LE REPRÉSENTANT SPÉCIAL POUR LE SOUDAN DEMANDE AU CONSEIL DE SÉCURITÉ D’AGIR RAPIDEMENT POUR ÉVITER QUE LE DARFOUR NE SOMBRE DANS L’ANARCHIE

4 novembre 2004
CS/8236

LE REPRÉSENTANT SPÉCIAL POUR LE SOUDAN DEMANDE AU CONSEIL DE SÉCURITÉ D’AGIR RAPIDEMENT POUR ÉVITER QUE LE DARFOUR NE SOMBRE DANS L’ANARCHIE

04/11/2004
Communiqué de presse
CS/8236


Conseil de sécurité

5071e séance – matin


LE REPRÉSENTANT SPÉCIAL POUR LE SOUDAN DEMANDE AU CONSEIL DE SÉCURITÉ D’AGIR RAPIDEMENT POUR ÉVITER QUE LE DARFOUR NE SOMBRE DANS L’ANARCHIE


Présentant ce matin le dernier rapport* du Secrétaire général sur la région du Darfour au Soudan, le Représentant spécial du Secrétaire général et Chef de la mission de soutien à la paix, M. Jan Pronk, a déclaré que les accords politiques auxquels les parties pourraient parvenir à la table des négociations risquent d’arriver trop tard pour empêcher la montée de la violence sur le terrain et l’aggravation de la situation humanitaire autour des agglomérations, des villages et des camps installés en rase campagne.  La situation au Darfour risque de devenir incontrôlable à moins que des efforts ne soient déployés à la fois autour de la table de négociations et sur le terrain, a averti M. Pronk.  Selon lui, la réunion du Conseil de sécurité, prévue à Nairobi au milieu du mois de novembre, fournira une excellente occasion de lancer ce type d’efforts vigoureux, a encouragé le Représentant spécial, qui a notamment insisté sur la nécessité d’un appui plus soutenu à la présence de l’Union africaine.


Le rapport que soumet le Secrétaire général aujourd’hui au Conseil identifie un nombre de tendances observées au mois d’octobre, a indiqué M. Jan Pronk.  Le Gouvernement et les rebelles ont violé le cessez-le-feu, et il semble que le groupe rebelle de l’Armée/Mouvement de libération du Soudan (SML-A) soit responsable d’un grand nombre de ces violations.  Ce mouvement s’efforce de revendiquer au Darfour une zone plus vaste comme étant sous son contrôle, tandis que le Gouvernement s’efforce, pour sa part, d’élargir l’étendue du territoire qu’il contrôle en lançant des attaques avec des forces formées de soldats, de policiers et de miliciens.  Vers la fin du mois d’octobre, a poursuivi M. Pronk, la menace d’attaques de grande envergure s’est accrue.  Les cas de banditisme et d’enlèvements sont en hausse, menaçant la distribution de l’aide humanitaire.  Deux nouveaux groupes rebelles ont aussi fait leur apparition, a indiqué M. Pronk en ajoutant qu’une autre menace, celle des mines terrestres antipersonnel se profilait à l’horizon.  Les mines, a-t-il ajouté, sont un obstacle à l’assistance humanitaire.  De plus, le Gouvernement est en train de revenir sur ses promesses concernant le sort des personnes déplacées, qu’il s’était engagé à ne pas réinstaller par la force.  Récemment, au Darfour, a poursuivi M. Pronk, des familles entières ont été déplacées de force en pleine nuit et chassées des endroits où elles avaient trouvé refuge.  Le Gouvernement devrait mettre fin à ces actions et devrait permettre aux personnes déplacées de s’installer sur le lieu de leur choix.


Le Darfour risque de sombrer dans l’anarchie, et le danger d’un effondrement total de l’ordre et de la loi existe, a déclaré le Représentant spécial du Secrétaire général.  Le conflit, a-t-il relevé, est en train de changer de caractère.  Le Gouvernement soudanais ne contrôle plus ses propres forces, a expliqué M. Pronk, en indiquant que les autorités de Khartoum avaient coopté des forces paramilitaires qui ne leur obéissaient plus à l’heure actuelle.  Au sein des mouvements rebelles, a-t-il d’autre part précisé, il y a une crise d’autorité et de leadership.  Des fractures peuvent être observées au sein de ces groupes ou encore, entre eux.  Le danger est que le Darfour soit bientôt sous la coupe de chefs de guerre.  Si les combats actuels se poursuivent, les récoltes seront en danger, et toute la population du Darfour deviendra dépendante de l’aide alimentaire.  Constatant que le mode de vie de nombreux groupes de populations était menacé, M. Pronk a dit que dans le passé, certaines tribus arabes avaient poursuivi d’autres groupes ethniques afin de mettre la main sur leurs terres, se livrant ainsi à une véritable épuration ethnique.  L’accès aux rares ressources qui permettent la survie, a-t-il dit, est de plus en plus difficile et la loi de la jungle s’installe, les plus forts accaparant les ressources disponibles.


Ces tendances négatives peuvent-elles être inversées, s’est demandé le Représentant spécial.  Oui, selon lui, si on met en place une stratégie basée sur trois types d’actions.  La première de ces actions serait le déploiement des forces d’une tierce partie, en l’occurrence l’Union africaine.  La deuxième consisterait à accélérer le processus de négociation, et la troisième serait de rendre tous les leaders politiques –du Gouvernement et des groupes rebelles- responsables des violations des accords et de la dégradation de la situation humanitaire.  Bien qu’il soit en cours, a dit M. Pronk, il faut accélérer le déploiement des forces de l’Union africaine, et la recommandation que nous faisons aux membres du Conseil de sécurité est de fournir à l’Union africaine plus de moyens logistiques et de soutien financier afin que ses troupes soient dépêchées là où on en a besoin.  


Les pourparlers politiques entre le Gouvernement soudanais et les différents mouvements rebelles se poursuivent, a dit M. Pronk, rappelant qu’il y a trois mois, tel n’était pas le cas.  Ces négociations ont donc à présent débuté, mais elles ont été paralysées car les parties se sont concentrées sur les mauvaises questions, a-t-il estimé.  Il a souligné que le Gouvernement soudanais et les rebelles devaient s’acquitter sans condition des obligations qui leur incombent en vertu de la résolution pertinente du Conseil de sécurité ainsi que de l’accord de cessez-le-feu de N’Djamena.  Ils devraient immédiatement mettre pleinement en application l’accord auquel il a été parvenu en ce qui concerne l’accès humanitaire, que ce texte ait été signé ou non.  Enfin, les discussions devraient être consacrées aux objectifs politiques au lieu de débattre sur des questions comme celles de l’accès humanitaire ou de sécurité, qui sont des éléments absolument non négociables, a déclaré M. Pronk.  À son avis, la prochaine réunion du Conseil de sécurité à Nairobi pourra faire comprendre aux parties que la communauté internationale s’attendent à ce qu’elles négocient de bonne foi et adoptent avant la fin de l’année une déclaration de principes, ainsi qu’un programme de travail et un agenda précis des négociations futures sur les questions politiques. 


Rappelant que le Gouvernement et l’Armée/Mouvement populaire de libération du Soudan s’étaient une nouvelle fois réunis au mois d’octobre, M. Pronk a indiqué que des accords étaient en vue.  Il a expliqué qu’il avait déjà, à plusieurs reprises, énoncé les raisons pour lesquelles le processus de paix Nord-Sud était important pour le Soudan car il peut servir de modèle pour le Darfour.  Cependant, la pierre d’achoppement de ces négociations demeure le financement de l’Armée du Sud, a-t-il précisé.  Cette question n’a pas encore été résolue et les parties semblent réticentes à l’aller de l’avant.  À cet égard, le Conseil de sécurité pourrait également apporter ses bons offices sur ce point lors de sa réunion de Nairobi. 


M. Pronk a également déclaré que la communauté internationale devrait exercer des pressions sur les parties et envoyer un message ferme d’une seule voix afin que les accords soient finalisés à la fin de cette année et que les parties passent à leur phase de mise en œuvre.  Les négociateurs ont cette obligation vis-à-vis non seulement des personnes touchées par le conflit Nord-Sud mais également de la population du Soudan dans son ensemble.  C’est pourquoi ils devraient travailler ensemble afin de résoudre le conflit au Darfour immédiatement après la signature de l’accord global, a estimé M. Pronk.  Par ailleurs, le Conseil de sécurité devrait indiquer très clairement qu’il ne tolérera pas de retard à la négociation des accords Nord-Sud et à la résolution politique de la situation au Darfour.  Le message devrait être le suivant: « Respecter vos engagements et vous aurez notre soutien, dans le cas contraire, si retard il y a, vous perdrez notre soutien », a dit le Représentant spécial.


M. Pronk a indiqué qu’il fallait également faire en sorte que les leaders politiques, officiels ou autoproclamés, répondent de toute violation en cours des accords et des souffrances infligées à la population.  Les dirigeants politiques, quel que soit leur bord, qui nient la réalité sur le terrain, ne veulent pas considérer la misère des populations dans les zones sous leur contrôle, s’adonnent à des tactiques dilatoires pour retarder les négociations, agissent de façon irresponsable, a-t-il déclaré.  Les rebelles sont tout autant responsables des populations sous leur contrôle que ne l’est le Gouvernement soudanais, a déclaré M. Pronk.  Le message au Mouvement de libération du Soudan et au Mouvement pour l’égalité et la justice est que leur statut de rebelles ne les exempte pas de leurs obligations morales à l’égard de leur peuple, a dit M. Pronk.  À ce titre, le Représentant spécial a rappelé que les dispositions portant sur la protection des civils doivent être mises en œuvre et que la réunion du Conseil de sécurité à Nairobi constituait une nouvelle fois une véritable occasion en ce sens.


Il est temps d’agir, a conclu le Représentant spécial, soulignant que la catastrophe humanitaire de 2003 et des six premiers mois de 2004 avait pu avoir lieu parce que la communauté internationale n’avait pas encore décidé d’agir.  Mais aujourd’hui, malgré l’adoption de deux résolutions du Conseil de sécurité, les souffrances continuent.  Si les personnes déplacées manifestent et si la police tue des civils innocents malgré la présence des Nations Unies, ce sera l’ONU qui sera montrée du doigt, a-t-il ajouté.  Et si les paramilitaires attaquent des civils, il y aura massacre. 


Il incombe au Gouvernement soudanais et aux rebelles de protéger les populations, a rappelé M. Pronk, mais la communauté internationale a le devoir d’agir si tout ce qui a été fait jusqu’à présent est insuffisant.


*     Le rapport sera publié au document S/2004/881.


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