TOUT EN SE FÉLICITANT DES PROGRÈS ACCOMPLIS POUR LUTTER CONTRE LE VIH DANS LES ZONES DE MAINTIEN DE LA PAIX, LE CONSEIL DE SÉCURITÉ DEMANDE PLUS D’EFFORTS

18 Juillet 2005
CS/8450

TOUT EN SE FÉLICITANT DES PROGRÈS ACCOMPLIS POUR LUTTER CONTRE LE VIH DANS LES ZONES DE MAINTIEN DE LA PAIX, LE CONSEIL DE SÉCURITÉ DEMANDE PLUS D’EFFORTS

18/07/2005
Communiqué de presseCS/8450

Conseil de sécurité

5228e séance – matin

TOUT EN SE FÉLICITANT DES PROGRÈS ACCOMPLIS POUR LUTTER CONTRE LE VIH DANS LES ZONES DE MAINTIEN DE LA PAIX, LE CONSEIL DE SÉCURITÉ DEMANDE PLUS D’EFFORTS

« Le Conseil de sécurité se félicite que le Département des opérations de maintien de la paix collabore avec ONUSIDA et ses coparrains afin de sensibiliser le personnel civil et en uniforme chargé du maintien de la paix au VIH/sida », a déclaré ce matin le Président du Conseil, M. Adamantios Vassilakis de la Grèce, à l’issue de la réunion sur le thème « responsabilité du Conseil de sécurité dans le domaine du maintien de la paix et de la sécurité internationales: le VIH/sida et les opérations de maintien de la paix ».

Dans la déclaration présidentielle, lue au nom de tous les membres du Conseil, M. Vassilakis a indiqué que le Conseil de sécurité considère que les hommes et les femmes en uniforme sont des éléments essentiels de la lutte contre le VIH/sida.  Le Conseil encourage donc les États Membres, lorsqu’ils préparent leurs personnels pour participer aux opérations de maintien de la paix, à recourir aux meilleures pratiques en matière d’information, de prévention, de sensibilisation, de lutte contre la stigmatisation et la discrimination, de services de conseils et de dépistage volontaires et confidentiels et de soins et de traitement.  

Dans la présentation qu’il a faite au Conseil de sécurité sur la mise en œuvre de la résolution 1308, adoptée en 2000, sur la question du VIH/sida et les opérations de maintien de la paix, M. Jean-Marie Guéhenno, Secrétaire général adjoint au Département des opérations de maintien de la paix (DPKO), a relevé qu’une stratégie en cinq points avait été conçue et appliquée par son Département avec le soutien actif de l’ONUSIDA.  Parmi les mesures prises figurent la création de capacités spécifiques au sein de chaque mission; le développement de postes de conseillers et de capacités de dépistage du VIH dans les missions; la mise en œuvre de programmes de sensibilisation au niveau des communautés locales, et l’inscription de la question du VIH comme une composante à part entière des missions de maintien de la paix.  Intervenant après M. Guéhenno, Peter Piot, Directeur exécutif d’ONUSIDA, a regretté que malgré l’adoption de la résolution 1308 et les programmes mis en place, plus de personnes ont été infectées et sont mortes du VIH/sida en 2004 qu’au cours des années précédentes.  Les efforts déployés et les ressources mises au service de la lutte contre la pandémie sont clairement insuffisants, a-t-il fait remarquer.  Se félicitant que l’Assemblée générale ait adopté le mois dernier une stratégie de lutte contre les abus sexuels qui se sont produits dans les zones où opéraient certaines missions de maintien de la paix, il a souhaité qu’elle soit mise en œuvre, en relevant la grande vulnérabilité des femmes.

À cet égard, le représentant de la France a demandé aux États fournisseurs de contingents de procéder au dépistage du VIH parmi leurs troupes avant de les mettre à la disposition de l’ONU, et quel que soit le rang des soldats ou des officiers concernés.  D’autre part, a-t-il ajouté, soutenu en cela par les représentants de la République-Unie de Tanzanie et du Brésil, les actions lancées par le Secrétariat et la communauté internationale ne devraient pas s’arrêter au stade de la prévention, mais aussi prendre en charge les soins dont ont besoin les personnes infectées.  Les représentants du Brésil et de la République-Unie de Tanzanie ont insisté sur la nécessité d’impliquer le secteur privé, notamment l’industrie pharmaceutique, dans ce combat, les prix des médicaments dont ont besoin les malades étant beaucoup trop élevés. 

Les délégations dont la liste suit ont également pris la parole au cours du débat du Conseil: Algérie, États-Unis, Fédération de Russie, Argentine, Chine, Roumanie, Philippines, Royaume-Uni, Bénin, Danemark, Japon et Grèce. 

LA RESPONSABILITÉ DU MAINTIEN DE LA PAIX ET DE LA SÉCURITÉ INTERNATIONALES QUI INCOMBE AU CONSEIL DE SÉCURITÉ: LE VIH/SIDA ET LES OPÉRATIONS INTERNATIONALES DE MAINTIEN DE LA PAIX

Déclarations

M. JEAN-MARIE GUÉHENNO, Secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de la paix, a déclaré que les contextes de conflits et d’après-conflits constituent des zones à haut risque pour la propagation du VIH.  Depuis l’adoption de la résolution 1308 (2000), nous avons développé une stratégie globale en vue de réduire le risque que les personnels de maintien de la paix contractent ou transmettent le virus quand ils sont en mission.  Notre stratégie est axée autour de cinq éléments: le premier est la création de capacités spécifiques, au sein de chaque mission, en vue de faire face au sida; le second consiste à s’assurer de la disponibilité de préservatifs et à’imposer des précautions médicales universellement reconnues; le troisième point a trait au développement de postes de conseillers volontaires et de capacités de dépistage au sein des missions; le quatrième point quant au Secrétaire général adjoint, concerne la surveillance et l’évaluation des mécanismes cités plus haut; et le cinquième point consiste à mettre en œuvre des projets de sensibilisation au niveau des communautés locales et faire de la question du VIH/sida une composante à part entière des missions de paix.  Nos principaux partenaires sont les 105 pays contributeurs de troupes.  Le soutien des États Membres nous est indispensable, a dit M. Guéhenno.  Nous remercions en particulier les pays donateurs dont, entre autres, le Danemark et le Royaume-Uni, pour leur contribution au Fonds pour le VIH/sida.

Aujourd’hui, nous avons 66 000 personnels en uniforme et plus de 13 000 personnels civils internationaux et nationaux servant dans les missions de paix dans 17 pays et dans d’autres opérations de terrain, a dit M. Guéhenno.  Il y a deux ans, nous n’avions que quatre conseillers sur le sida.  Aujourd’hui nous en avons 10 qui sont soutenus par des Volontaires de l’ONU et des professionnels nationaux.  Les missions les plus petites disposent de points focaux sur la question.  Ces conseillers et ces points focaux sont un réseau précieux soutenant la plupart des opérations de maintien de la paix.  Le Département de maintien de la paix (DPKO) et l’ONUSIDA ont mené des missions conjointes en Haïti et au Soudan en vue d’y créer des programmes de lutte antisida avant le déploiement des troupes dans ces pays.  Depuis 2003, l’ONUSIDA a mis à la disposition du DPKO un conseiller sur le VIH/sida.  À la fin de cette année ce conseiller aura un poste créé au sein du DPKO, ce dont nous remercions les États Membres, a dit M. Guéhenno.

Concernant la formation, il a indiqué que la question du VIH/sida faisait désormais partie des séminaires organisés à l’intention des cadres supérieurs et des officiels en vue de renforcer les capacités de maintien de la paix.  Ces séminaires ont été organisés en Chine, en Inde et en Fédération de Russie par des officiers supérieurs de police en provenance de nombreux États Membres.  Nous avons d’autre part renforcé les capacités au sein du DPKO, a poursuivi M. Guéhenno.  Le sida est inscrit à l’agenda de la Conférence des commandants de forces prévue la semaine prochaine et fait partie de la procédure de formation des principaux décideurs.  En ce qui concerne l’évaluation de l’impact des programmes que nous avons lancé, le DPKO a mené une évaluation des connaissances et des pratiques à mettre en œuvre face au sida au Libéria, aux mois de mai et juin derniers, en collaboration avec le Centre de contrôle des maladies du Gouvernement des États-Unis et l’ONUSIDA.  Plus de 660 personnels en uniforme ont été choisis au hasard et interrogé.  Ils ont ainsi répondu à des séries de questions, ce qui a permis de constater un bon niveau de connaissances de la maladie et de sa transmission.  94% des personnes interrogées ont répondu correctement sur la manière dont se transmet le virus du VIH, et 87% d’entre eux, qui étaient dans la mission depuis un mois, ont répondu qu’ils avaient reçu une formation.     

M. PETER PIOT, Directeur exécutif du Programme commun des Nations Unies sur le VIH/sida (ONUSIDA), a déclaré que cinq ans après l’adoption de la résolution 1308 du Conseil de sécurité, la communauté internationale avait pour la première fois l'occasion d’inverser la tendance de la pandémie du VIH/sida, notamment en mettant en œuvre des programmes de grande échelle combinant les volets de la prévention, de traitement et d’atténuation de l’impact de la maladie.  Toutefois, a-t-il souligné, il y a eu en 2004 plus de personnes infectées par le VIH/sida et plus de victimes du sida que les années précédentes.  C’est dans ce contexte qu’ONUSIDA et le Département des opérations de maintien de la paix (DOMP) s’efforcent de mettre en place les normes les plus draconiennes possibles pour protéger le personnel sur le terrain et les populations locales avec lesquelles il est en contact.  Les Nations Unies ont en outre renforcé leur coopération avec les organes régionaux, comme l’Union africaine (UA), dont elles soutiennent le Plan de lutte contre le VIH/sida 2005-2007, qui a pour objectif principal de mettre en œuvre des programmes globaux pour les troupes de l’Union africaine et plus largement pour les militaires africains.  Nous travaillons aussi avec l’OTAN et le secrétariat de la CARICOM pour développer des programmes au sein des services en uniforme.

Il reste cependant beaucoup à faire, comme en témoigne les récents cas d’abus et d’exploitation sexuels commis par des Casques bleus.  À cet égard, a rappelé M. Piot, l’adoption le mois dernier par l’Assemblée générale d’une stratégie globale pour éradiquer de tels abus dans les opérations de maintien de la paix constitue une avancée majeure.  Par ailleurs, la résolution 1308 a permis à l’ONUSIDA de faire des services nationaux de soldats en uniforme, d’où les Casques bleus sont issus, des partenaires clefs dans la réponse au VIH/sida.  Un rapport d’ONUSIDA indique qu’une telle initiative a réduit à la fois la vulnérabilité des services en uniforme et permis de s’appuyer sur leurs capacités pour éveiller la prise de conscience à l’égard de la pandémie.  Les efforts de lutte pour renforcer la réponse au VIH/sida parmi les services en uniforme sont plus efficaces quand ils s’appuient sur des partenariats très forts.  Selon le Directeur exécutif, les deux défis qui se posent aujourd’hui dans le travail avec les services en uniforme sont les suivants: la première difficulté, c’est de faciliter leur accès aux tests de dépistage et au conseil volontaire, qui sont des facteurs d’amélioration des comportements sexuels au sein des opérations de maintien de la paix.  Les soldats et les civils doivent avoir un accès sans limite au dépistage pendant le déploiement et doivent être encouragés à le passer.  Ensuite, il est nécessaire de s’assurer de la mise en œuvre cohérente et suivie des programmes de prévention et de lutte dans les pays concernés.  M. Piot a ensuite attiré l’attention sur les deux objectifs à atteindre.  Tout d’abord, élargir la connaissance sur le VIH/sida dans les pays les plus affectés, particulièrement dans les situations de conflit et d’après conflit.  En effet, comme l’a expliqué le Groupe de personnalités éminentes du Secrétaire général, la généralisation de la pandémie peut notamment éroder la gouvernance des États et leur capacité à fournir des services de base.  Pour M. Piot, nous devons commencer dès aujourd’hui à planifier sur le long terme les stratégies de lutte les plus adaptées.  Comme l’avait demandé le Conseil de sécurité, ONUSIDA a évalué les incidences à long terme du VIH/sida sur la sécurité.  La deuxième tâche concerne les objectifs de sécurité classique.  Comme le souligne la résolution 1308, tous les soldats doivent avoir les moyens de se protéger et de protéger les autres.  En conclusion, M. Piot a exprimé l’espoir que le Conseil de sécurité en fera une priorité à l’avenir.

M. ABDALLAH BAALI (Algérie) a regretté que, malgré une mobilisation et un engagement résolus de la communauté internationale et du système des Nations Unies pour faire face à la pandémie du VIH/sida ces cinq dernières années, l’épidémie continuait de se propager sapant les fondements socioéconomiques et menaçant la stabilité et la sécurité de nombreux pays.  Il a insisté sur la situation en Afrique subsaharienne, région du monde la plus touchée avec 64% des infections par le VIH et 74% des décès dus au sida en 2004, estimant que les nombreux conflits qui bouleversent cette région mais aussi d’autres régions du monde, constituaient des terreaux propices à la propagation de la pandémie.  Évoquant la question du sida dans les zones de conflits, il s’est félicité de la coordination et du renforcement de la coopération entre le Département des opérations de maintien de la paix et l’ONUSIDA.  Il est en effet important que la lutte contre le VIH/sida puisse être intégrée à toutes les missions de maintien de la paix, a-t-il ajouté, encourageant les mesures prises pour sensibiliser et former le personnel des missions de la paix. 

En outre, le représentant a souligné la nécessité d’une action parallèle pour toucher les communautés locales, notamment dans le cadre de la consolidation de la paix et des processus transitionnels, et s’est accordé avec le rapport d’ONUSIDA qui suggère que le personnel déployé sur le terrain puisse assumer cette mission.  M. Baali a également souhaité que la lutte contre le sida constitue l’une des priorités des secteurs nationaux chargés de la sécurité, dont l’armée et la police, encourageant le lancement de nouveaux projets dans ce domaine.  Rappelant que l’action du Conseil de sécurité, de par même son mandat, ne pouvait être que limitée concernant le VIH/sida, il a déclaré qu’une lutte efficace contre cette pandémie devait être intégrée et inscrite dans la durée, et donc, conçue et menée par l’Assemblée générale.  Enfin, il a souscrit à l’appel d’ONUSIDA pour renforcer les initiatives déjà en vigueur et a remercié la délégation grecque pour le projet de Déclaration, en l’assurant de son plein appui.

M. WILLIAM BRENCICK (États-Unis) a déclaré que sa délégation se félicitait de la création de postes de conseillers et de points focaux contre le VIH/sida dans toutes les missions de maintien de la paix.  Les États-Unis ont lancé une initiative mondiale contre le sida, et le Président Bush a décidé de consacrer 15 milliards de dollars à ce plan.  Le Département de la défense a récemment lancé un programme d’éducation des troupes américaines dans toutes ses bases militaires à travers le monde.  À ce jour, 600 militaires ont reçu une formation en matière de dépistage, et sont déployés dans les pays accueillant les troupes américaines.  Notre pays appuie ce type de formation pour les soldats et les personnels en civil travaillant dans les opérations de maintien de la paix, a assuré le représentant. 

M. NIKOLAY V. CHULKOV (Fédération de Russie) a rappelé que le VIH/sida était l’une des pires menaces non militaires qui pesaient aujourd’hui sur le monde.  Il a souligné que les personnels militaire et civil des opérations de maintien de la paix étaient exposés à des situations particulièrement dangereuses, ce qui explique la nécessité de mettre en œuvre les mesures prévues par la résolution 1308 (2000) du Conseil.  La délégation a ensuite considéré très important de travailler sur le dépistage et de former des volontaires au sein des opérations.  Nous pensons que de telles mesures sont complémentaires à celles prises au niveau national par les États Membres.  Il a en outre souligné que la coopération de l’ensemble des organismes des Nations Unies, comme le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) et le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), étaient indispensables pour renforcer la lutte contre la pandémie.

M. PAULO ROBERTO CAMPOS TARRISSE DA FONTOURA (Brésil) a évoqué la question du VIH/sida en lien avec les 100 000 militaires participant chaque année à des opérations de maintien de la paix dans des pays où sévit le virus.  Il a rappelé qu’à l’initiative du Département des opérations de maintien de la paix et en coopération avec le programme ONUSIDA, les troupes suivaient une formation à la prévention avant d’être déployées, et que des conseillers en matière de VIH/sida avaient été nommés dans neuf missions pour informer sur la maladie et inciter les personnels à adopter des comportements responsables.  Le représentant s’est également félicité que les conseillers mettent en œuvre des projets en direction des communautés locales.  Leur rôle ne doit pas se limiter à l’information, mais être aussi dirigé vers les populations infectées par le VIH/sida qui n’ont pas accès aux traitements, a-t-il assuré.  Il a poursuivi en soulignant les risques induits par la diversité culturelle et la forte rotation du personnel des opérations de maintien de la paix, appelant l’ONUSIDA à travailler en lien étroit avec les pays d’où sont originaires les personnels, évoquant le travail fourni par le Gouvernement brésilien en direction des jeunes militaires. 

M. Tarrisse da Fontoura a ensuite évoqué la gravité de l’épidémie de VIH/sida qui menace la stabilité en Afrique subsaharienne.  Les Nations Unies doivent envoyer un signal fort pour marquer le besoin urgent de renforcer la réponse globale à la pandémie, a-t-il affirmé, avant de citer en exemple les progrès réalisés au Brésil en matière de prévention, lesquels ont permis de ralentir le rythme des contaminations.  Le pays donne aussi l’exemple grâce à l’accès libre à une thérapie rétrovirale, même si le prix des médicaments doit encore être réduit, a-t-il ajouté.

M. AUGUSTINE P. MAHIGA (République-Unie de Tanzanie) a déclaré que la menace du VIH/sida n’avait pas diminué.  Bien au contraire, cette menace ne cesse de s’étendre.  Le Conseil doit encourager tous les États Membres à faire rapport de la mise en œuvre des recommandations énoncées au niveau international sur ce problème.  En adoptant la résolution 1308 (2000), le Conseil avait souligné la menace que posait sur la sécurité des États cette pandémie.  Il y a cinq ans qu’elle a été adoptée, a rappelé le représentant.  Grâce à cette décision du Conseil, le VIH/sida a été inscrit à l’agenda international.  Le Conseil de sécurité à un rôle important à jouer dans sa mise en en œuvre.  Des pays qui sont déjà dans une situation difficile sont obligés d’investir contre le sida des sommes équivalentes à celles dévolues à l’éducation, au développement agricole, et à d’autres secteurs stratégiques, notamment la lutte contre la pauvreté.  La lutte contre le sida devrait donc figurer parmi les Objectifs du Millénaire pour le développement.  La prévention et la sensibilisation doivent être désormais inscrites dans les programmes d’éducation, car seul un changement radical de comportement permettra aux populations des pays les plus pauvres et les plus touchés de s’en sortir, a dit le représentant.  Nous avons besoin de plus de ressources pour faire face à la pandémie, a-t-il plaidé.  Toute la communauté internationale doit s’impliquer dans la lutte, y compris le monde des affaires et l’industrie pharmaceutique, étant donné le coût trop élevé des médicaments.

M. CÉSAR MAYORAL (Argentine) a rappelé la nécessité d’apporter une réponse globale à la pandémie du VIH/sida et de mettre en place à tous les niveaux les mécanismes de prévention et de sensibilisation, tels que décrits dans la résolution 1308 (2000) et réaffirmés dans la déclaration présidentielle qui sera adoptée à la fin de cette séance.  L’Argentine a pour sa part incorporé ces recommandations dans ses programmes nationaux de formation à l’intention de ses Casques bleus.  Compte tenu de l’environnement difficile dans lequel ils évoluent, la délégation a estimé qu’il était indispensable de mener de front les efforts de lutte contre la pandémie du VIH/sida et d’élimination de l’exploitation et les abus sexuels au sein des opérations de maintien de la paix.

M. ZHANG YISHAN (Chine) a déclaré que sa délégation était consciente du défi que pose le VIH/sida à l’équilibre des pays dont il affecte les populations.  La Chine se félicite des mesures prises à la suite de l’adoption de la résolution 1308.  Ces mesures ont pour bénéfice la protection des agents de maintien de la paix, et la Chine espère que le DPKO continuera de collaborer étroitement avec l’ONUSIDA.  Notre délégation souscrit à la déclaration que fera le Président du Conseil à la fin de cette réunion, a dit le représentant.

M. GHEORGHE DUMITRU (Roumanie) a déclaré qu’il était conscient du lien existant entre VIH/sida, paix et sécurité, l’épidémie étant à l’origine de crises humanitaires et sanitaires qui peuvent déstabiliser les pays affectés.  Il a ensuite souligné la nécessité de renforcer les plans d’action définis dans la déclaration d’engagement de la résolution 1308 (2000).  Il s’est dit à cet égard encouragé par les efforts conjoints du Département des opérations de maintien de la paix et ONUSIDA pour s’assurer que les Casques bleus et les populations locales étaient correctement protégés et informés.  La prévention et la formation préalable sont prioritaires, que ce soit au niveau national ou dans les pays où le personnel de maintien de la paix est déployé, particulièrement ceux à forte prévalence.  Il s’est dit enfin convaincu que seule une approche multisectorielle de la stratégie de lutte pouvait avoir une incidence sur l’épidémie.

M. JEAN-MARC DE LA SABLIÈRE (France) a déclaré que la lutte contre la pandémie du VIH/sida doit se poursuivre dans les zones de conflits et sortant de conflits, a estimé le représentant.  Les opérations se déployant souvent en catastrophe, nous savons combien il est difficile de mettre en œuvre des programmes antisida efficaces, a-t-il dit.  Cependant, la crédibilité du DPKO et de l’ONU est en jeu sur cette question.  Les programmes mis en oeuvre à ce jour répondent aux demandes de la résolution 1308, a noté le représentant.  Les enquêtes menées sur la question des abus sexuels dans les zones de conflits et de maintien de la paix, et les recommandations faites à cet égard, sont à féliciter et entrent dans le cadre des actions à mener.  La France demande aux contributeurs de troupes de fournir une formation à leurs personnels et de procéder à des tests de dépistage quel que soit le grade des individus concernés.  La lutte contre le sida est une action de longue haleine dans laquelle le Secrétariat et les États Membres doivent s’impliquer.  Les actions à mener doivent aller au-delà de la simple prévention et inclure le traitement des personnes dépistées, a dit le représentant de la France.

M. BAYANI S. MERCADO (Philippines) s’est réjoui du renforcement de la coopération entre le Département des opérations de maintien de la paix et ONUSIDA et de la prise en compte des aspects de lutte et de prévention au sein des opérations de maintien de la paix.  Toutefois, il reste beaucoup à faire.  Ainsi, dans les zones à risque, les Casques bleus sont davantage exposés.  Il faudrait faire en sorte que les Casques bleus bénéficient des informations acquises dans d’autres missions, a suggéré le représentant, qui a également estimé comme M. Guéhenno que la prise de conscience était une responsabilité commune.  En outre, si les Philippines ont la chance d’avoir un des taux de prévalence les plus bas d’Asie, elles n’en restent pas moins touchées par la maladie.  Aussi, a–t-elle mis en œuvre au niveau national des mécanismes conformément à la résolution 1308, notamment en rendant obligatoire le dépistage de ses soldats avant leur déploiement sur le terrain et un dépistage à leur retour.

Sir EMYR JONES PERRY (Royaume-Uni) a déclaré que l’ONUSIDA avait bien décrit la menace que présente le VIH/sida.  Le Royaume-Uni soutient les efforts menés par l’ONU et tient à ce que l’accent soit mis sur un certain nombre de points, notamment ceux concernant la propagation du VIH/sida et les opérations de maintien de la paix, et la place des femmes dans les programmes à mettre en œuvre, étant donné qu’elles sont les plus vulnérables.  Il devrait être possible de créer des programmes permettant de connaître le taux de prévalence du virus du VIH au sein des forces armées des États Membres, et notamment de ceux contributeurs de troupes.  S’il est vrai que les troupes sont vulnérables aux infections, il faut toutefois se féliciter du rôle de conseillers que peuvent jouer les personnels des missions opérant sur le terrain quand ils sont bien formés et sensibilisés.  Le Royaume-Uni se félicite des actions menées en Côte d’Ivoire et en Sierra Leone, et espère que la question de la lutte contre la pandémie restera inscrite sur la liste des priorités de tous les gouvernements.  Il est nécessaire d’assurer le suivi de la question du sida dans toutes les opérations de maintien de la paix.  Seules des informations précises permettront de savoir si les programmes mis en œuvre sont efficaces.  Le DPKO doit désormais donner pour mandat, au sein de chaque mission, à la police militaire la tâche de lutter contre les abus sexuels qui favorisent l’infection des populations, que l’ONU doit protéger.  Le Royaume-Uni tient d’autre part à ce que la parité sexuelle soit respectée dans toutes les analyses que fait le DPKO sur la question du sida.

M. OUSSOU EDOUARD AHO-GLELE (Bénin) a souligné la nécessité de redoubler d’efforts pour améliorer les pratiques défensives là où elles sont encore déterminantes.  Les facteurs favorisant la propagation de la maladie au sein des forces armées et des forces de sécurité devront être adéquatement traités.  Par ailleurs, a poursuivi le représentant, le fait que seulement 109 pays développent actuellement des programmes pour leurs agents en uniforme montre bien qu’il reste du chemin à faire pour amener tous les États à reconnaître l’importance de tels programmes.  Il est important au Bénin d’attirer l’attention sur la nécessité de la prise en compte de la lutte contre le sida dans le cadre des programmes de DDR.  Dans le même temps, il serait souhaitable d’assurer une dissémination aussi large que possible des enseignements tirés des résultats des récentes évaluations conduites, a suggéré le représentant.  La politique des Nations Unies nous paraît tout à fait judicieuse, en particulier la politique de tolérance zéro en matière d’exploitation sexuelle, tout comme la lutte à engager contre la pratique de viol comme arme de guerre dans les conflits armés, a conclu le Bénin.

Rappelant que 3 millions d’enfants, de femmes et d’hommes étaient morts du sida l’année dernière et mettant en garde contre les implications économiques, sociales, culturelles et politiques de ces décès, Mme ELLEN MARGRETHE LØJ (Danemark) s’est accordée avec l’idée que le VIH/sida représente une des menaces les plus sérieuses de notre époque.  Elle a affirmé que la communauté internationale devait maintenant faire preuve d’un engagement résolu, estimant qu’un texte fort sur le VIH/sida dans la Déclaration du Sommet de 2005 serait un grand pas en avant.  Faisant observer que les risques d’infection augmentaient dans les phases de postconflit, elle a souhaité que le Conseil de sécurité aborde ce sujet dans ses délibérations lorsque cela est pertinent.  De plus, elle a suggéré que la Commission de consolidation de la paix, qui doit être mise en place, prenne en compte la lutte contre le VIH/sida dans ses stratégies et en améliore la coopération.  Elle a salué les avancées accomplies pour la mise en œuvre de la résolution 1308 depuis cinq ans.  Ceci complète les efforts d’ONUSIDA et du Département des opérations de maintien de la paix pour généraliser les actions de lutte contre le VIH/sida dans leurs activités, a-t-elle poursuivi.  Elle a estimé que le renforcement de la coopération entre le Département des opérations de maintien de la paix et ONUSIDA et ses partenaires, incluant les ONG, les donateurs bilatéraux et multilatéraux et les gouvernements, stimulerait encore davantage ces progrès.  Elle a espéré que l’accent mis sur le code de conduite des Casques bleus et les efforts des pays contributeurs de troupes pour éliminer les abus et exploitations sexuelles auraient un effet positif.  La transmission du VIH dans une zone de conflit ne devrait jamais être du fait d’un Casque bleu, a-t-elle insisté.  Par ailleurs, Mme Løj a indiqué que son pays avait établi une nouvelle stratégie pour soutenir la lutte internationale contre cette pandémie, s’appuyant sur la Déclaration issue de la session spéciale de 2001 sur le VIH/sida.  Elle a précisé que cette stratégie vise particulièrement les groupes les plus vulnérables -femmes, jeunes et orphelins du sida-, souligne le besoin de combattre la discrimination et met de l’avant le rôle que peut jouer la société civile dans la lutte contre la pandémie, y compris les personnes vivant avec le VIH/sida. 

M. SHINICHI KITAOKA (Japon) a rappelé qu’il avait accueilli la Conférence internationale sur le VIH/sida dans la région Asie/Pacifique.  La résolution 1308 (2000) du Conseil de sécurité prouve qu’il est nécessaire d’intégrer des politiques adaptées dans tous les domaines.  La délégation a ensuite félicité le DOMP et l’ONUSIDA pour leurs efforts conjoints déployés à ce jour, qui devraient avoir une incidence sur la réduction du risque de transmission parmi les Casques bleus mais aussi un effet positif sur le pays où ces efforts sont menés.  S’agissant de la déclaration d’engagement qui sera adoptée en juin 2006, le Japon a regretté le fait que les objectifs fixés pour l’année 2005 ne seront probablement pas atteints.  Il a estimé que les États Membres devraient être encouragés à mettre en œuvre des stratégies globales comprenant formation préalable, prévention, conseil volontaire, dépistage, soins et traitement et mesures pour lutter contre la discrimination des personnes infectées.  Pour sa part, le Japon n’a ménagé aucun effort pour honorer ses obligations en ce domaine, ayant augmenté d’un demi-milliard de dollars sa contribution en faveur du Fonds Mondial de lutte contre le VIH/sida, la tuberculose et le paludisme.

M. ADAMANTIOS TH. VASSILAKIS (Grèce) a estimé que le VIH/sida, qui demeure une des menaces mondiales les plus grandes, n’était pas qu’un problème de santé, mais qu’il affectait également le développement et la sécurité.  Nous devons faire davantage et développer une stratégie à long terme mobilisant toutes les ressources disponibles pour combattre la maladie et réduire ses effets, a-t-il souligné, appelant à une action internationale bien coordonnée.  Selon lui, accroître la sensibilisation par le biais de l’éducation et de programmes spéciaux de formation constitue la première mesure la plus importante à prendre.  Le représentant a estimé que la désignation de conseillers VIH/sida au sein du Département des opérations de maintien de la paix (DPKO) et dans de nombreuses missions de maintien de la paix constituait une réalisation considérable.

Le représentant a également encouragé la poursuite du renforcement de la coopération d’ONUSIDA avec les États Membres intéressés afin de développer à l’avenir des stratégies et des meilleures pratiques pour l’éducation, la prévention, les tests, les conseils et le traitement.  Des Casques bleus bien formés et informés peuvent constituer un outil précieux dans les efforts visant à empêcher la propagation de la maladie, a-t-il en outre assuré.  Nous ne devons pas oublier que le succès de toute opération de maintien de la paix dépend grandement du personnel qui sert dans la mission, a-t-il ajouté.

Déclaration présidentielle

Le Conseil de sécurité réaffirme son engagement en faveur de l’application intégrale de la résolution 1308 (2000) et rappelle la Déclaration d’engagement sur le VIH/sida adoptée par l’Assemblée générale des Nations Unies en juin 2001.

Le Conseil se félicite que le Département des opérations de maintien de la paix collabore avec ONUSIDA et ses coparrains afin de sensibiliser le personnel –civil ou en uniforme– chargé du maintien de la paix au VIH/sida.  Il salue l’action qu’ONUSIDA mène pour élaborer, en coopération avec les États intéressés, des programmes nationaux de lutte contre le VIH/sida parmi leur personnel en uniforme, et reconnaît qu’un grand nombre de personnes bénéficient directement ou indirectement de ces programmes à travers le monde.

Le Conseil considère que les hommes et les femmes en uniforme sont des éléments essentiels de la lutte contre le VIH/sida.  Il se félicite des efforts que déploient les États Membres, notamment dans le cadre des programmes nationaux, le Département des opérations de maintien de la paix, ONUSIDA et d’autres parties prenantes pour lutter contre la propagation de la maladie.  Il encourage les États Membres, lorsqu’ils préparent leur personnel pour participer aux opérations de maintien de la paix, à recourir aux meilleures pratiques en matière d’information, de prévention, de sensibilisation, de lutte contre la stigmatisation et la discrimination, de services de conseils et de dépistage volontaires et confidentiels et de soins et de traitement.

Le Conseil est conscient que le personnel des Nations Unies chargé du maintien de la paix peut contribuer sensiblement à l’action menée contre le VIH/sida, notamment auprès des communautés vulnérables dans les situations d’après conflit.  Il se félicite des mesures que le Secrétaire général et les missions de maintien de la paix des Nations Unies ont prises pour intégrer la sensibilisation au VIH/sida dans les activités entreprises dans le cadre de leurs mandats ainsi que dans des projets d’information à l’intention des communautés vulnérables, et leur demande instamment d’attacher une attention particulière aux dimensions sexospécifiques du VIH/sida.  Dans ce contexte, il encourage le développement de la coopération entre le Département des opérations de maintien de la paix et ONUSIDA et ses coparrains, les organisations non gouvernementales et la société civile, les donateurs bilatéraux et multilatéraux et les gouvernements.

Le Conseil reconnaît que des progrès sensibles ont été réalisés quant à l’application de la résolution 1308 (2000) mais qu’il reste encore de nombreux problèmes à régler.  Il se déclare prêt à encourager et à appuyer davantage la mise en œuvre de la résolution.  Soucieux de maintenir et de renforcer la dynamique créée, il se félicite des réunions d’information que le Département des opérations de maintien de la paix et ONUSIDA organisent périodiquement, au besoin, pour faire le point des progrès accomplis et ainsi renforcer l’engagement et le sens de la responsabilité au plus haut niveau et assurer un suivi et une évaluation continus de l’incidence des programmes.  Il réaffirme son intention de contribuer, notamment dans le cadre du suivi de l’application de la résolution 1308 (2000), à la réalisation des objectifs pertinents énoncés dans la déclaration adoptée par l’Assemblée générale à sa vingt-sixième session extraordinaire.

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