DE NOMBREUX ÉTATS PLAIDENT POUR UN ECOSOC RÉNOVÉ ET RENFORCÉ, VÉRITABLE FORUM DE COOPÉRATION AU SERVICE DU DÉVELOPPEMENT DURABLE

30 juin 2005
ECOSOC/6157

DE NOMBREUX ÉTATS PLAIDENT POUR UN ECOSOC RÉNOVÉ ET RENFORCÉ, VÉRITABLE FORUM DE COOPÉRATION AU SERVICE DU DÉVELOPPEMENT DURABLE

30/06/2005
Communiqué de presseECOSOC/6157

Conseil économique et social

Session de fond de 2005

11e & 12e séances – matin & après-midi

DE NOMBREUX ÉTATS PLAIDENT POUR UN ECOSOC RÉNOVÉ ET RENFORCÉ, VÉRITABLE FORUM DE COOPÉRATION AU SERVICE DU DÉVELOPPEMENT DURABLE

Les ministres qui ont participé aujourd’hui au débat de haut niveau du Conseil économique et social (ECOSOC) ont plaidé en faveur d’un renforcement du rôle du seul organe de l’ONU mandaté pour coordonner le programme mondial de développement.  L’ECOSOC doit prendre, au sein du système des Nations Unies, une importance aussi grande que le Conseil de sécurité, a ainsi déclaré le Premier Ministre d’Haïti, Gérard Latortue.

Malgré des progrès, l’ECOSOC n’a pas entièrement répondu aux attentes très élevées placées en lui, a constaté le Secrétaire général adjoint aux affaires économiques et sociales des Nations Unies, José Antonio Ocampo.  La principale cause de cette insuffisance est liée, selon lui, à la haute décentralisation du système des Nations Unies, laquelle constitue un frein à la cohérence stratégique et opérationnelle. 

Dans son rapport intitulé « Dans une liberté plus grande », le Secrétaire général des Nations Unies, Kofi Annan, propose quelques pistes concrètes pour rendre l’ECOSOC mieux à même de renforcer la cohérence entre les divers acteurs du développement, assurer le règlement rapide des crises économiques et sociales et s’attaquer efficacement aux dimensions économiques et sociales des conflits.

Reprenant les propositions de M. Annan, M. Ocampo a énuméré quatre manières de renforcer l’efficacité de l’ECOSOC.  L’ECOSOC doit dresser un tableau complet de la mise en œuvre des objectifs de développement des Nations Unies par le biais, notamment, d’une conférence ministérielle annuelle.  Il doit ensuite s’efforcer de devenir une instance de haut niveau pour la coopération aux fins du développement qui se réunirait tous les deux ans avec la participation des chefs de secrétariat des institutions onusiennes.  Il a également proposé à l’ECOSOC de tenir des réunions visant à faire face aux menaces nouvelles qui pèsent sur le développement.  Enfin, il l’a invité à suivre les conséquences économiques et sociales des conflits en dressant les moyens d’accélérer la reconstruction.

Ces pistes sont utiles, a jugé Brigitte Girardin, Ministre déléguée à la coopération, au développement et à la francophonie de la France, notamment lorsqu’il s’agit de conforter le rôle d’analyse et de proposition du Conseil, mais aussi d’évaluation et de suivi des Objectifs du Millénaire pour le développement.

Promouvoir un dialogue et des partenariats mondiaux exige une coopération plus étroite avec les institutions de Bretton Woods et l’Organisation mondiale du commerce (OMC), ainsi qu’avec la société civile et le secteur privé, a estimé, de son côté, Tarja Halonen, Présidente de la Finlande.

Au cours de ce débat ministériel portant sur la réalisation des objectifs de développement convenus sur le plan international, y compris de ceux énoncés dans la Déclaration du Millénaire, thème du rapport du Secrétaire général*, Armand de Decker, Ministre de la coopération au développement de la Belgique, a regretté que l’ECOSOC continue de ne siéger qu’une fois par an.  Il a ainsi soutenu la création, au sein du Conseil, d’un comité de gestion restreint et permanent.  Il a estimé injustifié le fait que l’ECOSOC privilégie des thématiques très vastes et ne soit toujours pas en mesure, lorsque l’actualité et l’urgence l’exigent, de concentrer ses efforts sur des cas concrets de pays ou de situations critiques.

À l’arrivée, l’ECOSOC doit devenir un des organes les plus dynamiques du système des Nations Unies au service du développement, a souhaité le Premier Ministre haïtien.

Par ailleurs, dans le cadre d’un examen des progrès réalisés dans la mise en œuvre de la Déclaration ministérielle de 2003 du Conseil, laquelle portait sur l’importance du développement rural pour la réalisation des objectifs de développement convenus sur le plan international, l’ECOSOC a notamment entendu les interventions de responsables du Fonds international pour le développement agricole (FIDA), de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), du Programme alimentaire mondial (PAM) et du Département des affaires économiques et sociales (DESA).

En outre, une table ronde sur l’emploi pour la croissance a été l’occasion pour ses participants de mettre l’accent sur la nécessité d’une croissance qui se traduise par la création d’emplois dans l’intérêt de la dignité humaine et du progrès social.  Plusieurs intervenants, à l’instar de Jane Stewart, Directrice exécutive adjointe du Secteur de l’emploi de l’Organisation internationale du Travail (OIT), ont expliqué que si la croissance était nécessaire à la création d’emplois, celle-ci ne suffisait pas à elle seule.  Elle a ainsi souligné qu’alors que le monde connaissait une forte croissance, le chômage demeurait important et nombre de travailleurs vivaient dans la pauvreté.  Il a été suggéré, entre autres, d’identifier et d’appuyer les secteurs à forte concentration de main-d’œuvre; et aussi d’investir dans l’éducation; d’encourager l’esprit d’entreprise; enfin, d’intégrer les objectifs liés à l’emploi à tous les OMD.

Le Conseil économique et social poursuivra son débat de haut niveau, demain à 10 heures.

* Document paru sous la cote E/2005/56.

RÉALISATION DES OBJECTIFS DE DÉVELOPPEMENT CONVENUS SUR LE PLAN INTERNATIONAL, Y COMPRIS DE CEUX ÉNONCÉS DANS LA DÉCLARATION DU MILLÉNAIRE

Débat de haut niveau

Déclarations

La Présidente de la Finlande, Mme TARJA HALONEN, s’est félicitée des nombreux progrès constatés dans la réalisation des objectifs et des buts qui ont été convenus de façon commune lors des conférences et sommets des Nations Unies.  Toutefois, il reste beaucoup à faire, a-t-elle dit.  Les femmes représentent une majorité dans le monde, pas une minorité, a-t-elle insisté, affirmant que nous ne pouvons pas ignorer cette ressource.  Les droits des femmes, la prévention de la violence contre les femmes et la promotion de la parité sont d’une importance capitale pour promouvoir les droits de l’homme et le développement.  La pauvreté est trop souvent féminisée.  Introduire une dimension sexospécifique et la parité dans toutes les activités des Nations Unies constitue un objectif opportun et urgent, a souligné la Présidente. 

Mme Halonen a ajouté que nous pouvions faire de la mondialisation un outil pour réaliser les Objectifs du Millénaire pour le développement.  Mais la mise en œuvre efficace des Objectifs pour le développement contenus dans la Déclaration du Millénaire permettra aux pays en développement de participer à la mondialisation, a-t-elle poursuivi.  Selon elle, l’État-nation reste l’acteur le plus important de cette mondialisation.  Cependant, aux côtés d’une action et d’une responsabilité nationales, un multilatéralisme efficace et des règles communes sont essentiels dans les efforts visant à minimiser les inconvénients de la mondialisation, a-t-elle ajouté. 

La Présidente a rappelé que la communauté internationale avait manifesté son désir de contribuer à régler le problème de la dette des pays en développement, citant à cet égard l’annonce par les ministres des finances du G-8 d’annuler la totalité de la dette extérieure de 18 pays, une initiative, a-t-elle dit, qui constitue un pas important en ce sens.  Pour être durable, le développement d’une nation doit se faire selon ses propres mérites, a-t-elle par ailleurs estimé.  Chaque nation doit compter sur ses propres forces, et les États démocratiques forts qui respectent les droits de l’homme, bénéficient d’une bonne gouvernance et d’une justice sociale créant les bases de l’entreprise économique, a-t-elle observé.  Mme Halonen, qui a souligné la nécessité d’introduire les questions de l’environnement dans les programmes de développement nationaux, s’est également dit favorable à la création d’une agence des Nations Unies pour l’environnement.  Selon elle, le Conseil économique et social doit en outre repenser son propre rôle et se tenir prêt à une réforme.  L’ECOSOC a un rôle à jouer pour promouvoir un dialogue mondial et des partenariats mondiaux, a-t-elle précisé, notant que cela exigeait une coopération plus étroite avec les Institutions de Bretton Woods et de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), ainsi qu’avec la société civile et le secteur privé.  Elle a enfin jugé important que l’Union européenne et d’autres organisations régionales participent à la mondialisation, défendent ses réalisations et corrige ses défauts.

M. JOSÉ ANTONIO OCAMPO, Secrétaire général adjoint aux affaires économiques et sociales des Nations Unies, s’est particulièrement inquiété des inégalités observées en matière de développement à travers le monde alors que la pauvreté absolue a progressé en Afrique, le continent déjà le plus sévèrement touchés par la pandémie du VIH/sida.  Il a déclaré que le programme d l’ONU pour le développement contenait des mesures plus larges que celles couvertes par les OMD mais qui complétaient ces derniers en tenant compte des liens inhérents aux objectifs sociaux économiques et environnementaux du développement.  Avec l’approche du Sommet mondial de septembre 2005, nous avons l’occasion d’affirmer aux niveaux les plus élevés l’urgence d’atteindre les OMD et tous les objectifs de développement des Nations Unies.  Il a souhaité des mesures urgentes contre les maladies, la pauvreté et la faim assorties de mécanismes d’examen et d’évaluation.  Si la responsabilité en matière de développement incombe en premier lieu aux gouvernements, la contribution des Nations Unies peut être décisive en ce qui concerne le suivi coordonné de la mise en œuvre des Objectifs. 

Principal organe des Nations Unies chargé de la promotion d’un développement économique et social, a-t-il insisté, l’ECOSOC a explicitement mandat de coordonner les actions des organismes spécialisés et des organisations non gouvernementales.  Il s’est félicité des liens établis avec les institutions de Bretton Woods et l’Organisation mondiale du commerce (OMC).  L’ECOSOC, a-t-il fait valoir, a établi des mécanismes novateurs comme l’Équipe sur les technologies de l’information et de la communication et à lié la paix et la sécurité avec le développement par le biais de ses groupes d’experts spécifiques destinés aux pays sortant de conflit.  Estimant que l’ECOSOC, malgré ses progrès n’avait pas entièrement répondu aux attentes très élevées placées en lui, il a déclaré que le suivi et l’évaluation de la mise en œuvre des Objectifs de développement des Nations Unies semblait encore fragmentés du fait des limites d’un système décentralisé.  Il a ajouté que la principale cause de cette insuffisance était liée à la haute décentralisation du système des Nations Unies qui est un frein à la cohérence stratégique et opérationnelle. 

Il a souligné quatre manières de renforcer l’efficacité de l’ECOSOC.  Il a d’abord souhaité que l’ECOSOC dresse un tableau complet de la mise en œuvre des objectifs de développement des Nations Unies par le biais, notamment, d’une conférence ministérielle annuelle.  Ensuite, a-t-il ajouté, l’ECOSOC devrait s’efforcer de devenir une instance de haut niveau pour la coopération aux fins du développement qui se réunirait tous les deux ans avec la participation des chefs de secrétariat des institutions onusiennes.  Il a également proposé à l’ECOSOC de tenir des réunions visant à faire face aux menaces nouvelles qui pèsent sur le développement.  Enfin, il a invité l’ECOSOC à suivre les conséquences économiques et sociales des conflits en dressant les moyens d’accélérer la reconstruction.

M. DELANO FRANKLYN, Ministre d’État du Ministère des affaires étrangères de la Jamaïque, prenant la parole au nom du Groupe des 77 et de la Chine a indiqué que les pays en développement avaient placé de nombreux espoirs dans les documents finaux des diverses conférences et sommets internationaux de ces 15 dernières années.  Il a toutefois déploré que les résultats aient été bien en dessous de ces attentes, notamment en raison d’une mise en œuvre lente et inégale.  Il a plaidé pour une volonté politique renouvelée afin que l’agenda du développement s’accomplisse dans les délais fixés.  Ainsi, il a proposé de faire du développement la première priorité de la communauté internationale, ceci devant servir de fondement à un partenariat mondial ravivé pour progresser dans la réalisation des OMD d’ici à 2015.  Il a aussi souligné le besoin de mobiliser des ressources considérables pour la coopération pour le développement et de donner des engagements fermes pour l’aide publique au développement (APD), précisant qu’il fallait en améliorer les mécanismes d’exécution pour la rendre plus efficace en réduisant les coûts de transactions, en déliant l’aide financière et technique, en simplifiant les procédures et en éliminant les conditions politiques.

De plus, le Ministre a expliqué que le développement ne pouvait être facilité que dans un contexte économique favorable, permettant aux pays en développement de bénéficier des opportunités de l’économie mondiale.  Les règles doivent être équitables et justes en ce qui concerne l’accès aux marchés, le transfert de technologie et la mobilisation des investissements, a-t-il dit.  Il a aussi souhaité que les pays en développement gardent la marge de manœuvre nécessaire pour élaborer leur propre stratégie de développement correspondant à leurs spécificités.  M. Franklyn a par ailleurs relevé les récents progrès, tout spécialement, l’initiative de l’Union européenne d’accroître son APD d’ici à 2010 et celle du G-8 d’annuler la dette de plusieurs pays pauvres très endettés.  Il a noté que la réunion des ministres du commerce en décembre à Hong Kong fournirait également l’opportunité de remplir les promesses des négociations de l’OMC du Cycle de Doha en faveur du développement.  Il a plaidé pour un système commercial juste, avec un traitement préférentiel et différencié pour les pays en développement et des mécanismes soutenant le prix des produits de base et compensant leurs fluctuations de prix.  Il a estimé que les réunions internationales à venir offraient une occasion exceptionnelle afin d’accélérer l’application des décisions prises et a demandé que l’on parvienne à des progrès substantiels afin que l’on se souvienne de l’année 2005 comme de l’année du développement. 

M. JEAN-LOUIS SCHILTZ, Ministre de la coopération pour le développement et des affaires humanitaires du Luxembourg, qui s’exprimait au nom de l’Union européenne, a souligné que l’Union était fermement attachée à la mise en œuvre des résultats des conférences dans les domaines économique, social et de l’environnement, ainsi que dans ceux qui y sont liés, et en particulier à la Déclaration du Millénaire et à la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le développement.  Selon le Ministre, une approche intégrée est nécessaire pour faire en sorte que croissance économique, développement social et gestion de l’environnement soient des piliers interdépendants du développement durable qui se renforcent mutuellement.  En conséquence, l’éradication de la pauvreté, le remplacement des modes de production et de consommation non durables ainsi que la protection et la gestion de la base de ressources naturelles du développement économique et social sont à la fois des objectifs primordiaux et des conditions essentielles du développement durable.

Le Ministre s’est dit toutefois conscient que les progrès étaient trop lents et trop inégaux, et que l’Afrique, notamment, ne sera pas en mesure de réaliser un seul des Objectifs du Millénaire pour le développement pour 2015.  Des efforts considérables doivent encore être réalisés pour éradiquer la pauvreté, les systèmes de santé et d’éducation doivent être renforcés et l’égalité entre les hommes et femmes garantie dans le monde entier.  D’autres défis ont trait à l’emploi et à la nécessité de créer des emplois décents, surtout pour les jeunes, a-t-il ajouté, plaidant également pour que des mesures soient prises en faveur du caractère durable de l’environnement et des engagements de Johannesburg.

Le Ministre a par ailleurs souhaité que l’ECOSOC joue un rôle central dans le suivi et dans la mise en œuvre des résultats des grandes conférences et réunions au sommet des Nations Unies dans les domaines économique, social et de l’environnement ainsi que dans les domaines qui y sont liés, et dans la réalisation des OMD.  Selon lui, il conviendrait de renforcer le rôle de l’ECOSOC en matière de coordination opérationnelle, d’orientation concernant les ressources et les programmes des Nations Unies et de promotion du dialogue et des partenariats.  Son agenda et son programme de travail devraient être rationalisés, a-t-il dit.

S’agissant du financement du développement, le Ministre a indiqué que l’Union européenne étudiait des sources de financement innovantes en vue d’assurer des flux complémentaires stables et prévisibles, y compris la facilité de financement internationale, des taxes de solidarité internationale qui seraient appliquées au niveau national et coordonnées au plan international ainsi que des sources de contributions volontaires.

Mme SRI MULYANI INDRAWATI, Ministre de la planification nationale du développement de l’Indonésie, a souhaité que l’on ne considère par les OMD comme un point final du développement mais comme une étape de la lutte contre la pauvreté absolue.  Notant que les catastrophes naturelles avaient causé l’équivalent de 88 milliards de dollars de pertes au cours de la dernière décennie, elle a souligné l’urgence de la mise en place d’un système d’alerte rapide et le renforcement des capacités régionales et nationales à cet effet.  Tout en reconnaissant la responsabilité qui incombe à son pays dans la poursuite de la réalisation des OMD, elle a exhorté les pays développés à respecter leurs engagements en matière d’aide publique au développement (APD), sans laquelle les efforts des pays en développement resteront vains.  S’agissant de la dette elle s’est félicitée de la récente décision du Groupe des huit (G-8) d’effacer la dette des pays parmi les plus pauvres en souhaitant que cette initiative ne se limite pas aux pays pauvres très endettés.  Elle a notamment salué les initiatives d’échanges de dettes contre des actions dans le domaine du développement durable.   

Par ailleurs, elle a estimé que le commerce et l’investissement devraient être reconnus comme des moyens de réaliser les OMD.  Elle a également souhaité que la question de la coopération Sud-Sud obtienne une place importante dans le document final du Sommet de septembre dans le contexte de la promotion du multilatéralisme.  Elle a regretté le fait que beaucoup de décisions dans le domaine économique et social étaient prises en dehors des institutions des Nations Unies sans tenir compte des besoins des pays les plus démunis.  Elle a souhaité plus de cohérence entre les initiatives des différents organismes des institutions internationales en insistant sur la nécessité d’un système de commerce et de finances obéissant à des règles équitables et non discriminatoires.

M. RAFAEL CORREA, Ministre de l’économie et des finances de l’Équateur, a déclaré que la dette extérieure constituait la principale entrave à la réalisation des OMD.  Il s’est inquiété de la tendance actuelle de ramener la question de la dette extérieure à un simple problème technique.  Cette vision ne tient pas compte les dures privations que connaissent les populations des pays endettés, a-t-il déploré.  Il a demandé qu’une décision politique soit prise, lors du Sommet de septembre, pour que soit définie de façon appropriée et politique la notion de « dette soutenable ».  De plus, il a souhaité qu’on aille encore plus loin en veillant par la suite à ce que ce critère soit appliqué, par exemple par un tribunal international de la dette qui jugerait les pays endettés et déterminerait combien, comment et quand ils doivent payer. 

Le Ministre a également abordé le sujet du financement du développement, question liée à la dette.  Il a affirmé que celui-ci posait un grave problème pour les pays à revenu moyen et ceux d’Amérique latine tout particulièrement.  Citant l’exemple de son pays, il a affirmé que l’Équateur était capable de rembourser ses créanciers mais voulait faire ceci selon ses propres termes.  Il a estimé que dans la situation internationale actuelle, la lutte contre la pauvreté ne pouvait être gagnée.  Il faut oublier les modèles qui ont échoué et n’ont fait que contribuer à la pauvreté, a-t-il poursuivi, en demandant une restructuration de l’aide pour que les pays remboursent à leur rythme.  Il a notamment souhaité que l’Amérique latine puisse mettre en commun ses ressources et être son propre financier.

Enfin, M. Correa est revenu sur les compensations environnementales.  Il a expliqué qu’en tant que poumon du monde, les pays du bassin de l’Amazone devraient être compensés pour le service qu’ils rendent à toute l’humanité.  Ceci ne ferait qu’assurer une stricte justice, a-t-il insisté, en demandant également la création d’une agence internationale qui évaluerait les avoirs écologiques des pays en développement et payerait les créanciers des pays endettés pour ce service. 

Mme BRIGITTE GIRARDIN, Ministre déléguée à la coopération, au développement et à la francophonie de la France, a affirmé que le bilan à dresser aujourd’hui était contrasté.  Positif pour certaines régions, où la croissance et le développement ont permis de parvenir à une réduction réelle de la pauvreté, le bilan reste modeste, trop modeste dans beaucoup d’autres, où la survie même d’une partie de l’humanité n’est pas assurée, a-t-elle déclaré.  Selon la Ministre, la question centrale est aujourd’hui celle de la responsabilité et des moyens.  La responsabilité est d’abord celle des pays du Sud, a-t-elle précisé, notant que la responsabilité première du développement reposait sur les pays en développement eux-mêmes.  Dans le même temps, les pays développés ne peuvent fermer les yeux sur les injustices du Sud et doivent s’engager pleinement dans le partenariat international pour le développement.  La Ministre a ajouté que les pays développés avaient pris la mesure des défis et s’étaient engagés dans le partenariat pour le développement.  L’augmentation de l’aide publique au développement, les décisions qui vont être prises par le G-8 concernant l’annulation de la dette des pays les plus pauvres en sont le signe, a-t-elle dit, soulignant néanmoins qu’il restait beaucoup de chemin à parcourir.

La Ministre a également indiqué que la France entendait jouer un rôle actif dans ce partenariat solidaire.  Le pays a ainsi l’intention de lancer dès septembre un projet pilote de contribution assise sur les billets d’avion.  Elle a par ailleurs plaidé en faveur de la création d’une organisation des Nations Unies pour l’environnement, une initiative, qui devrait être réalisée par la transformation du Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE), soutenue par un nombre croissant d’États.  L’ECOSOC doit jouer tout son rôle dans le défi de l’avenir, a-t-elle en outre souligné.  Elle a ainsi jugé utiles les pistes présentées par le Secrétaire général, notamment lorsqu’il s’agit de redonner à l’ECOSOC son rôle de coordination du secteur économique et social des Nations Unies, en confortant son rôle d’analyse et de proposition, mais aussi d’évaluation et de suivi des Objectifs du Millénaire pour le développement.  Sur ces bases, a-t-elle ajouté, un ECOSOC renouvelé, répondant pleinement au mandat que lui confie la Charte, sera l’instrument de coordination, de réflexion et de concertation au service du développement durable.

M. HAMADI OULD MEIMOU, Commissaire général aux droits de l’homme, à la lutte contre la pauvreté et à l’intégration de la Mauritanie, a déclaré qu son pays avait, avec l’appui des partenaires au développement, engagé un large processus d’appropriation des OMD à travers le programme national de bonne gouvernance mis en œuvre en 2004 selon un processus participatif et itératif qui implique l’ensemble es acteurs du développement (secteurs public et privé, organisations de la société civile et organisations socioprofessionnelles).  Il a précisé que plusieurs actions menées en partenariat avec le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) et les organismes des Nations Unies avaient permis de renforcer l’appropriation des OMD par les acteurs et bénéficiaires du développement.  À cet égard, il a cité la formulation en juillet 2003 d’un plan national d’action pour l’appropriation des OMD; la sensibilisation des décideurs sur les OMD et leur intégration dans les programmes de développement; la mise en place de deux groupes parlementaires de soutien aux OMD; et enfin le renforcement des capacités des ONG grâce aux sessions de formation organisées avec l’appui du DESA.

Par ailleurs, il a souligné l’urgence de mesures spécifiques en faveur des pays les moins avancés (PMA) qui sont incapables de mobiliser les ressources nécessaires à la réalisation des OMD.  Il a ajouté que les principales contraintes auxquelles se heurtent les politiques de réduction de la pauvreté et de la réalisation des OMD restaient liées à la croissance, à la capacité d’absorption et à la base productive de l’économie ainsi qu’à plusieurs autres facteurs parmi lesquels le terrorisme, qui, par sa nature, porte atteinte à la vie des citoyens et à la sécurité des pays.  Parmi les efforts et progrès à réalisés par son pays, il a notamment souligné l’amélioration du cadre juridique et institutionnel, le renforcement des capacités institutionnelles et techniques de la société civile ou encore la mobilisation de financement nécessaire à la lutte contre la pauvreté.

M. ARMAND DE DECKER, Ministre de la coopération au développement de la Belgique, a estimé que les OMD avaient fait changer la nature même de l’aide au développement, leur caractère universel et transversal poussant les pays riches comme les pauvres à intégrer l’aide au développement à une véritable stratégie mondiale de solidarité.  Aujourd’hui, le développement est bel et bien devenu une nécessité politique impérative, a-t-il insisté.  Rappelant l’importance qu’il attachait à un ordre international reposant sur le multilatéralisme, il a souhaité un renforcement des institutions et des pratiques multilatérales.  Il a estimé qu’il importait de restituer, sans tarder, à l’ONU sa capacité d’arbitrage universel des grandes questions de notre temps, à commencer par le développement et la réduction de la pauvreté.  Il s’est réjoui de la création d’une Commission de consolidation de la paix afin de gérer plus efficacement la situation dans les pays fragilisés par les conflits.  Mais il a rappelé que le défi du développement dépassait ce cadre et nécessitait selon lui un monitoring constant à l’échelle mondiale de l’évolution économique, sociale et de développement.

Dans cette perspective, il a proposé une réforme du Conseil économique et social, telle que déjà suggérée par la Belgique et l’Allemagne en 2004, afin d’en faire un instrument efficace, en phase avec les nouveaux défis posés par la mondialisation.  Ainsi, il a indiqué, qu’alors que les problématiques de développement et de l’aide humanitaire se compliquent, elles nécessitent des actions rapides et efficaces que ne peut prendre l’ECOSOC en siégeant une fois par an.  Il s’est donc dit en faveur de la création d’un comité de gestion restreint et permanent.  De plus, il a estimé que l’ECOSOC devait concentrer ses efforts, lorsque l’actualité l’exige, sur des cas concrets de pays ou de situations critiques.  Il a aussi demandé de systématiser l’interaction entre l’ECOSOC et le Conseil de sécurité et de renforcer les relations avec les institutions de Bretton Woods et l’OMC.  Enfin, il a proposé au sein de l’ECOSOC, la création d’un organe permanent de suivi de la mise en œuvre des OMD, faisant rapport régulièrement à la communauté internationale. 

M. BRUCE BILLSON, Secrétaire parlementaire pour les affaires étrangères et le commerce de l’Australie, a affirmé que son pays était attaché à aider les pays en développement dans leurs efforts visant à réaliser les Objectifs du Millénaire pour le développement.  Une croissance à large base, qui inclut une participation des pays pauvres, est la voie pour surmonter la pauvreté, a-t-il estimé.  Selon lui, les progrès dans la poursuite des OMD s’appuient sur l’amélioration de la gouvernance et de la stabilité, les investissements humains et un engagement en faveur de la croissance du secteur privé.  Nous devons soutenir les efforts pour aboutir à une conclusion réussie des négociations de Doha et les achever au plus tard en 2006, a-t-il poursuivi.

Le représentant a également mis l’accent sur les ravages causés par l’épidémie de VIH/sida.  En 2004, 1,1 million de nouvelles infections ont été comptées en Asie, a-t-il dit.  Selon les prévisions, si l’on ne parvient pas à inverser la tendance d’ici à 2010, 40% des nouvelles infections auront lieu dans la région Asie-Pacifique.  L’intervenant s’est dit particulièrement alarmé de la progression de l’épidémie parmi les femmes et les filles.  L’Australie appelle à une solidarité forte pour combattre le VIH/sida par des actions et des ressources, a-t-il dit.  Il a par ailleurs souligné que la région abritait deux tiers des pauvres recensés dans le monde, soit 700 millions de personnes.  L’Australie travaille avec ses partenaires de la région pour relever les défis du développement, a-t-il ajouté.

Table ronde sur l’emploi pour la croissance

Dans des remarques liminaires, M. Rafael Correa, Ministre de l’économie et des finances de l’Équateur, qui présidait cette table ronde, a souhaité qu’elle soit l’occasion de mettre l’accent sur la nécessité d’une croissance qui se traduise par la création d’emplois dans l’intérêt de la dignité humaine et du progrès social.  Présentant le débat en sa qualité d’animateur, le Ministre des finances, de la planification et du développement économique de l’Ouganda, M. Ezra Suruma, a rappelé que l’emploi a été un des thèmes clefs du Sommet mondial sur le développement social tenu à Copenhague en 1995.  Il a insisté que le rôle central de l’emploi dans le développement économique et social et la lutte contre la pauvreté.  Il a noté que le projet de document final du sommet de septembre insiste sur l’objectif important de fournir un emploi productif pour tous et rester au centre des stratégies de lutte contre la pauvreté.  Comment maximiser les effets de la mondialisation sur l’emploi et la croissance tout en atténuant ses effets néfastes?

Mme Odile Quintin, Directrice générale de l’emploi, des affaires sociales et de l’égalité des chances de la Commission européenne, a présenté les efforts de la Commission de créer plus d’emplois et de meilleurs emplois.  Elle a précisé que la politique de l’emploi de l’Union européenne faisait face à trois nouvelles contraintes: la mondialisation du commerce à un rythme inconnu depuis des années; des changements démographiques dus à une baisse de la fécondité; et les changements liés aux technologies de l’information et de la communication.  Elle a souligné le défi que constituait la capacité de l’Union européenne d’utiliser son modèle social en tant que facteur positif de la promotion de l’emploi et de la croissance.  Enfin, elle a estimé que la protection des travailleurs, leur formation et leur qualification étaient liées au renforcement de la bonne gouvernance à tous les niveaux.  Elle a conclu sur la nécessité d’intégrer les objectifs liés à l’emploi à tous les OMD. 

M. JOSÉ ANTONIO OCAMPO, Secrétaire général adjoint aux affaires économiques et sociales, a expliqué que le Sommet mondial pour le développement social de 1995 avait inscrit l’emploi dans le programme de développement des Nations Unies.  Toutefois, depuis 1995, a-t-il estimé, il y a eu un manque d’actions au niveau politique pour réaliser cette vision de Copenhague qui faisait de l’emploi un élément central du développement.  Ainsi, le chômage et le sous-emploi se sont étendus et les travailleurs pauvres sont de plus en plus nombreux.  185 millions de personnes dans le monde étaient au chômage en 2004, soit 50 millions de plus qu’il y a 10 ans.  La moitié des travailleurs du monde et leur famille vivent avec moins de deux dollars par jour, a-t-il ajouté.

Pour faire face au problème de l’emploi, l’intervenant a estimé qu’il fallait non seulement des politiques sociales mais aussi des politiques  macroéconomiques adéquates.  Il a énuméré les quatre principes de la stratégie pour l’emploi des jeunes, tel que proposée par le Groupe d’experts de haut niveau: investir dans l’éducation, offrir aux femmes et aux hommes les mêmes chances, encourager l’esprit d’entreprise, et placer l’emploi au centre des politiques macroéconomiques.  Pour lui, ces principes peuvent s’appliquer au défi de créer des emplois productifs pour tous.  Enfin, il a affirmé que les politiques macroéconomiques devaient être soutenues par des politiques institutionnelles adéquates, telle la réglementation du marché du travail et que les obstacles comme le manque d’éducation et de formation, l’exclusion sociale ou le manque d’accès au financement, devaient être éliminées.

Mme Jane Stewart, Directrice exécutive adjointe du Secteur de l’emploi de l’Organisation internationale du Travail (OIT), a rappelé que la croissance était nécessaire à la création d’emplois mais ne suffisait pas à elle seule.  Pour preuve, elle a expliqué qu’alors que le monde connaît une forte croissance, le chômage est important et beaucoup de travailleurs vivent dans la pauvreté.  Soulignant le déclin de l’intensité de l’emploi, soit l’impossibilité pour l’économie formelle de générer des emplois, elle a affirmé que les pauvres du monde avaient besoin d’un travail et allaient vers l’économie informelle dans des conditions telles qu’ils sont sous-employés, mal payés et qu’ils n’ont pas de droit.  Elle a estimé que la croissance d’emplois à forte intensité devait être centrale aux politiques macroéconomiques.  Cela signifie qu’il faut déterminer des secteurs à forte concentration de main-d’œuvre et les appuyer, a-t-elle précisé.  Elle a aussi souhaité que les participants à cette table ronde s’interrogent sur la manière dont la croissance des emplois peut être favorable aux pauvres.  Elle a noté que ceux-ci vivent dans les zones rurales mais que l’agriculture était négligée par les politiques ces dernières années.  Lorsque l’on considère l’emploi, il faut regarder les champs, les villes, les pêcheries, a-t-elle lancé.  Selon elle, les politiques industrielles sont importantes mais ne peuvent suffirent si l’on veut atteindre les OMD dans les délais fixés.  Mme Stewart a conclu en indiquant que l’OIT souhaitait faire de l’emploi décent un objectif mondial car celui-ci est essentiel pour la réalisation de tous les OMD.

Répondant à une question sur les moyens d’intégrer les droits et besoins particuliers des handicapés physiques, la représentante de l’OIT a déclaré que l’Organisation se penchait sur les moyens d’aider les employeurs à engager des personnes handicapées et à les intégrer dans leur système de production.  De son côté, répondant à un commentaire de la Jamaïque au sujet de la stagnation, voire la diminution du nombre d’emplois en période de croissance, Mme Quintin a souligné la nécessité d’un éventail de mesures allant du niveau macroéconomique à l’aide à l’employeur en passant par une formation adaptée des salariés.  Elle a présenté l’éducation et la formation comme le meilleur moyen d’éviter que les stratégies ne se concentrent sur une logique de travail au plus faible coût. 

Si le représentant du Nicaragua a souhaité des pistes pour aider son pays à attirer les investissements industriels autrement qu’en avançant l’argument de faibles coûts salariaux, le Secrétaire général adjoint aux affaires économiques et sociales des Nations Unies s’est étonné que les politiques macroéconomiques aient oublié que le but de la croissance était notamment de créer des emplois.  Il a souligné l’importance de mesures fiscales ou autres incitations à la création d’emplois.  Tout en affirmant que celle-ci était tributaire de l’adaptabilité du marché de l’emploi, il a également prévenu qu’un marché du travail sans protection sociale était source de pauvreté.  Outre le chômage, c’est la qualité de l’emploi, parfois effroyable, qui pose problème, a-t-il ajouté dans ses remarques de clôture en souhaitant des efforts pour améliorer la situation des salariés dans des situations informelles,

Par ailleurs, la représentante du Centre international des établissements locaux s’est étonnée que l’on n’ait pas mentionné les liens entre le logement et l’emploi, en insistant sur les opportunités que représenterait pour l’emploi et la croissance la réalisation des objectifs liés à l’accès au logement.  En outre, la représentante du Venezuela a invité la communauté internationale à s’appuyer sur les initiatives de son pays en matière de coopératives de travail dans lesquelles les employeurs et les employés sont les mêmes personnes. 

Déclarations (séance de l’après-midi)

M. GÉRARD LATORTUE, Premier Ministre d’Haïti, a affirmé que si la barre avait été placée très haut, la lutte contre la pauvreté et la faim méritait bien une mobilisation de la communauté internationale.  Il a affirmé que le Gouvernement haïtien avait mis en place, avec le bureau du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), un programme exceptionnel d’information et de vulgarisation des Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD).  C’est une expérience unique menée en Haïti, a-t-il déclaré.  Cinq ans après le Sommet du Millénaire en 2000, il faut reconnaître que les progrès accomplis sont globalement insuffisants, a-t-il dit.  Il a néanmoins souligné qu’en Haïti des efforts avaient été réalisés en faveur de l’égalité entre les sexes.  De même, ont été enregistrés des progrès notables, au niveau de la région des Caraïbes, dans la lutte contre le VIH/sida.

S’il ne peut y avoir de développement sans sécurité, il est vrai aussi que la sécurité sans développement est illusoire, a-t-il estimé.  Selon lui, les bidonvilles et les poches de pauvreté dans les pays du tiers monde constituent une menace permanente contre la paix et la sécurité.  Il est temps que l’on se réveille un peu, a-t-il déclaré, souhaitant que l’ECOSOC prenne au sein du système des Nations Unies une importance aussi grande que le Conseil de sécurité.  Il a ainsi plaidé en faveur d’un ECOSOC rénové et renforcé.  Le Premier Ministre a, en outre, proposé plusieurs recommandations au Conseil économique et social: mettre en place un système économique international plus équitable qui privilégie des emplois plus productifs afin d’éviter l’exode rural et la formation de bidonvilles, contribuer à mettre en place des infrastructures de base pour le développement, dont l’accès à l’énergie, la construction de routes et de chemins vicinaux, promouvoir l’enseignement technique et la création d’écoles professionnelles, promouvoir la création de petites et moyennes entreprises industrielles visant prioritairement à la transformation de produits agricoles, mobiliser les bailleurs de fonds et les donateurs pour financer les programmes prioritaires établis par les gouvernements eux-mêmes, promouvoir un système commercial multilatéral, ouvert, universel, réglementé et non discriminatoire, trouver rapidement une solution définitive au problème de la dette et reconnaître le caractère intégré de toute politique réelle de développement.

Le Premier Ministre a par ailleurs exprimé sa préoccupation face à la marginalisation continue des pays les moins avancés (PMA) et à la vulnérabilité des petits États insulaires en développement.  Il a conclu son intervention en souhaitant que l’ECOSOC devienne un des organes les plus dynamiques du système des Nations Unies au service du développement. 

M. PATRICIO CIVILI, Sous-Secrétaire général du Département des affaires économiques et sociales, a déclaré que l’examen ministériel des progrès réalisés dans la mise en œuvre de la Déclaration ministérielle de 2003 du Conseil devrait s’attacher à évaluer les progrès faits pour que le développement revienne à l’avant plan de l’attention internationale et pour réduire la pauvreté rurale par le développement, composante essentielle de la réalisation des OMD.  S’agissant de l’approche intégrée préconisée par la Déclaration de 2003 du Conseil, il a noté qu’on avait vu une coopération active entre les différents secrétariats, de la FAO à la Banque mondiale parmi d’autres, et s’est demandé si la Déclaration avait donc donné une nouvelle dimension à cette coopération.  Il a demandé que cet examen s’interroge sur la capacité de ces efforts conjoints à donner un rôle central à l’agriculture dans le développement rural ainsi que sur les répercussions de l’assistance aux petits agriculteurs.  Il a aussi souhaité savoir si la Déclaration avait eu un impact sur de nouvelles initiatives, notamment celles incluant les ONG, la société civile et le secteur privé.  À cet égard, il a cité l’alliance privé-public de l’ONU pour 2003 qui a permis de galvaniser les efforts de toutes les entités de l’Organisation avec ceux de la société civile et du secteur privé.  Cette alliance fait partie des actions croissantes grâce auxquelles le secteur privé peut positivement promouvoir le secteur rural.  Enfin, il a indiqué que cette séance démontrait que l’ECOSOC s’attache à bien suivre la mise en œuvre et que ceci pourrait permettre de définir comment il pourrait jouer son rôle à l’avenir dans son travail pour la réalisation des OMD. 

M. LENNART BAGE, Président du Fonds international pour le développement agricole (FIDA), s’est inquiété du financement inadéquat du développement rural et de l’agriculture, en rappelant que le développement en général était hautement tributaire du développement agricole.  Il s’est félicité de la décision des chefs d’État africains, réunis à Maputo, d’accorder 10% du budget de l’État au développement agricole.  Il a précisé que 74% des 1,1 million de personnes qui vivent dans la pauvreté absolue, étaient en zones rurales.  Illustrant le poids de l’agriculture sur les économies des pays en développement, il a indiqué qu’il représentait 40% des exportations des pays d’Afrique sub-saharienne, 30% de leur revenu national brut et 70% des emplois.  En Asie du Sud, l’agriculture représente 27% du revenu national brut et 60% des emplois.  Le Président du FIDA a estimé que la lutte contre la pauvreté rurale était cruciale pour la réalisation des OMD visant à réduire de moitié d’ici à 2015 le nombre de personnes vivant dans la pauvreté absolue et souffrant de la faim. 

M. JAMES T. MORRIS, Directeur exécutif du Programme alimentaire mondial (PAM), a consacré une large partie de son exposé aux conséquences dévastatrices de l’épidémie de VIH/sida dans le domaine de l’agriculture, en particulier en Afrique.  Sept à huit millions de personnes qui travaillaient dans l’agriculture sont mortes du VIH/sida en Afrique, a-t-il dit.  C’est un chiffre considérable.  Il a indiqué que le PAM avait mis en place une formation destinée à apprendre aux jeunes orphelins l’agriculture.  Cet enseignement a donné d’excellents résultats, a-t-il souligné. 

Par ailleurs, le Directeur exécutif du PAM a affirmé que toutes les cinq secondes un enfant mourait dans le monde de malnutrition.  Cela continuera à l’avenir, a-t-il déclaré, et ce n’est pas acceptable.  Le PAM travaille avec la Banque mondiale, des organisations non gouvernementales et l’UNICEF pour étudier les moyens d’éliminer ce fléau, a-t-il ajouté.  Il faut que dans 10 ou 12 ans l’on puisse se retrouver pour dire que la famine chez les jeunes enfants n’existe plus, a-t-il souligné.  Selon lui, l’impact sur la production agricole sera considérable. 

M. ZINA ADRIANARIVELO-RAZAFY (Madagascar) a fait part de l’expérience de son pays concernant l’Alliance de l’ONU pour le développement et le Compte du Millénaire, deux initiatives dont il a été le premier à bénéficier.  Concernant l’Alliance, il a expliqué que les efforts en cours avaient permis de faciliter les projets du Ministère de l’agriculture et de la FAO ou encore de créer des partenariats avec la World Wildlife Federation (WWF) pour de petits prêts au niveau des villages pour la protection de l’environnement.  Il a aussi indiqué que cette initiative avait fourni une assistance dans la promotion des produits à valeur ajoutée, surtout l’artisanat, ainsi que de la riche biodiversité de Madagascar aux États-Unis.  Il a aussi précisé que, dans le secteur du microcrédit, l’Alliance avait créé des partenariats pour élargir le crédit rural, comme celui entre la Banque d’Afrique à Madagascar et l’Université Columbia, ou celui entre le CECAM, les institutions malgaches de microfinance et la Deutschebank de New York.

Concernant le Compte du Millénaire, le représentant a déclaré que ce programme visait à ce que Madagascar passe d’une économie de subsistance à une économie de marché en accroissant productivité agricole et en augmentant les investissements dans ce secteur.  Dans cette optique, le Gouvernement s’est engagé dans un processus pour assurer l’appropriation nationale, a-t-il poursuivi, en indiquant que 80% de la population du pays était rurale et vivait en dessous du seuil de la pauvreté.  Il a souligné que le programme se centrait sur l’amélioration des investissements du secteur privé par le biais de réformes politiques et égales, et ceci dans le but d’accroître la sécurité, de développer des infrastructures financières et les opportunités de marchés.  Il a affirmé que grâce à ces mesures, le Compte du Millénaire permettra de donner un fort élan au développement malgache en synergie avec la contribution d’autres donateurs et a réaffirmé la volonté de son pays de fournir une vraie croissance économique aux zones rurales. 

Mme CAROL KRAMER-LEBLANC, Compte du Millénaire, a déclaré que l’intégration de l’agriculture dans l’économie mondiale restait un défi.  Elle a rappelé que son organisation a été créée au lendemain de la Conférence de Monterrey sur le financement du développement qui s’est tenue en mars 2002.  S’appuyant sur l’expérience de son organisation, elle a déclaré que pour être efficace, l’aide devait venir consolider de bonnes politiques.  Elle a ajouté que les programmes de coopération ne réussissaient que lorsque le pays visé était comptable de ses résultats et de ses actes.  Elle a encore estimé que la croissance ne se traduira par une amélioration des conditions de vie de toute la population, que si ces produits sont bien gérés.  Nous faisons des choix par rapport à des indicateurs définis par les institutions internationales de référence, a-t-elle insisté.  Elle a notamment souligné la nécessité de respecter la bonne gouvernance et d’investir dans les capacités humaines, en mettant l’accent sur les filles et les femmes.  Il est de la responsabilité des pays de se doter de bonnes politiques, d’identifier les contraintes de leur croissance, et de définir leurs programmes et priorités.  En conclusion, elle a notamment attiré l’attention sur les objectifs de la coopération en cours entre son organisation et Madagascar, dans le domaine du développement rural. 

M. STEFANO MANSERVICI, Directeur général pour le développement de la Commission européenne, a affirmé que le développement rural était au cœur de la politique de développement de la Commission européenne.  La Commission européenne a établi un nouveau plan d’action pour les pays dont les économies sont tributaires des produits de base, a-t-il souligné.  De même, avec les États membres, a été élaborée une nouvelle politique foncière visant à assurer l’accès aux terres.  La Commission est en outre attachée à la sécurité alimentaire, a-t-il ajouté.  Le Directeur général a aussi mis l’accent sur l’importance du Cycle de Doha et la nécessité d’obtenir un résultat à l’issue des négociations de décembre 2005.  Il s’est également dit favorable à la promotion de marchés locaux intégrés, en particulier pour l’agriculture.  Il faut traduire les concepts de développement rural au plan local, a-t-il indiqué.  Le développement rural devrait par ailleurs se baser sur une prise de conscience des liens avec les villes, a-t-il estimé. 

M. ABDOUL AZIZ SOW, Ministre chargé du Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique (NEPAD), de l’intégration africaine et de la bonne gouvernance du Sénégal, a évoqué la situation de son pays où l’extrême pauvreté est un phénomène principalement rural.  Cette pauvreté en milieu rural, a-t-il ajouté, fait peser de sérieuses menaces sur la sécurité alimentaire et contribue à l’existence de pratiques dommageables à une gestion appropriée et durable des ressources naturelles.  Il a noté que le Gouvernement sénégalais avait mis en place une Stratégie de développement rural décentralisé pour impulser le développement local et lutter contre la pauvreté rurale.  Son but, a-t-il expliqué, est de faire accéder les populations rurales aux services sociaux essentiels et aux marchés.  Soulignant les progrès réalisés grâce à cette Stratégie, il a indiqué que les taux de pauvreté de ces populations restaient encore élevés et a donc estimé que la coopération était indispensable.  Il a avant tout mis en avant la coopération avec les pays africains, à travers les programmes agricoles du NEPAD, tout en saluant le soutien d’institutions comme la FAO, le PAM, le FIDA et la Banque mondiale.  Enfin, il a demandé la conjugaison des efforts pour l’avènement d’une révolution verte africaine, sans laquelle, a-t-il estimé, la Déclaration de 2003 de l’ECOSOC restera lettre morte pour des millions de ruraux africains, pauvres, analphabètes, malnutris et malades.

Débat interactif

Le débat interactif a commencé par une intervention du représentant de la République dominicaine qui a présenté les efforts déployés par son pays dans le domaine de l’agriculture qui concerne 50% des neuf millions de Dominicains.  Le défi qui consiste à assurer une production agricole de qualité et en quantité suffisante pour répondre aux besoins exponentiels des populations a été souligné par le Directeur général adjoint du Département économique et social de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO).  Pour faire face à ce défi, a-t-il conseillé, il faut donner aux agriculteurs les moyens de faire face aux transformations rapides du monde actuel, tout en respectant l’environnement. 

Le Directeur général adjoint a, en effet, noté la difficulté pour les petits agriculteurs de respecter les critères de gestion et de conditionnement des aliments imposés par des supermarchés qui contrôlent 50 à 60% du secteur du détail de l’alimentation en Amérique latine, un phénomène qui se développe également en Afrique.  Il a jugé indispensable de favoriser l’initiative et l’investissement du secteur privé et de l’associer à des politiques relatives à l’accès à l’eau et à la terre.  Il faut aussi, a-t-il prescrit, dans ce cadre, promouvoir l’accès au microcrédit et le recours à des techniques novatrices permettant d’améliorer les rendements et d’assurer la sécurité et la durabilité du développement rural.

La nécessité de faire des choix politiques difficiles pour redresser les déséquilibres, est mentionnée à juste titre dans la Déclaration ministérielle de 2003, s’est réjoui, à son tour, le représentant de la Coalition internationale pour la terre, qui a souhaité qu’en 2008, l’ECOSOC fasse un examen approfondi de sa mise en œuvre.  Il a particulièrement insisté sur l’importance qu’il y a à  redistribuer et à donner des terres aux plus démunis.  Notant que 50% des pauvres étaient totalement démunis et que 22% n’avaient aucun accès à la terre, le représentant a regretté que le projet de texte du Sommet de septembre 2005 n’insiste pas suffisamment sur l’importance du développement rural, en général, et de l’agriculture, en particulier. 

Les pauvres doivent à tout prix participer aux processus de prise de décisions, a conclu le Président du FIDA, en invoquant les expériences d’appropriation du processus de développement dans certains pays en développement.  Notant que la petite agriculture était affectée par le système commercial international, il a pointé du doigt la responsabilité des institutions concernées de rétablir l’équilibre.  Il a mis l’accent sur le caractère intégré qu’il faut imprimer aux futures initiatives en faveur du développement rural et a insisté sur la nécessité d’un appui coordonné aux services de santé, d’éducation, d’assainissement ainsi qu’à la productivité agricole.  Le petit agriculteur des zones rurales étant souvent une femme, le Président du FIDA a attiré l’attention sur l’importance de la sexospécificité pour réaliser les objectifs de développement rural.  

Suite des déclarations

M. ROGATIEN BIAOU, Ministre des affaires étrangères et de l’intégration africaine du Bénin, a rappelé que le paragraphe 15 de la Déclaration du Millénaire soulignait clairement les besoins spécifiques des pays les moins avancés.  Il convient donc d’examiner la réalisation du programme d’action en faveur de ces pays dans le contexte global des Objectifs de développement convenus sur le plan international.  À ce titre, a reconnu M. Biaou, force est de constater que des progrès significatifs n’ont pas été accomplis dans la réalisation des Objectifs du Millénaire et de l’aide publique au développement.  Nous souhaitions dans ce cadre que nos efforts soient appuyés, au niveau international, par les pays développés et par les organisations internationales, notamment celles des Nations Unies, dans un esprit de coopération et de solidarité, et par l’entremise de véritables partenariats. 

M. Biaou s’est félicité du fait que le prochain Sommet mondial qui se tiendra du 14 au 16 septembre 2005 verra de nombreuses initiatives présentées pour trouver des mécanismes novateurs en vue de promouvoir le développement.  En ce sens, le Bénin suggère qu’un mécanisme soit envisagé pour rendre comptables les parties prenantes dans la réalisation des engagements souscrits.  Ce mécanisme devrait également évaluer périodiquement les progrès accomplis dans la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le développement et relancer chacun des acteurs sur ce qui relève de ses compétences.  Par ailleurs, a encore dit M. Biaou, la présente session de l’ECOSOC devrait être l’occasion de consacrer une attention soutenue à la Convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification, un des instruments idoine pour combattre la pauvreté en milieu rural. 

M. PETER ANYANG’ NYONG’O, Ministre de la planification et du développement national du Kenya, a affirmé que si l’on pouvait mettre en doute les capacités de l’Afrique à réaliser les Objectifs du Millénaire pour le développement alors que la pauvreté atteint 46% de la population, 57% au Kenya, ce n’est pas une raison pour oublier les efforts fournis sur le continent.  Selon lui, l’Afrique a besoin, pour réaliser les OMD, d’une volonté politique de la part de ses gouvernements et de la bonne volonté de ses partenaires en développement.  Ensemble nous pouvons commencer à traiter des besoins de nos gouvernements, de notre secteur privé et de nos sociétés civiles pour atteindre ces objectifs, a-t-il déclaré.

Parmi les défis auxquels l’Afrique doit faire face, le Ministre a cité la démocratie.  Sans une bonne démocratie ouverte et responsable, il sera difficile pour l’Afrique, en particulier pour le Kenya, de développer une capacité de gestion prudente des finances publiques, a-t-il dit, précisant que la paix et la sécurité en Afrique dépendaient d’une véritable démocratie plus que de tout autre facteur.  Il est, selon lui, indispensable pour atteindre les OMD de bâtir et de faire progresser une éthique démocratique, des institutions et des valeurs.  Les gouvernements doivent renforcer les systèmes de santé, améliorer l’éducation en matière de santé, réduire la transmission du VIH/sida de la mère à l’enfant, a-t-il poursuivi.  Selon le Ministre, une prospérité durable ne peut venir que de la réduction de la faim et de la pauvreté.  Ceci, a-t-il précisé, passe par la création de richesses et d’emplois.

Le Ministre a également souligné que son gouvernement s’assurait de disposer des structures adéquates pour atteindre les OMD.  Il est nécessaire, à cet effet, d’obtenir une stabilité macroéconomique ferme, d’avoir des institutions de service public solides et démocratiques, de maintenir des ressources humaines par le biais de l’accès à l’éducation et par la santé, et de rendre l’économie du Kenya compétitive en investissant dans les infrastructures et en créant un environnement permettant à l’agriculture, à l’industrie, au commerce et aux services d’être concurrentiels au niveau régional.

Rappelant l’importance du thème étudié par l’ECOSOC lors de cette session, M. MUSTAPA MOHAMED, Ministre au Département du Premier Ministre de la Malaisie, a indiqué que les OMD constituaient un minimum à atteindre.  Il a regretté que ces objectifs n’abordent pas les questions essentielles de croissance durable, comme l’impact de la mondialisation ou la participation des pays en développement à la gouvernance mondiale.  Il a en outre déploré que l’empathie de l’humanité soit plus réelle dans sa conception que dans son exécution.  Il s’est toutefois dit encouragé par les exemples de la Chine ou de l’Inde, qui montrent que la lutte contre la pauvreté peut progresser.  Il a aussi cité le cas de son propre pays, indiquant que les OMD avaient été atteints bien avant 2015 grâce à une série de politiques sociales et économiques adéquates.  Parmi les avancées, il a énuméré entre autres le fait que son pays connaissait un taux de pauvreté de 5% aujourd’hui alors qu’en 1970, plus de la moitié des familles vivaient en dessous du seuil de pauvreté tout comme les 97% d’enfants qui terminent désormais le cycle d’enseignement primaire.  Il a estimé que la volonté politique et le renforcement des capacités nationales étaient essentiels pour atteindre ces objectifs, précisant qu’une appropriation nationale et l’adoption de politiques incluant toute la société étaient indispensables.  Concernant l’APD, il a salué l’initiative de l’Union européenne d’établir un calendrier pour aboutir à 0,7% du PNB pour l’APD d’ici à 2015 et s’est dit convaincu qu’un mécanisme de suivi du respect des engagements des pays développés en la matière donnerait un nouvel élan au financement. 

Par ailleurs, le Ministre a mis l’accent sur l’importance de la cohérence sur trois niveaux: celui des pays donateurs afin qu’ils ne reprennent pas d’une main ce qu’ils ont donné de l’autre; celui des politiques des pays en développement afin d’optimiser l’aide; et celui des institutions multilatérales, niveau auquel l’ECOSOC a un important rôle de coordination qui doit être renforcé.  Pour conclure, il a souhaité que des progrès concrets soient effectués lors du Sommet de septembre, en termes d’engagements mais aussi de mise en œuvre.  Il a exhorté ses homologues à saisir cette occasion.

M. EDGAR MAOKOLA-MAJOGO, Ministre d’État chargé de l’élimination de la pauvreté de la République-Unie de Tanzanie, a présenté les résultats mitigés de son pays dans la mise en œuvre des OMD.  Si nous avons fait des progrès dans les domaines de l’éducation primaire et de la promotion de la femme, a-t-il déclaré, nous sommes très loin de la réalisation des autres objectifs en raison de l’insuffisance de moyens nationaux et de l’aide internationale.  Illustrant la pauvreté de son pays, il a indiqué qu’en 2002, 35,7% de la population vivait en dessous du seuil de pauvreté, soit une légère amélioration par rapport au taux de 38,7% en 1992.  Quelque 18% de la population manque d’aliments et 35,7% de cette population ne peut subvenir à ses besoins les plus élémentaires.  Le Ministre a aussi mis l’accent sur l’urgence de moderniser le secteur agricole qui représente plus de 50% du produit national brut et la source de revenus de 90% de la population.  Il a présenté la création d’industries de transformation, l’avènement de politiques commerciales équitables, et le renforcement des capacités de production comme des étapes indispensables du développement agricole. 

Par ailleurs, s’il s’est félicité d’un taux de scolarisation qui est passé de 58,6% à 90% entre 2000 et 2004, il a regretté le peu de progrès réalisés dans la réduction de la mortalité des enfants de moins de cinq ans qui stagnait à 127 pour 1 000 en 2003.  Il a attiré l’attention sur l’impact du VIH/sida sur les capacités humaines, en précisant que le nombre des personnes infectées est passé de 25 173 en 1990 à 157 173 en 2002.  Enfin, il a indiqué que la première évaluation de la mise en œuvre du programme national de mise en œuvre des OMD, baptisé « Mkukuta », avait mis en évidence une grave insuffisance de ressources.  Mais il s’est dit persuadé que, grâce aux abondantes ressources, aux technologies et aux connaissances scientifiques dont dispose le monde, la Tanzanie n’atteindra pas ses objectifs.   

M. EUGENE CAMARA, Ministre de la planification de la Guinée, s’est félicité des travaux préparatoires de haut niveau du Conseil, notamment des résultats du dialogue avec les institutions de Bretton Woods, l’Organisation mondiale du commerce et la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement.  La Guinée se félicite encore de l’attention accordée aux besoins spécifiques de l’Afrique dans les différents rapports et lance un appel aux partenaires pour qu’ils prennent en compte les conclusions et recommandations pertinentes y figurant, afin de soutenir les dirigeants du continent dans la mise en œuvre des OMD.  Dans ce cadre, a poursuivi M. Camara, les mesures radicales prises par l’Union africaine, notamment dans la mise en œuvre du NEPAD pour améliorer sa performance globale et s’attaquer aux redoutables défis auxquels le continent est confronté, méritent d’être soutenues. 

M. Camara a expliqué que son gouvernement avait mis en place un dispositif de suivi et dévaluation de la stratégie nationale de réduction de la pauvreté.  Toutefois, a-t-il ajouté, les attaques rebelles de septembre 2000 contre son pays qui se sont conjuguées avec la longue et massive présence des réfugiés sur le sol national, vont contribuer au ralentissement de la croissance économique de la Guinée de 2,6% contre 4,3% en 1998.  La restauration de la paix en Sierra Leone et au Libéria, de même que la fin des attaques rebelles contre le territoire national et le lancement de la reconstruction de zones sinistrées situées dans les régions à fort potentiel agricole, devraient permettre une nouvelle dynamique de la croissance de l’économie national, et de la production rurale en particulier.  M. Camara a par ailleurs estimé que, aujourd’hui plus que jamais, le développement s’avérait être une responsabilité partagée des pays développés et en développement, une responsabilité fondée sur les pratiques de bonne gouvernance, du respect de l’état de droit, sur la transparence et la reddition réciproque des compte, a-t-il dit.  

M. EZRA SURUMA, Ministre des finances, de la planification et du développement économique de l’Ouganda, a affirmé que le revenu réel par habitant s’était accru de 3,7% depuis 1991 et que le pourcentage de la population vivant en deçà du seuil de pauvreté était passé de 56% en 1992 à 38% en 2003.  L’Ouganda a intensifié la mise en œuvre de son Plan d’action d’élimination de la pauvreté, a-t-il souligné, et ce, en augmentant les dépenses publiques dans l’agriculture, en assurant la disponibilité du microcrédit pour les agriculteurs afin qu’ils puissent accroître leur productivité.  Le succès du développement rural est essentiel pour l’Ouganda dans sa poursuite de la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le développement, a-t-il dit, ajoutant qu’il restait beaucoup à faire pour que les produits agricoles de l’Ouganda puissent arriver sur les marchés des pays aux économies les plus avancées.  Il a ainsi plaidé en faveur d’une réforme du régime commercial international.

Dans le domaine de l’éducation et de l’égalité entre les sexes, l’Ouganda a progressé de manière notoire, a-t-il assuré, précisant que le nombre des écoliers de l’enseignement primaire était passé de 2,5 millions à 7,5 millions, soit 83% des enfants âgés de 6 à 12 ans.  En matière de santé, l’Ouganda a pu réduire à 6-7% le taux d’infection du VIH/sida, soit une diminution de 30% par rapport aux années 90, a-t-il également indiqué.  S’agissant de l’eau et du secteur sanitaire, désormais 58% de la population des zones rurales a accès à l’eau potable, ce chiffre étant de 93% dans les zones urbaines.  Malgré ces efforts, beaucoup reste à faire, notamment dans le domaine des infrastructures, a souligné le Ministre.  Il s’est néanmoins déclaré optimiste après l’annonce par les ministres des finances du G-8 d’annuler la totalité de la dette extérieure de 18 pays pauvres.  

M. HELMUT K. ANGULA, Directeur général de la Commission nationale de la planification de la Namibie, a expliqué que, dans le cas de son pays, les résultats avaient été mitigés en ce qui concerne la réalisation des OMD.  Indiquant que l’éradication de la pauvreté était au cœur des stratégies et politiques nationales namibiennes, il a précisé que l’accent avait été mis sur l’éducation, élément clef pour parvenir au développement durable.  Ainsi, il a noté que des progrès avaient été faits pour que l’éducation de base soit gratuite et accessible à tous.  La scolarisation était de 87% en 2004 et la parité garçon-fille en progression.  Il a aussi souligné que la fourniture de services de santé était prioritaire pour la Namibie, deuxième pays de l’Afrique sub-saharienne en terme de dépenses dans ce secteur.  Il a rappelé que le VIH/sida constituait la cause principale de mortalité depuis 1996 et menaçait ainsi le développement durable, en mobilisant les ressources d’autres secteurs.  Bien que l’épidémie se soit stabilisée, a-t-il poursuivi, sa prévalence est toujours alarmante. 

Par ailleurs, M. Angula a fait valoir que la Namibie était un des plus jeunes et stables marchés d’Afrique et fournissait en ce sens un climat favorable en respectant les principes de démocratie, des droits humains, la transparence et la bonne gouvernance.  Il a notamment mis en lumière la Commission anticorruption établie par le Parlement en avril 2005.  Il a déploré que son pays soit classifié en tant que pays à revenu moyen, affirmant que la Namibie connaissait d’importantes disparités de revenu et que 80% de sa population ne pouvait être considérés comme citoyens à revenu moyen.  En raison de cette classification injuste, a-t-il expliqué, le niveau d’APD dont bénéficie le pays a décliné alors que la nécessité d’un soutien demeure.  Il a donc appelé la communauté internationale à poursuivre son aide pour renforcer les efforts de son gouvernement.  Enfin, soulignant les lacunes de son pays pour faire face aux défis du développement, il a exhorté les représentants à prendre des mesures concrètes, lors du Sommet de septembre, pour que les pays comme la Namibie ne soit pas laissé en arrière en ce qui concerne la mondialisation et la réalisation des objectifs de développement, y compris les OMD.

M. JAN TRUSZCZYNSKI, Secrétaire d’État au Ministère des affaires étrangères de la Pologne, a souligné la nécessité de reconnaître le caractère intégré des objectifs de développement des sommets et conférences des Nations Unies.  C’est pourquoi, il s’est dit persuadé que les OMD ne pourront être atteints sans une amélioration de la coordination et de la cohérence des efforts respectifs.  Il s’est dit convaincu de la nécessité d’accorder aux pays les moins avancés, parmi lesquels de nombreux pays africains, une attention particulière.  À ce sujet, un appui plus soutenu doit être apporté aux mécanismes régionaux d’intégration comme le NEPAD.  L’intervenant a déclaré que l’expérience montrait que l’assistance internationale portait ses fruits dans des pays qui avaient fait leur preuve en matière de bonne gouvernance, de protection des droits de l’homme et de la promotion du secteur privé.

Soulignant la contribution de son pays aux efforts de développement, il a indiqué que la Pologne avait consacré en 2004, 117 millions de dollars à l’aide publique au développement soit 0,05% de son produit national brut, un chiffre qui devrait atteindre 0,17% en 2010.  Il a souligné la nécessité d’une APD stable et prévisible et la mise en place d’un système commercial équitable dans le cadre des négociations du Cycle de Doha de l’OMC.  À cet égard, il a estimé que la réunion ministérielle de l’OMC qui se tiendra à Hong Kong en décembre 2005 représentera une opportunité unique pour ce faire.  Par ailleurs, il a déclaré que la mise en œuvre des Objectifs de développement des Nations Unies ne constitue pas seulement un grand défi moral mais également un exercice de l’efficacité du multilatéralisme.  Il a particulièrement insisté sur la nécessité de ressources suffisantes et à long terme pour soutenir les programmes sociaux notamment en matière de santé d’éducation et de protection de l’environnement, afin de garantir des niveaux de vie décents.  

M. SORAJAK KASEMSUVAN, Vice-Ministre pour le Bureau du Premier Ministre de la Thaïlande, a souligné qu’un délai pour la mise en œuvre des OMD s’était déjà écoulé.  Nous ne pouvons pas nous diviser sur la mise en œuvre des objectifs, a-t-il déclaré, espérant que la déclaration ministérielle qui sera adoptée permettra tant aux pays développés qu’aux pays en développement d’accomplir leurs engagements au cours de la prochaine décennie.  L’annonce récente par les ministres des finances du G-8 d’annuler la totalité de la dette extérieure des 18 pays les plus lourdement endettés doit être saluée, a-t-il dit, plaidant néanmoins en faveur d’une décision équivalente pour tous les pays en développement fortement chargés de dettes.  Il est également encourageant de constater une reprise de l’aide publique au développement après le déclin enregistré dans les années 90, a-t-il poursuivi.

Le Ministre s’est dit convaincu que son pays, qui a su tirer avec succès les leçons économiques de la crise financière de 1997, pouvait partager des idées et des perspectives avec d’autres pays du monde en développement.  Nous devons renforcer la base de notre économie, a-t-il expliqué, soulignant la nécessité de fournir un meilleur accès au capital en facilitant le microcrédit.  Nous avons appris à créer des économies locales qui vivent par leurs propres moyens, a-t-il fait valoir.  Le développement durable ne se limite pas à l’amélioration de la situation nationale, a-t-il ajouté, indiquant que des partenariats de développement avaient ainsi été renforcés avec plusieurs autres pays en développement.  La coopération Nord-Sud est tout aussi importante que la coopération Sud-Sud pour atteindre les objectifs du Millénaire pour le développement, a-t-il affirmé.

M. JAN WINKLER, Premier Ministre adjoint, Ministère des affaires étrangères de la République tchèque, s’associant à la déclaration de l’Union européenne, a affirmé que son gouvernement attachait une grande importance à la réalisation des objectifs développement internationalement concertés, notamment les OMD.  Il a expliqué que son pays, après une transformation économique, avait intensifié sa coopération pour le développement depuis plusieurs années, le volume de son APD envers les pays en développement ayant triplé entre 2000 et 2004.  Il a précisé que la majorité de cette aide se faisait sur une base bilatérale et que la République tchèque préférait consacrer son APD non seulement aux services et infrastructures sociaux mais aussi aux infrastructures économiques des pays en développement.  Il a insisté sur la nécessité de favoriser l’éducation et la formation pour parvenir à un développement durable et s’est dit prêt à contribuer dans ce secteur, aux niveaux national et international. 

Par ailleurs, il a souligné qu’en accord avec d’autres pays de l’Union européenne, la République tchèque accordait une grande importance au développement de l’Afrique.  Enfin, insistant sur le rôle de l’ECOSOC dans le système de développement, il a annoncé que son pays avait fait candidature pour être membre du Conseil durant la période 2006-2008.  

M. OSKARAS JUSYS, Sous-Secrétaire aux Ministère des affaires étrangères de la Lituanie, a estimé que jamais auparavant les Nations Unies avait eu une telle opportunité d’accomplir des progrès très significatifs dans les domaines de la sauvegarde de la paix et la sécurité, de la justice et des droits de l’homme, de la promotion sociale et de l’amélioration des conditions de vie.  M. Jusys a regretté toutefois que des millions de personnes continuent de souffrir de la pauvreté, du fait des tyrannies, de l’injustice et des inégalités économiques.  Les conflits menacent l’intégrité des États, a-t-il poursuivi, tandis que le développement non viable continue de causer des dommages à la nature.  Cette réalité dramatique fait du développement une cause universelle à servir urgemment.  Dans ce cadre, l’ECOSOC doit s’attaquer aux questions de développement de manière collective et efficace.

La tenue de la présente session précède le Sommet mondial de septembre prochain, ce qui constitue une excellente occasion d’examiner conjointement les moyens qui restent à mettre œuvre pour réaliser les Objectifs du Millénaire, a continué M. Jusys.  En ce sens, nous estimons que la meilleure façon de réussir cette entreprise est de privilégier une action politique collective concertée.  Les nations riches et pauvres devraient ainsi faire de la réalisation des Objectifs le but commun d’un partenariat les unissant.  C’est pourquoi, nous sommes d’avis que la coopération internationale doit être mieux définie pour soutenir notamment les efforts menés à l’échelle nationale.  Nous sommes à ce titre heureux de noter que de nombreux pays ont fait de la réduction de la pauvreté leur principal enjeu national en vue de parvenir à la réalisation des OMD.  Ces stratégies nationales devraient être plus ambitieuses et offrir un cadre de travail propice afin d’appuyer une bonne gouvernance, promouvoir les droits de l’homme, impliquer plus avant la société civile et encourager la participation du  secteur privé.  Le Sous-Secrétaire a également déclaré que la communauté internationale devait s’efforcer d’améliorer l’efficacité de l’aide au développement.  En particulier, a-t-il dit, il conviendrait d’harmoniser les procédures de contributions des donateurs bilatéraux et multilatéraux.  Nous soutenons en outre la mise en place de sources innovantes de financement de l’effort de développement.  Cependant, aucun mécanisme de financement aussi efficace soit-il ne saurait se subsister à la volonté nationale des États d’accroître dramatiquement l’assistance au développement.  La communauté internationale devrait encourager la maîtrise des ressources nationales aux fins de réduction de la pauvreté et de la faim, et ce par le développement des zones rurales et de l’agriculture. 

M. SERGE CHAPPATTE, Chef de la coopération pour le développement multilatéral du Bureau du développement et de la coopération, Ministère des affaires étrangères de la Suisse, a attiré l’attention sur deux secteurs d’intervention pratiques particulièrement cruciaux à moyen et long termes selon lui, l’éduction et la santé.  Ces deux secteurs, a-t-il rappelé, font partie des OMD mais aussi des objectifs réaffirmés dans le cadre de la plupart des conférence des années 1990.  Offrir une éducation de qualité à tous nos enfants, c’est investir dans notre avenir commun, a dit M. Chappatte.  Et cette démonstration n’est pas seulement applicable aux dimensions socioéconomiques de l’existence humaine, elle l’est aussi dans le domaine de la paix et de la sécurité, tant l’éducation offre le premier barrage contre la peur, les exclusions, l’intolérance et les extrémismes nourris par l’ignorance et les passions. 

M. Chappatte a continué en disant qu’il fallait assurer à chacun l’accès à un système de santé primaire fonctionnel et efficace, ceci impliquant l’accès aux médicaments de base, mais aussi de pouvoir disposer d’un personnel soignant, suffisant en nombre et en qualité.  La Suisse souligne dans ce cadre que l’accès universel à la santé génésique et le respect des droits qui lui sont liés est une contribution essentielle à la réalisation des OMD, mais aussi une précondition universelle au développement socioéconomique.  Pour la Suisse, a poursuivi le représentant, la nécessité absolue pour les pays en développement est de disposer de personnel compétent et d’institutions publiques fonctionnelles touchant à toutes les dimensions de l’effort de développement.  M. Chappatte a également préconisé que toutes les agences bilatérales et multilatérales de coopération internationale devaient aligner leurs approches sur les OMD et contribuer à la réalisation de l’agenda international.  Pour l’harmonisation et la simplification de l’aide.  Elles doivent aussi s’assurer de contribuer de façon optimale au renforcement des compétences et des institutions nationales de leurs partenaires. 

M. HENRI S. RAUBENHEIMER, Directeur chargé des questions du développement économique du Ministère des affaires étrangères de l’Afrique du Sud, a estimé que les discussions en cours sur la réalisation des OMD étaient empreintes de la responsabilité morale et collective qui sous-tend l’objectif visant à faire du droit au développement une réalité pour tous.  S’agissant de l’élimination de la pauvreté, de la faim et de la malnutrition, il a appuyé les propositions contenues dans le rapport du Secrétaire général « Dans une liberté plus grande », en particulier la nécessité de donner la priorité au développement rural.  Les moyens doivent être mobilisés pour mettre en marche, dès cette année en Afrique, la révolution verte.  L’Afrique est également d’avis, a-t-il poursuivi, qu’il convient de promouvoir activement l’égalité entre les sexes afin d’accélérer le développement.  Tant que la question de la féminisation de la pauvreté n’aura pas été résolue, les progrès en matière de lutte contre ce fléau ne se feront qu’à petits pas, a-t-il prévenu en suggérant que la question de l’égalité entre les sexes fasse partie intégrante des programmes et politiques de développement et que les femmes et les filles soient impliquées dans les processus pertinents de prise de décisions. 

M. Raubenheimer a par ailleurs affirmé que son pays croyait fermement que, s’agissant de la viabilité de l’environnement et de la gestion des ressources naturelles, la mise en œuvre rapide du Plan de mise en œuvre de Johannesburg était impérative.  En ce qui concerne le financement du développement, il a indiqué que l’annonce faite récemment par les ministres des finances du G-8 concernant l’annulation de la dette de 18 pays en développement, représentait une avancée considérable.  Il a toutefois exprimé le souhait que des mesures additionnelles seront trouvées en vue de faciliter et d’encourager les investissements dans les pays en développement, conformément aux accords convenus dans le cadre du Consensus de Monterrey.  M. Raubenheimer a en outre appuyé la proposition du Secrétaire général d’accorder un rôle accru à l’ECOSOC qui devrait être habilité à examiner, sur une base régulière, le suivi de la mise en œuvre des objectifs de développement. 

M. EDUARDO J. SEVILLA SOMOZA (Nicaragua) a déclaré que les Objectifs du Millénaire pour le développement ne constituaient pas un programme complet de développement, ceci étant particulièrement vrai pour les pays d’Amérique latine où il convient d’être plus ambitieux que les objectifs eux-mêmes pour atteindre le développement durable.  Le Nicaragua a établi son propre plan de développement, a–t-il souligné.  Son objectif est de partager la feuille de route avec tous par le biais de consultations avec différents groupes. 

Nous devons utiliser nos ressources avec une plus grande efficacité pour leur assurer un impact plus important sur le développement, a ajouté le représentant.  Celui-ci s’est dit préoccupé par les progrès inégaux dans la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le développement en Amérique latine et dans les Caraïbes.  Les pays qui doivent déployer le plus d’efforts se trouvent en Amérique centrale, a-t-il observé, précisant que la plupart de ces pays ne parviendront pas à réduire de moitié la pauvreté extrême d’ici à 2015.  L’ECOSOC a un rôle important à jouer dans la préparation du Sommet de haut niveau de septembre 2005, a-t-il par ailleurs affirmé, notant que son pays soutenait les propositions de réforme du Secrétaire général pour cet organe. 

Mme FEKITAMOELAOA UTOIKAMANU (Tonga) a indiqué qu’en ce qui concerne la pauvreté, son pays était peu exposé.  Cependant, a-t-elle précisé, Tonga est particulièrement vulnérable aux chocs économiques extérieurs et aux catastrophes naturelles qui menacent la viabilité des moyens de subsistance de sa population.  La représentante a en outre regretté que son pays, à la différence de ses voisins insulaires, soit en retard dans le domaine la de participation des femmes aux processus de prise de décisions, et ce aux niveaux national et local.  Ce manque de participation des femmes est dû en grande partie au poids décourageant des traditions culturelles, a-t-elle dit. 

La représentante a appuyé le Plan pacifique dont la vocation est de créer des liens de coopération renforcés entre les pays de la région en vue d’accélérer la croissance économique et le développement durable.  Poursuivant, elle a indiqué que le financement du développement aux Tonga reposait essentiellement sur l’aide publique au développement (APD).  À cet égard, elle a rappelé que le Consensus de Monterrey reconnaissait que ce type d’aide était pour les petits États insulaires en développement une source cruciale de financement des Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD).  Sur le plan de la dette, elle a appuyé l’idée exprimée par d’autres délégations selon laquelle l’accent ne devrait pas être mis uniquement sur les pays pauvres très endettés.  Elle a donc salué les efforts déployés pour résoudre les problèmes liés à la dette des pays à revenu intermédiaire.  Les Tonga, a-t-elle conclu, ont fait savoir en d’autres occasions qu’ils appuyaient le renforcement de l’ECOSOC pour que celui-ci puissent pleinement s’acquitter de ses mandats.   

Mme RENATE BLOEM, représentante de la Conférence des ONG qui ont un statut consultatif auprès des Nations Unies (CONGO), a noté que la semaine dernière, l’Assemblée générale avait tenu ses premières auditions de la société civile et s’était félicitée qu’un nombre croissant d’ONG puissent s’adresser à l’ECOSOC.  Elle a espéré que la déclaration ministérielle refléterait certaines de leurs recommandations sur la mise en œuvre des OMD.  De plus, elle a affirmé que les ONG souhaiteraient voir un rôle renforcé pour l’ECOSOC, soulignant que c’était l’organe des Nations Unies qui avait une relation consultative avec les ONG d’où sa légitimité auprès des populations.  Elle a expliqué que le récent forum des ONG du 10 mars 2005, avait abouti à des recommandations sur l’OMD 8 relatif au partenariat mondial pour le développement, demandant une élaboration claire et transparente des indicateurs, en particulier pour l’APD.

L’intervenante a aussi souligné la nécessité d’une synergie entre les acteurs du développement ainsi que de l’harmonisation des activités des donateurs.  Par ailleurs, elle a insisté sur l’importance d’adapter les OMD aux besoins des communautés locales, aux groupes socioéconomiques spécifiques et aux réalités culturelles.  Elle a demandé que les peuples autochtones soient particulièrement appuyés dans leurs initiatives pour élaborer leurs propres cadres et plans de mise en œuvre des OMD.  Enfin, elle a souligné l’importance des technologies de l’information et de la communication, espérant qu’elles soient plus souvent soulevées dans la discussion comme un outil majeur pour parvenir aux OMD.

M. MICHEL CLERC, « Droit à l’Énergie-SOS futur », qui rassemble plus de 200 associations de plus de 60 pays, a présenté les objectifs de cette fédération visant à promouvoir un accès universel à l’énergie.  Engagée depuis quatre ans dans ce domaine et pour la protection de l’environnement, elle se concentre depuis un an sur les OMD.  L’intervenant a mis l’accent sur les liens entre la pauvreté et l’insuffisance d’accès à l’énergie.  Il a noté que la réalisation de six des huit OMD dépendait directement de cet accès.  Il a estimé décisive la contribution des entreprises au secteur énergétique compte tenu de leur savoir-faire et de leur expertise.  Il faut donner aux entreprises des garanties qu’elles ne perdront pas l’argent investi dans les pays en développement, a-t-il insisté en proposant la mise en place d’un programme des Nations Unies pour l’accès universel à l’énergie qui se traduirait par la création d’une institution susceptible d’offrir aux investisseurs un cautionnement pour la mise à disposition de l’énergie, notamment l’électrification dans les pays en développement.  

M. KANDEH YUMKELLA, Directeur général nouvellement élu de l’Organisation des Nations Unies pour le développement industriel (ONUDI), a souligné la nécessité de parvenir à une transformation initiée par l’industrie.  La clef de la réduction de la pauvreté à long terme, a-t-il ajouté, est le développement d’un secteur privé dynamique.  Il a expliqué que le nombre de personnes vivant au-dessous du seuil de la pauvreté en Chine a été réduit de 250 millions à huit millions entre 1978 à 1993, succès sans précédent dans l’histoire du monde qui repose sur une démarche multisectorielle intégrée.  Il a défini comme essentiels, une augmentation des investissements pour améliorer les capacités de production et un ciblage des projets de développement social basés sur l’éducation, la santé et les infrastructures.  Il a insisté sur l’importance de la coopération régionale et tout particulièrement des opportunités de la coopération Sud-Sud.  Pour faire face à la pauvreté rurale, il a suggéré une plus grande coopération entre la FAO et l’ONUDI, dans le souci de lier les agriculteurs aux marchés.  Il est indispensable, a-t-il ajouté, de relier les économies pauvres au système commercial mondial en aidant les agriculteurs pauvres à ajouter de la valeur ajoutée à leurs produits. 

M. SERDAR YILDIRIM, Président de l’Association internationale de fraternité et d’Istanbul, a noté que cette ONG, créée en 1994 était active dans plus de 50 pays dans les domaines de l’aide humanitaire, de l’éducation ainsi que dans les secteurs social et culturel.  Il a fait part de sa participation aux efforts de secours en Indonésie suite au tsunami de décembre.  Soulignant que sa plus grande inquiétude concernait les enfants, il a expliqué que l’ONG avait pris en charge deux écoles avec 900 étudiants, dont 140 sont des orphelins.  Enfin, il a souhaité mettre à l’avant un exemple de coopération entre les Nations Unies et les ONG, indiquant que l’Organisation avait permis à cette ONG d’utiliser ses hélicoptères alors que le transport, en raison de la destruction des routes, constituait un des plus gros problèmes pour les ONG dans la fourniture de l’aide.

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