LA COMMUNAUTÉ INTERNATIONALE DOIT RÉAFFIRMER SON ENGAGEMENT EN FAVEUR DES DROITS DES FEMMES, DÉCLARE LOUISE ARBOUR DEVANT LA COMMISSION DE LA CONDITION DE LA FEMME

3 mars 2005
FEM/1494

LA COMMUNAUTÉ INTERNATIONALE DOIT RÉAFFIRMER SON ENGAGEMENT EN FAVEUR DES DROITS DES FEMMES, DÉCLARE LOUISE ARBOUR DEVANT LA COMMISSION DE LA CONDITION DE LA FEMME

03/03/2005
Communiqué de presseFEM/1494

Commission de la condition de la femme

Quarante-neuvième session

7e et 8e séances – matin & après-midi

LA COMMUNAUTÉ INTERNATIONALE DOIT RÉAFFIRMER SON ENGAGEMENT EN FAVEUR DES DROITS DES FEMMES, DÉCLARE LOUISE ARBOUR DEVANT LA COMMISSION DE LA CONDITION DE LA FEMME

En dépit des objectifs fixés à Beijing et lors du Sommet du Millénaire, les droits des femmes ne sont pas garantis de façon adéquate.  La Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Mme Louise Arbour, a dressé aujourd’hui ce constat devant la Commission de la condition de la femme, invitant les États Membres à envoyer le message fort d’un engagement renouvelé en faveur de la promotion et de la protection des droits des femmes.

L’appel de Mme Arbour a été relayé tout au long de la journée par les participants à deux tables rondes, la première consacrée à la synergie entre le Programme d’action de Beijing et la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes, la seconde aux liens entre Beijing et Beijing + 5 et les Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD).

Les experts et les représentants des États Membres et des organisations non gouvernementales (ONG) qui participaient à la première table ronde se sont efforcés d’identifier les moyens concrets d’une meilleure utilisation des deux instruments que constituent le Programme d’action et la Convention pour la poursuite d’un objectif commun: le renforcement de l’autonomie des femmes et la parité entre les sexes.

En préambule à ce débat, Mme Arbour a expliqué que le mouvement international des droits des femmes avait accompli des prouesses extraordinaires et avait contribué à renforcer les principes des droits de l’homme fondamentaux, tels que le respect de la diversité et de l’indivisibilité des droits.  Selon la Haut-Commissaire aux droits de l’homme, la réalité d’une très large violation des droits fondamentaux des femmes montre toutefois que l’application de normes et la mise en œuvre des engagements au niveau national sont faibles.  La présente session de la Commission de la condition de la femme doit ainsi permettre de réaffirmer les engagements politiques très forts en faveur de l’application du Programme d’action de Beijing et du Document final de Beijing + 5.

Bien que les gouvernements soient en premier lieu responsables de la mise en œuvre de la Convention et du Programme d’action, les ONG et la communauté internationale ont également un rôle important à jouer, a souligné Mme Romy Tincopa (Pérou), modératrice de la table ronde.  Alors que chacun a des responsabilités spécifiques, un processus de consultation et d’échange d’informations entre le gouvernement et les ONG peut renforcer considérablement l’impact des politiques et des stratégies, a-t-elle poursuivi.  Mme Melanie Griffin, Ministre des services sociaux et du développement communautaire des Bahamas, qui a préconisé une meilleure collaboration entre les organes émanant des traités, a également plaidé non seulement en faveur d’un renforcement du partenariat entre les ONG et les États, mais que celui-ci soit aussi étendu aux bailleurs de fonds et au secteur privé.

Dans l’apport d’informations et la formulation de recommandations, les ONG constituent une véritable force, a observé Mme Rosario Manalo (Philippines), Présidente du Comité pour l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes (CEDAW).  Néanmoins, sans la participation active des gouvernements, elles ne peuvent agir efficacement, a jugé la représentante d’une ONG croate, participant en tant qu’experte à la table ronde, Mme Sanja Sarnavka.

Au cours de la deuxième table ronde, Mme Susana Chiarotti Boero, de l’Institute for Gender, Rights and Development de Rosatrio en Argentine, a expliqué que la lutte contre la pauvreté constituait le lien entre le Programme d’action de Beijing et les ODM, la pauvreté étant une violation des droits de l’homme.  Relevant que les ODM étaient assortis d’échéanciers, elle a regretté qu’ils n’aient pas tous inclus une démarche sexospécifique.  L’égalité entre les sexes est indispensable à la réalisation de tous les Objectifs du Millénaire pour le développement, a-t-elle ajouté.  Pour Mme Caren Grown, du Centre international pour la recherche sur les femmes, qui a concentré son intervention sur le respect du troisième Objectif du Millénaire pour le développement, portant sur l’élimination des disparités entre les sexes dans les enseignements primaire et secondaire d'ici à 2005, tout espoir de changement et de progrès ne sera permis que si les États doivent exprimer à nouveau leur engagement.  Les dirigeants politiques doivent aider à mobiliser les individus et les institutions à tous les niveaux de gouvernement et au sein d’organes internationaux, a-t-elle estimé.

La Commission sur la condition de la femme reprendra ses travaux demain, vendredi 4 mars à 10 heures.

Table ronde sur le thème « Synergie entre l’application à l’échelon national de la Déclaration et du Programme d’action de Beijing et celle de la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes »

Exposés

Mme LOUISE ARBOUR, Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, a affirmé que la communauté internationale devait saisir la présente occasion pour adresser un message fort de son engagement renouvelé en faveur de la promotion et de la protection des droits des femmes.  Le mouvement international des droits des femmes a accompli des prouesses extraordinaires tant au niveau mondial qu’au niveau national et a eu un impact significatif en matière de droits de l’homme, a-t-elle estimé.  Ce mouvement a renforcé les principes des droits de l’homme fondamentaux, tels que le respect de la diversité et de l’indivisibilité des droits, a-t-elle souligné, ajoutant qu’il avait également consolidé la compréhension traditionnelle des droits de l’homme pour mieux protéger les droits des femmes, ainsi que les droits des autres groupes marginalisés.  Les femmes ne constituent pas un groupe homogène, et leurs propriétés sont différentes selon leur région, leur classe, leur origine ethnique, leur âge, leur éducation, leur statut marital.  Le mouvement des droits des femmes a souhaité embrasser toutes ces différences, a-t-elle indiqué, et la réalité de la vie des femmes a exigé que l’on mette l’accent sur cette indivisibilité des droits.  Inspiré par la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes, le mouvement a en outre mis en évidence que tout ce qui était personnel était également politique, ce qui a permis d’établir des programmes relevant de la sphère privée, a-t-elle déclaré.  La violence à l’égard des femmes est un élément important lorsque l’on parle du droit des femmes, a constaté Mme Arbour.

Malgré les engagements politiques pris à Beijing et lors du Sommet du Millénaire, et l’élaboration de normes internationales, les droits des femmes ne sont pas garantis de façon adéquate, a regretté la Haut-Commissaire aux droits de l’homme.  Les États doivent faire en sorte que les femmes accèdent à la justice et soient informées de leurs droits, a-t-elle considéré, précisant que les lois et les systèmes judiciaires devaient renforcer la capacité des femmes à revendiquer leurs droits.  Les États doivent faire preuve de diligence lorsqu’il s’agit par exemple d’enquêter sur des actes de violence dont sont victimes les femmes, de juger et de poursuivre les auteurs de ces actes.  La réalité d’une très large violation des droits fondamentaux des femmes, a estimé Mme Arbour, montre que l’application de normes et la mise en œuvre d’engagements au niveau national sont faibles.  Il n’y a rien qui illustre de façon plus éloquente les effets désastreux de la discrimination sexuelle et des autres violations des droits des femmes que la pandémie du VIH/sida, a-t-elle observé, s’appuyant sur des statistiques faisant état d’une augmentation dans le monde du nombre des séropositives, comme en Fédération de Russie, où il est passé de 24% en 2001 à 38% en 2003.  En Afrique sub-saharienne, 76% des personnes de 15 à 24 ans infectées sont des jeunes femmes.  Très souvent, les femmes n’ont pas choisi le comportement à haut risque qui leur a permis d’être infectées, a indiqué Mme Arbour, mettant l’accent sur l’importance du droit à l’éducation pour que les filles et les femmes puissent réaliser leurs droits.  L’enseignement secondaire permet aux filles de prétendre à une autonomie économique susceptible de leur éviter d’être infectées, a-t-elle poursuivi, notant que sans autonomie économique, les femmes ne peuvent pas négocier des relations sexuelles sûres avec leurs maris ou leurs partenaires.  Quand des époux meurent du VIH/sida, il arrive que des femmes soient exclues de leur foyer et soient ainsi exposées à la pauvreté, à la violence ou à des risques supplémentaires d’infection.  L’éducation sexuelle et généralisée, a-t-elle fait remarquer, a fait ses preuves et réduit la vulnérabilité au virus, mais beaucoup de fillettes n’y ont pas accès.  Le VIH/sida n’est qu’un exemple, a-t-elle dit, de l’écart qui existe entre le cadre juridique international et la réalité que connaissent les femmes.  La présente session de la Commission de la condition de la femme, a-t-elle conclu, doit permettre de réaffirmer les engagements politiques très forts en faveur de l’application du Programme d’action de Beijing et du Document final de Beijing + 5.

Mme ROSARIO MANALO (Philippines), Présidente du Comité pour l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes (CEDAW), a évoqué la contribution de la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes à la mise en œuvre du Programme d’action de Beijing.  Le maintien de lois discriminatoires et la persistance de comportements stéréotypés sont des sujets d’importantes préoccupations pour le Comité.  L’article 2 de la Convention oblige les États parties à abolir les lois existantes sur les pratiques et coutumes discriminatoires.  Le Programme d’action de Beijing demande également l’abolition de toute législation discriminatoire.  La prévalence de comportements sociaux et culturels profondément enracinés continue d’empêcher les femmes à avoir accès à la justice, à l’éducation et aux soins de santé, ce qui contribue à perpétuer toutes les formes de violence contre les femmes dans la famille et la société.  En vertu de la Convention, les États parties sont tenus de prendre des mesures pour éliminer les normes culturelles discriminatoires.  Le Programme d’action de Beijing demande aussi la mise en place d’initiatives pour vaincre cette vision stéréotypée. 

Le Comité prend systématiquement en compte le Programme d’action de Beijing et il a revu ses directives pour la préparation des rapports périodiques nationaux qui doivent désormais ternir compte des 12 domaines prioritaires du Programme d’action, identifiés en 1995 à Beijing.  Le Comité a publié une déclaration sur la synergie en place entre le CEDAW et le Programme d’action de Beijing.  La Convention remplit une fonction unique dans la mesure où elle détermine le cadre juridique du Programme d’action et prévoit les moyens de le mettre en œuvre.  Cette synergie a été mise en évidence lors des dialogues constructifs que le Comité a menés avec les États parties à la Convention.  Nous encourageons les États à considérer le Programme d’action de Beijing comme un document complémentaire de la Convention.

Mme MELANIE GRIFFIN, Ministre des services sociaux et du développement communautaire des Bahamas, a présenté les expériences de son pays concernant la « Synergie entre l’application à l’échelon national de la Déclaration et du Programme d’action de Beijing et celle de la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes ».  Elle a énuméré les mesures, programmes ou réformes entreprises par l’archipel dans les domaines du travail, de l’héritage, de la santé, de lutte contre la violence à l’égard des femmes, de la formation, des services de protection et de soutien, d’éducation publique.  Elle a en outre abordé la révision constitutionnelle, la Constitution actuelle des Bahamas comportant certaines dispositions discriminatoires à l’égard des femmes, notamment en matière de citoyenneté.  La Ministre a souligné, dans son exposé, l’importance qu’il y a à éduquer ou à sensibiliser.  Les changements doivent être présentés au public de façon claire et compréhensible, a-t-elle affirmé, et les gouvernements doivent toujours maintenir une communication ouverte avec les acteurs de la communauté. 

Mme VALERI KNOWLES, représentante d’une organisation non gouvernementale des Bahamas, a insisté sur les soins de santé et l’éducation des femmes et la contribution des ONG locales dans ces domaines et la création d’un environnement véritablement propice à l’élimination des stéréotypes et préjugés comme le souligne la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (Convention CEDAW).  Ce qui est préoccupant est l’existence d’un discours théologique sur le pouvoir des hommes dans le cadre des institutions religieuses.  Les femmes elles-mêmes se sentent inférieures aux hommes et il est difficile de leur faire prendre conscience de leur statut.  L’autre problème est que l’on n’arrive pas à capitaliser sur la synergie entre le Programme d’action de Beijing et la Convention CEDAW.  Sans un plan intégré impliquant les hommes, les femmes, le gouvernement et les ONG, nous perdrons nos acquis.  Il faut ajuster les politiques économiques qui bien souvent ont un impact économique négatif sur la vie des femmes.  Les adolescentes doivent être protégées des forces culturelles discriminatoires mais nous sommes confrontées à une telle crise que la nouvelle génération de militantes a du mal à voir le jour.  Il faut mettre fin aux idéologies qui nous indiquent la voie à suivre car celles-ci sont dictées par les hommes.

Mme DUBRAVKA SIMONOVIC, Chef de la Section des droits de l’homme au Ministère des affaires étrangères de la Croatie, est revenue sur l’expérience de son pays, expliquant que le processus de Beijing a été un processus d’apprentissage important.  En 1996, la première Commission sur l’égalité a été créée et a été chargée d’élaborer la première législation sur l’égalité entre les sexes.  C’est à ce moment-là que nous avons noué des contacts avec les ONG croates.  Le Programme d’action de Beijing a fortement influencé nos politiques qui, pour la première fois, étaient assorties d’échéanciers et faisaient référence à la Convention CEDAW que nous avons ratifiée sans réserve en 1991.  Dans les observations finales qu’il a adressées à la Croatie en 1998, le CEDAW lui avait demandé d’inclure la dimension sexospécifique dans toutes ses politiques relatives à l’égalité.  Un Bureau gouvernemental pour l’égalité des sexes a été créé tandis que le nombre de femmes dans la vie politique a fortement augmenté pour atteindre un taux de 22% au Parlement, ce qui est supérieur au taux européen.  Lors de l’examen de notre rapport périodique, le Comité a félicité notre Gouvernement pour la mise en œuvre de nombreuses lois en faveur des femmes, a rappelé Mme Simonovic.

Mme SANJA SARNAVKA, représentante d’une organisation non gouvernementale croate, a estimé que les gouvernements avaient la possibilité de faire davantage pour assurer la promotion et la défense des droits des femmes.  Sans la participation active des gouvernements, a-t-elle dit, les ONG ne peuvent agir efficacement.  Les ONG peuvent se faire entendre, s’agiter, mais il n’y a que l’État qui puisse apporter des changements significatifs.  Ce n’est que grâce à l’appui de députés ou de gouvernements que nous avons réussi à changer la loi, à mettre en place des mécanismes efficaces ou à exercer une influence sur la société, a-t-elle précisé.  Elle a également mis l’accent sur l’extrême difficulté à remettre en cause certaines valeurs culturelles qui empêchent la promotion des droits des femmes.  Mme Sarnavka s’est en outre déclarée frustrée qu’après 10 ans, la Commission de la condition de la femme soit réunie pour réaffirmer les engagements mis en œuvre par de nombreux activistes dans le monde.  Nous allons continuer à nous battre et à essayer de lever les obstacles, a-t-elle conclu.

Débat interactif avec les expertes

Louise Arbour a souligné que les Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) doivent être interprétés dans le contexte de la Déclaration du Millénaire qui souligne l’obligation faite aux États de parvenir à l’égalité entre les hommes et les femmes.  Ces OMD doivent être replacés dans le contexte plus vaste des droits de l’homme en insistant plus particulièrement sur le droit à la santé génésique et à l’éducation.  Rosario Manalo s’est dite frappée par les interventions des États parties et des ONG et l’appel en six points lancé par le Groupe des ONG Asie-Pacifique portant sur  la ratification du protocole facultatif à la Convention CEDAW; l’importance pour les États de mettre en œuvre les recommandations que leur adressent les experts du Comité CEDAW, la levée des réserves à la Convention, l’importance de mettre en œuvre le paragraphe 230(g) du Programme d’action de Beijing en examinant toutes les lois, politiques, pratiques et procédures; et la nomination d’un Rapporteur sur les lois discriminatoires.  Mme Griffin a, elle aussi, appuyé cet appel pour que les États ratifient la Convention CEDAW et lèvent leurs réserves.  À l’instar des délégations, les expertes ont insisté sur l’importance du dialogue constructif entre les États et les ONG.

« À la CEDAW, a ainsi précisé Mme Manalo, nous adorons les ONG, car celles-ci nous aident, notamment par la formulation des recommandations du Comité aux États parties. »  De même, « les ONG nous apportent des informations et constituent une véritable force nous permettant de travailler », a-t-elle ajouté.  De son côté, Mme Griffin, qui a préconisé une meilleure collaboration entre les organes émanant  des traités, a également plaidé non seulement en faveur d’un renforcement du partenariat entre les ONG et les États, mais pour que celui-ci soit aussi étendu aux bailleurs de fonds et au secteur privé.  Pour la modératrice de la table ronde, Mme Romy Tincopa (Pérou), si les gouvernements sont en premier lieu responsables de la mise en œuvre de la Convention et du Programme d’action, il demeure évident que les ONG et la communauté internationale ont également un rôle important à jouer.  Alors que chacun a un rôle et des responsabilités spécifiques, un processus de consultation et d’échange d’informations entre le gouvernement et les ONG peut renforcer considérablement l’impact des politiques et des stratégies, a-t-elle poursuivi.

CONSIDÉRATION DES LIENS ENTRE LA MISE EN ŒUVRE DU PROGRAMME D’ACTION DE BEIJING ET DES TEXTES ISSUS DE LA VINGT-TROISIÈME SESSION EXTRAORDINAIRE DE L’ASSEMBLÉE GÉNÉRALE ET LES OBJECTIFS DE DÉVELOPPEMENT CONVENUS SUR LE PLAN INTERNATIONAL, Y COMPRIS CEUX QUI FIGURENT DANS LA DÉCLARATION DU MILLÉNAIRE: PROGRÈS FAILLES ET DIFFICULTÉS

Exposés

      Mme NKOSAZANA CLARICE DLAMINI ZUMA, Ministre des affaires étrangères de l’Afrique du Sud, a estimé que sans la participation des femmes, la communauté internationale n’atteindra pas les Objectifs du Millénaire pour le développement.  La pauvreté contre les femmes avait été identifiée comme un domaine critique du Programme d’action de Beijing.  Dix ans après, les femmes constituent cependant 70% de la population vivant avec moins d’un dollar par jour.  Il est donc clair que la lutte contre la pauvreté signifie un combat contre la pauvreté des femmes.  En politique, seulement une quinzaine de pays ont acquis la masse critique de représentation des femmes au parlement.  Parmi ces pays figure l’Afrique du Sud qui, grâce à l’instauration de neuf langues officielles a ouvert ses débats politiques aux femmes, même si celles-ci ne disposent pas d’un degré élevé d’éducation.  L’Afrique du Sud a des conseils de province qui servent de forum public avant tout débat parlementaire et les femmes ont pu faire entendre leur voix dans le cadre de ces conseils.  La Ministre a relevé que de nombreux pays, notamment en Afrique sub-saharienne, l’égalité dans l’éducation n’existe pas alors que nous savons tous qu’une femme éduquée améliore les chances de survie de ses enfants. 

Pour atteindre les Objectifs du Millénaire pour le développement, il est également indispensable d’améliorer les infrastructures, notamment les structures routières dans les zones rurales, pour vaincre la pauvreté, a encore estimé la Ministre.  Sur le continent africain, les conflits armés sont un obstacle considérable à l’égalité entre les sexes et constituent des facteurs aggravant de la pauvreté, des violences sexuelles, et de la santé des femmes.  Certaines doctrines religieuses militent également contre l’édification de sociétés non sexistes.  Alors que les pays en développement prennent des mesures pour relever ces défis, il faut aussi nouer des partenariats mondiaux.  La communauté doit honorer ses engagements en matière d’aide publique au développement et ouvrir ses marchés aux femmes entrepreneurs.

M. ZÉPHIRIN DIABRÉ, Administrateur adjoint du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), a mis l’accent sur les liens existant entre les objectifs du Programme d’action de Beijing et du Document final de Beijing + 5 et les Objectifs du Millénaire pour le développement.  L’année 2005 est l’occasion d’établir ces liens afin d’examiner les progrès atteints et évaluer les défis à surmonter, a-t-il déclaré.  Il a indiqué que le PNUD étudiait plus de 75 rapports nationaux.  Sans préjuger des conclusions de ces rapports, on peut déjà souligner qu’il reste beaucoup à faire pour réaliser l’égalité entre les sexes, a-t-il ajouté.  Afin de surmonter les défis, il convient de veiller à ce que tous les indicateurs des objectifs soient ventilés par sexe, et à ce qu’à l’échelon national et à l’échelon mondial, des ressources et des mécanismes adéquats soient mis en œuvre pour assurer le suivi des objectifs, a-t-il affirmé.

Mme NAILA KABEER, Institut d’études de développement de l’Université du Sussex, a déclaré que le document de Beijing repose sur un niveau d’engagement élevé des gouvernements et de la société civile.  Malheureusement, il ne contient pas d’indicateurs ni de calendrier, contrairement aux ODM.  Nous avons cependant été préoccupés par la présence limitée de la société civile dans la formulation des ODM, ce qui contraste avec la préparation des conférences internationales des années 1990.  Il s’agit d’une chance manquée.  Les ODM exigent en effet un éventail d’acteurs plus vaste que lors de la Conférence de Beijing.  Nous sommes aussi préoccupés par les lacunes identifiées dans les domaines de l´éducation et de la violence entre les femmes.  Mme Kabeer a plaidé en faveur d’une approche fondée sur les droits pour la mise en œuvre des ODM qui soit concrète et ciblée.  Les ODM ne pourront pas être réalisées sans que les injustices économiques et sociales ne soient éliminées.  La représentante a aussi insisté sur la nécessité de disposer de ressources adéquates.  Insistant sur l’importance de la contribution de la société civile à la réalisation des ODM, Mme Kabeer a estimé que les organisations de femmes pouvaient mobiliser de nouveaux acteurs dans le processus des ODM et mettre en place des partenariats fiables avec les gouvernements. 

Mme CAREN GROWN, du Centre international pour la recherche sur les femmes, a concentré son intervention sur le respect du troisième Objectif du Millénaire pour le développement, portant sur l’élimination des disparités entre les sexes dans les enseignements primaire et secondaire d'ici à 2005, si possible, et à tous les niveaux de l'enseignement en 2015, au plus tard.  Selon elle, 19 pays, essentiellement en Afrique sub-saharienne et en Asie, sont bien en deçà de l’objectif s’agissant de l’enseignement primaire et 24 pays concernant l’enseignement secondaire.  Mais il n’est pas trop tard, a-t-elle jugé, insistant notamment sur la nécessité d’améliorer l’accès des femmes aux opportunités économiques et politiques et de garantir leur sécurité.  Mme Grown a détaillé les sept priorités établies par l’Unité spéciale du Projet du Millénaire sur l’éducation et l’égalité entre les sexes: renforcer l’enseignement secondaire des filles, garantir les droits sexuels et reproductifs, investir dans des infrastructures pour alléger le fardeau du temps, garantir les droits de propriété et d’héritage, réduire l’inégalité entre les sexes en matière d’emploi, accroître la place des femmes dans les gouvernements, combattre la violence dont sont victimes les femmes.  Aucun pays n’a réussi à atteindre ces sept priorités stratégiques, a-t-elle assuré, précisant que certains avaient néanmoins réussi à prouver que des progrès significatifs pouvaient être réalisés en faveur de l’autonomisation des femmes et de la réduction des disparités entre les sexes.

Selon Mme Grown, afin d’aboutir à des changements, les États doivent d’abord exprimer leur engagement.  Ainsi, les dirigeants politiques doivent aider à mobiliser les individus et les institutions à tous les niveaux de gouvernement et au sein d’organes internationaux.  Des responsables ont également besoin d’une expertise technique et de connaissances sur la façon d’intégrer les questions de parité dans les politiques et les programmes de développement, a-t-elle estimé.  Des changements structurels et institutionnels, auxquels doivent pousser les groupes de femmes, la société civile et les agences gouvernementales, sont également nécessaires, tandis que les gouvernements et les organisations non gouvernementales doivent pouvoir bénéficier de ressources adéquates pour des interventions directes, pour créer des capacités, recueillir des données et évaluer des programmes et des politiques sur la parité et l’autonomisation des femmes, a-t-elle proposé.

Mme SUSANA CHIAROTTI BOERO, Institute for Gender, Rights and Development de Rosatrio en Argentine, a déclaré que la lutte contre la pauvreté est le lien entre le Programme d’action de Beijing et les ODM, la pauvreté étant une violation des droits de l’homme.  Relevant que les ODM sont assortis d’échéanciers, elle a regretté qu’ils n’aient pas tous inclus une démarche sexospécifique, l’égalité entre les sexes étant indispensable à la réalisation de tous les Objectifs du Millénaire.  Nous assistons à un mouvement réductionniste où les résultats de la Conférence du Caire et du Mexique ont été minimisés, a-t-elle constaté.  Ainsi, sept des huit objectifs des objectifs du Millénaire passent sous silence l’égalité entre les sexes.  Les ODM passent sous silence le racisme et la xénophobie ainsi que d’autres formes de discriminations qui déterminent pourtant l’accès aux ressources et aux droits.  Les  Objectifs du Millénaire pour le développement n’ont pas de dimension de justice sociale.  Sans une redistribution de la richesse entre nantis et démunis et entre les femmes et les hommes, il n’y aura pas de développement véritable, a insisté Mme Boero. 

Celle-ci a ajouté que les femmes gagnaient entre 45 et 70% des salaires des hommes selon les pays et l’origine ethnique.  En Amérique latine, il existe une discrimination socio raciale basée sur le sexe dans l’éducation.  Le pourcentage des femmes occupant des sièges des parlements d’Amérique latine est d’à peine 16%.  Dans notre région et en particulier au Mexique et au Guatemala, il existe une impunité face aux crimes sexistes, a-t-elle déploré.  Les OMD n’ont pas non plus intégré les droits sexuels et reproductifs.  L’Objectif 5 ne pourra pas être mis en œuvre si les femmes ne peuvent exercer leur droit à la santé reproductive.  Il faudrait pour cela que l’avortement ne soit pas érigé en infraction pénale, comme le recommande le Comité pour l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes.

Débat interactif avec les experts

Il semble qu’il y ait un consensus pour reconnaître que les Objectifs du Millénaire pour le développement ne seront pas atteints tant que les objectifs du Programme d’action de Beijing ne seront pas réalisés, a affirmé M. Diabré, en réponse à une question.  Pour Mme Zuma, si un pays veut pleinement mettre en œuvre le Programme d’action de Beijing, il convient en revanche d’aller au-delà des Objectifs du Millénaire pour le développement, lesquels constituent à ses yeux une approche minimaliste.  

À une autre question portant sur la façon dont les droits sexuels et reproductifs pouvaient être abordés lors du Sommet de septembre, Mme Kabeer a souligné que le cadre permettant à tous les gouvernements d’examiner le cinquième Objectif du Millénaire pour le développement et le thème sur la santé maternelle se trouvait dans la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes, ainsi que dans le Programme d’action du Caire.  Les gouvernements doivent utiliser ces cadres en vue de réaliser les objectifs fixés, a-t-elle estimé.  Le droit à la santé reproductive est intégré dans la Constitution sud-africaine, a indiqué pour sa part Mme Zuma.  La santé reproductive est un droit, a réaffirmé la Ministre, notant qu’elle avait notamment permis de réduire la mortalité maternelle.  Il s’agit d’une pièce maîtresse dans l’approche adoptée par son pays en matière d’égalité entre les sexes, a-t-elle poursuivi.

De son côté, Mme Grown a souligné que l’Unité spéciale du Projet du Millénaire avait reconnu les liens entre les Objectifs du Millénaire pour le développement et la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes.  Ces corrélations doivent être renforcées, a-t-elle estimé.

M. Diabré a jugé indispensables les liens entre les gouvernements et les partenaires sociaux si l’on veut promouvoir la parité entre les sexes et l’élimination de la pauvreté qui sont, à ses yeux, cruciaux.  Il est indispensable de développer une vaste participation pour façonner les politiques de développement.  Les engagements pris par la communauté internationale n’ont pas été honorés, a-t-il estimé.  C’est pourquoi, il a appelé à accroître les efforts, notamment par l’aide publique au développement qui n’atteint toujours pas les niveaux fixés même si son volume a augmenté considérablement.  La question du renforcement des capacités est également nécessaire tout comme le sont la promotion de capacités endogènes et le microcrédit.

Soulignant l’importance de la santé reproductive des adolescents pour prévenir les grossesses et les maladies sexuellement transmissibles, Mme Zuma a appuyé l’action dans ce domaine.  Par ailleurs, le dialogue social doit dépasser le niveau gouvernemental et les syndicats pour qu’il s’ouvre aux entreprises et au patronat qui ont un rôle à jouer notamment dans l’amélioration de conditions propices à l’emploi des femmes.  De son côté, Mme Kabeer a elle aussi plaidé pour que l’on associe les syndicats, en soulignant que  les femmes les plus pauvres sont souvent employées dans le domaine non structuré. 

Mme Grown a ajouté qu’il existait de nombreux systèmes de formation et d’éducation qui ne sont pas adaptés aux besoins des jeunes et des adolescents.  Celle-ci a également évoqué l’incidence du VIH/sida sur les femmes et les jeunes filles et a insisté pour que l’on augmente considérablement les services de santé à leur disposition.  Elle a aussi soutenu les syndicats formels et informels que constituent des associations de femmes dans le secteur non structuré.  Il faut que les femmes participent aux négociations salariales.  Mme Chiarotti a expliqué que dans des pays comme le sein, des mouvements conservateurs bloquent l’action sanitaire du gouvernement comme la distribution de méthodes contraceptives aux adolescentes.  Il faut réellement s’attaquer à ce phénomène si l’on veut réduire les taux de mortalité maternelle.

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