LE SUCCÈS DU SCRUTIN PRÉSIDENTIEL AFGHAN NE SIGNIFIE PAS QUE L’ORGANISATION DES ÉLECTIONS PARLEMENTAIRES SERA FACILE, PRÉVIENT JEAN-MARIE GUÉHENNO DEVANT LE CONSEIL DE SÉCURITÉ

9 novembre 2004
CS/8240

LE SUCCÈS DU SCRUTIN PRÉSIDENTIEL AFGHAN NE SIGNIFIE PAS QUE L’ORGANISATION DES ÉLECTIONS PARLEMENTAIRES SERA FACILE, PRÉVIENT JEAN-MARIE GUÉHENNO DEVANT LE CONSEIL DE SÉCURITÉ

09/11/2004
Communiqué de presseCS/8240

Conseil de sécurité

5073e séance – matin

LE SUCCÈS DU SCRUTIN PRÉSIDENTIEL AFGHAN NE SIGNIFIE PAS QUE L’ORGANISATION DES ÉLECTIONS PARLEMENTAIRES SERA FACILE, PRÉVIENT JEAN-MARIE GUÉHENNO DEVANT LE CONSEIL DE SÉCURITÉ

Un mois après les élections du 9 octobre en Afghanistan, le Secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de la paix, M. Jean-Marie Guéhenno, a expliqué, ce matin, au Conseil de sécurité, le processus qui a conduit à la confirmation des résultats électoraux par l’Organe mixte d’administration des élections (JEMB) et à la proclamation, le 3 novembre, d’Hamid Karzai comme premier président élu de l’Afghanistan. 

M. Guéhenno a ensuite exposé les différents défis auxquels seront confrontés les dirigeants afghans au cours des prochains mois, à savoir la formation d’un gouvernement et la préparation des élections parlementaires et locales, prévues au printemps 2005.  Cinq questions fondamentales doivent être résolues, a-t-il prévenu, précisant que ces élections risquaient d’être davantage influencées par des manoeuvres frauduleuses et d’intimidation que ne l’a été la présidentielle.

Le Secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de la paix a tout d’abord rappelé que, le jour des élections, certains candidats de l’opposition avaient avancé des allégations mettant en cause la neutralité du processus électoral, s’étant notamment plaint de l’encre utilisée pour identifier les votants ainsi que de l’influence injustifiée exercée par les agents électoraux sur les électeurs.  Il a expliqué que le groupe constitué de trois experts électoraux indépendants avait examiné les plaintes présentées par les candidats et effectué une enquête approfondie, ayant eu entre autres des consultations notamment avec les candidats, les observateurs électoraux et les équipes d’appui au processus électoral.  Le rapport du groupe d’experts, rendu public le 2 novembre dernier, a conclu que les irrégularités observées n’avaient pas eu d’impact significatif sur les élections, a déclaré le Secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de la paix.  Deux jours plus tard, MM. Qanooni, Mohaqeq et Dostum, soit les candidats qui s’étaient montrés les plus critiques à ce sujet, ont annoncé qu’ils acceptaient les résultats, a-t-il ajouté.

Au total, 8 128 940 bulletins de vote ont été déposés dans les urnes, a indiqué M. Guéhenno.  Cela représente 70% des inscrits, dont 40% de femmes.  À la suite du dépouillement et de la publication du rapport du groupe d’experts, le JEMB a déclaré que Hamid Karzai avait obtenu une majorité de 55,4% des votes.  Yonous Qanouni a obtenu 16,3% des votes; Haji Mohammad Mohaqiq 11,6% et Abdul Rashid Dostum 10%.  Les 14 candidats restants ont obtenu chacun moins de 10% des voix, a précisé M. Guéhenno, rappelant que comme précisé dans la Constitution afghane, la prise de fonction du Président doit avoir lieu 30 jours après l’annonce des résultats officiels.

Analysant les votes exprimés le 9 octobre dernier, le Secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de la paix a expliqué que les considérations ethniques semblaient avoir joué un rôle important dans le choix des électeurs.  Le choix en faveur des quatre candidats principaux (le Président Karzai, MM. Qanooni, Dostum et Mohaqeq) démontre une corrélation avec les régions où les Patchounes, Tadjiks, Ouzbeks et Hazaras constituent une majorité.  MM. Karzai et Mohaqeq ont par ailleurs chacun obtenu 40% des suffrages exprimés en Iran, tandis qu’au Pakistan 80% des électeurs ont voté pour Hamid Karzai.  Cela confirme l’une des caractéristiques observées lors de la Loya Jirga, à savoir l’affirmation des identités ethniques, a-t-il indiqué.  Le Président Karzai et les autres candidats ont en outre reçu un soutien multiethnique dans la plupart des grandes villes, a précisé M. Guéhenno.  

À présent, l’attention est tournée vers l’après-élections, a souligné M. Guéhenno, car l’une des tâches immédiates est de former le prochain gouvernement et de faire face au défi que présente l’organisation des élections parlementaires et locales.  Le nouveau Président a l’occasion de choisir un gouvernement efficace et compétent, capable d’offrir les services de base que l’on attend de lui.  Représentation et compétences sont des facteurs clefs qui permettront de constituer une plate-forme politique solide afin de relever les principaux défis de l’Afghanistan, a déclaré M. Guéhenno.  À ce titre, le Président Karzai a déjà indiqué que la sécurité constituerait l’un des enjeux importants, en particulier le désarmement des milices et autres forces officieuses, a-t-il ajouté. 

Car la sécurité demeure en effet un sujet de préoccupation, a poursuivi M. Guéhenno, rappelant qu’un attentat-suicide avait été commis le 23 octobre dernier dans le centre de Kaboul, mettant ainsi fin à la période de calme relatif qui avait régné pendant les élections.  En outre, trois jours plus tard, Shqipe Hebibi, Annetta Flanigan et Angelito Nayan, trois membres du personnel électoral de l’ONU ont été enlevés à Kaboul, a-t-il regretté, assurant que le Gouvernement afghan menait une enquête à ce sujet.  M. Guéhenno a précisé que la coopération entre les différents protagonistes nationaux et internationaux était assurée par plusieurs groupes qui travaillaient 24 heures sur 24 sur tous les aspects du dossier.  Toutefois, le Secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de la paix a indiqué qu’il ne pouvait faire part de toutes les informations à ce sujet, sous peine de mettre en danger le processus en cours.  Il a ajouté que certaines mesures spéciales avaient été prises par l’ONU pour renforcer la sécurité de son personnel et qu’il s’agissait des mesures les plus rigoureuses prises depuis 2001.

Rappelant que l’Organe mixte d’administration des élections avait décidé que les élections locales auraient lieu séparément du scrutin présidentiel, après le mois de Saur (20 avril-20 mai 2005), M. Guéhenno a expliqué que pour s’engager dans cette phase électorale un certain nombre de facteurs devaient être pris en considération.  À ce titre, les rapports émis par les différentes missions d’observation telles que celles de l’OSCE, de l’Union européenne, de la Commission indépendante afghane seront d’une grande utilité, a-t-il précisé.

M. Guéhenno a prévenu qu’il ne fallait pas considérer la bonne tenue de l’élection présidentielle afghane comme un signe démontrant que l’organisation de scrutins électoraux serait toujours facile dans ce pays.  Le Conseil de sécurité ne doit donc pas se montrer complaisant.  Les élections parlementaires seront beaucoup plus compliquées que le scrutin qui vient de se dérouler et poseront plus de défis sur le plan de la sécurité, a dit M. Guéhenno.  Avant la tenue des élections parlementaires, il faut résoudre cinq questions importantes, a recommandé le Secrétaire général adjoint.  En premier, a-t-il dit, il faut officiellement délimiter les districts, et dans certains cas, les provinces afghanes.  Ensuite, il  faut se mettre d’accord sur les statistiques concernant la population en vue de prendre des décisions sur le nombre de sièges parlementaires qui doit être alloué à chaque région.  En troisième lieu, a dit M. Guéhenno, les listes électorales doivent être analysées, remises à jour, et améliorées en vue de préparer des listes d’électeurs pour chaque bureau de vote.  Quatrièmement, un mécanisme de règlement des plaintes et des contentieux électoraux doit être créé et développé au niveau local.  Enfin, a dit M. Guéhenno, les qualifications des candidats potentiels à l’élection doivent être évaluées avant leur enregistrement.  L’exécution de certaines de ces recommandations nécessitera peut-être une révision de la loi électorale, a précisé M. Guéhenno.

Séparer l’élection présidentielle du scrutin parlementaire a permis de disposer de plus de temps pour améliorer l’environnement dans lequel se tiendront les élections législatives.  Celles-ci seront certainement plus affectées par les tensions qui prévalent au niveau local et seront plus susceptibles d’être influencées par des manoeuvres frauduleuses et d’intimidation que ne l’a été la présidentielle.  L’influence des commandants locaux et du vaste réseau de stupéfiants et d’armes restent des obstacles majeurs, a indiqué M. Guéhenno.  Un facteur clef de l’amélioration de la sécurité au niveau local sera la capacité qu’aura le Programme de désarmement, de démobilisation et de réintégration (DDR) à capitaliser sur l’influx politique généré par l’élection présidentielle.  Juste avant ce scrutin, plus de 5 000 combattants ont bénéficié des mesures du DDR, a noté M. Guéhenno, en relevant que le nombre total de combattants ayant bénéficié de ce programme en une année s’élevait désormais à environ 20 000.  Le programme de cantonnement des armes lourdes s’est quant à lui accéléré depuis le mois de septembre, a poursuivi le Secrétaire général adjoint, en précisant qu’environ 75% de ces armes étaient désormais en lieu sûr.  Un accord a été conclu pour permettre à trois des principaux groupes politiques –Jamiat, Junbesh, et Da’wat- de se défaire de leurs ailes militaires et de se faire enregistrer à temps dans la perspective des scrutins législatif et local.  Les dirigeants de ces factions ont accepté d’user de leur autorité politique pour soutenir le désarmement de leurs anciennes unités.

Concernant la sécurité, M. Guéhenno a déclaré que les milices irrégulières se posaient de plus en plus comme une nouvelle menace à laquelle il fallait faire face avant la tenue des prochaines élections.  Ne figurant pas sur liste des groupes qui reçoivent un salaire du Ministère de la défense, ces groupes ne sont pas inscrits au programme DDR, a-t-il dit.  Cependant, il sont autant, sinon plus déstabilisants pour la sécurité de nombreuses zones du pays que les milices régulières.   Les drogues sont un autre facteur contribuant à l’insécurité locale et elles posent un problème sérieux à la construction de l’État et peuvent devenir un obstacle à la tenue d’élections parlementaires et locales crédibles, a ensuite dit M. Guéhenno.  Le renforcement de l’appareil de sécurité sera la clef de la réussite des scrutins parlementaires et locaux, a estimé le Secrétaire général adjoint.  Rappelant les bonnes conditions de sécurité qui ont permis la réussite de l’élection présidentielle, il a recommandé que les mesures qu’avaient alors prises l’ISAF et les forces de la coalition, en coordination avec l’armée et la police afghanes, soient reconduites.  Nous encourageons donc les pays de l’OTAN à permettre à la Force internationale d’assistance à la sécurité (FIAS) de déployer des forces en nombre suffisant et en temps opportun, dans les zones prévues au deuxième stade de son expansion, c’est-à-dire dans les provinces de l’Ouest de l’Afghanistan, a dit M. Guéhenno.

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