de la détermination du Secrétaire général à faire de l’allègement des souffrances des populations du Darfour une priorité.  Il a également salué les efforts de l’Union africaine qui a déployé 7 000 hommes.  Mais il a estimé que c’était insuffisant, compte tenu de la taille du Darfour, dont il a rappelé qu’il était plus étendu que la France ou le Texas.  Il a déploré la poursuite des combats au Darfour, la perte de 200 000 vies humaines, le déplacement forcé de deux millions de personnes.  Il s’est félicité de l’initiative française, concrétisée par la résolution 1778 adoptée ce matin même, pour venir en aide aux réfugiés dans les pays voisins du Tchad et de la République centrafricaine.  C’est un pas dans la bonne direction, c’est une solution concrète, a-t-il estimé, en espérant que cela facilitera également l’acheminement de l’aide humanitaire au Darfour.  Il a rappelé à cet égard que les États-Unis avaient offert 2 milliards de dollars d’assistance pour le Darfour.

Nous voulons que les mots du Conseil de sécurité aient du poids et soient suivis d’effet, a insisté M. Bush.  Il a appelé le Gouvernement du Soudan à faciliter le déploiement de la force hybride ONU-Union africaine, afin de sauver des vies humaines.  Il a affirmé sa volonté que le Président al-Bashir et les rebelles du Darfour s’entendent sur un cessez le feu lors des négociations qui doivent s’ouvrir le mois prochain.  Le Darfour a provoqué trop de souffrance et ses habitants n’aspirent qu’à rentrer dans leurs foyers, a-t-il conclu, en affirmant qu’il était du devoir du Conseil de sécurité d’aider la population du Darfour à réaliser ce rêve de vivre en paix.

M. ROMANO PRODI, Premier Ministre de l’Italie, a fait état de plusieurs évolutions positives en Afrique qui, selon lui, permettent au continent d’être aujourd’hui un « protagoniste » à part entière des relations internationales.  Il a appelé à un « partenariat avec l’Afrique », faisant ainsi écho aux demandes des pays africains de voir se développer, entre eux et les autres pays, des relations d’égal à égal.  M. Prodi a également annoncé la création d’un fonds destiné à soutenir les efforts de l’Union africaine (UA) et des organisations sous-régionales qui œuvrent pour la promotion de la paix et de la sécurité en Afrique.  Cette initiative sera étroitement coordonnée avec l’action européenne déjà existante, a-t-il précisé.

Le Premier Ministre italien a souhaité s’attarder sur la situation au Darfour et en Somalie.  Concernant la première, il s’est félicité du lancement de l’Opération hybride ONU/UA (MINUAD) qui indique à la communauté internationale le type de réponse qu’il faut apporter au continent africain.  Il a également insisté sur l’enjeu que représente la réunion de Tripoli, prévue en octobre prochain, visant à adopter, pour ce conflit, une solution « durable ».  Au sujet de la Somalie, M. Prodi a souligné les récents signes d’encouragements et notamment la résolution 1772 votée le mois dernier au Conseil de sécurité.  Le Groupe de contact pour la Somalie, qui s’est réuni début septembre à Rome, a par ailleurs plaidé pour une plus grande coopération entre l’ONU et l’UA dans ce pays, a rappelé le Premier Ministre italien.

SHEIKH HAMAD BIN KHALIFA AL-THANI, Émir de l’État du Qatar, a rappelé que dix pays arabes étaient situés en Afrique, dont le Soudan et la Somalie qui sont confrontés à des difficultés particulières et que l’Islam était largement répandu sur le continent.  Il convient, a-t-il dit, d’aborder franchement et sérieusement les causes qui ont entravé les progrès de l’Afrique.  L’Afrique, un des continents les plus riches du monde, est aujourd’hui à la traîne, a-t-il constaté.  De l’avis de l’Émir du Qatar, les pays donateurs et les Nations Unies n’ont jamais hésité à aider l’Afrique.  Cet appui doit être assorti de deux conditions, a-t-il assuré, citant une gouvernance éclairée et un engagement collectif de la communauté internationale.  Il a enfin souligné la nécessité de mettre en place de nouveaux mécanismes destinés à venir en aide à l’Afrique et à ses populations.

M. MARTIN TORRIJOS, Président du Panama, s’est dit convaincu de la capacité des Africains à surmonter les séquelles de la colonisation.  Il a fait part de sa préoccupation face à la détérioration de la situation humanitaire au Zimbabwe et du conflit armé en Somalie.  Il s’est en revanche félicité des multiples efforts en faveur de l’intégration politique et économique du continent, citant le Nouveau partenariat pour le développement et les efforts des organisations régionales comme la Communauté de développement des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC).  L’avenir de l’Afrique dépend essentiellement des Africains eux-mêmes, a-t-il dit, tout en affirmant que la communauté internationale devrait être aux côtés du continent, pour l’accompagner sur la voie de la paix, du respect de la justice et des droits de l’homme et permettre à ses habitants d’espérer un avenir meilleur.

M. GUY VERHOFSTADT, Premier Ministre de la Belgique, a affirmé d’emblée que son pays participerait à la mission au Tchad et en République centrafricaine, dont le déploiement a été approuvé ce matin par le Conseil de sécurité.  De l’avis du Premier Ministre, il conviendrait de dégager 60 milliards d’euros et de résoudre les problèmes de base de l’Afrique.  Il faut reconnaître que l’entrave principale aux progrès en Afrique est la guerre, a-t-il déclaré, avant de se réjouir de l’envoi de troupes de pacification au Darfour et dans les régions alentour.  La lutte n’est jamais gagnée et la communauté internationale doit demeurer vigilante, a-t-il poursuivi. 

Le Premier Ministre belge a également abordé le problème des enfants soldats en Afrique, qui sont aujourd’hui, a-t-il dit, au nombre de 300 000.  Il a mis l’accent sur la nécessité d’instaurer un embargo sur les exportations d’armements vers les pays qui recrutent des enfants soldats.  La communauté internationale doit tomber d’accord pour nommer des pays qui utilisent des enfants soldats dans leurs armées, et leur faire honte en les punissant, a-t-il dit.  Les coupables, a-t-il ajouté, doivent en outre être traduits en justice.  Il est temps d’agir, a-t-il insisté.

M. DENIS SASSOU NGUESSO, Président de la République du Congo, a souligné le caractère indissociable des questions de paix, de sécurité et celles de développement.  Il s’est félicité que l’Afrique ne connaisse pas de nouveau conflit majeur, tout en déplorant la poursuite d’anciens conflits.  L’évolution en Côte d’Ivoire est à encourager, a-t-il dit, en invitant la communauté internationale à aider le processus de paix.  Il faut agir sans tarder au Darfour, a-t-il poursuivi, en appelant les États Membres à déployer toute leur énergie pour contribuer à la réussite du dialogue politique, du déploiement de la force hybride et du relèvement économique du Soudan.  Il a demandé que toutes décisions prises soient suivies d’effets sur le terrain, afin d’éviter une nouvelle détérioration de la situation dont les conséquences, a-t-il dit, se font sentir au-delà des frontières soudanaises.  Il s’est félicité à cet égard de la résolution du Conseil de sécurité autorisant le déploiement d’une opération de l’Union européenne au Tchad et en République centrafricaine, suivant l’exemple, a-t-il rappelé, de la force européenne qui avait été déployée en République démocratique du Congo (RDC).

Concernant la RDC, M. Sassou Nguesso a souligné l’importance d’éteindre les foyers de violence dans l’est du pays, de progresser dans la réforme du secteur de la sécurité et dans le relèvement économique du pays.  Il a par ailleurs demandé le soutien des Nations Unies à la Mission de l’Union africaine en Somalie.  Il s’est enfin félicité du partenariat entre l’Union africaine et l’ONU, ainsi que de l’implication d’organisations régionales comme l’Union européenne et la Ligue des États arabes.

M. SERGEY LAVROV, Ministre des affaires étrangères de la Fédération de Russie, a appuyé le travail conjoint entre les Nations Unies et l’Union africaine pour prévenir et régler les conflits sur le continent africain.  L’accent doit être mis sur la nécessité de régler les problèmes économiques et politiques de l’Afrique, a-t-il souligné.  M. Lavrov a affirmé que son pays appuyait un rôle plus actif et plus responsable des États africains dans la réalisation des objectifs de réconciliation nationale fondés sur des accords entre les parties en conflit.  De l’avis du Ministre, le désarmement, la démobilisation et la réintégration de groupes armés illégaux, le renforcement de la gouvernance, la réforme du secteur de la sécurité, le développement de la démocratie ou la lutte contre la pauvreté, la corruption et l’utilisation illégale des ressources naturelles sont des éléments clefs du processus de paix.

Le Ministre russe a également jugé important que les pays sortis d’un conflit ne retombent pas dans la crise.  Pour cela, a-t-il ajouté, une assistance doit être fournie par la Commission de consolidation de la paix, laquelle doit achever le plus tôt possible son institutionnalisation.  Le Ministre a également assuré que la Fédération de Russie apportait sa contribution à la solution des conflits sur la base de méthodes politiques et diplomatiques.  Du personnel russe est engagé dans pratiquement toutes les opérations de maintien de la paix sur le continent, a déclaré M. Lavrov.

M. YANG JIECHI, Ministre des affaires étrangères de la République populaire de Chine, a déclaré que la paix en Afrique se trouve confrontée à des opportunités et à des défis, qui appellent une solution intégrée, aux niveaux national, régional et planétaire.  La réconciliation, le développement et la coopération doivent constituer les trois piliers principaux de la paix sur ce continent, à savoir la réconciliation, le développement et la coopération.  Au sein d’un pays, les différentes ethnies et fractions doivent, en plaçant les intérêts globaux de l’État au-dessus de tout, favoriser un processus politique inclusif, défendre les droits de l’homme, rétablir l’état de droit et travailler ensemble à assurer le développement de l’État et le progrès de la nation, de sorte que tous puissent bénéficier des dividendes de la paix.  Le dialogue et les consultations constituent la bonne voie à suivre pour régler les conflits entre États, a estimé le Ministre.  Le développement doit être toujours considéré comme l’axe majeur, qu’il s’agisse de prévenir les conflits, de préserver ou de construire la paix.  À cet égard, a assuré le Ministre, nous appuyons la communauté internationale pour son aide à l’Afrique, étant entendu qu’elle doit respecter les réalités nationales et les modes de développement des pays africains. 

L’Union africaine, depuis sa création, a joué un rôle efficace sur les questions du Darfour et de la Somalie ainsi que sur d’autres dossiers.  Aider l’Afrique, c’est, pour la communauté internationale, non seulement un besoin réel, mais aussi et surtout une obligation morale.  Nous soutenons l’ONU et son Conseil de sécurité dans leurs efforts visant à mieux assister les organisations régionales africaines, notamment pour renforcer les capacités institutionnelles, échanger l’information ou lancer une opération de maintien de la paix.  Il importe que le Conseil de sécurité, en lançant des actions contraignantes, respecte notamment les avis de l’Afrique. 

En novembre dernier, le Sommet de Beijing du Forum sur la coopération sino-africaine a décidé d’établir et de développer un partenariat stratégique type nouveau avec l’Afrique.

M. JOSE ANTONIO GARCIA BELAUNDE, Ministre des affaires étrangères du Pérou, a rappelé que prévenir un conflit était bien moins coûteux que d’y mettre un terme.  Il a souligné, à cet égard, que la responsabilité principale incombait aux gouvernements africains, mais qu’ils devaient bénéficier de l’appui de la communauté internationale.  Il s’est par ailleurs félicité du partenariat croissant entre les Nations Unies et les organisations régionales et il a souhaité que cette voie soit explorée davantage.  Le Ministre a affirmé que la priorité des opérations de maintien de la paix devait être la protection des populations civiles afin d’éviter de nouvelles catastrophes humanitaires.  Il a enfin salué les efforts de la Commission de consolidation de la paix, qui a le défi d’être un complément efficace pour notre système de sécurité collective.  Il a souhaité, en conclusion, que se réalise la promesse d’un avenir de liberté qui a guidé l’effort de décolonisation.

M. KIM HOWELLS, Ministre des affaires étrangères et du Commonwealth du Royaume-Uni, s’est félicité qu’en Afrique, six conflits avaient pris fin au cours des dix dernières années.  L’Afrique prend ses responsabilités pour résoudre ses problèmes, grâce au développement de la capacité politique et de maintien de la paix de l’Union africaine et à sa coopération avec les Nations Unies, a-t-il estimé.  De l’avis du Ministre, cette coopération est mise à l’essai plus que jamais auparavant au Darfour, là où se déroule, a-t-il dit, la plus grande catastrophe humanitaire du monde.  M. Howells a espéré que le déploiement de la force hybride ONU-Union africaine se déroule comme prévu.  Le Soudan, a-t-il insisté, doit faire tout ce qu’il peut pour accélérer le processus.  Les prochains pourparlers doivent être inclusifs et aboutir à des résultats rapides, a-t-il souligné.  De même, à ses yeux, le Soudan doit lever les obstacles à l’accès humanitaire. 

Le Ministre a souligné que la justice est également nécessaire.  L’ère de l’impunité est dépassée, a-t-il dit.  Le Soudan doit ainsi pleinement coopérer avec la Cour pénale internationale.  Si des progrès sont réalisés au Darfour, le Royaume-Uni est prêt à appuyer la reconstruction et le développement.  Mais, si quelque parti que ce soit empêche tout progrès, celui-ci doit s’attendre à une réponse ferme de la part de la communauté internationale.  Le Ministre a estimé que les Nations Unies doivent en outre être engagées activement à trouver une façon d’aller de l’avant au Zimbabwe pour aider la population à éliminer ses souffrances.  L’ONU a un rôle unique à jouer en Afrique et nous devons tous redoubler d’efforts, a-t-il conclu. 

M. NICOLAS SARKOZY, Président de la République française, a affirmé que ce qui se passait en Afrique nous concernait tous.  Les problèmes qui touchent à l’Afrique, a-t-il souligné, constituent également un problème pour la stabilité du monde.  Il n’y a aucune contradiction, de l’avis du Président français, entre la mobilisation de la communauté internationale et le souhait que les Africains prennent leur destin en main.  Nous voulons vous aider à prendre votre destin en main, a-t-il déclaré, à l’adresse des chefs d’État africains, plaidant en faveur du renforcement du partenariat entre l’ONU et l’Union africaine.  Nous pouvons progresser parce que nous sommes tous ensemble au service d’une Afrique qui va croire à nouveau en son avenir, a-t-il déclaré.

Le Président français a également estimé que l’Afrique avait besoin d’actions concrètes.  Nous ne devons pas nous limiter à des discours mais prendre plutôt des mesures concrètes, a-t-il précisé.  M. Sarkozy a ainsi cité l’exemple de la Somalie qui, selon lui, a besoin d’être soutenue pour empêcher les pirates de saper l’acheminement de l’aide humanitaire.  Au Darfour, a-t-il poursuivi, nous pouvons progresser parce que nous acceptons d’envoyer des hommes et des moyens.  Le Président français a également mis l’accent sur la nécessité de respecter la personne humaine.  Nous devons être sans concession sur le respect des droits de l’homme, sur la progression de l’état de droit, sur l’impératif de la justice et sur l’impunité des criminels, a-t-il assuré.  Il faut faire en sorte, en Afrique comme ailleurs, que les assassins soient rattrapés et punis, a-t-il ajouté.  De l’avis du Président français, les criminels doivent être punis partout dans le monde.  C’est peut-être, a-t-il estimé, la responsabilité la plus grande de la communauté internationale.  M. Sarkozy a souligné la nécessité de travailler avec les Africains pour la paix, le développement et la sécurité en Afrique, en n’acceptant aucune complaisance sur le respect de l’état de droit et de la personne humaine.

Trop de promesses ont été faites à l’Afrique, a déclaré M. ALPHA OUMAR KONARÉ, Président de la Commission de l’Union africaine, en espérant que cette réunion serait suivie d’effet.  Il a rappelé les engagements pris le 21 septembre dernier à New York lors de la Réunion de haut niveau sur le Darfour, organisée conjointement par l’ONU et l’Union africaine, concernant le déploiement de la force hybride et le dialogue politique, qui doit débuter le mois prochain à Tripoli.  Il a demandé que le cessez le feu annoncé par le Président soudanais soit respecté par tous.  « Confiance mais pas complaisance » : telle est la règle de l’attitude de l’Union africaine à l’égard des Soudanais, a-t-il expliqué.

Rappelant l’architecture continentale solide mise en place par l’Union africaine sur les questions de paix et de sécurité, M. Konaré a souligné qu’elle nécessitait un accompagnement, notamment sous la forme d’un financement régulier.  Il a déploré que les opérations soient actuellement financées une à une, ce qui, a-t-il ajouté, ne permet pas une intervention rapide et peut résulter en une dégradation de la situation sur le terrain.  Il a invité à une relecture créative du Chapitre VIII de la Charte des Nations Unies en prenant acte du fait régional.  L’opération hybride ONU-Union africaine ouvre la voie à cet égard, a-t-il déclaré, la voie de l’avenir.

Il a salué l’insistance des orateurs à rappeler la primauté de la responsabilité africaine dans les questions de paix et de sécurité sur le continent et a souligné cette nécessité pour promouvoir la démocratie, la bonne gouvernance et le respect des droits de l’homme.  Il a prôné la tolérance zéro pour ceux qui utilisent les enfants soldats, ceux qui font preuve de violence sur les femmes ou ceux qui ont recours aux mercenaires en Afrique.  Il faut que nos partenaires laissent les Africains gérer leurs affaires, a martelé M. Konaré, en estimant que le financement, s’il était important, ne donnait pas droit à n’importe quelle intervention ou comportement.

Vous avez parlé de rupture, a-t-il dit à l’adresse de M. Sarkozy.  Elle s’impose à tous égards, au delà des liens hérités de la colonisation, a-t-il poursuivi, en affirmant qu’il n’y avait pas de chasse gardée, ni de pré carré, ni d’arrière cour, et que l’Afrique de devait plus être le théâtre de luttes d’influence.  Il a par ailleurs affirmé que la dynamique de l’intégration devait conduire au dépérissement des bases militaires étrangères sur le continent.

Il a rappelé que l’Afrique s’était engagée à être un continent débarrassé de toute bombe atomique mais a soulevé la question de sa protection et de ses besoins en énergie atomique.  Il a par ailleurs souhaité l’adoption d’une convention internationale sur les armes légères qui, en Afrique, sont des armes de destruction rapide, a-t-il dit.  M. Konaré a conclu en souhaitant que, dans un avenir proche, l’Afrique puisse être représentée de manière permanente autour de la table du Conseil de sécurité.

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À l’intention des organes d’information • Document non officiel
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