LE REPRÉSENTANT SPÉCIAL DU SECRÉTAIRE GÉNÉRAL PRÉSENTE AU CONSEIL DE SÉCURITÉ LE PROJET DE DÉPLOIEMENT D’UNE FORCE DE 10 000 HOMMES AU SOUDAN

4 février 2005
CS/8305

LE REPRÉSENTANT SPÉCIAL DU SECRÉTAIRE GÉNÉRAL PRÉSENTE AU CONSEIL DE SÉCURITÉ LE PROJET DE DÉPLOIEMENT D’UNE FORCE DE 10 000 HOMMES AU SOUDAN

04/02/2005
Communiqué de presseCS/8305

Conseil de sécurité

5119e séance – matin

LE REPRÉSENTANT SPÉCIAL DU SECRÉTAIRE GÉNÉRAL PRÉSENTE AU CONSEIL DE SÉCURITÉ LE PROJET DE DÉPLOIEMENT D’UNE FORCE DE 10 000 HOMMES AU SOUDAN

Le Représentant spécial du Secrétaire général, Jan Pronk, a présenté ce matin au Conseil de sécurité le projet de déploiement d’une force de 10 000 hommes au Soudan.  Cette opération multidimensionnelle, qui prendrait le nom de Mission des Nations Unies pour le Soudan (MINUSOUD), serait chargée d’appuyer la mise en œuvre de l’Accord de paix global signé le 9 janvier 2005 entre le Gouvernement du Soudan et le Mouvement/Armée de libération du peuple soudanais, qui met fin à 20 ans de guerre civile entre le Nord et le Sud.  Conformément aux recommandations contenues dans le rapport du Secrétaire général, M. Pronk a demandé au Conseil d’autoriser le déploiement de cette mission, qui aurait pour mandat d’aider les parties à réaliser une paix durable et couvrirait les aspects de la sécurité, de la gouvernance, de l’assistance humanitaire et du développement.  Soulignant l’indivisibilité de la paix au Soudan, il a insisté sur la nécessité, pour assurer le succès de la mise en œuvre de l’Accord Nord-Sud, de résoudre parallèlement les autres problèmes du pays, notamment le conflit au Darfour.

RAPPORTS DU SECRÉTAIRE GÉNÉRAL SUR LE SOUDAN

Rapport (S/2005/57)

Dans ce rapport, le Secrétaire général des Nations Unies, Kofi Annan, recommande au Conseil de sécurité la création d’une mission de soutien à la paix au Soudan de plus de 10 000 hommes, chargée d’appuyer l’application de l’Accord de paix global du 9 janvier 2005.

Cet accord, souligne le Secrétaire général, marque un tournant dans l’histoire du pays et donne l’occasion de mettre fin au conflit entre le Nord et le Sud, au cours duquel, en plus de 20 ans, deux millions de personnes ont été tuées et quatre millions arrachées à leur foyer.  Le règlement pacifique du conflit, ajoute-t-il, a des incidences positives pour la région et au-delà, dans la mesure où l’instabilité du pays a permis à des groupes armés de traverser les frontières et à des mouvements terroristes internationaux de s’y dissimuler périodiquement.

M. Annan prévient que ce conflit dévastateur ne peut être facilement relégué dans l’histoire et, notant que les parties se sont donné six ans et demi pour appliquer leurs accords, il souligne que tout effort de la communauté internationale pour aider à la mise en œuvre de l’Accord du 9 janvier requerrait une intervention de vaste envergure, soutenue et soigneusement coordonnée de la part de l’ONU et de ses partenaires internationaux.  Des ressources considérables sont nécessaires pour le secours et le relèvement, insiste-t-il, en se félicitant de la tenue d’une conférence sur la reconstruction, organisée par le Gouvernement norvégien.

Rappelant que la paix au Soudan était indivisible, M. Annan estime que l’appui de l’Accord de paix global est la voie la plus prometteuse dans la résolution d’autres crises politiques auxquelles le Soudan est confronté, notamment au Darfour.  Il recommande au Conseil de sécurité, agissant en vertu du Chapitre VI de la Charte des Nations Unies (« Règlement pacifique des différends »), d’autoriser le déploiement d’une opération multidimensionnelle de soutien à la paix, dotée d’effectifs militaires de 10 130 hommes, dont 750 observateurs militaires, 160 officiers d’état-major, des unités de soutien dont le nombre peut aller jusqu’à 5 070 hommes, une composante protection de la force de 1 450 hommes et 755 policiers civils.

Bien qu’il n’ait reçu qu’un nombre très limité de réponses aux appels lancés aux pays susceptibles de fournir des contingents, le Secrétaire général indique qu’il est en mesure de procéder au déploiement progressif de l’opération, qui serait nommée Mission des Nations Unies au Soudan (MINUSOUD), dès que le Conseil aura approuvé ses recommandations.  Il salue en conclusion le succès de l’Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD) dans le processus de paix Nord-Sud, ainsi que les immenses efforts déployés par l’Union africaine concernant le Darfour qui marquent, estime-t-il, une tendance positive vers une plus grande direction africaine dans la résolution des conflits en Afrique.

Exposé

Le Représentant spécial pour le Soudan, M. JAN PRONK, a présenté les recommandations du Secrétaire général concernant les effectifs, la structure et le mandat d’une opération des Nations Unies qui serait établie pour soutenir la mise en œuvre de l’Accord de paix global sur le Soudan.  La signature de cet Accord, le 9 janvier 2005, marque le début d’une période pré-intérimaire de six mois précédant une période de transition de six ans, à l’issue de laquelle la population du Sud-Soudan choisira, par un référendum, entre unité et sécession.  Le Secrétaire général, a-t-il poursuivi, recommande que la Mission des Nations Unies reste en place pendant six mois après le référendum, afin d’aider à la mise en œuvre de ses résultats.  Il a précisé que les institutions des Nations Unies poursuivraient naturellement leurs activités après le retrait de la mission.

M. Pronk a souligné l’ampleur de la tâche qui restait à accomplir, l’Accord ayant laissé certaines questions en suspens, comme les effectifs de l’armée, qui devront être réglées par la future présidence du pays qui, après l’entrée en vigueur de la nouvelle constitution, sera composée du Président al-Bashir et des Vice-Présidents Taha et Garang.  Il a estimé qu’une véritable course contre la montre était engagée pour mettre en œuvre l’ambitieux calendrier prévu par l’Accord, et a invité les parties à s’atteler au respect des étapes prévues pour la période pré-intérimaire d’ici le 9 juillet prochain, puis pour la période intérimaire dans les six années suivantes.  Le processus a commencé il y a un mois et il ne faut pas perdre de temps, a-t-il poursuivi, d’autant plus que le climat n’est pas totalement apaisé.  Il a prévenu que tout retard dans l’application de l’Accord ne ferait qu’augmenter les problèmes non résolus comme, par exemple, la crise au Darfour.

Le Représentant spécial a indiqué que les Nations Unies travaillaient depuis plusieurs mois avec les parties concernées, à l’élaboration d’un plan détaillé de déploiement d’une force d’observation et de vérification de 10 000 hommes.  Sa base est constituée de 750 observateurs militaires, déployés dans une vaste zone de 1 000 km sur 1 250 km, très pauvre en communications.  Ils seront assistés d’une force de soutien de 5 000 hommes et d’une force de protection de 4 000 hommes.  M. Pronk a remercié les pays qui s’étaient déjà engagés à fournir des troupes et a annoncé que la première phase du déploiement pourrait débuter dès que le mandat serait approuvé.

La paix au Soudan est indivisible, a déclaré le Représentant spécial, ajoutant qu’une opération de soutien à la paix, limitée au Sud-Soudan, serait affaiblie par la poursuite de conflits au Darfour ou ailleurs dans le pays.  Conformément aux demandes du Conseil de sécurité, l’établissement d’un plan de réserve pour le Darfour a été inclus dans la mission, a-t-il dit.  À cet égard, il a considéré qu’il était important de prendre en compte, dans le mandat de la future Mission des Nations Unies au Soudan (MINUSOUD), le rôle moteur joué par l’Union africaine dans la recherche d’une solution au conflit du Darfour.

Poursuivant, le Représentant spécial a jugé essentiel que le mandat de la future Mission des Nations Unies tienne compte de tous les efforts visant à réaliser la paix au Darfour afin d’assurer des progrès vers une solution durable et, ce, grâce à une stratégie bien définie et largement appuyée.  Au-delà des mécanismes de surveillance du cessez-le-feu, il faudra, a prévenu Jan Pronk, enlever aux parties à l’Accord et aux autres acteurs soudanais toute raison de recourir, de nouveau, à la violence.  Il est important, s’est expliqué Jan Pronk, que le processus de paix soit aussi global que possible et couvre les questions liées au déminage, au désarmement et à la démobilisation des combattants, à la réforme du secteur de la sécurité ou encore au retour et à la réintégration des personnes déplacées et des réfugiés. 

Le Représentant spécial a aussi cité la réintégration des anciens combattants, la reconstruction des infrastructures, la réhabilitation des capacités de production et des structures sociales, la réconciliation entre les anciens belligérants et la réduction de la pauvreté.  Tout ceci, a-t-il précisé, exige une bonne gouvernance économique et politique, l’instauration de l’état de droit, la réforme des institutions publiques, l’élaboration d’une nouvelle constitution, le respect des droits de l’homme ou encore une démocratisation caractérisée par une politique de développement inclusive et par la réalisation des objectifs de développement du Millénaire, dans tous les coins du pays, y compris les plus pauvres. 

Compte tenu de l’énormité des défis, a-t-il estimé, le peuple soudanais doit être appuyé par la communauté internationale.  Les Nations Unies n’ont pas à entreprendre des actions qui peuvent et doivent être menées par les Soudanais eux-mêmes.  L’opération de soutien aura pour mandat de mener des évaluations régulières et de réexaminer les tâches et les priorités en fonction des circonstances.  Il faudra suivre de près l’impact des activités étrangères sur la société soudanaise, a-t-il dit avant de souligner qu’une approche globale n’implique pas forcément la mise en place d’une nouvelle structure.  Bien au contraire, les nombreux fonds, programmes et institutions des Nations Unies présents au Darfour ont développé des compétences sûres et ont installé des capacités impressionnantes qui peuvent être exploitées d’une manière unifiée grâce à des objectifs communs, une consultation et une coordination renforcées et une complémentarité et une coopération réelles.  Le Conseil de sécurité, a conclu le Représentant spécial, doit autoriser le déploiement d’une opération de soutien à la paix multidimensionnelle avec pour mandat d’aider les parties à réaliser une paix durable et couvrant les aspects de la sécurité, de la gouvernance, de l’assistance humanitaire et du développement.

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