LA COMMISSION DE LA CONDITION DE LA FEMME CONSTATE QU’IL MANQUE ENCORE DES DONNÉES VENTILÉES PAR SEXE DANS LE MONDE

8 mars 2005
FEM/1500

LA COMMISSION DE LA CONDITION DE LA FEMME CONSTATE QU’IL MANQUE ENCORE DES DONNÉES VENTILÉES PAR SEXE DANS LE MONDE

08/03/2005
Communiqué de presseFEM/1500

Commission de la condition de la femme

Quarante-neuvième session

13e & 14e séances – matin & après-midi

LA COMMISSION DE LA CONDITION DE LA FEMME CONSTATE QU’IL MANQUE ENCORE

DES DONNÉES VENTILÉES PAR SEXE DANS LE MONDE

La Commission de la condition de la femme s’est, cet après-midi, penchée sur les difficultés persistantes en matière de statistiques et d’indicateurs alors qu’elle poursuit son examen du suivi des engagements pris en 1995 à Beijing en faveur des femmes.

Mary Chamie, qui est en charge de la Section démographie et statistiques sociales à la Division des statistiques des Nations Unies, a reconnu l’absence de statistiques ventilées entre les hommes et les femmes et d’analyses tenant compte de la problématique homme/femme.  Elle s’est demandée si cette situation ne résultait pas d’une absence de vision en termes de parité.  Elle a précisé que dans le cadre de la préparation du Rapport spécial sur la situation des femmes dans le monde pour 2005, 15 pays n’avaient pas réussi à présenter aux Nations Unies un tableau présentant des données statistiques.  En outre, 53 pays ont été incapables de fournir des données ventilées par sexe et par âge.  Au total, 121 pays n’ont pas réussi à livrer les informations statistiques demandées.  Dix pour cent de la population mondiale vit dans des endroits où le sexe et l’âge ne sont pas pris en compte dans le recensement, a-t-elle ajouté. 

Mme Chamie a appelé instamment les pays africains et asiatiques en particulier à renforcer les mécanismes nationaux chargés des statistiques.  Tous les Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) et les indicateurs humains internationaux reposent sur ces informations de base qui sont indispensables à l’étude de la situation des fillettes et des personnes âgées.  Ces données, a-t-elle relevé, sont également indispensables à la collecte de statistiques sur la mortalité maternelle, pour établir les revenus par habitant.  Mme Francesca Perucci, de la Division des statistiques des Nations Unies, s’est associée à cette analyse en précisant que les OMD, qui sont pourtant nés des conclusions des conférences internationales, intègrent partiellement les résultats de Beijing.  De même, il manque des données précises au niveau national même si les pays ont beaucoup progressé après Beijing dans les domaines des statistiques.

L’Administratrice adjointe de l’Office national des statistiques des Philippines, Paula Monina Collado, a souligné la nécessité d’améliorer le travail démographique dans son pays par le biais des enquêtes et des recensements tout en insistant sur la diffusion de données statistiques, la statistique n’ayant pas vocation à dormir dans les archives.  La Directrice du Département des statistiques pour l’éducation, la science et la culture de la Fédération de Russie, Tatiana Gorbacheva, a expliqué que la question de la parité touche l’ensemble des statistiques russes tout en convenant que son pays avait encore beaucoup à faire.  Nous sommes confrontés à la manière dont l’opinion publique perçoit la parité, a-t-elle dit.

Auparavant, la Commission a entendu, dans le cadre de sa réunion consacrée au suivi du Programme d’action de Beijing, les représentants des institutions suivantes qui ont présenté leurs activités dans le contexte du Programme d’action de Beijing: Banque mondiale, Programme des Nations Unies pour la population (FNUAP), Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF), ONUSIDA, Organisation mondiale de la santé (OMS) et l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO).

Dans la matinée, la Commission de la femme était saisie de huit projets de résolution* portant sur les femmes et les filles face au VIH/sida; la réduction de la demande de femmes et de filles faisant l’objet de la traite; le Rapporteur spécial chargé des lois discriminatoires à l’égard des femmes; l’intégration d’une démarche soucieuse de l’égalité entre les sexes dans les politiques et programmes nationaux; l’intégration d’une démarche soucieuse d’équité entre les sexes dans les efforts de redressement et de relèvement, en particulier au lendemain de la catastrophe du raz de marée dans l’océan Indien; la situation des Palestiniennes et l’aide à leur apporter; le renforcement de l’Institut international de recherche et de formation pour la promotion de la femme et la promotion économique de la femme.

La Commission de la condition de la femme poursuivra ses travaux, demain jeudi 9 mars à 10 heures.

* Les projets de résolution portent respectivement les cotes E/C.N.6/2005/L.2 à L.9.

SUIVI DE LA QUATRIÈME CONFÉRENCE MONDIALE SUR LES FEMMES ET DE LA SESSION EXTRAORDINAIRE DE L’ASSEMBLÉE GÉNÉRALE INTITULÉE « LES FEMMES EN L’AN 2000: ÉGALITÉ ENTRE LES SEXES, DÉVELOPPEMENT ET PAIX POUR LE XXIE SIÈCLE »

Déclarations

M. WAAFAS OFOSU-AMAAH, Directeur par intérim de la Division de la parité et de la réduction de la pauvreté de la Banque mondiale, a cité une étude de la Banque mondiale qui a mis en évidence la manière dont les inégalités entre les sexes constituent des obstacles au développement.  Les inégalité ralentissent en effet la croissance et affaiblit les moyens dont dispose un pays pour lutter contre la pauvreté.  Il est essentiel de mener des programmes de recherche et d’analyse sur la parité pour en comprendre les implications sociales et économiques.  Les résultats de ces travaux doivent faire partie intégrante des processus de prise de décisions et d’élaboration des politiques.  Nous devons aussi édifier une communauté de praticiens au sein de la Banque mondiale et dans les pays que nous servons qui ont la volonté politique et la capacité technique d’intégrer la dimension sexospécifique dans leurs politiques.  De même, promouvoir l’égalité entre les sexes doit être un projet mondial et non pas un projet pour les femmes uniquement.  À moins de modifier la perception que nous avons de l’égalité, nous ne progresserons pas, a ajouté le représentant.  Il est également important de développer des indicateurs de la parité permettant de mesurer les progrès réalisés dans des domaines comme l’emploi, le droit à la propriété et la violence.

Mme THORAYA OBAID, Directrice exécutive Fonds des Nations Unies pour la population (FNUAP), a affirmé que les Programmes d’action du Caire et de Beijing étaient étroitement liés.  Malgré les progrès réalisés depuis la quatrième Conférence mondiale sur les femmes, il reste beaucoup à faire, a-t-elle estimé, notant que nous nous trouvons à un carrefour important.  Nous devons entre autres assurer le droit à la santé génésique et reproductive, a-t-elle souligné, précisant que chaque minute, une femme mourait en raison de complications liées à la grossesse.  Elle a souhaité que la santé génésique et reproductive devienne une priorité dans les programmes nationaux et que les ressources nécessaires soient débloquées pour réaliser les objectifs des deux conférences.  De l’avis de Mme Obaid, l’accès à la santé génésique permet d’améliorer la santé des familles, encourage au respect des droits humains et le développement économique.  Lorsque les femmes prospèrent, la société dans son ensemble prospère également, a-t-elle poursuivi.  Les femmes, a-t-elle estimé, ont besoin de leaders qui représentent leurs intérêts et travaillent ensemble avec les institutions parlementaires, les organisations non gouvernementales et la société civile.  Elle a en outre souligné la nécessité de mettre en œuvre des démarches transectorielles et de multiplier les cas de moratoires sur les dettes. 

Mme RIMA SALAH, Directrice générale adjointe du Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF), a déclaré qu’il était essentiel d’axer les efforts sur les filles pour comprendre les liens qui existent entre les droits des enfants à la survie et au développement et la promotion des droits des femmes.  La discrimination fondée sur le sexe commence dès la naissance et se perpétue tout au long du cycle de vie.  Plus de filles que jamais sont scolarisées et un grand nombre de pays ont développé leur cadre législatif pour promouvoir les filles et les fillettes.  Nous sommes toutefois loin d’avoir tenu les promesses de Beijing.  Le viol et les violences sexuelles, facteur de propagation de la pandémie du VIH/sida, ont été utilisés systématiquement dans le cadre de conflits armés.  Dans le monde, 130 millions de femmes ont subi des mutilations génitales et au cours de l’année, des millions de filles seront mariés alors qu’elles ne sont encore que des enfants.  Les États doivent poursuivre les auteurs de violences sexuelles et les tribunaux internationaux doivent disposer des ressources nécessaires pour mettre en place des programmes spécifiques de protection des victimes et des témoins.

M. DESMOND JONES, Directeur du bureau de New York d’ONUSIDA, a affirmé que les taux d’infection des femmes par le VIH/sida augmentaient dans le monde entier, ce qui a autant d’effets dévastateurs pour les femmes touchées que pour les familles ou les communautés où elles vivent.  Un grand nombre de réactions traditionnelles se concentrant sur la modification de comportements ne fonctionnent pas sur les femmes, a-t-il souligné.  Elles ne fonctionneront que si nous arrivons à remettre en cause les inégalités dont sont victimes les femmes, a-t-il ajouté.  Selon lui, si toutes les femmes étaient capables d’exercer leurs droits et d’hériter de biens fonciers, elles seraient mieux à même de survivre lorsque leurs maris meurent du VIH/sida.  Les filles sont particulièrement vulnérables au VIH/sida, surtout lorsqu’elles se marient avec des hommes plus âgés, qui ont eu plusieurs partenaires, a également expliqué M. Jones.  Les femmes et les filles prises dans le tourbillon de la guerre ou obligées de fuir leurs foyers sont également exposées, a-t-il précisé.  Il a mis l’accent sur la nécessité de remettre en cause un certain nombre de coutumes et de traditions anciennes, ce qui suppose, a-t-il dit, une autre matière de penser.

Mme ANA MARIA HERMOSO, Organisation mondiale de la santé (OMS), a indiqué que 529 000 femmes meurent chaque année au cours de leur grossesse ou pendant l’accouchement et 98% de ces décès sont constatés dans les pays en développement.  Plus de 120 millions de couples dans le monde n’ont pas accès à des services de planification familiale et chaque année, 80 millions de femmes ont des grossesses non désirées dont plus de la moitié est interrompue.  Sur les 45 millions d’avortements réalisés chaque année, 19 millions d’entre eux se produisent dans de mauvaises conditions.  Ces avortements tuent chaque année 65 000 femmes tandis que cinq millions en portent les séquelles.  Bien que la moitié des nouvelles infections au VIH/sida se produisent chez les jeunes âgés de 15 à 24 ans en Afrique subsaharienne, les femmes constituent 75% des  jeunes nouvellement infectés.  Tous les ans, a encore précisé la représentante, 340 millions de personnes sont infectées par des maladies sexuellement transmissible.  Dans le cadre de notre politique de prévention, le recours aux préservatifs pour les hommes et pour les femmes est essentiel.  Il existe cependant un fossé entre les besoins et l’offre qui est estimé à 269 millions de dollars par an.  La violence envers les femmes est également une violation des droits de l’homme mais également un facteur de risque de transmission de la pandémie.  D’une région à l’autre, d’une culture à l’autre, 15 à 71% des femmes dans le monde affirment avoir été victimes de violence domestique et de 0,4% à 30% de femmes disent avoir eu leur première relation sexuelle par la force.

Mme SANIYE GULSER CORAT, Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO), a estimé que malgré les progrès enregistrés dans les domaines de l’éducation et de l’alphabétisation, la situation demeurait inquiétante.  Seuls 52 pays sur 128 ont atteint la parité dans le domaine scolaire en 2005, un certain nombre d’États n’étant pas en mesure d’atteindre cet objectif d’ici à 2015, a-t-elle indiqué, soulignant le manque de volonté politique et de ressources.  Elle a également évoqué les efforts réalisés par l’UNESCO pour lutter contre la pandémie de VIH/sida.  De même, elle a mis l’accent sur la promotion de la parité en matière d’information, essentielle selon elle, pour assurer le lien entre culture et développement.  Dans le cours de la révision et de l’estimation à cinq ans des Objectifs du Millénaire pour le développement, en septembre prochain, l’UNESCO fera tout ce qui est en son pouvoir pour présenter sa vision de la façon la plus concrète, a-t-elle conclu.

Table ronde sur le thème « Difficultés persistantes en matière de statistiques et d’indicateurs, sur la base des débats de la table ronde de haut niveau organisée lors de la quarante-huitième session de la Commission, en 2004, ainsi que des données présentées dans la version 2005 de la publication Les femmes dans le monde: des chiffres et des idées et dans l’Étude mondiale sur le rôle des femmes dans le développement, 2005 »

Exposés

Mme PAULA MONINA COLLADO, Administratrice adjointe de l’Office national des statistiques des Philippines, a souligné que la statistique concernant la parité a été améliorée dans son pays.  Elle a notamment soulevé la nécessité d’améliorer le travail démographique, c’est-à-dire par le biais des enquêtes et des recensements.  Selon elle, les enquêtes de grande envergue parlent plutôt de tendances générales que de cas particuliers.  Elle a mis l’accent sur l’importance d’avoir des programmes bien définis pour lutter contre la violence contre les femmes et les enfants.  Il faut continuer, a-t-elle encouragé, à construire les capacités et à les faire progresser aux Philippines.  Elle a conclu son intervention en affirmant que des efforts devaient être faits pour diffuser les données statistiques, la statistique n’ayant pas vocation à dormir dans les archives.

Mme TATIANA GORBACHEVA, Directrice du Département des statistiques pour l’éducation, la science et la culture de la Fédération de Russie, a indiqué que l’élaboration d’un système de données ventilées par sexe a permis de rassembler les résultats du Gouvernement et de la société civile qui ont été diffusés à 11 ministères, à des ONG de femmes et centres scientifiques.  Le genre est un aspect qui touche l’ensemble des statistiques et l’indicateur du genre a été inclus dans nos futurs recensements, notamment celui de 2007 qui portera sur la famille et la natalité.  À la suite du recensement de 2002, nous avons renforcé notre capacité d’action.  Mme Gorbacheva, après avoir continué son énumération rapide des réalisations en Russie, a convenu que son pays avait encore beaucoup à faire.  Nous sommes confrontés à la manière dont l’opinion publique perçoit la parité. 

Mme VIVIAN MILOSAVLJEVIC, membre de l’Unité Femmes et Développement de la Commission économique pour l’Amérique latine et les Caraïbes (CEPALC), a affirmé que la production des statistiques n’était pas homogène, constatant le manque d’informations pertinentes pour analyser les problèmes de parité.  Il est urgent d’introduire la parité dans la mesure de la pauvreté, a-t-elle soutenu.  Elle a souligné la nécessité d’identifier les vides et les lacunes dans les conceptions de la parité et d’observer les retombées de l’application de méthodes nouvelles, précisant que la méthode utilisée en Amérique latine était une méthode de classification.  Les indices montrent, a-t-elle ajouté, que les femmes sont plus nombreuses que les hommes dans les foyers pauvres.  Une fois qu’elles ont créé leur cellule, ce sont elles qui doivent faire vivre le foyer, alors qu’elles sont souvent sous-employées et sous-payées, a-t-elle dit, notant que 80% de l’activité féminine n’était pas rémunérée.

Mme JUNE ZEITLIN, Women’s Environment and Development Organization, a évoqué la publication du dernier rapport de l’association « Beijing Betrayed ».  Nous avons constaté que dans certains domaines, il n’existait ni données ventilées par sexe ni de statistiques.  Il est donc essentiel de disposer de données ventilées par sexe pour mesurer les progrès.  Nous sommes très heureux de constater que le Déclaration adoptée la semaine dernière ait établi un lien entre le Programme d’action de Beijing et les Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD).  Nos indicateurs montrent que les femmes dans le monde n’ont pas toutes accès à la santé sexuelle, ni de droits en matière de santé reproductive.  Les politiques macroéconomiques et les stratégies de réduction de la pauvreté qui ne tiennent pas compte de la problématique homme/femme ne feront que creuser les inégalités.  La collecte de données constitue un outil de plaidoyer pour les femmes.  Il s’agit d’une question de volonté politique et de ressources.

Mme MARY CHAMIE, de la Division des statistiques des Nations Unies, responsable de la préparation du rapport mondial 2005 des Nations Unies concernant les progrès dans les statistiques sur les femmes, a rappelé que ce rapport, qui sera publié en septembre, permettra d’aller au-delà des questions classiques portant sur la vie, la naissance et la mort et abordera les questions de santé, d’éducation, de travail, de logement et de violence.  Les statistiques ventilées par sexe, a-t-elle relevé, sont nécessaires pour les analyses socioéconomiques aux niveaux national et international.  Elle s’est interrogée sur le fait de savoir si le manque de statistiques ventilées entre les hommes et les femmes et d’analyses n’étaient pas dus au manque de vision en termes de parité et au manque de perspectives de genre.  Elle a souligné que 15 pays n’avaient pas réussi à présenter aux Nations Unies un tableau présentant des données statistiques.  De plus, 53 pays ont été incapables de fournir des données ventilées par sexe et âge.  Au total, 121 pays n’ont pas réussi à livrer les informations statistiques demandées.  10% de la population mondiale vit dans des endroits où le sexe et l’âge ne sont pas pris en compte dans le recensement, a-t-elle précisé.  Selon Mme Chamie, les bureaux nationaux de statistiques devraient être renforcés, en particulier en Afrique et en Asie.

Mme HANIA ZLOTNIK, Directrice de la Division de la population du Département des affaires économiques et sociales, a axé son intervention sur les migrations internationales précisant que dans les années 80, il est apparu que les pays n’accordaient pas la priorité à la répartition des données statistiques ventilées par sexe.  Ceci est inacceptable.  Les États-Unis qui sont le premier pays de migration, n’accordent pas non plus la priorité à l’aspect sexospécifique de la migration qui concerne en majorité des femmes.  Dans le monde développé, il y a 56 millions de femmes migrantes alors qu’il n’y a que 54 millions d’hommes migrants.  Les femmes tendent à migrer dans le monde développé où elles cherchent à travailler.  Mais nous ne savons pas combien d’entre elles à l’échelle mondiale travaillent.  Quelles sont les opportunités d’emploi des femmes migrantes par rapport aux hommes?  Nous ne le savons pas en raison de l’absence de données, a indiqué Mme Zlotnik.

Mme KRISTINA KANGASPUNTA, de l’Office des Nations Unies contre les drogues et le crime, a souligné la difficulté de disposer de données statistiques dans le domaine du trafic des femmes.  L’Office des Nations Unies de Vienne a créé, il y a quelques années, une banque de données sur les tendances mondiales du trafic d’êtres humains, a-t-elle souligné.  Selon elle, 45% des victimes de trafics d’êtres humains sont des femmes, et 18% des enfants.  La majorité des victimes ont fait l’objet d’un trafic à des fins d’exploitation sexuelle, a-t-elle précisé, tandis que 25% sont livrées au travail forcé.  Du côté des trafiquants, on a souvent l’idée erronée que ce ne sont que les hommes qui se livrent au trafic, mais il y a également beaucoup de femmes, a-t-elle observé.  Elle a recommandé que soient définis à l’échelon national et régional des cadres sur les points névralgiques des trafics, permettant ainsi de disposer d’informations précises sur les politiques à mener.  Les organisations internationales et les organisations non gouvernementales doivent pouvoir collaborer pour avoir un panorama juste du trafic, a-t-elle poursuivi.  Elle a également mis l’accent sur la nécessité d’avoir, à l’échelle nationale, des statistiques plus précises et ventilées par sexe.

Mme FRANCESCA PERUCCI, Division des statistiques des Nations Unies, a évoqué les insuffisances du système après l’adoption des Objectifs du Millénaire pour le développement.  Les OMD sont nés des conclusions des conférences  internationales.  Les conclusions de Beijing y figurent mais partiellement, d’où le premier problème.  Un autre problème est celui du manque de données précises au niveau national même si les pays ont beaucoup progressé après Beijing dans le domaine des statistiques.  Il existe encore des zones d’ombre qui ne sont pas couvertes par les programmes nationaux de collecte de donnée.  Au sein du Groupe interinstitutions, nous avons tenté d’améliorer le cadre d’analyse et nous avions proposé d’anciens et de nouveaux indicateurs.  Nous avons mis en place un sous-groupe qui a établi des indicateurs de genre.  Le Groupe s’est concentré sur les indicateurs en matière d’éducation, d’emploi, de santé, de violence domestique et de participation politique.  Parallèlement au sous-groupe genre, nous avons créé un sous-groupe pauvreté pour améliorer la dimension genre dans la problématique de la pauvreté.  Les domaines clefs des travaux futurs des statisticiens doivent porter sur l’amélioration de la participation ventilée hommes/femmes dans tous les secteurs de l’emploi, sur la circulation plus systématique de l’information, la santé de la reproduction, la violence domestique, l’éducation, la scolarisation et l’assiduité scolaire des femmes,  la dimension du genre dans la gestion de la pauvreté ce qui implique une collaboration accrue à l’échelle mondiale entre les gouvernements et les institutions.

Dialogue

Mme Gorbatcheva a estimé, en réponse à plusieurs questions, que l’amélioration des statistiques sur la répartition des travaux domestiques devait faire l’objet de recommandations.  Les problèmes d’inégalités entre les sexes ne souffrent pas du fait qu’il n’y ait pas de données, a-t-elle considéré, notant toutefois que ces données n’étaient parfois pas utilisées de manière efficace.  Ainsi, selon Mme Milosavljevic, les pays devraient savoir quelles orientations et informations il convient de donner.  Des ressources financières sont nécessaires pour faire avancer les statistiques, a souligné de son côté Mme Chamie, faisant remarquer que ces statistiques deviennent vite obsolètes.  Il faut toujours progresser en matière de ventilation et de mise à jour, a-t-elle recommandé.  Pour Mme Zlotnik, les statistiques doivent être plus disponibles et bénéficier d’une meilleure diffusion pour améliorer l’étude des questions de genre.  Il faut davantage de statistiques pour concevoir les bonnes politiques, a-t-elle affirmé.  Enfin, pour Mme Zeitlin, les femmes pauvres du monde sont dans une situation plus critique qu’il y a 10 ans.  Il convient, selon elle, de dépasser Beijing et d’envisager le passage vers une société plus équitable et pacifique.

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