COMMISSION DE LA CONDITION DE LA FEMME: CONSENSUS SUR LA NÉCESSITÉ DE PROTÉGER LES FEMMES MIGRANTES FACE AUX RISQUES DE LA TRAITE

2 mars 2006
FEM/1544

COMMISSION DE LA CONDITION DE LA FEMME: CONSENSUS SUR LA NÉCESSITÉ DE PROTÉGER LES FEMMES MIGRANTES FACE AUX RISQUES DE LA TRAITE

02/03/2006
Assemblée générale
FEM/1544
Département de l’information • Service des informations et des accréditations • New York

COMMISSION DE LA CONDITION DE LA FEMME: CONSENSUS SUR LA NÉCESSITÉ DE PROTÉGER LES FEMMES MIGRANTES FACE AUX RISQUES DE LA TRAITE

En prélude au Dialogue de haut niveau sur les migrations internationales et le développement, prévu les 14 et 15 septembre 2006 à New York, dans le cadre de l’Assemblée générale, la Commission de la condition de la femme a tenu, cet après-midi, sous la présidence de Carmen Maria Gallardo (El Salvador), un débat sur les dimensions sexospécifiques des migrations internationales.  Phénomène qui, à l’origine, concernait davantage les hommes, les migrations internationales ont évolué avec le temps et aujourd’hui les femmes sont nombreuses à émigrer.  Selon la Directrice de l’Institut international de recherche et de formation pour la promotion de la femme, Carmen Moreno, elles constituent 85% des migrants entrant en Espagne.  Cette tendance est également vraie pour les pays d’Asie, a observé Maruja Asis, Directrice du centre Scalabrini pour les migrations de Manille aux Philippines, qui a indiqué que sur les quelque 7 millions de travailleurs migrants en Asie du Sud et de l’Est, 2,5 millions étaient des femmes.

Le fait que ces flux soient en progression exige qu’une attention particulière soit portée à la protection des femmes migrantes afin, comme l’a déclaré la représentante de l’Afrique du Sud, de prévenir la traite des femmes et l’esclavage sexuel.  Ce phénomène ne saurait être minimisé, au regard des statistiques fournies par Irena Omelaniuk, de la Banque mondiale, qui a évalué les profits mondiaux de la traite à 10 milliards de dollars par an.  Plus de 98% des victimes de la traite en Europe du Sud-Est sont des femmes et des fillettes ayant 25 ans ou moins, a-t-elle ajouté, indiquant par ailleurs que la traite porte atteinte au capital humain d’un pays et réduit à néant les fonds que les migrants envoient à leur famille.  Cette question des transferts de fonds des migrants a également été abordée au cours du débat, notamment par la Directrice adjointe de l’Organisation internationale pour les migrations, Ndioro Ndiaye, et par le représentant des Pays-Bas qui a mis en avant la fiabilité et le sérieux des femmes migrantes qui peuvent être des vecteurs de financement du développement dans leur pays d’origine et d’intégration dans les pays d’accueil.

Ce matin, la Commission avait poursuivi son débat général consacré au suivi de la quatrième Conférence mondiale sur les femmes et de la vingt-troisième session extraordinaire de l’Assemblée générale intitulée « les femmes en l’an 2000: égalité entre les sexes, développement et paix pour le XXIe siècle ».  À ce titre, plusieurs délégations ont recommandé, à l’instar de la Nouvelle-Zélande, que dans le cadre de l’adaptation de ses méthodes de travail, la Commission accorde une place plus importante aux débats interactifs afin que les États participants puissent réellement s’informer sur les expériences réussies d’autres pays.  Pour sa part, la délégation de la Suisse, appuyée en cela par le Président de la Commission des droits de l’homme, a affirmé que l’avènement du Conseil des droits de l’homme, dont la création est toujours à l’examen, constituerait une avancée notable pour la promotion et la protection des droits des femmes.

Les délégations suivantes ont pris la parole au cours du débat général: Turquie, Grenade, Myanmar, Suriname, Turkménistan, Jamaïque, Bangladesh, Saint-Siège, Liechtenstein, Haïti, Égypte, Équateur, Burundi, Israël, Nouvelle-Zélande, îles Salomon, Thaïlande, Singapour, Bélarus, Croatie, Colombie, Fidji, Suisse, Argentine, Arménie et Émirats arabes unis.  Le Président de la Commission des droits de l’homme et les représentantes d’International Council of Women et de la Coordination française pour le lobby européen des femmes se sont également exprimés. 

La Commission se réunira demain, vendredi 3 mars, à partir de 10 heures, pour terminer son débat général. 

SUIVI DE LA QUATRIÈME CONFÉRENCE MONDIALE SUR LES FEMMES ET DE LA VINGT-TROISIÈME SESSION EXTRAORDINAIRE DE L’ASSEMBLÉE GÉNÉRALE INTITULÉE « LES FEMMES EN L’AN 2000: ÉGALITÉ ENTRE LES SEXES, DÉVELOPPEMENT ET PAIX POUR LE XXIE SIÈCLE »

Débat général

Mme ESENGUL CIVELEK, Directorat général du statut de la femme, Bureau du Premier Ministre de la Turquie, dressant l’état des progrès dans son pays, a mis en avant l’adoption d’un nouveau Code civil, d’un nouveau Code pénal, d’amendements aux lois relatives au travail, ainsi qu’une nouvelle loi sur la famille, autant d’éléments initiés par le Gouvernement turc pour améliorer la condition des femmes.  Ajoutant que des dispositions ont été prises pour lutter contre la violence domestique et l’exploitation des femmes, la représentante a toutefois constaté que le taux de représentation des femmes dans la vie politique et publique restait insuffisant.  Aussi, a expliqué Mme Civelek, des efforts sont faits, au niveau des partis politiques, afin de faire évoluer la situation.

Mme RUTH ELIZABETH ROUSE (Grenade) a rappelé que son pays a d’ores et déjà obtenu des progrès significatifs dans la mise en œuvre de la Plateforme de Beijing.  Elle a indiqué toutefois que les ouragans de 2004 avaient affecté les progrès réalisés, ajoutant que ces effets seraient ressentis pendant longtemps.  En dépit de conditions précaires au niveau socioéconomique, le Gouvernement a mis en place un cadre juridique propice à la protection et la promotion de la femme et établi des règles équitables d’accès à l’éducation et à l’emploi sur des critères établis dans une perspective sexospécifique.  La Grenade a mis en place des structures de santé publique modernes et réalise des programmes de lutte contre le sida, a dit l’intervenante.  En matière de représentation dans la sphère politique, elle a fait savoir que près de 30% des parlementaires sont des femmes. 

U MAUNG WAI (Myanmar) a indiqué que la condition féminine au Myanmar se situe à un niveau élevé et ce, depuis des temps immémoriaux.  En 1996 le pays a établi le Comité national des femmes du Myanmar, ainsi que le Comité national des femmes travailleuses du Myanmar.  Nous disposons aussi de l’Association des femmes chefs d’entreprise du Myanmar.  Nous sommes en avances dans beaucoup de domaines et dans d’autres nous sommes au diapason des grandes tendances mondiales.  Nous accordons également la priorité à l’enseignement des fillettes et des jeunes filles qui y ont accès sur un pied d’égalité avec les garçons.

M. EWALD WENSLEY LIMON (Suriname) a indiqué que la parité et la protection de tous les droits de l’homme sont indispensables à la sécurité humaine et le Suriname souhaite à cet égard honorer tous ses engagements eu égard aux droits fondamentaux de la femme.  L’éducation est un instrument efficace pour s’attaquer à la pauvreté des femmes et c’est la raison pour laquelle le Suriname déploie des efforts particuliers pour favoriser la scolarisation des filles dont les taux de fréquentation des établissements d’enseignement sont supérieurs à ceux des garçons, y compris au niveau universitaire.  La santé des femmes, y compris la santé génésique est également d’une importance fondamentale.  Il est aussi décisif de renforcer la place des femmes dans les processus de prise de décisions qu’il s’agisse du secteur privé ou public.

Mme AKSOLTAN T. ATAEVA (Turkménistan) a indiqué que, suite à l’adoption de la Déclaration et du Programme d’action de Pékin, son pays avait pris une série de décisions relatives au renforcement du rôle des femmes dans la société, décisions qui s’inscrivent dans le cadre d’un plan d’action national.  Ce plan prône une participation plus importante des femmes dans les processus de prise de décisions, les femmes représentant 47% des personnels des institutions financières et un tiers du personnel de la magistrature, et contient des mesures protégeant les femmes actives voulant avoir plusieurs enfants.  Les femmes ont des avantages en ce qui concerne les services publics tels que la santé, les transports, a-t-elle dit, assurant que dans tous les secteurs, les fillettes et les mères font l’objet d’une attention particulière au Turkménistan.  Nous procèderons prochainement à l’évaluation du plan d’action national, a dit l’intervenante, invitant les Nations Unies à épauler les efforts du Turkménistan dans le domaine de l’éducation des filles. 

Mme BARBARA BAILEY (Jamaïque), soulignant les progrès de son pays en matière de parité entre les sexes au niveau de l’éducation primaire, a indiqué que dans le secondaire et l’universitaire, les femmes avaient aussi des taux de participation et de réussite plus élevés.  En dépit de cela, elles sont davantage touchées par le chômage et la pauvreté et sont moins bien payées à travail égal.  Par ailleurs, en Jamaïque, le nombre de femmes infectées par le VIH/sida augmente, en particulier entre 17 et 19 ans, où elles sont trois fois plus vulnérables que les hommes.  Les femmes continuent d’être sous-représentées en politique, a dit ensuite l’intervenante, en dépit du fait qu’une femme occupera prochainement le poste de Premier Ministre en remplacement de M. Patterson.  La représentante a indiqué que le Gouvernement avait désigné un comité consultatif sur la condition de la femme chargé du suivi de la mise en œuvre des grandes orientations en matière d’avancement et d’émancipation. 

M. IFTEKHAR AHMED CHOWDHURY (Bangladesh) a indiqué que son pays a créé un ministère distinct qui s’occupe exclusivement des femmes et des enfants et a mis en place un programme d’action pour les femmes.  Le développement n’est valable que s’il est sensible à la problématique homme/femme, a-t-il ajouté.  Nous avons déjà réalisé l’Objectif du Millénaire numéro 3 concernant l’élimination des disparités à tous les niveaux de l’enseignement et des lois très strictes ont été adoptées pour prévenir les abus et l’exploitation sexuelle des femmes et des enfants.  Près de 15 millions de femmes sont désormais autonomes grâce au microcrédit.  Les femmes disposent de 45 sièges au Parlement tandis que le Premier Ministre et le Chef de l’opposition sont des femmes depuis près de 15 ans.  Malgré ces progrès et réalisations, nous sommes conscients du long chemin qu’il nous reste à parcourir tant il nous faut encore créer un environnement propice à une réelle égalité entre les sexes grâce à des partenariats mondiaux.

Mme MARY ANN DANTUONO, Observatrice du Saint-Siège, a indiqué que toute tentative visant à remédier aux inégalités doit se faire à la fois avec prudence et audace.  Les politiques doivent être plus justes et équilibrées.  Nous ne pouvons pas lier la liberté des femmes à des pratiques dangereuses.  De nombreux défis demeurent pour les femmes qui vivent dans des pays touchés par des conflits armés, a poursuivi l’intervenante.  Celle-ci a également attiré l’attention de la Commission sur la condition des femmes âgées qui sont souvent les laissées pour compte des décideurs.  La représentante a également évoqué la situation des  migrants qui représentent 19% de la population mondiale, la moitié étant des femmes, et qui sont souvent la principale source de revenu pour leur famille.  Elle a également fait part de la préoccupation que lui inspire la traite des êtres humains.

M. PATRICK RITTER (Liechtenstein) a indiqué que la parité entre les sexes est une des priorités de son pays.  Le représentant a souhaité mettre l’accent sur le thème des femmes dans les processus de prise de décisions à tous les niveaux, y compris au niveau local.  Au Lichtenstein, 30% de femmes figurent au sein des instances politiques locales alors que ce chiffre tombe à 20% au sein du Parlement national.  La présence des femmes en politique s’est traduite par la mise en œuvre de programmes destinés aux femmes et également par une plus grande visibilité.  Il est possible de trouver et d’élire des femmes à des postes à responsabilité, a insisté l’intervenant, citant en exemple l’élection de huit femmes parmi les 18 juges qui siègent à la Cour pénale internationale.  Mais la place des femmes dans les processus décisionnels dépend pour sa durabilité d’un cadre propice qui, dans un premier temps, tiendra à un changement d’attitude des hommes.

Mme ADELINE MAGLOIRE CHANCY, Ministre de la condition féminine et des droits de la femme d’Haïti, a indiqué qu’au terme de deux années de transition politique, les femmes avaient réellement progressé, tant au niveau juridique qu’administratif.  Le Ministère chargé de la condition féminine occupe une place centrale dans le dispositif du pays et dispose d’une loi organique, pour la première fois en onze ans, loi qui établit, entre autres, une structure décentralisée et un comité consultatif.  Une réforme du Code pénal y a introduit le viol comme un crime, a dépénalisé l’adultère et retiré le constat d’adultère comme circonstance atténuante d’un crime dont serait victime une femme dans son foyer.  La Ministre a fait part d’autres mesures en matière de lutte contre la violence domestique et ajouté que les femmes avaient été incluses parmi les candidats dans le cadre de la reconnaissance de la patrie aux héros de la nation.  Sur 30 postes à pourvoir au Sénat, neuf femmes sont encore en lice, quinze le sont pour le second tour des législatives, a poursuivi Mme Chancy, soulignant ainsi les avancées réelles du dernier scrutin qui a mis un terme à la transition. 

Mme FARKHONDA HASSAN (Égypte) a souligné les progrès réalisés en matière d’accès des femmes égyptiennes à l’éducation et à l’emploi, notant également l’évolution dans le domaine de la haute administration.  Cependant, a poursuivi Mme Hassan, les femmes n’ont toujours pas le droit d’occuper les postes de gouverneurs, estimant à ce titre que des progrès doivent encore être engagés sur proposition du Conseil national des femmes.  Ce Conseil a joué un rôle important dans les changements intervenus en matière de législation sur la famille, a-t-elle dit, ajoutant que grâce à cette structure, un décret ministériel exigeant une autorisation du mari pour l’obtention du passeport avait été abrogé.  Les femmes ne représentent que 40% des électeurs inscrits, a poursuivi Mme Hassan, constatant que dans le secteur privé, rien n’est fait non plus pour recruter des femmes. 

Mme ROCIO ROSERO, Président du Conseil national de la femme de l’Équateur, a indiqué que, depuis 1995, le Conseil national des femmes de son pays avait mis l’accent sur la décentralisation de la gestion des questions de sexospécificité, sur la création de structures locales et sur l’allocation de moyens financiers.  Un plan d’égalité des chances 2005-2009 est mis en œuvre et définit une série de politiques publiques, s’imposant comme une stratégie centrale dans la lutte contre la pauvreté et la gouvernance démocratique.  La législation sur la famille, la protection de l’adolescence et la lutte contre la violence domestique a été modifiée, de même que la législation sur l’éducation qui prévoit une parité à tous les niveaux, a-t-elle dit.  Mme Rosero a ensuite exposé les mesures prises pour accroître la représentation des femmes dans la population active et les activités publiques, soulignant également l’importance de la microfinance dans le processus d’autonomisation des femmes. 

Mme NITRAMPEBA, Ministère de la sécurité nationale, des droits de l’homme et de la condition de la femme du Burundi, a rappelé que son pays sortait d’une crise qui n’a épargné personne et qui a frappé plus particulièrement les femmes et les enfants victimes de toutes sortes de violence.  Cette violence est une atteinte à la réalisation  de l’égalité.  Les femmes burundaises se sont levées elles-mêmes à maintes reprises pour refuser la violence qui leur est faite.  Il est décisif, dans un premier temps, de modifier l’arsenal juridique et le Code pénal.  Ce fléau a des liens très étroits avec la propagation du VIH/sida, un phénomène qui n’est plus à démontrer.  Les femmes occupent 55% du secteur agricole alors que dans le secteur structuré elles n’occupent que des postes faiblement rémunérés.  Il s’agit donc également de promouvoir la capacité de production des femmes et leur contrôle sur les ressources naturelles.  Mais la terre étant devenue rare, il faut que les femmes burundaises diversifient également leurs activités génératrices de revenus.  En terme d’éducation, de grandes disparités existent et sont plus marquées quand on progresse vers les niveaux supérieurs.

Mme MICHAL MODAI, Présidente du Conseil des organisations de femmes d’Israël, a rappelé que son pays compte cinq femmes juges sur onze à la Cour suprême et bientôt une femmes en sera nommée Présidente.  Nous avons eu dans notre histoire deux femmes Ministre des affaires étrangères dont Golda Meir qui a été aussi Premier Ministre.  Le nombre de femmes siégeant au sein des conseils d’administration a augmenté de 35%.  Les organisations féminines investissent de grands efforts dans l’autonomisation des femmes dans divers domaines et œuvrent en particulier pour promouvoir leur participation dans les instances de décision comme le Parlement.  De nombreuses lois ont été adoptées dans la droite file de la résolution 1325 du Conseil de sécurité sur les femmes et la paix.  Israël a également pris une série de mesures pour garantir l’égalité à l’école.  Nous avons établi un centre de coopération internationale qui dépend du Ministère des affaires étrangères et contribue au bien-être des femmes du monde en développement notamment en proposant des activités de formation, l’objectif étant de renforcer l’autonomisation des femmes comme facteur critique de la réalisation des OMD.

Mme CAROLINE RIESK (Nouvelle-Zélande) s’est félicitée des progrès réalisés à ce jour dans la mise en œuvre des dispositions de la Plateforme et de la Déclaration de Beijing, soulignant la nécessaire rationalisation du débat, au sein de la Commission.  Elle a proposé à ce titre un débat interactif en lieu et place du débat général, qu’elle a qualifié de redondant, jugeant que c’est dans l’interaction que les États Membres peuvent s’inspirer des meilleures pratiques.  La Nouvelle-Zélande, marquant son intérêt pour l’autonomisation des femmes dans le monde en développement, s’est fixé l’objectif d’atteindre d’ici 2010 une représentation, au niveau national de 50% des femmes siégeant dans les organes du secteur public, le pourcentage actuel étant de 31%.  Notre pays a modifié les cadres juridiques sur la violence domestique afin d’accroître la protection des femmes, a dit Mme Riesk, soulignant par ailleurs les efforts de son Gouvernement, au niveau régional, pour lutter contre l’impact du VIH/sida sur les femmes.

M. COLLIN BECK (Îles Salomon) s’est interrogé sur la question de savoir si le Programme d’action de Beijing avait contribué à une amélioration des conditions de vie des femmes au niveau économique et non pas uniquement social.  Rappelant que dans les zones rurales, les progrès n’étaient pas forcément au rendez-vous, M. Beck a prôné une meilleure coordination entre les agences et la définition d’une matrice qui permette de suivre les activités des organes des Nations Unies dans la réalisation des objectifs définis à Beijing et par la suite.  Les ressources dégagées pour aider les pays dans le besoin sont largement insuffisantes, a-t-il dit, insistant de nouveau sur le rôle de l’économie dans le progrès social des femmes. 

Mme LAXANACHANTORN LAOHAPHAN (Thaïlande) a déclaré que le progrès des femmes était le progrès de tous.  L’égalité entre les sexes est un des outils qui permet d’avancer vers le développement et la paix.  L’accès égal à l’éducation  est un investissement pour les femmes mais également pour la société.  L’éducation permet de sauver des vies, les femmes instruites étant mieux en mesure de faire des choix éclairés.  Conformément au Programme d’action de Beijing, le Gouvernement a amendé ses lois et en a adopté de nouvelles afin de promouvoir les droits de l’homme.  Un projet de loi sur la prévention de la violence domestique est à l’étude.  Non seulement le nombre de femmes mais la qualité de leur représentation est par ailleurs importante dans le cadre des processus de prise de décisions.  Nous souhaitons que les femmes soient représentées au sein de la nouvelle Commission de consolidation de la paix.

M. VANU GOPALA MENON (Singapour) a fait part de la détermination de son pays à mettre en œuvre le Programme d’action de Beijing.  Le représentant a insisté sur l’éducation en précisant que l’enseignement primaire est devenu obligatoire à Singapour en 2003, remplissant ainsi l’Objectif 2 du Millénaire sur l’éducation primaire pour tous.  Les femmes constituent la moitié des étudiants universitaires, 70% des professionnels et 32% des artisans.  Le taux de mortalité maternelle est passé de 10% en 2001 à 5% en 2005.  Sur le marché du travail, les femmes bénéficient d’un salaire égal à travail égal.  Nous avons ainsi réalisé d’importants progrès depuis notre indépendance et continuons d’engager toutes les parties prenantes pour améliorer la condition de la femme singapourienne.

M. SERGEI RACHKOV (Bélarus) a rappelé que l’amélioration de la condition de la femme et la réalisation de l’égalité entre les sexes constituaient des priorités pour son Gouvernement, exposant le plan d’action national 2006-2010 qui vient d’être adopté.  Ce plan encourage la mise en place d’un cadre favorable à l’émancipation sociale, économique et politique des femmes, a-t-il dit, soulignant les mesures prises pour accroître la protection des femmes et pour accroître leur participation politique.  Les femmes constituent aujourd’hui 30% des parlementaires, soit trois fois plus qu’en 2001, a-t-il dit, indiquant que dans l’administration et le secteur judiciaire, les femmes qui disposent d’un bon niveau de formation universitaire, sont de plus en plus nombreuses.  La violence faite aux femmes figure parmi les priorités du Gouvernement qui a adopté toute une série de mesures pour lutter contre ce fléau, les étendant au trafic des êtres humains afin de prévenir l’esclavage sexuel. 

Mme MIRJANA MLADINEO (Croatie) s’est interrogée sur le rôle de la Commission dans le cadre du processus de réforme des Nations Unies, appuyant les travaux du Rapporteur spécial sur la violence à l’égard des femmes mais suggérant qu’un débat sur ce thème soit envisagé ultérieurement.  Le Gouvernement croate a mis en place un cadre national en vue de réaliser l’égalité hommes/femmes dans le domaine de l’éducation et de l’accès à l’emploi.  La prochaine politique nationale 2006-2010, en cours de préparation, est inspirée de la Convention sur toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes.  Prônant une meilleure diffusion des informations, afin de lutter contre les stéréotypes, de même qu’un meilleur accès à la santé, à l’éducation et à l’emploi, la déléguée a défendu le principe d’une plus grande participation des femmes aux processus de prise de décisions, tous ces éléments étant des critères de renforcement démocratique.  Les partis politiques en Croatie sont incités à réaliser la parité, notamment par l’augmentation de 10% des subventions à ceux qui augmentent le nombre de candidats du sexe féminin et donc d’élues potentielles sur leurs listes. 

Mme MARIA ANGELA HOLGUIN (Colombie) a expliqué que la stratégie de son pays en faveur de l’habilitation des femmes repose sur la réactivation sociale, des mesures de discrimination positive et la mise en œuvre d’une stratégie de la promotion de la femme.  Nous mettons également en place des mesures spéciales de soutien de famille avec des possibilités de crédits et de microcrédits pour les femmes.  Un pacte a été signé avec l’ensemble des partis politiques pour que ceux-ci garantissent une plus grande participation des femmes au système électif.  Abordant les enlèvements de personnes, qui, a-t-elle dit, est une question brûlante pour son pays, la représentante a expliqué que ce phénomène détruit les familles et le tissu de la société et a une incidence sur le progrès économique des peuples.  Si nous avons fait à cet égard un travail technique intéressant à Vienne,  il faut maintenant que les Etats réaffirment leur volonté politique de lutter contre ce problème.  Le trafic permet à ces organisations criminelles de disposer de grandes ressources financières.  Ce fléau pose un certain nombre de défis en terme de collecte de l’information, de coordination et d’arrestations.  Les enlèvements politiques touchent de plus en plus les femmes, a expliqué la représentante qui a évoqué l’enlèvement en  2002 d’une politicienne qui est encore en captivité.

M. ISIKIA R. SAVUA (Fidji) a indiqué qu’il est important de tenir compte de la nature pluridisciplinaire des questions relatives à la condition de la femme, en soulignant la nécessité d’accorder la même attention à tous les secteurs d’activité.  Le représentant a également indiqué que son pays poursuivra sa coopération pour la mise en œuvre de la résolution du Conseil de sécurité 1325 sur les femmes, la paix et la sécurité.  Dans le domaine de l’armée et de la police, l’action pluridisciplinaire risque toutefois de connaître des oppositions.

M. PETER MAURER (Suisse) a approuvé l’introduction d’un cycle thématique sur deux ans dans les méthodes de travail de la Commission, avant d’exposer les mesures prises, en Suisse, pour évaluer l’impact de la loi fédérale relative à l’égalité dans la vie professionnelle.  Cette évaluation montre que ce texte a porté ses fruits mais n’a pas eu tous les effets escomptés, a poursuivi M. Maurer indiquant que le Gouvernement avait proposé au Parlement des mesures telles que le renforcement de la sensibilisation et de la formation des acteurs de la justice ou encore la possibilité d’envisager des mesures incitatives pour les entreprises.  Le Gouvernement suisse entend examiner de plus près les solutions adoptées à l’étranger, comme la mise en place d’organes ayant des compétences d’investigation et de plainte, a dit ensuite le représentant, avant de noter, ces dernières années, une plus grande participation et représentation des femmes dans les sphères publiques et politiques.  M. Maurer a ensuite assuré, s’agissant de la participation des femmes au développement, jugée encore insuffisante, que son pays avait pris l’initiative d’analyser ses propres programmes d’aide au développement afin de s’assurer qu’ils s’accompagnent de budgets favorisant l’égalité entre les sexes.  Dans la perspective de la réforme des Nations Unies, et de l’intégration de la dimension du genre dans la protection des droits humains, il a estimé que l’établissement d’un conseil des droits humains fort et crédible serait bénéfique. 

M. GUSTAVO AINCHIL (Argentine) a indiqué que le travail accompli au sein de la Commission avait créé une dynamique dans son pays qui compte 42% de femmes au Sénat et 33% au Parlement, tandis qu’une loi fixe à 30% le quota minimum de femmes représentées au sein des syndicats et autres organes représentatifs.  Le représentant a également mentionné la participation accrue des femmes dans l’armée et la police, ainsi que la modification de la loi sur l’immigration pour améliorer la politique migratoire et lutter contre le trafic d’être humains.  En 2004, un bureau intégré a été créé pour lutter contre le trafic d’êtres humains, entre autres, et le Gouvernement argentin continuera à assurer la pleine participation des femmes à la démocratie, a conclu M. Ainchil. 

Mme NOUNEH ZASTOUKHOVA, Ministère des affaires étrangères de l’Arménie, a indiqué que son pays a approuvé en 2003 un plan d’action d’élimination de la pauvreté et un Plan d’action pour l’autonomisation des femmes notamment dans les domaines socioéconomique, de la santé et de l’éducation.  L’Arménie est particulièrement attachée à la réalisation de l’Objectif du Millénaire 2, la proportion de filles à l’école étant de 60%.  Le Gouvernement arménien dispose de plusieurs programmes permettant de fournir des soins pré et post natals.  Toutefois, les taux de mortalité maternelle et infantile constituent une source de préoccupation dans la mesure où ils dépassent les seuils minimums fixés pour les pays de l’Est.  Suite au conflit dans le Haut-Karabakh, nous avons accueilli un grand nombre de réfugiés et notamment des femmes et des enfants.  La participation politique des femmes à la vie du pays est garantie par la législation mais est encore faible en raison du nombre restreint de celles qui se portent candidates lors des élections et ce, malgré l’instauration d’un quota de 25%.

M. ABDULAZIZ AL-SHAMSI (Émirats arabes unis) a affirmé que son pays est engagé en faveur de la réalisation des Objectifs de Beijing et des conclusions de la session extraordinaire de l’Assemblée générale.  Les recommandations des conférences sur les femmes bénéficient d’un suivi par la première dame du pays.  L’adhésion à la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination et la nomination de deux femmes ministre et l’adoption d’une nouvelle loi portant notamment sur des questions relatives à la famille est un signe de notre détermination.  Il existe une union des femmes chefs d’entreprise.  Les accouchements sont suivis par des professionnels de la santé.  Les femmes dans l’armée et la police occupent 30% des postes de décisions.  

M. MANUEL RODRIGUEZ CUADROS (Pérou) Président de la Commission des droits de l’homme des Nations Unies, a souligné le lien étroit entre l’avancement de la femme et les droits de l’homme, prônant ensuite la création d’un cadre propice à la participation des femmes aux processus de prise de décisions et leur garantissant un accès à l’éducation, à la santé, à l’emploi.  Il a souligné ensuite les progrès réalisés au Pérou, grâce à la société civile.  Il a noté que la plupart des pays avaient mis en place un cadre national pour la promotion de la femme et comptaient de plus en plus de femmes dans leur gouvernement et parlement.  En dépit de cela, certains domaines demeurent inquiétants, comme par exemple les exactions dont sont victimes les femmes dans les situations de conflits armés, a poursuivi l’intervenant.  Il y a encore un trop grand décalage entre les normes et la réalité, a-t-il dit, évoquant l’indice de l’émancipation des femmes du PNUD.  Il a aussi attiré l’attention sur les différences de situations dans les pays du Nord et du Sud, dénonçant le fait que l’espérance de vie d’une femme norvégienne soit de 82 ans quand il dépasse à peine les 40 ans au Niger, ou encore les inégalités de revenus entre une femme luxembourgeoise et une Sierra-léonaise qui est de l’ordre de 1 à 100.  Il a plaidé pour des fonds plus conséquents en faveur du développement des femmes, soutenant ensuite la pertinence du futur conseil des droits de l’homme, un instrument clé dans la défense des droits des femmes.

Mme ANAMAH TAN, de l’organisation International Council of Women, a dénoncé les écarts entre la réalité et les objectifs définis à Beijing, déplorant à ce titre le côté patriarcal des rapports entre hommes et femmes.  Nous disposons d’un fonds de développement à partir duquel nous aidons des femmes dans les pays pauvres à s’émanciper et s’autonomiser, a-t-elle dit, soulignant par exemple un projet en Inde qui consiste à équiper les femmes d’une machine à coudre afin, à terme, de parvenir à leur affirmation sur le plan public.  Il importe que les Gouvernements joignent le geste à la parole et cessent de parler pour agir enfin, a conclu Mme Tan.

Mme BERNICE DUBOIS, Coordination française pour le lobby européen des femmes, a relevé que la scène politique et l’agenda politique des sociétés  étaient contrôlés par les hommes depuis leur création, en raison de l’incapacité des hommes à accorder le pouvoir aux femmes.  Nous avons vu aussi que dans certains pays, quelques postes symboliques sont accordés aux femmes sans qu’elles aient un réel pouvoir.  Même des femmes politiques exceptionnelles sont découragées dans la mesure où elles ne disposent pas vraiment d’un pouvoir décisionnel.  Le paradoxe veut que les femmes constituent la majorité de la population mondiale.  Mais on a aussi vu que dans le monde du travail, où des résultats concrets sont attendus, la cooptation des copains ayant le même agenda et intérêts ne suffit pas.  Nous avons créé un monde d’une plus grande complexité et il devient donc urgent d’y intégrer les femmes d’une manière significative.  Par ailleurs, la résolution 1325 n’est pas appliquée et ne le sera pas tant que les femmes ne figureront pas aux postes de décisions sur un pied d’égalité.

Table ronde sur les dimensions sexospécifiques des migrations internationales

La relation étroite entre les causes et les conséquences des migrations internationales et le développement a été au cœur de la table ronde présidée cet après-midi par Carmen Maria Gallardo (Salvador) au cours de laquelle la question de la protection sociale et juridique des travailleuses migrantes a été largement évoquée.  En prélude au Dialogue de haut niveau sur les migrations internationales, prévu à New York les 14 et 15 septembre 2006, dans le cadre de la prochaine Assemblée générale, cette table ronde visait à examiner, au sein de la Commission de la condition de la femme, les grandes tendances relevées ces dernières années dans le phénomène des migrations auquel, depuis les années 1980, un nombre croissant de femmes participe. 

Mme MONICA BOYD, Professeur à l’Université de Toronto, a souligné que la progression des migrations, ces dernières années, avait eu un impact sur la condition des femmes dans la mesure où, dans les sociétés traditionnelles, le rôle prédominant dévolu à l’homme reste très présent.  Aussi, a-t-elle dit, le défi consiste à accroître les efforts de sensibilisation et dans les camps de déplacés ou de réfugiés, à responsabiliser davantage les femmes dans la distribution des vivres.  Pour ce qui est des migrations économiques, davantage institutionnalisées, Mme Boyd a indiqué que, ces dernières années et pour des pays à forte émigration tels que le Bangladesh et les Philippines, la tendance était à une augmentation du nombre de femmes migrantes.  Aussi a-t-elle insisté sur la nécessaire vigilance et protection pour celles-ci, exhortant les pays d’accueil à tenir compte de ce phénomène migratoire accru et à assurer une formation et une éducation aux femmes.  Cependant, a-t-elle dit, les migrations de femmes dans les pays en développement devraient diminuer en fonction du niveau de développement économique et de formation des femmes. 

La Directrice du centre Scalabrini pour les migrations de Manille, Philippines, MARUJA M. B. ASIS, a rappelé que les migrations de main-d’œuvre en Asie avaient commencé dans les années 1970, essentiellement en direction des pays du Golfe et composées d’hommes, tandis que depuis les années 1980, les femmes constituent une bonne part des populations migrantes.  Les Philippines, l’Indonésie et le Sri Lanka sont les trois principaux pays exportateurs de main-d’œuvre féminine en Asie, a poursuivi la Directrice, soulignant la vulnérabilité des femmes migrantes qui sont essentiellement recrutées dans les domaines des loisirs et des services domestiques et ne bénéficient généralement d’aucune protection.  Généralement, les secteurs dans lesquels le besoin de main-d’œuvre féminine est élevé demeurent stables en dépit des crises cycliques en Asie alors que la crise économique de 1997, a été suivie d’une diminution de la demande de main-d’œuvre masculine.  De telles situations entraînent une dépendance de certains foyers à l’égard des revenus des femmes.  Cependant, a poursuivi Mme Asis, la question de la protection des travailleuses migrantes demeure centrale car, en dépit de l’intérêt qu’y portent des syndicats du travail, la prise en compte de la contribution des migrantes dans les pays d’accueil reste peu reconnue. 

Mme IRENA OMELANIUK (Banque mondiale) a évoqué la traite des personnes et le Protocole à la Convention sur la criminalité transnationale organisée.  La traite des êtres humains est une question de travail forcé mais également de développement.  La traite touche les femmes et les fillettes et de plus en plus les hommes et les garçons.  Les données indiquent que les victimes de la traite ne sont pas forcément les plus pauvres mais les plus vulnérables ne disposant pas de politique de protection sociale comme par exemple les communautés rom.  Les profits mondiaux des trafiquants sont estimés à 10 milliards de dollars par an et des liens ont été établis entre la traite et la criminalité transnationale organisée.  La traite porte atteinte au capital humain d’un pays et réduit à néant les fonds que les migrants envoient à leur famille.  Plus de 98% des victimes de la traite en Europe du Sud-Est sont des femmes et des fillettes ayant 25 ans ou moins.  Dans les Balkans, l’augmentation de la traite a été le fruit de l’escalade de la violence domestique et de la discrimination dans l’accès au travail.  Un fait nouveau est le nombre croissant de victimes masculines en Europe du Sud-Est qui font l’objet de la traite à des fins non sexuelles.  Le sexe et la jeunesse constituent des facteurs de risque et de vulnérabilité à la traite, la majorité des victimes de la traite à des fins sexuelles dans les Balkans étant des mineurs. 

Les organismes qui recueillent des données de base devraient évaluer les efforts en cours dans les pays et élaborer un ensemble complet d’indicateurs permettant de comparer un pays à l’autre.  Les institutions de développement multilatérales devraient élaborer des schémas théoriques pour évaluer les flux migratoires et ainsi, en deux mots, mettre en place un système d’alerte précoce.  L’intervenante a aussi recommandé l’évaluation des liens entre migrations et santé, de même que l’efficacité des programmes actuels de lutte contre la traite.  L’Organisation internationale du Travail (OIT) et la Banque mondiale devraient réaliser des enquêtes rigoureuses du marché de l’emploi des victimes de la traite, de l’intermédiaire à l’acheteur.

M. MANUEL OROZCO, Dialogue interaméricain, s’est penché plus particulièrement sur les caractéristiques des fonds que les migrants envoient à leur famille en précisant que dans l’ensemble, les hommes envoient davantage d’argent que les femmes migrantes, en raison du fait qu’ils gagnent plus.  Les femmes envoient 16% de leur salaire et les hommes 20%.  La proportion d’hommes mariés migrants ayant une famille à nourrir dans leur pays d’origine est plus importante que chez les femmes.  Les hommes envoient d’abord des fonds à leurs parents et à leur femme, celle-ci recevant en général les sommes les plus importantes.  Les femmes ont tendance à envoyer aussi des fonds à d’autres membres de la famille, frères et sœurs, grands-parents et autres.  Malgré leur statut socioéconomique plus bas, les femmes migrantes s’engagent sur la durée, ainsi, au moins pour les neuf premières années, pour celles qui migrent aux États-Unis.  Par ailleurs, les récipiendaires de cette aide sont aux deux tiers des femmes, en majorité à la tête de leur foyer.  Le montant qu’elles reçoivent est en général supérieur à celui envoyé aux hommes mais elles sont également moins bien rémunérées ou ne travaillent pas.

S’interrogeant sur la façon d’assurer le lien entre migrations internationales des femmes et développement, tant pour les pays d’origine que pour les pays d’accueil, Mme NDIORO NDIAYE, Directrice adjointe de l’Organisation internationale pour les migrations, a plaidé pour l’établissement de statistiques afin de pouvoir assurer un suivi.  Les femmes migrantes apportent une contribution essentielle au développement, a-t-elle dit, faisant part des conclusions d’une rencontre organisée par l’OIM à Haifa, il y a quelques mois, réunion au cours de laquelle a été soulignée la nécessité d’associer les femmes migrantes et les jeunes générations vivant dans les pays d’accueil à la définition des politiques de développement dans les pays d’origine.  Il importe de tenir compte de l’expertise des femmes migrantes, le plus souvent ayant un bon niveau de formation, et de les exhorter à maintenir leur intérêt pour le développement de leur pays et de les sensibiliser à leur rôle.  La Commission de la consolidation de la paix, récemment créée, devrait accorder toute son attention à cet aspect.  Il faut également, a-t-elle dit en citant les conclusions de Haifa, continuer de promouvoir l’intégration des migrants en sensibilisant les pays d’accueil aux traditions culturelles des pays d’origine, prônant ensuite une coopération interinstitutions entre les divers organes travaillant dans le domaine des migrations afin de renforcer la cohérence et d’assurer la protection des femmes migrantes.  Enfin, l’intervenante a plaidé pour l’intégration de la dimension des migrations internationales dans les stratégies nationales de développement et de lutte contre la pauvreté.

La Directrice de l’Institut international de recherche et de formation pour la promotion de la femme (INSTRAW), Mme CARMEN MORENO, présentant les résultats des études menées sur la question des migrations internationales, a indiqué que 85% des migrants entrant en Espagne sont des femmes.  Évoquant la question de l’envoi de fonds, elle a assuré que généralement, un large pourcentage des gains des femmes migrantes sont réexpédiés dans leurs pays d’origine, et à terme, dans certains pays, 100% des femmes rentrent dans leur pays pour y débuter une activité économique comme le montre l’exemple de Vicente Noble, en République dominicaine.  Mme Moreno a dit que des études de cas seraient menées ultérieurement en Colombie, aux Philippines, au Guatemala et en Afrique australe. 

Dialogue

La déléguée de l’Inde a insisté pour sa part sur la vulnérabilité des femmes restées dans leurs pays, dans leurs villages, et dont les maris migrants reviennent avec des maladies sexuellement transmissibles, y compris le VIH/sida.  

La représentante de la Belgique a évoqué les problèmes que connaissent les femmes d’origine africaine ou du Moyen-Orient en raison de l’incompatibilité du statut personnel avec les lois qui prévalent en Belgique.  Ces femmes doivent aussi faire face à la discrimination dans leur propre communauté religieuse. 

La représentante du Botswana a suggéré aux pays de mettre en place un système d’alerte permettant aux pays de faire face aux flux migratoires.  Lareprésentante du Mexique, qui est un pays de destination, d’origine et de transit, a souligné l’importance d’examiner la question des migrations au cours de cette session.  Compte tenu de la nature hétérogène des migrations en Amérique latine et dans les Caraïbes, il faut faire preuve de la volonté politique nécessaire à la conclusion d’accords bilatéraux axés sur la protection des droits de l’homme.  Il est aussi essentiel de promouvoir des campagnes médiatiques sur les risques des migrations irrégulières.  L’autonomisation des femmes migrantes est également indispensable.

De son coté, la représentante de l’Autriche (au nom de l’Union européenne), a évoqué la fuite des cerveaux des pays en développement.  Les flux migratoires ne doivent pas priver les pays d’origine de leur personnel de santé, ce qui serait néfaste.  Elle a demandé quelles sont les formes de violence sociale, économique, politique qui poussent les femmes à migrer.

Mme Boyd, répondant aux questions et commentaires des délégations, a plaidé pour que l’on accorde d’avantage de pouvoir aux femmes au plan local en reconnaissant que la question des migrations est une question de développement.  Elle a évoqué la violence qui est un facteur décisif dans la décision de migrer des femmes qui n’ont pas trouvé de protection de la part de l’État ou de leur famille.  De son côté, Mme Asis a expliqué que les conséquences des migrations sur la famille sont différentes selon que c’est la femme qui part ou l’homme.  Les hommes ne sont pas toujours en mesure d’assumer leur responsabilité de donneur de soins, rôle que joue la femme traditionnellement.  Mme Omelaniyukn a estimé que les lois règlementant l’immigration devait tenir compte des besoins des femmes et devaient prévoir l’octroi de visas temporaires pour les victimes de la traite des femmes.

Reprenant la parole, la Directrice adjointe de l’OIM a invité la Commission de la condition de la femme à s’intéresser davantage au phénomène des migrations internationales, y compris dans sa dimension « fuite des cerveaux ».

La déléguée de la Turquie et son homologue des Pays-Bas ont appuyé le principe d’une prise en compte des migrations internationales et de leur impact sur le développement, mais aussi pour les pays d’accueil.  Les femmes migrantes sont hautement motivées et il importe de comprendre qu’en investissant dans les mères, on prévient la radicalisation future de leurs enfants, a souligné le délégué des Pays-Bas.  La représentante du Nigéria a abondé dans ce sens et souhaité que le voile soit levé sur le rôle des femmes migrantes et le respect de leurs droits dans les pays d’accueil, tandis que son homologue de l’Afrique du Sud a demandé des mesures d’ordre juridique convenues au plan international pour lutter contre la traite des femmes.

Si la représentante du Kenya s’est inquiétée des risques courus par les filles migrantes face aux exactions sexuelles en exhortant la communauté internationale à financer les moyens de faire face à ce fléau, celle de la Colombie a souhaité des négociations bilatérales pour favoriser la reconnaissance des diplômes obtenus par les femmes migrantes dans leur pays d’origine.  Les représentantes des Philippines et de l’Éthiopie ont insisté sur l’importance, pour les pays destinataires, de se doter d’un cadre juridique de protection des migrants et de sensibiliser les employeurs potentiels aux droits des femmes migrantes.  La représentante de l’Équateur a fait savoir que les fonds envoyés par la diaspora représentaient la deuxième source de recettes de son pays. 

Par ailleurs, la représentante du Collectif d’ONG « Global Unions » a rappelé le rôle important des syndicats pour protéger les intérêts des travailleurs migrants en insistant sur l’importance de textes de référence de l’Organisation internationale du Travail (OIT) et de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). 

Dans le cadre d’observations finales, Mme NDiaye, Directrice adjointe de l’OIM à Genève, a mis l’accent sur la migration Sud-Sud.  Elle a également déclaré qu’il était très important de voir comment les États Membres allaient intégrer les conclusions de ces débats dans leurs interventions sur le terrain.  Illustrant le poids de l’exode des cerveaux pour les pays en développement, elle a indiqué que 20 000 médecins ou infirmiers avaient quitté le continent africain en précisant que la formation d’un médecin coûtait en moyenne 60 000 dollars aux pays en développement et celle d’un infirmier 15 000 dollars.  Le coût de la fuite des cerveaux représente un total bien supérieur à ce que l’Afrique reçoit en terme d’aide publique au développement (APD). 

De son côté, Mme Omelaniuk, de la Banque mondiale, a souligné l’importance de l’information et de la sensibilisation des responsables, des employeurs, des leaders des groupes ethniques en vue d’éliminer le marché noir, la prostitution et la traite des femmes.  En outre, Mme Asis du Centre de Migration Scalabrini, a indiqué que les mariages frauduleux étaient liés à la migration avec la participation d’intermédiaires des activités de courtage, en insistant sur l’importance d’un dialogue entre les pays d’origine et les pays destinataires.  Mme Boyd de l’Université de Toronto a déclaré que la meilleure façon de réduire le potentiel d’exploitation des femmes migrantes était de mieux prendre en compte la question de l’accueil des réfugiés et des migrants.  Il faut, a-t-elle ajouté, que les pays examinent leur politique d’entrée des migrants.  Enfin, M. Orosco du Dialogue Interaméricain a mis l’accent sur l’importance d’engagements et de pratiques pour réaliser l’égalité entre les sexes parmi les migrants. 

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