LE CONSEIL SANCTIONNE LA RPDC POUR SON TEST NUCLÉAIRE ET EXIGE QU’ELLE RENONCE À SON RETRAIT DU TNP

14 octobre 2006
CS/8853

LE CONSEIL SANCTIONNE LA RPDC POUR SON TEST NUCLÉAIRE ET EXIGE QU’ELLE RENONCE À SON RETRAIT DU TNP

14/10/2006
Conseil de sécurité
CS/8853
Département de l’information • Service des informations et des accréditations • New York

Conseil de sécurité

5551e séance – après-midi

LE CONSEIL SANCTIONNE LA RPDC POUR SON TEST NUCLÉAIRE ET EXIGE QU’ELLE RENONCE À SON RETRAIT DU TNP

Il l’invite à reprendre immédiatement et sans conditions préalables les Pourparlers à Six

Le Conseil de sécurité a voté à l'unanimité, cet après-midi, une résolution imposant des sanctions à la République populaire démocratique de Corée (RPDC), après son essai nucléaire proclamé, ainsi que des restrictions en matière d'armement.  Le Conseil exige également de la RPDC qu’elle retire l’annonce de son retrait du Traité sur la non-prolifération (TNP) et l’invite à reprendre les Pourparlers à Six sans conditions préalables. 

Par sa résolution 1718, le Conseil de sécurité, qui agit en vertu du Chapitre VII de la Charte des Nations Unies, et prend des mesures en application de son article 41, lequel n’autorise que des moyens n’impliquant pas l’usage de la force, condamne l’essai nucléaire annoncé par la RPDC le 9 octobre 2006.  Il exige qu’elle ne procède à aucun nouvel essai nucléaire ou tir de missiles balistiques, retire immédiatement l’annonce de son retrait du TNP et redevienne partie au Traité.

Le Conseil décide en outre que la RPDC suspende toutes activités liées à son programme de missiles balistiques et rétablisse les engagements qu’elle a précédemment souscrits en faveur d’un moratoire sur les tirs de missiles.  La RPDC, ajoute-t-il, doit abandonner toutes armes nucléaires et tous programmes nucléaires existants de façon intégrale, vérifiable et irréversible. 

Invités à coopérer, notamment en procédant à l’inspection du fret à destination ou en provenance de la RPDC, tous les États Membres devront empêcher la fourniture, la vente ou le transfert, directs ou indirects, vers la RPDC de chars de combat, de véhicules blindés de combat, de système d’artillerie de gros calibre, d’avions de combat, d’hélicoptères d’attaque, de navires de guerre, de missiles et lanceurs de missiles tels que définis aux fins du Registre des armes classiques de l’ONU.  Les États Membres devront en outre geler immédiatement fonds, avoirs financiers et ressources économiques se trouvant sur leur territoire qui sont la propriété ou sous le contrôle direct ou indirect des personnes ou entités liées aux programmes en rapport avec les armes nucléaires, les missiles balistiques et autres armes de destruction massive de la RPDC.

Le représentant de la RPDC, Pak Gil Yon, a rejeté « totalement » la résolution du Conseil de sécurité, accusant celui-ci de continuer à appliquer une politique de « deux poids, deux mesures ».  Il a indiqué que la RPDC avait mené avec succès un essai nucléaire souterrain.  Cet essai, a-t-il dit, imputable directement aux menaces nucléaires, aux sanctions et aux pressions des États-Unis, est une nouvelle mesure destinée à renforcer les capacités de dissuasion et de légitime défense de la RPDC.

Pour les États-Unis, le Conseil a envoyé un message clair à la RPDC ainsi qu’à tous ceux qui se livrent à la prolifération.  La RPDC a provoqué un crime international, tout en niant à sa population les chances d’une vie meilleure, a expliqué leur représentant, John Bolton.  Le plein respect de la présente résolution et la reprise des Pourparlers à Six permettraient de lever les sanctions, a-t-il ajouté, avertissant néanmoins que le Conseil de sécurité se tiendrait prêt, au cas où la RPDC continuerait de bafouer ses décisions.  Dans ce cas, a-t-il précisé, le Conseil demandera d’autres sanctions, tout en cherchant une solution diplomatique car les États-Unis sont déterminés à assurer la sécurité des pays de la région asiatique et la dénucléarisation de cette zone. 

L’action du Conseil de sécurité indique bien la position ferme de la communauté internationale et contribue à créer les conditions permettant d’aboutir à une solution pacifique définitive sur la question nucléaire de la RPDC à travers le dialogue, a estimé la Chine.  Toutefois,  la sanction elle-même n’est pas une fin en soi, a souligné son Ambassadeur, Wang Guangya.  Celui-ci a exprimé les réserves de son pays sur cette résolution, en désapprouvant, par exemple, l’inspection des cargaisons à destination ou en provenance de la RPDC.  Il a enfin exhorté les pays concernés à adopter une attitude prudente et responsable et à éviter de prendre toute mesure provocatrice qui pourrait accroître la tension.

Les États-Unis et la Fédération de Russie ont exercé leur droit de réponse.

Les représentants des pays suivants ont pris la parole: États-Unis, France, Chine, Royaume-Uni, Fédération de Russie, Argentine, Japon, République populaire démocratique de Corée (RPDC) et République de Corée.

NON-PROLIFÉRATION/RPDC

Texte du projet de résolution (S/2006/805)

Le Conseil de sécurité,

Rappelant ses précédentes résolutions sur la question, y compris la résolution 825 (1993), la résolution 1540 (2004) et, en particulier, la résolution 1695 (2006), ainsi que la déclaration faite par son président le 6 octobre 2006 (S/PRST/2006/41),

Réaffirmant que la prolifération des armes nucléaires, chimiques et biologiques et de leurs vecteurs constitue une menace pour la paix et la sécurité internationales,

Se déclarant extrêmement préoccupé par le fait que la République populaire démocratique de Corée affirme avoir procédé à un essai nucléaire le 9 octobre 2006, par le défi qu’un essai de ce type pose pour le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires et pour les efforts internationaux tendant à renforcer le régime de non-prolifération des armes nucléaires à travers le monde, et par le danger qu’il en résulte pour la paix et la stabilité dans la région et au-delà,

Exprimant sa ferme conviction que le régime international de non-prolifération des armes nucléaires doit être maintenu et rappelant que la République populaire démocratique de Corée ne peut avoir le statut d’État doté de l’arme nucléaire aux termes du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires,

Déplorant que la République populaire démocratique de Corée ait annoncé son retrait du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires et son intention de se procurer l’arme nucléaire,

Déplorant également que la République populaire démocratique de Corée ait refusé de reprendre les pourparlers à six sans conditions préalables,

Faisant sienne la Déclaration commune publiée le 19 septembre 2005 par la Chine, les États-Unis d’Amérique, la Fédération de Russie, le Japon, la République de Corée et la République populaire démocratique de Corée,

Soulignant qu’il importe que la République populaire démocratique de Corée tienne compte des autres préoccupations sécuritaires et humanitaires de la communauté internationale,

Se déclarant vivement préoccupé par le fait que l’essai revendiqué par la République populaire démocratique de Corée a aggravé les tensions dans la région et au-delà et estimant donc qu’il existe une menace manifeste pour la paix et la sécurité internationales,

Agissant en vertu du Chapitre VII de la Charte des Nations Unies, et prenant des mesures sous l’empire de son Article 41,

1.    Condamne l’essai nucléaire annoncé par la République populaire démocratique de Corée le 9 octobre 2006, au mépris flagrant de ses résolutions sur la question, en particulier la résolution 1695 (2006), ainsi que de la déclaration faite par son président le 6 octobre 2006 (S/PRST/2006/41), étant donné notamment que cet essai susciterait la condamnation universelle de la communauté internationale et constituerait une menace manifeste pour la paix et la sécurité internationales;

2.    Exige de la République populaire démocratique de Corée qu’elle ne procède à aucun nouvel essai nucléaire ou tir de missiles balistiques;

3.    Exige de la République populaire démocratique de Corée qu’elle retire immédiatement l’annonce de son retrait du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires;

4.    Exige également de la République populaire démocratique de Corée qu’elle redevienne partie au Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires et aux garanties de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), et souligne la nécessité pour tous les États parties au Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires de continuer à respecter leurs obligations conventionnelles;

5.    Décide que la République populaire démocratique de Corée doit suspendre toutes activités liées à son programme de missiles balistiques et rétablir dans ce contexte les engagements qu’elle a précédemment souscrits en faveur d’un moratoire sur les tirs de missiles;

6.    Décide que la République populaire démocratique de Corée doit abandonner toutes armes nucléaires et tous programmes nucléaires existants de façon intégrale, vérifiable et irréversible, respecter strictement les obligations mises à la charge des Parties au Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires et les conditions que lui impose l’Accord de garantie (AIEA Infcirc/403) conclu avec l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) et fournir à l’AIEA des mesures de transparence allant au-delà de ces exigences, y compris l’accès aux personnes, à la documentation, au matériel et aux installations qui pourrait être demandé et jugé nécessaire par l’AIEA;

7.    Décide également que la République populaire démocratique de Corée doit abandonner toutes autres armes de destruction massive existantes et tout programme de missiles balistiques existant de façon intégrale, vérifiable et irréversible;

8.    Décide que :

a)    Tous les États Membres devront empêcher la fourniture, la vente ou le transfert, directs ou indirects, vers la République populaire démocratique de Corée, à travers leur territoire ou par leurs ressortissants, ou au moyen de navires ou d’aéronefs battant leur pavillon, qu’ils aient ou non leur origine dans leur territoire, de ce qui suit :

i)    Chars de combat, véhicules blindés de combat, système d’artillerie de gros calibre, avions de combat, hélicoptères d’attaque, navires de guerre, missiles et lanceurs de missiles tels que définis aux fins du Registre des armes classiques de l’ONU, ou matériel connexe, y compris pièces détachées, ou articles selon ce que déterminera le Comité du Conseil de sécurité créé en application du paragraphe 12 ci-après (ci-après dénommé le Comité);

ii)   Tous articles, matières, matériel, marchandises et technologies figurant sur les listes contenues dans les documents S/2006/814 et S/2006/815, à moins que 14 jours au plus tard après l’adoption de la présente résolution, le Comité n’ait modifié ou complété leurs dispositions en tenant compte également de la liste contenue dans le document S/2006/816, ainsi que tous autres articles, matières, matériel, marchandises et technologies que pourrait déterminer le Conseil de sécurité ou le Comité, car susceptibles de contribuer aux programmes nucléaires, de missiles balistiques ou autres armes de destruction massive de la République populaire démocratique de Corée;

iii)  Articles de luxe;

b)    La République populaire démocratique de Corée devra cesser d’exporter tous les articles visés aux alinéas a) i) et ii) ci-dessus et tous les États Membres devront interdire que ces articles soient achetés à la République populaire démocratique de Corée par leurs ressortissants, que ces articles proviennent ou non du territoire de la République populaire démocratique de Corée;

c)    Tous les États Membres devront s’opposer à tout transfert à destination ou en provenance de la République populaire démocratique de Corée, par leurs nationaux ou en provenance de leurs territoires respectifs, de formation technique, de services conseil, de services ou d’assistance liés à la fourniture, à la fabrication, à l’entretien ou à l’utilisation des articles énumérés aux alinéas a) i) et a) ii) ci-dessus;

d)    Tous les États Membres devront, conformément à leurs procédures légales respectives, geler immédiatement fonds, avoirs financiers et ressources économiques se trouvant sur leur territoire à la date de l’adoption de la présente résolution ou par la suite, qui sont la propriété ou sous le contrôle direct ou indirect des personnes ou entités désignées par le Comité ou par le Conseil de sécurité comme participant ou apportant un appui, y compris par d’autres moyens illicites, aux programmes en rapport avec les armes nucléaires, les missiles balistiques et autres armes de destruction massive, de la République populaire démocratique de Corée, ou par des personnes ou entités agissant en leur nom ou sur leurs instructions, et devront veiller à empêcher leurs ressortissants ou toute personne ou entité se trouvant sur leur territoire de mettre à la disposition de ces personnes ou entités des fonds, avoirs financiers ou ressources économiques ou d’en permettre l’utilisation à leur profit;

e)    Tous les États Membres prendront les mesures nécessaires pour prévenir l’entrée sur leur territoire ou le passage en transit par leur territoire de toute personne désignée par le Comité, ou par le Conseil de sécurité, comme étant responsable, y compris sous forme d’appui ou d’encouragement, des politiques menées par la République populaire démocratique de Corée en matière de programmes en rapport avec les armes nucléaires, les missiles balistiques et autres armes de destruction massive, ainsi que les membres de leur famille, étant entendu qu’aucune disposition du présent alinéa ne peut contraindre l’État à refuser à ses propres ressortissants l’entrée sur son territoire;

f)    Afin de veiller à l’application des dispositions du présent paragraphe et de prévenir ainsi le trafic illicite des armes nucléaires, chimiques ou biologiques, de leurs vecteurs et matériels connexes, tous les États Membres sont invités à coopérer, conformément à leurs autorités juridiques nationales et à leur législation et en conformité avec le droit international, notamment en procédant à l’inspection du fret à destination ou en provenance de la République populaire démocratique de Corée, selon que de besoin;

9.    Décide que les dispositions du paragraphe 8 d) ci-dessus ne s’appliquent pas aux moyens financiers ou autres avoirs ou ressources au sujet desquels les États concernés ont établi qu’ils étaient :

a)    Nécessaires pour régler les dépenses ordinaires (vivres, loyers ou mensualités de prêts hypothécaires, médicaments ou frais médicaux, impôts, primes d’assurance, factures de services collectifs de distribution ou pour verser des honoraires d’un montant raisonnable et rembourser des dépenses engagées par des juristes dont les services ont été employés, ou acquitter des frais ou commissions de fonds gelés, autres avoirs financiers ou ressources économiques institués par la législation nationale, dès lors que lesdits États ont informé le Comité de leur intention d’autoriser, dans les cas où cela serait justifié, l’accès auxdits fonds, autres avoirs financiers ou ressources économiques et que celui-ci ne s’y est pas opposé dans les cinq jours ouvrables qui ont suivi;

b)    Nécessaires pour régler les dépenses extraordinaires, pour autant que lesdits États en aient avisé le Comité et que celui-ci ait donné son accord; ou

c)    Visés par un privilège ou une décision judiciaire, administrative ou arbitrale, auquel cas les fonds, autres avoirs financiers ou ressources économiques pourront être utilisés à cette fin, pour autant que le privilège ou la décision soit antérieur à la présente résolution, qu’il ne soit pas au profit d’une personne ou entité visée à l’alinéa d) du paragraphe 8 ci-dessus ou désignée par le Conseil de sécurité ou le Comité et qu’il ait été porté à la connaissance de ce dernier par les États concernés;

10.   Décide que les mesures édictées à l’alinéa e) du paragraphe 8 ci-dessus ne trouvent pas application si le Comité détermine au cas par cas que ce voyage est justifié pour des motifs humanitaires, y compris pour accomplir un devoir religieux, ou considère qu’une dérogation favoriserait la réalisation des objectifs de la présente résolution;

11.   Invite tous les États Membres à lui faire rapport dans un délai de trente jours à compter de l’adoption de la présente résolution sur les mesures qu’ils ont prises afin de mettre efficacement en application les dispositions du paragraphes 8 ci-dessus;

12.   Décide de créer, conformément à l’article 28 de son règlement intérieur provisoire, un comité du Conseil de sécurité composé de tous les membres du Conseil, qui s’acquittera des tâches ci-après :

a)    Obtenir de tous les États, en particulier ceux qui produisent ou ont en leur possession les articles, matières, matériel, marchandises et technologies visés à l’alinéa a) du paragraphe 8 ci-dessus, des informations concernant les mesures qu’ils ont prises pour appliquer efficacement les mesures imposées par le paragraphe 8 ci-dessus de la présente résolution et toutes autres informations qu’il pourrait juger utiles à cet égard;

b)    Examiner les informations obtenues au sujet de violations alléguées des mesures imposées par le paragraphe 8 de la présente résolution et prendre les mesures appropriées;

c)    Examiner les demandes de dérogation prévues aux paragraphes 9 et 10 ci-dessus et se prononcer à leur sujet;

d)    Déterminer quels autres articles, matières, matériel, marchandises et technologies supplémentaires sont à spécifier aux fins des alinéas a) i) et ii) du paragraphe 8 ci-dessus;

e)    Désigner toutes autres personnes et entités passibles des mesures imposées par les alinéas d) et e) du paragraphe 8 ci-dessus;

f)    Arrêter les directives qui pourraient être nécessaires pour faciliter la mise en œuvre des mesures imposées par la présente résolution;

g)    Adresser au moins tous les 90 jours au Conseil de sécurité un rapport sur ses travaux, accompagné de ses observations et recommandations, en particulier sur les moyens de renforcer l’efficacité des mesures imposées par le paragraphe 8 ci-dessus;

13.   Salue et encourage à nouveau les efforts faits par tous les États concernés pour intensifier leurs initiatives diplomatiques, pour s’abstenir de tout acte susceptible d’aggraver la tension et pour faciliter la reprise rapide des pourparlers à six, afin de mettre rapidement en œuvre la Déclaration commune publiée le 19 septembre 2005 par la Chine, les États-Unis d’Amérique, la Fédération de Russie, le Japon, la République de Corée et la République populaire démocratique de Corée, de parvenir à une dénucléarisation vérifiable de la péninsule coréenne et de maintenir la paix et la stabilité dans la péninsule et dans l’Asie du Nord-Est;

14.   Invite la République populaire démocratique de Corée à reprendre immédiatement les pourparlers à six sans conditions préalables et à s’employer à mettre rapidement en œuvre la Déclaration commune publiée le 19 septembre 2005 par la Chine, les États-Unis d’Amérique, la Fédération de Russie, le Japon, la République de Corée et la République populaire démocratique de Corée;

15.   Affirme qu’il suivra de près la conduite de la République populaire démocratique de Corée et se tiendra prêt à examiner le bien-fondé des mesures énoncées au paragraphe 8 ci-dessus, y compris leur renforcement, modification, suspension ou levée, en fonction de ce qui serait nécessaire au vu du respect des dispositions de la présente résolution par la République populaire démocratique de Corée;

16.   Souligne que d’autres décisions s’imposeront au cas où des mesures supplémentaires seraient nécessaires;

17.            Décide de rester activement saisi de la question.

Explications de vote

M. JOHN BOLTON (États-Unis) s’est félicité de l’adoption à l’unanimité de la résolution 1718.  L’essai nucléaire revendiqué par la République populaire démocratique de Corée (RPDC) pose l’une des plus grandes menaces à la paix et à la sécurité que le Conseil ait jamais eu à examiner, a-t-il affirmé.  Le Conseil envoie un message clair à ce pays ainsi qu’à tous ceux qui se livrent à la prolifération pour les prévenir que les réactions seront vigoureuses contre ceux qui ne tiennent pas compte de ses exigences.  Il y a deux mois, a-t-il rappelé, nous avions demandé à la RPDC de démanteler son programme nucléaire et d’armes de destruction massives, en lui suggérant que la meilleure façon d’améliorer son économie était de se conformer aux exigences du Conseil et de reprendre les Pourparlers à Six.  Le régime a choisi une autre voie, a-t-il constaté, en répondant par une menace à la sécurité et à la paix internationales.  M. Bolton a affirmé que la RPDC avait provoqué un crime international, tout en niant à sa population les chances d’une vie meilleure.  Selon lui, l’unanimité du Conseil de sécurité prouve à la RPDC et à d’autres que celui-ci est prêt à répondre à toutes les menaces à la paix rapidement et fermement. 

M. Bolton a relevé que le respect entier de la présente résolution par la RPDC et la reprise des Pourparlers à Six permettraient de lever les sanctions, mais il a averti que le Conseil devait se tenir prêt, au cas où la RPDC continuerait à bafouer ses décisions.  Dans ce cas, a-t-il prévenu, le Conseil demandera d’autres sanctions, tout en cherchant une solution diplomatique car les États-Unis sont déterminés à assurer la sécurité des pays de la région asiatique et la dénucléarisation de cette zone.  M. Bolton a précisé que la résolution prévoyait des dérogations pour les secours humanitaires, afin de venir en aide à la population de la RPDC, qui souffre.

M. JEAN-MARC DE LA SABLIÈRE (France) a estimé que l’adoption de la résolution traduisait la condamnation universelle de cet acte d’une extrême gravité et la détermination unanime de la communauté internationale face au comportement de Pyongyang.  Il a souligné que cette résolution comprenait en particulier une série de mesures fortes touchant les programmes militaires de la RPDC, notamment ses programmes de missiles balistiques et d’armes de destruction massive.  Il faudrait en particulier mettre un terme à l’importation et l’exportation par ce pays de produits liés à ces programmes, a-t-il expliqué, et il faudrait aussi assurer l’efficacité de ces mesures par une coopération des États en procédant à des vérifications des cargaisons à destination ou en provenance de la RPDC.

Face au défi lancé par la RPDC, dans un contexte où le monde fait face à d’autres crises de prolifération, M. de La Sablière a jugé qu’il était essentiel que la communauté internationale soit unie et fasse preuve d’une fermeté exemplaire pour démontrer que le comportement de la RPDC ne saurait être toléré.

M. WANG GUANGYA (Chine) a déclaré que son pays soutenait le Conseil de sécurité en formulant une réponse ferme et appropriée.  L’action du Conseil de sécurité indique bien la position ferme de la communauté internationale et contribue à créer les conditions permettant d’aboutir à une solution pacifique définitive sur la question nucléaire de la RPDC à travers le dialogue.  Dans cet esprit, la Chine a voté en faveur de la résolution, a-t-il précisé.  Le représentant a également réaffirmé que la sanction elle-même n’est pas une fin en soi.  Comme il est stipulé par les dispositions pertinentes de la résolution, le Conseil de sécurité suspendra ou lèvera les sanctions contre la RPDC si celle-ci en respecte les exigences.  Il a souligné que la Chine n’approuvait pas la pratique d’inspection des cargaisons à destination ou en partance de la RPDC.  La Chine a donc des réserves sur les dispositions pertinentes de la résolution, a-t-il expliqué, exhortant les pays concernés à adopter à cet égard une attitude prudente et responsable et à éviter de prendre toute mesure provocatrice qui pourrait accroître la tension. 

Le représentant a ajouté que son Gouvernement s’était engagé à contribuer à la dénucléarisation de la péninsule coréenne et à y maintenir la paix et la stabilité, ainsi que dans le nord-est de l’Asie.  La Chine pense toujours que les Pourparlers à Six constituent le moyen réaliste pour régler ces questions et demeure fermement opposée à l’utilisation de la force, a-t-il déclaré.  La Chine, a-t-il poursuivi, a noté avec satisfaction qu’en condamnant l’essai nucléaire de la RPDC, les parties concernées avaient toutes indiqué l’importance d’adhérer aux efforts diplomatiques. 

Sir EMYR JONES PARRY (Royaume-Uni) a déclaré que la résolution 1718 marquait la condamnation par la communauté internationale de l’essai nucléaire auquel a procédé la RPDC le 9 octobre, acte qu’il a qualifié d’irresponsable.  La RPDC a procédé à des essais nucléaires en dépit des appels répétés lancés par les pays voisins et la communauté internationale, a-t-il souligné, ajoutant que ces essais contrevenaient aux engagements pris dans le cadre du Traité de non-prolifération nucléaire, et qu’ils constituaient donc une provocation directe lancée à la communauté internationale.  Face à cette menace pour la paix et la sécurité internationales, le Conseil a le devoir de réagir et d’envoyer un signal fort à Pyongyang, a-t-il affirmé. 

M. Jones Parry a cependant souligné que la présente résolution cherchait à mettre un terme au programme d’essais nucléaires mais ne ciblait nullement le peuple de la RPDC, qui souffre déjà beaucoup.  Il a donc appelé la RPDC à respecter la résolution et à reprendre les Pourparlers à Six, afin que le Conseil de sécurité lève ses sanctions.  Il revient à la RPDC de choisir, a-t-il déclaré, en acceptant les dispositions décidées par la communauté internationale.   Si elle ne respecte pas les exigences du Conseil, elle sera confrontée aux sanctions qui ont été décidées aujourd’hui. 

M. VITALY CHURKIN (Fédération de Russie) a affirmé que son pays avait souligné que l’action entreprise par la RPDC ne pouvait que rendre plus difficile toute perspective de règlement des problèmes de la péninsule coréenne, et représentait une violation du régime de non-prolifération.  Les dirigeants nord-coréens ont ignoré la déclaration présidentielle du 6 octobre 2006, a-t-il affirmé, cette situation exigeant donc, a-t-il dit, que le Conseil de sécurité prenne des mesures extraordinaires.  Cette résolution du Conseil de sécurité reflète, selon lui, les préoccupations humanitaires qui découleraient de la mise en oeuvre de mesures limitatives.  Le représentant a réaffirmé le principe selon lequel toute mesure de sanction doit être assortie de délais et doit être levée si les exigences du Conseil de sécurité sont respectées.  La présente résolution contient des mesures soigneusement conçues et ciblées, a-t-il ajouté.  Il est important que la RPDC prenne conscience des risques que représentent ses actions, et les revoie, a-t-il observé.  Il faut en outre qu’elle revienne sur sa décision de se retirer du TNP et retourne sans conditions aux Pourparlers à Six, a rappelé le représentant.  Les mesures visées par la présente résolution doivent être appliquées, selon lui, sous le strict contrôle du Conseil de sécurité et de son Comité de sanctions. 

M. CESAR MAYORAL (Argentine) a indiqué que son pays avait appuyé la résolution condamnant les essais nucléaires de la RPDC, lesquels remettent en cause la stabilité internationale.  Le message qu’envoie cette résolution montre clairement la position adoptée par la communauté internationale, a-t-il déclaré, espérant que la RPDC reviendrait aux Pourparlers à Six afin de parvenir à une solution.  Nous sommes convaincus que cela est possible, a-t-il ajouté, soulignant que l’attitude de la RPDC avait des répercussions non seulement sur les pays de la région Asie-Pacifique mais aussi sur l’ensemble du monde.

M. KENZO OSHIMA (Japon) a accueilli avec satisfaction cette résolution, précisant qu’elle constituait l’une des plus importantes votées par le Conseil de sécurité ces derniers temps, sur une question des plus préoccupantes pour la communauté internationale.  Il était essentiel qu’une telle décision ait été prise à l’unanimité, a-t-il ajouté.  Le Conseil de sécurité a assumé ses responsabilités en réagissant à cette situation grave rapidement et à l’unanimité, s’est-il félicité.  L’action de la RPDC a entraîné une profonde préoccupation en Asie de l’Est et au-delà.  Le danger créé par Pyongyang est clair, a-t-il assuré, notant qu’il constituait une grave menace à la paix et à la sécurité.  Les actes de la RPDC sont en contradiction avec la Déclaration de Pyongyang RPDC-Japon, la Déclaration conjointe des Pourparlers à Six et plusieurs autres accords auxquels elle a souscrit, a-t-il dit.  Le Japon attend que la RPDC agisse en tant que membre responsable des Nations Unies en appuyant cette résolution et les autres résolutions et décisions des Nations Unies, a-t-il affirmé.  Les questions de sécurité nationale ne sont pas le seul contentieux entre la RPDC et la communauté internationale, a-t-il poursuivi, citant les questions humanitaires et celle des enlèvements.  Le représentant a invité les États Membres à appliquer les dispositions de la résolution du Conseil de sécurité.  Le respect des résolutions ouvrirait la voie à la possibilité pour le Conseil de sécurité d’envisager une levée des sanctions, a-t-il conclu.

M. PAK GIL YON (République populaire démocratique de Corée) a indiqué que son pays rejetait totalement la résolution injustifiable adoptée par le Conseil de sécurité.  Il a dénoncé le fait que le Conseil ait adopté une résolution coercitive tout en négligeant la menace nucléaire que représentent les États-Unis, estimant que les membres du Conseil avaient mené une « action de gangsters ».  Cela prouve, selon lui, que le Conseil a perdu son impartialité et continue à appliquer une politique de « deux poids, deux mesures ».  Il a exprimé sa déception face au fait que le Conseil soit incapable d’exprimer ne serait-ce qu’un mot de préoccupation face aux États-Unis, qui menacent la RPDC d’une attaque nucléaire préemptive et qui mènent des exercices militaires conjoints de grande ampleur à proximité de la péninsule coréenne.  Il a alors reconnu que la RPDC avait mené avec succès un essai nucléaire souterrain, affirmant qu’il s’agissait d’une nouvelle mesure destinée à renforcer ses capacités de dissuasion et de légitime défense.  Cet essai nucléaire est imputable directement aux menaces nucléaires, aux sanctions et aux pressions des États-Unis, a-t-il ajouté.  Selon lui, la RPDC s’est efforcée de régler la question nucléaire par le biais des négociations, et a un désir sincère de réaliser la dénucléarisation de la péninsule coréenne.  Or, l’Administration Bush a réagi aux efforts patients et magnanimes de la RPDC par une politique de sanctions et d’embargo.  La RPDC a donc été contrainte de prouver qu’elle possédait l’arme nucléaire pour protéger sa souveraineté et son existence face au danger nucléaire posé par les États-Unis, qui s’accroît, selon lui, de jour en jour. 

La RPDC maintient son désir de dénucléariser l’ensemble de la péninsule par le biais de la négociation, a-t-il insisté, affirmant que cela constituait la dernière instruction en date de son Président ainsi que le but ultime du peuple de ce pays.  Il a reconnu que la RPDC s’était engagée à démanteler ses programmes nucléaires, et a affirmé que le récent essai nucléaire constituait une mesure positive dans la mise en œuvre de ce démantèlement.  Il a déclaré que la RPDC  jugerait inutile de posséder ne serait-ce qu’une seule arme nucléaire si elle n’était plus exposée aux menaces des États-Unis et si ce pays abandonnait sa politique hostile à la RPDC.  M. Pak Gil Yon a alors affirmé que les États-Unis avaient manipulé le Conseil de sécurité pour qu’il adopte une résolution qui exerce des pressions sur Pyongyang.  La RPDC est prête à la fois au dialogue et à la confrontation, a-t-il insisté.  Il a prévenu que si les États-Unis accroissaient leur pression sur la RPDC, celle-ci continuerait à prendre des contre-mesures concrètes, considérant cette pression comme une déclaration de guerre.

M. Y.J. CHOI (République de Corée) a affirmé que l’action de la RPDC sapait la paix dans la région et au-delà.  La RPDC n’a pas respecté les engagements pris dans le cadre de la Déclaration conjointe des Pourparlers à Six et contrevient à la résolution 1684 du Conseil de sécurité, et a agi en violation de la Déclaration conjointe signée en 1991 avec la République de Corée sur la dénucléarisation de la péninsule coréenne, a-t-il dit.  La République de Corée apprécie les efforts du Conseil de sécurité visant à faire face à un défi grave lancé à tous, a-t-il ajouté, invitant la RPDC à agir avec prudence et à entendre la voix de la communauté internationale.  Selon lui, la RPDC devrait revenir aux Pourparlers à Six sans conditions préalables et abandonner son programme nucléaire.  Le Gouvernement de la République de Corée déploie tous ses efforts pour parvenir à cet objectif, a-t-il conclu.

Droits de réponse

Le représentant des États-Unis a pointé du doigt la chaise vide que venait de quitter le représentant de la République populaire démocratique de Corée.  C’est la deuxième fois en trois mois, a-t-il fait remarquer, que le représentant de la RPDC a demandé à participer aux réunions, qu’il a repoussé une résolution unanime du Conseil de sécurité et qu’il a ensuite quitté la salle du Conseil.  Cela ressemble à ce qu’avait fait Khrouchtchev en tapant avec sa chaussure sur son pupitre à l’Assemblée générale des Nations Unies, a-t-il affirmé.

Prenant à son tour la parole, le représentant de la Fédération de Russie a demandé au Président du Conseil de sécurité d’user de son influence pour demander que des membres du Conseil, même sous le coup de l’émotion, évitent de faire des références historiques déplacées. 

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À l’intention des organes d’information • Document non officiel
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