KOFI ANNAN ENGAGE CHEFS D’ÉTAT ET DE GOUVERNEMENT À PRENDRE LES DÉCISIONS NÉCESSAIRES SUR LA BASE DE SON RAPPORT « DANS UNE LIBERTÉ PLUS GRANDE » QUI CONSTITUE UN TOUT

21 mars 2005
SG/SM/9770-GA/10335-ORG/1438

KOFI ANNAN ENGAGE CHEFS D’ÉTAT ET DE GOUVERNEMENT À PRENDRE LES DÉCISIONS NÉCESSAIRES SUR LA BASE DE SON RAPPORT « DANS UNE LIBERTÉ PLUS GRANDE » QUI CONSTITUE UN TOUT

21/03/2005
Communiqué de presse
SG/SM/9770
GA/10335
ORG/1438

KOFI ANNAN ENGAGE CHEFS D’ÉTAT ET DE GOUVERNEMENT À PRENDRE LES DÉCISIONS NÉCESSAIRES SUR LA BASE DE SON RAPPORT « DANS UNE LIBERTÉ PLUS GRANDE » QUI CONSTITUE UN TOUT


On trouvera ci-après le texte de la déclaration faite, aujourd’hui, par le Secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan, dans le cadre de la présentation devant l’Assemblée générale de son rapport « Dans une liberté plus grande »:


Je vous remercie de me permettre de vous présenter en personne le rapport que vous m’avez demandé sur les progrès accomplis dans l’application de la Déclaration du Millénaire.


La principale conclusion à retenir de ce rapport est que les objectifs énoncés dans la Déclaration peuvent être atteints mais à la seule condition que vous, les États Membres, soyez prêts à adopter une série de mesures précises et concrètes cette année.


Certaines de ces décisions revêtent une telle importance qu’elles ne peuvent être prises que par vos chefs d’État et de gouvernement.  Il est donc très heureux que vos chefs d’État et de gouvernement aient accepté de tenir une réunion au sommet ici en septembre.  Je vous remets mon rapport six mois avant cette réunion pour que vos gouvernements aient largement le temps de l’examiner.  J’espère qu’ainsi, lorsqu’ils arriveront ici en septembre, les dirigeants du monde entier seront prêts à prendre les décisions qui s’imposent.


Et j’espère qu’ils les adopteront en bloc.


Dans toute liste de propositions de ce type, il y a toujours des mesures qui semblent plus ou moins importantes aux uns et aux autres ou qui suscitent les réserves de certains alors que d’autres les jugent essentielles.  La tentation est grande alors de considérer cette liste comme un menu à la carte et de ne sélectionner que les plats que nous préférons.


Dans le cas présent, une telle démarche est impossible.  Mes propositions constituent un tout, une stratégie qui donne autant de poids et d’attention aux trois grands objectifs de cette organisation: le développement, la sécurité et les droits de l’homme, qui doivent tous reposer sur la primauté du droit.  Certains États peuvent estimer qu’il faudrait accorder la priorité à un seul de ces objectifs et de nombreux États ont leur propre préférence à cet égard.


Mais il n’est nul besoin pour moi de vous rappeler que l’Organisation compte 191 États Membres.  Nous savons tous que les problèmes mondiaux ne peuvent être réglés que si tous les États œuvrent à leur solution.  Nous devons accepter le fait qu’une telle collaboration autour d’une stratégie commune ne peut être obtenue que si tous les États estiment qu’il a été tenu compte de leurs préoccupations.


J’affirme dans mon rapport une chose dont je suis profondément convaincu, à savoir que les menaces qui pèsent sur nous nous préoccupent tous autant.  J’ai intitulé mon rapport « Dans une liberté plus grande » car je pense que ces mots tirés de la Charte expriment l’idée que le développement, la sécurité et les droits de l’homme doivent aller de pair.  Dans un monde où les menaces et les opportunités sont communes, il est de l’intérêt de chaque pays de s’attaquer efficacement à chacun de ces défis.  La cause d’une liberté plus grande ne peut progresser que si les nations collaborent entre elles; et l’Organisation des Nations Unies ne peut les aider que si elle est transformée en un instrument efficace mis au service de leur objectif commun.


Libre à vous d’être convaincu ou non par cet argument.  Mais n’oubliez pas que, quoi qu’il arrive, si vous voulez l’aide des autres États pour parvenir à vos fins, vous devez vous-mêmes être prêts à les aider à atteindre leurs objectifs.  Et c’est pourquoi je vous engage à envisager mes propositions comme un tout.


Permettez-moi de vous donner très rapidement des précisions à ce sujet.


Le rapport est divisé en quatre grandes sections.  Les trois premières définissent les priorités d’action dans les domaines du développement, de la sécurité et des droits de l’homme tandis que la dernière aborde la question des institutions internationales – et en premier lieu celle de l’Organisation des Nations Unies elle-même qui doit, aux termes de la Déclaration du Millénaire, être « un instrument plus efficace » aux fins de la réalisation de ces objectifs prioritaires.


La première partie intitulée « Vivre à l’abri du besoin » contient des propositions précises pour donner suite à l’accord conclu à Monterrey il y a trois ans entre pays développés et pays en développement.


Je demande à chaque pays en développement d’adopter et de commencer à appliquer d’ici à l’an prochain une stratégie nationale d’ensemble suffisamment audacieuse pour atteindre les objectifs du Millénaire pour le développement d’ici à 2015 et à mobiliser toutes les ressources nécessaires à l’appui de cette stratégie.


Je demande en particulier aux pays en développement d’améliorer la conduite de leurs affaires publiques, de défendre l’état de droit, de lutter contre la corruption et d’adopter une optique du développement qui soit ouverte à tous, en donnant à la société civile et au secteur privé la possibilité de jouer le rôle qui leur revient.


Et je demande à chaque pays développé d’apporter son soutien à ces stratégies en accroissant les montants qu’il consacre à l’aide au développement et aux allégements de dette et faisant tout ce qui est en son pouvoir pour rééquilibrer le commerce mondial.


Je demande en particulier aux pays développés de s’engager cette année à achever d’ici à 2006 le cycle de négociations commerciales de Doha et de commencer par accorder à toutes les exportations des pays les moins avancés l’accès aux marchés en franchise de droits et hors quotas.


Je leur demande également de réaliser d’ici à 2015 l’objectif consistant à consacrer 0,7 % de leur revenu national brut à l’aide publique au développement.  Cette aide accrue doit être versée au début de la période pour laquelle elle est programmée par l’intermédiaire d’un mécanisme international de financement car, si nous voulons atteindre les objectifs fixés pour 2015, nous devons pouvoir disposer immédiatement de ces nouveaux fonds.  À plus long terme, d’autres sources de financement novatrices doivent être envisagées.


Tous les gouvernements doivent être tenus de remplir leur part du contrat et rendre des comptes dans ce sens aussi bien à leurs populations qu’aux autres États.


J’insiste également sur le fait que le développement doit être durable.  Tous nos efforts seront en vain si leurs résultats sont réduits à néant par la détérioration continue de l’environnement et l’épuisement de nos ressources naturelles.


Je suis heureux que le Protocole de Kyoto soit entré en vigueur même avec trois ans de retard par rapport au calendrier prévu dans la Déclaration du Millénaire mais je remarque que ses effets ne s’exerceront que jusqu’à 2012 et que certains des principaux émetteurs n’y sont toujours pas partie.  Je demande donc à tous les États de s’entendre sur le fait que les progrès scientifiques et les innovations technologiques doivent être exploités dès maintenant pour mettre au point les outils permettant d’atténuer les effets des changements climatiques et qu’un cadre international plus ouvert doit être mis en place en vue de la stabilisation des émissions de gaz à effet de serre au-delà de 2012, avec une plus large participation de tous les principaux émetteurs et des pays aussi bien développés qu’en développement.


Je recommande également aux États Membres d’envisager d’exploiter les compétences de l’Organisation dans un domaine où elle a un avantage évident en créant un fonds de contributions volontaires de 1 milliard de dollars pour lui donner les moyens de venir rapidement et efficacement en aide aux victimes de catastrophes soudaines, d’origine naturelle ou humaine.  Nous avons été en mesure de ce faire récemment lors du tsunami grâce à l’intervention rapide des donateurs mais nous devrions l’être n’importe quand et n’importe où en cas de catastrophe.


Dans la deuxième partie de mon rapport, intitulée « Vivre à l’abri de la peur », je demande à tous les États de parvenir à un nouveau consensus sur la sécurité, par lequel ils s’engagent à considérer que ce qui est une menace pour l’un l’est pour tous et à s’attaquer au terrorisme catastrophique, empêcher la prolifération des armes mortelles, mettre fin aux guerres civiles et instaurer une paix durable dans les pays déchirés par des conflits.


Parmi les propositions plus précises que je formule à ce sujet, je demande à tous les États de mener à bien l’élaboration, la signature et la mise en œuvre de la convention globale contre le terrorisme, qui comporte une définition claire et commune, ainsi que de la convention contre le terrorisme nucléaire et du traité de limitation de la production de matières fissiles.  Je demande également aux États Membres de s’entendre sur la création d’une commission de consolidation de la paix, à l’Organisation des Nations Unies, pour aider les pays à réussir la transition de la guerre à une paix durable.


Dans la troisième partie de mon rapport intitulée « Vivre dans la dignité », j’exhorte tous les États de s’entendre pour renforcer l’état de droit, les droits de l’homme et la démocratie par des mesures concrètes.


Je leur demande en particulier d’adhérer au principe de la « responsabilité de protéger » qui est à la base de toute action collective contre le génocide, la purification ethnique et les crimes contre l’humanité – en reconnaissant que cette responsabilité incombe avant tout à chaque État en particulier mais que si les autorités nationales ne peuvent ou ne veulent pas protéger leurs citoyens, il appartient alors à la communauté internationale de le faire et qu’en dernier recours le Conseil de sécurité de l’ONU peut prendre des mesures coercitives en application de la Charte des Nations Unies.


Parmi les mesures que je propose, je demande également à tous les États de ratifier et d’appliquer tous les traités relatifs à la protection des civils et d’approuver la création à l’ONU d’un fonds pour la démocratie, destiné à fournir une assistance aux pays qui cherchent à instaurer la démocratie ou à la renforcer, et d’y contribuer dans la mesure du possible.


Dans la dernière partie de mon rapport intitulée « Renforcer l’Organisation des Nations Unies », je formule des propositions pour faire de l’ONU l’instrument par le biais duquel tous les États Membres peuvent s’entendre sur les stratégies définies dans les trois autres parties de mon rapport et s’entraider aux fins de leur application.  Je m’inspire pour ce faire de la conviction que j’ai depuis de nombreuses années de ce que, pour s’acquitter de sa tâche, l’ONU doit être pleinement en prise avec les réalités actuelles.  Elle peut et doit être une organisation mondiale représentative et efficace, ouverte à tous et comptable de ses actions auprès de l’opinion publique de même que des gouvernements.


Je commence par des propositions tendant à revitaliser l’Assemblée générale à laquelle la Déclaration du Millénaire a avec raison attribué un rôle central en tant que principal organe délibérant, directeur et représentatif de l’ONU qui, ces derniers temps, a souffert d’une perte de prestige et n’a pas contribué autant qu’il le devait aux activités de l’Organisation.  Je demande à vos chefs d’État et de gouvernement d’inverser cette tendance en vous chargeant d’adopter, à la soixantième session, un vaste programme de réformes; de vous attacher à inscrire à l’ordre du jour les principales questions de fond d’actualité; et de mettre en place des mécanismes qui vous permettent de collaborer pleinement et systématiquement avec la société civile, conformément aux recommandations du rapport Cardoso.


Je recommande ensuite un système au sein duquel coexistent trois conseils, chargés respectivement a) de la paix et de la sécurité internationales, b) des questions économiques et sociales, et c) des droits de l’homme, qui reflète les priorités définies dans les parties du rapport, lesquelles font, je crois, l’objet d’un large consensus.


Les deux premiers, bien sûr, existent déjà mais doivent être renforcés.  Quant au troisième, il exige une réforme très approfondie et une amélioration de notre mécanisme de défense des droits de l’homme.


Tout d’abord, je prie instamment les États Membres de rendre le Conseil de sécurité plus représentatif de l’ensemble de la communauté internationale et des réalités géopolitiques modernes.


Cette question importante est à l’étude depuis trop longtemps.  Je pense que les États Membres devraient se mettre d’accord pour prendre une décision à ce sujet –de préférence par consensus mais dans tous les cas avant le sommet– en retenant une des options proposées dans le rapport du Groupe de haut niveau.


Et je suggère que le nouveau Conseil de sécurité établisse clairement, dans une résolution, les principes dont il entend s’inspirer lorsqu’il décidera d’autoriser ou de demander le recours à la force.


Ensuite, je formule des propositions pour permettre au Conseil économique et social, dont les fonctions présentent un grand intérêt pour notre programme d’action des plus importants en faveur du développement, de jouer le rôle de premier plan qui devrait lui revenir dans l’élaboration et la mise en œuvre cohérente des politiques de l’Organisation en faveur du développement.


Enfin, je demande aux États Membres de créer un nouveau conseil pour remplir une des fonctions principales de l’Organisation qui, à l’évidence, exige actuellement des structures opérationnelles plus efficaces, à savoir la protection des droits de l’homme.  Ce conseil remplacerait l’actuelle Commission des droits de l’homme dont l’aptitude à s’acquitter de ses tâches souffre de plus en plus de l’effritement de sa crédibilité et de la baisse de son niveau de compétence professionnelle.  Les membres de ce Conseil des droits de l’homme seraient moins nombreux et seraient élus directement par l’Assemblée générale à la majorité des deux tiers.


Je formule aussi des propositions de grande envergure pour la réforme du Secrétariat, lequel doit être plus souple, transparent et comptable de ses actes afin de servir les priorités des États Membres et les intérêts de tous les peuples du monde, et pour l’amélioration de la cohérence des activités du système des Nations Unies dans son ensemble, notamment des interventions en cas de situation d’urgence humanitaire et des mesures concernant l’environnement.


Ne m’en voulez pas de vous avoir fait un exposé aussi détaillé et prosaïque.  Pour ce qui est des détails, je peux vous assurer qu’il ne s’agit là que de la partie visible de l’iceberg.  Je sais que vous lirez mon rapport dans son intégralité.  Vous y trouverez bien plus de propositions que je n’ai eu le temps de vous en faire aujourd’hui.


Pour ce qui est du côté prosaïque, j’ai délibérément évité toute envolée rhétorique.  Nous avons entendu prononcer dans cette salle assez de déclarations ronflantes pour les décennies à venir.  Nous connaissons tous la nature des problèmes que nous rencontrons et la teneur des engagements que nous avons pris.  Il ne s’agit plus maintenant de faire des déclarations ou des promesses mais d’agir pour tenir les engagements qui ont été pris.


Je pense que mon rapport fournit un programme d’action bien défini auquel vos gouvernements ont tout à fait les moyens de donner suite.  Je vous engage une fois encore à l’étudier.  Et j’engage vos chefs d’État et de gouvernement à être prêts à prendre les décisions qui sont attendues d’eux lorsqu’ils viendront ici en septembre.


*   ***   *

À l’intention des organes d’information • Document non officiel.