LE RETRAIT DES TROUPES SYRIENNES DU LIBAN MARQUE INCONTESTABLEMENT UNE JOURNÉE HISTORIQUE POUR L’ENSEMBLE DU MOYEN-ORIENT, DÉCLARE TERJE ROED-LARSEN AU CONSEIL

29 avril 2005
CS/8372

LE RETRAIT DES TROUPES SYRIENNES DU LIBAN MARQUE INCONTESTABLEMENT UNE JOURNÉE HISTORIQUE POUR L’ENSEMBLE DU MOYEN-ORIENT, DÉCLARE TERJE ROED-LARSEN AU CONSEIL

29/04/2005
Communiqué de presseCS/8372

Conseil de sécurité

5172e séance - matin

LE RETRAIT DES TROUPES SYRIENNES DU LIBAN MARQUE INCONTESTABLEMENT UNE JOURNÉE HISTORIQUE POUR L’ENSEMBLE DU MOYEN-ORIENT, DÉCLARE TERJE ROED-LARSEN AU CONSEIL

La présence de milices dans le sud du pays constitue le dernier rempart au rétablissement de la souveraineté libanaise sur l’ensemble du territoire

En présence du Secrétaire général des Nations Unies, M. Kofi Annan, le Conseil de sécurité a entendu ce matin un exposé de l’Envoyé spécial du Secrétaire général chargé de la mise en œuvre de la résolution 1559 (2004), M. Terje Roed-Larsen. 

Le Conseil de sécurité s’appuyait sur le premier rapport semestriel du Secrétaire général au Conseil de sécurité sur l’application de la résolution 1559 (2004) du 2 septembre 2004 demandant à toutes les forces étrangères qui y étaient encore de se retirer du Liban, une demande incluant la dissolution et le désarmement des milices libanaises et non libanaises; l’extension du contrôle exercé par le Gouvernement libanais à l’ensemble du territoire du pays; et l’organisation d’élections présidentielles au Liban conformément à des règles constitutionnelles libanaises élaborées en dehors de toute interférence ou influence étrangère.

L’Envoyé spécial a souligné que le retrait des troupes syriennes du Liban le 26 avril marquait incontestablement une journée historique pour les peuples libanais et syrien et pour l’ensemble du Moyen-Orient.  Toutefois, il s’est inquiété de la présence de milices libanaises et non libanaises.  À cet égard, il a indiqué que les Nations Unies avaient engagé un dialogue avec les parties intéressées pour que le Gouvernement du Liban puisse exercer sa souveraineté sur l’ensemble du territoire, notamment dans le sud, tout particulièrement le long de la Ligne bleue.  Il a précisé qu’en accord avec les Gouvernements de la Syrie et du Liban, le Secrétaire général avait déployé une équipe, qui était arrivée à Damas le 26 avril, pour vérifier le retrait total et complet de toutes les troupes syriennes, matériels militaires et instruments de renseignement du Liban.  

M. Roed-Larsen a également estimé que ce retrait exigera une redéfinition des liens étroits et anciens entre la Syrie et le Liban et des progrès significatifs dans l’établissement de représentations diplomatiques dans leurs capitales respectives.  Il s’est dit heureux de constater que le nouveau Gouvernement du Premier Ministre Mikati avait bénéficié d’un vote de confiance de la part du Parlement libanais le 27 avril, par 109 voix pour, une voix contre et trois abstentions seulement.

Tout en estimant que le retrait des forces étrangères était une condition préalable incontournable au respect de la souveraineté, M. Roed-Larsen a mis l’accent sur l’importance des prochaines élections parlementaires libanaises que le Premier Ministre libanais s’est engagé à tenir à partir du 29 mai 2005.  Il a souhaité que les élections puissent avoir lieu sur la base d’une loi électorale largement acceptée par le peuple libanais, en précisant qu’en accord avec le Gouvernement, des experts électoraux des Nations Unies arriveront au Liban la semaine prochaine pour aider à la réalisation d’élections libres et crédibles.

Nous sommes convaincus, a-t-il insisté, que la mise en œuvre de cette résolution constituera un précédent important soulignant l’importance de l’engagement de la communauté internationale tout entière.  Il s’agit non seulement de garantir la stabilité du Liban et de la Syrie mais aussi de l’ensemble du Moyen-Orient, a-t-il conclu. 

LA SITUATION AU MOYEN-ORIENT

Premier rapport semestriel du Secrétaire général au Conseil de sécurité sur l’application de la résolution 1559 (2004)  (S/2005/272)

Dans ce rapport, le Secrétaire général explique la manière dont la résolution 1559 (2004) du Conseil de sécurité a été appliquée depuis la présentation au Conseil de son rapport du 1er  octobre 2004 (S/2004/777).  Il répond à la demande formulée dans la déclaration du Président du Conseil du 19 octobre 2004 (S/PRST/2004/36), tendant à ce qu’il continue de rendre compte tous les six mois de l’application de cette résolution.  Par la résolution 1559 (2004), le Conseil de sécurité avait demandé à toutes les forces étrangères qui se trouvaient au Liban de se retirer.  Il avait également demandé que toutes les milices libanaises et non libanaises soient dissoutes et désarmées.  Il avait en outre soutenu l’extension du contrôle exercé par le Gouvernement libanais à l’ensemble du territoire du pays.

Évoquant l’histoire politique du Liban qui a connu une guerre civile tragique entre 1975 et 1990, le Secrétaire général indique que, dans les six mois qui ont suivi son rapport précédent, la situation au Liban est devenue de plus en plus tendue pour se dégrader nettement ensuite, surtout à partir du début de l’année.

Après la prorogation du mandat du Président du Liban, Émile Lahoud, en septembre 2004, et la tentative d’assassinat visant l’ancien Ministre Marwan Hamadeh, l’ancien Premier Ministre libanais, Rafik Hariri, a démissionné.  Il a été remplacé dans ses fonctions par Omar Karami, qui a formé un nouveau gouvernement le 26 octobre 2004, réputé favorable à la présence de la Syrie au Liban.

Le 14 février 2005, l’ancien Premier Ministre, Rafik Hariri, et 20 autres personnes ont été tués dans un attentat terroriste au centre de Beyrouth.  À la demande du Conseil de sécurité, le Secrétaire général a envoyé au Liban une mission d’enquête sur les circonstances, les causes et les conséquences de cet attentat, qui a rendu un rapport au Conseil le 24 mars 2005.  Dans sa résolution 1595 (2005), le Conseil a  décidé de créer une commission d’enquête internationale indépendante pour aider les autorités libanaises à enquêter sur tous les aspects de cet acte terroriste.

Le 28 février 2005, le Premier Ministre, M. Karami, a démissionné au cours d’un débat parlementaire consacré à l’assassinat de M. Hariri.  Dix jours plus tard, le 10 mars, le Président Lahoud a prié M. Karami de former un nouveau gouvernement.  M. Karami a posé comme condition que l’opposition participerait à un nouveau cabinet d’unité nationale.  M. Karami a par la suite de nouveau démissionné.  Le 15 avril, le Président Lahoud a prié M. Nejib Mikati, soutenu par le bloc de l’opposition, de former le nouveau gouvernement.  Après l’entrée de ses fonctions, ce dernier a déclaré que des élections se tiendraient le 29 mai.

Les Libanais ont commencé à exprimer publiquement leurs opinions politiques dans de fréquentes manifestations, comme un certain nombre de protestations de l’opposition et aussi une grande manifestation de soutien à la République arabe syrienne, organisée essentiellement par le Hezbollah.  L’instabilité de la vie politique libanaise a eu pour autre conséquence une série d’attentats à la bombe visant apparemment des cibles chrétiennes à Beyrouth et aux environs, qui a fait plusieurs morts et de nombreux blessés.  Dans plusieurs déclarations, le Secrétaire général a demandé au Gouvernement libanais de traduire en justice les responsables de ces attentats et d’empêcher que la situation ne se dégrade davantage.  Vers le 13 avril, date du trentième anniversaire du début de la guerre civile, plusieurs manifestations publiques se sont déroulées avec la participation de larges secteurs de la société libanaise souhaitant réaffirmer l’unité nationale du pays.

Dans son dernier rapport au Conseil, le Secrétaire général avait estimé qu’il était temps, 14 ans après la fin des hostilités et près de cinq ans après le retrait israélien du Liban, que toutes les parties fassent table rase des vestiges du passé.  De l’avis de nombreux observateurs et de la mission d’établissement des faits sur la mort de Rafik Hariri, l’engagement de la Syrie au Liban depuis 1976 a dépassé les limites de ce que peuvent justifier les relations de coopération et de bon voisinage.  Le retrait complet des troupes, des moyens militaires et du dispositif de renseignement syriens doit donc représenter un pas important dans ce sens et vers la cessation de la lourde interférence étrangère qui a marqué la vie politique libanaise pendant des décennies.

Dans ses observations, le Secrétaire général note avec satisfaction que les parties ont accompli d’importants progrès dans l’application de certaines des dispositions de la résolution 1559 (2004), comme la promesse du Gouvernement syrien de retirer toutes ses troupes, ses moyens militaires et son dispositif de renseignement du Liban le 30 avril 2005 au plus tard, qui a commencé par le rapatriement de 4 000 hommes en Syrie et la fermeture des bureaux de renseignements syriens à Beyrouth.  Par une lettre du 26 avril, le Gouvernement a indiqué qu’il avait mené à bien le retrait de ses troupes.  Avec l’accord des gouvernements syriens et libanais, le Secrétaire général a envoyé une mission de l’ONU pour vérifier la réalité du retrait total, une enquête préliminaire ayant déjà confirmé le retrait des troupes de la vallée de la Bekaa.

Parallèlement, le Conseil de sécurité, dans la résolution précitée, avait soutenu l’extension du contrôle exercé par le Gouvernement libanais à l’ensemble du territoire du pays.  Le Secrétaire général note divers incidents qui sont survenus depuis son précédent rapport, mais le Gouvernement libanais a précisé que les Forces armées libanaises prenaient peu à peu en main les zones évacuées par les forces syriennes.  Notant par ailleurs que le Liban et la Syrie n’ont pas de représentation diplomatique dans leurs capitales respectives, le Secrétaire général invite les Gouvernements syrien et libanais à échanger des représentations diplomatiques avant le prochain rapport au Conseil.  Les gouvernements concernés souhaitent en effet formaliser les relations entre leurs deux pays.

Pour le Secrétaire général cependant, au 26 avril 2005, les obligations contenues dans la résolution 1559 (2004) n’ont pas été respectées car il note qu’aucun progrès n’a été accompli pour ce qui est de l’application des autres dispositions de la résolution.  Il insiste sur le respect strict de la souveraineté, de l’intégrité territoriale, de l’unité et de l’indépendance politique du Liban, placé sous l’autorité exclusive du Gouvernement libanais.  De l’avis du Secrétaire général, la tenue d’élections libres et crédibles, conformément à des règles constitutionnelles élaborées en dehors de toute interférence étrangère, est un critère essentiel de la souveraineté.  Le retard probable des élections législatives ne fera qu’aggraver davantage les divisions politiques du pays et menacer sa sécurité, sa stabilité et sa prospérité, selon le Secrétaire général.  Il salue cependant l’engagement du Premier Ministre Mikati à mener les élections dans les délais prévus, soit avant fin mai 2005.  Il a aussi examiné la possibilité d’une assistance technique des Nations Unies pour les élections, si le Gouvernement libanais en fait la demande.  Quant aux élections présidentielles, il rappelle que le mandat du Président Lahoud a été prorogé pour trois ans au 4 septembre 2004.

Préoccupé par la dégradation de la sécurité et de ses répercussions économiques, le Secrétaire général a redemandé à Israël de mettre fin aux vols irréguliers de ses aéronefs au-dessus du territoire libanais, qui violent l’intégrité territoriale de celui-ci.  Du côté du Liban, la situation n’a pas sensiblement changé en matière de dissolution et de désarmement des milices libanaises et non libanaises, note le Secrétaire général.  Il évoque même la création de groupes d’autodéfense armés du fait de la situation politique de plus en plus tendue au Liban.

Dans ses conclusions, le Secrétaire général engage toutes les parties à s’acquitter sans retard de toutes les obligations contenues dans la résolution 1559 (2004) et à l’appliquer intégralement, ainsi que toutes les autres résolutions relatives au rétablissement de l’intégrité territoriale, de la pleine souveraineté et de l’indépendance politique du Liban.

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