À LA CONFÉRENCE SUR LA GOUVERNANCE, LOUISE FRÉCHETTE DIT QUE LE MONDE ENTIER EST CONCERNÉ PAR LE DÉBAT SUR L’AVENIR DE LA DÉMOCRATIE EN AMÉRIQUE LATINE

DSG/SM/279
3 février 2006

À LA CONFÉRENCE SUR LA GOUVERNANCE, LOUISE FRÉCHETTE DIT QUE LE MONDE ENTIER EST CONCERNÉ PAR LE DÉBAT SUR L’AVENIR DE LA DÉMOCRATIE EN AMÉRIQUE LATINE

3/2/2006
Vice-Secrétaire générale
DSG/SM/279
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À LA CONFÉRENCE SUR LA GOUVERNANCE, LOUISE FRÉCHETTE DIT QUE LE MONDE ENTIER EST CONCERNÉ PAR LE DÉBAT SUR L’AVENIR DE LA DÉMOCRATIE EN AMÉRIQUE LATINE


(Publié le 14 février – retardé à la traduction)


On trouvera ci-après le texte des remarques formulées par la Vice-Secrétaire générale de l’Organisation des Nations Unies, Louise Fréchette, devant les représentants à la conférence intitulée « Crise de la gouvernance: L’enjeu international du maintien de la démocratie en Amérique latine », qui s’est tenue à New York:


Monsieur le sénateur [Tom] Daschle [Chargé de recherche au Center for American Progress], M. [Richard] Leone [Président de la Century Foundation], M. [Juergen] Stetten [Directeur du bureau de la Friedrich Ebert Stiftung à New York], M. [Morton] Halperin [Directeur de la Security and Peace Initiative],


Je vous remercie, M. Halperin et M. Stetten, des paroles aimables que vous venez de m’adresser.  Je vous remercie aussi de m’accueillir en ce lieu aujourd’hui. 


Je remercie également la Security and Peace Initiative, la Fondation Ebert, le Programme des Nations Unies pour le développement et tous ceux qui ont rendu la tenue de la présente conférence possible à ce moment opportun.


Il y a seulement quelques mois, le Secrétaire général a déclaré: « L’Amérique latine est une région dont l’équilibre est particulièrement précaire.  Elle constitue, à de nombreux égards, un microcosme du monde dans lequel nous vivons et un banc d’essai pour l’action de l’ONU. »


Au cours des 25 dernières années, la plupart des pays d’Amérique latine ont effectué une remarquable transition en passant d’un régime autoritaire à un régime démocratique.  Jamais autant de pays de la région n’ont été démocratiques.  Jamais la démocratie ne s’y est maintenue aussi longtemps.  La région dans son ensemble est en paix, contrairement à d’autres régions.  Les élections ne sont pas entachées de fraudes d’envergure.  La presse est relativement libre.  Les partis d’opposition peuvent gagner les élections et les gagnent.  Une nouvelle vague de dirigeants arrive au pouvoir: une femme au Chili, un autochtone en Bolivie, un membre de la classe ouvrière au Brésil, ce qui montre bien le dynamisme des systèmes électoraux et les progrès considérables qui ont été accomplis dans la lutte contre l’exclusion politique et ethnique, cause profonde de nombreux troubles. 


La région a également obtenu de bons résultats sur le plan macroéconomique.  Elle devrait connaître sa troisième année consécutive de croissance, grâce à un secteur des exportations en pleine renaissance.  Elle a fait d’importantes avancées dans les domaines clefs que sont la santé et l’éducation, comme le montre l’indicateur du développement humain.  Et 22 pays de la région, ainsi qu’un certain nombre de sous-régions, ont établi des rapports sur la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le développement, montrant ainsi leur volonté de donner une plus grande dimension politique à leurs réalisations.


Et pourtant, certaines tendances sont préoccupantes.  L’Amérique latine demeure la région la plus inégalitaire du monde.  Le nombre de personnes qui vivent dans la pauvreté ou dans la misère y a presque doublé depuis les années 80.  Le marché du travail reste largement dominé par le secteur informel et le chômage est toujours endémique.  Les poussées de criminalité et de violence, que certains observateurs associent à un accroissement des inégalités et à la faiblesse de l’État, menacent non seulement la vie des personnes mais aussi la croissance car elles compromettent les précieuses sources de revenus que sont le tourisme et les investissements étrangers.


De plus, bien que la démocratie ait gagné beaucoup de terrain, le processus démocratique et les modèles économiques nouvellement proclamés sont sources de désillusion et l’incapacité des gouvernements de répondre aux besoins criants de la population est source de frustration.


Notre tâche consiste à consolider les meilleurs acquis de la région et à soutenir la vigueur de l’évolution en cours, tout en aidant à rattraper le retard accumulé dans la satisfaction des besoins.  Il est très encourageant de voir que de nombreux dirigeants latino-américains de la génération actuelle se sont formés politiquement en luttant contre les régimes autoritaires et sont déterminés à promouvoir et à protéger la démocratie.  L’adoption de la Charte démocratique interaméricaine par l’Organisation des État s américains montre également l’attachement de la région à la démocratie et constitue un moyen supplémentaire de renforcer celle-ci.


Mais le leadership de la base vers le sommet est tout aussi important car il constitue un nécessaire contrepoids aux modèles paternalistes, qui veulent que le leadership s’exerce du sommet vers la base.  La société civile latino-américaine est de plus en plus active et vigoureuse et est à l’avant-garde des changements sociaux.  Ses moyens d’action et sa participation seront déterminants pour faire progresser la démocratie et l’état de droit.  À ce propos, un sondage récent donne à penser que la vie politique doit s’ancrer véritablement dans la population pour qu’elle soit synonyme de changement.  Seul un cinquième des personnes interrogées disent avoir confiance dans les partis politiques et un quart seulement avoir confiance dans le Congrès et les tribunaux, et un tiers seulement sont satisfaits de la manière dont la démocratie fonctionne dans leur pays.  C’est dans ces domaines que les efforts sont les plus nécessaires, comme le suggérait il y a deux ans le rapport du Programme des Nations Unies pour le développement intitulé : « Democracy in Latin America: Towards a Citizens’Democracy » (La démocratie en Amérique latine : Vers une démocratie citoyenne).


Dans le même esprit, le système des Nations Unies demeurera un partenaire actif de l’Amérique latine.


Une des mesures les plus encourageantes qui ont été adoptées au Sommet mondial de septembre 2005 a été la création du Fonds des Nations Unies pour la démocratie, que de nombreux pays se sont déjà engagés à alimenter généreusement et auquel ils ont déjà versé d’importantes contributions.  Le but premier du Fonds est d’aider à l’exécution de projets qui consolident et renforcent les institutions démocratiques et facilitent la gouvernance démocratique dans les démocraties nouvelles ou rétablies.


L’ONU se tient prête à aider techniquement les gouvernements qui le lui demanderont à organiser des élections.  L’année 2006 sera une grande année électorale en Amérique latine puisqu’une élection présidentielle a déjà eu lieu et que huit autres sont prévues, notamment dans sept des huit pays les plus peuplés de la région.  Ces importants choix nationaux sont l’occasion pour la population de participer à la vie politique et offrent la possibilité de redonner vigueur à la démocratie.


L’ONU est déterminée à aider l’Amérique latine à relever le formidable défi que constitue le renforcement de ses institutions politiques.  Elle travaille en étroite collaboration avec les gouvernements pour prévenir les conflits, désamorcer les crises politiques et promouvoir la participation et la réconciliation. 


En Bolivie, par exemple, le Président par intérim Rodríguez a demandé l’aide de l’ONU pour qu’un nouveau gouvernement démocratiquement élu puisse lui succéder sans heurt.  L’ONU a fait des recommandations que le Gouvernement par intérim a largement suivies.  Elle s’est fait représenter lors de l’investiture du Président Morales, auquel elle a proposé, sur place, d’aider le nouveau gouvernement.


En Équateur, l’ONU a entrepris une mission interorganisations pour examiner la situation le long de la frontière avec la Colombie et établi un rapport dans lequel elle formule des propositions à l’intention du Gouvernement.  Elle a également fait des recommandations au sujet de la constitution d’une nouvelle Cour suprême de justice, rendue nécessaire après la dissolution de l’ancienne.  Ces recommandations ont été adoptées dans leur quasi-intégralité par le parlement équatorien et une nouvelle cour est entrée en fonction à la fin de 2005.


Et, bien entendu, le système des Nations Unies dans son ensemble, y compris ses équipes de pays et sa commission régionale – la Commission économique pour l’Amérique latine et les Caraïbes – continuera à aider la région à lutter contre la pauvreté et à élever le niveau de vie en s’appuyant sur nos conseils, nos travaux de recherche et nos statistiques pour fournir une aide technique dans des domaines clefs tels que le développement, les droits de l’homme et la protection de l’environnement.  Nous estimons que le développement de la gouvernance démocratique et le règlement des problèmes socioéconomiques sont deux objectifs étroitement liés. 


Comme je l’ai souligné au départ, le monde entier est concerné par le débat sur l’avenir de la démocratie en Amérique latine.  La question est inscrite à l’ordre du jour de l’Organisation des États américains, de la Banque interaméricaine de développement, de la Banque mondiale, de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) et d’autres grandes institutions, dont, bien sûr –et ce ne sont pas les moins importantes– celles qui nous accueillent aujourd’hui, la Fondation Ebert et la Security and Peace Initiative.  Les établissements universitaires et les organisations non gouvernementales s’y intéressent aussi très activement.  La présente conférence offre l’occasion d’harmoniser les stratégies des Latino-Américains et de leurs partenaires internationaux au moment où ils appréhendent les problèmes à régler et, en particulier, les décisions à prendre en 2006.  J’attends avec beaucoup d’intérêt de voir quelles idées et quelles politiques découleront de ce dialogue. 


Enfin, ces remarques que je livre à ce public d’amis de l’Amérique latine ne seraient pas complètes si je ne faisais pas l’éloge de ma collègue et amie Elena Martinez.  Elena n’a pu se joindre à nous aujourd’hui mais son dévouement au bien-être de l’Amérique latine est bien connu.  À la grande tristesse de ses collègues, elle va bientôt parvenir à la fin d’une carrière longue et productive à l’ONU, qui l’a vue sortir brillamment des rangs sans jamais cesser, tout au long de son parcours, d’apporter d’importantes contributions dans son domaine de compétence.


Je vous souhaite à tous de travailler de manière productive et vous remercie.


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À l’intention des organes d’information • Document non officiel
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