CONSEIL DE SÉCURITÉ: LES PROTOCOLES SUR LES QUESTIONS HUMANITAIRES ET LA SÉCURITÉ N’ONT PAS EMPÊCHÉ LA DÉTÉRIORATION DE LA SITUATION AU DARFOUR

7 décembre 2004
CS/8262

CONSEIL DE SÉCURITÉ: LES PROTOCOLES SUR LES QUESTIONS HUMANITAIRES ET LA SÉCURITÉ N’ONT PAS EMPÊCHÉ LA DÉTÉRIORATION DE LA SITUATION AU DARFOUR

07/12/2004
Communiqué de presseCS/8262

Conseil de sécurité

5094e séance – matin

CONSEIL DE SÉCURITÉ: LES PROTOCOLES SUR LES QUESTIONS HUMANITAIRES ET LA SÉCURITÉ N’ONT PAS EMPÊCHÉ LA DÉTÉRIORATION DE LA SITUATION AU DARFOUR

« Malgré la signature, le 9 novembre dernier à Abuja, des Protocoles sur les questions humanitaires et en matière de sécurité dans la région du Darfour, le mois de novembre a été marqué par la violence », a déclaré, ce matin, le Secrétaire général adjoint aux affaires politiques au cours de la réunion d’information que le Conseil de sécurité a tenue sur la situation au Soudan.  Présentant le rapport pertinent du Secrétaire général (1), Kieran Prendergast s’est attardé sur de multiples violations de l’accord de cessez-le-feu, l’inaction du Gouvernement soudanais dans le désarmement des milices et l’absence d’action en justice des dirigeants janjaouites.  Il a souligné la nécessité de renforcer encore la Mission de l’Union africaine. 

Sur le plan humanitaire, le Secrétaire général adjoint a prévenu que l’accès aux populations a fortement diminué.  Il a cité les chiffres de l’ONU selon lesquels il faudra 1,5 milliard de dollars pour répondre aux besoins humanitaires du Soudan, en 2005 dont, 620 millions pour la seule région du Darfour.

Exposé

Le Secrétaire général adjoint aux affaires politiques, M. Kieran Prendergast, a indiqué qu’immédiatement après la signature des Protocoles sur les questions humanitaires et de sécurité, la région du Darfour était restée relativement calme, mais pas pour longtemps.  Les deux parties ont, en effet, violé le cessez-le-feu comme en attestent les combats qui ont opposé, à Tawilla le 22 novembre dernier, les forces du Gouvernement et le Mouvement/Armée de libération du Soudan (SLM/A).  Kieran Prendergast a cité comme autre exemple le fait que le 1er décembre dernier, un observateur de l’Union africaine a été blessé alors qu’il participait à une mission d’enquête dans le sud du Darfour.  Cet incident, a-t-il rappelé, a été condamné dans les termes les plus vifs par le Président de la Commission de l’Union africaine, Alpha Konaré.  Les actes de banditisme et de pillage se sont multipliés au nord du Darfour.  De lourds combats continuent aujourd’hui à Adwah, a souligné le Secrétaire général adjoint, avant de citer d’autres actes de violence encore qui ont eu lieu durant le mois de novembre.  Il a ainsi fait état d’activités croissantes des Janjaouites et d’autres milices progouvernementales.  Il a mis en garde contre le risque de chaos qui menace la région.  Il a estimé qu’un message clair doit être envoyé au SLA pour qu’elle arrête les actes militaires, dont certains au moins semblent destinés à provoquer une réaction du Gouvernement. 

Les milices, a-t-il dit, sont devenues un facteur déstabilisateur qui met au défi les mécanismes existants de surveillance du cessez-le-feu.  Ces milices ne sont, en effet, pas parties aux négociations politiques ni signataires de l’accord de cessez-le-feu.  Pour le Secrétaire général adjoint, la communauté internationale doit envoyer un message sans équivoque à toutes les parties soudanaises signifiant que les actes de violence et les mesures militaires hostiles, en particulier après la signature des Protocoles d’Abudja, ne sont pas des moyens acceptables d’enregistrer des gains politiques.

Le Secrétaire général a aussi regretté que le Gouvernement n’ait fait aucun progrès dans le désarmement des milices janjaouites ou dans la traduction en justice de leurs dirigeants.  Le Gouvernement, a-t-il poursuivi, n’a fait aucun effort pour mettre un terme aux dernières attaques de ces milices.  Kieran Prendergast a fait part des informations selon lesquelles les milices armées continuent de recevoir des armes de certaines parties de Khartoum.  Devant cette situation, l’Union africaine a, lors de la réunion de la Commission conjointe du cessez-le-feu, le 25 novembre dernier, demandé au Gouvernement de lui fournir un plan et un calendrier pour le désarmement des Janjaouites et des autres milices et au SLA et Mouvement pour la justice et l’égalité (JEM) de lui fournir, dans les prochaines semaines, les détails sur la position de leurs troupes.  En cas de refus, l’Union africaine a exprimé son intention de faire rapport à son Conseil de la paix et de la sécurité ainsi qu’aux membres du Conseil de sécurité. 

Le Secrétaire général s’est félicité de l’approche de l’Union africaine pour amener les parties à respecter leurs engagements.  La Mission renforcée de l’Union africaine doit être saluée pour son rôle proactif et positif dans la région du Darfour.  L’inaction du Gouvernement dans le domaine du désarmement souligne la nécessité de renforcer davantage cette Mission, a estimé Kieran Predergast, en soulignant qu’en tant que seul mécanisme de surveillance présent au Darfur, la Mission continuera à jouer un rôle crucial dans le rétablissement d’un environnement sûr.

Le Secrétaire général adjoint a regretté que le Gouvernement n’ait pas fait de progrès en ce qui concerne le désarmement des Janjaouites ni pour traduire en justice les chefs janjaouites coupables de crimes dans le passé.  

Pour la Mission africaine au Soudan (AMIS), il est difficile de travailler avec des moyens logistiques limités, a-t-il noté, appelant là aussi à une aide internationale.  Pendant la période concernée, a poursuivi le Secrétaire général adjoint, le pourcentage de personnes vulnérables accessibles au Darfour est passé de 90% à 80%, à cause de l’insécurité et de la saison des pluies.  Il a estimé que le SLM/A et, dans une moindre mesure, le Gouvernement, sont responsables de la détérioration de l’accès aux secours. Au 1er novembre, a-t-il ajouté, le nombre des personnes touchées par le conflit approche de 2,3 millions.  Quant aux besoins financiers, il a rappelé qu’ils atteignent 1,5 milliard de dollars pour 2005, dont 620 millions seraient consacrés au Darfour.  En dépit de l’escalade de la violence au Darfour, il a noté les progrès dans la négociation qui ont été faits à Abuja, il s’est dit encouragé par la capacité des parties à outrepasser leurs différences et parvenir à un accord.

En ce qui concerne les discussions Nord-Sud, M. Prendergast a rappelé qu’un accord final entre le SPLM/A et le Gouvernement doit être conclu avant le 31 décembre et que hier, 6 décembre, des discussions de haut niveau ont eu lieu, à Naivasha, entre le Vice-Président Taha et le Président Garang.  Le Représentant spécial du Secrétaire général, M. Pronk, était aussi à Naivasha, a-t-il précisé.  L’accord  qui sera conclu pourrait servir de base pour répondre aux revendications des autres régions marginalisées comme le Darfour.  Le Secrétaire général exhorte les dirigeants des parties à conclure un accord avant la date butoir, a dit M. Prendergast.  Il a rappelé que ce n’est qu’après la signature d’un accord que des recommandations seront faites sur la dimension, la structure et le mandat de la mission.

* S/2004/947

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