L’OUVERTURE DES TRAVAUX DE LA COMMISSION DU DÉVELOPPEMENT SOCIAL EST MARQUÉE PAR UN APPEL EN FAVEUR D’UN PARTAGE PLUS ÉQUITABLE DES PRODUITS DE LA CROISSANCE

SOC/4695
8 février 2006

L’OUVERTURE DES TRAVAUX DE LA COMMISSION DU DÉVELOPPEMENT SOCIAL EST MARQUÉE PAR UN APPEL EN FAVEUR D’UN PARTAGE PLUS ÉQUITABLE DES PRODUITS DE LA CROISSANCE

08/02/06
Conseil économique et social
SOC/4695
Département de l’information • Service des informations et des accréditations • New York

Commission du développement social

Quarante-quatrième session

2e & 3e séances – matin & après-midi


L’OUVERTURE DES TRAVAUX DE LA COMMISSION DU DÉVELOPPEMENT SOCIAL EST MARQUÉE PAR UN APPEL EN FAVEUR D’UN PARTAGE PLUS ÉQUITABLE DES PRODUITS DE LA CROISSANCE


La Commission du développement social –chargée d’évaluer la mise en œuvre des engagements pris à Copenhague en 1995 et des initiatives pertinentes- a ouvert aujourd’hui sa session de 2006, qui se poursuivra jusqu’au 17 février, en entendant délégations d’États Membres, représentants d’ONG et universitaires qui ont insisté sur la nécessité de procéder à un meilleur partage des richesses afin de réaliser un développement social pour tous.  Cependant, ont noté certains, la croissance économique observée en Inde n’avait en rien contribué à la lutte contre la pauvreté dans ce pays.


Intervenante principale de cette première journée de débat, Mme Clare Short, Membre du Parlement britannique et ancien Ministre pour le développement international, s’est inquiétée des limites de la croissance économique, soulignant qu’il est urgent de développer un nouveau modèle économique basé sur des énergies renouvelables afin d’éviter un effondrement de notre civilisation.  Citant Lester Brown de Earth Policy Institute à Washington DC, elle a fait remarquer que la Chine pourrait atteindre en 2031 un niveau de consommation qui serait équivalent à celui des États-Unis aujourd’hui.  Ses 1,45 milliard d’habitants consommeraient alors deux tiers des céréales produites aujourd’hui dans le monde et 99 milliards de barils de pétrole par jour, alors que la production mondiale ne s’élève qu’à 84 barils par jour.


Dans un discours liminaire, le Président de la Commission du développement social, M. Javier Loayza Barea (Bolivie), a rappelé les engagements pris à Copenhague en 1995 et réaffirmés à Genève en 2000 en matière de lutte contre la pauvreté, le chômage et l’exclusion sociale.  La Commission entend examiner, à sa présente session, les moyens visant à améliorer les conditions de vie des groupes les plus marginalisés comme les personnes âgées, les femmes, les enfants et les handicapés, a-t-il précisé.  Cette session, a-t-il souhaité, devrait contribuer à harmoniser les programmes de développement social des Nations Unies dans l’intérêt des 1,3 milliard de personnes vivant dans la pauvreté absolue. 


Par ailleurs, M. José Antonio Ocampo, Secrétaire général adjoint aux affaires économiques et sociales, a noté des progrès très inégaux à travers le monde dans la réalisation de l’objectif visant à réduire de moitié la pauvreté absolue d’ici 2015, faisant observer que l’Afrique subsaharienne avait même connu des reculs.  Tout en saluant les progrès réalisés dans certains pays en développement grâce à une croissance atteignant 6%, il a prévenu que cette tendance ne saurait être préservée sans la garantie conjuguée de la hausse des prix des produits de base, la baisse des taux d’intérêt et l’accroissement de l’aide publique au développement (APD). 


Représentant le Forum des ONG, Sœur Burke a rappelé que le rapport 2005 sur la situation sociale dans le monde montrait une accentuation des inégalités et injustices sociales.  Elle a réclamé des stratégies qui placent l’être humain au centre du développement en apportant des changements radicaux aux institutions financières et commerciales internationales.  À cet égard, plusieurs intervenants ont souligné la limite des marges de manœuvre des gouvernements face aux normes arrêtées par ces institutions. 


Présentant le point relatif au suivi du Sommet mondial pour le développement et de la vingt-quatrième session extraordinaire de l’Assemblée générale, M. Johan Schölvinck, Directeur de la Division de politique sociale et du développement du Département des affaires économiques et sociales (DESA), a rappelé que le rapport du Secrétaire général sur l’examen de la première Décennie des Nations Unies pour l’élimination de la pauvreté (1997-2006)* dont était saisie la Commission pour le développement social contenait un cadre de politique générale visant à améliorer la lutte pour l’élimination de la pauvreté aux niveaux national et international.  Il a notamment insisté sur l’appel lancé par le Secrétaire général aux pays connaissant une pauvreté extrême, afin qu’ils adoptent une politique d’éradication de la pauvreté et s’assurent de sa mise en œuvre. 


Au cours de l’après-midi, la Commission a engagé un dialogue interactif sur les programmes entrepris ou à entreprendre pour éliminer la pauvreté en entendant des interventions liminaires de Mmes Judith Mbula Bahemuka, Représentante permanente du Kenya, et Nancy Barry, Présidente de la Banque mondiale pour les femmes (New York), ainsi que MM. Sanjay Reddy, Professeur d’économie à Columbia University et Roberto Bissio, Directeur exécutif de l’Institut du tiers-monde.


Enfin, la Commission a entendu une présentation** de la Rapporteurespéciale chargée d’étudier la situation des personnes handicapées, Mme Sheikha Hessa Al-Thani.


À l’ouverture de sa session, la Commission avait élu par acclamation M. Javier Loayza Barea (Bolivie), en remplacement de M. Ernesto Aranibar Quiroga, également de la Bolivie, élu le 18 février 2005 après la clôture de la quarante-troisième session.  Le Bureau est également composé des quatre Vice-Présidents suivants, élus le 8 février dernier: Mmes Valérie Melchior (Monaco), Nina Saraswati Djajaprawira (Indonésie), MM. Victor Leu (Moldova) et Luvuyo Lonsdale Ndimeni (Afrique du Sud).  M. Leu assumera également les fonctions de Rapporteur.


La Commission du développement social poursuivra ses travaux demain, jeudi 9 février à 10 heures.


*     E/CN.5/2006/3

**    E/CN.5/2006/4



OUVERTURE DE LA QUARANTE-QUATRIÈME SESSION DE LA COMMISSION DU DEVELOPPEMENT SOCIAL


SUIVI DU SOMMET MONDIAL POUR LE DÉVELOPPEMENT SOCIAL ET DE LA VINGT-QUATRIÈME SESSION EXTRAORDINAIRE DE L’ASSEMBLÉE GÉNÉRALE


Thème prioritaire: Examen de la première Décennie des Nations Unies pour l’élimination de la pauvreté (1997-2006)


Déclarations


Dans un discours liminaire, le Président de la Commission de développement social, M. JAVIER LOAYZA BAREA (Bolivie) a rappelé que les engagements pris à Copenhague en 1995 et réaffirmés à Genève en 2000 ont été l’occasion de réaffirmer notre volonté de combattre la pauvreté, le chômage et l’exclusion sociale.  Il a rappelé que le Sommet mondial de septembre dernier avait permis de s’accorder sur la nécessité de reconnaître les liens entre les problèmes mondiaux en demandant aux gouvernements de remédier aux causes profondes de ces problèmes.  Nous allons examiner le travail accompli dans le cadre de la lutte contre la pauvreté en vue de trouver des solutions au fléau qui affecte un milliard de personnes dans le monde.  Outre la pauvreté, l’analphabétisme, l’absence de logements et l’incapacité totale de participer à un processus politique de décision sont des problèmes qui paralysent le développement social et sont la cause de conflits.  La Commission entend examiner les façons d’améliorer les conditions de vie des groupes les plus marginalisés comme les personnes âgées, les femmes, les enfants et les handicapés, a-t-il encore ajouté, en précisant que la présente session sera une occasion exceptionnelle d’harmoniser les programmes de développement social des Nations.  Sur invitation du Conseil économique et social (ECOSOC), a-t-il encore précisé, nous avons également lancé un processus d’examen de nos méthodes de travail.  


M. JOSE ANTONIO OCAMPO, Secrétaire général adjoint aux affaires économiques et sociales, a indiqué que malgré des progrès considérables, le monde est bien loin de réaliser l’objectif visant à éliminer la pauvreté.  La pauvreté, a-t-il dit, a surtout baissé dans les régions d’Asie de l’Est et du Sud ainsi que dans la région du Pacifique alors que d’autres régions ont connu des reculs, en particulier ceux d’Afrique subsaharienne.  Aujourd’hui encore, plus d’un milliard de personnes vivent dans la pauvreté absolue, ne disposant que d’un dollar par jour.  La pauvreté, a précisé le Secrétaire général adjoint, n’est pas seulement un fait matériel.  Elle doit être perçue comme une exclusion économique et sociale et un déni des droits de l’homme. 


Le Sommet mondial de Copenhague, a-t-il poursuivi, a articulé un cadre politique global pour l’élimination de la pauvreté, de la promotion de l’emploi et du renforcement de l’intégration sociale.  Les États Membres ont réaffirmé ces engagements en 2000 lors de la vingt-quatrième session extraordinaire de l’Assemblée générale.  Ils se sont aussi engagés à travailler avec toutes les parties prenantes pour réduire de moitié la pauvreté absolue d’ici 2015.  Après le Sommet du Millénaire, cet engagement a pris une place dominante dans les Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD).  Au Sommet mondial de septembre, les chefs d’État et de gouvernement se sont fermement engagés à réaliser ces objectifs. 


Aujourd’hui, a continué le Secrétaire général adjoint, de nombreux pays continuent de lutter contre les obstacles à la réduction de la pauvreté dont le moindre n’est pas la faiblesse du lien entre la croissance économique et la réduction de la pauvreté.  Parmi d’autres obstacles, il faut aussi citer la propagation du VIH/sida ou encore les conflits armés.  Pour le Secrétaire général adjoint, la croissance économique est une condition préalable à l’élimination de la pauvreté et au développement durable.  Heureusement, les chiffres indiquent que la période allant de 2004 à 2006 sera celle de la croissance dans les pays en développement.  Pendant ces trois années, ces pays connaîtront des taux de croissance de 6%.  Les PMA se rapprocheront de ce chiffre alors que l’Afrique subsaharienne atteindra un taux de 5,4%.  Toutefois, cette tendance ne sera préservée que si la conjugaison de la hausse des prix des produits de base, la baisse des taux d’intérêt et l’accroissement de l’aide publique au développement (APD) se maintient. 


Mais la croissance n’est pas tout.  Son mode est tout aussi important, en particulier sa capacité de générer un emploi décent et productif pour les couches les plus pauvres de la société et son effet sur la répartition des richesses.   Or, a prévenu le Secrétaire général adjoint, la création d’emplois a été relativement faible dans les pays en développement.  Les inégalités de revenus se sont quant à elles accrues dans le monde développé comme dans le monde en développement.  Dans certains pays, les inégalités de revenus entre les régions urbaines et rurales montrent la nécessité de promouvoir le développement rural comme stratégie de lutte contre la pauvreté.  Il faut aussi s’attaquer aux inégalités salariales entre les hommes et les femmes car l’« inclusivité » de la croissance économique n’est pas une conséquence automatique des forces du marché.  Elle requiert une action explicite des pouvoirs publics. 


La solution, a suggéré le Secrétaire général adjoint, réside donc dans des stratégies de croissance économique qui intègrent explicitement la création d’emplois.  Elle réside aussi dans l’adoption de mesures visant à lutter contre les inégalités de revenus et pour une répartition équitable des richesses.  Elle réside enfin dans la mise en place de filets de sécurité et de mesures d’atténuation des risques comme partie intégrante des efforts à long terme pour instaurer des systèmes de protection sociale globaux et universels.  Le Secrétaire général adjoint a terminé son exposé sur la future place de la Commission dans le nouveau système du Conseil économique et social dont discute en ce moment l’Assemblée générale, conformément aux appels à la réforme lancés par le Document final du Sommet de septembre. 


Présentant le point relatif au suivi du Sommet mondial pour le développement et de la vingt-quatrième session extraordinaire de l’Assemblée générale, M. JOHAN SCHÖLVINCK, Directeur de la Division de politique sociale et du développement de DESA, a indiqué que le Rapport du Secrétaire général sur l’examen de la première Décennie des Nations Unies pour l’élimination de la pauvreté (1997-2006) (E/CN.5/2006/3) dont était saisie la Commission pour le développement social contenait un cadre de politique générale visant à améliorer la lutte pour l’élimination de la pauvreté aux niveau national et international.  Il a rappelé que tous les sommets de ces 10 dernières années avaient réaffirmé l’importance cruciale de l’élimination de la pauvreté en précisant que des efforts importants avaient été faits au niveau de l’amélioration de la coordination entre les organisations internationales et les gouvernements.  Il a précisé que le rapport s’inquiétait des progrès très inégaux observés en matière d’élimination de la pauvreté.  Il a rappelé que le Secrétaire général a demandé aux pays connaissant une pauvreté extrême d’adopter en 2006 une politique nationale d’éradication de la pauvreté d’ici 2015. 


Abordant l’examen des plans et programmes d’action pertinents des organismes des Nations Unies concernant la situation de groupes sociaux, M. Schölvinck a notamment mis l’accent sur un rapport présenté par le Secrétaire général sur le vieillissement qui privilégie une approche partant de la base.  Il a notamment fait sienne une recommandation du Plan d’action international de Madrid sur le vieillissement (2002) appelant à faire changer la perception malheureusement largement répandue selon laquelle les personnes âgées ne seraient pas actives.  Enfin, il a indiqué que conformément à la résolution 59/147 de l’Assemblée générale, le Secrétaire général a rendu public un recueil d’activités de coopération des Nations Unies dans le domaine de la famille qui fournit des informations sur les actions menées récemment en direction de la famille. 


Sœur BURKE, la représentante du Forum des ONG, s’est livrée à un fervent plaidoyer en faveur de la justice sociale.   Nous ne saurons, a-t-elle dit, tolérer un monde où la majorité des gens vit dans une pauvreté absolue.  Leur expérience quotidienne est choquante, a-t-elle souligné, en ajoutant que le jargon des économistes, qui divisent le monde en pays développés et pays en développement, n’est plus conforme à un monde marqué par les guerres, l’émigration massive, la stratification sociale, l’insécurité, des normes de vie inhumaines et des mouvements de capitaux et de forces de travail imprévisibles ou encore la militarisation des budgets nationaux.  Les résultats des conférences de l’ONU sont autant de promesses non tenues qui caractérisent trop fréquemment cette Décennie, a-t-elle encore dénoncé. 


La solidarité doit être le mot d’ordre de ce monde, a-t-elle poursuivi, en rappelant qu’à Monterrey, les gouvernements ont mis au point les moyens de réaliser les engagements pris lors du Sommet du Millénaire.  Ces moyens ont été réaffirmés dans le Document final du Sommet de septembre.  Il est donc temps de mettre en place des stratégies durables au service de tous car la pauvreté est multidimensionnelle et touche tous les aspects de la vie.  Elle est cause de famine, de marginalisation et de non-accès aux services sociaux de base.  Ce manque d’accès est essentiel pour comprendre les racines de la pauvreté, a estimé Sœur Burke, en appelant à une approche systémique qui s’attaque au manque d’accès pour aplanir les barrières sociales, économiques et politiques. 


Le rapport de 2005 sur la situation sociale dans le monde, a-t-elle poursuivi, montre une accentuation des inégalités et donc l’injustice sociale.  Le modèle économique actuel fait que les otages de la pauvreté ne peuvent faire entendre leurs voix et doivent subir la volonté des riches.  La justice sociale est la clef pour assurer un travail décent, l’accès à l’éducation et à la santé, la vie dans un environnement sûr et la participation à la vie économique.  Les pauvres du monde entier sont une ressource inestimable pour éliminer la pauvreté, a asséné l’oratrice, en jugeant que les pauvres peuvent être des personnes très capables et des partenaires efficaces pour concevoir l’avenir de leur communauté.  Chaque personne doit pouvoir contribuer et bénéficier du développement économique et social de son pays.  Or, aujourd’hui, a encore regretté la représentante du Forum des ONG, nous voyons un sentiment dévastateur d’exclusion et d’aliénation. 


Elle a réclamé des stratégies qui placent l’être humain au centre du développement et des programmes de lutte contre la marginalisation et pour l’émancipation des populations pauvres.  Il faut apporter des changements radicaux aux structures qui régissent le commerce, l’aide internationale et la dette.  Un travail décent est essentiel à toute stratégie de développement.  En l’occurrence, le secteur agricole doit être perçu comme le plus important car il bénéficierait aux pauvres du monde entier. 


Mme CLARE SHORT, Membre du Parlement britannique, qui participe depuis 2003 au Processus d’Helsinki sur la globalisation et la démocratie, a estimé que nous vivons une époque qui, tout en offrant de grandes opportunités, suscite également des craintes et incertitudes.  Elle a rappelé que la notion de croissance économique était une réalité récente, précisant que la croissance est restée insignifiante en Europe entre les années 500 et 1500, et que le niveau salarial est resté le même en Angleterre en 1800 qu’en 1300.  Elle a précisé que la force de changement résulte de la révolution industrielle qui a vu les gens passer d’une vie pauvre à la campagne à une vie miséreuse dans les usines.  Elle a ajouté que des progrès considérables avaient été réalisés dans la période postcoloniale en matière de longévité, de santé, d’éducation, de conditions de travail.  Ces développements ont assuré un bien-être à 20% de la population mondiale, essentiellement dans les pays de l’OCDE.  Malheureusement, a-t-elle regretté, ces pays ont utilisé leurs forces pour dominer et piller le reste du monde, alors que dans les pays du Sud, une explosion démographique a conduit à une augmentation exponentielle du nombre des pauvres. 


Avec la chute de l’empire soviétique à la fin des années 80 en raison du caractère inadéquat de son modèle économique et de l’insuffisance de libertés, la chute du mur de Berlin en 1989 et la libération de Nelson Mandela en 1990, une nouvelle vague d’espoir s’est répondue à travers le monde qui s’attendait à une réduction des dépenses militaires et à un meilleur partage de la prospérité et des technologies.  Arrivait alors la période des grandes conférences internationales des Nations Unies, à Jomtien sur l’éducation (1990), à Rio sur l’environnement (1992), au Caire sur la santé reproductive (1994), à Beijing sur les femmes (1995) ou encore à Copenhague sur la pauvreté (1995).   


Clare Short a précisé que les résultats et conclusions de toutes ces conférences ont été repris par le Comité de développement de l’OCDE  qui, dans un rapport de mai 1996, a demandé aux pays donateurs d’établir un partenariat avec les pays pauvres pour réduire le nombre des pauvres.  Dans la continuité, a-t-elle précisé,  les Nations Unies avaient lancé la première Décennie des Nations Unies pour l’élimination de la pauvreté (1997-2006) dans le but de réduire la pauvreté de manière substantielle dans le monde.  Elle a mis l’accent sur le jalon que représente le Sommet du Millénaire qui a permis aux États Membres d’affirmer et de s’entendre sur les Objectifs de développement (OMD), alors qu’à Monterrey en 2002, le monde est parvenu à un nouveau consensus pour établir un meilleur équilibre entre les pays pauvres et les pays riches, sans oublier les objectifs de développement durable arrêtés à Johannesburg en septembre 2002.   


Elle a déclaré que cette période de progrès et d’espoir avait été interrompue par les divisions nées de l’intervention en Iraq en mars 2003.  Il a fallu attendre le Sommet mondial de 2005 pour que la communauté internationale puisse réaffirmer sa volonté de réduire de moitié la pauvreté absolue d’ici à 2015.  Par ailleurs, elle s’est particulièrement inquiétée des conséquences des émissions de gaz à effet de serre causant un changement climatique dont les conséquences risquent d’être catastrophiques pour les récoltes, subsistance et ressources écologiques de millions de personnes.


Elle a estimé que nous étions à un grand tournant de la lutte contre la pauvreté à une époque ou nous disposions des capitaux permettant de faire profiter tous les pauvres du développement.  Il faut que l’on puisse bien canaliser la technologie aux fins de la lutte contre la pauvreté.


Elle a cité l’exemple de la Chine et de l’Inde qui ont atteint de croissances remarquables avec leurs propres moyens.  Faisant siens les propos de Lester Brown, de la Earth Policy Institute de Washington, elle s’est inquiétée des limites de la croissance économique en notant que si la Chine continuait de croître à un taux de 8% par an d’ici 2031, ses 1,45 milliard d’habitants atteindraient un PIB par habitant équivalent à celui des États-Unis aujourd’hui.  Avec ce niveau de consommation, la Chine consommerait alors deux tiers des céréales produites aujourd’hui, mais aussi 99 milliards de barils de pétrole par jour alors que nous en produisant que 84, et plus de papier que nous sommes en mesure d’en produire aujourd’hui. 


Face à ces risques de croissance, elle a souligné la nécessité urgente de  développer un nouveau modèle économique basé sur des énergies renouvelables afin d’éviter un effondrement de notre civilisation.  Si les pays de l’OCDE continuent de vivre comme ils le font, les Chinois et les Indiens le feront également et nous allons vers un fossé.  Elle a critiqué un modèle de vie qui ne rend pas forcément les gens plus heureux comme en atteste le développement de la drogue ou encore des maladies mentales. 


Si nous souhaitons que la civilisation survive nous devons mieux mettre en commun nos technologies et moyens afin que tous aient accès à ce dont ils ont besoin en matière d’éducation et de santé et que la croissance économique soit remplacée par un développement durable authentique.  Nous devons rétablir le respect du droit international en obtenant un règlement juste et équitable au Moyen-Orient.  Un tel monde ne peut être bâti sans une ONU plus représentative et plus efficace qui soit en mesure de mettre un terme à toutes ses guerres qui ont coûté plus de 13 millions de vies au cours des 10 dernières années.  Nous devons créer une nouvelle civilisation humaine dans les 30 à 100 années à venir dans le respect de la Déclaration universelle des droits de l’homme.  


Échange de vues


Lançant le débat, le représentant de la République dominicaine a mis l’accent sur l’importance de l’emploi et du développement rural dans les stratégies de lutte contre la pauvreté.  Il a aussi rappelé que l’économie mondiale a été fragilisée par la hausse du prix du pétrole.  On peut s’interroger sur le degré de fragilité à terme des pays en développement, a-t-il dit.  Aux questions de l’emploi et du développement durable, le représentant de Cuba a ajouté celle de la répartition équitable des richesses.  Il s’est aussi attardé sur la question de la militarisation des budgets nationaux.  Il a voulu connaître les mesures à préconiser pour assurer la diminution et la limitation des dépenses militaires.      


C’est Mme CLARE SHORT, Membre du parlement britannique, qui a donné les premiers éléments de réponse.  Elle a expliqué la baisse du chômage dans son pays par le fait que l’État a pris l’initiative de subventionner les emplois pour mieux les rémunérer.  La croissance économique acquise, le rôle de l’État doit inclure la répartition des richesses.  Marx l’a compris le premier, a rappelé l’oratrice, lorsqu’il a dit que la création de richesses ne saurait suffire si elle ne s’accompagne pas de politiques visant à y assurer l’accès.  Répondant aussi à la question liée à l’impact du prix du pétrole sur les économies, elle a admis qu’il se fait ressentir sur tous les pays, en mettant en garde contre une récession qui serait lourde de conséquences pour toutes les économies du monde.  Elle a conclu sur la question de la militarisation des budgets nationaux, en imputant le fait à la guerre contre le terrorisme.  « Le complexe militaro-industriel n’aime pas la réduction des budgets militaires », a-t-elle dénoncé, son avenir en dépend.  On ne peut créer plus de justice si l’on ne réduit pas les dépenses militaires. 


Cette question est une question grave pour les ONG qui la considèrent comme une question de cohérence, a renchéri la représentante du Forum des ONG.  Soulignant qu’à ce jour, 1 000 milliards de dollars sont investis par an dans l’armement, elle s’est interrogée sur ce qu’il adviendrait si une telle somme était consacrée à la réalisation des objectifs de développement social.  Il faut appuyer les gouvernements pour qu’ils inversent cette tendance dans l’intérêt de tous.


Les deux oratrices ont été accusées, par le représentant du Pakistan, d’avoir omis la question de la bonne gouvernance, au niveau international, qui a pourtant été reconnue comme essentielle à l’efficacité des stratégies nationales de lutte contre la pauvreté.  Les Nations Unies ont un rôle à jouer en la matière, a estimé la représentante de la Chine qui s’est aussi attardée sur les « accusations voilées » de Clare Short selon lesquelles la politique économique de la Chine ne tient pas suffisamment compte des impératifs liés à la protection de l’environnement.  Répondant d’abord au représentant pakistanais, CLARE SHORT lui a donné raison.  Les questions de développement ne peuvent être analysées séparément de l’évolution dans le monde, en particulier dans le domaine de la coopération internationale.  Elle s’est jointe aux appels à la réforme de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international (FMI), en pointant du doigt le risque d’effondrement du système commercial international, à la lumière des retards enregistrés dans la mise en œuvre du Programme de Doha adopté par l’Organisation mondiale du commerce (OMC).  Si, a-t-elle dit, en se tournant vers la représentante chinoise, la Chine veut à terme vivre comme les États-Unis, il faudra changer le modèle de développement.  Le mode actuel de développement conjugué à l’explosion démographique pointe vers la nécessité de trouver un système plus viable et de prendre des initiatives conformes aux dispositions du Protocole de Kyoto.


Apportant sa contribution au débat, le Secrétaire général aux affaires économiques et sociales a prévenu que les engagements pris en matière d’APD, d’allègement de la dette et de commerce risquent non seulement de ne pas être respectés mais pourraient ne pas suffire.  Il a également soulevé les questions systémiques comme celle du déficit de l’économie américaine qui doit être financée par le monde entier, y compris les pays en développement.  L’effondrement du dollar et la récession de l’économie américaine seraient une catastrophe pour l’économie mondiale, en particulier les pays du Sud.  Il s’est aussi attardé sur la lutte contre la vulnérabilité des pays en développement, en particulier les pays à revenu intermédiaire.


Reprenant la parole, le représentant de Cuba a estimé que la politique d’ajustement structurel imposé par les institutions financières internationales avait aggravé la pauvreté dans les années 1980 et 1990 en forçant les pays pauvres à réduire leur politique en faveur de l’inclusion sociale.  Il a remercié l’intervenante pour avoir insisté sur les piliers développement social, protection de l’environnement et objectifs de développement durable arrêtés à Johannesburg en 2002.  Il a regretté le déséquilibre total qui existe entre le développement économique et le développement social.   


La représentante de la Finlande a souhaité quant à elle des précisions sur les éléments positifs qui doivent nous guider vers un meilleur avenir.


Répondant à cette série de questions, CLARE SHORT a déclaré que les grandes puissances commettaient de graves erreurs.  Elle a estimé que la politique des États-Unis n’était pas durable au Moyen-Orient et qu’il était plus qu’urgent d’en revenir aux vertus du multilatéralisme.  Elle a jugé urgent de mettre en place un système équitable en vue de parvenir à un partage plus équitable des ressources environnementales.  De son côté, la représentante du Forum des ONG a dit son espoir de contrecarrer la mondialisation économique et qui mène dans une pauvreté plus grande ceux qui sont déjà pauvres.  Elle a souhaité le développement d’une véritable politique sociale mondiale s’appuyant sur une déontologie mondiale.   Elle a souligné l’urgence de favoriser une prise de conscience parmi les citoyens du monde en utilisant la démocratie pour faire connaître les préoccupations sociales des plus défavorisés.  Pour sa part, la représentante de l’Arabie saoudite a jugé essentielle la mise en place d’incitations pour pousser les États à développer des modes de consommation raisonnables dans le souci d’atteindre les objectifs de développement durable.   


Table ronde


Mme JUDITH MBULA BAHEMUKA (Kenya) a regretté que nous nous trouvions toujours en face de statistiques inquiétantes malgré les efforts que nous déployons pour lutter contre la pauvreté.  À l’exception de certains cas isolés, l’Afrique subsaharienne n’a connu aucune avancée et parfois même des reculs.  Elle a estimé que le fossé s’élargissait entre les riches et les pauvres.  Si l’agriculture représente la principale source d’activités et de revenus du continent africain, celui–ci ne sera bientôt plus en mesure de subvenir aux besoins d’une population qui ne cesse d’augmenter.  Elle s’est félicitée que les stratégies de réduction de la pauvreté (PRSP) aient reconnu le lien entre l’emploi et la réduction de la pauvreté d’un côté et de la gestion macroéconomique et les cadres de développement de l’autre.  Elle a souligné l’impact désastreux du VIH/sida sur le capital humain et les capacités de production du continent africain.  Il faut investir dans la famille qui doit être à la base de la bonne gouvernance en léguant ses valeurs à nos enfants, a-t-elle ajouté.  La représentante a regretté l’absence des ressources nécessaires à la mise en œuvre des programmes et objectifs de développement des Nations Unies.  Il est important de faire participer les gens à toutes les stratégies de lutte contre la pauvreté.  Mme Mbula Bahemuka a aussi mis l’accent sur l’importance de trouver des solutions locales aux problèmes en faisant participer autant que possible les populations locales.  À cet égard, elle a salué l’importance du microcrédit comme outil de lutte contre la pauvreté.  Elle a fait sien l’avis selon lequel la pauvreté était une blessure de l’humanité en appelant à la communauté internationale à déployer des efforts concertés pour que la pauvreté ne soit plus qu’un mauvais souvenir du passé. 


Mme NANCY BARRY, Présidente de la Banque mondiale des femmes (New York), a estimé important de mettre l’accent sur ce qui fonctionne bien dans le souci de définir les moyens de réduire la pauvreté.  Elle a souhaité que l’on définisse avant tout la pauvreté en termes de revenus.  Elle a particulièrement insisté sur l’importance du  microfinancement qui, selon elle, constitue la forme d’investissement la plus durable.  Elle a insisté sur la nécessité de permettre l’émergence, la survie et le développement d’institutions de microcrédit de reconnaître ces institutions comme partie intégrante du système financier formel.  Elle a souligné la nécessité de lier les pratiques optimales de la concurrence saine avec des taux d’intérêts abordables.  Notant que le continent africain avait trois fois plus de clients du microfinancement que l’Amérique latine, elle a suggéré que l’on examine ses spécificités africaines et ce qu’il est advenu des fonds ainsi libérés.


M. SANJAY REDDY, Professeur d’économie à Columbia University, a appelé au sérieux et à l’établissement d’un bilan honnête de la Décennie pour l’élimination de la pauvreté.  La pauvreté, a-t-elle vraiment été réduite? a-t-il demandé.  La réponse n’est pas si simple car nous en savons trop peu sur l’acquis réel, en particulier en matière de revenus.  Le critère d’un dollar par jour est entaché de problèmes de méthodes qui font que le jugement en matière de réduction de pauvreté est peu fiable.  Si l’on prend la ventilation par région, on s’aperçoit que la pauvreté a baissé en Asie de l’Est en raison du décollage économique de la Chine, et en Asie du Sud, grâce à la croissance économique en Inde.  En Amérique latine et en Afrique subsaharienne, la situation est beaucoup moins encourageante. D’après les dernières statistiques qui s’appuient sur la norme nutritionnelle, le niveau de réduction de la pauvreté est relativement faible.  En Afrique subsaharienne, on est en plus confronté à un problème de fiabilité des données.


Sur la base de certaines hypothèses, la pauvreté dans le monde aurait même augmenté.  La toile de fond de telles hypothèses est la question de l’expérience en matière de croissance, en données agrégées, par opposition à la situation particulière de chaque pays.  Ainsi, les PMA ont des niveaux très bas de réduction de la pauvreté même s’ils ont connu une certaine croissance.  Les pays stagnent en Afrique subsaharienne et en Amérique latine, en particulier s’ils connaissent des conflits ou si leurs économies dépendent de l’exportation des produits de base.  Le tableau reste donc préoccupant dans beaucoup de pays du monde.


Si l’on passe aux statistiques sur les revenus, les choses paraissent un petit peu moins mauvaises.  Néanmoins, selon la première étude qui se fonde sur un sondage effectué auprès de quelque 500 000 foyers, les résultats sont choquants.  Les carences alimentaires graves prévalent dans des régions comme l’Amérique latine et l’Afrique subsaharienne.  Il est donc absolument urgent, a préconisé le Professeur Reddy, d’assurer un meilleur contrôle des privations humaines graves.  L’ONU doit mettre en place un mécanisme chargé de contrôler ces privations à l’instar du système de comptabilité nationale qui a été l’un de ses succès les plus remarquables.  Ce système a, en effet, permis de savoir avec exactitude le revenu réel par pays et son évolution.


Avant les années 40, on n’aurait jamais imaginé que la comptabilité jouerait le rôle qu’elle assume aujourd’hui.  La même chose est-elle possible pour comptabiliser les privations les plus graves et la pauvreté en termes de revenus?  Oui, a répondu le Professeur Reddy, car les ressources nécessaires ne sont pas extraordinairement élevées et seule l’ONU pourrait prendre une telle initiative qui complèterait l’objectif visant à assurer le suivi national.  Pour garantir des succès dans l’élimination de la pauvreté, il faut se demander si l’aide sert vraiment à quelque chose.  Même si l’on distingue l’aide au développement et l’aide fondée sur des raisons géopolitiques, on conclut, a dit le Professeur Reddy, que les montants d’aide reçus par les pays sont extrêmement importants pour lancer la croissance économique.  Mais l’aide toute seule ne suffit pas.  Il faut que les pays trouvent leur propre solution et la marge de manœuvre politique nécessaire pour entreprendre des innovations à leur avantage et dont d’autres pays pourraient s’inspirer.  Pour ouvrir cet espace si nécessaire, le Professeur Reddy a préconisé la création d’un mécanisme de révision par les pairs qui réunirait donateurs et pays bénéficiaires.  Pour lui, ce serait là un moyen efficace pour garantir les résultats souhaités.


M. ROBERTO BISSIO, Directeur exécutif de l’Institut du tiers-monde, a estimé que le thème de la table ronde pourrait s’intituler « rendre les pauvres plus visibles ».  Comment faire de politiques en leur faveur, si on ne les voit jamais et si on ne connaît pas leurs problèmes, a-t-il expliqué.  Le tableau de la réalité n’est pas réjouissant.  Après la Décennie pour l’élimination de la pauvreté et la date magique de 2015, nous savons que les OMD ne seront pas atteints à moins que des changements substantiels ne se produisent dans le monde et dans chaque pays.  Pourtant en leur temps, les OMD avaient été critiqués par les ONG parce qu’ils paraissaient trop modestes.  C’étaient des objectifs « conservateurs » comme certains l’ont dit.  Dix ans plus tard, il faut se rendre à l’évidence et constater le ralentissement du rythme des acquis sociaux.  Un gouffre est né entre les promesses et les résultats réels.  Les espoirs nés de la guerre froide se sont effondrés. 


L’une des raisons pourrait se trouver dans la réduction de la marge de manœuvre des pays en développement, à partir des années 90 au cours desquels ont été lancées les politiques d’ajustement structurel et les politiques macroéconomiques à taille unique.  Ce dont il faut se féliciter aujourd’hui, c’est que la question de la pauvreté a gagné sa place au cœur du débat international. Aujourd’hui, la moitié de l’humanité est jugée pauvre dans les sociétés où elle vit.  Dans cette moitié, la majorité est constituée par des femmes.  Nous savons que même dans les familles qui vivent un peu au-dessus du seuil de pauvreté, les femmes et les filles sont maintenant en deçà de ce seuil.


Un énorme effort est effectué dans le monde en développement pour honorer les engagements pris contrairement au monde développé.  Les engagements en matière d’aide publique au développement ont été pris, il y a 35 ans.  Qu’en est-il aujourd’hui, s’est demandé l’orateur, en rappelant aussi les engagements non tenus dans les domaines du commerce international et de la dette.  Chaque fois qu’un pays réduit sa dette d’un dollar, les donateurs réduisent la même somme de leur aide.  Comment effectuer des progrès? a-t-il dénoncé.  Si l’histoire fait la pauvreté, alors les pays doivent prendre la décision de faire l’histoire, en organisant de nouveaux arrangements qui mèneraient à l’élimination de la pauvreté.  Parce que c’est possible, a conclu le Directeur exécutif. 


Échange de vues


Lançant le débat, la représentante des Pays-Bas a souhaité des commentaires sur le lien entre le Programme d’élimination de la pauvreté et la Déclaration de l’Organisation internationale du Travail (OIT) sur le travail décent.  Pour sa part, le représentant de la République dominicaine s’est demandé pourquoi il est si difficile, dans les pays en développement, d’adapter les systèmes bancaires aux besoins de tous.  En l’occurrence, il a attiré l’attention sur la responsabilité du secteur privé dans la réalisation des objectifs de développement.  


Si la représentante de la Finlande a souhaité que l’on s’intéresse aussi à la situation des pauvres dans les pays en développement, celui de la République de Corée a souhaité que l’on distingue l’aide au développement à l’aide géopolitique.  Enfin une représentante d’ONG a demandé des précisions sur les critères utilisés depuis 1995 pour mesurer la mortalité maternelle alors que le représentant de l’Inde a souhaité des quelles recommandations la CSD souhaitait adopter. 


Répondant à cette première série de questions, Mme BAHAMUKA a jugé essentielle la participation du secteur privé.  Elle a expliqué que l’expérience montrait que l’arrivée du secteur privé rendait souvent tout possible et que sa participation bénéficiait tout de suite aux femmes et aux enfants avant de bénéficier à la société ans son ensemble.  De son côté, Mme BARRY a cité l’exemple d’une croissance extraordinaire observée en Inde qui ne semblait pas profiter à la réduction de la pauvreté.  


S’agissant de l’innovation en matière d’aide au développement, elle a déclaré qu’une des grandes surprises de la réalisation des OMD était que la plupart des flux d’APD allaient vers les budgets publics.  Elle a cité le cas du Bangladesh qui a drastiquement réduit sa pauvreté grâce au microfinancement et au rapatriement de fonds.  Le Professeur REDDY a cité l’exemple de pays qui prennent des initiatives mais qui ne parviennent pas aux objectifs assignés en raison d’insuffisance de moyens.  Il faut que les prêts ne suffisent pas pour atteindre les objectifs de croissance et de développement.  Il a également noté la situation de l’Inde où la croissance importante observée n’avait pas généré d’emploi.  Enfin M. BISSION a rappelé qu’il y a deux siècles, Alan Smith déclarait que la principale source de pauvreté résidait dans le fait que les travailleurs n’avaient pas de liberté de mouvement alors que les produits l’avaient.  Deux siècles plus tard, ce sont non seulement les travailleurs qui voyagent mais aussi les capitaux.  En même temps, le public comprend qu’il faut faire quelque chose contre la pauvreté.  Notant que les chiffres utilisés pour mesurer la mortalité maternelle avaient changé depuis 1995, il a reconnu qu’il était difficile d’arrêter des conclusions sur l’évolution de ce phénomène au cours de ces 10 dernières années. 


Concluant cet échange de vues, le Secrétaire général adjoint aux affaires économiques et sociales, José Antonio Ocampo, a souligné l’importance de mesures innovantes en utilisant la notion d’économie de la solidarité qui rassemble les mouvements de coopération, les organisations communautaires, les ONG et toutes les formes de solidarité présentes dans nos systèmes économiques.


Examen des plans et programmes d’action pertinents des organismes des Nations Unies concernant la situation de groupes sociaux


      Présentant le rapport E/CN.5/2006/4, la Rapporteure spéciale de la Commission chargée d’étudier la situation des personnes handicapées, Mme SHEIKHA HESSA AL-THANI, a indiqué que son rapport se divise en deux parties dont la première donne les conclusions préliminaires de la première enquête mondiale sur l’action des gouvernements dans la mise en œuvre des normes et règlements internationaux relatifs aux personnes handicapées.  Les 191 États Membres de l’ONU étant convaincus du rôle essentiel que peuvent jouer en la matière les organisations qui s’occupent des personnes handicapées, l’enquête a aussi porté sur leurs points de vue.


Après cet exposé, la représentante des Philippines a voulu savoir si l’enquête a permis de déceler les différences dans les besoins prioritaires des pays et les interventions nécessaires.  Elle s’est aussi interrogée sur la manière dont le système des Nations Unies pourrait contribuer à l’amélioration des conditions économiques et sociales des personnes handicapées.  Au nom del’Alliance internationale pour les handicapés, un intervenant a jugé qu’en l’occurrence, il est essentiel de s’assurer de la présence des personnes handicapées elles-mêmes.  Le moment est venu de se demander comment tous les protagonistes peuvent travailler non seulement à la mise en œuvre des normes et des règlements mais aussi à l’adoption de mesures complémentaires à la Convention des Nations Unies qui devrait être adoptée, à la fin de l’année.  Cette Convention est porteuse d’espoir pour l’inclusion des personnes handicapées mais il ne faut pas oublier les normes et les règlements.  Il est nécessaire de disposer de meilleurs indicateurs et statistiques.  Il faut aussi mettre en place des plans globaux nationaux assortis de mécanismes de suivi.  En la matière, les ONG ont les moyens d’aider les pays les moins avancés.  Il est tout aussi important de faire participer les personnes handicapées aux efforts de secours, en cas de catastrophe, car il faut cesser de les marginaliser et de les réduire à un statut de victime.  À son tour, la représentante du Mexique a souligné la nécessité de créer des synergies entre les différents mécanismes existants.


*   ***   *

À l’intention des organes d’information • Document non officiel
À l’intention des organes d’information • Document non officiel.