LES MEMBRES DU CONSEIL DE SÉCURITÉ ATTENDENT AVEC INTÉRÊT LES RÉSULTATS DE LA RÉUNION INTERIVOIRIENNE ORGANISÉE, DANS SIX JOURS, PAR LA MÉDIATION DE L’UNION AFRICAINE

28 mars 2005
CS/8345

LES MEMBRES DU CONSEIL DE SÉCURITÉ ATTENDENT AVEC INTÉRÊT LES RÉSULTATS DE LA RÉUNION INTERIVOIRIENNE ORGANISÉE, DANS SIX JOURS, PAR LA MÉDIATION DE L’UNION AFRICAINE

28/03/05
Communiqué de presseCS/8345

Conseil de sécurité

5152e séance – après-midi

LES MEMBRES DU CONSEIL DE SÉCURITÉ ATTENDENT AVEC INTÉRÊT LES RÉSULTATS DE LA RÉUNION INTERIVOIRIENNE ORGANISÉE, DANS SIX JOURS, PAR LA MÉDIATION DE L’UNION AFRICAINE

Les membres du Conseil ont fait part, cet après-midi, de leur impatience face à l’évolution de la situation en Côte d’Ivoire, hôte depuis mai 2003 d’une présence de l’ONU chargée de mettre fin à un conflit qui oppose, depuis décembre 2002, le Gouvernement ivoirien aux  Forces nouvelles.  La non-application de l’Accord de Linas-Marcoussis et des Accords d’Accra II et III; la mise en œuvre insuffisante de la feuille de route, élaborée en novembre 2004, par la médiation sud-africaine mandatée par l’Union africaine; la paralysie du Gouvernement de réconciliation due à l’absence des ministres issus des Forces nouvelles; ou encore les retards du processus de désarmement, de démobilisation et de réinsertion (DDR) ont conduit de nombreuses délégations à multiplier les menaces de sanctions individuelles prévues par la résolution 1572 du 15 novembre 2004. 

Porteur de ces mauvaises nouvelles, le Représentant spécial par intérim du Secrétaire général, Alan Doss, a précisé qu’à l’incertitude politique, à la volatilité de la situation sécuritaire, au manque de confiance entre les parties, il faut ajouter l’effondrement du système judiciaire et une situation des droits de l’homme et humanitaire préoccupante.  Il a dit craindre que le non-respect des échéances électorales d’octobre 2005 ne débouche sur une crise plus grave.  Or, ont rappelé les délégations, la tenue d’élections crédibles dépend d’abord et avant tout de la mise en œuvre des accords signés.

Aussi pour amener les parties ivoiriennes à renoncer à l’option suicidaire d’une guerre interminable, comme l’a dit le représentant du Bénin, les membres du Conseil ont dit placer l’espoir dans la réunion que le Président de l’Afrique du Sud a convoquée, dans six jours, à Pretoria avec les principaux dirigeants politiques ivoiriens.  S’exprimant au nom de la Médiation de l’Union africaine, le Vice-Ministre des affaires étrangères de l’Afrique du Sud a insisté sur la détermination de son pays à travailler à partir des acquis.  Toutes les parties, a affirmé Aziz Pahad, ont réitéré leur attachement à l’intégrité territoriale de leur pays, au respect des cadres de Linas-Marcoussis et d’Accra, et à la nécessité de privilégier l’option législative pour résoudre les questions de la nationalité et de l’éligibilité à la Présidence.

Dans un souci d’assurer une coordination étroite avec les efforts de la médiation conduite par le Président Mbeki, le représentant de la France a proposé au Conseil de sécurité d’attendre les conclusions de la réunion de Pretoria avant de se prononcer sur la prorogation et l’augmentation des effectifs de l’ONUCI comme le recommande le Secrétaire général de l’ONU.  Le Représentant spécial par intérim de celui-ci, Alan Doss, a réitéré ses préoccupations quant à la capacité de l’Opération d’assumer un mandat élargi par la résolution 1584 du 2 février 2005.  Compte tenu de la « mauvaise volonté des parties », pourquoi renforcer les effectifs, s’est en revanche interrogé le représentant américain, en demandant plutôt à la mission de recourir aux outils dont elle dispose déjà.  Le représentant de la Côte d’Ivoire a, pour sa part, indiqué que son pays attend les résultats de Pretoria pour se prononcer sur les recommandations du Secrétaire général.  Il a commencé sa déclaration en déplorant que, selon lui, le rapport du Secrétaire général fasse la part belle aux Forces nouvelles et aux partis d’opposition et mette systématiquement en doute les positions des autorités légitimes. 

LA SITUATION EN CÔTE D’IVOIRE

Quatrième rapport intérimaire du Secrétaire général sur l’Opération des Nations Unies en Côte d’Ivoire (S/2005/186)

Ce rapport décrit l’évolution de la situation en Côte d’Ivoire depuis les rapports soumis sur la question par le Secrétaire général en décembre 2004 et janvier 2005, ainsi que les progrès réalisés s’agissant du processus de paix.

Dans ses observations, le Secrétaire général de l’ONU note que les événements de novembre 2004 ont gravement compromis les perspectives de paix et davantage miné la confiance entre les parties.  Depuis lors, le processus de paix s’est ralenti, l’application des dispositions des Accords de Linas-Marcoussis et d’Accra III a enregistré des retards croissants.

Profondément préoccupé par l’armement des milices et par les activités de plus en plus dangereuses qu’elles mènent, y compris à Abidjan, le Secrétaire général invite toutes les parties ivoiriennes, particulièrement celles qui contrôlent les milices, à faire preuve de la plus grande retenue et à s’abstenir de recourir à la violence pour promouvoir leurs objectifs politiques.  Il a en outre renouvelé son appel au Président Gbagdo, aux Forces nouvelles et aux responsables de tous les mouvements politiques ivoiriens afin qu’ils s’arment de la volonté politique nécessaire et mettent en œuvre sans plus tarder le plan d’action de l’Union africaine, faute de quoi, les hostilités pourraient à nouveau éclater.

Rappelant que la Côte d’Ivoire passe par une étape critique, le Secrétaire général préconise qu’il convient d’apporter d’urgence des solutions aux questions suivantes: les réformes législatives; l’organisation des élections; l’adoption de l’article 35 révisé de la Constitution relatif aux conditions d’éligibilité à la présidence; et la mise en route du processus de désarmement.  Le Secrétaire général souligne que ces solutions devraient être conformes à l’esprit et à la lettre des Accords de Linas-Marcoussis et d’Accra III.

Indiquant que les capacités de la Force des Nations Unies sont mises à très rude épreuve du fait de l’attribution de nouvelles responsabilités découlant notamment des résolutions 1572 (2004) et 1584 (2005) du Conseil de sécurité, le Secrétaire général prie à nouveau le Conseil d’approuver les effectifs supplémentaires de la force militaire, de la police civile et du personnel civil qu’il a proposés dans son troisième rapport du l’ONUCI (S/2004/962).  Il recommande que le mandat de l’ONUCI soit prorogé pour une période de 12 mois arrivant à terme le 4 avril 2006.

Déclarations

Présentant ce rapport, le Représentant spécial du Secrétaire général par intérim en Côte d’Ivoire, M. ALAN DOSS, a d’emblée fait remarquer que le processus de paix continue de subir les contrecoups des incidents de novembre 2004.  En conséquence, a-t-il ajouté, la feuille de route élaborée par la médiation de l’Union africaine conduite par le Président Thabo Mbeki est restée largement inachevée alors que le Gouvernement de réconciliation nationale demeure amputé des ministres issus des Forces nouvelles, et le dialogue militaire entre les parties est interrompu, retardant ainsi le processus de DDR. 

Décrivant la situation sécuritaire comme volatile, M. Doss a précisé que les Forces nouvelles ont procédé au redécoupage des zones sous leur contrôle par la création de cinq nouvelles entités spatiales confiées à de nouveaux chefs de guerre.  Dans le même temps, le Secrétaire général des Forces nouvelles, Guillaume Soro, a annoncé la création d’une police et de douanes et l’ouverture effective d’une banque de dépôt à Bouaké, a-t-il affirmé, en ajoutant que même si cette opération n’indique pas une volonté immédiate de sécession, elle révèle cependant que les Forces nouvelles inscrivent désormais la crise dans la durée.

Évoquant les difficultés liées à la mise en œuvre des accords de paix, M. Doss a affirmé que l’incertitude pèse de plus en plus sur la tenue de l’élection présidentielle prévue pour octobre 2005 et qu’il est à craindre que le non-respect de cette échéance ne débouche sur une crise plus grave.  De plus, vu la méfiance réciproque entre les parties, la tentation de la guerre comme solution au conflit est un danger constant, a-t-il prévenu, en précisant que les Forces de l’Opération des Nations Unies en Côte d’Ivoire (ONUCI), appuyées par l’opération Licorne restent vigilantes, surtout dans la zone de confiance ou la situation est devenue très tendue suite à l’incident de Logouale le 28 février dernier.  Dans ce contexte, les Forces impartiales ont renforcé leur dispositif afin d’empêcher des incursions et de confisquer les armes individuelles.  M. Doss a déploré le fait que ces infractions n’ont pas été sanctionnées par les autorités en place et que les activités des milices qui ont fortement augmenté durant la période considérée constituent une menace grandissante pour la sécurité du pays. 

À l’incertitude politique, et à la volatilité de la situation sécuritaire, au manque de confiance entre les parties, s’ajoutent l’effondrement du système judiciaire tant au nord qu’au sud, et une situation humanitaire très précaire surtout dans les régions ouest et nord du pays, a affirmé M. Doss, en ajoutant que cette situation a entraîné de graves violations des droits de l’homme en Côte d’Ivoire.  Dans ce contexte, il a préconisé des réponses urgentes aux questions cruciales, à savoir, l’éligibilité des candidats à la présidence, le désarmement de tous les groupes armés et la tenue d’élections juste, libre et ouvertes ainsi que l’organisation d’élections présidentielles et législatives.  À cette fin, tous les protagonistes doivent faire des compromis afin de garantir la légitimité des institutions étatiques, a-t-il insisté.

Nous ne saurons apporter une réponse adéquate si deux incidents ou plus interviennent en même temps, a affirmé M. Doss, en exprimant la préoccupation quant aux capacités de la Force de l’ONUCI à la lumière de l’attribution de nouvelles responsabilités découlant des résolutions du Conseil de sécurité.  En conséquence, il a formulé l’espoir que le Conseil de sécurité sera favorable à la demande de renforcement des effectifs de l’ONUCI formulée dans le troisième rapport du Secrétaire général ainsi la prorogation de son mandat.

M. AZIZ PAHAD, Vice-Ministre des affaires étrangères de l’Afrique du Sud, au nom de la Mission de médiation de l’Union africaine en Côte d’Ivoire, a expliqué que l’objectif de cette dernière est de trouver une solution à la crise dans le cadre des Accords de Linas-Marcoussis et d’Accra II et III.  Il s’agit aussi de respecter une feuille de route qui, présentée le 9 décembre dernier, est assortie de mesures et d’un calendrier précis.  La Mission de l’Union africaine a aussi conclu qu’il était important d’obtenir l’adhésion de toutes les parties

ivoiriennes aux propositions faites.  Le Vice-Ministre s’est donc félicité de cette adhésion malgré, a-t-il précisé, la défiance entre les parties qui continue de retarder le règlement de la crise.  En la matière, il a jugé important que les efforts déployés se fondent sur le principe de l’inclusion et pas de l’exclusion puisque c’est précisément cette dernière qui a provoqué la crise actuelle. 

Le Vice-Ministre a aussi estimé important que le Conseil de sécurité et l’Union africaine se ménagent la possibilité d’imposer des sanctions efficaces contre quiconque voudrait nier au peuple de la Côte d’Ivoire son droit à la paix, à la démocratie et au développement.  Il a prévenu qu’une solution définitive et à long terme exige de la Côte d’Ivoire qu’elle trouve des solutions à toute une série de problèmes dont celles liées à la nationalité, aux droits politiques, à la propriété foncière et à la coexistence pacifique dans une société multiculturelle, multiethnique et multiconfessionnelle.  Il a mis en garde contre des solutions à court terme qui cacheraient les vrais problèmes et permettraient une résurgence de la crise.  Le Vice-Ministre a donc émis l’espoir que les Nations Unies et les autres pays intéressés par l’avenir de la Côte d’Ivoire, se garderont de toute approche déséquilibrée entre les intérêts à court, à moyen et à long terme du peuple ivoirien.  Il a jugé utile de mettre en place des mécanismes de suivi de la mise en œuvre des Accords pertinents.

Donnant son estimation de l’évaluation de la situation sur le terrain, le Vice-Ministre a reconnu les progrès substantiels qui ont été effectués en ce qui concerne l’adoption de la législation prévue par l’Accord de Linas-Marcoussis, dont l’article 35 de la Constitution sur l’éligibilité des candidats à la présidence.  Il a tout de même rappelé que le processus d’amendement de la Constitution n’est pas encore finalisé.  Il a souligné, en la matière, que la Constitution prévoit que tout amendement en matière d’élection à la Présidence doit être adopté par référendum.  Aucune disposition, a-t-il insisté, n’exempte l’article 35 de cette obligation.  Selon l’Accord d’Accra II, il est possible de passer outre à ces dispositions constitutionnelles s’il est impossible d’organiser un référendum à cause de circonstances exceptionnelles.  La Médiation de l’Union africaine est d’avis qu’il faut obtenir l’opinion collective de tous les leaders politiques ivoiriens avant de finaliser la question de l’article 35, a-t-il dit, ajoutant que la mission de l’Union africaine prend donc des mesures en ce sens.  Poursuivant, il a indiqué que le processus de désarmement, de démobilisation et de réinsertion (DDR) commencerait dès que les sites de regroupement seraient prêts.  En l’occurrence, il a dit vouloir croire en la bonne foi des Forces nouvelles.

Le Gouvernement de réconciliation nationale, a-t-il encore confié, ne fonctionne pas de manière satisfaisante compte tenu de la non-participation des Ministres issus des Forces nouvelles.  Il a aussi expliqué les nombreux problèmes qui continuent d’empoisonner la situation politique et sécuritaire.  Il a néanmoins attiré l’attention du Conseil sur la disposition de la médiation de l’Union africaine à mettre en œuvre le calendrier électoral élaboré par le Premier Ministre.  Il a encouragé les Nations Unies à indiquer de quelle manière elles comptent assumer leur rôle dans le processus électoral.  Il est important, a-t-il dit, que la feuille de route soit mise en œuvre afin de s’assurer que des élections crédibles soient tenues à la fin de cette année.  Il a annoncé, à cet égard, la tenue d’une réunion, dans six jours, entre le Président de l’Afrique du Sud et les principaux dirigeants de la Côte d’Ivoire. 

Le Vice-Ministre a conclu en demandant au Conseil de sécurité de renforcer l’ONUCI et les fonctions du Représentant spécial du Secrétaire général afin de contribuer à un règlement pacifique de la crise en Côte d’Ivoire.  Il a appuyé la recommandation du Secrétaire général concernant le déploiement de 1 226 troupes supplémentaires.  Il a aussi appelé le Conseil à coordonner « sincèrement » ses actions futures avec l’Union africaine.

Faisant part de la préoccupation de son pays face à la situation sécuritaire en Côte d’Ivoire, M. MIHNEA IOAN MOTOC (Roumanie) a affirmé que le Conseil de sécurité ne peut tolérer aucune attaque contre le personnel de l’ONU et la population civile.  Tous ceux qui nourrissent les violences et empêchent la mise en œuvre des accords de paix doivent être tenus responsables, a-t-il préconisé, en précisant que le moment est venu pour des actions plus fermes en ce sens, y compris au niveau du Conseil de sécurité.  Il a également déclaré qu’il est essentiel que les parties traitent des problèmes politiques majeurs encore en suspens avant la tenue des élections et que l’idée d’accroître le rôle de l’ONU dans le processus électoral doit être approfondie à la lumière de l’évolution des événements sur le terrain.  M. Motoc a également affirmé que l’ONUCI continuera de jouer un rôle important dans des circonstances particulièrement complexes.  Nous désirons voir les forces de Nations Unies s’acquitter effectivement de leurs tâches et nous sommes prêts à soutenir le renforcement de l’Opération, conformément aux propositions formulées par le Secrétaire général, a-t-il conclu.

M. JOEL ADECHI (Bénin) a fait part de son sentiment que les protagonistes de la crise ivoirienne ont décidé de rester sourds aux nombreux appels et aux efforts multidimensionnels de la communauté internationale.  À la concertation et au dialogue, la classe politique ivoirienne semble préférer la voie de la violence, de la provocation et de l’affrontement, en un mot, le langage des armes, a regretté le représentant.  À la veille des élections, il a cité comme défi le rétablissement du dialogue entre les parties ivoiriennes, en se félicitant de la prochaine réunion prévue à Pretoria entre les principaux protagonistes de la crise.  Le second défi, a-t-il dit, tient à la sécurité.  Il a encouragé la lutte contre les agissements des groupes armés illégaux et l’accélération du programme DDR.  Le représentant a aussi appelé à des mesures contre toutes les personnes qui commettent ou encouragent les violations des droits de l’homme et contre les campagnes d’appel à la haine et à la violence orchestrées par les médias.  Enfin, comme du troisième défi, il a cité l’organisation des élections, en appelant toutes les parties ivoiriennes à surmonter les tergiversations observées aussi bien dans la mise en place de la Commission électorale et l’établissement des listes électorales que dans la mise en adéquation de la législation électorale avec les Accords de paix.  Le représentant s’est aussi dit préoccupé par la situation humanitaire avant d’appuyer les recommandations tendant à apporter à l’ONUCI les ressources humaines et les moyens logistiques nécessaires pour lui permettre de s’acquitter efficacement de son mandat élargi.

M. ZHANG YISHAN (Chine) a déclaré que sa délégation se félicite des efforts de médiation du Président Mbeki et attend les résultats positifs de la prochaine réunion en Afrique du Sud.  La Chine a toujours suivi avec une grande attention la situation en Côte d’Ivoire et espère que le pays sera en mesure d’instaurer la paix et la stabilité dès que possible.  Le représentant s’est réjoui que des progrès aient été accomplis grâce aux efforts du Président Mbeki.  Cependant, a-t-il noté, le processus politique en cours en Côte d’Ivoire reste dans l’impasse et la situation en matière de sécurité demeure incertaine.  Le représentant a souligné que toutes les parties doivent honorer les engagements qu’ils ont faits au Président Mbeki, ainsi que les engagements pris en vertu de la feuille de route.  En outre, elles doivent mettre pleinement en œuvre les Accords de Linas-Marcoussis et poursuivre le dialogue pour régler leurs divergences.  Au cours de l’année dernière, le Conseil a adopté trois résolutions sur la Côte d’Ivoire, qui ont joué un rôle positif en faveur de la paix et de la stabilité en Côte d’Ivoire.  Les Nations Unies doivent continuer à renforcer la coordination avec l’Union africaine et la CEDEAO et œuvrer avec le Président tout en soutenant le rôle moteur de l’Union africaine.  C’est pourquoi, la Chine appuie le principe de la recommandation du Secrétaire général en faveur de la prorogation du mandat de l’ONUCI.

M. AUGUSTINE MAHIGA (République-Unie de Tanzanie) a dit particulièrement apprécier les initiatives du Président de l’Afrique du Sud, en appelant les parties ivoiriennes à garantir leur succès.  Nous voulons, a-t-il dit, savoir comment rétablir la confiance entre ces parties et plus particulièrement, comment surmonter l’impasse dans le programme législatif, le fonctionnement du Gouvernement et l’organisation des élections.  Les propositions de la Médiation sud-africaine méritent l’appui et la coopération des parties ivoiriennes et de la communauté internationale, a estimé le représentant.  Le Conseil de sécurité, a-t-il aussi estimé, devrait travailler avec le Président sud-africain pour identifier les mesures incitatives appropriées et d’autres moyens qui s’avèreraient utiles, y compris ceux prévus par les résolutions pertinentes.  Le représentant a conclu en appuyant les propositions du Secrétaire général sur le renforcement de l’ONUCI.

M. STUART HOLLIDAY (États-Unis) a exhorté toutes les parties ivoiriennes à respecter les engagements qu’elles ont pris dans le cadre de l’Accord de Linas-Marcoussis et les efforts de médiation engagés par le Président Mbeki au nom de l’Union africaine.  Il a fait part de la préoccupation de son pays face à la situation humanitaire en Côte d’Ivoire.  Nous avons des questions concernant l’utilité d’augmenter l’ONUCI au delà du mandat actuel, a-t-il affirmé.  Mais nous pensons toutefois, a-t-il ajouté, qu’il est tout à fait essentiel que des progrès soient réalisés et que l’ONUCI ait recours à tous les outils dont elle dispose.  Pour conclure, il a demandé à toutes les parties ivoiriennes d’éviter la rhétorique de la haine.

M. JEAN-MARC DE LA SABLIÈRE (France) a souligné les espoirs que la communauté internationale fonde dans la médiation conduite par l’Afrique du Sud et dans l’engagement personnel du Président Mbeki pour sortir la Côte d’Ivoire de la crise dans laquelle elle est plongée.  La situation est préoccupante, a-t-il convenu, compte tenu des enjeux considérables pour le pays et son peuple.  Les enjeux sont aussi considérables pour la région ouest africaine et l’Afrique dans son ensemble, a-t-il aussi souligné.  La persistance d’une crise grave dans un grand pays du continent « qui réussissait » ne peut être acceptable pour l‘Afrique.  Or, la Côte d’Ivoire est loin d’avoir trouvé le chemin de la réconciliation compte tenu du maintien de l’option militaire.  Cela n’est pas acceptable, a-t-il prévenu, en appelant les parties à réaliser que la communauté internationale ne tolèrera jamais la résolution de la crise par les armes et veillera au respect de l’embargo.  Dans un tel contexte, le renforcement des effectifs de l’ONUC paraît urgent, a dit le représentant, en jugeant aussi inacceptable la poursuite des campagnes de haine dans les médias.  Il a regretté l’impasse du processus politique dont les retards dans le cantonnement des forces, le désarmement des Forces nouvelles, le démantèlement des milices, la révision de l’article 35 de la Constitution.  Aujourd’hui, le temps est compté, a averti le représentant, en rappelant les échéances électorales.  Si les élections ne se tenaient pas, la Côte d’Ivoire entrerait dans une ère de tous les dangers, a-t-il dit.  Il a ainsi formé l’espoir que la réunion de Pretoria contribuera à relancer la dynamique de la paix, en appelant au sens de responsabilité des dirigeants ivoiriens.  Le représentant a prôné une étroite collaboration entre le Conseil, d’une part, et l’Union africaine et la CEDEAO, d’autre part, concernant la prorogation du mandat de la Mission et le renforcement de ses effectifs.  Il a donc proposé de renouveler le mandat des Forces de l’ONUCI pour un mois, soit jusqu’au 4 mai, pour permettre au Conseil de tenir compte, dans sa décision, des résultats de la réunion de Pretoria.  Il a aussi assuré que si le Conseil, à l’écoute des Africains, le souhaite, la France continuera à assumer les responsabilités dont elle est chargée actuellement en Côte d’Ivoire.   

M. ABDALLAH BAALI (Algérie) a affirmé que son pays souhaite vivement que les acteurs politiques ivoiriens saisissent le rendez-vous de Pretoria des 3 et 4 prochains pour amorcer une reprise sérieuse du processus politique.  Il a déclaré que tout doit être fait pour que les élections se déroulent à la date prévue et que les parties prennent des initiatives afin de donner au pays une nouvelle visibilité et au peuple ivoirien une perspective rassurante.  Les Forces nouvelles, a-t-il ajouté, doivent reprendre leur place sans délai au sein du Gouvernement de réconciliation nationale et commencer le désarmement.  Les autorités ivoiriennes doivent, pour leur part, consentir à trouver une solution à l’article 35 et faire en sorte que les réformes législatives contribuent réellement à extirper les racines du mal, a-t-il préconisé.

Abordant le rôle de l’ONUCI, M. Baali a rappelé que son mandat et ses règles d’engagement ont subi des modifications selon l’évolution de la crise ivoirienne.  Devenue une force de stabilisation, l’ONUCI a été amenée à accomplir des tâches pour lesquelles elle n’est pas forcément préparée, a-t-il ajouté, en faisant observer qu’à l’approche des élections d’octobre, les responsabilités de l’Opération s’accroîtront indépendamment de l’évolution de la situation politique en Côte d’Ivoire.  S’il y’a une chose que la communauté internationale ne souhaite pas accepter pour l’ONUCI, c’est de la voir rester passive et impuissante face à une éventuelle détérioration de la situation, a-t-il prévenu.  Il a estimé que le renforcement des moyens de l’Opération et, éventuellement, une adaptation de son mandat, paraissent plus que jamais indispensables.

M. KENZO OSHIMA (Japon) s’est joint aux préoccupations exprimées sur l’impasse dans laquelle se trouve la situation politique en Côte d’ivoire.  Il a relevé le manque de volonté de la part des parties ivoiriennes pour aboutir à une solution par la négociation.  Les efforts de l’Union africaine et de la Communauté des États d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) pour faire progresser le processus de paix en Côte d’ivoire  doivent être soutenus, a-t-il poursuivi.  Il a d’ailleurs émis le souhait que les efforts de médiation du Président Mbeki s’intensifient, soulignant la nécessité d’un échange d’informations et de coordination, sur le terrain, entre l’équipe de celui-ci et de l’Union africaine et celle des Nations Unies menée par le nouveau Représentant spécial du Secrétaire général.  Si les parties ivoiriennes ne coopèrent pas avec le Président Mbeki, il faudra appliquer des sanctions en conséquence, a estimé le représentant.  À son avis, il faudrait que la communauté internationale envoie le message clair qu’elle ne peut pas tolérer le sabotage du processus de paix.  Enfin, M. Oshima a suggéré qu’une synergie se mette en place entre toutes les missions des Nations Unies déployées en Afrique de l’Ouest, appréciant les observations du Secrétaire général figurant dans son rapport relatif à la coopération entre les missions de maintien de la paix dans cette région.

M. ALEXANDER V. KONUZIN (Fédération de Russie) a affirmé que son pays est gravement préoccupé par la lenteur des progrès en Côte d’Ivoire et par l’impasse politique dans lequel se trouve l’application de l’Accord Linas-Marcoussis.  L’instabilité politique et la volatilité de la situation sécuritaire risquent de compromettre la tenue des élections à la date prévue, a-t-il fait observer.  Il a mis en garde contre les conséquences graves et préjudiciables d’un tel report des élections qui risquent de menacer l’ordre constitutionnel et politique du pays.  Rappelant que l’entière responsabilité de solutions à la crise ivoirienne revient d’abord et avant tout aux Ivoiriens, il a exhorté les parties ivoiriennes à régler leurs différends relatifs aux réformes législatives, à l’organisation des élections et à la mise en route du processus de désarmement.  Nous apprécions le rôle que pourrait jouer les pays voisins à cet effet, a-t-il fait remarquer.  Notant l’aggravation de la situation en matière de sécurité, le représentant a affirmé que son pays souscrit  aux recommandations du Secrétaire général concernant le renforcement des effectifs de l’ONUCI et la prorogation du mandat jusqu’en 2006.

M. CÉSAR MAYORAL (Argentine) en a appelé à la volonté politique des parties ivoiriennes.  Il a encouragé le rétablissement de la confiance, l’application des accords pertinents, la relance du Gouvernement de transition, l’accélération du processus de DDR ou encore la restructuration de la police nationale.  Il a réaffirmé son appui aux efforts de médiation du Président sud-africain ainsi qu’à ceux de la CEDEAO.  Il a, à cet égard, jugé important que le Conseil de sécurité reçoive une mise à jour régulière de l’évolution du processus de médiation.  Se félicitant de la réunion à Pretoria, il s’est prononcé en faveur de la mise en œuvre des sanctions prévues par les résolutions contre tout individu qui ferait obstacle à l’application des accords et contribuerait aux violations des droits de l’homme.

M. ADAMANTIOS VASSILAKIS (Grèce) a fait part de sa vive préoccupation concernant la situation précaire que connaît la Côte d’Ivoire en terme de sécurité.  Il a regretté que, malgré les efforts du Président Thabo Mbeki, au nom de l’Union africaine, pour faire avancer le plan d’action sur lequel les parties se sont entendues en décembre 2004, des dispositions importantes de ce plan sur le désarmement, la démobilisation et la réintégration des anciens combattants et des milices n’ont pas été mises en œuvre.  Malgré les efforts de l’Opération des Nations Unies en Côte d’Ivoire (ONUCI), des civils et du personnel de maintien de la paix sont toujours victimes d’abus en ce qui concerne les droits de l’homme, en toute impunité, a-t-il aussi déploré.  Le représentant a ensuite mis l’accent sur l’importance de mettre en œuvre les résolutions 1572 (2004) et 1584 (2005) du Conseil de sécurité relatives à l’embargo sur les armes en Côte d’ivoire.  Constatant que le processus de paix ne fait aucun progrès, il a adhéré à la suggestion du Secrétaire général de l’ONU de renforcer la capacité de l’ONUCI.  Il a aussi invité les États Membres de la région concernée à se soumettre, s’ils ne l’ont pas encore fait, à leur obligation de communiquer au Comité créé par la résolution 1572 (2004) les informations pertinentes sur les mesures prises au niveau national pour appliquer l’embargo sur les armes à destination de la Côte d’Ivoire.  Le Conseil ne peut pas tolérer davantage une culture d’impunité au regard des violations des droits de l’homme, a-t-il conclu.

M. BAYANI S. MERCADO (Philippines) a déploré la lenteur des progrès enregistrés en Côte d’Ivoire, l’impasse dans lequel se trouve le processus politique et la détérioration de la situation en matière de sécurité.  Dans ce contexte, le pays ne peut pas se permettre le report de la tenue des élections qui risque de plonger le pays dans le chaos et provoquer l’instabilité de la région.  Pour sortir de l’impasse, a-t-il ajouté, les parties ivoiriennes doivent traiter d’urgence les réformes législatives et mettre en route le processus de désarmement.  Le représentant a exprimé l’appui de son pays au plan d’action de l’Union africaine et au rôle de médiation joué par le Président Mbeki.  Les Philippines appuient également les recommandations du Secrétaire général concernant la prorogation du mandat de l’ONUCI et le renforcement de ses effectifs.

Sir EMYR JONES PARRY (Royaume-Uni) a souligné la nécessité urgente de respecter la lettre et l’esprit des accords pertinents pour assurer la tenue d’élections crédibles.  Il a appuyé, en l’occurrence, un rôle accru de l’ONU si toutes les parties ivoiriennes le demandaient.  Il a dit la disposition de son pays d’examiner avec attention les moyens requis pour rendre l’ONUCI à la hauteur des défis.  Il a d’ailleurs appuyé la proposition de la France concernant l’adoption préalable d’une résolution technique.

M. LARS FAABORG-ANDERSEN (Danemark) a déclaré que la Côte d’Ivoire était au bord du gouffre.  Une option militaire ne donnerait ni vainqueurs ni vaincus, a-t-il estimé.  Cette semaine à Pretoria, les parties au conflit en Côte d’Ivoire devraient avoir le courage de faire des concessions et de rétablir la confiance nécessaire à l’organisation d’élections de manière à ce que le pays se réconcilie.  Le Danemark soutient et apprécie les efforts de médiation inlassables déployés par le Président Mbeki d’Afrique du Sud.  Ensuite, le Danemark pense que le manque de progrès dans la mise en œuvre des accords de paix et l’accentuation actuelle de la loi des milices, que nous observons depuis le début des manifestations qui ont commencé samedi, devraient faire réfléchir le Conseil de sécurité sur les objectifs donnés aux forces de maintien de la paix et sur les conditions dans lesquelles elles opèrent, a dit le représentant.  La délégation du Danemark partage le point de vue du Secrétaire général selon lequel il faudrait renforcer l’ONUCI et étendre sa présence dans le pays.  Notant que le Conseil avait employé à la fois la carotte et le bâton dans ses résolutions 1572 et 1584, le représentant a indiqué que son pays pensait qu’il fallait augmenter la pression sur les parties au conflit.  Nous devrions attentivement étudier les conclusions de la Commission d’enquête internationale sur les allégations concernant des violations sérieuses des droits de l’homme et du droit humanitaire international en Côte d’Ivoire et rendre le rapport rédigé à ce sujet public, sans son annexe, a proposé M. Faaborg-Andersen, en estimant que cette démarche serait une étape sur la voie pour mettre fin à la culture de l’impunité. 

Faisant part des préoccupations de son pays face au climat d’impunité qui prévaut dans le pays, aux violations flagrantes des droits de l’homme ainsi qu’au renforcement des milices ivoiriennes, M. RONALDO MOTA SARDENBERG, Président du Conseil de sécurité (Brésil), a déclaré qu’il faut mettre fin au commerce illicite des petites armes.  Et puisqu’il n’y a pas de paix sans développement, a-t-il ajouté, il faut que les partenaires au développement créent des emplois générateurs de revenus.  Il s’est par ailleurs félicité des efforts déployés par

le Département de l’information et le message de paix diffusé à travers la station de radio de l’ONUCI qui contribue à la sensibilisation des Ivoiriens aux activités entreprises par les Nations Unies et ses partenaires.  Pour renforcer les capacités de l’ONUCI et l’aider à s’acquitter convenablement des tâches qui lui incombent, le Brésil souscrit à la prorogation de son mandant jusqu’à 2006 et au renforcement de ses effectifs.

M. PHILIPPE D. DJANGONÉ-BI (Côte d’Ivoire) a d’emblée souligné que dans sa tonalité générale, le rapport du Secrétaire général dont est saisi le Conseil de sécurité, semble faire preuve d’une grande compréhension à l’égard du point de vue ou de l’attitude des Forces nouvelles (ex-rébellion) et des partis d’opposition, alors que les positions des autorités légitimes sont systématiquement mises en doute, s’il en est fait état.  Il a déclaré q’une telle approche risque de conforter durablement les ex-rebelles dans leur intention de changer les institutions de leur pays par la violence, et d’encourager la naissance d’autres rébellions dans la sous-région.  Il a ainsi cité quelques exemples d’extraits du rapport avant de les réfuter.  En ce qui concerne les modalités de renouvellement du mandat de l’ONUCI, M. Djangoné-Bi a précisé que le Gouvernement de son pays fera connaître sa décision à l’issue de l’importante rencontre qui aura lieu entre les différents protagonistes, le 3 avril prochain, à Pretoria, autour du Président Thabo Mbeki.  La Côte d’Ivoire prendra compte de l’issue de cette importante réunion et espère que la Communauté internationale ira dans ce sens, a-t-il conclu.

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