CONSEIL DE SÉCURITÉ : APRÈS LES ÉVÈNEMENTS DE CANA, KOFI ANNAN, APPUYÉ PAR LE REPRÉSENTANT DU LIBAN, RENOUVELLE SES APPELS À LA CESSATION IMMÉDIATE DES HOSTILITÉS

30 Juillet 2006
CS/8789

CONSEIL DE SÉCURITÉ : APRÈS LES ÉVÈNEMENTS DE CANA, KOFI ANNAN, APPUYÉ PAR LE REPRÉSENTANT DU LIBAN, RENOUVELLE SES APPELS À LA CESSATION IMMÉDIATE DES HOSTILITÉS

30 juillet 2006
Conseil de sécurité
CS/8789
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Conseil de sécurité

5498e séance – matin


CONSEIL DE SÉCURITÉ: APRÈS LES ÉVÈNEMENTS DE CANA, KOFI ANNAN, APPUYÉ PAR LE REPRÉSENTANT DU LIBAN, RENOUVELLE SES APPELS À LA CESSATION IMMÉDIATE DES HOSTILITÉS


« Une telle décision ne résoudrait rien sans le désarmement et le démantèlement complets du Hezbollah », a estimé le représentant d’Israël


À la demande du Secrétaire général de l’ONU, le Président du Conseil de sécurité pour le mois de juillet et Représentant permanent de la France a convoqué aujourd’hui une réunion d’urgence pour examiner la situation, « d’une extrême gravité », au Moyen-Orient, après le bombardement par Israël du village de Cana, au Sud-Liban, qui a provoqué la mort d’au moins 50 personnes, dont une vingtaine d’enfants.


Pour décrire la « dynamique des évènements », le Secrétaire général a indiqué que le Gouvernement libanais ne voulait plus négocier avant la cessation des hostilités, alors qu’Israël a demandé l’évacuation des populations de deux autres villages du Sud-Liban avant la tombée de la nuit.  Il faut condamner dans les termes les plus vigoureux possibles les évènements de Cana, a souhaité Kofi Annan, en soulignant la pertinence de ses appels à une cessation immédiate des hostilités.


Craignant d’autres réactions de colère au Liban, ainsi qu’ailleurs dans la région et le monde musulman, le Secrétaire général a appelé le Conseil de sécurité à œuvrer ensemble à la mise en place du cadre politique nécessaire à une solution durable.  Un tel cadre impliquerait un cessez-le-feu, le renforcement du Gouvernement libanais, le désarmement de toutes les milices et la mise en œuvre des résolutions pertinentes du Conseil.  Il a en outre promis de travailler au déploiement d’une force de stabilisation pour aider le Gouvernement libanais à concrétiser sa décision de rétablir son autorité sur l’ensemble du territoire.


Le Gouvernement du Liban a présenté pour sa part un plan en sept points qui mérite aujourd’hui toute l’attention du Conseil, a renchéri le représentant du Liban, Nahoud Mahmoud.  La première mesure de ce plan, a-t-il expliqué, est un cessez-le-feu immédiat.  La proposition libanaise a été rejetée par le représentant d’Israël.  Déplorant ce dimanche « horrible, sanglant et tragique », Dan Guillerman a cependant soutenu qu’en l’absence d’un désarmement et d’un démantèlement complets du Hezbollah, un cessez-le-feu ne résoudrait pas le problème.


Le représentant israélien, qui a dit « porter le deuil avec la population du Liban », a néanmoins souligné que si les habitants de Cana avaient péri par le feu israélien, elles étaient surtout les victimes du Hezbollah et de la terreur.  Cana est depuis longtemps un point de ralliement du Hezbollah, a-t-il affirmé, en rappelant qu’Israël, qui avait demandé aux populations de quitter les lieux, ne serait pas surpris d’apprendre que c’est le Hezbollah qui leur a demandé de rester.


Par cynisme, par brutalité et par mépris pour la vie humaine, la situation actuelle est exactement ce que le Hezbollah attendait, au moment où la Secrétaire d’État américaine était sur le point d’obtenir un accord des parties, a ajouté Dan Gillerman. « Ne jouez pas le jeu du Hezbollah et de ses parrains, l’Iran et la Syrie.  Ne leur donnez pas le cessez-le-feu qu’ils attendent pour pérenniser le statu quo », a insisté le représentant israélien.


LA SITUATION AU MOYEN-ORIENT


Déclarations


M. KOFI ANNAN, Secrétaire général des Nations Unies, a fait état d’une « situation d’une extrême gravité » pour les peuples du Moyen-Orient, mais aussi pour tous les États Membres de l’ONU et, en particulier, pour ceux qui siègent au Conseil de sécurité.  La nuit dernière, les forces israéliennes ont bombardé le village de Cana, situé en dehors du périmètre de la Force intérimaire des Nations Unies au Liban (FINUL).  À la suite de cette attaque, des ingénieurs chinois et deux équipes médicales ont pénétré dans la zone pour contribuer aux efforts de secours, sortir les corps des décombres et soigner les blessés.  Les rapports préliminaires, provenant principalement du Gouvernement libanais, indiquent que 54 personnes ont trouvé la mort, parmi lesquels 25 enfants.


Il faut condamner cet acte dans les termes les plus vigoureux, a exhorté le Secrétaire général, qui s’est dit consterné de constater que ses appels à une cessation des hostilités n’avaient pas été entendus et que des vies continuaient d’être sacrifiées.  Kofi Annan a donc réitéré son appel au Conseil de sécurité pour qu’il condamne cet acte.  Il a également présenté ses sincères condoléances aux familles des victimes du conflit au Liban, en Israël et dans les territoires palestiniens occupés.  Les évènements de Cana, a-t-il rappelé, ont suscité des condamnations dans le monde entier.  Certains ont exprimé leur colère contre l’ONU, comme ces manifestants libanais qui ont fait irruption dans la Maison des Nations Unies, à Beyrouth, pour y mettre le feu.  Le Secrétaire général a d’ailleurs remercié le Gouvernement libanais d’avoir réagi promptement en dépêchant sur place les forces de sécurité pour disperser les manifestants, la Maison étant le quartier général des opérations humanitaires en cours au Liban.


Kofi Annan a toutefois dit craindre des réactions analogues ailleurs dans la région et dans d’autres lieux du monde musulman.  Il a lancé un appel pour que le monde comprenne bien que, par le biais de la diplomatie, des activités humanitaires et de la FINUL, qui a elle-même subi des pertes, l’ONU fait tout son possible pour apaiser la situation.  Les évènements de la nuit dernière doivent nous rappeler qu’il y a 10 ans, les personnes qui s’étaient réfugiées dans le même village avaient subi le même sort.  Il faut enrayer le cycle de la violence, a insisté le Secrétaire général, et réaliser que la plupart des victimes de ces violences sont des civils, en particulier, des enfants.  La population du nord d’Israël est soumise à un feu nourri et constant de roquettes, a reconnu Kofi Annan, qui a estimé que les deux parties ont de lourdes responsabilités à assumer et semblent avoir commis l’une et l’autre de graves violations du droit international.


Le Hezbollah a kidnappé deux soldats israéliens et attaqué le nord d’Israël, en lançant des roquettes d’une manière indiscriminée, a tenu à rappeler le Secrétaire général.  M. Annan a cependant souligné qu’Israël exerce son droit à la légitime défense d’une façon qui provoque des morts et des souffrances inacceptables, en particulier parmi les civils, prévenant que tous ceux qui se rendent coupables de violations du droit international auront à en répondre.  Il faut cesser les hostilités sans délais et agir avant que trop de femmes et d’enfants ne deviennent les victimes d’un conflit sur lequel ils n’ont aucune prise, a insisté Kofi Annan, qui a renouvelé son appel à la cessation immédiate des hostilités et à la mise en place par la communauté internationale du cadre politique nécessaire à une solution durable.  Ce cadre, a-t-il décrit, comprendrait le renforcement du Gouvernement libanais, le désarmement de toutes les milices libanaises et non libanaises et la mise en œuvre des résolutions pertinentes du Conseil de sécurité.  Je travaillerai, a promis le Secrétaire général, au déploiement d’une force de stabilisation à l’appui du Gouvernement libanais pour qu’il puisse concrétiser sa décision de rétablir son autorité sur l’ensemble du territoire.


Je sais, a confié Kofi Annan, qu’entre les membres du Conseil, il existe des divergences de vues sur la façon de procéder et l’ordre dans lequel il faut procéder.  Laissons donc ces divergences de côté et œuvrons à la cessation immédiate des hostilités, a-t-il de nouveau demandé.  Le Secrétaire général a indiqué que le Premier Ministre libanais lui avait dit qu’il ne s’engagerait plus dans des contacts diplomatiques pour parvenir à une cessation des hostilités.  De leur côté, les forces de défense israéliennes ont demandé que les populations de deux villages du Liban soient évacuées avant la tombée de la nuit, ce à quoi les autorités libanaises ont répondu que ces populations n’avaient pas les moyens de quitter ces localités.  Voilà la dynamique des évènements, a fait observer Kofi Annan, en soulignant que l’autorité et la renommée du Conseil étaient aujourd’hui en jeu.  L’opinion publique a bien remarqué qu’il n’avait pas pu réagir rapidement et les manifestations de Beyrouth soulignent le mécontentement des populations face à la passivité du Conseil.  Il faut agir et agir tout de suite, a conclu le Secrétaire général.


À quel moment cette machine infernale va-t-elle enfin s’arrêter?, s’est interrogé M. NOUHAD MAHMOUD (Liban).  Cana est à nouveau victime du sort que lui avait réservé Israël il y a déjà dix ans.  Le hameau de Cana, un endroit paisible dans lequel les populations cherchaient refuge, a été bombardé de sang froid et plus de 60 corps ont été retirés des décombres, principalement des femmes et des enfants.  Israël, a poursuivi le représentant, est en train de commettre des atrocités et des massacres, et le fait que ces actes n’aient pas fait l’objet d’une résolution du Conseil ne signifie pas qu’il faut les qualifier autrement.  Cette tragédie, a-t-il expliqué, se produit à un moment où le peuple et le Gouvernement libanais recherchaient les moyens de régler la crise qui ravage le Liban.  À cette fin, le Premier Ministre libanais a énoncé un plan en sept points qui commencerait par un cessez-le-feu immédiat.


Mais la solution d’Israël est toute autre, a regretté le représentant.  C’est la solution des obus, du meurtre d’enfants et des restrictions sur l’acheminement de nourriture et de médicaments.  C’est la solution des punitions collectives et du rejet de toute idée soutenue par l’immense majorité des pays du monde.  Aujourd’hui, après le deuxième massacre de Cana, a poursuivi le représentant, aucune solution ne saurait être trouvée sans un cessez-le-feu préalable.  Les populations qui ont manifesté aujourd’hui dans les rues de Beyrouth n’ont fait qu’exprimer leur vœu de voir le Conseil obtenir un cessez-le-feu et demander une enquête approfondie sur le massacre de Cana.  L’ONU doit rester cet asile que les plus faibles attendent d’elle.  Le temps n’est plus aux paroles mais à l’action et à un examen minutieux du plan présenté par le Gouvernement libanais.


On ne peut attendre du Liban qu’il continue à négocier alors que la machine de guerre israélienne fait couler le sang de femmes et d’enfants innocents, a prévenu le représentant en exhortant le Conseil à tenir une séance pour adopter un texte exigeant un cessez-le-feu immédiat.  Vous savez, a-t-il dit, qu’Israël commet des atrocités que la conscience ne saurait tolérer.  Nous exhortons donc les Gouvernements du monde à voir la réalité en face et à contraindre les forces israéliennes à se retirer derrière la Ligne bleue, a conclu la délégation.


M. DAN GILLERMAN (Israël) a regretté ce dimanche « horrible, sanglant et tragique ».  Il a dit porter le deuil avec la population du Liban, en soulignant néanmoins que si les victimes de Cana ont péri par le feu israélien, elles sont surtout les victimes du Hezbollah et de la terreur.  Si le Hezbollah n’était pas si présent aujourd’hui au Liban et si le Liban s’était libéré de l’étreinte de ce monstre, les évènements de Cana ne se seraient jamais produits.  Israël, a affirmé le représentant, n’a jamais visé des personnes innocentes.  Mais Cana est depuis longtemps un point de ralliement du Hezbollah, a-t-il dit, en se déclarant prêt à diffuser un film qui montre que ses miliciens s’embusquent dans des habitations privées depuis lesquelles ils tirent des roquettes contre Israël.  C’est là la triste réalité, a poursuivi M. Gillerman, qui a rappelé que son Gouvernement, qui avait demandé aux populations de quitter les lieux, ne serait pas surpris d’apprendre que le Hezbollah leur a demandé de rester.


Le Hezbollah est un monstre cynique qui méprise la vie des Israéliens comme des Libanais.  Il s’est infiltré dans toute la vie du pays, a insisté le représentant en reprenant les propos d’une autorité libanaise.  Du point de vue moral, s’est défendu le représentant, il y a une différence entre les deux parties.  La centaine de missiles que le Hezbollah a lancés jusqu’à présent dans le nord d’Israël visaient délibérément des femmes et des enfants, tandis qu’au Liban, ceux-ci sont pris comme boucliers humains.  Lorsque vous dormez à côté d’un missile, ne vous étonnez pas de ne pas vous réveiller le lendemain matin, a prévenu le représentant.  Israël est réellement triste aujourd’hui que le Hezbollah n’ait jamais présenté d’excuses pour avoir tué des civils.  Pourquoi? Parce qu’ils sont ses cibles, a insisté le représentant.


Pour Israël, tout enfant libanais tué est la victime d’une tragédie et d’une erreur; pour le Hezbollah, il représente une victoire.  Par cynisme, brutalité et mépris pour la vie humaine, la situation actuelle est exactement ce que le Hezbollah voulait et souhaitait, en particulier aujourd’hui avec la présence de la Secrétaire d’État américaine qui était sur le point d’obtenir un accord des parties au conflit.  Chaque fois que l’on s’approche d’un accord, les intégristes et les extrémistes le tuent dans l’œuf, a déploré le représentant.  Ce qui arrive aujourd’hui est exactement ce qu’ils attendaient et c’est la jubilation à Téhéran, à Damas et dans les autres places fortes du Hezbollah.


Ne jouez pas leur jeu, a prévenu le représentant.  Ne leur donnez pas le cessez-le-feu qu’ils attendent.  Se tournant vers le représentant du Liban, il lui a dit : « Dites à votre peuple et à votre Gouvernement que les manifestations ne doivent pas être dirigées contre les Nations Unies mais bien contre le Hezbollah que vous avez laissé grandir.  Si vous aviez déployé vos forces dans le sud de votre pays, ce conflit n’aurait pas eu lieu.  Dites aux gens de manifester pour la paix et l’espoir, car nous voulons vivre ensemble ».  Le représentant a ensuite appelé à une culture d’espoir pour remplacer celle de la violence.  Il faut supprimer la culture de la haine et éviter que les évènements d’aujourd’hui, aussi horribles soient-ils, ne déforment la réalité.


Le Hezbollah doit être désarmé et il faut savoir que s’il y a cessez-le-feu sans un démantèlement total de son arsenal, il reviendra à la charge.  Ne laissez pas l’Iran et la Syrie, parrains du Hezbollah, remporter la victoire.  Le Hezbollah doit savoir que sa violence doit cesser sinon d’autres victimes innocentes en paieront le prix, a prévenu le représentant.


Reprenant la parole, M. NOUHAD MAHMOUD (Liban) a dénoncé les tentatives d’Israël d’essayer de détourner les yeux de la communauté internationale du massacre perpétré par ses forces à Cana.  Dès le premier jour, a-t-il rappelé, le Liban a demandé un cessez-le-feu et seul un cessez-le-feu immédiat assurera la protection des civils de part et d’autre de la frontière.  Le représentant a aussi rappelé qu’Israël avait même rejeté la trêve humanitaire proposée par le Secrétaire général.  Ce n’est pas le Hezbollah qu’Israël vise mais bien le Liban, ses infrastructures et sa population civile, a souligné le représentant.


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