JOURNÉE INTERNATIONALE DE LA FEMME: DES EXPERTS SOULIGNENT LA NÉCESSITÉ D’INTÉGRER LA DIMENSION SEXOSPÉCIFIQUE DANS LES POLITIQUES ET PROGRAMMES

8 mars 2005
FEM/1498

JOURNÉE INTERNATIONALE DE LA FEMME: DES EXPERTS SOULIGNENT LA NÉCESSITÉ D’INTÉGRER LA DIMENSION SEXOSPÉCIFIQUE DANS LES POLITIQUES ET PROGRAMMES

08/03/2005
Communiqué de presseFEM/1498

Célébration de la Journée

internationale de la femme

JOURNÉE INTERNATIONALE DE LA FEMME: DES EXPERTS SOULIGNENT LA NÉCESSITÉ D’INTÉGRER LA DIMENSION SEXOSPÉCIFIQUE DANS LES POLITIQUES ET PROGRAMMES

La promotion de l’égalité entre les sexes n’est pas du seul ressort des femmes, mais de tous, a affirmé ce matin le Secrétaire général des Nations Unies, M. Kofi Annan, dans un message lu par le Secrétaire général adjoint à la communication et à l’information, M. Shashi Tharoor, à l’occasion de la célébration de la Journée internationale de la femme, organisée conjointement par le Bureau de la Conseillère spéciale pour la parité et la promotion de la femme, la Division pour la promotion de la femme et le Département de l’information.  Il a engagé la communauté internationale à ne pas l’oublier.

Avec la tenue du Sommet en septembre au Siège de l’ONU, consacré à l’examen des progrès accomplis dans la mise en œuvre de la Déclaration du Millénaire, cette année constitue une occasion précieuse pour prendre des mesures spécifiques et ciblées sur un certain nombre de fronts, dont celui de la promotion de l’égalité entre les sexes, a déclaré M. Annan.  Quels que soient les véritables avantages qu’il y a à investir dans les femmes, le fait le plus important demeure que les femmes ont le droit de vivre dans la dignité, à l’abri du besoin et de la peur, a-t-il ajouté.

Si le Programme d’action de Beijing constitue en soi une véritable feuille de route, le fait de le réaffirmer ne représente pas forcément un progrès, a estimé Mme Jessica Neuwirth, Présidente d’Equality Now.  La plupart du temps, les conférences internationales restent prisonnières de négociations politiques comme ce fut le cas au cours de cette session, a-t-elle ajouté, précisant qu’une opportunité avait été manquée d’aller plus loin encore que le Programme d’action.  Dans de nombreux pays, les femmes, contrairement aux hommes, ne peuvent pas travailler, conduire, voter ou transmettre leur citoyenneté à leur époux étranger ou à leurs enfants, a-t-elle déclaré.  Dans certains pays, les femmes sont obligées par la loi de faire preuve d’obéissance envers leur mari. 

La nouvelle ère qui s’ouvre doit être consacrée à la pleine mise en œuvre du Programme d’action de Beijing et les recommandations de Beijing + 5, a jugé pour sa part Mme Rachel Mayanja, Conseillère spéciale pour la parité et la promotion de la femme, qui a souhaité une intégration plus systématique de la dimension sexospécifique dans la planification des politiques.  De même, a-t-elle fait remarquer, le rapport du Groupe de personnalités éminentes sur les menaces, les défis et le changement a peu à dire sur la parité et ne voit pas la contribution des femmes au processus politique comme un outil permettant de transformer des conflits potentiels en négociations de paix. 

Les femmes sont oubliées dans la planification des secours d’urgence tandis que leurs talents et ressources ne sont pas reconnus, a souligné M. Salvano Briceño, Directeur de la Stratégie internationale pour la réduction des catastrophes.  Le Groupe de personnalités éminentes, tout comme le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) dans son rapport annuel, a-t-il regretté, ne mentionnent pas encore la problématique de la dimension sexospécifique des catastrophes naturelles.

D’une manière générale, les gouvernements, la communauté internationale, les organisations internationales et la société civile doivent faire ce qu’elles ont déjà convenu de faire, par les moyens déjà établis, a observé Mme Nafis Sadik, Envoyée spéciale du Secrétaire général pour le VIH/sida en Asie et dans le Pacifique.  Il est temps que les dirigeants politiques cessent de parler de la paix et commencent à investir, a-t-elle affirmé.  Il y a tant de menaces à la paix et à la sécurité, nouvelles et anciennes, qu’il est urgent d’agir.

CÉLÉBRATION DE LA JOURNÉE INTERNATIONALE DE LA FEMME

Déclarations

M. SHASHI THAROOR, Secrétaire général adjoint à la communication et à l’information, et modérateur de la réunion, faisant lecture d’un message du Secrétaire général, M. Kofi Annan, a déclaré que cette année marque un tournant important dans le mouvement pour l’égalité des sexes et la promotion de la femme puisqu’il sera procédé à l’examen du Programme d’action de la Conférence de Beijing, 10 ans après son adoption.  En 1995, les femmes, réunies à Beijing, ont fait un très grand pas en avant au service de l’humanité que le monde a, depuis lors, explicitement reconnu, comme jamais auparavant, que l’égalité des sexes était essentielle pour le développement et la paix partout dans le monde.  Dix ans après la Conférence de Beijing, les femmes sont non seulement plus conscientes de leurs droits mais aussi mieux à même de les exercer.

Au cours de cette décennie, des progrès tangibles ont été accomplis sur plusieurs fronts: l’espérance de vie et les taux de fécondité se sont améliorés; plus de filles ont accès à l’enseignement primaire et plus de femmes ont leur propre source de revenus.  Toutefois, sont apparus parallèlement de nouveaux problèmes, comme la traite des femmes et des enfants, pratique odieuse mais de plus en plus courante, le fait que les femmes sont de plus en plus souvent prises pour cibles pendant les conflits armés, ou encore à la propagation terrifiante du VIH/sida parmi les femmes, en particulier les jeunes femmes.  Cette année constitue une occasion précieuse pour prendre des mesures spécifiques et ciblées sur un certain nombre de fronts, avec la réunion au sommet au Siège de l’ONU, en septembre, afin d’examiner les progrès accomplis dans la mise en œuvre de la Déclaration du Millénaire.  Dans le cadre de ce processus, le Secrétaire général a engagé la communauté internationale à ne pas oublier que la promotion de l’égalité des sexes n’était pas de la responsabilité des femmes seulement; mais de tous.  Les études successives ont montré que le développement passait impérativement par l’autonomisation des femmes.  Quels que soient les véritables avantages qu’il y a à investir dans les femmes, le fait le plus important demeure que les femmes ont le droit de vivre dans la dignité, à l’abri du besoin et de la peur. 

Pour sa part, M. Tharoor a souligné la nécessité de parvenir à l’égalité des chances pour les femmes et à instaurer un monde pacifique, plus sûr, où les femmes pourraient exercer pleinement leurs droits.  La coopération internationale que seules les Nations Unies peuvent assurer est essentielle.

Mme RACHEL MAYANJA, Conseillère spéciale pour la parité et la promotion de la femme, a estimé que la nouvelle ère qui s’ouvre doit être consacrée à la pleine mise en œuvre du Programme d’action de Beijing et les recommandations de Beijing + 5.  Un avenir sûr pour tous est à la base du mandat des Nations Unies et ce concept même est en pleine évolution, passant d’un concept militaire à un concept où les être humains sont centraux.  La marginalisation des femmes ne nous permettra pas de parvenir à la sécurité pour tous.  Les Objectifs du Millénaire pour le développement constituent un pas en avant vers un monde plus sûr.

Il existe cependant un clivage important entre les engagements internationaux et leur mise en œuvre, ce qui retarde inévitablement les progrès.  Il faut intégrer plus systématiquement la dimension sexospécifique au niveau de la planification des politiques.  Il faut que les femmes fassent partie intégrante de notre vision globale.  Elles doivent être prises en compte dans les processus de prise de décisions.  Le rapport du Groupe de personnalités éminentes sur les menaces, les défis et le changement a peu à dire sur la parité et considère les sociétés démocratiques comme étant moins exposées aux menaces à la paix et la sécurité sans cependant voir la contribution des femmes au processus politique comme un outil permettant de transformer des conflits potentiels en négociations de paix.  Un accès inégal aux ressources et la corruption mènent à l’instabilité et aux conflits dont les effets les plus graves s’exercent sur les femmes et les enfants.

Évoquant la catastrophe causée par le tsunami, Mme Mayanja a souligné l’importance de la contribution des femmes dans les débats sur l’environnement.  Cette catastrophe naturelle a montré que nous disposons d’une capacité de mobilisation incroyable.  Les effets du Tsunami ont été plus importants pour les femmes que pour les hommes.  Il y a eu aussi des allégations d’abus sexuel dans les camps de réfugiés semblables aux abus se produisant dans les camps de réfugiés de pays en guerre.  L’égalité des hommes et des femmes doit être un concept intégré aux Objectifs du Millénaire pour le développement.

Mme NAFIS SADIK, Envoyée spéciale du Secrétaire général pour le VIH/sida en Asie et dans le Pacifique, a estimé que les gouvernements et la communauté internationale devaient réfléchir sérieusement à leurs priorités.  Selon elle, les dépenses militaires dépassent les 900 milliards de dollars, tandis que les pays de l’Organisation pour la coopération et le développement en Europe (OCDE) dépensent pour l’aide au développement moins de 70 milliards de dollars, environ 3 milliards étant dévolus à l’égalité entre les sexes.  Qu’est-ce qui contribue le plus à la sécurité, 3 milliards investis dans les femmes ou 900 milliards pour des armes? a-t-elle interrogé.  Il est temps que les dirigeants politiques cessent de parler de la paix et commencent à investir, a-t-elle ajouté. 

Selon Mme Sadik, il faut mobiliser la volonté politique pour soutenir l’égalité entre les sexes.  Elle a considéré que le manque de direction politique générale avait un effet au niveau national.  La plupart des cas de traite des femmes sont inconnus par ce que les femmes ne connaissent pas leurs droits et parce que les gouvernements et les communautés refusent d’exercer leurs responsabilités pour assurer leur protection et la justice.  Les Nations Unies, y compris l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUCD) et l’Organisation internationale du Travail (OIT) doivent diriger le mouvement, a-t-elle dit. 

Mme Sadik a également estimé que, dans le contexte de la réforme des Nations Unies, les différentes institutions des Nations Unies devaient être rationalisées.  Les gouvernements, la communauté internationale, les sociétés civiles et les organisations internationales doivent faire ce qu’elles ont déjà convenu de faire, par les moyens déjà établis, a-t-elle souligné, notant qu’il n’était pas nécessaire de rajouter des programmes ou des résolutions.  Il y a tant de menaces à la paix et à la sécurité, nouvelles et anciennes, tant à faire qu’il est urgent d’agir, a-t-elle poursuivi. 

M. SALVANO BRICEÑO, Directeur de la Stratégie internationale pour la réduction des catastrophes, a déclaré que la parité était transversale et devrait être intégrée à toutes les activités de développement.  Les catastrophes naturelles, comme les inondations, raz de marée et séismes, continuent de coûter la vie à des milliers de personnes dans le monde.  Leur coût économique dépasse même le PIB de certains pays.  À long terme, les profils futurs des catastrophes dépendront de la manière dont nous construirons les villes, les villages, comment nous informerons le public sur ces questions.  Le Programme d’action de Beijing constitue une orientation utile. 

La Conférence mondiale sur la réduction des catastrophes de Kobé, au Japon, a souligné que les sexospécificités devait être intégrés dans tous les processus de décision.  Les femmes et les hommes sont frappés de manière différente et disproportionnée et notre réaction doit en tenir compte.  Malheureusement, les femmes sont oubliées dans la planification des secours d’urgence tandis que leur talent et ressources ne sont pas reconnus.  Le représentant a regretté que le Groupe de personnalité de haut niveau sur les menaces, les défis et le changement, tout comme le rapport annuel du Programme des Nations Unies pour le développement ne mentionne pas encore la problématique de la dimension sexospécifique des catastrophes naturelles.  La fragmentation de la programmation aux Nations Unies est également une lacune que les gouvernements doivent combler en partenariat avec les organisations humanitaires et la société civile.

Mme ANNA KAJUMULO TIBAIJUKA, Directrice générale du Programme des Nations Unies pour les établissements humains (ONU-Habitat), a concentré son intervention sur cette dimension oubliée qui est celle des lieux où vivent les femmes, en particulier les pauvres, ou celle des femmes déplacées.  La plupart des femmes qui se déplacent sont mues par la pauvreté, sont abandonnées par leurs maris ou rejoignent leurs maris dont elles n’ont pas de nouvelles, a-t-elle souligné.  Elle a également indiqué que la majorité des habitants des taudis étaient des femmes.  Le respect de l’Objectif 7 du Millénaire pour le développement, visant à assurer un environnement durable, devrait libérer les personnes vivant dans de telles conditions, a-t-elle assuré.  Si nous voulons aider les femmes dans les taudis, nous devons leur donner accès au droit à la propriété et faire en sorte qu’elles puissent hériter, a-t-elle estimé.  Selon Mme Tibaijuka, après la Conférence de Beijing, un grand nombre de gouvernements ne se sont pas occupés des réformes sur les lois de succession.  Pour que les institutions financières et la communauté internationale aident les femmes dans les bidonvilles, nous devons agir, a-t-elle déclaré, précisant que les femmes ne demandaient pas la charité, car elles travaillaient dur.  Il est nécessaire, a-t-elle dit, que les femmes prennent le contrôle de leur propre vie grâce à l’habitation, a-t-elle conclu.

Mme JESSICA NEUWIRTH, Présidente de Equality Now, a estimé que la plupart du temps les conférence internationales comme celle de Beijing restent prisonnières de négociations politiques comme ce fut le cas au cours de cette session.  Réaffirmer le Programme d’action de Beijing ne constitue pas un progrès en soi.  Ne pas faire marche arrière ne signifie pas que nous allons de l’avant.  En fait, nous avons manqué une opportunité d’aller plus loin ce que nous permet pourtant de faire le Programme d’action de Beijing qui constitue une véritable feuille de route en soi.  Parmi les nombreux engagements pris à Beijing figurait celui d’éliminer d’ici à 2005 toutes les lois discriminatoires.  Nous sommes en 2005 et des lois discriminatoires sont encore en vigueur dans le monde.  Sur les 45 pays que nous avons identifiés comme ayant des lois discriminatoires, 14 d’entre eux ont amendé leur législation.  Plus récemment, la République de Corée et le Maroc ont amendé leur Loi sur la famille.  Toutefois, dans de nombreux pays encore, les femmes, contrairement aux hommes, ne peuvent pas travailler, conduire, voter ou transmettre leur citoyenneté à leur époux étranger ou à leurs enfants.  Dans certains pays, les femmes sont obligées par la loi de faire preuve d’obéissance envers leur mari. 

La Présidente s’est penchée sur la problématique de la parité au sein des Nations Unies en relevant que l’objectif 50/50 n’était pas encore atteint.  Au 31 décembre dernier, les femmes occupaient 37,1% des postes de cadre.  Sur les 31 Secrétaires généraux adjoints, seuls six sont des femmes, ce qui est moins de 20%.  Il est peut-être temps de mettre en place un mécanisme formel permettant de garantir la nomination de femmes candidates à des postes de haut niveau, notamment là où les femmes n’ont jamais été nommées.  La Présidente a également relevé que le Groupe de personnalités éminentes sur les défis, les menaces et le changement a recommandé que la Commission des droits de l’homme devienne un conseil des droits de l’homme indépendant du Conseil économique et social.  Mais le groupe n’a pas fait une telle recommandation au sujet de la Commission de la condition de la femme dont le nom n’apparaît même pas dans le rapport du groupe.  La Commission des droits de l’homme dispose de 40 rapporteurs, experts indépendants, groupes de travail et Représentants spéciaux du Secrétaire général.  La  Commission de la condition de la femme n’en a aucun.  De même, même si le Groupe relève l’inefficacité de la mise en œuvre de la résolution 1325 sur les femmes et la paix, il ne fait pas référence à l’autonomisation des femmes qui pourrait bien être l’approche la plus efficace face aux défis que posent la sécurité et le développement.  La Présidente d’Equality Now a par ailleurs estimé que les abus sexuels commis par des Casques bleus en République démocratique du Congo ne sont pas sans lien avec la hiérarchie des genres qui existe aux Nations Unies.

Mme Neuwirth a formulé une série de recommandations, à savoir la création d’un mécanisme formel permettant d’identifier des femmes candidates au poste de secrétaire général; accorder le statut et les ressources nécessaires à la Commission de la condition de la femme, à la Division de la promotion de la femme et à UNIFEM et établir un poste de Rapporteur spécial sur les lois discriminatoires.

Débat interactif

Répondant à une question portant sur le problème des femmes dans les situations de conflits, Mme Neuwirth a considéré qu’outre les plans nationaux, il convenait d’avoir un plan international d’action, une initiative qui revient, selon elle, au Conseil de sécurité.  Le mouvement des femmes a fait beaucoup d’efforts pour porter ce sujet devant le Conseil de sécurité, a-t-elle estimé, ajoutant que cet organe devait faire en sorte que sa résolution 1325 soit prise au sérieux.  De l’avis de Mme Mayanja, les gouvernements doivent inclure cette question dans leurs plans nationaux, mais, malheureusement, a-t-elle ajouté, cela ne se fait toujours pas. 

C’est à l’intérieur des Nations Unies qu’il faut agir, a assuré Mme Sadik, pour qui, également, la tâche de faire appliquer la résolution 1325 revient au Conseil de sécurité.  Par ailleurs, a estimé Mme Sadik, les gouvernements ne sont pas vraiment  intéressés par les questions de sexospécificité.  Chaque fois qu’il y a une conférence internationale, on voit bien que ce sont toujours les droits des femmes, surtout en matière de santé reproductive et génésique, qui posent problèmes, a-t-elle constaté.

Pour M. Briceno, il est important que le renforcement des capacités des femmes se fasse de concert avec les hommes.  Nous devons trouver les hommes qui sont fiers de ce qu’ils ont appris auprès des femmes, a-t-il dit.  De même, il a ajouté que les questions portant sur les femmes devaient être intégrées aux autres secteurs, aux autres programmes des Nations Unies.  Se concentrer sur la réduction des risques naturels et des vulnérabilités est important car elle touche le plus grand nombre de femmes, a-t-il souligné.

*   ***   *

À l’intention des organes d’information • Document non officiel.