CONSEIL DE SÉCURITÉ: L’ANNÉE 2005 POURRAIT ÊTRE CELLE D’UN CHANGEMENT DÉCISIF AU SOUDAN, ESTIME LE REPRÉSENTANT SPÉCIAL DU SECRÉTAIRE GÉNÉRAL

22 Juillet 2005
CS/8456

CONSEIL DE SÉCURITÉ: L’ANNÉE 2005 POURRAIT ÊTRE CELLE D’UN CHANGEMENT DÉCISIF AU SOUDAN, ESTIME LE REPRÉSENTANT SPÉCIAL DU SECRÉTAIRE GÉNÉRAL

22/07/2005
Communiqué de presse
CS/8456


Conseil de sécurité

5231e séance – matin


CONSEIL DE SÉCURITÉ: L’ANNÉE 2005 POURRAIT ÊTRE CELLE D’UN CHANGEMENT DÉCISIF AU SOUDAN, ESTIME LE REPRÉSENTANT SPÉCIAL DU SECRÉTAIRE GÉNÉRAL


Le Représentant spécial du Secrétaire général pour le Soudan et Chef de la Mission des Nations Unies dans ce pays (MINUS) a estimé, ce matin devant le Conseil de sécurité, que l’année 2005 pourrait être celle d’un changement décisif au Soudan.  Jan Pronk s’est expliqué en signalant qu’aux succès qu’ont été la signature de l’Accord de paix global entre le Nord et le Sud, le 9 janvier dernier, et l’investiture du Gouvernement d’unité nationale, le 11 juillet, est venue s’ajouter un autre, la signature d’un accord, entre le Gouvernement et un certain nombre de parties de l’opposition regroupés dans l’Alliance nationale démocratique. 


Jan Pronk a exprimé le même espoir, en ce qui concerne la région du Darfour.  À l’issue du cinquième cycle de négociations, une Déclaration de principes a été signée à Abuja, le 5 juillet, qui jette les bases des futures négociations qui pourraient s’achever avant la fin de l’année.  En outre, des contacts avec le Gouvernement et le Front de l’est indiquent une volonté d’aller aux négociations et là encore, un accord pourrait intervenir avant la fin de l’année. 


Quant aux moyens de faire avancer les choses, le Représentant spécial a indiqué que la Mission de l’ONU, qui est en ce moment sous financée, a besoin de ressources.  Ses plans d’action actuels s’appuyaient sur un montant de ressources de presque deux milliards de dollars, a dit Jan Pronk en appelant les États Membres à augmenter leurs contributions actuelles et à honorer les engagements qu’ils avaient pris en ce domaine.


RAPPORT DU SECRÉTAIRE GÉNÉRAL SUR LE SOUDAN


Exposé


Dans son intervention, le Représentant spécial du Secrétaire général, M. JAN PRONK, a énuméré les signes d’espoir en précisant qu’en avril dernier, la délégation du Mouvement populaire de libération du Soudan (SPLM), qui est venue à Khartoum, a été accueillie chaleureusement.  Une nouvelle constitution a été rédigée et approuvée à Khartoum aussi bien qu’à Rumbek.  En juillet, John Garang est venu lui-même à Khartoum où il a été accueilli par une foule en liesse.  Un jour plus tard, le Gouvernement d’unité nationale a été institué.  Les déclarations faites à cette occasion étaient dirigées vers l’avenir à savoir la paix et la démocratie. 


Naturellement, a néanmoins reconnu le Représentant spécial, l’Accord de paix issu du processus de Naivasha n’était pas vraiment global.  Il traite d’un seul conflit et les négociations qui l’ont précédé ont laissé de côté certaines parties.  Mais, l’Accord visait à signaler le début d’une paix globale dans l’ensemble du Soudan.  En conséquence, au Caire, un accord a été réalisé entre le Gouvernement et l’Alliance démocratique nationale.  Partant, des leaders de l’opposition qui étaient en exil sont désormais retournés à Khartoum alors que d’autres ont été libérés.  L’état d’urgence a été levé à l’exception des régions du Darfour et de l’est.  La censure n’est plus de mise et pour la première fois, les journaux n’ont plus à soumettre leurs articles aux renseignements militaires avant publication. 


Concernant le Darfour, le Gouvernement, l’Armée/Mouvement de libération du Soudan (SLM/A) et le Mouvement pour la justice et l’égalité (JEM), parvenus au cinquième cycle de négociations, discutent avec sérieux et font preuve de souplesse.  Le leadership de l’Union africaine, a été solide et efficace et sur le terrain, les commandants du SLA commencent à manifester un regain de confiance dans le processus de paix.  D’autres mesures d’établissement de la confiance seront nécessaires, a prévenu le Représentant spécial en jugeant néanmoins que « la lumière est au bout du tunnel ».  Concernant l’est, les parties ont fait quelques pas vers une meilleure gestion du conflit et paraissent disposées à y faire face par la négociation.  Les choses semblent donc prouver que le processus de paix au Darfour et ailleurs au Soudan passe par le processus Naivasha. 


Cela signifie, a précisé Jan Pronk, que le Gouvernement, le SPLM et les autres parties dont la communauté internationale, doivent faire tout leur possible pour mettre en œuvre l’Accord global.  Elles doivent donc accélérer la création des mécanismes prévus par l’Accord global, tels que le Comité politique du cessez-le-feu et la Commission d’évaluation.  En effet, sur le terrain, la paix peut encore être menacée par l’Armée de résistance du Seigneur, les autres groupes armés et certaines tribus.  Un premier défi vient des conclusions de la Commission de la frontière à Abyei, a estimé le Représentant spécial en appelant au respect de l’arbitrage de la Commission et au dialogue sur la manière de mettre en œuvre les conclusions.


La Mission de l’ONU fait également face à des défis de taille.  Son déploiement se heurte encore aux obstacles posés par le manque d’infrastructures dans le Sud du Soudan et aux pluies abondantes qui tombent en ce moment sur la région.  Néanmoins, le Représentant spécial a espéré que le déploiement des effectifs pourra s’achever au mois d’octobre prochain.  Entre-temps, a-t-il dit,


nous faisons de notre mieux en menant des missions de bons offices pour orienter le processus vers une prudente gestion du conflit.  Nous avons à cet égard décidé de donner la priorité au retour volontaire des personnes déplacées et des réfugiés dans leurs lieux d’origine au début de la prochaine saison sèche.  Nous espérons que 600 000 d’entre eux pourront revenir, a précisé Jan Pronk en indiquant que la Mission mettrait en place des postes de soutien humanitaire, en vue de fournir aux réfugiés un minimum d’assistance. 


Redonner espoir aux millions de Soudanais qui ont souffert depuis plusieurs décennies dans le Sud du pays incombe à la fois aux dirigeants politiques soudanais et à la communauté internationale, a estimé Jan Pronk.  Mais pouvons-nous créer le même genre de dynamique au Darfour? s’est-il interrogé.  Le cessez-le-feu qui y a été décrété semble respecté par les parties au conflit, et les forces de l’Union africaine y font un travail que nous devons féliciter, a-t-il poursuivi en indiquant que la force panafricaine agissait de manière très professionnelle et dévouée.  Bien que le nombre de victimes au Darfour reste élevé, il a cependant beaucoup diminué par rapport à la même période il y a un an, avant que le Conseil de sécurité n’adopte sa résolution sur le Darfour.  Cependant, la situation demeure délicate, a averti le Représentant spécial.  Les actes de banditisme sont en hausse et les milices du Darfour n’ont pas encore désarmé, ce qui pose une menace à la fragile stabilité actuelle.  Après avoir déploré la poursuite de certains crimes, comme les viols de femmes et de fillettes, l’intervenant a indiqué que le Gouvernement du Soudan venait de créer un tribunal chargé de juger les crimes contre l’humanité.  Mais peu de cas ont été à ce jour soumis à cette instance, et il semble que ces cas ne concernent que des lampistes, les officiers qui donnent les ordres, et sont donc les principaux responsables de certains crimes restant encore intouchables.


La situation générale, au Soudan et au Darfour, reste fragile, a répété le Représentant spécial.  La pauvreté y est très grande, et elle est généralement plus grave que dans le reste des autres pays africains.  Le combat à mener en la matière devra être appuyé non seulement par le Gouvernement soudanais, mais aussi par le reste de la communauté internationale, a estimé Jan Pronk.  À son avis, la stratégie adoptée à ce jour par la communauté internationale, qui s’appuie sur des programmes de nature politique, humanitaire et militaire, semble être la bonne, et n’a pas besoin d’être radicalement modifiée.  Mais, elle a besoin d’être renforcée, et il faudrait y ajouter une stratégie économique, a-t-il recommandé. 


Il y a quelque temps, le jour de l’entrée en fonctions du Gouvernement d’unité nationale, le Président Al-Bashir a déclaré que le Soudan commençait une nouvelle ère se caractérisant par plus de liberté, de démocratie, et de dialogue.  Il a promis aux Soudanais que le Gouvernement s’efforcerait de réparer toutes les injustices et de mettre fin aux tensions et aux hostilités en respectant désormais les  règles d’un État de droit.  Les populations du Soudan, quel que soit le lieu où elles vivent, attendent que ces promesses deviennent des réalités, tandis que tous ceux qui, de Nairobi à New York, en passant par Addis-Abeba et Abuja, ont soutenu et facilité les initiatives de retour à la paix dans les différents conflits soudanais, resteront eux aussi attentifs à ces promesses.  L’entrée de John Garang au Gouvernement, comme premier Vice-Président a été accueillie dans la liesse par la très grande majorité des Soudanais.  Nous espérons qu’après celle des habitants du Sud, la voix des populations du Darfour sera elle aussi entendue et que la mission dans laquelle la communauté internationale s’est engagée il y a un an sera menée à bon terme, a déclaré M. Pronk.


Les derniers rapports du Secrétaire général sur le Soudan et le Darfour ont été respectivement publiés sous les cotes S/2005/411 et S/2005/467.


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