LE MINISTRE DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES DE L’IRAQ DEMANDE OFFICIELLEMENT AU CONSEIL DE SÉCURITÉ DE PROROGER LE MANDAT DE LA FORCE MULTINATIONALE

31 mai 2005
CS/8398

LE MINISTRE DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES DE L’IRAQ DEMANDE OFFICIELLEMENT AU CONSEIL DE SÉCURITÉ DE PROROGER LE MANDAT DE LA FORCE MULTINATIONALE

31/05/2005
Communiqué de presseCS/8398

Conseil de sécurité

5189e séance – matin

LE MINISTRE DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES DE L’IRAQ DEMANDE OFFICIELLEMENT AU CONSEIL DE SÉCURITÉ DE PROROGER LE MANDAT DE LA FORCE MULTINATIONALE

En prévision du réexamen du mandat de la force multinationale, qui doit avoir lieu au plus tard le 8 juin prochain, le Ministre des affaires étrangères de l’Iraq, Hoshyar Zebari, a, ce matin, demandé officiellement au Conseil de sécurité de le proroger.  Appuyé par la représentante des États-Unis, Anne Patterson, il a souligné que les forces de sécurité iraquiennes ne sont pas encore capables de relever les défis d’un pays « qui fait toujours l’objet d’une campagne destructrice de terreur perpétrée par des éléments étrangers au nom de leurs seuls intérêts ». 

Tout en se félicitant que la Syrie ait arrêté un millier de combattants étrangers, il a estimé que cette mesure montre bien que ce pays a été l’une des voies de passage de terrorisme étranger.  En dépit d’assurances répétées, a-t-il regretté, certains pays de la région continuent de tarder à traduire dans la réalité les engagements pris pour empêcher l’acheminement d’armes vers l’Iraq et le financement du terrorisme.

Aux termes de la résolution 1546 du Conseil de sécurité en date du 8 juin 2004, le mandat de la force multinationale expirera lorsque le processus politique sera terminé en Iraq.  Outre les élections à l’Assemblée nationale de transition, le 31 janvier dernier, et la formation du Gouvernement de transition, l’Iraq doit encore procéder à la rédaction de sa constitution devant aboutir à la formation, le 31 décembre 2005, au plus tard, d’un gouvernement élu.  La force multinationale est habilitée à prendre toutes les mesures nécessaires pour contribuer au maintien de la sécurité et de la stabilité en Iraq.  Elle travaille en partenariat avec le Gouvernement iraquien.

LA SITUATION CONCERNANT L’IRAQ

Déclarations

Mme ANNE PATTERSON (États-Unis) a rappelé, au nom de la force multinationale déployée en Iraq, que les membres du Conseil de sécurité avaient décidé d’un commun accord, qu’ils réévalueraient le mandat de la force multinationale, soit à la demande du Gouvernement de transition de l’Iraq, soit de leur propre chef à la date du 8 juin 2005.  Nous sommes heureux de dire au Conseil que les 160 000 soldats de la force, originaires de 20 pays, s’acquittent bien de leur travail de soutien à la transition iraquienne qui leur a été confié, a dit Mme Patterson.  En vertu du mandat qui lui a été donné, la force multinationale peut prendre toutes les mesures nécessaires au maintien de la sécurité et de la stabilité en Iraq, ce qui inclut la prévention et la lutte contre le terrorisme afin de permettre aux Iraquiens de participer librement et sans contraintes et intimidations au processus politique en cours et de bénéficier de la reconstruction de leur pays.  Dans la lettre que son Ministre des affaires étrangères a adressée au Conseil le 25 mai dernier, le Gouvernement iraquien a demandé que le Conseil proroge le mandat de la force multinationale jusqu’à l’achèvement du processus politique ou jusqu’à ce que les Iraquiens puissent eux-mêmes assurer la défense et la sécurité de leur pays. 

La force multinationale a pour objectif de mettre en place des forces de sécurité iraquiennes capables de faire échec aux actions des terroristes qui cherchent à déstabiliser l’Iraq.  La force est engagée dans la défense de la paix, de la stabilité et la dissuasion du terrorisme.  Elle est là pour soutenir le Gouvernement et défendre les civils contre les attaques des terroristes qui veulent déstabiliser l’Iraq.  Des progrès ont été accomplis dans le processus politique qui est soutenu par les termes de la résolution 1546 du Conseil de sécurité, a indiqué Mme Patterson.  Ce processus encourage tous les Iraquiens à défendre leurs vues et leur agenda à travers des voies politiques pacifiques et démocratiques en renonçant au terrorisme.  L’Iraq est confrontée à une situation difficile, et nous sommes heureux de la détermination du nouveau Premier Ministre à faire face à toutes les activités criminelles.

À ce jour, 165 000 soldats et policiers iraqiens reçoivent une formation conduite par la force multinationale et sont équipés par elle.  L’armée iraquienne compte en ce moment 90 bataillons capables de mener des opérations de combat. Certaines des unités des forces iraquiennes sont capables d’opérer seules dans la conduite d’opérations de sécurité.  D’autres unités opèrent avec le soutien de la force multinationale.  Les unités iraquiennes opèrent aussi bien dans les centres urbains que dans les zones rurales, où elles obtiennent de bons résultats, et les troupes iraquiennes sont en ce moment responsables du maintien de l’ordre dans 12 des 18 provinces du pays.  Bien que beaucoup reste à faire, il faut se féliciter de ces résultats, a estimé Mme Patterson.  La force multinationale continuera à transférer des responsabilités aux troupes iraquiennes au fur et à mesure que leurs capacités se renforcent et répondent aux défis auxquels le pays est confronté, dans le cadre de la transition en cours.  À cet effet, la force multinationale va poursuivre ses actions de partenariat, d’enseignement, de soutien et de renforcement des capacités des forces de sécurité iraquiennes.

Le transfert de responsabilités inclut le transfert aux Iraquiens de responsabilités accrues dans certaines zones territoriales au fur et à mesure que cela est possible.  Ce processus a commencé à Bagdad et à Mossoul où, dans chacune des villes, une brigade iraquienne s’est vue confier de nouvelles responsabilités.  La force multinationale apporte son soutien aux opérations de reconstruction et assiste le Gouvernement iraquien, les donateurs internationaux, et les ONG nationales et internationales à travers le maintien de la sécurité et de l’ordre.  La force s’est impliquée dans la construction d’écoles, d’hôpitaux, de routes, de systèmes d’eau et d’assainissement, et elle procède au déminage et au désamorçage d’engins explosifs improvisés.

Comme nous l’avions déjà déclaré auparavant, nous nous félicitons de l’aide qu’apportent le Représentant spécial du Secrétaire général pour l’Iraq, M. Ashraf Qazi, et la Mission d’assistance des Nations Unies pour Iraq (MANUI), dont le mandat a été entériné par le Conseil de sécurité dans sa résolution 1546, sur une requête du Gouvernement de l’Iraq.  L’ONU a un rôle vital et majeur à jouer dans la fourniture d’une assistance cruciale à la transition politique de l’Iraq.  Nous exhortons l’ONU à fournir cette assistance aussi vite que possible, comme le lui demande le Gouvernement iraquien.  À cet égard, nous exhortons les Nations Unies à déployer aussi tôt que possible les experts nécessaires, a dit Mme Patterson.  Nous reconnaissons les défis que posent les questions de sécurité aux Nations Unies et nous félicitons de la volonté de la MANUI et du personnel du Secrétariat de l’ONU de travailler étroitement avec la force multinationale pour s’assurer que le personnel onusien court le moins de risques possibles et puisse fournir un maximum de soutien à l’Iraq.  Soutenues par des troupes américaines, des unités de la force multinationale originaires de Géorgie et de Roumanie protègent les installations et le personnel de l’ONU à Bagdad et à Bassorah.  La République tchèque, le Danemark, la Finlande, l’Allemagne, le Japon, le Luxembourg, les Pays-Bas, la Slovénie et la Suède ont versé des contributions financières pour la protection de la MANUI, a indiqué la représentante.  Au fur et à mesure que l’ONU va étendre son champ d’activités, la sécurité de son personnel devra être renforcée, et nous encourageons les pays à augmenter leur aide à la force de protection en fournissant soit de nouvelles ressources, soit des troupes.  La force multinationale ne restera pas en Iraq plus qu’il n’est nécessaire.  Mais elle ne partira pas non plus tant que les Iraquiens ne pourront pas faire face aux sérieux défis de sécurité auxquels ils sont confrontés.  La taille de la force dépendra de l’évolution de la situation sur le terrain.  Nous sommes conscients que le processus en cours en Iraq est difficile et nous devons être patients.  Les actes de terrorisme ne vont pas disparaître du jour au lendemain.  Nous en avons eu la preuve avec la multiplication des attentats au lendemain de la formation du nouveau Gouvernement, a affirmé Mme Patterson.

Rendant un hommage appuyé rendu à la force multinationale, le Ministre des affaires étrangères de l’Iraq, M. HOSHYAR ZEBARI, a affirmé que, par la contribution qu’elle a apportée à la sécurité, elle a permis des avancées « spectaculaires » sur la voie de la démocratie.  Revenant aux élections du mois de janvier dernier, le Ministre a souligné que le Gouvernement provisoire et la Commission électorale ont respecté leurs engagements de tenir des élections dans les délais impartis.  Le courage remarquable du peuple iraquien a été reconnu dans le monde entier, a-t-il dit, en ajoutant que l’Iraq a démontré que la transition politique peut se faire de manière ordonnée et démocratique.  La formation du Gouvernement, a-t-il insisté, montre le souci de ses acteurs de représenter toutes les communautés iraquiennes.  Le Ministre a d’ailleurs annoncé que ceux qui n’ont pas pu ou voulu participer aux dernières élections se préparent désormais à celles de décembre. 

Chaque étape de la transition politique a été conforme au paragraphe 4 de la résolution 1546 du Conseil de sécurité, a poursuivi le Ministre, en rappelant néanmoins que les progrès ont été réalisés au prix d’un sacrifice considérable pour les Iraquiens.  Il a ainsi signalé que son pays fait toujours l’objet d’une campagne destructrice de terreur visant à miner le processus politique.  Les forces nationales, a-t-il déclaré, ne peuvent pas encore assumer la responsabilité de garantir la sécurité nationale.  Le Ministre a donc plaidé pour le maintien de la force multinationale, en présentant au Conseil de sécurité la demande officielle de proroger son mandat.  La transition de la dictature à la démocratie est un chemin semé d’embûches, a-t-il rappelé, en accusant des éléments étrangers de servir de l’Iraq pour défendre leurs propres intérêts. 

L’Iraq, a indiqué le Ministre, a exhorté les pays voisins à respecter les engagements qu’ils ont pris d’éviter l’acheminement d’armes sur le territoire iraquien et de financer les terroristes.  En dépit d’assurances répétées, a-t-il regretté, certains pays continuent de tarder à traduire ces engagements dans la réalité.  S’il s’est félicité que la Syrie ait arrêté un millier de combattants étrangers, le Ministre y a néanmoins vu la confirmation que ce pays a été l’une des voies de passage de terrorisme étranger.  L’Iraq est en négociation constante avec ses voisins et leur demande, une nouvelle fois, de mettre fin au flux des terroristes.  La prochaine étape de la transition sera la plus critique, a-t-il prévenu.  Le mandat du nouveau Gouvernement de transition est de rédiger une nouvelle constitution avant le 15 août et le succès de cette tâche marquera un tournant pour la stabilité de l’Iraq et le changement démocratique. 

Rédiger cette constitution, a reconnu le Ministre, sera un exercice de compromis et de recherche du consensus entre tous les groupes et partis iraquiens.  C’est là une gageure de taille et c’est un enjeu que nous sommes prêts à relever, a assuré le Ministre.  Il a toutefois souligné que cette étape ne sera couronnée de succès qu’avec l’appui de la communauté internationale.  Tout retard dans l’élaboration de la constitution, a-t-il alerté, pourrait créer un vide que les forces ennemies chercheront à exploiter.  Il a appelé tous les États à prendre au sérieux leurs responsabilités et, à cet égard, il a attiré l’attention sur la prochaine réunion internationale sur l’Iraq qui doit se tenir sous peu à Bruxelles.  Il faut, a-t-il plaidé, renforcer les partenariats internationaux et assurer l’appui à la reconstruction de l’Iraq, à son développement et à sa stabilité.  En concluant, le Ministre a dit attendre avec impatience le jour où les forces de son pays seront en mesure d’assumer l’entière responsabilité de la sécurité.  Jusque-là, a-t-il répété, la force multinationale sera indispensable.  Le nouveau Gouvernement, a-t-il encore dit, reconnaît les attentes placées en lui par la population dont la majorité a montré son attachement à la démocratie.  La violence ne nous détournera pas de notre objectif de créer un Iraq démocratique, pluraliste et unifié, a affirmé le Ministre.

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