LA COMMUNAUTÉ INTERNATIONALE A MAL COMPRIS LES VÉRITABLES CAUSES DU CONFLIT DU DARFOUR, DÉCLARE LE CHEF DE LA MISSION DU CONSEIL DE SÉCURITÉ

15 juin 2006
CS/8750

LA COMMUNAUTÉ INTERNATIONALE A MAL COMPRIS LES VÉRITABLES CAUSES DU CONFLIT DU DARFOUR, DÉCLARE LE CHEF DE LA MISSION DU CONSEIL DE SÉCURITÉ

14 juin 2006
Conseil de sécurité
CS/8750
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Conseil de sécurité                                        

5462e séance – matin                                       

LA COMMUNAUTÉ INTERNATIONALE A MAL COMPRIS LES VÉRITABLES CAUSES DU CONFLIT DU DARFOUR, DÉCLARE LE CHEF DE LA MISSION DU CONSEIL DE SÉCURITÉ

De l’avis d’Emyr Jones Parry, seule une approche régionale pourrait contribuer à régler les problèmes du Soudan

À l’issue de la mission conduite par le Conseil de sécurité au Soudan, au Tchad et au Siège de  l’Union africaine à  ddis-Abeba du 4 au 9 juin, M. Emyr Jones Parry, Représentant permanent du Royaume-Uni et chef de la mission, a présenté aux membres du Conseil un rapport détaillé des rencontres que la mission a eues avec les autorités soudanaises et tchadiennes et avec le Président de la Commission de l’Union africaine, M. Alpha Oumar Konaré.   

Une des conclusions auxquelles est parvenue la mission du Conseil après avoir observé sur le terrain les réalités du conflit du Darfour, c’est que ce conflit n’est pas bien compris par la communauté internationale, a dit M. Jones Parry en indiquant que les affrontements qui se sont déroulés dans cette province ne sont ni interethniques, ni vraiment raciaux, et n’opposent pas non plus des pasteurs à des agriculteurs comme cela a été dit dans le passé par certains observateurs.  Parlant d’une éventuelle transition de la mission menée par l’Union africaine à une mission onusienne, le représentant a indiqué que la mission du Conseil de sécurité avait eu des rencontres avec les autorités soudanaises.  « Face à leurs réticences apparentes, nous leur avons précisé que placer la future mission de l’ONU au Darfour sous le Chapitre VII de la Charte relevait de considérations purement techniques », a indiqué M. Jones Parry en soulignant qu’il en était de même pour d’autres missions de maintien de la paix en Afrique, dont l’Opération des Nations Unies en Côte d’Ivoire (ONUCI).  Dans la conclusion de son exposé, M. Jones Parry a souligné que les problèmes que connaît le Soudan ne trouveront de solution que dans une approche régionale et il s’est félicité de la bonne coopération qui existe entre l’ONU et l’Union africaine.

Intervenant à son tour, le Représentant permanent de la France, M. Jean Marc de La Sablière, qui a mené la visite du Conseil au Tchad, a dit que la visite effectuée par la mission dans ce pays avait revêtu une importance particulière.  La déstabilisation de ce pays poserait une grande menace à toute la région qui l’entoure, a noté le représentant en relevant combien les évènements du Darfour affectaient le Tchad.  Face aux tensions qui se sont accrus entre le Tchad et le Soudan, M. de La Sablière a dit que la mission du Conseil de sécurité a insisté sur le respect de l’Accord de Tripoli par les parties auxquelles l’Union africaine pourrait apporter son assistance.  Tout comme le chef de la mission du Conseil, M. de La Sablière s’est inquiété de la situation humanitaire, qui se dégrade dans les camps de réfugiés de l’est du Tchad, et dont les femmes sont les plus nombreuses victimes.  

Les membres de la délégation du Conseil, a indiqué pour sa part, le Représentant permanent de la République-Unie de Tanzanie, Augustine Mahiga, avaient fait comprendre aux autorités soudanaises que la transition d’une mission de l’Union africaine à une opération de l’ONU au Darfour était un impératif et non une simple option.  La référence au Chapitre VII de la Charte de l’ONU ne vise pas le Gouvernement du Soudan, a insisté M. Mahiga en souhaitant que l’essence et la substance technique de ce Chapitre de la Charte soient mieux expliquées.  La mise en œuvre de l’Accord de paix d’Abuja devra se faire en même temps que celle de l’Accord de paix sur le Sud-Soudan, a estimé le représentant en se félicitant du rôle de facilitateur joué par la Commission de l’Union africaine et son Président.  

PRÉSENTATION DE LA MISSION DU CONSEIL DE SÉCURITÉ AU SOUDAN, AU TCHAD ET AU SIÈGE DE L’UNION AFRICAINE À ADDIS-ABEBA

M. EMYR JONES PARRY, Représentant permanent du Royaume-Uni et chef de la mission du Conseil de sécurité au Soudan, au Tchad et au Siège de l’Union africaine à Addis-Abeba, a rappelé que cela fait presque trois ans depuis l’inscription du Soudan à l’ordre du jour du Conseil de sécurité.  De graves problèmes ont éclaté au Darfour, et les relations entre Khartoum et la périphérie se sont compliquées.  À ce jour, le Conseil a adopté sept résolutions et deux déclarations présidentielles sur le Soudan, a rappelé M. Jones Parry.  

La mission a déterminé que le conflit du Darfour n’était pas bien compris par la communauté internationale.  Le conflit du Darfour ne se résume pas à des affrontements interethniques ou raciaux ou des accrochages entre pasteurs et agriculteurs, a fait remarquer le représentant.  La pauvreté, l’absence de terres arables et d’eau, sont des facteurs participant à la violence des affrontements qui ont lieu au Darfour, a-t-il dit.  Le Gouvernement d’unité nationale soudanais reste jeune et fragile.  Au cours de notre mission, nous avons souligné que le Conseil de sécurité voulait assister le Gouvernement et les parties à chercher une voie vers la paix au Darfour.  Le Gouvernement a l’obligation de protéger la population.  La situation au Darfour s’est dégradée, notamment sur le plan humanitaire, a dit M. Jones Parry. 

Parlant de la situation humanitaire, le chef de la mission a dit que le conflit du Darfour avait affecté 1,3 million de personnes.  Grâce à l’Union africaine, l’Accord de paix pour le Darfour a pu être signé le 5 mai dernier, a relevé M. Jones Parry.  L’opposition de ceux qui ont refusé de signer cet Accord n’est pas étayée par des raisons claires.  Bien que l’Accord ne soit pas parfait, le Conseil appelle ceux qui ne l’ont pas signé à le faire le plus rapidement possible.  Le Programme alimentaire mondial (PAM) est très actif au Darfour, a poursuivi le représentant.  À Addis-Abeba, la mission du Conseil a eu des séances de travail avec la Commission de l’Union africaine pour discuter de la manière dont le Conseil et l’Union africaine peuvent harmoniser leurs efforts sur le terrain.  Alpha Oumar Konaré, le Président de la Commission de l’Union africaine s’est montré disposé à faire tous les efforts nécessaires pour faciliter la mise en œuvre du processus de paix, a noté M. Parry. 

La mission du Conseil a expliqué au Gouvernement soudanais que le Chapitre VII de la Charte était une mesure technique et non politique.  La future mission de l’ONU au Darfour aura donc le même statut que certaines autres missions de paix de l’ONU en Afrique, par exemple celle présente en Côte d’Ivoire.  Bien qu’au départ, nous pensions que le Soudan n’accepterait pas le déploiement d’une mission onusienne au Darfour, nous sommes plus optimistes après les pourparlers que nous avons eus avec le Gouvernement, a dit M. Parry.  Il faudrait rapidement améliorer la sécurité au Darfour afin de mettre fin aux crimes et à l’impunité de leurs auteurs, a poursuivi le représentant.  Si on parvient à un accord avec le Gouvernement soudanais, le Conseil devra adopter une résolution définissant le mandat de cette Mission des Nations Unies au Soudan, a poursuivi le représentant du Royaume-Uni. 

L’avenir du Darfour est étroitement lié à celui du Sud-Soudan, a-t-il ajouté.  La résolution du conflit qui prévalait dans le sud du pays faciliterait celle du conflit au Darfour.  M. Jones Parry a ensuite estimé que tant qu’il ne sera pas adopté, l’Accord de paix du Sud-Soudan reste fragile.  C’est l’opinion du Président de la région du Sud-Soudan, a-t-il indiqué.  La situation qui prévalait dans cette région est aujourd’hui compliquée par les actes commis par l’Armée de résistance du Seigneur (LRA).  Il est nécessaire que le Gouvernement de l’Ouganda et la communauté internationale cherchent une solution à cette question.  Le Conseil de sécurité, et notamment le Royaume-Uni, estiment que Joseph Koni, le chef de la LRA, doit être traduit devant la justice internationale, a indiqué M. Jones Parry. 

Passant ensuite à la coopération du Conseil avec les organisations régionales, M. Jones Parry s’est félicité des liens entretenus avec l’Union africaine.  Il a demandé à d’autres groupes régionaux et aux donateurs d’appuyer les efforts déployés par l’Union africaine en matière de prévention et de résolution de conflits.  M. Jones Parry a ensuite dit que la mission du Conseil s’était rendue au Tchad.  Décrivant la vie que mènent les réfugiés soudanais dans les camps de l’est du Tchad, il a attiré l’attention du Conseil sur le sort des femmes réfugiées.  Après avoir parlé de la difficulté de leur existence et de leurs conditions de survie, M. Jones Parry a demandé au Conseil de prendre des mesures en faveur de ces femmes pour les protéger de la violence et de l’insécurité.  « Il était bon que la mission du Conseil s’achève au Tchad », a-t-il poursuivi.  Nous avons pu nous rendre compte de la difficulté de la vie dans les camps et des dangers permanents qui menacent les populations dans une région extrêmement pauvre.  Les défis à relever dans cette partie de l’Afrique sont immenses, a déclaré le représentant du Royaume-Uni.  Seuls des efforts de développement substantiels pourront permettre aux populations et aux États de cette région de s’en sortir.  Il est indispensable que la communauté internationale les aide à atteindre les Objectifs du Millénaire pour le développement.  La résolution des problèmes du Soudan exige une approche intégrée.  Ses problèmes ne peuvent être résolus que dans un contexte régional, a conclu M. Jones Parry. 

Poursuivant sur le déroulement de la mission, M. JEAN-MARC DE LA SABLIÈRE (France) a souligné l’importance de la visite au Tchad pour apprécier les risques présentés par une déstabilisation du pays pour toute la région.  La visite dans les camps de réfugiés et de personnes déplacées a permis de constater combien le conflit du Darfour touche le Tchad.  Ce lien doit être pris en compte par le Conseil.  La mission a été longuement reçue par le Président tchadien auquel les déclarations du Conseil ont été rappelées.  S’agissant du Darfour, le Président a redit son ferme soutien à l’Accord de paix et a fait part de ses contacts pour essayer d’obtenir l’adhésion des non-signataires.  Pour ce qui est de la relation entre le Soudan et le Tchad, la mission a entendu les accusations de part et d’autre.  Le Président tchadien a déclaré que si son pays était agressé par le Soudan, il saisirait le Conseil.  La mission a insisté sur l’importance de l’Accord de Tripoli, en estimant que l’Union africaine pourrait apporter une aide en la matière.

Venant à la question des camps, le représentant a jugé que le nombre des réfugiés et des personnes déplacées était trop important pour un pays pauvre comme le Tchad.  Il faut donc aider le Coordonnateur des secours d’urgence à mobiliser les donateurs.  Les camps sont politisés et manipulés et le problème des recrutements forcés est sérieux.  De plus, fréquemment attaqués, les travailleurs humanitaires sont très inquiets.  Le Président tchadien souhaite que la communauté internationale prenne en charge la protection des camps.  Si rien n’est fait dans ce domaine, la situation pourrait se dégrader sérieusement à tous points de vue.  Il serait opportun que le Secrétaire général fasse des recommandations sur la protection internationale des camps.  Étant dans la région, le Secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de la paix devrait se rendre au Tchad, a conclu le représentant.

Enfin, M. AUGUSTINE MAHIGA (République-Unie de Tanzanie) a attiré l’attention sur la perception négative au Soudan en ce qui concerne les intentions du Conseil de sécurité.  La mission a essayé de convaincre les interlocuteurs que la transition de la MUAS à une mission de l’ONU n’est pas une option mais un impératif.  La référence au Chapitre VII de la Charte de l’ONU ne vise en aucun cas le Gouvernement et son peuple.  Il faut donc continuer d’expliquer ce Chapitre.  La mission d’évaluation technique doit poursuivre son travail et l’Union africaine devrait demander un mandat plus robuste et le partenariat politique du Conseil de sécurité.  La visite du Président Konaré devrait militer en faveur du partage du fardeau.  Dans les jours à venir, le Conseil devrait assurer la poursuite de l’application de l’Accord de paix dans le Sud.  Cela est essentiel pour créer des rapports de confiance avec les autorités concernées.  La mise en œuvre de l’Accord d’Abuja dépendra de celle du Sud.  Cette mise en œuvre est à la traîne en raison des contraintes internes du Gouvernement du Soudan et de celui du Sud-Soudan.

Il faut donc accélérer la démarcation des frontières.  Il faut aussi négocier sans délai sur le statut d’Abyyei où les ressources pétrolières sont au centre de la controverse.  Le Soudan est un exemple unique avec trois armées, à savoir les forces soudanaises, les forces du SLA et l’armée intégrée auxquelles il faut ajouter les milices dans le sud du pays dont le statut reste sujet à controverse.  Parmi ces milices, figure l’Armée de résistance du Seigneur (LRA) qui ne cesse d’inquiéter les populations.  Le Conseil a voulu savoir quel était le statut des cinq dirigeants inculpés et s’ils allaient faire partie des négociations qui sont encouragées entre le LRA et le Gouvernement ougandais.  Il n’a pas reçu de réponses claires et précises. 

Parlant d’Addis-Abeba, le représentant s’est réjoui de la première réunion entre le Conseil de sécurité et le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine qui a exhorté un déploiement accéléré des Nations Unies.  Le Président Konaré a demandé un soutien logistique à l’OTAN en attendant la transition vers la force de l’ONU.  L’Union africaine a demandé de continuer à travailler avec le Conseil pour stabiliser une paix durement gagnée.  L’espoir de progresser dans le processus d’Abuja incombe à l’Union africaine et il faut espérer des résultats positifs de la mission d’évaluation.  Il faut aussi espérer que le Président Konaré réussira à convaincre les autorités soudanaises de la nécessité d’une mission de l’ONU. 

S’agissant de la situation humanitaire des camps, le représentant s’est dit préoccupé par les recrutements et les agressions qui exigent que l’on réfléchisse aux moyens de renforcer le caractère humanitaire et civil de ces camps.  Évoquant à son tour la tension entre le Tchad et le Soudan, le Conseil doit suivre de très près la situation.  Venant enfin à la situation en RDC, il a estimé que cela pourrait être un des prochains succès de l’ONU même s’il s’agit d’une question « épineuse ».  Les débats se poursuivent sur l’opportunité d’un débat politique avant les élections.  La présence de la MONUC, des forces européennes ou encore des observateurs de l’Union africaine constitue des éléments forts de stabilisation.

Le Conseil a été encouragé par le ferme engagement des partenaires en vue de construire une armée nationale viable.  Beaucoup de choses laissent à désirer en ce qui concerne la gouvernance de l’armée, en particulier le paiement des soldes.  Des débats fructueux ont été menés sur les questions de gouvernance.  Le Conseil a, en effet, constaté une culture d’opacité administrative. 

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À l’intention des organes d’information • Document non officiel
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