OUVERTURE DE LA SESSION ANNUELLE DU COMITÉ SPÉCIAL DES OPÉRATIONS DE MAINTIEN DE LA PAIX

AG/PKO/187
27 février 2006

OUVERTURE DE LA SESSION ANNUELLE DU COMITÉ SPÉCIAL DES OPÉRATIONS DE MAINTIEN DE LA PAIX

27/02/2006
Assemblée générale
AG/PKO/187
Département de l’information • Service des informations et des accréditations • New York

Comité spécial des opérations

de maintien de la paix

Session de 2006

187e & 188e séances – matin & après-midi


OUVERTURE DE LA SESSION ANNUELLE DU COMITÉ SPÉCIAL DES OPÉRATIONS DE MAINTIEN DE LA PAIX


Le Secrétaire général adjoint, Jean-Marie Guéhenno, appelle les États

Membres à adresser un message fort à leurs troupes pour prévenir les abus sexuels


L’éradication de l’exploitation et des abus sexuels repose sur notre capacité collective de prévention, a prévenu ce matin le Secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de la paix, M. Jean–Marie Guéhenno, devant le Comité spécial des opérations de maintien de la paix à l’ouverture de sa session annuelle.  Les États Membres ont un rôle crucial à jouer, a insisté M. Guéhenno, parce que le message fort que vous enverrez à vos troupes contre la prostitution façonnera leur conduite sur le terrain.  En écho au dernier rapport du Secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies, M. Kofi Annan, sur l’application des recommandations que le Comité spécial avait faites en 2005*, le responsable du Département des opérations de la maintien de la paix a dressé un bilan étayé des progrès accomplis dans la mise en œuvre de la réforme menée dans ce domaine depuis la parution du rapport Brahimi, en août 2000.  À l’heure actuelle, a précisé M. Guéhenno, environ 70 100 militaires au total sont présents sur le terrain, en plus du personnel civil, soit 15 000 personnes.


Outre la question de la lutte contre le phénomène des violences et abus sexuels sur le terrain, les délégations ont également abordé les autres aspects des cinq priorités émises par le Secrétaire général dans son rapport, à savoir les partenariats, la doctrine, le personnel, l’organisation et les ressources.  Elles ont pour la plupart formulé le vœu que la sécurité du personnel militaire et civil soit améliorée.  Depuis janvier 2005, 136 membres de ces opérations et missions de paix, parmi lesquels le Canadien Glyn Berry, ancien Vice-Président du Comité spécial, ont perdu la vie dans l’exercice de leurs fonctions.  Les représentants du Pakistan et du Guatemala, deux des pays touchés par ces événements tragiques, ont à cet effet estimé qu’il était crucial que les résultats des enquêtes engagées au lendemain sur les causes de ces décès soient communiqués le plus rapidement aux capitales respectives.


Plusieurs délégations ont par ailleurs salué l’établissement de la Commission de consolidation de paix, née à la faveur du Sommet mondial de septembre 2005, et rappelé qu’il était important que son action soit intégrée dans le cadre de ce qui se fait actuellement.  Au titre de l’amélioration des activités sur le terrain, de nombreux intervenants ont exhorté le Comité spécial à réfléchir de près sur les possibilités d’amélioration de la coopération entre l’ONU et les organisations régionales ainsi que sur la mise en place d’une doctrine des opérations de maintien de la paix.


Au cours du débat, les représentants des pays suivants se sont exprimés: Nigéria, Autriche (au nom de l’Union européenne, des pays candidats et des pays associés), Maroc (au nom du Mouvement des pays non alignés), Guyana (au nom du Groupe de Rio), Égypte, Nouvelle-Zélande (au nom du Groupe de CANZ), Turquie, Guatemala, Suisse, Inde, Norvège, République de Corée, Jordanie,  Pakistan, Philippines, Chine, Singapour, Indonésie et Malaisie.


Plus tôt dans la matinée, le Comité spécial avait adopté son programme de travail et son ordre du jour.  Il poursuivra demain son débat général puis travaillera dans le cadre de ses groupes de travail jusqu’au vendredi 17 mars, date de sa séance de clôture.


Le Comité a également élu à sa présidence M. Amin Bashir Wali, Représentant permanent du Nigéria et aux postes de vice-présidents, M. Alberto Pedro D’Alotto (Argentine), M. Gilbert Laurin (Canada), M. Koji Haneda (Japon) et Mme Beate Peksa-Krawiec (Pologne).  M. Tarek Adel (Égypte) a été désigné Rapporteur.


*     A/60/640


Débat général


M. JEAN-MARIE GUÉHENNO, Secréraire général adjoint aux opérations de maintien de la paix, a d’abord exprimé sa gratitude au soutien très actif que le Comité spécial des opérations de maintien de la paix a apporté au Département des opérations de maintien de la paix tout au long de l’année 2005, notamment dans le cadre de la capacité de police déployable.  Il a espéré que des résultats comparables soient atteints en 2006.  Plus les opérations sont complexes, plus le besoin de capacité de réserves militaires se fait pressant, a remarqué le Secrétaire général adjoint, qui a par ailleurs indiqué que le Département était prêt à explorer d’autres voies en matière de prévisibilité et de capacité de réponse rapide et efficace.  Saluant les efforts conjoints du Département des opérations de maintien de la paix et du Comité spécial qui ont permis, entre autres, de développer des systèmes de suivi des allégations concernant les exploitation et abus sexuels, ainsi que la formation de 70 à 90% du personnel de terrain, M. Guéhenno a remarqué que le succès dans la lutte contre ce phénomène avait néanmoins eu un certain prix.  Tout en déplorant que le retard de procédure entre l’acte d’accusation et la mise en route des enquêtes par le Bureau des services du contrôle interne pourrait avoir des conséquences pour les victimes et affaiblir le morale des troupes, il a insisté sur la nécessité de renforcer les capacités aussi bien au Siège que sur le terrain.  L’éradication des abus sexuels repose sur la prévention, a poursuivi le Secrétaire général adjoint, qui a souligné l’importance du message que doivent envoyer les États Membres à leur contingent sur le terrain.


M. Guéhenno a salué par ailleurs la mémoire du diplomate canadien, Glyn Berry, tué récemment lors d’une attaque alors qu’il servait dans le cadre de la Mission des Nations Unies en Afghanistan, ainsi qu’aux familles de 32 soldats de la paix morts aussi pendant l’exercice de leurs fonctions.  Il a cependant affirmé que la maladie constituait la cause de décès la plus importante, faisant en 2005 52 victimes.  Nous devons faire de notre mieux pour assurer la sécurité de nos missions et de notre personnel, a insisté M. Guéhenno, qui a souhaité que cette question soit abordée de façon complète lors des travaux du Comité spécial.  Bien que les opérations de maintien de la paix n’aient pas augmenté depuis la parution du rapport Brahimi en 2000, avec un total de 17 en décembre 2005, elles ont doublé en effectifs, avec 86 000 personnes, a observé l’intervenant qui a par ailleurs noté que cette augmentation des effectifs exigeait de plus en plus une approche durable et globale.  À cet effet, il a rappelé que la tâche du Département était de déployer des missions de la paix intégrées afin de protéger et de renforcer la paix au lendemain de conflits, ce qui, a-t-il souligné, ne signifiait pas forcément une énorme augmentation des dépenses car nous avons montré à plusieurs reprises que nous étions capables d’assurer la rentabilité de ces opérations. 


Le Secrétaire général adjoint a ensuite évoqué les cinq priorités du Secrétaire général de l’ONU en matière de réforme des OMP: l’amélioration de la formation, de l’efficacité et de la responsabilité du personnel, travaillant avec des ressources suffisantes au sein d’une Organisation transparente qui coopère de façon efficace avec un grand nombre de partenaires au maintien de la paix en vue de fournir sécurité et soutien aux pays sortant de conflit.  Ces priorités, a-t-il observé, sont les résultats de trois processus liés: l’évaluation de la mise en œuvre des recommandations du rapport Brahimi de 2000, une réflexion sur les besoins et les demandes qui parviennent du terrain de la part des personnels militaire et civil en particulier, dont les plus talentueux se plaignent de ne pas avoir de perspectives de carrière, et enfin le Document final du Sommet mondial de septembre 2005.  


Saluant les efforts importants déployés par le personnel sur le terrain pour ramener la paix dans des environnements parfois dangereux, M. Guéhenno a regretté que la réponse qui était apportée par le Siège soit essentiellement sous forme d’audits et d’enquêtes, qui ont atteint en 2005 un total de 144, menées au sein du Département et des 23 OMP.  Il a reconnu la nécessité d’avoir plus de gestionnaires dans ces opérations compte tenu de l’importance des demandes en personnel, mais il est également important, a-t-il souligné, que l’on fasse une distinction claire entre les audits de gestion et une enquête médico-légale.  Insistant par ailleurs sur l’approche intégrée des OMP dans les programmes de développement vis-à-vis des pays qui sortent de conflit, approche recommandée par les chefs d’État et de gouvernement lors du Sommet mondial, le Secrétaire général adjoint a estimé qu’il était encore trop tôt pour identifier les liens entre le Département et la Commission de consolidation de la paix, mais il s’est déclaré convaincu qu’une fois que cet organe sera établi, ces liens seront renforcés.  Il a en outre signalé que l’intérêt de l’ONU à appuyer les capacités de l’Union africaine en matière de maintien de la paix visait précisément la consolidation d’un partenariat régional.  Il faut une assistance à l’Union africaine pour qu’elle réalise les objectifs qu’elle s’est fixée pour les 10 prochaines, a-t-il ajouté, soulignant qu’il est important que l’ONU partage avec elle ses expériences et ses erreurs en matière de maintien de la paix.


Les cinq priorités évoquées s’ajoutent à un programme très ambitieux, ce qui signifie que tout ne pourra pas être réalisé en un an, mais plutôt en cinq ans comme le propose le rapport du Secrétaire général, a rappelé M. Guéhenno, qui a conclu son intervention en appelant les États Membres à soutenir l’Organisation dans la mise en œuvre de ce programme de réforme collectif.


M. AMINU BASHIR WALI (Nigéria), Président du Comité spécial des opérations de maintien de la paix, a souligné que la direction du Secrétaire général adjoint, M. Jean-Marie Guéhenno, ainsi que le dévouement de l’ensemble du personnel du Département des opérations de maintien de la paix, continuaient d’inspirer la confiance en un domaine central du travail des Nations Unies.  Il n’est pas aisé, ainsi, de porter la responsabilité du contrôle de 16 missions de maintien de la paix et de la gestion de plus de 70 000 soldats, policiers et membres du personnel civil, tant au Siège que sur le terrain, sachant que certaines de ces missions sont assez complexes et impliquent davantage d’acteurs que dans des opérations traditionnelles de maintien de la paix.  En sa qualité de représentant du Nigéria, M. Wali a affirmé que son pays s’associait à la déclaration qui devrait être faite par le Maroc, au nom du Mouvement des pays non alignés.  La faim, la pauvreté et d’autres formes de marginalisation sociale constituent les racines des causes de la plupart des conflits en Afrique, où oeuvrent la plupart des opérations de maintien de la paix, a-t-il rappelé.  Une identification adéquate des conflits potentiels et leur prévention réduiraient le nombre et le coût de ces opérations, a-t-il assuré, estimant souhaitable l’engagement des institutions financières internationales, en collaboration avec d’autres institutions des Nations Unies, dans la prévention des conflits, le désarmement, la démobilisation et les programmes de réhabilitation.  Ces institutions, a-t-il ajouté, peuvent et devraient compléter le rôle des Nations Unies au moyen de la poursuite des politiques en faveur des politiques de développement qui atténuent la pauvreté et contribuent à la promotion de la stabilité des pays touchés.  Le règlement des conflits en Afrique nécessite le meilleur des efforts de tous les membres de la communauté internationale, a-t-il déclaré.


M. Wali a exprimé, en principe, le soutien de son pays, en faveur des cinq domaines prioritaires pour la réforme des opérations de maintien de la paix, à savoir les partenariats, la doctrine, le personnel, l’organisation et les ressources.  Selon lui, la cohérence et la coordination devraient remplacer la compétition et la confrontation parmi les institutions du système des Nations Unies si nous voulons que nos buts communs soient atteints.  S’agissant des partenariats avec les organisations régionales, il a indiqué que le Nigéria soutiendrait des initiatives entre les Nations Unies et des régions autres que l’Afrique, là où le besoin se manifesterait.  Il a en outre appuyé le concept de police déployable, le recrutement de ses membres devant respecter l’équilibre géographique.  Au sujet de la doctrine, il a indiqué que son pays, comme d’autres États Membres, estimait que celle-ci devait refléter tout un ensemble de procédures et de directives claires et précises qui permettront de relever les défis futurs.  Sans personnel bien motivé et entraîné, les politiques en matière d’opérations de maintien de la paix resteront lettre morte, a-t-il par ailleurs noté, soulignant notamment la nécessité d’élaborer des plans de carrière prévisible pour le personnel du Département des opérations de maintien de la paix.  Le représentant a également soutenu la création au sein du Département des opérations de maintien de la paix d’une unité de discipline et de conduite intégrée.  De même, le Nigéria a réitéré son appui total à la politique de tolérance zéro des Nations Unies concernant l’exploitation sexuelle et les abus.  Il a déploré le fait que cette question soit devenue, pour certains des membres des Nations Unies, un moyen de dénigrer d’autres États Membres.  Il faut mettre un terme à ce genre d’attaques, a-t-il dit, affirmant que l’autorité morale des Nations Unies devait être renforcée.  Le représentant a également souligné que la question d’une utilisation efficace des ressources pouvait également être évoquée par la Cinquième Commission de l’Assemblée générale.


M. GERHARD PFANZELTER (Autriche), s’exprimant au nom de l’Union européenne (UE), a rappelé que l’Union avait toujours soutenu activement l’ONU dans les opérations de maintien de la paix en déployant des moyens significatifs.  Nous souhaitons renforcer la coopération avec l’ONU, a assuré le représentant qui a également indiqué qu’à la suite de la demande du Secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de la paix, M. Jean-Marie Guéhenno, en décembre 2005, l’Union européenne étudie la possibilité d’appuyer davantage l’ONU dans le cadre de sa mission de maintien de la paix en République démocratique du Congo.  Le représentant a ensuite présenté les six domaines prioritaires de l’Union: le renforcement des capacités opérationnelles de l’ONU, la coopération avec les organisations régionales, les écarts de conduite, le maintien de la paix dans le contexte des opérations de maintien de la paix (OMP), la doctrine et la réorganisation du Département des opérations de maintien de la paix.  S’agissant du premier point, il a salué l’approche du Secrétariat dans le cadre de la réforme en cours qui met notamment l’accent sur l’amélioration des capacités déployables rapides grâce à une coopération régionale et entre missions.  La nature des conflits a évolué de même que la nature des réponses de l’ONU, il est donc important que le Programme intégré de l’ONU prévu à cet effet soit finalisé le plus rapidement.


La coopération régionale doit être évaluée au cas par cas, a insisté le représentant, qui a par ailleurs souhaité que le Secrétariat élabore des normes et des cadres communs.  L’Union européenne estime qu’il est possible de compléter ses efforts avec ceux des Nations Unies et des organisations régionales, afin d’utiliser au maximum les forces existantes.  Saluant en outre les efforts de l’Union africaine en matière de sécurité, notamment avec la mise en place du Conseil de sécurité et de paix, l’intervenant a assuré que l’Union européenne était toujours prête à soutenir les efforts africains.  Il a également noté qu’il était important d’améliorer le rôle du Département des opérations de maintien de la paix pour une meilleure cohésion et une intégration des différents aspects des opérations de maintien de la paix au sein de l’Organisation.  En ce qui concerne les cas d’exploitation et d’abus sexuels, il a réitéré la nécessité de veiller à ce que les victimes reçoivent une aide et que les auteurs soient poursuivis en justice.  Le représentant a rappelé que les États Membres avaient la responsabilité de former leurs contingents et le cas échéant de mener des enquêtes.  Enfin pour conclure, le représentant a souhaité que les travaux du Comité portent également sur la doctrine.


Mme SOUAD EL ALAOUI (Maroc), qui s’exprimait au nom du Mouvement des pays non alignés, a rappelé la position générale du Mouvement sur les opérations de maintien de la paix des Nations Unies.  Celui-ci, a-t-elle dit, a toujours assuré que les opérations de maintien de la paix devaient strictement respecter les principes directeurs exprimés dans les Documents finaux de la XIe Conférence ministérielle du Caire, du Sommet de 2003 de Kuala Lumpur, de la Conférence ministérielle de Durban en 2004, ainsi que dans les paragraphes 29 à 35 du dernier rapport du Comité spécial.  La création par les Nations Unies de toute nouvelle opération de maintien de la paix, ou la prolongation d’un mandat existant, en vertu du Chapitre VI de la Charte des Nations Unies, devraient non seulement être basées sur le consentement des parties, mais aussi sur le non-usage de la force, sauf dans les cas de légitime défense.  Prenant note des cinq domaines de priorités énoncés par le Secrétaire général, la représentante a indiqué que la sécurité du personnel et du personnel associé des Nations Unies sur le terrain, là où des solutions urgentes doivent être trouvées, continuait de constituer un sujet de préoccupation pour le Mouvement des pays non alignés.  Elle a approuvé le constat du Secrétaire général, dans son rapport, selon lequel les acteurs placés en dehors du processus de paix représentaient un risque grave pour la sécurité du personnel des Nations Unies. 


La représentante a en outre souligné l’importance du partage d’informations entre les pays contributeurs de troupes et les commandants sur le terrain.  Elle a noté avec préoccupation la dégradation de la situation concernant la sécurité du personnel sur le terrain, lançant un appel au Secrétariat pour qu’il prenne des mesures en vue d’améliorer la sécurité des soldats de la paix.  Elle a insisté pour que les conclusions de la Commission d’enquête sur ces incidents soient partagées avec les États Membres.  Appuyant la politique de tolérance zéro, la représentante a souligné la nécessité pour tout le personnel civil et militaire des Nations Unies d’agir de manière à préserver l’image, l’intégrité, la crédibilité, l’impartialité des Nations Unies.  La représentante a également reconnu l’importance de la coopération avec les organisations régionales.  Elle a ainsi appuyé le plan de 10 ans pour un renforcement des capacités africaines de maintien de la paix et plaidé en faveur de la création d’une capacité au sein du DPKO apte à élaborer des stratégies d’établissement de capacités, coordonner et mettre en œuvre le soutien requis aux capacités africaines de maintien de la paix.  Affirmant que la doctrine constituait une des priorités du Département des opérations de maintien de la paix dans le cadre de la réforme des cinq à 10 prochaines années, elle a estimé que cette doctrine devait être basée sur une compréhension commune de la terminologie, compte tenu de la nature complexe des opérations de la paix. 


M. GEORGE TALBOT (Guyana), s’exprimant au nom du Groupe de Rio, a rappelé qu’il y avait de plus en plus de demandes en matière d’activités de maintien de la paix.  Rendant hommage aux soldats de la paix et à ceux qui avaient perdu leur vie, le représentant, qui a salué les progrès mis en œuvre sur le terrain, a souhaité que le Comité spécial accorde la priorité à l’amélioration de la sécurité du personnel.  Compte tenu des défis et de la diversification des tâches, les cinq domaines clefs identifiés par le Secrétaire général dans son rapport, seraient essentiels s’ils étaient mis en œuvre, a souligné l’intervenant, qui a cependant noté que le Comité ne devrait pas discuter uniquement de ces domaines mais devrait aussi se pencher sur d’autres priorités.  L’excellente collaboration de l’Union africaine et le succès des élections en Haïti, grâce à la MINUSTAH notamment, témoignent de l’importance de la collaboration entre l’ONU et les organisations régionales.  Un personnel de qualité est indispensable dans les opérations de maintien de la paix, c’est pourquoi la mise en place d’une formation est indispensable, a en outre indiqué le représentant, qui a affirmé son soutien à la politique de tolérance zéro du Secrétaire général.  Tout en prenant pleinement conscience du fait que le succès ou l’échec d’une opération de maintien de la paix des Nations Unies est subordonné à la fourniture de moyens suffisants pour l’exécution des mandats déterminés, le Groupe de Rio a souhaité que la question des ressources soit débattue en profondeur afin que les ressources allouées aux opérations de maintien de la paix soient utilisées de façon efficace.  À cet effet, il a déploré que le rapport du Secrétaire général n’ait pas abordé la question du remboursement des pays contributeurs de troupes.  Le représentant a enfin conclu son intervention en insistant sur l’importance de l’intégration des questions de parité pour, a-t-il souligné, mettre fin au machisme qui existe dans les missions de maintien de la paix.    


M. MAGED ABDELAZIZ (Égypte) a souligné l’importance d’élaborer une stratégie et une philosophie visant à donner un contenu au rapport du Secrétaire général.  La sécurité du personnel des Nations Unies et du personnel associé sur le terrain est importante, a-t-il dit, tout en appréciant les efforts fournis par le Secrétariat pour tenter de traiter cette question.  Il a mis l’accent sur la nécessité de formuler un cadre intégré su sein de l’Organisation et des organismes pertinents afin de garantir la sécurité des forces des Nations Unies pour que ces incidents ne se reproduisent plus.  Le représentant a en outre plaidé en faveur d’un renforcement de la coopération entre les Nations Unies et les institutions financières du développement, en conformité avec une méthodologie qui insisterait sur l’appropriation nationale et une plus grande participation des fonds et programmes des Nations Unies.  Il a souhaité également une atmosphère de transparence et de coopération entre le Secrétariat et les États Membres et les membres du personnel accusés de ces actes.  Il a dit attendre avec impatience la publication du rapport demandé par l’Assemblée générale, notamment sur les meilleurs moyens de mettre fin à ces problèmes.


Insistant en outre sur la question du partenariat, l’Égypte, a précisé son représentant, s’intéresse tout particulièrement au renforcement de la coopération entre les Nations Unies et l’Union africaine.  Par exemple, un partenariat efficace entre l’Union africaine et les Nations Unies au Darfour, avec le consentement du Gouvernement soudanais, et avec l’Union européenne, pourrait contribuer à acquérir une certaine expérience susceptible d’être mise à profit ailleurs sur le continent africain, a-t-il poursuivi. 


M. SELWYN HEATON (Nouvelle-Zélande), qui s’exprimait au nom du Groupe de CANZ, a affirmé que la réforme des opérations de maintien de la paix devait être réalisée en partenariat avec toutes les parties prenantes, en particulier avec les pays contributeurs de troupes, ce partenariat devant débuter au tout début du processus plutôt que tardivement comme cela est arrivé dans le passé.  Le représentant a soutenu la création de la Capacité de police déployable.  Il a aussi estimé qu’il fallait préserver l’élan qui a suivi le Sommet mondial de septembre 2005, plaidant pour que les États Membres s’entendent sur les modalités de création de la Commission de consolidation de la paix. 


Le représentant a mis l’accent sur la nécessité d’appliquer pleinement la politique de tolérance zéro concernant les questions d’exploitation sexuelle et d’abus.  Il a salué les efforts fournis par le Secrétaire général et le Département des opérations de maintien de la paix visant à mettre un terme à l’exploitation sexuelle et aux abus.  Il s’est déclaré néanmoins préoccupé de constater que les problèmes ont continué sur le terrain, et ce, en dépit de l’attention que l’on accorde à ces questions.  Il est nécessaire que la dynamique enclenchée par le Prince Zeid Ra’ad Zeid Al-Hussein soit préservée, a-t-il ajouté.  Le représentant a également affirmé que sa délégation appuyait le concept d’enquêteurs nationaux.  Il est impératif que l’on informe immédiatement l’État Membre concerné lorsqu’une allégation touchant un de ses ressortissants est faite, a-t-il déclaré.  Il a, par ailleurs, exhorté le Département et les États Membres à poursuivre le travail en matière de doctrine.  Il a ainsi notamment plaidé en faveur de l’organisation d’un séminaire portant sur le sens et l’emploi de certains mots.


M. BAKI ILKIN(Turquie) a rappelé que la Turquie participait actuellement à neuf opérations de maintien de la paix dans le monde, aussi bien dans des zones géographiquement proches qu’éloignées comme le Libéria, la Côte d’Ivoire ou le Burundi.  Nous sommes actuellement le neuvième contributeur en matière de police des missions de l’ONU dans huit pays.  Nous participons aussi aux missions mandatées par l’ONU, notamment dans le cadre de l’OSCE, de l’OTAN et de l’Union européenne.  La Turquie fournit ainsi environ un millier de personnes dans les Balkans et 259 autres en Afghanistan.  Compte tenu de l’ampleur et de la complexité de ces opérations, il est important de renforcer les capacités régionales ainsi que la coopération entre les Nations Unies et les organisations régionales, a poursuivi le représentant turc, qui a également souligné la nécessité de protéger les soldats de la paix sur le terrain.  La solution aux conflits exige une approche globale au sein de laquelle les pays doivent recevoir une assistance en matière de règlement du conflit mais aussi de consolidation de la paix, le Bureau du maintien de la paix au sein de la Commission de consolidation de la paix devra travailler en étroite collaboration avec le Département des opérations de maintien de la paix.  Le représentant a conclu a rappelant que son pays avait assuré la formation de 6 000 soldats de la paix originaires de 58 pays, grâce à un Centre de formation en matière de maintien de la paix basé à Ankara et créé en 1998.


M. JORGE SKINNER-KLÉE (Guatemala) a d’abord rappelé le soutien de sa délégation aux activités du Comité spécial.  Le Département des opérations de maintien de la paix se trouve à un moment crucial, caractérisé par des défis importants et des réformes.  Saluant les efforts fournis par le Département dans le renforcement de son action et l’amélioration de ses capacités, le représentant a cependant estimé qu’il restait encore beaucoup à faire, compte tenu notamment de la complexité et du caractère de plus en plus multidimensionnel des conflits actuels.  Les questions relatives aux doctrines et aux alliances sont importantes pour nous, a poursuivi le représentant, qui a également insisté sur la question de la sécurité du personnel.  À cet égard, rappelant que huit soldats du contingent guatémaltèque avaient perdu la vie en janvier dernier en République démocratique du Congo (RDC), le représentant a demandé que le Département des opérations de maintien de la paix poursuive ses efforts avec le Bureau pour la coordination des opérations de maintien de la paix afin d’obtenir des données d’information en temps réel sur ces questions de sécurité.  Lorsqu’il se produit des faits tragiques, il est important de maintenir la communication entre le Siège et le pays contributeur des troupes, a souligné le représentant qui a, par ailleurs, déploré que plus d’un mois après l’incident en RDC, sa délégation n’avait reçu que des données préliminaires du Secrétariat sur l’enquête alors que certains médias avaient reçu plus d’informations.  Il a conclu en rappelant la participation d’officiers et experts guatémaltèques aux opérations et missions de la paix de l’ONU.


M. PETER MAURER (Suisse) a affirmé que son pays approuvait les orientations du rapport du Secrétaire général, partageant notamment son avis selon lequel il est urgent de progresser vers la mise en place d’une structure de carrière professionnelle pour le personnel civil des opérations de maintien de la paix.  La mise en place de procédures de recrutement plus efficaces et un renforcement de la collaboration avec les États Membres dans ce domaine sont souhaitables, a-t-il précisé.  De même, la Suisse encourage pleinement les efforts déployés pour améliorer le recrutement, la formation et la préparation des chefs de mission.  S’agissant du domaine de la doctrine, le représentant a estimé qu’une attention particulière devait être portée aux éléments déclencheurs et aux indicateurs devant inciter à recommander au Conseil de sécurité une adaptation du mandat et des moyens de la mission.  La doctrine, a-t-il dit, devrait aussi comprendre, en termes clairs, les obligations du pays hôte d’une opération de paix, de même que les actions constantes à entreprendre pour informer la population du mandat et de ses limites.


Au sujet des partenariats, le représentant a indiqué que son pays souhaitait que la coopération à établir entre le Comité spécial des opérations de maintien de la paix et la Commission de consolidation de la paix, ainsi qu’entre le Département des opérations de maintien de la paix et le Bureau de soutien à la consolidation de la paix, fasse l’objet de consultations approfondies dans le courant de cette année.  En matière d’organisation, la Suisse appuie les efforts en cours pour institutionnaliser toujours davantage la mise en place d’équipes pleinement intégrées, a-t-il ajouté, notant que l’harmonisation et l’optimisation des activités de l’ONU sur le terrain passaient au premier plan dans la phase actuelle des efforts de réforme, cela devant valoir pleinement pour les opérations de maintien de la paix.  Enfin, dans le domaine des ressources, la Suisse salue les progrès accomplis vers la création effective d’une capacité permanente dans le domaine de la police civile et approuve les orientations présentées à cet effet.


M. JOON OH (République de Corée) a estimé que l’augmentation des demandes en matière d’opérations de maintien de la paix et leur nature changeante exigeaient plus de ressources financières, ce qui implique la mise en œuvre de stratégies qui permettent au Secrétariat d’agir de façon efficace et la moins coûteuse possible. Le Secrétariat et les organisations régionales doivent améliorer leur coopération, a poursuivi le représentant, qui a estimé qu’il fallait étudier les propositions de collaboration avec des organisations régionales comme l’OTAN et l’Union africaine.  Il a rappelé à cet effet que son pays entend renforcer ses programmes de soutien aux pays africains dans les activités de maintien de la paix.


Le représentant a par ailleurs souligné la nécessité de mettre en place un cadre stratégique pour faciliter le déploiement et l’action des opérations de maintien de la paix.  L’importance de la dimension des structures de toutes les missions de la paix devrait être examinée au fur et à mesure, a ajouté le représentant, qui a ajouté que le lancement de nouvelles missions de paix devait se faire en veillant à ce que toutes les parties prenantes, notamment les contributeurs financiers ou les contributeurs de troupes, soient dûment impliquées.  Les mesures de sécurité et de protection du personnel, a insisté le représentant coréen, doivent être améliorées.  Quant au recrutement du personnel, il a indiqué que sa délégation tenait à ce qu’une bonne répartition géographique soit respectée.  Saluant enfin les efforts du Secrétariat pour lutter contre l’exploitation et les abus sexuels, l’intervenant a enfin rappelé qu’il est essentiel de combiner les efforts du Secrétariat et du pays hôte. 


M. NIRUPAM SEN (Inde), affirmant que son pays s’associait à la déclaration faite par le Maroc au nom des pays du Mouvement des pays non alignés, a rappelé que le maintien de la paix a été considéré comme un outil conjointement créé par le Conseil de sécurité et l’Assemblée générale, et, à ce titre, n’était pas une prérogative du pouvoir conféré au Conseil par la Charte des Nations Unies.  Ainsi, a-t-il estimé, le Comité spécial des opérations de maintien de la paix devrait sérieusement discuter sur la question de savoir si le Conseil de sécurité devait conserver un monopole dans le déclenchement et la gestion des opérations de maintien de la paix.  Le représentant a émis le constat selon lequel des membres permanents du Conseil de sécurité ne payaient pas depuis des années leurs contributions statutaires à des missions particulières de maintien de la paix, créant de ce fait des problèmes dans leur financement et leur gestion.


Le représentant s’est en outre félicité de ce que le Secrétaire général ait placé parmi les cinq priorités de l’ordre du jour la question importante du renforcement de la sécurité et de la protection du personnel des Nations Unies et du personnel associé.  Il est important de relever ce défi, a-t-il assuré.  Il a par ailleurs indiqué que son pays avait toujours proposé de renforcer le mécanisme de consultations triangulaires entre les pays contributeurs de contingents, le Conseil de sécurité et le Secrétariat des Nations Unies.  Il a toutefois noté que les réunions privées, prévues selon les termes de la résolution 1353, continuaient d’avoir lieu à la veille des renouvellements de mandat des missions, ne laissant ainsi, selon lui, que peu de place à des discussions sérieuses et significatives.  Le représentant, qui a jugé comme formes de comportement totalement inacceptables l’exploitation sexuelle et les abus, a dit approuver complètement la politique de tolérance zéro et a noté le travail effectué en ce sens par le DPKO au cours de l’année écoulée.  Le représentant a par ailleurs souligné qu’une attention appropriée devrait être accordée à la coordination entre les éléments militaires et de police des opérations de maintien de la paix sur le terrain.


Colonel GEIR ASBJORNSEN (Norvège) a estimé que la mort récente de soldats de maintien de la paix en République démocratique du Congo et en Haïti, ainsi que les violentes protestations en Côte d’Ivoire rappelaient l’importance des défis que doivent relever encore les forces de maintien de la paix de l’ONU.  Se félicitant des efforts fournis aussi bien au Siège que sur le terrain depuis la parution du rapport Brahimi, le représentant norvégien a rendu hommage aux membres du personnel décédés dans l’exercice de leur fonction et noté que son pays était déterminé à renforcer son soutien à l’ONU dans les opérations de maintien de la paix, particulièrement en Afrique. 


Il faut renforcer la capacité de planification militaire du Département des opérations du maintien de la paix, a poursuivi l’intervenant, qui a assuré que la Norvège était prête à aider le Département sur une base ponctuelle.  Le recueil des données et d’informations est aussi à renforcer.  L’atmosphère dans laquelle se déroulent les missions est de plus en plus dangereuse, a-t-il ajouté, estimant par ailleurs que tout devait être mis en œuvre pour renforcer la protection du personnel des Nations Unies.  Il a également souhaité qu’une distinction claire soit établie entre les tâches de la police et celles des militaires.  Saluant la coopération régionale au Darfour entre l’Union africaine, l’Union européenne et l’OTAN, il a indiqué que sa délégation était favorable au renforcement de ce type de coopération.  Enfin, le représentant a regretté que l’exploitation et les abus sexuels continuent à attirer l’attention du Comité, en dépit des efforts du Secrétariat pour lutter contre ce phénomène.


M. HARON HASSAN (Jordanie), soulignant que son pays s’associait à la déclaration faite par le Maroc au nom du Mouvement des pays non alignés, s’est notamment penché sur le problème de la qualité générale des réunions communes entre les membres du Conseil de sécurité et les pays contributeurs de troupes.  Il a ainsi rappelé que le but principal de ces réunions était de permettre d’entreprendre une discussion franche et ouverte sur des questions d’intérêt mutuel relevant d’un aspect spécifique d’une opération.  S’agissant de l’exploitation et des abus sexuels, il a salué le travail important réalisé par le Secrétariat.  Au sujet du renforcement des capacités régionales en Afrique, il a appelé tous les pays concernés à examiner les moyens de restaurer la qualité et les objectifs de ces réunions conjointes. 


Concernant la lutte contre l’exploitation et les abus sexuels dans les opérations de maintien de la paix, le représentant a remercié le Secrétariat pour avoir inclus une annexe au rapport du Secrétaire général sur les réalisations enregistrées jusqu’ici sur ce sujet important.  Il a par ailleurs mis l’accent sur la nécessité de renforcer les capacités africaines et de travailler dans le sens du Document final du Sommet.  Il a également exprimé l’appui de son pays à une capacité de police déployable.  Le représentant a de même souligné qu’il fallait œuvrer davantage pour encourager tous les États ayant la capacité de le faire à participer aux opérations de la paix des Nations Unies.  Il a appelé les pays membres du Conseil de sécurité à faire de même. 


M. MUNIR AKRAM (Pakistan) a affirmé que si les opérations de maintien de la paix avaient connu des échecs dans le passé, des succès importants ont en revanche été enregistrés au cours de la dernière décennie, comme en Sierra Leone, au Timor-Leste, au Burundi, au Libéria ou ailleurs encore, permettant d’arrêter les conflits et de prévenir le chaos, créant l’espoir de la paix.  Le représentant a rappelé que son pays était un des contributeurs de contingents aux opérations de maintien de la paix parmi les plus importants de l’Organisation.  Actuellement, a-t-il précisé, le Pakistan participe à 11 opérations de maintien de la paix en Afrique et ailleurs.  Il a ajouté que son pays travaillera avec d’autres États Membres pour forger un consensus solide sur le processus de réforme afin de permettre aux opérations de maintien de la paix de conserver leur efficacité et leur rôle unique dans la promotion de la paix et de la sécurité internationales.


Le représentant, qui a dit souscrire entièrement à la déclaration faite par le Maroc au nom du Mouvement des pays non alignés, a indiqué que le succès et la crédibilité des opérations de maintien de la paix reposaient sur une série d’activités interconnectées, comme une planification appropriée, une coordination et une mobilisation des ressources, un recueil d’informations, un déploiement efficace et rapide, un soutien logistique adéquate, un commandement et un contrôle efficaces, un mandat réaliste, une fourniture de ressources adéquates et de stratégies de sortie claires.  Nous devons évaluer de manière empirique les causes des échecs ou des succès des missions, a-t-il assuré.  Le représentant a par ailleurs dit attendre avec intérêt les commentaires du Secrétaire général sur la capacité de police déployable.  Un effort sérieux est nécessaire pour aboutir à un accord rapide sur le renforcement des capacités, a-t-il dit.  Souscrivant pleinement à la politique de tolérance zéro en matière d’exploitation sexuelle et d’abus, il a également déclaré, ajoutant que les États Membres étaient pleinement engagés dans la mise en œuvre des recommandations pertinentes du Comité spécial. 


M. LAURO L. BAJA, JR. (Philippines) a d’abord rappelé que son pays était le plus gros contributeur de troupes aux contingents d’opérations de maintien de la paix dans la région de l’Asie du Sud-Est.  Il a souhaité que les opérations de maintien de la paix reconnaissent les spécificités nationales, sur les plans culturel, religieux et politique.  Le développement, les droits de l’homme et les opérations de maintien de la paix doivent être articulés de façon intégrée, a insisté le représentant, qui a également plaidé pour une meilleure participation des acteurs locaux dans le processus de maintien de la paix.  Rappelant la nécessité de doter ces opérations d’un mandat suffisamment robuste avec des ressources adéquates, l’intervenant a estimé que ce qui figure sur le papier devait se matérialiser sur le terrain.  Il a regretté que le système d’appel de fonds ad hoc utilisé par la communauté internationale n’était pas toujours efficace pour faire face aux situations d’urgence de maintien de la paix.  Enfin, sur la question de l’exploitation et des abus sexuels, le représentant philippin a indiqué que les recommandations du Secrétaire général méritaient un examen approfondi.


M. ZHANG YISHAN (Chine) a d’abord rappelé que les forces de maintien de la paix de l’ONU étaient présentes sur presque tous les continents.  Ces opérations ont joué un rôle important en aidant les pays concernés dans le processus de consolidation de la paix, de stabilité et de reconstruction nationales, a-t-il ajouté, tout en soulignant que la Chine restait convaincue que ces opérations doivent continuer à respecter les principes de la Charte de Nations Unies et préserver leur neutralité.  Elles ne doivent pas se contenter seulement des questions militaires, a encore insisté le représentant, qui a indiqué que son pays avait à l’heure actuelle 1 000 soldats de la paix dans 13 pays.  Faisant référence au rapport Brahimi de 2000, il a noté que deux tendances caractérisaient les opérations de maintien de la paix des Nations Unies, à savoir d’une part le besoin de nouvelles missions et d’autre part l’apparition de nouvelles tâches comme le lancement des programmes de développement ou l’organisation d’élections. 


Le représentant, qui a exprimé le soutien de sa délégation aux recommandations formulées par le Secrétaire général dans son rapport, a en outre souhaité que le Département des opérations de maintien de la paix renforce ses activités de recherche et d’analyse, compte tenu de l’augmentation des missions et opérations et de la multiplicité de leurs fonctions.  Le Département devrait également présenter des recommandations pour l’amélioration des opérations de maintien de la paix sur le plan théorique, notamment en matière de définition du mandat, de système de commande, ou encore d’optimisation de l’organisation des structures des missions.  Il convient aussi d’améliorer les ressources humaines, la gestion, la formation du personnel.  Les fraudes dans les procédures d’achats et l’exploitation et les abus sexuels doivent amener le Secrétariat à en tirer les leçons afin de garantir une déontologie et de traiter les incidents de façon appropriée, a insisté le représentant qui a, en conclusion, invité les États Membres à fournir un appui financier en temps utile aux opérations de maintien de la paix.


M. LEONG YUE KHEONG (Singapour) s’est félicité du fait que le Département des opérations de maintien de la paix ait renforcé son engagement et son dialogue avec les États Membres au cours de l’année écoulée.  Le représentant a de même souligné la nécessité de réfléchir aux moyens de mettre en œuvre des ressources et des nouvelles méthodes afin de mettre notamment en place des nouveaux accords dans les renforcements de partenariats.  Le problème fondamental, a-t-il également ajouté, consiste à améliorer notre capacité à intégrer les différentes institutions et entités au sein de la famille des Nations Unies.  Il est urgent, a-t-il ajouté, de réorganiser le Département afin qu’il puisse gérer de façon efficace et en temps réel plusieurs opérations.


Le représentant a également mis l’accent sur la nécessité de permettre aux opérations de la paix de bénéficier d’une meilleure intégration parmi les planificateurs et le personnel d’appui.  Le développement d’une doctrine présente un caractère urgent, a-t-il en outre estimé, se félicitant notamment de la tentative effectuée par le Département des opérations de maintien de la paix d’en présenter un cadre.  S’agissant du problème grave de l’exploitation sexuelle et des abus enregistrés dans des opérations de maintien de la paix, il a espéré une plus grande responsabilité à un niveau élevé pour y faire face.  Il s’est félicité de la création d’équipes de discipline et de conduite.  Sans capacité d’enquête appropriée, nous resterons inefficaces dans la lutte contre ce problème, a-t-il prévenu.


M. WILLEM REMPANGLILEI (Indonésie) a estimé que cinq ans après la parution du rapport Brahimi, il convient d’établir à l’avenir un ordre du jour clair pour les opérations de maintien de la paix.  Le représentant a ensuite abordé les cinq domaines prioritaires mis à jour par le Secrétaire général.  Le partenariat entre l’ONU, les pays concernés et les organisations régionales permettra d’assurer une amélioration de la gestion des opérations de maintien de la paix sur le terrain, a-t-il dit.  S’agissant de la doctrine, l’expérience de 50 ans de l’ONU en matière de maintien de la paix devrait être synthétisée, ce qui nous aidera à réduire les zones grises actuelles et à établir des règles de procédure qui inspireront le personnel à l’avenir.  Il est important de veiller à ce que les opérations soient enrichies par un personnel bien formé, a poursuivi le représentant indonésien, qui a évoqué le besoin d’un leadership fort et efficace sur le terrain.


Par ailleurs, le représentant indonésien s’est dit préoccupé par les délais de recrutement du personnel et le nombre élevé de postes vacants sur le terrain.  Revenant également sur la question des abus sexuels, il a observé que des initiatives pratiques et efficaces devaient être adoptées rapidement.  Nous sommes favorables à un Mémorandum d’entente à l’issue de nos consultations et devons continuer à étudier et à peaufiner nos méthodes d’harmonisation entre le terrain et le Siège.  S’agissant enfin de la question de la sécurité qui préoccupe vivement les contributeurs de troupes, le représentant a souligné la nécessité de rester vigilant et a interpellé le Comité spécial sur la question de savoir si les récents incidents au cours desquels des soldats guatémaltèques avaient été tués en République démocratique du Congo n’auraient pu être évités.


M. MOHAMMAD PERANG BIN HAJI MUSA (Malaisie), dont le pays souscrit à la déclaration faite par le Maroc au nom du Mouvement des pays non alignés, a affirmé que la recrudescence des opérations de maintien de la paix, qui a mis à rude épreuve les capacités du système des Nations Unies, nécessitait un dialogue international sérieux et une collaboration grâce à un partenariat véritable.  Il a exprimé son appui à la participation et à la contribution des organisations et arrangements régionaux aux opérations de maintien de la paix, lorsque cela est approprié, conformément au Chapitre VIII de la Charte des Nations Unies.  Il est impératif, a-t-il soutenu, de faire en sorte que l’intégration de toutes les parties du système des Nations Unies soit vouée à l’objectif commun de réaliser la paix en accordant l’attention méritée à l’autorité locale et par le biais d’une plus grande transparence.


Le représentant a par ailleurs estimé que les opérations de maintien de la paix étaient devenues plus complexes et exigeantes, intégrant désormais, outre le rôle traditionnel de maintien de la paix, la loi et l’ordre, la politique civile, le contrôle des droits de l’homme et le soutien électoral.  Il a en outre mis l’accent sur l’exposition du personnel des Nations Unies et du personnel associé à des attaques plus fréquentes et violentes.  La sécurité du personnel des Nations Unies et du personnel associé doit être considérée comme la plus haute priorité, a-t-il affirmé.  Il a par ailleurs indiqué que son pays souscrivait à la politique de tolérance zéro concernant l’exploitation  et les abus sexuels constatés dans les opérations de maintien de la paix.  La Malaisie, a-t-il dit, attache également beaucoup d’importance à l’accroissement de la perspective sexospécifique dans les activités de maintien de la paix, et au rôle potentiel que peut jouer le personnel féminin dans la prévention de l’exploitation et des abus sexuels. 


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À l’intention des organes d’information • Document non officiel
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