LA CONSOLIDATION DE LA PAIX NÉCESSITE UNE STRATÉGIE CLAIRE QUI TIENNE COMPTE DES CONDITIONS LOCALES ET SE REFLÈTE DANS DES MANDATS RÉALISTES

22 septembre 2004
SG/SM/9493-SC/8194

LA CONSOLIDATION DE LA PAIX NÉCESSITE UNE STRATÉGIE CLAIRE QUI TIENNE COMPTE DES CONDITIONS LOCALES ET SE REFLÈTE DANS DES MANDATS RÉALISTES

22/09/2004
Communiqué de presseSG/SM/9493 SC/8194

LA CONSOLIDATION DE LA PAIX NÉCESSITE UNE STRATÉGIE CLAIRE QUI TIENNE

COMPTE DES CONDITIONS LOCALES ET SE REFLÈTE DANS DES MANDATS RÉALISTES

On trouvera ci-après la déclaration faite par le Secrétaire général de l’ONU, M. Kofi Annan, à la réunion ministérielle que le Conseil de sécurité a tenue ce matin sur « les aspects civils de la gestion des crises et de la consolidation de la paix »:

« Je voudrais commencer, Monsieur le Président, par vous féliciter pour l’initiative que vous avez prise de tenir le présent débat public sur les aspects civils de la gestion des crises.  Ce débat vient fort à propos et la présence de tant de ministres des affaires étrangères est très appréciée.

Hier, à l’Assemblée générale, j’ai insisté sur l’importance de l’état de droit.  Nulle part son absence ne se fait autant sentir que dans les sociétés ravagées par la guerre, et nulle part son rétablissement n’est davantage essentiel au maintien de la paix et de la sécurité internationales.

Mais cela est beaucoup plus facile à dire qu’à faire.  La consolidation de la paix est une affaire complexe.  Elle a recours à de nombreux protagonistes: non seulement aux opérations qui ont été prescrites par le Conseil de sécurité, mais aussi au travail essentiel des institutions, fonds et programmes de l’ONU, des organisations régionales ainsi que des organisations non gouvernementales qui sont nos partenaires.  Son objectif est de bâtir une paix durable dans les sociétés ravagées par la guerre.  Voilà une activité fort ambitieuse.

L’expérience nous a enseigné que les interventions internationales, même celles ayant la légitimité sans pareille conférée par l’ONU, ne sont pas en mesure d’effacer rapidement l’héritage néfaste des conflits.  C’est pourquoi nous devons être réalistes quant à ce que nous sommes capables d’obtenir et devons avoir une stratégie politique claire en vue du succès, stratégie qui soit fondée sur une compréhension solide du contexte et adaptée afin d’y répondre.

Cette stratégie doit comprendre des repères pour mesurer les progrès réalisés en vue de l’objectif non seulement de tenir des élections, mais aussi d’édifier des États légitimes et efficaces.  Mais puisque nous avons des ressources comparativement limitées, nous devons établir certaines priorités.  En l’absence de priorités clairement définies, notamment dans le domaine de la sécurité, de l’état de droit et de possibilités économiques immédiates, les meilleurs plans de reconstruction et de redressement à long terme seront voués à l’échec.

Je ne veux pas donner l’impression d’être pessimiste.  Au contraire, l’édification de la paix peut vraiment réussir, comme nous l’avons vu en El Salvador, au Guatemala, au Mozambique, en Namibie et plus récemment au Timor-Leste.  Je suis également encouragé de voir qu’un certain nombre de nos missions en cours enregistrent des progrès solides et aident la paix à prendre racine.

Mais je suis parfaitement conscient des énormes défis auxquels nous sommes confrontés: en Afrique, où les opérations de paix de l’ONU sont en forte demande, et également dans d’autres lieux, dont certains très dangereux.  L’appui concret du Conseil de sécurité fera, de bien des manières, la différence entre le succès et l’échec de nos efforts d’édification de la paix actuels et futurs.

Premièrement, le Conseil doit manifester un intérêt soutenu et se concentrer sur chaque opération de maintien de la paix.  L’édification laborieuse de la paix à partir de la base ne fait pas souvent les gros titres des journaux et pourtant, elle doit susciter l’attention vigilante du Conseil et son engagement à long terme.  L’absence d’intérêt ou la division au niveau du Conseil est une recette pour ne pas honorer nos mandats ni résoudre nos problèmes, laissant les causes principales des conflits susceptibles de s’envenimer et causer de nouvelles explosions un jour.  Nous avons vu les amères conséquences de l’échec de l’édification de la paix en Haïti et au Libéria, où nous sommes engagés une fois de plus aujourd’hui.  Nous ne devons pas répéter ces erreurs.

Deuxièmement, nous avons besoin de davantage de ressources et nous devons obtenir celles-ci plus rapidement qu’à l’heure présente.  Je suis heureux de constater quelques améliorations dans l’acheminement des ressources destinées à la reconstruction après les conflits, mais les besoins sont encore très grands.  Les opérations de paix de l’ONU représentent un excellent investissement.  Dans toute l’histoire de l’ONU, à peine plus de 30 milliards de dollars ont été consacrés à nos opérations de maintien de la paix.  Ce n’est que le trentième du montant déboursé l’année dernière pour les dépenses militaires dans le monde.

Troisièmement, nous devons veiller à ce que nos efforts soient bien intégrés, étant donné que les différents éléments de l’édification de la paix sont interdépendants et qu’un échec dans un secteur risque de se répercuter sur les autres.  À cette fin, l’ONU, d’autres organisations internationales, les organisations régionales, les donateurs bilatéraux et les organisations non gouvernementales doivent renforcer leurs liens institutionnels et œuvrer de concert sur la base d’objectifs et de priorités partagés.

Quatrièmement, nous devons nous assurer de disposer des meilleures personnes disponibles pour qu’elles puissent s’acquitter des tâches difficiles que leur confie le Conseil.  Je parle en particulier du personnel civil.  Nous avons besoin d’un cadre international de civils extrêmement compétents pour l’édification de la paix, tant d’experts techniques que de personnes dotées de la capacité de travailler en étroite collaboration avec les protagonistes nationaux et de rassembler les différentes perspectives en matière de gestion des conflits, d’édification des États, de développement et de justice pendant les périodes de transition.  Je suis fier de l’expertise sans égale qu’a acquise le personnel dévoué qui me soutient pour que le Conseil puisse s’acquitter de ses mandats.  Mais nous devons recevoir les ressources nécessaires aux fins de renforcer la qualité et la quantité de cette expertise.

Enfin, je ne saurais conclure mes propos sur ce thème sans mentionner la sécurité du personnel civil de l’ONU.  Le risque fait inévitablement partie de notre travail, mais il doit y avoir un équilibre raisonnable entre le risque à assumer et la contribution substantielle que les civils sont appelés à apporter.  Je demande au Conseil son plein appui pour assurer la sécurité de notre personnel au niveau tant de la fourniture de troupes, à chaque fois que cela s’impose, qu’au niveau politique, lorsque je propose de nouvelles mesures à l’Assemblée générale, comme je vais bientôt le faire.

La consolidation de la paix nécessite une stratégie claire, élaborée et appliquée par des professionnels hautement qualifiés, qui tienne compte des conditions locales et se reflète dans des mandats réalistes conçus par le Conseil, soutenus par toutes les parties du système des Nations Unies et étayés pleinement par le Conseil de sécurité et par les Membres de l’ensemble de l’Organisation. Avec ce soutien, notre travail peut réussir et la promesse de la consolidation de la paix peut être tenue. »

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