VIOLENCE DOMESTIQUE, TRAITE DES FEMMES ET VIH/SIDA: C’EST UN BILAN MITIGÉ QUI MARQUE L’OUVERTURE DE LA CONFÉRENCE D’EXAMEN DE BEIJING + 10

28 février 2005
FEM/1488

VIOLENCE DOMESTIQUE, TRAITE DES FEMMES ET VIH/SIDA: C’EST UN BILAN MITIGÉ QUI MARQUE L’OUVERTURE DE LA CONFÉRENCE D’EXAMEN DE BEIJING + 10

28/02/2005
Communiqué de presseFEM/1488

Commission de la condition de la femme

Quarante-neuvième session

1re et 2e séances – matin & après-midi

VIOLENCE DOMESTIQUE, TRAITE DES FEMMES ET VIH/SIDA: C’EST UN BILAN MITIGÉ QUI MARQUE L’OUVERTURE DE LA CONFÉRENCE D’EXAMEN DE BEIJING + 10

La réunion de suivi des engagements pris en faveur des femmes en 1995 à Beijing s’est ouverte ce matin au Siège des Nations Unies à New York sur un bilan mitigé.  Au cours des 10 dernières années, de nombreuses lois et réformes juridiques ont en effet été adoptées et mises en œuvre et dans toutes les régions du monde des améliorations ont été enregistrées dans l’accès à l’éducation et l’accès aux soins de santé maternelle et infantile.  Mais de nouveaux défis sont également apparus comme l’incidence extrême du VIH/sida sur les femmes, la féminisation de la pauvreté et le trafic des êtres humains.

À l’heure actuelle, les femmes et les fillettes sont les principales victimes du VIH/sida dans la majorité des régions.  En Somalie, seulement 26% des femmes interrogées avaient entendu parler de la pandémie et 2% d’entre elles savaient comment éviter la transmission du virus.  En Zambie, 11% des femmes estiment qu’une femme a le droit d’exiger de son mari l’utilisation du préservatif.  La traite des êtres humains arrive au troisième rang des activités criminelles dans le monde générant 9 milliards de dollars par an.  Par exemple, 90% des victimes de la traite sont des prostituées étrangères se trouvant dans les pays de la région des Balkans.

En présence de 80 Ministres et de près de 6 000 représentants de la société civile, le Secrétaire général des Nations Unies, M. Kofi Annan, a relevé que depuis la Conférence de Beijing, les femmes sont non seulement plus conscientes de leurs droits, mais elles sont également plus aptes à les exercer.  « Au cours de cette décennie, nous avons enregistré des progrès tangibles sur plusieurs fronts, a-t-il expliqué, citant, notamment, une amélioration des taux d’espérance de vie et une baisse des taux de fécondité ».  Il faut donc renforcer de l’éducation des filles et la promotion de la santé reproductive.

Cette session, dont les résultats constitueront une contribution au processus d’examen de la mise en œuvre des Objectifs du Millénaire pour le développement fixés par les dirigeants du monde en 2000 permettra également de souligner la contribution des femmes au développement socioéconomique des sociétés, a déclaré le Président du Conseil économique et social, M. Munir Akram (Pakistan), qui a rappelé que l’« on ne mettra pas fin à la faim et à la pauvreté si on ne réalise pas pleinement le potentiel des femmes ». 

Le Secrétaire général adjoint aux affaires économiques et sociales, M. José Ocampo a partagé cette analyse en mettant en avant l’accession au pouvoir économique des femmes migrantes qui voyagent de plus en plus seules et deviennent la source de revenu principale de leurs familles.  Pour la Ministre des affaires sociales et de l’égalité entre les sexes du Danemark, Mme Eva Kjer Hansen, le fait que les femmes n’aient pas accès au droit à la propriété et au droit à l’héritage constitue un obstacle à la lutte contre la pauvreté et contre la pandémie du VIH/sida.

Dans l’après-midi, deux tables rondes interactives ont été organisées simultanément sur le thème des « innovations dans les dispositifs institutionnels pour promouvoir l’égalité des sexes au niveau national ».

Tout au cours des deux semaines de travaux de la Commission de la condition de la femme, des tables rondes interactives auront également lieu et seront annoncées dans le Journal.  La Commission se réunira en séance plénière, demain mardi 1er mars à partir de 10 heures.

SUIVI DE LA QUATRIÈME CONFÉRENCE MONDIALE SUR LES FEMMES ET DE LA SESSION EXTRAORDINAIRE DE L’ASSEMBLÉE GÉNÉRALE INTITULÉE « LES FEMMES EN L’AN 2000: ÉGALITÉ ENTRE LES SEXES, DÉVELOPPEMENT ET PAIX POUR LE XXIE SIÈCLE »

Déclarations

Mme KYUNG-WHA KANG (République de Corée), Présidente de la Commission de la condition de la femme, a expliqué que cette session d’examen permettra de faire le point sur les engagements pris dans les Forums internationaux comme à Beijing mais également ceux pris dans le cadre des Objectifs du Millénaire pour le développement définis en 2000.  Promouvoir l’égalité entre les sexes et l’intégration de l’approche sexospécifique dans les politiques nationales relèvent non seulement des objectifs définis dans la Déclaration du Millénaire mais ils constituent également un outil indispensable à la réalisation d’autres objectifs.  Les attentes placées dans cette session sont énormes comme en atteste la participation importante de tous les acteurs pertinents, qu’ils soient gouvernementaux ou non gouvernementaux. 

M. KOFI ANNAN, Secrétaire général des Nations Unies, a déclaré que 10 ans après la Conférence de Beijing, les femmes ne sont pas seulement plus conscientes de leurs droits, elles sont également plus aptes à les exercer.  Au cours de cette décennie, nous avons enregistré des progrès tangibles sur plusieurs fronts, a-t-il expliqué, citant, notamment, une amélioration des taux d’espérance de vie et de fécondité.  Davantage de filles bénéficient d’un enseignement à l’école primaire, tandis que les femmes sont plus nombreuses que jamais à gagner un revenu.  De nouveaux défis sont également apparus, a-t-il néanmoins ajouté, évoquant le trafic des femmes et des enfants, ou la progression terrifiante du VIH/sida parmi les femmes, en particulier les jeunes femmes.

Nous avons appris que les défis des femmes ne sont pas des problèmes sans solution, a souligné M. Annan.  Il convient, a-t-il ajouté, d’appliquer ce que nous devons appliquer sur une plus grande échelle, avec des actions ciblées sur plusieurs fronts.  Il a ainsi rappelé que sept priorités stratégiques, qui peuvent être aisément mises en œuvre, avaient été fixées.  Il faut renforcer l’éducation des filles, l’éducation étant la clef pour lever les obstacles des filles et des femmes, a-t-il dit.  Il faut en outre garantir la santé et les droits sexuels de reproduction.  De même, des investissements dans les infrastructures sont nécessaires pour réduire les fardeaux du temps, garantir les droits à la propriété et à l’héritage, éliminer l’inégalité entre les sexes, augmenter la représentation des femmes dans les gouvernements nationaux et locaux, et redoubler d’efforts pour combattre la violence contre les femmes et les filles.  La communauté internationale, a exhorté le Secrétaire général, doit se rappeler que la promotion de l’égalité des sexes est de la responsabilité non seulement des femmes, mais de nous tous.*

* Voir notre communiqué de presse SG/SM/9738 pour la version intégrale du discours: http://www.un.org/News/fr-press/docs/2005/SGSM9738.doc.htm.

M. EDUARDO J. SEVILLA SOMOZA (Nicaragua), Président par intérim de l’Assemblée générale, a relevé que la question de l’égalité entre les sexes est constamment à l’ordre du jour de la communauté internationale.  Cette session est d’autant plus opportune qu’elle donnera l’occasion de faire une évaluation des progrès réalisés jusqu’à présent dans l’optique des Objectifs du Millénaire.  L’égalité entre les sexes est désormais au coeur de notre conscience collective et nous exhortons les États à en faire une des caractéristiques principales de leurs activités.

M. MUNIR AKRAM (Pakistan), Président du Conseil économique et social, a affirmé que la présente session de la Commission était historique, 10 ans après le Programme d’action de Beijing, 20 ans après la Conférence de Nairobi et 30 ans après la Conférence de Mexico.  Le succès dans la lutte pour l’autonomie des femmes est essentiel pour que soient atteints les Objectifs du Millénaire pour le développement, a-t-il déclaré.  Le Président de l’ECOSOC a expliqué que trois des huit objectifs du Millénaire portaient sur des questions directement liées à la condition des femmes.  On ne mettra pas fin à la faim et à la pauvreté si on ne réalise pas pleinement le potentiel des femmes dans ces domaines, a-t-il souligné.

Des progrès importants ont été réalisés depuis trois décennies pour faire avancer le statut des femmes, la Commission ayant, à ce titre, joué un rôle important, a-t-il poursuivi.  Mais les femmes continuent d’être les victimes essentielles des guerres et de la violence, a-t-il néanmoins précisé.  Il a en outre préconisé des actions concrètes pour que l’égalité entre les sexes et l’autonomie des femmes soient accomplies. 

Mme MARTA SAHAFUN FOX, Première Dame du Mexique, a rappelé que son pays avait accueilli, en 1975, la première Conférence internationale sur les femmes.  Cette conférence, a-t-elle estimé, s’est transformée en événement historique pour les droits fondamentaux des femmes et a représenté le début d’un dialogue important de portée planétaire sur l’égalité entre les sexes.  Grâce à la Conférence de Mexico et aux deux autres conférences qui ont suivi, à savoir Nairobi et Beijing, le monde peut être imaginé autrement, a-t-elle estimé.  Selon Mme Fox, il ne faut pas, cependant, se bercer d’illusions. 

Trente ans après la Conférence de Mexico et 10 ans après la Conférence de Beijing, la réalité continue d’être implacable pour des centaines de millions de femmes à travers le monde, a-t-elle observé.  Nous ne pouvons ni ne devons reculer, a-t-elle déclaré.  Au contraire, a-t-elle ajouté, nos sociétés doivent dépasser les accords déjà conclus pour passer des paroles aux actes.  Mme Fox a en outre considéré que le moment était venu de réaliser pleinement les objectifs internationaux et que chaque État Membre de l’ONU se les approprie.  Il faut être plus audacieux et novateur, tirer partie de toutes les occasions qui se présentent à nous, grâce à un environnement plus propice aux femmes, a-t-elle affirmé.

M. EVA KJER HANSEN, Ministre des affaires sociales et de l’égalité entre les sexes du Danemark, a convenu de progrès accomplis tout en insistant sur ce qui restait à accomplir.  La réalisation d’une réelle égalité entre les sexes, en particulier dans le domaine des droits de la santé reproductive, est fondamentale pour parvenir au développement et à la croissance économique.  Le fait que les femmes n’aient pas accès au droit à la propriété et au droit à l’héritage ne leur permet pas de lutter contre la pauvreté, et de se protéger contre la pandémie du VIH/sida.  La Ministre a plaidé dans ce contexte en faveur de la pleine mise en œuvre et de l’universalité de la Convention pour l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (CEDAW). 

La violence contre les femmes constitue l’une des plus graves violations des droits de l’homme, qu’elle se produise en temps de paix comme en temps de guerre.  Une femme sur quatre dans le monde est victime de violence domestique au moins une fois dans sa vie et nous commençons à peine à comprendre le coût élevé de la violence domestique pour les familles des victimes, les communautés et les pays.  Il est de la responsabilité des États de protéger leurs citoyens contre ce phénomène.  Pour cela, a précisé la représentante, une approche holistique doit être mise en œuvre qui comprenne des mesures juridiques et judiciaires ainsi qu’un effort éducatif.  La lutte contre la violence domestique ne doit pas se limiter à la sphère privée, mais relever désormais du domaine public.  La violence contre les femmes dans les situations de conflit doit être également combattue, notamment par l’application de la résolution 1325 du Conseil de sécurité.  Le Sommet du Millénaire de 2005 sera axé sur le développement et la sécurité qui se complètent et se renforcent mutuellement, a rappelé la Ministre.  Dans cette perspective, nous devons envoyer un message politique clair aux participants du Sommet pour qu’ils incluent dans leur document final les questions de l’égalité entre les sexes et la lutte contre la violence fondée sur le sexe. 

Mme ZHAO SHAOHUA, Vice-Présidente du Comité national de travail sur les femmes et les enfants du Conseil d’État de la Chine, a affirmé que, malgré les remarquables contributions apportées par les Nations Unies dans la promotion de l’égalité entre les sexes, la discrimination contre les femmes et la féminisation de la pauvreté perduraient, beaucoup de chemin restant à parcourir pour que la communauté internationale protège les droits des femmes.  Au cours des 10 ans écoulés depuis la Conférence de Beijing, la communauté internationale a pris des mesures concertées afin d’appliquer le Programme d’action et le Document final de la 23e session extraordinaire de l’Assemblée générale, s’est-elle félicitée, précisant que différents types de mécanismes ont été créés.  De son côté, la Chine n’a épargné aucun effort pour la mise en oeuvre de ses engagements à appliquer les objectifs stratégiques du Programme d’action de Beijing et a accompli des progrès remarquables, a-t-elle souligné.  De l’avis de Mme Zhao, la Chine, qui fait de l’égalité entre les hommes et les femmes un élément de base de sa politique nationale, poursuit un développement économique et social sain et durable et s’attache à lutter contre toute forme de discrimination à l’égard des femmes.

Mme KARMA (Kenya) a fait part des progrès réalisés par son pays depuis la Conférence de Beijing qui se sont traduits notamment par un accès accru des femmes au crédit, à l’héritage et la mise en place d’un programme de lutte contre la violence sexiste.  Nos politiques sont sensibles aux sexospécificités et visent l’élimination des discriminations entre les sexes qui persistent.  Nous devons encore relever de nombreux défis, les mêmes que ceux que doivent relever les pays en développement.  Nous nous associons à la communauté des nations afin de prendre un nouvel engagement pour atteindre nos objectifs communs, a-t-elle déclaré.

M. JOSÉ OCAMPO, Secrétaire général adjoint aux affaires économiques et sociales, a rappelé que l’égalité entre les sexes constitue un des piliers de la Charte des Nations Unies.  Cet engagement, pris lors de la création des Nations Unies, a été renforcé et développé au cours des dernières décennies.  Le chemin parcouru de Mexico à Beijing en passant par Nairobi a souligné l’importance des Nations Unies comme forum unique d’élaboration de politiques mondiales sur l’égalité entre les sexes et la promotion de la femme.  Les 12 domaines d’action prioritaires du Programme d’action de Beijing continuent de guider les travaux des Nations Unies, de leurs États Membres et des représentants de la société civile.  Il y a cinq ans, les gouvernements ont également fait de l’égalité entre les sexes un outil permettant de lutter contre la pauvreté, la faim, les maladies et de stimuler un développement réellement durable et équitable.

De nombreux progrès ont été réalisés en termes de réforme des politiques et de réformes juridiques, de sensibilisation de l’opinion à la problématique de l’égalité entre les sexes et de développement institutionnel, a estimé le Secrétaire général adjoint.  Toutefois, il existe un fossé important entre les politiques et la pratique.  Bien que des progrès aient été réalisés dans les 12 domaines d’action critiques, la violence contre les femmes, leur faible taux de représentation dans l’arène politique, la prévalence de la pandémie du VIH/sida chez les femmes et les jeunes filles et l’impact disproportionné du virus sur leurs vies, la violence fondée sur le sexe, l’absence de représentation dans les processus de paix et l’incidence croissante de la traite des êtres humains persistent.

M. Ocampo a par ailleurs évoqué les dernières statistiques de l’Organisation internationale des migrations (OIM) qui note que les femmes migrantes voyagent de plus en plus seules et constituent ainsi la source de revenu principale de la famille.  La plupart des femmes migrantes quittent leur pays volontairement.  Alors que les migrations internationales peuvent être un facteur d’émancipation, elles contribuent également à accentuer la vulnérabilité des femmes à l’exploitation et aux discriminations.  Comme le souligne le rapport de l’OIM, il est indispensable d’assurer la ratification la plus large possible des instruments juridiques internationaux en matière des droits de l’homme en vigueur.  Le document final de cette session, a encore ajouté M. Ocampo, constituera une contribution importante lors de la Conférence d’examen de la mise en œuvre des Objectifs du Millénaire pour le développement.

Mme RACHEL MAYANJA, Sous-Secrétaire générale et Conseillère spéciale du Secrétaire général pour la parité et la promotion de la femme, a estimé que la communauté internationale a un devoir à l’égard de toutes les femmes du monde entier de continuer à travailler d’arrache-pied pour mettre en œuvre le Programme d’action de Beijing et le Document final de la 23e session extraordinaire de l’Assemblée générale et de s’assurer qu’il n’y ait aucun recul.  Bien qu’aucun pays n’ait réussi à répondre complètement à tous les domaines critiques du Programme d’action, de nombreux pays, développés ou en développement, ont montré que des progrès significatifs pouvaient être effectués grâce à l’émancipation réelle des femmes et la réduction de la discrimination à leur encontre, a-t-elle souligné.

Malgré les progrès réalisés, a constaté en outre Mme Mayanja, il existe encore un gouffre entre la politique et la pratique en matière d’égalité entre les sexes.  Les défis que nous avons à relever sont donc énormes, a-t-elle ajouté, invitant la communauté internationale à saisir l’occasion pour lancer une nouvelle ère de mise en œuvre.  Elle a ainsi exhorté la Commission de la condition de la femme à explorer de nouveaux moyens pour réaliser une mise en œuvre plus efficace des engagements pris.  Mme Mayanja a par ailleurs regretté que l’objectif de la ratification universelle de la Convention, mentionné dans le Programme d’action de Beijing, et à laquelle ont adhéré 179 États Membres, n’ait pas été atteint.  Elle a exhorté tous les États Membres qui ne l’auraient pas fait à ratifier cet instrument, de même que le Protocole facultatif de la CEDAW.

Mme CAROLYN HANNAN, Directrice de la Division de la promotion de la femme, a passé en revue les activités prévues au cours de cette manifestation en expliquant que les tables rondes donneront l’occasion aux États Membres de partager leur expérience nationale notamment pour ce qui est des innovations institutionnelles de promotion de l’égalité entre les sexes.  Au cours des deux semaines à venir, sept tables rondes seront également organisées.  Mme Hannan a expliqué dans quelle mesure la Division de la promotion de la femme avait contribué à l’organisation de cette manifestation par le biais notamment de groupes de travail.  Elle a précisé que la Division a été chargée par l’Assemblée générale de préparer un rapport sur toutes les formes de violence à l’égard des femmes.  Mme Hannan a également évoqué le travail à venir de la Commission de la condition de la femme dans le cadre de sa session annuelle.  Outre le suivi de Beijing, la Commission s’intéressera à la condition de la femme en Afghanistan et en Palestine.  La Commission examinera par ailleurs un certain nombre de communications.

Mme NOELEEN HEYZER, Directrice exécutive du Fonds de développement des Nations Unies pour les femmes (UNIFEM), a affirmé que de nombreux signes de progrès sont observés 10 ans après Beijing.  Mais des progrès demeurent trop lents, a-t-elle regretté, citant la pauvreté, le VIH/sida ou les trafics de femmes.  Il faut une application déterminée des objectifs de Beijing et une plus grande responsabilisation, a-t-elle déclaré.  Mme Heyzer a rappelé ainsi l’importance du Fonds des Nations Unies pour éliminer la violence contre les femmes, établi par l’UNIFEM, qui a permis de soutenir 175 initiatives dans 96 pays.

La Directrice exécutive de l’UNIFEM a également mis l’accent sur la nécessité de faire de l’égalité entre les sexes une partie essentielle des politiques, des programmes et des pratiques des principales institutions.  Selon elle, les femmes et les filles du monde entier veulent croire que les objectifs du Millénaire pour le développement ne sont pas qu’une question de cibles ou d’indicateurs, mais aussi une série de principes et d’engagements visant à aboutir à un monde libéré de la pauvreté, de la violence et de l’inégalité, a-t-elle indiqué.

Mme CARMEN MORENO, Directrice de l’Institut international de recherche et de formation des Nations Unies pour la promotion de la femme (INSTRAW), a déclaré que depuis la Conférence de Mexico en 1975, l’égalité entre les sexes, le développement et la paix ont constitué les composantes clefs du développement durable.  La Directrice a elle aussi passé en revue les activités de l’Institut et sa contribution à la Conférence d’examen de Beijing + 10.  Les rapports élaborés dans ce contexte placent l’accent sur les bonnes pratiques qui pourraient être appliquées à d’autres pays ou régions pour atteindre les Objectifs du Millénaire pour le développement.  L’intégration de la dimension de l’égalité entre les hommes et les femmes est indispensable à la réalisation des objectifs identifiés en 2000 par les dirigeants du monde.  L’élimination de la pauvreté et de la violence à l’égard des femmes devrait constituer notre première priorité, l’autonomisation économique des femmes étant en effet une condition préalable à l’égalité entre les sexes.  La Directrice a aussi insisté sur l’intégration des femmes dans les processus de prise de décision politique.

Mme ROSARIO MANOLO, Présidente du Comité sur l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes, a notamment félicité les 35 États devenus, depuis la Conférence de Beijing, parties à la Convention, portant à 179 le nombre total de pays adhérents.  Le Comité, a-t-elle expliqué, a contribué à mieux faire comprendre les obligations des États parties à l’égard de la Convention.  Elle a également félicité les 71 nouveaux États qui ont signé le Protocole facultatif à la Convention.  Le Comité, a-t-elle poursuivi, encourage tous les pays qui n’auraient pas encore ratifié ces instruments pour la protection et la promotion des droits des femmes à intensifier leurs efforts pour remplir le plus tôt possible l’objectif de ratification universelle de la Convention et que le Protocole facultatif devienne un moyen efficace pour améliorer la situation des femmes dans tous les États parties.

Mme Manolo s’est également réjouie des contributions importantes apportées par les organisations non gouvernementales dans le cadre des processus de suivi aux niveaux national et international.  Elle a par ailleurs fait part de la charge de travail de plus en plus importante à laquelle le Comité est confronté depuis quelques années.  Elle a souligné que l’Assemblée générale, lors de sa 59e session, n’avait pas répondu à sa demande visant à régler le problème du temps de séance du Comité.  La Présidente du Comité a ainsi exhorté l’Assemblée générale à examiner cette question de façon plus favorable lors de sa 60e session.

M. MAKARIM WIBISONO (Indonésie), Président de la 61e session de la Commission des droits de l’homme, a estimé que c’est dans le domaine des droits de l’homme que l’intégration des questions sexospécifiques a eu l’impact le plus grand.  La question de l’égalité entre les sexes fait partie de la lutte pour les droits de l’homme, a-t-il souligné, notant que la Commission des droits de l’homme l’intégrait dans ses travaux en cours.  La Commission des droits de l’homme suivra avec beaucoup d’intérêt les travaux de la Commission de la condition de la femme, a-t-il affirmé, précisant qu’elle s’attacherait à repérer les lacunes, les carences et les défis devant être relevés.  Il a exprimé l’engagement de la Commission des droits de l’homme à travailler en étroite collaboration avec la Commission de la condition de la femme afin de renforcer le cadre intégré en matière des droits de l’homme, si fondamental, a-t-il souligné, pour protéger les droits des femmes.

Table ronde de haut niveau sur le thème: « innovations dans les dispositifs institutionnels pour promouvoir l’égalité des sexes au niveau national »

Table ronde I

Comment renforcer l’égalité entre les femmes et les mécanismes en faveur de l’égalité entre les sexes, compte tenu des grands défis que pose le monde en évolution?  C’est à cette question que ministres et hauts fonctionnaires ont tenté de répondre cet après-midi dans le cadre d’un débat interactif. 

Avant de détailler le fonctionnement de leurs mécanismes nationaux de promotion de l’égalité entre les sexes, les intervenants ont pris connaissance des résultats de la réunion des Groupes d’experts sur les mécanismes institutionnels qui s’est tenue à Rome l’année dernière.  La Co-Présidente de cette réunion d’experts, Mme Grace Bantebya Kyomuhendo, a rappelé que les années 80 ont vu l’institution de mécanismes nationaux comme instruments clefs et des changements sont apparus aux niveaux national et international.  Alors que nous assistons à une visibilité accrue des questions liées aux femmes, les mécanismes nationaux ont bénéficié d’un appui accru par l’ensemble du système des Nations Unies.  Malgré ces réalisations, a constaté Mme Bantebya Kyomuhendo, la question du financement continue de se poser pour de nombreux pays dont les ressources financières et humaines sont limitées.  Certains mécanismes en vigueur disposent de mandats peu clairs.  Elle a également cité l’absence de données ventilées par sexe et une absence de suivi.  Les questions liées aux conflits armés, au sida, à la bonne gouvernance ont également une incidence énorme sur les politiques et stratégies en faveur de l’égalité.  Il faut davantage de formation pour tous les protagonistes clefs, et augmenter les ressources financières de ces mécanismes.

Présentant l’expérience française, Mme Nicole Ameline, Ministre de la parité et de l’égalité professionnelle, a expliqué qu’elle avait lancé un dialogue social avec l’ensemble des partenaires sociaux et créé un « label égalité » qui constitue une marque distinctive.  Depuis février 2005, ce label identifie les entreprises, associations et administrations résolument engagées sur la voie de l’égalité.  Nous préparons actuellement une Charte politique de la parité.

L’autonomisation des femmes signifie leur participation à la prise de décisions politiques, a insisté la Secrétaire générale des politiques relatives à l’égalité de l’Espagne dont le pays dispose pour la première fois dans son histoire d’un gouvernement paritaire.  Pour la première fois aussi, une femme est présidente du Tribunal constitutionnel.  Mme Joan Fraser, Sénatrice canadienne et Présidente du Comité de coordination des femmes parlementaires de l’Union interparlementaire a expliqué que les délégations ne comprenant pas de femmes pendant trois années consécutives ne disposent que d’un seul représentant l’année suivante.  L’institution de quotas a été invoquée par la Ministre de l’égalité entre les sexes et la promotion de la famille du Rwanda, Mme Valérie Nyirahabineza, qui a précisé que l’imposition de quotas a permis aux femmes de disposer de 30% de sièges au Parlement.  La participation politique des femmes est la clé à l’égalité dans tous les domaines, a insisté la Ministre.  Celle-ci a également évoqué l’adoption d’une loi sur les régimes successoraux et matrimoniaux pour pallier à la féminisation de la pauvreté.

L’importance de la législation pour lutter contre les inégalités et les discriminations a été évoquée par la Ministre d’État de l’industrie et Ministre adjointe pour les femmes du Royaume-Uni, Mme Jaqui Smith.  Celle-ci a expliqué que son pays dispose de lois interdisant la discrimination basée sur le sexe.  L’action législative a également permis d’améliorer les prestations sociales et de réduire la violence domestique.  La promulgation de lois ne suffira pas à elles seules à promouvoir l’égalité, a-t-elle encore relevé.  Au Royaume-Uni, a-t-elle encore ajouté, nous avons adopté une nouvelle démarche intégrée qui repose sur une nouvelle institution regroupant l’ensemble des organes chargés de lutter contre les discriminations et les violations des droits de l’homme.  On ne peut pas en effet séparer les droits des femmes des droits de l’homme.  La représentante du Chili a elle aussi insisté sur l’importance des lois qui permettent à son pays de lutter contre les violences, de régir les divorces et de lutter contre le harcèlement sexuel.

De même, la représentante du Botswana, Mme Pheto, a expliqué que la politique gouvernementale relative aux femmes repose sur une nouvelle législation.  Après Beijing, a-t-elle indiqué, nous avons lancé un réexamen de nos lois en vigueur pour en éliminer les dispositions discriminatoires, notamment celles portant sur l’héritage, l’acquisition de la nationalité et la garde des enfants.  Une démarche qu’a également adoptée le Maroc qui vient de réformer le Code de la famille, a ajouté Mme Baddou.

En Zambie, les efforts ont porté sur la décentralisation par la mise en place dans les districts et provinces de comités et sous-comités de promotion des droits des femmes qui traduisent des efforts concertés là où des efforts étaient inexistants auparavant, a précisé la Ministre du développement communautaire, Mme Marina Nsingo.  De son côté, la Ministre des affaires sociales, de la promotion de la femme et de l’enfance de la Guinée, Mme Bruce Mariama Aribot, a insisté sur la question de la coordination des mécanismes institutionnels gouvernementaux et de la société civile pour créer une « toile du genre ».  Partageant l’expérience suédoise, la Ministre d’État pour l’égalité entre les sexes, Mme Lise Bergh, a expliqué que pour son pays, l’égalité entre les sexes est un engagement politique qui est réaffirmé chaque année.  Le Ministre des questions de parité de l’Irlande, M. Frank Fahey, a évoqué la dynamique économique irlandaise grâce à l’entrée importante des femmes sur le marché du travail.  La Ministre des affaires féminines de l’Autorité palestinienne, Mme Zahira Kamal, et la Ministre de la famille, de la protection sociale et de la solidarité du Bénin, Mme Léa Hounpke, ont identifié l’extrême pauvreté, la marginalisation et l’analphabétisation des femmes comme des obstacles majeurs à la réalisation de l’égalité entre les sexes, d’où la nécessité d’améliorer les normes sociales.

Table ronde II

Au cours de cette table ronde, présidée par M. Gilbert Laurin du Canada, de nombreux pays, dont certains étaient représentés par des ministres, ont présenté les mesures qu’ils avaient prises eux-mêmes dans un souci d’assurer l’égalité entre les hommes et les femmes, décrivant ainsi différents rythmes de progrès dans l’application du Programme d’action de Beijing.  En guise de préambule à ces présentations, effectuées aux côtés d’interventions d’organisations non gouvernementales ou d’institutions, Mme Nuket Kardam de la Turquie, Coprésidente de la réunion du Groupe d’experts qui a eu lieu à Rome à la fin de l’année dernière sur le « rôle des mécanismes nationaux pour promouvoir l’égalité des sexes », organisée par la Division de la promotion de la femme, a rappelé les points saillants de la réunion.  Selon Mme Kardam, des changements sont intervenus sur des questions de fond.  Autrefois, si la politique en faveur des femmes relevait de la politique sociale, elle constitue aujourd’hui une question du domaine des droits humains, a-t-elle souligné.  Mme Kardam a également préconisé la constitution d’une base internationale de données où seraient recueillies les différentes expériences.

La Chine, dont la politique nationale vise à intégrer la question de l’équité entre les hommes et les femmes, et s’efforce d’assurer un suivi de ce processus, comme l’a rappelé sa représentante, s’est dit prête à travailler avec d’autres gouvernements et des organisations non gouvernementales.  De son côté, le Canada, par la voix de sa Ministre, qui a rappelé le combat de pointe et de longue date mené par son pays en faveur de l’égalité entre les sexes, a proposé de faire partager son expérience à d’autres États.  S’exprimant au nom de l’Union européenne, la Ministre luxembourgeoise de l’intégration et de l’égalité des chances, a souligné que les 25 pays de l’Union européenne étaient attachés à développer un cadre juridique puissant pour l’égalité entre les hommes et les femmes.  Certains pays ont également créé des ministères chargés exclusivement de l’égalité entre les sexes, a-t-elle souligné.  C’est le cas, par exemple, au Danemark.  Selon la Ministre danoise de l’égalité hommes-femmes, le fait que son Gouvernement ait mis en place un tel ministère voué à la lutte contre la discrimination des femmes constituait un signal fort.  Cette lutte doit être considérée comme une priorité, a-t-elle considéré, précisant que si les mesures doivent être appliquées au niveau de l’administration, un appui politique était tout aussi nécessaire.

Les femmes, exposées en première ligne lors des années de guerre civile en Algérie, bénéficient aujourd’hui d’une attention particulière, a souligné sa représentante.  Un ministère des affaires familiales a d’abord été créé, suivi par un ministère de la condition féminine chargé de mettre en place un programme coordonnant son action avec d’autres secteurs, comme ceux de la santé ou de l’emploi.  Des études sont également menées sur les femmes, notamment sur les violences dont elles sont victimes.  L’action gouvernementale, a-t-elle poursuivi, est coordonnée avec la Commission des droits de l’homme, organe indépendant, et profite des échanges avec une société civile très dynamique.  D’une manière générale, les réformes en matière d’égalité hommes-femmes constituent au sein de chaque État un indicateur de niveau démocratique, a estimé le représentant de la Géorgie, lequel a également énuméré les différents efforts entrepris par son pays dans ce domaine.  Le représentant de Chypre a évoqué pour sa part un grave problème de mentalités dans son pays qui, a-t-il dit, forme un obstacle majeur aux efforts visant à assurer l’égalité entre les sexes. 

L’idée selon laquelle les postes d’élus seraient faits pour les hommes est encore très répandue, comme elle peut l’être également ailleurs, a-t-il regretté.  Ainsi, à Chypre, seuls neuf sièges de parlementaires sont occupés par des femmes, soit à peine 16% de la représentation nationale.  La Commission économique pour l’Europe a, de son côté, souligné la nécessité de faire respecter les droits économiques des femmes à travers les mécanismes existants.  Sa représentante a constaté une absence de liens avec des ministères sectoriels essentiels, comme ceux des finances, du travail ou du développement, ainsi qu’un manque d’un cadre conceptuel.  Selon elle, les mécanismes nationaux ne savent pas très bien à quel stade du processus ils doivent intervenir.  De même, a-t-elle observé, les mécanismes institutionnels ne parviennent pas à dialoguer sur un pied d’égalité avec les ministères sectoriels.

Pour sa part, la représentante du Fonds des Nations Unies pour la population (FNUAP) a mis l’accent sur l’aide apportée aux mécanismes nationaux.  Le FNUAP collabore notamment avec la Commission économique d’Amérique latine pour la mise au point d’indicateurs, a-t-elle noté, précisant que dans les États arabes, beaucoup de travail avait été fait pour la stratégie, le budget et les indicateurs.  Elle a en outre jugé important que la responsabilité de la mise en œuvre de l’égalité entre les sexes soit assurée par les plus hautes autorités de chaque ministère, qui doivent être soutenues par les mécanismes nationaux, et non par ces seuls mécanismes.  La représentante de l’Union interparlementaire (UIP) a plaidé pour que les dispositifs nationaux entrent en interaction avec les parlements afin que tous les citoyens se concentrent sur les progrès et que tous les pays éliminent les barrières empêchant l’égalité des sexes et améliorent leur législation.  Du côté des organisations non gouvernementales, on a relevé que les dispositifs nationaux étaient souvent mus par une volonté politique forte, celle-ci devant être développée afin de mieux assurer la promotion des femmes.

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