LE CONSEIL TRACE LA VOIE D'UNE COOPÉRATION RENFORCÉE ENTRE L'ONU ET LES ORGANISATIONS RÉGIONALES DANS LE MAINTIEN DE LA PAIX ET DE LA SÉCURITÉ INTERNATIONALES

17 octobre 2005
CS/8526

LE CONSEIL TRACE LA VOIE D'UNE COOPÉRATION RENFORCÉE ENTRE L'ONU ET LES ORGANISATIONS RÉGIONALES DANS LE MAINTIEN DE LA PAIX ET DE LA SÉCURITÉ INTERNATIONALES

17/10/2005
Conseil de sécurité
CS/8526
Département de l’information • Service des informations et des accréditations • New York

Conseil de sécurité

5282e séance – matin & après-midi

LE CONSEIL TRACE LA VOIE D'UNE COOPÉRATION RENFORCÉE ENTRE L'ONU ET LES ORGANISATIONS RÉGIONALES DANS LE MAINTIEN DE LA PAIX ET DE LA SÉCURITÉ INTERNATIONALES

« Jusqu'où aller sur la voie de la mise en place de principes et de procédures pour le partage des tâches entre l'Organisation des Nations Unies et les organisations régionales dans le maintien de la paix et de la sécurité internationales? ». Les représentants des 10 organisations régionales les plus importantes ont tenté, aujourd’hui, de répondre à cette question avant que les 15 membres du Conseil n'ouvrent une « piste de réflexion » sous la forme d'une résolution.  Adoptée à l'unanimité, au cours d'une réunion présidée par le Ministre des affaires étrangères de la Roumanie, Mihai-Razvan Ungureanu, et en présence du Secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, la résolution 1631 (2005) vise à matérialiser la détermination des chefs d'État et de gouvernement participant au Sommet mondial de 2005 à faire participer davantage les organisations régionales aux travaux du Conseil de sécurité.

Dans ce texte, les membres du Conseil reconnaissent le rôle que les organisations régionales peuvent jouer dans le maintien de la paix et de la sécurité internationales, en général, et dans le règlement pacifique des différends, dans la lutte contre le terrorisme ou dans celle contre le commerce illicite des armes légères, en particulier.  Conformément à l'appel du Sommet de 2005, ils invitent les organisations régionales et sous-régionales dotées de capacités de prévention des conflits et de maintien de la paix à les mettre à disposition dans le cadre du Système des forces et des moyens en attente des Nations Unies.  S'agissant des autres, les membres du Conseil prient les États et les organisations internationales compétentes de contribuer à renforcer leurs capacités pour la prévention des conflits et la gestion des crises ainsi que pour la stabilisation après les conflits.  Ils se félicitent, à cet égard, de la création par l'Union européenne de la Facilité de paix pour l'Afrique.

Se déclarant disposés à tenir des réunions régulières avec les chefs des organisations régionales et sous-régionales et recommandant une meilleure communication entre ces dernières et l'ONU, les membres du Conseil invitent le Secrétaire général à lui présenter un rapport sur les enjeux d’avenir concernant cette coopération, et l'encouragent à étudier avec les organisations régionales la possibilité de conclure des accords établissant un cadre pour la coopération entre leurs opérations de maintien de la paix et celles de l'ONU, et leur contribution à ces dernières. 

Ce matin, le Secrétaire général de l'ONU a souligné quatre points, à savoir la nécessité de renforcer les capacités des organisations régionales; celle d'exploiter les avantages comparatifs entre elles et l'ONU; l'adoption d'une démarche holistique dans le règlement des conflits; et l'importance d'une approche collective de la sécurité.  Après son allocution, tous les intervenants ont été unanimes pour déclarer que la future Commission de consolidation de la paix sera une instance à même d'assurer une participation active des organisations régionales aux efforts de l'ONU.  Leur contribution, a estimé le représentant de la France, sera une des conditions du succès de ce nouvel organe des Nations Unies et de la nouvelle vision plus ambitieuse du maintien de la paix que la future Commission incarnera. 

Dans la lettre qu'il a adressée au Secrétaire général de l’ONU, M. Kofi Annan*, le représentant de la Roumanie a expliqué que son pays a organisé le débat avec pour objectif de faire le point des activités du Conseil de sécurité, depuis le dernier débat du 20 juillet 2004, et d'assurer le suivi de la sixième réunion de haut niveau entre l'ONU et les organisations régionales et autres organisations intergouvernementales, qui a eu lieu à New York les 25 et 26 juillet 2005. 

Outre les 15 membres du Conseil, les représentants des organisations régionales suivantes ont pris la parole: Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), Organisation des États américains (OEA), Union africaine (UA), Conseil de l'Europe, Communauté des États indépendants (CEI), Union européenne (UE), Association des nations d'Asie du Sud-Est (ANASE), Organisation du Traité de l'Atlantique Nord (OTAN), Ligue des États arabes, et Processus de coopération en Europe du Sud-Est.

*     S/2005/638

COOPÉRATION ENTRE L’ORGANISATION DES NATIONS UNIES ET LES ORGANISATIONS RÉGIONALES POUR LE MAINTIEN DE LA PAIX ET DE LA SÉCURITÉ INTERNATIONALES

Déclarations

M. MIHAI-RAZVAN UNGUREANU, Ministre des affaires étrangères de la Roumanie, a cité les trois raisons pour lesquelles son pays a choisi d'organiser un débat sur le thème de la coopération entre l'ONU et les organisations régionales pour le maintien de la paix et de la sécurité internationales.  Il a d'abord cité le fait que son pays a placé la dimension régionale au centre de sa politique étrangère.  Il s'est ainsi félicité du fait que, le mois prochain, son pays assumera la présidence du Comité des ministres du Conseil de l'Europe et celle de l'Organisation pour la coopération économique dans la région de la mer Noire.  Le Ministre s'est ensuite attardé sur les dispositions du Document final du Sommet de septembre 2005 relatives au renforcement de la coopération entre l'ONU et les organisations régionales. 

En troisième lieu, le Ministre a fait part de sa conviction que la création d'un lien de complémentarité et de subsidiarité entre l'ONU et l'action régionale ne peut que générer un vivier de ressources dévoué à la paix et permettre à la communauté internationale de traiter rapidement et efficacement de toute tension, toute menace, tout conflit ouvert ou toute situation fragile.  La réflexion sur la coopération avec les organisations régionales, a-t-il poursuivi, doit viser à identifier les acteurs régionaux auxquels il faut faire appel pour une situation donnée, les solutions qu'ils peuvent apporter, et la manière dont l'ONU et les partenaires régionaux peuvent combler le vide.  À ce propos, il a estimé que le projet de résolution que le Conseil adoptera à l'issue de la réunion fournit un premier cadre qui pourrait mener à la création d'un Groupe plus large des Amis du Conseil sur la coopération avec les organisations régionales.

M. KOFI ANNAN, Secrétaire général des Nations Unies, a fait remarquer que les partenariats entre l’Organisation des Nations Unies et les organisations régionales visant à venir en aide aux pays sortant d’un conflit avait fortement évolué au cours de la dernière décennie.  Évoquant les partenariats qui ont eu lieu au Libéria, en Bosnie-Herzégovine, en Afghanistan, au Kosovo, en Haïti, en République démocratique du Congo, au Darfour et à Chypre, il a rappelé que le Conseil de sécurité avait souligné l’importance d’accroître la collaboration entre l’ONU et les organisations régionales.  Afin d’appuyer cette collaboration renforcée, les réunions de haut niveau entre le Secrétariat de l’ONU et les organisations régionales sont désormais tenues chaque année, et un Comité permanent a été mis en place afin de maintenir une direction stratégique, a-t-il signalé.  Les mécanismes de coopération entre les Nations Unies et les organisations régionales doivent être efficaces, souples et doivent se renforcer mutuellement, a-t-il expliqué, indiquant qu’il souhaitait que des progrès soient réalisés dans quatre domaines principaux.

En premier lieu, il faudrait renforcer les capacités, a-t-il estimé, expliquant qu’une activité régionale accrue dans le domaine de la paix et la sécurité internationales serait une composante importante d’une réponse internationale efficace aux conflits plus efficace.  Ceci est particulièrement vrai en Afrique, a remarqué le Secrétaire général.  Deuxièmement, il s’agit d’exploiter les forces respectives de l’ONU et des organisations régionales, a-t-il indiqué, signalant qu’elles devaient être complémentaires, et non se livrer à une compétition.  Troisièmement, le Secrétaire général a souligné la nécessité d’aborder les conflits dans leur ensemble, expliquant qu’il ne suffisait pas de se concentrer sur le maintien et la consolidation de la paix, mais également sur la prévention et le règlement des conflits.  Finalement, il faut renforcer une approche collective de la sécurité, a expliqué Kofi Annan, indiquant que le partenariat entre l’ONU et les organisations régionales devrait offrir les moyens d’honorer la responsabilité de proposer une réponse internationale aux conflits violents, plutôt que de se soustraire aux obligations découlant de la Charte des Nations Unies.  À cet égard, le Secrétaire général a salué la recommandation émanant du Sommet mondial qui invite les organisations régionales à inclure leurs capacités de maintien de la paix et de prévention des conflits dans le cadre du Système des forces et des moyens en attente des Nations Unies.

M. MARC PERRIN DE BRICHAMBAUT, Secrétaire général de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), a assuré le Conseil de la disposition de l'OSCE à donner corps à l'appel du Sommet de septembre.  L'OSCE, a-t-il affirmé, est en mesure de prêter main forte au Conseil de sécurité.  Elle dispose d'un organe de sécurité et de coopération qui est le gardien des traités de désarmement et de mesures de confiance.  L'OSCE, qui est aussi au centre des efforts de prévention des conflits, a déployé à ce jour 18 missions chargées de créer la stabilité dans la durée.  L'OSCE, a encore dit son Secrétaire général, assume de larges responsabilités que l'on peut qualifier de subsidiaires par rapport à celles du Conseil de sécurité.  L'action de l'OSCE s'inscrit dans les résolutions adoptées par le Conseil et ses textes n'excluent pas qu'elle puisse participer aux opérations de maintien de la paix.  Elle est disposée à mettre ses pratiques à la disposition du Conseil tout comme elle accueillera avec satisfaction toute orientation de celui-ci.

Le Secrétaire général de l’OSCE a appelé à la création d’un accord-cadre entre les Nations Unies et l'OSCE et à la désignation à New York d'un agent de liaison.  Il a aussi indiqué qu'entre les organisations régionales, le réseau des échanges existe et devra se renforcer pour déboucher sur une complémentarité active et sur des projets communs.  Entre organisations de continents différents, il a reconnu qu'il faut faire davantage après avoir décrit le niveau de coopération actuel.  Les 18 missions de l'OSCE, a-t-il affirmé, sont aussi un champ d'expérience que l'Organisation veut partager avec d'autres organisations régionales. 

L'OSCE, qui est une organisation fondée sur l'affirmation et le partage des valeurs, est tournée vers le débat d'idées.  Elle a été parmi les premières à affirmer que la sécurité des États et des personnes dépend d'une action holistique, au premier chef de laquelle figure la dimension humaine.  L'OSCE continue d'être un laboratoire d'idées et avance dans des domaines comme la tolérance, la lutte contre le trafic des êtres humains, la liberté des médias et la sécurité environnementale.  Ces travaux peuvent participer à deux chantiers qui mobilisent les organisations régionales, à savoir les travaux sur la consolidation de la paix et le dialogue des civilisations.  Après la réunion de juillet, a-t-il conclu, il existe désormais un cadre directif pour réfléchir ensemble et travailler en réseau et donner corps à l'appel du Sommet de septembre.  La résolution qui sera adoptée par le Conseil sera une première qui fournit un cadre pour faire des échanges actuels une véritable méthode de travail.

M. ALBERT RAMDIN, Secrétaire général adjoint de l’Organisation des États américains (OEA), s’est félicité de la démarche plus structurée qui caractérisait le renforcement de la coopération entre les Nations Unies et les organisations régionales dans les domaines de la démocratie, du développement et de la sécurité, dont la prévention des conflits.  L’OEA estime qu’une coopération plus étroite avec d’autres organisations multilatérales constitue un élément essentiel de son nouveau plan d’action visant à renforcer la gouvernance régionale dans les Amériques, a-t-il indiqué, signalant que l’OEA était activement impliquée dans des efforts de prévention des conflits, de facilitation et de médiation, notamment en Haïti, au Nicaragua, en Équateur, et en Bolivie.  La contribution principale de l’OEA dans ses relations avec l’ONU est sa capacité de prévention, a-t-il signalé.

Reconnaissant le rôle central des Nations Unies dans le maintien de la paix et de la sécurité, M. Ramdin a néanmoins estimé qu’il était encore possible de renforcer davantage l’ONU et les organisations régionales au moyen d’une collaboration plus étroite.  Il a notamment expliqué que l’ONU devait comprendre que l’OEA essayait de travailler de manière sous-régionale tant que possible, saluant le travail de la CARICOM, du MERCOSUR et de la SICA.  Ces organisations devraient s’atteler à travailler davantage avec d’autres institutions multilatérales, en tentant d’être complémentaires au travail de l’OEA et de l’ONU, a-t-il affirmé.  Il a également estimé que le Conseil de sécurité devrait envisager d’inviter les organisations régionales chaque année afin d’être informé de leurs expériences en matière de missions de consolidation de la paix et de missions postconflits, indiquant que le Comité permanent pourrait jouer un rôle à cet égard.  Il a enfin estimé que la future Commission de consolidation de la paix devrait refléter la représentation de chaque région par la participation de hauts fonctionnaires des organisations régionales et sous-régionales, et a indiqué que les Nations Unies devaient reconnaître que les organisations régionales étaient mieux placées pour jouer un rôle central dans certaines situations avant et après les conflits.

M. OMOTAYO R. OLANYAN, Secrétaire exécutif par intérim et représentant du Président de la Commission de l'Union africaine, a fait part du niveau de coopération entre l'Union africaine et l'ONU, d'une part, et avec l'Union européenne, d'autre part.  Évoquant aussi la réunion de juillet dernier, il a plaidé pour le renforcement de l'Union africaine, en particulier ses capacités institutionnelles et humaines.  Le Secrétaire exécutif a aussi jugé important de mettre en place des mécanismes de prévention des conflits qui comprennent un système d'alerte précoce.  La stabilisation régionale, a-t-il souligné, est liée à une gestion et à une résolution des conflits efficaces.  En la matière, il reste encore beaucoup à faire, a regretté le Secrétaire exécutif.  La stabilisation dépend aussi de la consolidation de la paix.  Or, ni l'Union africaine ni l'ONU n'ont de mécanismes suffisants dans ce domaine.  Le Secrétaire exécutif s'est donc félicité de la décision du Sommet mondial de créer une Commission de consolidation de la paix, en plaidant pour une participation active des organisations régionales.  Il a également jugé important d'encourager les efforts de démocratisation et de bonne gouvernance de l'Union africaine.  Soulignant l'importance du développement pour la consolidation de la paix, le Secrétaire exécutif s'est attardé sur la partie du Document final du Sommet de septembre relative au développement.  Concluant sur la nécessité d'apporter un appui politique aux dirigeants des organisations régionales, le Secrétaire exécutif a souligné, une dernière fois, que les organisations régionales pourront relever les défis qui sont les leurs s'ils peuvent compter sur une véritable coopération avec les Nations Unies.

M. WANG GUANGYA (Chine) a souligné qu’il est important de renforcer la coopération entre les Nations Unies et les organisations régionales dans le domaine du maintien de la paix et de la sécurité.  Comme les menaces auxquelles le monde est actuellement confronté ne connaissent pas de frontières, a-t-il fait remarquer, les organisations régionales doivent unir leurs efforts pour y répondre plus efficacement.  Tout en rappelant que la paix et la sécurité internationales relevaient du domaine de compétence principal du Conseil de sécurité, il a fait observer que les organisations régionales jouent désormais un rôle significatif dans ce domaine.  Le Document final du Sommet mondial avait reconnu l’importance de leur travail et d’une coopération accrue entre ces dernières et l’ONU.  Les États comme les régions reconnaissaient que le Conseil de sécurité est au cœur de la sécurité collective, et le rôle joué par les organisations régionales dans le maintien de la paix et le règlement des conflits est clairement défini dans le Chapitre VIII de la Charte des Nations Unies.

Par ailleurs, le représentant de la Chine a estimé que le Conseil de sécurité devait respecter les vues des organisations régionales dans leur travail de maintien de la paix et de règlement des conflits, mais que les organisations régionales devaient en retour tenir le Conseil de sécurité informé de leurs actions sur le terrain.  Il a jugé qu’il faudrait faire preuve de souplesse dans la collaboration entre l’ONU et les organisations régionales.  L’Afrique doit être une priorité en matière de maintien de la paix et de résolution des conflits, a-t-il affirmé, saluant notamment le travail de l’Union africaine et de la CEDEAO en la matière.  Le représentant de la Chine a également expliqué que l’Asie connaissait une multitude de mécanismes régionaux et sous-régionaux, dont l’Organisation de Shanghai constituait un acteur important.  Il a enfin indiqué que la Chine soutenait le projet de résolution présenté par la délégation roumaine.

M. ABDALLAH BAALI (Algérie) a rappelé que la coopération entre l’Organisation des Nations Unies et les organisations régionales avait gagné en densité et que les perspectives qui s’ouvraient devant elles n’avaient jamais été aussi prometteuses, mais que certaines améliorations devaient être apportées.  Il a indiqué que la coopération entre l’ONU et les organisations régionales n’était pas une option mais un élément incontournable imposé par de nouvelles réalités mondiales et que les défis nouveaux et complexes auxquels le système de sécurité collective avait à faire face exigeaient un resserrement de la coopération entre tous les acteurs, que ce soit au niveau des Nations Unies, des organisations régionales, des gouvernements ou de la société civile.  Il a précisé par ailleurs qu’il n’était pas demandé au Conseil de sécurité de déléguer une partie de ses responsabilités aux organisations régionales mais de tirer profit de leurs apports à travers une meilleure interaction fondée sur les principes de la complémentarité et de l’avantage comparé.  À cet égard, il a cité la contribution irremplaçable de l’Union africaine et des organisations régionales en Afrique dans les domaines de la médiation politique et de la prévention des conflits.

Il a ensuite évoqué l’aspect de la mobilisation des ressources au profit des organisations régionales et le renforcement de leur capacité d’action, soulignant que si l’Organisation avait accumulé un savoir-faire inestimable en matière de planification et de gestion d’opérations multidimensionnelles et complexes, il n’en demeurait pas moins que ses activités étaient entravées par le manque de ressources et l’absence de volonté politique de la part de certains États ainsi que leur opposition à la recherche de solutions novatrices.  Enfin, il a rappelé que la phase de stabilisation et de consolidation de la paix ne bénéficiait pas de l’attention qu’elle méritait et qu’il espérait que la mise en place de la Commission de consolidation de la paix aiderait à combler cette lacune.

Mme ELLEN MARGRETHE LØJ (Danemark) a déclaré que la coopération entre l’ONU et les organisations régionales devraient être développée davantage, particulièrement en Afrique et dans le domaine de la lutte contre le terrorisme.  Saluant les progrès accomplis dans le cadre de la coopération entre l’Union africaine (UA) et l’ONU, notamment au Soudan, la représentante a affirmé que le Conseil de sécurité devait chercher à apporter un meilleur soutien aux efforts africains dans le développement d’une architecture continentale de sécurité et travailler plus étroitement avec l’Union africaine (UA) et les organisations régionales afin d’améliorer leur collaboration.  Elle a également indiqué que le Danemark avait fourni 40 millions de dollars américains aux organisations régionales et sous-régionales africaines pour développer leurs capacités en matière de paix et de sécurité.

Mme Løj a ensuite estimé que plus les organisations régionales s’engageaient à condamner sans ambiguïté le terrorisme sous toutes ses formes, plus la lutte de la communauté internationale contre ce fléau sera efficace.  Ces organisations pourraient à cet égard jouer un rôle clef dans la mise en œuvre des obligations et engagements internationaux des États, y compris en les assistant pour développer leurs capacités nationales, a-t-elle conclu.

M. TERRY DAVIS, Secrétaire général du Conseil de l'Europe, s'est d'abord félicité que la Roumanie et la Hongrie aient choisi de régler leur différend concernant les minorités ethniques, en faisant appel au Conseil de l'Europe.  Donnant une vue d'ensemble des activités diversifiées de son organisation, le Secrétaire général a souligné que le travail fait avec l'ONU est loin de se limiter au Kosovo.  À son tour, il a appelé à la mise au point d'un accord-cadre avec l'Organisation des Nations Unies et à une participation active des organisations régionales à la future Commission de consolidation de la paix.  Se tournant vers le Conseil de sécurité après avoir donné le détail des différents organes du Conseil de l’Europe, il l'a encouragé à utiliser au mieux ce que ce Conseil peut lui offrir.  

M. VALERY KYRYCHENKO, Vice-Président du Comité exécutif de la Communauté des États indépendants (CEI), a estimé que la présente réunion permettrait de renforcer la coopération entre l’Organisation des Nations Unies et les organisations régionales dans le domaine du maintien de la paix et de la sécurité internationales, en particulier en matière de prévention des conflits.  Il a rappelé que la CEI avait vu le jour dans un contexte de grands changements géopolitiques, et qu’elle avait permis la délimitation des nouveaux États sur la base des frontières des anciennes républiques de l’Union soviétique, mais n’avait cependant pas pu empêcher l’émergence de certains conflits.  Ces conflits résultent notamment de l’aggravation des problèmes économiques et sociaux, de la lutte des forces politiques pour le pouvoir, du renforcement de l’opposition entre différents clans et de la montée du fondamentalisme islamiste, a-t-il expliqué, jugeant que l’analyse des causes des conflits était primordiale pour le maintien de la paix et de la sécurité internationales.

Signalant que certains conflits auxquels était confrontée la CEI –notamment au Haut-Karabakh, en Transnitrie et au Tadjikistan- étaient passés du conflit armé aux négociations politiques, M. Kyrychenko a indiqué que cette évolution avait été possible grâce à la coopération entre l’ONU et les organisations régionales.  Il est néanmoins indispensable de rechercher de nouvelles méthodes de collaboration, a-t-il expliqué, estimant que la coopération entre l’ONU et les organisations régionales devrait non seulement permettre l’échange d’informations mais également de prévenir les conflits et de consolider la paix dans les pays qui émergent d’un conflit.  Il a également souligné l’importance de créer des conditions positives afin qu’il y ait une confiance minimum entre les deux parties au conflit, et d’accorder une plus grande importance aux causes des conflits.

M. ANDREY DENISOV (Fédération de Russie) a jugé important que la coopération entre l’ONU et les organisations régionales soit établie en vertu du Chapitre VIII de la Charte des Nations Unies et respecte les principes établis par l'ONU dans le domaine du maintien de la paix et de la sécurité internationales, notamment l’intangibilité des prérogatives du Conseil de sécurité.  La coopération entre l'ONU et les partenaires régionaux est de plus en plus vaste et diversifiée, a-t-il poursuivi, en se félicitant de l'expérience positive qui en a découlé.  Il a salué l'esprit de coopération dont font preuve les représentants des organisations régionales.  Il a particulièrement salué le travail remarquable des soldats de la paix de la Communauté des États indépendants (CEI) en Géorgie.  Le représentant russe a passé en revue le travail accompli par d’autres organisations régionales avant de se déclarer convaincu que l'ONU et le Conseil doivent se concentrer une répartition précise des tâches entre eux et les organisations régionales.  En l'occurrence, il a estimé que la future Commission de consolidation de la paix doit pouvoir faciliter la participation accrue de ces organisations.  Il a aussi plaidé pour qu'elles tiennent des réunions plus régulières avec le Secrétaire général.  

M. AUGUSTINE P. MAHIGA (République-Unie de Tanzanie) a déclaré que de nombreuses organisations régionales, comme l’Union européenne (UE) au Kosovo ou l’Union africaine (UA) au Burundi et au Soudan, avaient contribué au règlement de conflits locaux, selon leur propre initiative ou à la suite d’une décision du Conseil de sécurité.  Aucun continent ne mérite de coopération plus robuste pour le maintien de la paix que l’Afrique, qui connaît des crises de dimension régionale ou internationale, a-t-il ajouté.  En tant que premier organe de l’ONU chargé de la paix et de la sécurité, le Conseil de sécurité a le pouvoir et la compétence de faire avancer cette coopération à un niveau plus élevé afin de la rendre plus efficace, a poursuivi le représentant qui a souhaité également que des réunions de haut niveau entre le Secrétariat de l’ONU et les organisations régionales se tiennent chaque année.  M. Mahiga a par ailleurs plaidé pour que les organisations régionales, qui ont l’avantage d’être physiquement proches des zones de conflit et d’en connaître les causes profondes, disposent de forces en attente et de possibilités de déploiement rapide afin de renforcer leurs capacités régionales de maintien de la paix.  Il est en outre nécessaire de promouvoir et d’institutionnaliser un partenariat politique dans la prévention, la gestion et le règlement des conflits, a–t-il estimé, prenant l’exemple de la coopération entre le Conseil de sécurité et le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine dans les crises ivoirienne et soudanaise.  Le représentant a achevé son intervention en insistant sur l’importance d’une coopération horizontale entre organisations régionales pour un partage de ressources, d’expertises et d’expériences.   

M. KENZO OSHIMA (Japon) s'est dit favorable à une augmentation substantielle des réunions d'information entre les chefs des organisations régionales et le Conseil de sécurité.  En matière de coopération entre ces premières et l'ONU, le représentant a estimé que les organisations régionales peuvent contribuer au renforcement de la capacité de déploiement rapide de l'ONU et de son Département des opérations de maintien de la paix.  Il a aussi appelé les Nations Unies à appuyer et à faciliter les capacités de ces organisations pour renforcer la durabilité de leurs opérations de maintien de la paix.  Cet appui pourrait prendre, s'est-il expliqué, la forme d'une assistance dans la planification militaire comme c'est le cas pour la Mission de l'Union africaine au Soudan.  Il pourrait aussi se concentrer sur les domaines des transports, de la logistique ou encore du génie militaire.  Le représentant a conclu en appuyant, à son tour, une participation active des organisations régionales dans la future Commission de consolidation de la paix.

M. EMYR JONES PARRY (Royaume-Uni), qui s’est exprimé au nom de l’Union européenne, a souligné l’importance du rôle croissant que les organisations régionales ont joué en matière de maintien de la paix et de la sécurité internationales au cours de ces dernières années.  La coopération entre les Nations Unies et ces organisations régionales, a-t-il insisté, est primordiale à l’heure actuelle, compte tenu de la modification de la nature des conflits.  Pour les pays déchirés par la guerre civile, la paix est difficile à obtenir et le rétablissement est long et complexe, a-t-il remarqué, plaidant dès lors pour un maintien de la paix énergique.  Il a estimé que la mise en place de plans de développement, de programmes de désarmement, démobilisation et réintégration (DDR) et de réformes institutionnelles devait s’inscrire dans un processus à long terme.

Mentionnant les nombreux partenariats entre l’ONU et les organisations régionales en matière de maintien de la paix et de résolution des conflits, notamment au Libéria, en Côte d’Ivoire, au Darfour, en Bosnie et au Kosovo, M. Jones Parry a expliqué que l’Union européenne et l’ONU collaboraient également au niveau du développement, notamment au moyen d’un partenariat stratégique en matière de fonds et programmes.  Il a jugé que les Nations Unies pouvaient grandement bénéficier de leur collaboration avec les organisations régionales, car ces dernières connaissaient mieux la situation au sein des pays et étaient donc en mesure de réagir plus rapidement.  Il a néanmoins estimé qu’il était possible de renforcer davantage cette coopération, indiquant que les Nations Unies et les organisations régionales devraient partager régulièrement leurs informations respectives en matière d’alerte précoce.  M. Jones Parry a dès lors plaidé pour un dialogue renforcé, soulignant également l’importance d’évaluer les capacités de chacun afin de tirer le meilleur parti des différentes forces en présence.  Il a par ailleurs jugé primordial d’assurer une bonne transition entre les opérations des Nations Unies et celles des organisations régionales, et vice-versa.

Expliquant que le renforcement des capacités des organisations régionales devait s’inscrire dans un processus à long terme, M. Jones Parry a salué le plan décennal établi par l’Union européenne en vue de renforcer les capacités de l’Union africaine.  Il a également estimé que l’évolution de la contribution des organisations régionales au maintien de la paix et de la sécurité internationales devrait faire l’objet d’un rapport régulier du Secrétaire général au Conseil de sécurité.  Il a enfin souligné l’importance de la coopération entre les Nations Unies et les organisations régionales dans le cadre de la lutte antiterroriste, signalant que les États devaient pour cela adopter un langage commun et des critères communs, notamment au niveau juridique.

M. HAMIDON ALI, Président du Comité de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ANASE) à New York, s’est félicité tout d’abord du succès de la première rencontre au Sommet, tenue à Bangkok le 12 février 2000, entre les dirigeants des États membres de l’ANASE et le Secrétaire général de l’ONU.  Il a souligné que cette réunion ANASE/ONU avait lancé un appel pour une meilleure coopération entre les Nations Unies et cette organisation régionale dans des domaines tels que l’échange d’informations, l’organisation de conférences et de séminaires sur la sécurité régionale grâce au soutien financier de l’ONU.  Le représentant a ensuite annoncé qu’au terme d’une seconde rencontre de haut niveau le 13 septembre 2005 en marge du Sommet mondial 2005, l’ONU avait salué la possibilité de voir l’ANASE obtenir un statut d’observateur auprès de l’Assemblée générale.  M. Ali a par ailleurs indiqué que l’ANASE continuerait à soutenir les efforts visant à rendre l’ONU plus représentative et plus efficace dans la promotion de la paix et de la prospérité, tant à un niveau régional que global.  À cet effet, l’ANASE entretient des contacts avec de nombreuses organisations internationales et régionales, comme l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), afin d’établir un échange d’expériences en matière de paix et de sécurité, a-t-il conclu.

M. MARTIN ERDMANN, Sous-Secrétaire général aux affaires politiques et à la sécurité de l'Organisation du Traité de l'Atlantique Nord (OTAN), est revenu sur le rôle que son Organisation a joué dans les Balkans, avant de souligner que Srebrenica a été un tournant pour l'Europe, un appel au réveil et un moment décisif pour l'OTAN qui a déployé sa première mission de maintien de la paix.  Depuis lors, l'OTAN est devenue une organisation qui défend la sécurité de ses membres mais qui offre aussi la stabilité bien au-delà de ses propres frontières.  En 2003, sous mandat de l'ONU, l'OTAN a établi la Force internationale d'assistance à la sécurité (FIAS) en Afghanistan, a-t-il dit pour illustrer ses propos, en citant aussi la présence de l'OTAN en Iraq et au Darfour. La semaine dernière, l'OTAN a réagi rapidement face au tremblement de terre au Pakistan, en ouvrant un pont aérien pour l'aide humanitaire, a-t-il poursuivi, avant de souligner qu'il n'y pas d'alternative réaliste à une politique d'engagement. 

La communauté internationale doit agir ensemble et pour faire face aux défis actuels, elle doit renforcer la coopération internationale car aucune nation, ni aucune organisation ne peut y répondre seule.  Il faut tirer parti de l'expertise spécifique de chaque organisation et faire preuve d'une détermination politique doublée de capacités militaires appropriées, a-t-il dit.  L'OTAN appuie ses partenaires dans la réforme du secteur de la défense pour leur permettre de faire face ensemble aux défis de la stabilité et de la sécurité tels que le terrorisme et la sécurité des frontières.  La coopération avec les organisations internationales est importante pour l'OTAN, d'autant plus importante que la gestion de la sécurité est une chose de plus en plus complexe.  Il est incontestable que l'interaction entre l'ONU et l'OTAN augmentera, a-t-il conclu en qualifiant d’instance appropriée la future Commission de consolidation de la paix.

M. RONALDO MOTA SARDENBERG (Brésil) a rappelé que la coopération entre l’ONU et les organisations régionales avait revêtu une importance capitale, en particulier en matière du maintien de la paix, de la consolidation de la paix, de la responsabilité de protéger ou encore des besoins particuliers de l’Afrique. Évoquant l’intervention de la Communauté des pays de langue lusophone (CPLP) concernant la tenue d’élections, le renforcement des institutions et la restructuration en Guinée-Bissau ou celle de l’Agence intergouvernementale de la Francophonie dans des pays francophones, il a prôné un élargissement du rôle des institutions partageant des racines culturelles communes avec les zones géographiques qui font l’objet de leurs interventions.  Il a souligné que si son pays accueillait avec intérêt une coordination et une coopération accrues entre l’Organisation des Nations Unies et les organisations régionales et sous-régionales, il fallait cependant prendre garde à ne pas grever les ressources déjà limitées de ces organisations, respecter leurs domaines de compétences respectifs, se munir de mandats précis afin d’éviter des carences ou des problèmes en matière de législation, de gestion ou de chevauchement d’activités et prendre en compte l’avis des régions intéressées.

Le représentant a également attiré l’attention sur un domaine d’activité qui gagnerait à être privilégié, à savoir celui de la prévention des conflits, où les organisations régionales, du fait de leurs connaissances spécifiques relatives aux origines des problèmes politiques, économiques, culturels ou sociaux, seraient à même d’intervenir de manière plus efficace et positive, et même pourraient juguler toute détérioration éventuelle d’une situation de crise.  Il a aussi suggéré que le Conseil de sécurité pouvait proroger les mandats des missions de maintien de la paix, afin de renforcer la coopération et les échanges d’informations avec les organisations régionales, associés à une organisation reposant sur une large assise.  Il a indiqué que la création d’une Commission de consolidation de la paix permettrait d’accroître la coordination entre les organisations régionales et les Nations Unies, par le biais de l’ECOSOC et du Conseil de sécurité.  Enfin, il a rappelé le succès des initiatives des organisations régionales en matière du trafic illégal des armes légères et de petit calibre, et a prôné leur rôle accru en conjonction avec le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés, le Bureau de la coordination des affaires humanitaires, la CNUCED, l’OMS, la FAO et bien d’autres, afin promouvoir le développement, de lutter contre la faim et la pauvreté, et de fournir des emplois productifs aux personnes déplacées et aux anciens combattants.

M. LAURO L. BAJA (Philippines) a rappelé que l’importance et l’utilité de la coopération entre l’Organisation des Nations Unies et les organisations régionales avaient déjà été soulignées à plusieurs reprises.  Tout en expliquant que les efforts de l’ONU et des organisations régionales en matière de maintien de la paix et de règlement des conflits se renforçaient mutuellement, il a néanmoins estimé que pour coopérer efficacement avec chaque organisation régionale, l’ONU se devait tout d’abord d’examiner le mandat de cette organisation.  Toute organisation régionale constitue une somme d’orientations politiques et religieuses, entre autres, et ces orientations peuvent avoir un impact sur la manière dont certains de ses membres sont en mesure de coopérer avec l’ONU, a-t-il indiqué.

Par ailleurs, M. Baja a expliqué que la recherche de modalités de coopération entre les Nations Unies et les organisations régionales devait avoir pour objectif d’optimiser les capacités des organisations concernées en fonction de leurs avantages comparatifs.  Il a à cet égard évoqué plusieurs mécanismes de coopération entre l’ANASE et les Nations Unies, indiquant notamment l’attention qu’accordait l’ANASE à l’égard de la société civile en matière de prévention des conflits.  Il a également plaidé pour un meilleur échange d’informations entre l’ONU et les différentes organisations régionales concernées en matière de maintien de la paix, suggérant la mise en place d’un processus de communication adéquat.  M. Baja a enfin souligné que les Nations Unies et les organisations régionales devraient établir une coopération étroite en matière de lutte contre le terrorisme.

M. JEAN-MARC DE LA SABLIÈRE (France) a estimé que s'agissant du domaine si difficile de la prévention des crises, une organisation régionale efficace a souvent, sans doute plus que l'ONU, les moyens de jouer un rôle d'alerte précoce.  Dans ce domaine, a-t-il poursuivi, il y a matière à développer les possibilités qu'offre l'Article 54 de la Charte de l'ONU et à renforcer la concertation entre le Conseil de sécurité et les organisations régionales.  Une traduction concrète de cet effort de prévention sera, selon le représentant, la prise en compte dans les mandats des opérations de maintien de la paix déployées par l'ONU, des instruments élaborés par ces structures régionales pour le marquage et le traçage des armes légères. 

C'est aussi, à la sortie d'une crise majeure, a-t-il ajouté, que les organisations régionales ont un rôle à jouer.  Leur contribution à la future Commission de la consolidation de la paix sera l'une des conditions du succès et de cette institution et de la nouvelle vision, plus ambitieuse, du maintien de la paix que celle-ci incarnera.  Surtout, a encore dit le représentant, les organisations régionales pourraient constituer de plus en plus l'une des options formant l'éventail des capacités de maintien de la paix dont doivent disposer les Nations Unies pour les années à venir.  Certaines, a-t-il précisé, seront des opérations classiques de l'ONU, d'autres seront des actions régionales autorisées par le Conseil.  Certaines pourraient également venir en amont d'opérations des Nations Unies.  Certaines devront permettre un déploiement important et à long terme, tandis que d'autres seront des opérations d'urgence.  Le représentant a néanmoins jugé bon de rester attentifs aux problèmes de concertation lorsque des opérations de même nature sont déployées dans un même pays.  La coordination n'est pas facile.  Il faut donc un effort de volonté tant au niveau des organisations régionales que des Nations Unies, a-t-il conclu.

M. YAHIA MAHMASSANI (Ligue des États arabes) a estimé que la sécurité régionale était une part intégrale de la paix et de la sécurité internationales, soulignant dès lors l’importance d’une coopération solide entre les Nations Unies et les organisations régionales dans ce domaine.  Faisant observer que les efforts de l’ONU et des organisations régionales en matière de maintien de la paix et de règlement des conflits étaient complémentaires, il a jugé primordial de tirer profit de leurs avantages comparatifs respectifs.  Rappelant que c’est le Chapitre VIII de la Charte des Nations Unies qui régit les mécanismes de coopération entre l’ONU et les organisations régionales, il a jugé que dans la mesure où les menaces à la paix et à la sécurité internationales comportaient désormais des composantes économiques et sociales, le Chapitre VIII devrait être revu afin d’intégrer ces nouveaux concepts.

M. Mahmassani a également estimé que le Conseil de sécurité devait maintenir des relations stables et permanentes avec les organisations régionales, et qu’il devait être attentif à leurs opinions, leur avis et leurs initiatives dans le cadre de la gestion des conflits.  Il a par ailleurs indiqué que la Ligue des États arabes avait pris de nombreuses initiatives en la manière, dont l’Initiative arabe de paix découlant du Sommet de Beyrouth.  Il a néanmoins déploré que le Conseil de sécurité n’ait pris aucune action sérieuse l’égard de cette initiative, et a rappelé qu’elle était toujours sur la table.

M. ADAMANTIOS TH. VASSILAKIS (Grèce), en sa qualité de Président du Bureau du Processus de coopération d'Europe du Sud-Est, a appuyé la convocation annuelle d'une réunion chargée de surveiller l'évolution de la sécurité internationale.  Il a souligné la nature complémentaire des organisations régionales lorsqu'il s'agit de la capacité de relever les défis en matière de sécurité.  Les organisations régionales ont des avantages comparatifs dont le moindre n'est pas leur parfaite connaissance des contextes régionaux.  Les opérations de maintien de la paix de l'ONU l'ont compris, a-t-il affirmé, en se félicitant de leur coopération renforcée avec celles des organisations régionales.  La Grèce appuie vigoureusement un multilatéralisme impliquant les organisations régionales, a-t-il insisté.  La coopération régionale doit être une priorité dans l'ordre du jour de la paix, de la sécurité et du développement.

À la suite d'une succession de crises douloureuses, a poursuivi le représentant, la région d'Europe du Sud-Est se trouve désormais à un tournant.  Les Balkans se rapprochent d'une stabilisation politique et sociale ainsi que du développement économique.  Le processus de coopération pour l'Europe du Sud-Est est un mécanisme efficace axé sur les résultats et qui cherche à contribuer à la paix et à la sécurité.  La réunion d'aujourd'hui, a conclu le représentant, donne une bonne occasion d'identifier les méthodes de coopération entre l'ONU et les organisations régionales.  Il a prôné une bonne coordination et s'est dit convaincu du caractère essentiel des conclusions concertées de la sixième réunion de haut niveau entre l'ONU et les organisations régionales.

M. ALBERTO D’ALOTTO (Argentine) a estimé que la création de la Commission de consolidation de la paix, ainsi que l’engagement des dirigeants du monde entier à renforcer l’efficacité des Nations Unies, font que la coopération avec les organisations régionales est devenue une priorité de l’Organisation.  Les organisations régionales ont l’avantage d’être proches des zones de conflit, ce qui leur permet de détecter rapidement les symptômes d’un conflit dans la région, et leur offre la possibilité d’agir rapidement afin de proposer des solutions efficaces pour empêcher que ce conflit ne s’étende.  Cette proximité constitue une condition essentielle de tout travail de prévention et d’alerte pour créer un environnement propice à la stabilité, a-t-il estimé.  C’est pourquoi, il a plaidé pour la promotion de mécanismes de consultations à la fois formels et informels, expliquant que lorsque l’ONU se penchait sur un conflit particulier, l’Organisation devrait idéalement pouvoir bénéficier de l’opinion et des conseils de l’organisation régionale compétente avant d’agir sur le terrain.

Le représentant de l’Argentine a par ailleurs estimé que l’expérience institutionnelle d’une organisation régionale et sa capacité d’exécution devraient constituer les critères qui permettraient d’établir le cadre de coopération entre toute organisation régionale et les Nations Unies.  Il a également indiqué que la  future Commission de consolidation de la paix permettra de développer un lien entre le Conseil de sécurité, les autres organes des Nations Unies et les organisations régionales, ce qui créera de nouvelles synergies lors de la phase postconflit, et permettra d’éviter les doubles emplois inutiles.  Remarquant que sécurité, paix et développement étaient indissociables, il a estimé que les connaissances spécifiques des organisations régionales en matière d’intégration et de commerce étaient extrêmement importantes afin de garantir la croissance économique d’une région et sa stabilité à long terme.

Mme ANNE PATTERSON (États-Unis) a voulu que l'on tire davantage parti de l'expertise des organisations régionales et sous-régionales dans la résolution des questions régionales.  Une approche de coopération multilatérale entre les organes pertinents de l'ONU et les organisations régionales adéquates peut créer des synergies précieuses et accroître les chances de succès des interventions, a-t-elle ajouté, avant de passer aux initiatives prises par son pays.  Elle s'est d'abord attardée sur l'Initiative mondiale pour les opérations de paix (GPOI) qui met un accent particulier sur le renforcement de la capacité des pays africains à déployer des effectifs qualifiés dans les opérations internationales.  Elle s'est dite convaincue que la coopération entre le GPOI et le Département des opérations de maintien de la paix renforcera l'interfonctionnalité entre les unités d'appui à la paix des différents pays.  La représentante a aussi expliqué les tenants et les aboutissants du programme d'assistance et de formation à l'intention des contingents africains (ACOTA) qui est la composante formation du GPOI.  Dans d'autres régions, a-t-elle conclu, une coopération accrue entre les Nations Unies et les organisations régionales peut se révéler tout aussi avantageuse.  Elle a dit la disposition de son pays à étudier soigneusement le rapport que le Conseil de sécurité a demandé au Secrétaire général.  Les États-Unis seront un participant actif dans cet effort collectif, a-t-elle promis.

M. PAULIN DJAKPO, Directeur de cabinet du Ministre des affaires étrangères et de l’intégration africaine du Bénin, a noté qu’il existe un regain d’intérêt des États pour l’intégration régionale orientée vers la promotion de la paix et de la stabilité, citant, à titre d’exemples, la constitution de l’Union africaine et la mise en place de son Conseil de paix et de sécurité.  Le partenariat entre les Nations Unies et les organisations régionales requiert la mise en place des mécanismes de concertation pour une interaction plus efficace entre le Conseil de sécurité, les organisations régionales et les États Membres en vue de faciliter une gestion judicieuse des situations susceptibles de représenter une menace pour la paix et la sécurité internationales, a-t-il expliqué.

Ce partenariat permettrait notamment au Conseil de sécurité de mieux servir sa vocation première, qui est de prévenir les ruptures de la paix et de les faire cesser le cas échéant, a-t-il indiqué, remarquant néanmoins que les organisations régionales ne peuvent remplir leurs engagements dans le cadre d’un tel partenariat sans un renforcement de leurs capacités en matière d’alerte et de réponse rapide face aux situations représentant une menace à la paix et à la sécurité internationales.  Les contraintes expérimentées dans le cadre des efforts concertés des Nations Unies et de l’Union africaine pour la stabilisation du continent africain illustrent l’ampleur des défis à relever pour optimiser le partenariat entre les Nations Unies et les organisations régionales dans le domaine de la prévention et du règlement des conflits et de la consolidation de la paix dans le monde, a-t-il signalé, indiquant que c’était dans cet esprit que le Bénin adhérait pleinement au projet de résolution élaboré par la délégation roumaine.

Texte du projet de résolution (S/2005/649)

Le Conseil de sécurité,

Rappelant le Chapitre VIII de la Charte des Nations Unies,

Réaffirmant ses précédentes résolutions pertinentes et les déclarations de son président,

Se félicitant de l’adoption du Document final du Sommet mondial de 2005 (A/RES/60/1),

Rappelant l’invitation qu’il a lancée en janvier 1993 aux organisations régionales afin qu’elles améliorent la coordination avec l’Organisation des Nations Unies, la Déclaration de décembre 1994 de l’Assemblée générale sur le renforcement de la coopération entre l’Organisation des Nations Unies et les accords ou organismes régionaux (A/RES/49/57), la séance qu’il a consacrée au thème « Le Conseil de sécurité et les organisations régionales face aux nouveaux défis à la paix et à la sécurité internationales », tenue le 11 avril 2003 sous la présidence mexicaine du Conseil, et le débat qu’il a tenu le 20 juillet 2004, sous la présidence roumaine du Conseil, sur la coopération entre l’Organisation des Nations Unies et les organisations régionales dans les processus de stabilisation,

Accueillant avec satisfaction les conclusions du Président de la sixième réunion de haut niveau entre l’Organisation des Nations Unies et les organisations régionales et autres organisations intergouvernementales, tenue les 25 et 26 juillet 2005,

Rappelant la responsabilité principale qui lui incombe en matière de maintien de la paix et de la sécurité internationales,

Soulignant que la contribution croissante qu’apportent les organisations régionales en coopération avec l’Organisation des Nations Unies peut utilement compléter l’action menée par l’Organisation en matière de maintien de la paix et de la sécurité internationales, et soulignant à cet égard que cette contribution doit s’inscrire dans le cadre du Chapitre VIII de la Charte des Nations Unies,

Conscient de la nécessité d’appuyer le renforcement des capacités et la coopération aux niveaux régional et sous-régional pour maintenir la paix et la sécurité internationales, et notant en particulier qu’il importe de renforcer les moyens des organisations régionales et sous-régionales africaines,

Reconnaissant que les chefs d’État et de gouvernement participant au Sommet mondial de 2005 sont résolus à faire participer davantage, le cas échéant, les organisations régionales aux travaux du Conseil de sécurité et à veiller à ce que les organisations régionales dotées de capacités de prévention des conflits armés ou de maintien de la paix envisagent de les mettre à disposition dans le cadre du Système de forces et moyens en attente des Nations Unies,

Accueillant avec satisfaction la décision prise dans le Document final du Sommet mondial de créer une commission de consolidation de la paix, et attendant avec intérêt sa mise en place comme un moyen important de coopération et de contact entre le Conseil de sécurité et les organisations régionales pour la consolidation de la paix et le redressement après les conflits,

1.    Se déclare résolu à prendre les mesures appropriées pour renforcer la coopération entre l’Organisation des Nations Unies et les organisations régionales et sous-régionales en vue de maintenir la paix et la sécurité internationales, conformément au Chapitre VIII de la Charte des Nations Unies, et invite les organisations régionales et sous-régionales dotées de capacités de prévention des conflits ou de maintien de la paix à les mettre à disposition dans le cadre du Système de forces et moyens en attente des Nations Unies;

2.    Prie instamment les États et les organisations internationales compétentes de contribuer à renforcer la capacité des organisations régionales et sous-régionales, en particulier des organisations régionales et sous-régionales africaines, pour la prévention des conflits et la gestion des crises ainsi que pour la stabilisation après les conflits, notamment grâce à un apport en personnel et à l’octroi d’une aide technique et financière, et se félicite à cet égard de la création, par l’Union européenne, de la Facilité de paix pour l’Afrique;

3.    Souligne combien il importe pour l’Organisation des Nations Unies de renforcer la capacité des organisations régionales et sous-régionales de déployer rapidement des forces de maintien de la paix en appui aux opérations de maintien de la paix des Nations Unies et à d’autres opérations autorisées par le Conseil de sécurité, et se félicite des initiatives pertinentes prises à cet égard;

4.    Souligne également le rôle potentiel que peuvent jouer les organisations régionales et sous-régionales dans la lutte contre le commerce illicite des armes légères et la nécessité de tenir compte dans les mandats des opérations de maintien de la paix, selon qu’il conviendra, des instruments régionaux permettant aux États d’identifier les armes légères et d’en assurer le traçage;

5.    Réaffirme la nécessité d’encourager la coopération régionale, notamment grâce à la participation des organisations régionales et sous-régionales au règlement pacifique des différends, et d’inclure, le cas échéant, des dispositions spécifiques à cet effet dans les futurs mandats des opérations de maintien de la paix et de consolidation de la paix autorisées par le Conseil de sécurité;

6.    Se félicite des efforts entrepris par ses organes subsidiaires chargés de la lutte antiterroriste en vue d’encourager la coopération avec les organisations régionales et sous-régionales, note avec satisfaction les efforts faits par un nombre croissant d’organisations régionales et sous-régionales dans la lutte contre le terrorisme, et demande instamment à toutes les organisations régionales et sous-régionales de lutter plus efficacement contre le terrorisme dans le cadre de leurs mandats respectifs, notamment en renforçant leur capacité d’aider les États Membres dans les efforts qu’ils déploient pour faire face aux menaces contre la paix et la sécurité internationales que posent les actes de terrorisme;

7.    Se déclare disposé à tenir des réunions régulières avec les chefs des organisations régionales et sous-régionales afin de renforcer l’interaction et la coopération avec ces organisations dans le domaine du maintien de la paix et de la sécurité internationales, en faisant en sorte que ces réunions coïncident, autant que possible, avec les réunions de haut niveau que l’Organisation des Nations Unies tient avec les organisations régionales et autres organisations intergouvernementales afin d’améliorer l’efficacité de la participation et d’assurer la complémentarité des ordres du jour quant aux questions de fond;

8.    Recommande une meilleure communication entre l’Organisation des Nations Unies et les organisations régionales et sous-régionales, notamment par l’intermédiaire d’attachés de liaison et la tenue de consultations à tous les niveaux pertinents;

9.    Réaffirme l’obligation faite aux organisations régionales, en vertu de l’Article 54 de la Charte, de tenir le Conseil de sécurité pleinement au courant des activités qu’elles mènent pour le maintien de la paix et de la sécurité internationales;

10.   Invite le Secrétaire général à lui présenter un rapport sur les enjeux d’avenir concernant la coopération entre l’Organisation des Nations Unies et les organisations régionales et sous-régionales en matière de maintien de la paix et de la sécurité internationales, et encourage le Secrétaire général à étudier avec les organisations régionales la possibilité de conclure des accords établissant un cadre pour la coopération entre les opérations de maintien de la paix des Nations Unies et les organisations régionales et la contribution de ces dernières à ces opérations, en tenant dûment compte des directives déjà définies pour la coopération entre l’Organisation des Nations Unies et certaines organisations régionales;

11.   Prie le Secrétaire générald’inclure, le cas échéant, dans ses rapports périodiques au Conseil de sécurité sur les opérations de maintien de la paix et de consolidation de la paix, une évaluation des progrès accomplis en matière de coopération entre l’Organisation des Nations Unies et les organisations régionales et sous-régionales;

12.   Décide de rester saisi de la question.

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À l’intention des organes d’information • Document non officiel
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