CONSEIL ÉCONOMIQUE ET SOCIAL: DIALOGUE AVEC LES SECRÉTAIRES EXÉCUTIFS DES COMMISSIONS RÉGIONALES

6 Juillet 2006
ECOSOC/6213

CONSEIL ÉCONOMIQUE ET SOCIAL: DIALOGUE AVEC LES SECRÉTAIRES EXÉCUTIFS DES COMMISSIONS RÉGIONALES

6 juillet 2006
Conseil économique et social
ECOSOC/6213
Département de l’information • Service des informations et des accréditations • New York

Conseil économique et social

Session de fond de 2006 - matin

CONSEIL ÉCONOMIQUE ET SOCIAL: DIALOGUE AVEC LES SECRÉTAIRES EXÉCUTIFS DES COMMISSIONS RÉGIONALES

(Publié tel que reçu)

GENÈVE, 6 juillet (Service d’information des Nations Unies) -- Le Conseil économique et social a ce matin tenu un dialogue avec les Secrétaires exécutifs des commissions régionales sur la dimension régionale de l'instauration d'un environnement propice au plein emploi et à la création d'emplois productifs et à un travail décent pour tous, et son incidence sur le développement durable.  Le dialogue était animé par M. Seydou Bouda, Ministre de l'économie et du développement du Burkina Faso.

Des présentations des activités régionales ont d'abord été faites par les Secrétaires exécutifs des cinq Commissions régionales des Nations Unies: M. Kim Hak-Su pour la Commission économique et sociale pour l'Asie et le Pacifique; M. Marek Belka pour la Commission européenne pour l'Europe; M. José Luis Machinea pour la Commission économique pour l'Amérique latine et les Caraïbes; M. Abdoulie Janneh pour la Commission économique pour l'Afrique; et Mme Mervat Tallawy, pour la Commission économique et sociale pour l'Asie occidentale.

Les Secrétaires exécutifs ont ensuite répondu aux questions de membres du Conseil.  Ces questions ont notamment porté sur les modalités de l'action des Commissions régionales et sur leurs relations avec, d'une part, des acteurs locaux et, d'autre part, leurs homologues des autres régions.  Il a aussi été demandé un renforcement de l'action en matière d'information et de production de statistiques, un facteur important pour la prise de décisions.  Une suggestion ayant été émise selon laquelle les Commissions pourraient aider les gouvernements à opérer des choix de priorités d'action économique, il a été répondu que leur rôle tient surtout à un accompagnement technique.  Plusieurs interventions ont soulevé les difficultés liées à la qualité et à la quantité des emplois générés par la croissance.  Quant aux modes d'action des gouvernements en matière de création d'emploi, ils reposent surtout sur l'instauration de conditions socio-économiques favorables, comme par exemple l'action dans la formation ou le soutien au secteur privé.  Enfin, l'opposition couramment évoquée entre croissance économique et justice sociale a été jugée inopportune, de très nombreux intervenants estimant au contraire qu'il s'agit de deux facteurs allant de pair.

Les représentants des États suivants ont participé au dialogue: Brésil, Guinée-Bissau, Finlande (au nom de l'Union européenne), Pakistan, Nigéria, Fédération de Russie, Barbade, États-Unis, Japon, Guinée, Norvège et Chine.

Le Conseil économique et social reprend ses travaux cet après-midi à 15 heures en salle XIX du Palais des Nations.  Il entamera son débat consacré aux questions de coordination par un dialogue avec les présidents des commissions techniques de l'ONU sur le thème de la croissance économique durable pour le développement social.

Présentations des Secrétaires exécutifs des Commissions régionales des Nations Unies

M. KIM HAK-SU, Secrétaire exécutif de la Commission économique et sociale pour l'Asie et le Pacifique, s'exprimant sur le thème de la croissance sans emploi, a dit que l'économie régionale avait fortement crû dans la région Pacifique depuis dix ans, en même temps, paradoxalement, que le chômage.  La croissance permet en effet de créer des emplois, mais pas dans la même proportion.  Ceci s'explique par la productivité en forte augmentation grâce aux nouvelles technologies, en particulier, ainsi que par l'existence de rigidités structurelles et d'une structure des dépenses publiques inadaptée.  Les autorités peuvent intervenir à plusieurs niveaux pour renforcer l'emploi: politiques macroéconomiques, amélioration des capacités professionnelles, promotion des secteurs à forte intensité de main-d'œuvre, renforcement rôle du secteur privé, entre autres.  Il s'agit de considérations politiques délicates, a tenu à souligner M. Kim.

Le résumé de l'étude sur la situation économique et sociale de l'Asie et du Pacifique pour 2006 (E/2006/18) fait ressortir qu'en 2005, la croissance économique mondiale s'est ralentie, s'établissant à 3,2%, contre un taux record de 4% en 2004.  Les pays en développement de l'Asie et du Pacifique ont aussi connu en 2005 une légère décélération de leur croissance.  Ce ralentissement, observé dans le monde et dans les pays en développement membres de la Commission économique et sociale pour l'Asie et le Pacifique, est à imputer avant tout aux cours du pétrole – élevés et instables – et à une baisse des échanges mondiaux.  Au niveau régional, le renchérissement du pétrole a aussi alimenté l'inflation; toutefois, dans l'ensemble, les pressions sur les prix sont restées modérées au regard du passé.  Pour 2006, il faut s'attendre à ce que la croissance du produit intérieur brut se maintienne à son niveau actuel et à ce que la pression inflationniste se relâche légèrement pour autant que le pétrole ne renchérisse pas beaucoup plus, que les importants déséquilibres mondiaux de balance courante ne se creusent pas brutalement et qu'un panachage judicieux de politiques monétaires et fiscales préserve la tendance à la croissance tout en contenant l'inflation.  Par ailleurs, la région est menacée par une pandémie de grippe aviaire.  Les autres grandes questions sont le caractère rapide mais inéquitable de la croissance et la mise en œuvre du programme de libéralisation des échanges multilatéraux adopté lors de la sixième Conférence ministérielle de l'Organisation mondiale du commerce, tenue à Hong Kong (région administrative spéciale de Chine) en décembre 2005.

M. MAREK BELKA, Secrétaire exécutif de la Commission européenne pour l'Europe, attirant l'attention sur les spécificités des pays en transition de l'Europe centrale, a établi une comparaison régionale des niveaux de chômage en Europe aux États-Unis, observant que les ajustements structurels en l'Europe de l'Est ont engendré de forts taux ce chômage, compte tenu des moyens plus faibles dont disposent les économies en transition pour l'accompagnement social des mesures d'assouplissement du marché du travail.  Le type de chômage dans ces économies est aussi particulier, notamment en ce qu'il entraîne plus facilement migrations et pauvreté.  La structure des salaires des pays en transition est plus inégalitaire qu'en Europe de l'Ouest, de même que le chômage de longue durée y est beaucoup plus répandu.  Le taux de participation des pays en transition est nettement inférieur à la moyenne de l'Europe des quinze.  Enfin, certaines différences ne s'expliquent pas par les raisons habituelles, mais tiennent à la séquence des événements, ces pays ayant dû adopter des stratégies de lutte contre le chômage très différentes.  La question est donc de savoir s'il ne faut pas adopter de nouvelles politiques macro-économiques.

Le rapport sur la conjoncture économique, les risques et perspectives pour l'économie des pays de la région de la Commission économique pour l'Europe (E/2006/16) donne un aperçu global de l'évolution économique, des risques et des perspectives pour les pays de la région de la Commission économique pour l'Europe en 2005.  Le ralentissement de la croissance économique des États-Unis d'Amérique en 2005 devrait se poursuivre durant l'année 2006 en raison d'un grand nombre de faiblesses macroéconomiques structurelles dont la faiblesse du taux d'épargne des ménages, l'énorme déficit extérieur et l'endettement qui lui est associé.  Les prix élevés de l'énergie et la hausse des taux d'intérêt constituent également d'importants risques de baisse économique.  Les perspectives de croissance pour l'Europe de l'Ouest demeurent ternes, notamment pour les principales économies de la région.  L'affaiblissement récent de l'euro par rapport au dollar, les faibles taux d'intérêt et les conditions financières des sociétés constituent également d'importants risques de dégradation.  Par contre, la croissance dans les États nouveaux membres de l'Union européenne devrait se raffermir du fait de l'augmentation des exportations et de l'investissement à long terme.  La croissance dans les pays de la Communauté d'États indépendants devrait rester robuste.  Elle profite de la hausse des cours des produits de base et de l'expansion de la demande intérieure due à l'augmentation des salaires et à des politiques expansionnistes.  Les faiblesses institutionnelles et structurelles et la nécessité de réduire la dépendance à l'égard des produits de base demeurent les principaux problèmes qui se posent aux pouvoirs publics dans l'ensemble de la région.  La croissance en Europe du Sud-Est devrait rester forte mais perdra un peu de sa vigueur.  Les apports accrus d'investissement étranger direct se poursuivront, mais des politiques macroéconomiques plus restrictives destinées à parer à la surchauffe anticipée de ces économies, pourraient quant à elles avoir un effet marginal sur la consommation privée.

M. JOSÉ LUIS MACHINEA, Secrétaire exécutif de la Commission économique pour l'Amérique latine et les Caraïbes, s'est intéressé aux effets du marché du travail sur la protection sociale.  En Amérique latine et dans les Caraïbes, la croissance économique anémique entraîne une faible demande de main-d'œuvre et une détérioration des indicateurs de l'emploi, avec notamment un taux de chômage constant de plus de 10% et une forte croissance du secteur informel.  La productivité est très faible sur le continent, tandis que l'inégalité est un problème dans tous les pays.  Les systèmes de sécurité sociale s'y fondent ainsi sur des marchés du travail incapables de créer des emplois.  La sécurité sociale offre donc des prestations insuffisantes.  Des réformes ont été engagées, notamment par une institutionnalisation du secteur informel, mais le taux de solidarité est encore trop faible, 20% dans le pire des cas, 70% dans le meilleur des cas, la tendance générale étant à la baisse (chiffres 2002).  Quatre personnes sur dix vivent sous le niveau de pauvreté en Amérique latine.  L'emploi doit devenir le mécanisme par excellence de l'accès à la couverture sociale universelle.  Il faudra à cet égard intégrer le secteur informel par la conclusion d'une nouvelle forme de pacte social et par une correction du système de collecte et de répartition fiscales.

Le rapport sur la situation et les perspectives économiques dans la région Amérique latine et Caraïbes pour 2005-2006 (E/2006/19) indique qu'en 2005, l'économie de l'Amérique latine et des Caraïbes est en croissance pour la troisième année consécutive.  On estime que le produit intérieur brut (PIB) a augmenté de 4,5%, ce qui correspond à une croissance du PIB par habitant de presque 3%.  Grâce au dynamisme de l'économie mondiale, cette période de croissance économique présente une caractéristique remarquable: l'élargissement de l'excédent du compte courant de la balance des paiements.  Cet effet conjugué de la croissance est sans précédent dans l'économie de la région.  L'excédent courant pour 2005 est égal à 1,3% du PIB, soit encore plus que les deux années précédentes.  Cette situation globale masque cependant certaines disparités selon les sous-régions.  Le taux d'inflation dans la région de l'Amérique latine et des Caraïbes a été de 6,2% (contre 7,4% en 2004), confirmant ainsi la tendance à la baisse de cet indicateur.  La croissance économique a permis de créer des emplois, mais le taux de chômage demeure élevé.  L'expansion de l'activité économique devrait se poursuivre et on prévoit que la croissance économique s'établira en 2006 à 4,6 %.

M. ABDOULIE JANNEH, Secrétaire exécutif de la Commission économique pour l'Afrique, a souligné que l'emploi est au cœur des préoccupations du continent africain, dont le taux de croissance économique récent est le plus élevé jamais enregistré, même si ses retombées en termes de diminution de la pauvreté sont encore insuffisantes.  La croissance s'est concentrée dans les activités à forte intensité de capital, et n'a donc pas profité au plus grand nombre.  L'emploi est ainsi le parent pauvre de la croissance, malgré son importance cruciale pour la sortie de la pauvreté.  L'emploi en Afrique est caractérisé par une faible productivité et un sur-emploi en région rurale.  Les salaires sont les plus bas dans le secteur informel, qui emploie plus de 60% de la main-d'œuvre.  Les femmes et les jeunes sont particulièrement défavorisés au moment d'entrer sur le marché du travail, les débouchés étant extrêmement limités.  En témoignent les tentatives d'émigration en Europe, souvent dans des conditions tragiques.  Quelles réponses les politiques peuvent-ils apporter?  Des partenariats doivent s'engager pour l'amélioration du cadre socio-économique, avec en point de mire une croissance qui devrait atteindre 8%.  Les objectifs d'emploi doivent être intégrés aux politiques de résolution des conflits et l'Afrique doit aussi attirer les investissements étrangers.  Des progrès ont déjà été accomplis dans le sens du renforcement de l'emploi, un plan d'action ayant été adopté par les chefs d'États africains lors du Sommet de Ouagadougou.  Quant à la Commission économique pour l'Afrique, elle s'efforce de faciliter le dialogue et de diffuser l'information; elle procède à des analyses et formule des recommandations à l'intention des décideurs.

Le rapport consacré aux «Tendances économiques récentes en Afrique et perspectives pour 2006» (E/2006/17) analyse la situation économique et sociale de l'Afrique en 2005.  Il donne également un aperçu de l'évolution à moyen terme et indique les perspectives de croissance pour 2006.  Il en ressort que la situation économique s'est améliorée récemment dans l'ensemble, mais qu'il faudra encore progresser beaucoup plus pour faire réduire de façon appréciable la pauvreté et améliorer la situation sociale dans la région.  En guise de conclusion, le rapport recommande un ensemble de mesures - notamment lutte contre le sida, accélération de l'intégration régionale, promotion de la diversification économique et amélioration de la gestion économique - destinées à accélérer durablement la croissance dans les pays africains afin de créer davantage d'emplois, de réduire la pauvreté et d'améliorer la situation sociale de manière à atteindre les objectifs du Millénaire pour le développement.  Les pays africains doivent continuer de pratiquer la rigueur budgétaire et de mener une politique monétaire prudente pour consolider la stabilité macroéconomique.  Le rapport souligne en outre qu'il faut s'efforcer de promouvoir de nouveaux investissements dans les secteurs des produits manufacturés et des services, afin de rendre ces pays moins vulnérables aux perturbations de ce type et moins tributaires des exportations de produits de base.  Il est essentiel également de mettre en place des infrastructures publiques et d'assurer un approvisionnement fiable en énergie pour libérer les potentialités du secteur privé et améliorer l'accès des pauvres aux services sociaux et aux marchés.  Les efforts en vue d'assurer un traitement plus équitable des deux sexes en ce qui concerne les droits fondamentaux, l'accès aux moyens de production et aux possibilités économiques et la représentation politique doivent être appuyés et intensifiés aux échelons national, régional et international.  Les efforts d'intégration régionale doivent être intensifiés, afin d'élargir les perspectives commerciales et d'accroître le poids du continent dans les négociations commerciales internationales.  Enfin, les pays africains doivent non seulement améliorer leurs taux globaux de croissance économique mais aussi concevoir des stratégies pour augmenter le nombre d'emplois liés à la croissance.  Pour ce faire, il faudra à la fois investir davantage de fonds publics dans des projets d'infrastructure et de prestation de services à forte intensité de main-d'œuvre et inciter le secteur privé à recourir, d'une manière générale, à des méthodes de production nécessitant davantage de main-d'œuvre.

MME MERVAT TALLAWY, Secrétaire exécutive de Commission économique et sociale pour l'Asie occidentale, a dit que le monde arabe en général, le problème se pose avant tout en termes de chômage de la jeunesse.  La forte croissance démographique crée une tranche d'âge des 15-24 ans très importante numériquement et proportionnellement.  Le nombre d'élèves et étudiants explose: il faudrait créer pas moins de 80 millions d'emploi à leur intention ces prochaines années.  Or, près de 60% des chômeurs sont actuellement à la recherche de leur premier emploi.  Les causes de ce chômage sont liées, entre autres, à la dépendance extrême des économies à l'égard du pétrole, du manque de diversification économique, de la concurrence de la main-d'œuvre importée et mal payée, des problèmes au niveau de la formation et, enfin, de la faiblesse du secteur privé.  Des actions doivent être engagées en direction en particulier de la création de petites entreprises, du renforcement de la demande par des investissements publics, de l'instauration d'une assurance chômage, comme en Algérie.

      L'Étude sur la situation économique et sociale dans la région de la Commission économique et sociale pour l'Asie occidentale en 2005-2006 (E/2006/20) montre comment les pays membres de la région ont poursuivi leur expansion économique pour la troisième année consécutive depuis 2002 après deux décennies de stagnation.  Cette croissance crée cependant relativement peu d'emplois et repose sur une tendance qui ne peut pas durer – la flambée des prix du pétrole.  Tôt ou tard, cette tendance risque de s'inverser soudainement et la chute sera d'autant plus brutale que les ressources sont mobilisées sur un marché régional des actifs financiers peu réglementé et en proie à la spéculation.  Si l'effondrement récent des marchés boursiers de la région avait coïncidé avec une baisse modérée du prix du pétrole, la croissance économique s'en serait durement ressentie.  Le fait d'exploiter la manne pétrolière pour spéculer sur la lente expansion des actifs financiers expose doublement la région à une plus grande instabilité.  Au lieu de créer des bulles sur les marchés boursiers de la région et d'entraîner une fuite des capitaux vers l'étranger, la relative abondance de capitaux devrait permettre aux États membres de la CESAO d'effectuer les changements structurels nécessaires pour mettre la région sur la voie d'un développement fondé sur le respect des droits de l'homme et d'une croissance génératrice d'emplois, tout en la protégeant contre les fluctuations des cours du pétrole.  Le rapport estime aussi que ne pas tirer parti de l'envolée actuelle des cours pour réinvestir dans la région réduirait le gonflement actuel de la rente pétrolière à un gain éphémère comparable à ce qui s'est produit durant le grand boom pétrolier des années 1970.  Si les pays de la CESAO persistent à poursuivre des réformes traditionnelles qui se limitent à améliorer le climat des affaires sans accroître un investissement public ciblé avec soin, la région restera vouée à une croissance lente et éphémère au lieu d'amorcer une croissance durable.  La croissance ne peut être durable sans la participation effective de la population.  La réforme des institutions et des politiques publiques doit s'accompagner d'une ferme volonté de mettre en œuvre une stratégie de développement fondée sur le respect des droits.

Le Conseil était également saisi du rapport du Secrétaire général sur la coopération régionale dans les domaines économique et social et domaines connexes (E/2006/15), qui présente un bilan des perspectives et des faits nouveaux concernant la coopération régionale, ainsi que des activités menées par les commissions régionales dans les domaines correspondants depuis la session de fond du Conseil de 2005.  Le rapport contient une étude de la dimension régionale des questions de portée mondiale et de la dimension mondiale des questions régionales, ainsi que des données actualisées sur le rôle et les apports des commissions en ce qui concerne la réalisation des objectifs de développement convenus sur le plan international, y compris ceux énoncés dans la Déclaration du Millénaire.  Il traite également des progrès réalisés dans l'instauration de liens effectifs entre les commissions régionales et avec leurs partenaires institutionnels, aux plans mondial, interrégional et régional, sont également traités dans cette section.  Le rapport contient en outre une étude analytique de la dimension régionale de l'instauration d'un environnement propice au plein emploi et à la création d'emplois productifs et à un travail décent pour tous, et son incidence sur le développement durable.  Les résolutions et décisions adoptées par les commissions régionales pendant la période considérée, auxquelles le Conseil doit donner suite ou qui ont été portées à son attention, figurent dans un additif au présent rapport (E/2006/15/Add.1).

Débat interactif

Commentaires et questions de membres du Conseil économique et social

Un représentant a estimé difficile de faire des généralisations concernant la situation en Amérique latine et a demandé des précisions sur la portée du pacte social renouvelé envisagé par la Commission régionale.  Il a aussi voulu savoir si l'intégration de la sécurité sociale serait favorisée par un tel pacte social.

Plusieurs représentants ont insisté sur la nécessité de disposer de statistiques fiables, qui manquent en particulier dans la zone latino-américaine et caraïbe.  La méconnaissance de la situation économique exacte entravant les efforts de lutte pour l'emploi.  La création d'un centre d'excellence en la matière dans la région serait une excellente chose, a dit un représentant.

La question a aussi été posée de savoir quel serait le rôle des organisations régionales en matière de création de liens avec d'autres régions. 

Une autre délégation a dit avoir retenu plusieurs leçons des présentations faites par les Secrétaires exécutifs, notamment l'idée que la croissance ne crée pas nécessairement des emplois et qu'elle n'est pas toujours synonyme de développement.  La croissance peut cacher des déséquilibres profonds au sein même des États: des différences existent par exemple dans la situation des pays en transition de l'Europe de l'Est, différences qui s'expliquent par des raisons historiques mais aussi par l'existence de discrimination raciale, a-t-il été rappelé.

Un représentant a estimé que le fait de cibler l'équité sociale au détriment de la croissance économique n'était peut-être pas une bonne approche.  Cependant, le lien entre les deux notions est l'emploi, et c'est sur cette variable qu'il faut agir.  Une foule de question se posent par ailleurs aux pays en voie de développement en termes de protection de l'environnement, de lutte contre le sida et ainsi de suite, mais il est nécessaire de faire des choix et de fixer des priorités, une tâche qui pourrait être dévolue aux Commissions régionales, a suggéré le représentant des États-Unis.

Une délégation a demandé dans quelle mesure la Commission pour l'Afrique pourrait se rapprocher encore des acteurs institutionnels concernés par les questions du développement.  Un autre représentant a fait observer un certain manque de cohérence dans les nombreuses initiatives économiques prises en Afrique.  Il a aussi été demandé s'il existait des modèles de sécurité sociale adaptés au continent.  Le problème majeur est, en tout état de cause, la création d'emplois pour la jeunesse, a dit un autre représentant.

Réponses des Secrétaires exécutifs

M. KIM, Secrétaire exécutif de la Commission économique et sociale pour l'Asie et le Pacifique, a confirmé l'existence d'un dialogue entre les régions asiatique et européenne et dit avoir régulièrement des réunions avec les dirigeants d'organisations économiques régionales ainsi qu'avec le bureau régional de l'Organisation internationale du travail, entre autres.  La Commission a lancé l'an dernier la création d'une banque de données, parmi d'autres initiatives allant dans le sens d'une meilleure information statistique et économique.  La croissance dans la région s'accompagne de création d'emplois très spécialisés mais relativement peu nombreux.  De nombreuses entreprises doivent en effet prendre des mesures pour rester compétitives, ce qui ne favorise pas l'emploi, surtout compte tenu de la rigidité des marchés du travail.  La population de la région, vieillissante au Japon en particulier, est de plus en plus urbanisée: on s'attend dans l'avenir à des déséquilibres de la main-d'œuvre.

M. BELKA, Secrétaire exécutif de la Commission européenne pour l'Europe, a dit que la pauvreté peut être qualifiée de plusieurs manières mais recouvre toujours la même réalité.  Certains estiment qu'un travail précaire vaut mieux que le chômage, mais rien n'est moins sûr: la précarité ne permet pas en effet de sortir de la pauvreté.  C'est pourquoi les notions d'équité et d'égalité devant l'emploi sont importantes.  Le problème du chômage en Europe de l'Est doit être traité par une action au niveau macroéconomique visant à la prévention des crises.  Les dividendes de la prospérité doivent être mis de côté pour préparer l'avenir et permettre aux plus défavorisés de mieux affronter les crises.  Répondant à une question sur la situation défavorable des minorités ethniques face au chômage, M. Belka a confirmé que ces dernières étaient toujours les plus touchées par ce phénomène.

M. MACHINEA, Secrétaire exécutif de la Commission économique pour l'Amérique latine et les Caraïbes, a répété que le problème du sous-continent est le manque de croissance et que la qualité du travail crée est aussi préoccupante.  Il a aussi relevé que la «recette» d'une plus grande flexibilité du marché de l'emploi avait rapidement montré ses limites.  Concernant l'importance des «pactes sociaux» évoqués par le représentant du Brésil, il existe aujourd'hui des consensus en Amérique latine au sujet de certains thèmes économiques, mais pas sur d'autres, notamment en ce qui concerne les buts de la protection sociale.  Des voies possibles à cet égard peuvent être trouvées dans certains pays d'Europe du Nord, en matière de protection sociale et, par extension, de fiscalité.  M. Machinea a relevé certains progrès réalisés et souligné la nécessité d'une volonté politique de faire avancer la situation économique.  D'autre part, la croissance et l'équité ne sont pas des notions incompatibles, a souligné le Secrétaire exécutif, qui a mis en avant le fait que la lutte contre les inégalités contribue en fait à améliorer le bien-être économique.  Il appartient par ailleurs aux États de fixer leurs priorités, les Commissions ayant un rôle de conseil dans l'application des politiques économiques.  Quant au financement des réformes, il est certes problématique.  À ce titre, la solidarité doit primer, comme c'est le cas au Brésil et au Costa Rica par exemple, ou dans les Caraïbes, dans le domaine de la santé.

M. JANNEH, Secrétaire exécutif de la Commission économique pour l'Afrique, a dit que l'Union africaine, dans une récente déclaration commune, se montre parfaitement consciente de la nécessité de rationaliser la coopération entre les agences de développement africaines.  L'Afrique est de plus en plus consciente de ses priorités.  La Commission collabore avec les structures nationales, le défi étant de parvenir à la réalisation des objectifs de développement.  Les problèmes sont connus, il faut déterminer quelles mesures doivent être adoptées.  La restructuration éventuelle de la Commission est une question à l'ordre du jour et des discussions sont en cours avec les États; elle visera à mieux accompagner l'Afrique sur le chemin de la réforme.

Le niveau de pauvreté est tellement grave que l'on doit parler de croissance fondée sur la justice, deux notions indissociables et d'une importance égale.  Les bénéfices de la croissance doivent être mieux répartis.

MME TALLAWY, Secrétaire exécutive de Commission économique et sociale pour l'Asie occidentale, a constaté avec plaisir que toutes les délégations s'intéressent à ce qui se passe dans les autres régions.  Le rôle et les objectifs des commissions régionales sont amenés à changer bientôt.  Elles se réunissent tous les six mois avec les institutions spécialisées des Nations Unies notamment pour partager les tâches.  Les autres entités régionales (comme la Ligue arabe) peuvent se faire entendre au sein de certaines instances par le biais de la Commission.  Croissance ou équité, la question ne doit pas se poser en ces termes: les deux notions vont de pair.

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À l’intention des organes d’information • Document non officiel
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