CS/8933

CONSEIL DE SECURITÉ: LES NATIONS UNIES DOIVENT AMÉLIORER LEURS MOYENS D’ANALYSE DES SITUATIONS DE CONFLIT ET ADOPTER UNE DÉMARCHE PLUS STRATÉGIQUE

8 janvier 2007
Conseil de sécuritéCS/8933
Département de l’information • Service des informations et des accréditations • New York

Conseil de sécurité

5615e séance – matin


CONSEIL DE SECURITÉ: LES NATIONS UNIES DOIVENT AMÉLIORER LEURS MOYENS D’ANALYSE DES SITUATIONS DE CONFLIT ET ADOPTER UNE DÉMARCHE PLUS STRATÉGIQUE


Le Secrétaire général s’engage à restaurer la confiance dans l’ONU et sa capacité dans le domaine du maintien et de la consolidation de la paix


Le Conseil de sécurité a, ce matin, estimé que l’Organisation des Nations Unies doit améliorer les moyens dont elle dispose pour évaluer les situations de conflit, et préparer et gérer efficacement les opérations de maintien de la paix des Nations Unies.  


Réuni pour examiner « les menaces à la paix et à la sécurité internationales », pour la première fois, en présence du Secrétaire général, Ban Ki-Moon, le Conseil s’est en même temps dit conscient de l’importance d’une démarche plus stratégique, s’agissant du contrôle et de l’orientation des activités de maintien de la paix, pour donner à la transition vers le relèvement, toutes les chances de réussir et utiliser au mieux les moyens limités de maintien de la paix.


Dans la déclaration présidentielle qu’il a adoptée en fin de séance, le Conseil a aussi prié le Secrétaire général, lorsqu’il administre des missions de maintien de la paix ou en rend compte, de s’intéresser principalement à ce que le gouvernement concerné et la communauté internationale doivent faire pour permettre à la mission d’atteindre ses objectifs, et de proposer au Conseil, le cas échéant, des mesures propres à accélérer la transition.


Relevant que le Département des opérations de maintien de la paix a déployé 18 missions tandis que le nombre de personnel sur le terrain a atteint un record historique de 100 000, le Secrétaire général s’est engagé à restaurer la confiance dans l’Organisation ainsi que sa pleine capacité à jouer son rôle dans la prévention des conflits, le maintien de la paix et la consolidation de la paix. « Nous devons à cette fin trouver les moyens de renforcer nos capacités », a –t-il insisté.


Parmi ses priorités, Ban Ki-Moon a cité la situation au Darfour, qui ne cesse d’empirer et a précisé qu’il travaillera en consultation étroite avec les dirigeants africains et avec son Représentant spécial pour le Darfour pour obtenir un engagement constructif du Gouvernement soudanais, des gouvernements africains et de l’ensemble de la communauté internationale.  Le Secrétaire général a aussi inscrit, dans ses priorités, la situation en République démocratique du Congo, au Moyen-Orient, au Kosovo mais également le défi que pose la situation en Iran et en République populaire démocratique de Corée.


MENACES À LA PAIX ET À LA SÉCURITÉ INTERNATIONALES


Déclarations


   En guise d’introduction au débat, le Président du Conseil pour le mois de janvier, M. VITALY CHURKIN (Fédération de Russie) a appuyé les propos du nouveau Secrétaire général, selon lesquels, aucune personne et aucun État, même doté de larges ressources, ne pourra résoudre seul les défis qui se posent à la paix et à la sécurité.


M. BAN KI-MOON, Secrétaire général des Nations Unies, a fait part du sentiment profond qui l’anime.  Il a expliqué qu’il s’agit d’un sentiment empreint de dévouement, au moment où il prend ses fonctions et où la communauté internationale fait face à de multiples défis, qu’il s’agisse de la situation au Darfour, de celle au Moyen-Orient et d’autres crises dans le monde.  Qu’il s’agisse, a-t-il poursuivi, de la défense des droits de l’homme ou de la nécessité de réaliser des progrès dans la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD).


M. JEAN-PIERRE LACROIX (France) a déclaré que les défis en matière de paix et de sécurité sont de plus en plus nombreux et complexes.  Il a souligné que les crises qui affectent le Moyen-Orient constituent, à cet égard, une source de préoccupation majeure.  La responsabilité du Conseil est donc de répondre efficacement à ces menaces.  Selon le représentant, le déploiement de plus de 80 000 Casques bleus dans le monde et la perspective de nouvelles missions au Népal et au Soudan, sont des éléments qui témoignent de la volonté commune du Conseil d’agir en ce domaine.  Nous devons avoir une vision commune des défis à relever et des réponses à apporter, en renforçant notre coopération avec le Secrétariat des Nations Unies et les organisations régionales, a estimé le représentant.  En outre, le Conseil doit, plus que ne jamais, être capable de prévenir les crises en élaborant des stratégies appropriées.  Nous devons, a-t-il encore dit, être aussi attentifs à la gestion des situations postconflit, comme nous avons commencé de le faire au Burundi et en Sierra Leone.  Le Conseil continuera à réfléchir aux moyens de perfectionner les instruments à sa disposition, en maintenant une bonne gestion des ressources et en accompagnant les processus de transition politique, a conclu le représentant, non sans rappeler que la paix et la sécurité dépendent aussi de la lutte contre l’impunité.  La Cour pénale internationale (CPI) est un instrument susceptible d’y contribuer à l’avenir.


M. JAMAL NASSER AL-BADER (Qatar) s’est déclaré heureux de la manière dont le Secrétaire général a l’intention de conduire l’Organisation, et l’a assuré de la détermination du Conseil à coopérer avec lui.  Rappelant que la responsabilité principale du Conseil est de maintenir la paix et la sécurité internationales, il a estimé approprié que le Conseil se penche sur les menaces qui se posent à la paix aujourd’hui.  Il a relevé que la notion de sécurité a été élargie pour y inclure le maintien de la sécurité collective, ainsi que des notions désormais reconnues au plan international.  Il a appelé le Secrétaire général et le Conseil de sécurité, ainsi que les autres organes des Nations Unies, à coopérer pour que le Conseil puisse mener sa mission dans le respect des principes de la Charte.  Le Conseil, a-t-il souligné, assume une lourde responsabilité et on ne peut nier le lien entre paix et sécurité d’une part et paix et développement, d’autre part.  La création de la Commission de consolidation de la paix et celle du Conseil de droits de l’homme sont des développements positifs, face notamment aux risques accrus de conflits et aux menaces que font peser sur la sécurité, le développement d’armes de destruction massive. 


M. ALDO MANTOVANI (Italie) a déclaré que le Conseil de sécurité a une importante responsabilité à assumer en matière de paix et de sécurité internationales, en coopération avec tous les organes concernés du système des Nations Unies.  Il a voulu que le Secrétariat des Nations Unies élargisse son rôle en présentant à l’avenir au Conseil, des analyses portant sur des situations de crise potentielles.  L’Italie estime, en outre, que les décisions opérationnelles du Conseil devraient tenir compte des points de vue des pays qui n’en sont pas membres, mais qui, par exemple, fournissent des contingents aux opérations de maintien de la paix.  Selon le représentant, le rôle essentiel de l’ONU dans le domaine du maintien de la paix doit être renforcé par une meilleure coopération avec les organisations régionales, notamment l’Union européenne.  Par ailleurs, les États Membres et la société civile attendent beaucoup de la Commission de consolidation de la paix, qui devra être appuyée si l’on veut qu’elle soit à la hauteur des espoirs placés en elle.  En ce qui concerne le terrorisme, a poursuivi le représentant, le Conseil a adopté une série de mesures que l’Italie appuie sans réserve.  Alors que l’Assemblée générale a adopté, en septembre dernier, une Stratégie mondiale de lutte contre le terrorisme, il est important que l’action des organes subsidiaires du Conseil ne soit pas dissociée de celle des autres organes concernés du système des Nations Unies, a-t-il jugé, en conclusion.


M. NANA EFFAH-APENTENG (Ghana) a jugé que les menaces à la paix et à la sécurité internationales ne peuvent pas être abordées de manière fragmentaire et que le Conseil doit concevoir son mandat dans un cadre global, qui vise l’ensemble des menaces qui se posent à notre sécurité collective.  L’éducation, la santé, la capacité des États à répondre au terrorisme, tout cela exige des efforts ciblés, s’est-il expliqué.  L’accent doit être davantage mis sur la prévention des conflits et sur la consolidation de la paix qui exigent toutes deux une approche cohérente et intégrée.  Le terrorisme est également une menace à la paix et à la sécurité internationales, a rappelé le représentant avant d’estimer que si le Conseil a joué son rôle conformément aux résolutions pertinentes qu’il a adoptées, il est encore loin des objectifs fixés dans ce domaine.  Le représentant a aussi mentionné la traite des êtres humains et la propagation des armes de destruction massive, ainsi que des armes légères qui constituent également de graves menaces à la paix.  Nous sommes encouragés, a-t-il ajouté, par l’adoption d’un instrument international de traçage des petites armes mais nous sommes toutefois déçus par l’échec de la Conférence d’examen de 2006.  Il est aussi indispensable que le Conseil, sur la base de la Charte, établisse des partenariats avec des organisations régionales, a-t-il conclu après avoir souligné que le moment est aussi venu d’élargir la composition du Conseil de sécurité. 


Sir EMYR JONES PARRY (Royaume-Uni) a déclaré que le Conseil a toujours été à l’avant-garde des efforts pour maintenir la paix et la sécurité internationales.  Mais la nature de plus en plus complexe des défis qui se posent aujourd’hui, comme par exemple au Darfour, rend d’autant plus nécessaire l’intensification des efforts pour soulager les populations civiles soudanaises des souffrances qu’elles endurent depuis des années.  Selon lui, cette réunion est une occasion de réfléchir à la manière dont le Conseil, en partenariat avec les autres organes du système des Nations Unies, peut renforcer son action en ce domaine.  L’accent doit être mis sur la prévention des conflits et la gestion des situations postconflits, a ensuite estimé le représentant.  Il a rappelé que la résolution 1625 (2005) propose une vision ambitieuse de la prévention des conflits, qui appelle le Secrétariat à effectuer une évaluation stratégique des risques.  Or, trop souvent, le Conseil et la communauté internationale ne sont témoins des conflits que lorsqu’ils éclatent et ne se mettent d’accord sur l’action à entreprendre que lorsqu’il est trop tard.  M. Parry a donc insisté sur la nécessité de mettre en œuvre la résolution 1625 dans tous ses aspects.  S’agissant du maintien de la paix, il importe selon lui, de faire un meilleur usage de ressources de plus en plus rares.  Des mandats plus cohérents sont également indispensables, a-t-il ajouté, afin de hâter le passage de la phase du maintien de la paix à celle de la consolidation et du relèvement.  À cet égard, la mise en place de la Commission de consolidation de la paix a été une réussite, mais celle-ci n’atteindra ses objectifs que lorsqu’elle verra ses activités renforcées et que le Conseil prendra pleinement en compte les propositions qu’elle a à faire.


M. PETER BURIAN (Slovaquie) a estimé que le Conseil de sécurité doit relever des défis de taille au Darfour au et Moyen-Orient et affronter les menaces qui font peser sur le monde le terrorisme et la prolifération des armes de destruction massive.   Il est de notre responsabilité d’intensifier nos efforts pour obtenir des progrès tangibles, a-t-il dit. Il a relevé qu’en plus des activités de maintien de la paix, le Conseil doit également se concentrer sur des activités de prévention des conflits et de consolidation de la paix qui constituent des taches complexes.  Il a rappelé que le Conseil, conformément au Document final de 2005, doit aussi se concentrer sur la protection des civils et qu’il a, à cet effet, adopté le concept de « responsabilité de protéger ». Le représentant a demandé au Secrétaire général des rapports plus fréquents sur les risques de conflits armés. 


S’agissant de la consolidation de la paix, il a jugé indispensable que le Conseil fasse un plus grand usage des services consultatifs de la Commission de consolidation de la paix, estimant que les résultats obtenus jusqu’à présent au Burundi et en Sierra Leone ont été positifs mais modestes.  Il est indispensable, a-t-il dit, de garantir une transition en douceur de la phase de maintien de la paix à celle de consolidation de la paix, et ce, de manière plus systématique et plus globale pour inclure des activités de stabilisation, de reconstruction et de développement.  La réforme du secteur de la sécurité est dans ce contexte une priorité.  C´est la raison pour laquelle la Slovaquie a prévu de tenir un débat sur cette question lorsqu’elle accèdera à la présidence du Conseil, a annoncé le représentant.


Il a par ailleurs estimé que le terrorisme et la prolifération des armes de destruction massive constituent des menaces imminentes, en appelant le Conseil à  intensifier son action et, à cet égard, à mettre notamment en œuvre ses résolutions pertinentes.  De même, a-t-il estimé, il faut faire davantage pour fournir une aide et un soutien aux États Membres dans la lutte contre la prolifération de telles armes.   Le représentant a aussi plaidé une coopération renforcée avec les organisations régionales.  Il a enfin souhaité une véritable réforme du Conseil de sécurité pour que celui-ci soit plus transparent  et plus efficace.  Dans  ce cadre, il a plaidé pour l’élargissement de sa composition dans les deux catégories.


M. JOHAN VERBEKE (Belgique) a déclaré que le concept de sécurité a été, au cours des dernières décennies, élargi d’un concept étroit politico-militaire à un concept qui comporte désormais de nouvelles dimensions qui, chacune, réponde à de nouvelles menaces et à de nouveaux défis, que ce soit le terrorisme, la prolifération des armes de destruction massive, les violations graves des droits de l’homme ou encore le crime organisé.  Ce qui est essentiel, selon lui, dans ce nouveau concept, c’est qu’on se rend compte que c’est avant tout de la sécurité d’hommes, de femmes et d’enfants dont il est question.  À cet égard, il s’est félicité de l’attention de plus en plus grande, que le Conseil accorde à la protection des civils dans les conflits armés.  Il a aussi insisté sur la nécessité d’un suivi assidu et d’une mise en œuvre rigoureuse des embargos sur les armes dans les zones de conflit, car ce sont souvent les civils qui en sont les premières victimes. 


Le représentant s’est ensuite félicité du concept de responsabilité de protéger, consacré lors du Sommet de 2005, et qui a été repris par plusieurs résolutions du Conseil.  Par ailleurs, rappelant que le terrorisme constitue une des plus grandes menaces à la paix et à la sécurité internationales, il a salué l’adoption de la résolution 1624, qui constitue un bel exemple de la dimension préventive du Conseil de sécurité.  Dans ce cadre, il a recommandé au Conseil d’examiner à l’avenir les moyens de contrecarrer les appels à la haine et les discours incitant à la violence, que ce soit en période de conflit armé ou à la veille d’un conflit.  Prévenir ceux-ci reste en effet la tâche première du Conseil, et gérer les conflits par le déploiement d’opérations de maintien de la paix constitue par contre sa tâche la plus visible.  Sur ce dernier point, le représentant a appelé à la prudence face au risque d’une multiplication aveugle de telles opérations.  Par ailleurs, la création de la Commission de consolidation de la paix vient, selon lui, compléter l’évolution conceptuelle des travaux du Conseil de sécurité.  Il revient désormais à ce dernier de réfléchir à l’interaction propice entre ces deux organes, a conclu M. Verbeke.


M. BASILE IKOUEBE (République du Congo) a insisté sur la prévention comme seul moyen de faire face aux menaces à la paix et à la sécurité internationales, en se félicitant qu’une véritable culture de la prévention commence à s’enraciner au sein de l’Organisation et dans certains États.  Il est revenu sur les progrès normatifs, notamment l’adoption de la Stratégie antiterroriste mondiale et le Document final de 2005 dans lequel les États ont renouvelé leur engagement à promouvoir une culture de prévention des conflits armés.  Le représentant a réitéré l’analyse du Secrétaire général, selon laquelle, le moyen le plus sûr de prévenir les crises est de réduire l’impact des facteurs de risque.  Aussi paraît-il crucial parfois, de compter sur une aide extérieure, comme par exemple, dans le cadre de l’adoption et de l’application de mesures destinées, par exemple, à la réglementation du commerce du bois.  Parmi les mécanismes de règlement des conflits, le représentant a aussi insisté sur le dialogue politique entre acteurs du conflit.  Dans ce cadre, la nouvelle capacité d’appui à la médiation au sein du Secrétariat de l’Onu est une initiative qu’il a saluée.


S’agissant de la gestion des conflits, il s’est félicité de l’évolution positive des relations entre le Conseil de sécurité et le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine.  Il a salué la création de la Commission de consolidation de la paix et a insisté pour que la dimension « développement et droits de l’homme » soit intégrée à toute politique de prévention des conflits.  Le représentant a également identifié la prolifération des armes de destruction massive comme menace principale à la paix et a précisé que dans ce cadre, l’unité du Conseil est cruciale, de même que son objectivité et son impartialité.  Il a aussi jugé important d’appliquer le Traité de non-prolifération des armes nucléaires qui créé des obligations pour tous ceux qui en sont parties.


M. ALEJANDRO D. WOLFF (États-Unis) a déclaré que le Conseil de sécurité ne doit pas seulement gérer les conflits mais également les prévenir.  Il a ensuite rappelé que la réalité troublante aujourd’hui, est que la plupart du temps, les travaux du Conseil sont consacrés aux conflits internes, plutôt qu’aux conflits entre États.  Mais il a reconnu que l’expérience a montré que les conflits internes sont susceptibles à tout moment de dégénérer en conflits régionaux.  L’effondrement de la gouvernance démocratique, les violations des droits de l’homme, les activités transfrontières des groupes armés, les flux de migrants et de réfugiés, constituent en effet autant de menaces à la paix et à la sécurité régionales et internationales.  Le Conseil de sécurité, a préconisé le représentant, doit s’efforcer de coopérer avec le Secrétariat et les autres organes des Nations Unies dans la recherche de solutions aux problèmes.  Il s’est ensuite félicité de la création de la Commission de consolidation de la paix, dont les résultats seront cependant évalués à l’aune des améliorations sur le terrain.  À l’avenir, a-t-il poursuivi, le Conseil de sécurité doit travailler sur son efficacité et axer ses efforts sur la capacité des parties au conflit à trouver une solution négociée, en restant politiquement impartial. 


M. REZLAN ISHAR JENIE (Indonésie) a souligné l’importance que son pays attache au maintien et à la consolidation de la paix, élément déterminant de la politique extérieure indonésienne.  Il a aussi souligné la nécessité, dans le règlement des conflits, de respecter les principes de souveraineté des États, d’égalité entre les nations, d’indépendance politique des États  et retenue dans le recours à la force.  Le règlement pacifique des différends entre les États doit avoir un rang de priorité et les régimes de sanctions ne doivent être imposés qu’en dernier recours, a-t-il ajouté.  Rappelant qu’au Moyen-Orient, le conflit israélo-palestinien reste particulièrement préoccupant, le représentant a estimé que le Conseil de sécurité doit accorder la priorité à ce conflit dont le règlement aurait un impact profond sur le reste de la région.  Victime du terrorisme, l’Indonésie demande au Conseil de demeurer vigilant et d’agir en conformité avec les principes consacrés dans la Charte des Nations Unies, a indiqué le représentant.  À0. 11cet égard, il a souligné la nécessité de rechercher une solution négociée à la nucléarisation de la République populaire démocratique de Corée et de l’Iran.  Le représentant a mis l’accent sur le droit inaliénable de chaque pays de développer l’énergie nucléaire à des fins pacifiques, comme le prévoit le TNP.  Il a enfin estimé que la complexité et l’interaction des menaces à la paix et à la sécurité internationales, qui sont aussi liées à des problèmes de développement, rendent indispensables le renforcement de la coopération entre le Conseil de sécurité et les autres organes des Nations Unies, tels que l’Assemblée générale et le Conseil économique et social (ECOSOC).


M. DUMISANI S. KUMALO (Afrique du Sud) a estimé que le débat d’aujourd’hui porte en fait sur le mandat du Conseil de sécurité, à l’heure où les menaces à la paix et à la sécurité internationales deviennent de plus en plus complexes.  Pour lui, il ne fait aucun doute que l’atténuation de la pauvreté reste le moyen le plus sûr de venir à bout de ces menaces.  À cet égard, il a rappelé que l’Assemblée générale, organe à composition universelle, demeure l’enceinte appropriée pour relever les défis les plus urgents qui se posent aujourd’hui dans le monde.  Tous les organes principaux et subsidiaires doivent jouer un rôle dans l’élaboration d’uns système de sécurité collective conforme aux buts et principes de la Charte des Nations Unies, a poursuivi le représentant.  Pour les Nations Unies, l’enjeu consistera donc à faire le meilleur usage possible des ressources pour faire face aux menaces multidimensionnelles du XIXe siècle.  Toutefois, si la Charte assigne une responsabilité importante au Conseil de sécurité dans le domaine du maintien de la paix et de la sécurité internationales, le représentant a estimé que, ces dernières années, le Conseil s’est trop souvent montré incapable d’agir, comme au Moyen-Orient, et ce, en dépit de violations flagrantes du droit international.  En revanche, a-t-il encore accusé, le Conseil a eu trop souvent recours au Chapitre VII de la Charte pour justifier son action, alors que les questions dont il était saisi ne représentent pas forcément une menace à la paix et à la sécurité internationales.  Le représentant a jugé indispensable de faire preuve d’impartialité dans le recours à la force pour assurer le succès des opérations de maintien de la paix.  Il s’est enfin félicité de l’établissement de la Commission de consolidation de la paix, qu’il faudra faire pleinement participer à l’avenir aux travaux du Conseil de sécurité.


M. RICARDO ALBERTO ARIAS (Panama) a souligné que la Constitution panaméenne consacre la démilitarisation et le concept de sécurité humaine, ce qui a permis au pays de participer au règlement  pacifique de conflits constituant un sujet de préoccupation particulier pour le Panama.  Évoquant l’impact de la faim, de la propagation des maladies, des inégalités dans le développement des nations, sur l’émergence des conflits, il a souligné la grande responsabilité des Nations Unies.  Il s’agit toutefois d’une responsabilité que les États et les organisations internationales et régionales doivent aussi assumer, a précisé le représentant.  Au sein des Nations Unies, s’est-il expliqué, le Conseil de sécurité a la responsabilité première du maintien de la paix mais les risques que posent certaines situations sont également du ressort d’autres organes comme le Conseil économique et social. La Charte permet même à l’Assemblée générale de discuter de toutes les questions relatives à la paix et à la sécurité internationales et lui donne la responsabilité d’attirer l’attention du Conseil sur des risques de conflit.  Il est inutile de dire que l’Assemblée générale pourrait mieux faire, à cet égard, a tranché le représentant. 


M. WANG GUANGYA (Chine) a estimé que le Conseil de sécurité a tout mis en œuvre, ces dernières années, pour s’adapter à l’évolution des menaces à la paix et à la sécurité internationales, en particulier depuis le 11 septembre 2001.  Le représentant a rappelé qu’en 2005, les Chefs d’États et de Gouvernements se sont réunis pour adopter les résolutions 1624 et 1625, qui ont depuis élargi la portée des travaux du Conseil de sécurité.  Soulignant que le multilatéralisme doit être renforcé, il a estimé que le Conseil de sécurité doit aussi adopter des perspectives à long terme pour élaborer une stratégie globale couvrant tous les aspects, allant de la prévention à la restauration de la paix.  Par ailleurs, la coopération doit être renforcée avec les autres organes des Nations Unies et les États qui ne sont pas membres du Conseil, a conclu le représentant.


M. JORGE VOTO-BERNALES (Pérou) a déclaré que le développement, la paix et la sécurité et les droits de l’homme se renforcent mutuellement.  La mondialisation toutefois est venue aggraver la marginalisation et faciliter l’apparition de nouvelles menaces, a-t-il constaté, avant de souligner la nécessité de prêter attention aux facteurs structurels que sont la pauvreté et les inégalités.  Le fait que des conflits non réglés perdurent nuit aussi aux objectifs que poursuit ce Conseil, a ajouté le représentant.  Face au génocide et aux crimes de guerre, a-t-il précisé,  les États Membres doivent assumer leur responsabilité de protéger leur propre population.  Il est aussi urgent de renforcer la lutte contre la prolifération des armes de destruction massive et leurs vecteurs connexes.  Face au terrorisme, le représentant est revenu sur les accords adoptés au niveau international et a appuyé l’adoption de la Stratégie internationale contre le terrorisme, en insistant pour que les États disposent d’informations indispensables à cette lutte.  Mais le commerce illégal d’armes de petit calibre et la criminalité transnationale organisée sapent également la stabilité sociale, a-t-il reconnu, en insistant aussi sur la nécessité de lutter contre les dommages écologiques qui ont une incidence élevée sur bien-être des populations.


M. VITALY CHURKIN (Fédération de Russie) a estimé que la communauté internationale continue de faire face à des menaces de plus en plus nombreuses, complexes et susceptibles de s’alimenter entre elles.  Cependant, la période qui s’est écoulée depuis le Sommet de 2005 a montré qu’il n’y a pas de substitut au Conseil de sécurité pour élaborer des stratégies de lutte contre les menaces à la paix et la sécurité internationales.  On critique parfois à juste titre le Conseil de sécurité pour son manque d’action, mais cela ne doit pas nous conduire au pessimisme, a poursuivi le représentant.  En interaction avec les autres membres du Conseil, il a promis d’accroître le rendement pratique de travaux du Conseil de sécurité.  Il faudra, selon lui, se pencher en priorité sur les actions à entreprendre dans le domaine du maintien de la paix.  La Fédération de Russie, en fournissant des contingents à de telles opérations, continuera de renforcer son action, a encore promis le représentant.  Tout en respectant les prérogatives du Conseil de sécurité, il a jugé nécessaire que ce dernier renforce sa coopération avec les organisations régionales et son interaction avec la Commission de la consolidation de la paix.  Il faudra en outre utiliser rationnellement les ressources existantes des Nations Unies pour renforcer l’action du Conseil de sécurité.  Selon le représentant, la réforme de la gestion de l’Organisation, sous l’égide du Secrétaire général, devrait y contribuer.


M. BAN KI-MOON, Secrétaire général des Nations Unies, a relevé que les membres du Conseil parlent aujourd’hui d’une seule voix sur la nécessité de traiter les conflits de manière globale, en accordant une attention soutenue au développement et aux droits de l’homme.  La période actuelle, a relevé le Secrétaire général, est la plus chargée de notre histoire.  Le Département des opérations de maintien de la paix a déployé 18 missions tandis que le nombre de personnel sur le terrain a atteint un record historique de 100 000.  Le nombre d’opérations de paix, quelle qu’en soit la forme, est de 30.  Cette présence mondiale exige une plus grande coopération entre le Conseil de sécurité et le Secrétariat, et en particulier le Secrétaire général, a estimé Ban Ki-moon.


Relevant que les crises les plus graves se trouvent en Afrique, il a indiqué que la situation au Darfour constitue une des ses priorités principales.  Malgré les déclarations de la communauté internationale, la situation ne fait qu’empirer.  Au cours des mois qui viennent, a-t-il précisé, je travaillerai en étroite consultation avec les dirigeants africains et avec mon Représentant spécial pour le Darfour pour obtenir l’engagement constructif du Gouvernement soudanais, des gouvernements africains et de l’ensemble de la communauté internationale.  En République démocratique du Congo, nous devons, a poursuivi le Secrétaire général, consolider nos acquis qui ont été possibles grâce à la présence de la plus grande opération de maintien de la paix jamais déployée jusqu’ici.  De même, a–t-il dit, je chercherai à redonner un élan à la paix et à la stabilité au Moyen-Orient, ce qui signifie nous réinvestir dans le Quatuor mais aussi soutenir le Liban dans sa reconstruction et dans la recherche d’un avenir indépendant, pacifique et démocratique.  Nous devons aussi travailler à résoudre l’incertitude qui entoure le statut final du Kosovo.


Les menaces que nous connaissons ont des visages multiples et sont toutes interconnectées, a encore dit Ban Ki-moon, en estimant que cela est vrai du terrorisme comme des armes de destruction massive, du VIH/sida et d’autres pandémies, de l’extrême pauvreté et des violations graves des droits de l’homme et du droit international.  Ces menaces exigent toutes une action urgente de la communauté internationale.  Le Secrétaire général s’est donc félicité des derniers progrès qui se sont matérialisés par la création de la Commission de consolidation de la paix, l’adoption de  la Stratégie mondiale de lutte contre le terrorisme et la création du Conseil des droits de l’homme.  Il a toutefois estimé qu’il faut faire davantage pour redonner un élan à l’agenda du désarmement, ce qui passera, entre autres, par la faculté de relever les défis que posent les situations en Iran et en République populaire démocratique de Corée.


Je suis déterminé à renforcer le travail des Nations Unies dans cette direction, a affirmé le Secrétaire général.  Je m’engage à établir des ponts et à  restaurer la confiance dans l’Organisation ainsi que sa pleine capacité à jouer son rôle dans la prévention des conflits, le maintien de la paix et la consolidation de la paix.  Nous devons à cette fin trouver les moyens de renforcer nos capacités, a-t-il conclu.


Déclaration présidentielle


« Le Conseil de sécurité souhaite la bienvenue à S. E. M. Ban Ki-moon, Secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies. Il s’engage à travailler en étroite collaboration avec lui, en vue de réalisations précises et concrètes, pour mieux affronter les menaces et défis multiformes et interdépendants auxquels le monde doit faire face, dans l’exercice de la responsabilité principale du maintien de la paix et de la sécurité internationales à lui assignée par la Charte des Nations Unies.


Le Conseil s’engage à défendre les buts et principes énoncés dans la Charte, réaffirme son attachement aux principes d’égalité souveraine, de souveraineté nationale, d’intégrité territoriale et d’indépendance politique de tous les États et souligne en outre qu’il importe de faire respecter les droits de l’homme et l’état de droit, y compris la protection des civils lors des conflits armés, et d’adhérer aux principes de l’abstention du recours à la menace ou à l’emploi de la force dans les relations internationales de toute manière qui soit incompatible avec les buts des Nations Unies, et du règlement pacifique des différends.


Le Conseil, rappelant que le Document final du Sommet mondial de 2005* constate que le développement, la paix et la sécurité et les droits de l’homme sont inséparables et se renforcent mutuellement, souligne que les menaces et défis auxquels est confrontée la communauté internationale exigent une action résolue et cohérente, fondée sur le système de sécurité collective institué par la Charte. Le Conseil réaffirme qu’il est résolu à s’attaquer à tout le spectre des menaces contre la paix et la sécurité internationales, y compris les conflits armés, le terrorisme et la prolifération des armes de destruction massive.


Le Conseil affirme que l’Organisation des Nations Unies joue un rôle essentiel dans l’entreprise mondiale de lutte contre le terrorisme, qui, sous toutes ses formes et dans toutes ses manifestations, constitue l’une des menaces les plus graves contre la paix et la sécurité. Le Conseil se félicite donc que l’Assemblée générale ait adopté la Stratégie antiterroriste mondiale de l’Organisation des Nations Unies, et est prêt à jouer son rôle dans la mise en œuvre de celle-ci. Le Conseil, conscient de la responsabilité particulière qui lui est assignée dans l’action que mène la communauté internationale pour lutter contre le fléau du terrorisme conformément à la Charte, souligne qu’il est déterminé à redoubler d’efforts, notamment pour concrétiser les engagements qu’il a pris lors de la réunion au sommet qu’il a tenue durant le Sommet mondial de 2005. Il rappelle que les États doivent veiller à ce que les mesures qu’ils prennent pour combattre le terrorisme soient conformes à leurs obligations au regard du droit international, en particulier le droit international des droits de l’homme, le droit international des réfugiés et le droit international humanitaire.


Le Conseil réaffirme qu’il est résolu à prendre des mesures appropriées et efficaces en cas de menace contre la paix et la sécurité internationales causée par la prolifération des armes nucléaires, chimiques et biologiques et de leurs vecteurs, conformément aux responsabilités principales que lui assigne la Charte.


Le Conseil sait combien il importe d’améliorer l’efficacité de l’action menée au niveau international pour prévenir les conflits, notamment à l’intérieur des États, et il engage le Secrétaire général à lui présenter plus régulièrement, comme il le lui a déjà demandé dans sa résolution 1625 (2005), des analyses de la situation dans les régions où des conflits armés risquent d’éclater. Il souligne combien il importe d’arrêter des stratégies d’ensemble de prévention des conflits afin de faire l’économie des pertes humaines et matérielles que provoquent les conflits armés.


Le Conseil souligne qu’il faut améliorer les moyens dont dispose l’Organisation des Nations Unies pour évaluer les situations conflictuelles, préparer et gérer efficacement les opérations de maintien de la paix des Nations Unies et donner suite à tout mandat du Conseil en toute célérité et efficacité. Il est conscient en même temps qu’il importe de procéder selon une démarche plus stratégique s’agissant du contrôle et de l’orientation des activités de maintien de la paix, afin de donner à la transition toutes les chances de réussir dans les pays concernés et d’utiliser au mieux les moyens limités de maintien de la paix. À cette fin, le Conseil prie le Secrétaire général, lorsqu’il administre des missions de maintien de la paix ou en rend compte, de s’intéresser principalement à ce que le gouvernement concerné et la communauté internationale doivent faire pour permettre à la mission d’atteindre ses objectifs, et de proposer au Conseil, le cas échéant, des mesures propres à accélérer la transition.


Le Conseil insiste sur l’importance que revêt la consolidation de la paix après les conflits si l’on veut aider les pays qui en sortent à jeter les bases d’une paix et d’un développement durables. À ce propos, il se félicite de la création de la Commission de consolidation de la paix, qui devrait grandement contribuer à rendre l’ONU capable de mieux se coordonner avec les organisations régionales, les pays des régions concernées, les donateurs, les pays qui fournissent des contingents et les pays qui reçoivent de l’aide, en particulier dès le début des opérations de maintien de la paix mais aussi à travers les phases de stabilisation, de reconstruction et de développement. Il est heureux des résultats donnés jusqu’à présent par les travaux que la Commission a consacrés au Burundi et à la Sierra Leone. Soulignant qu’il importe qu’elle et lui entretiennent des rapports étroits, le Conseil s’intéressera régulièrement aux travaux de la Commission dans ses propres débats et tiendra compte des avis de cette dernière.


Le Conseil s’engage une fois de plus à travailler en partenariat avec le Secrétaire général et le Secrétariat, les autres organes de l’Organisation des Nations Unies, les organisations régionales et sous-régionales et les autres organisations intergouvernementales, les pays non membres du Conseil, y compris les États Membres qui sont parties à un conflit, les pays qui fournissent des contingents, et les autres parties concernées, financièrement ou autrement, à la réalisation de l’objectif commun de maintien de la paix et de la sécurité internationales. »


*     Résolution 60/1


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À l’intention des organes d’information • Document non officiel
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