LA PORTÉE DES ACTIVITÉS DE LA MISSION DE L’ONU EN IRAQ DÉPENDRA DES CONDITIONS DE SÉCURITÉ, PRÉVIENT LE CHEF DE LA MISSION EN PRÉVISION DES ÉLECTIONS NATIONALES

14 septembre 2004
CS/8186

LA PORTÉE DES ACTIVITÉS DE LA MISSION DE L’ONU EN IRAQ DÉPENDRA DES CONDITIONS DE SÉCURITÉ, PRÉVIENT LE CHEF DE LA MISSION EN PRÉVISION DES ÉLECTIONS NATIONALES

14/09/2004
Communiqué de presseCS/8186

Conseil de sécurité

5033e séance – matin

LA PORTÉE DES ACTIVITÉS DE LA MISSION DE L’ONU EN IRAQ DÉPENDRA DES CONDITIONS DE SÉCURITÉ, PRÉVIENT LE CHEF DE LA MISSION EN PRÉVISION DES ÉLECTIONS NATIONALES

Le Représentant spécial du Secrétaire général pour l’Iraq, qui a pris ses fonctions le 13 août dernier, a informé, ce matin, le Conseil de sécurité de l’évolution des opérations de la Mission d’assistance des Nations Unies pour l’Iraq (MANUI) et des progrès accomplis en vue des élections nationales, prévues au plus tard le 31 janvier 2005*.  Dans une intervention dominée par les préoccupations en matière de sécurité, Ashraf Jehangir Qazi a décrit la contribution de la Mission de l’ONU au bon déroulement de la Conférence nationale qui, tenue du 15 au 18 août, a débouché sur l’élection d’un Conseil national de transition chargé de surveiller les activités du Gouvernement de transition.  « Le transfert de souveraineté au Gouvernement de transition ne s’est pas accompagné de l’amélioration de la sécurité », a-t-il toutefois constaté en jugeant impératif de faire de l’inclusion politique la priorité.   

Au regard de la tenue prochaine des élections, Ashraf Jehangir Qazi a prévenu les membres du Conseil que la portée des activités de la Mission serait déterminée par les conditions qui prévaudront dans le pays en particulier en matière de sécurité.  Le climat actuel est loin d’être favorable à un déploiement complet de la Mission, a-t-il rappelé, en plaidant pour que l’entité distincte de la force multinationale chargée d’assurer la sécurité du personnel de l’ONU soit déployée rapidement et avant la mise en place de l’unité intégrée de la Mission.  Apaisant ces craintes, le représentant des États-Unis a assuré que son pays et les Forces de la Coalition étaient prêts à protéger le personnel en l’ONU en Iraq.  Le représentant américain a néanmoins souligné que, pour garantir le succès, cet effort aura besoin d’un soutien international. 

Ces propos ont été appuyés par le représentant de l’Iraq  qui a mis en garde le Conseil de sécurité contre une tendance à minimiser « la détermination » des terroristes à faire dérailler le processus et le danger que cela représenterait pour l’Iraq, le Moyen-Orient et le monde entier.  « Personne mieux que les Nations Unies ne peuvent aider à l’organisation d’élections crédibles et honnêtes », a-t-il affirmé, en appelant à une action résolue de la communauté internationale.

*S/2004/710

LA SITUATION ENTRE L’IRAQ ET LE KOWEÏT

Exposé

     M. ASHRAF JEHANGIR QAZI, Représentant spécial du Secrétaire général pour l’Iraq¸ a présenté le premier rapport du Secrétaire général conformément au paragraphe 30 de la résolution 1546 (2004) du Conseil de sécurité est paru sous la côte S/2004/710).  Le Représentant spécial a souligné que la dimension humanitaire tragique de la situation actuelle en Iraq s’est une nouvelle fois illustrée aujourd’hui avec le dernier attentat à la bombe.  Il a ensuite rappelé qu’il était arrivé en Iraq le 13 août dernier, à la veille de la Conférence nationale.  Dès son arrivée, a-t-il indiqué, il a rencontré des dirigeants politiques, des membres du Gouvernement intérimaire, des membres influents de la société civile et aussi ceux du corps diplomatique.  Le retour de la Mission de l’ONU en Iraq a été chaleureusement salué, a-t-il affirmé.  La Conférence nationale, qui s’est tenue du 15 au 18 août dernier, dans le contexte de la crise à Nadjaf, a été l’occasion de prendre connaissance de la diversité et de la complexité du paysage politique iraquien, a-t-il poursuivi.  Cela a permis de voir l’extraordinaire potentiel de la société iraquienne mais aussi les énormes difficultés que le pays doit surmonter. 

La Conférence nationale et l’élection du Conseil national de transition doivent être vues comme un succès relatif et un premier pas vers un environnement politique participatif, pluraliste et inclusif que l’Iraq n’a jamais connu.  La Conférence a enregistré la participation de 1 000 délégués appartenant à quelque 70 partis.  La priorité est désormais d’inclure dans le processus politiques, les groupes qui n’y ont pas participé.  Le processus de transition est, en effet, fragile et indique des divergences importantes dans la population du pays.  Le fait que le transfert de souveraineté au Gouvernement de transition ne se soit pas accompagné de l’amélioration de la sécurité illustre l’importance qu’il y a à faire de l’inclusion politique une priorité, a souligné le Représentant spécial. Seule une solution politique conduira à la paix.

Toutes les parties doivent garder à l’esprit leur intérêt commun de voir un Iraq uni, indépendant, prospère, stable, sûr et pacifique.  Le Gouvernement de transition et le Conseil national de transition sont les premiers responsables en la matière, a souligné le Représentant spécial, qui a fait part de sa disposition à jouer un rôle de facilitateur et à apporter sa contribution dans les domaines humanitaire, de la reconstruction et du développement.  Le processus de transition exigera des parties iraquiennes qu’elles partagent une vision nationale plus large.  Parlant des élections prévues au plus tard le 31 janvier 2005, le Représentant spécial a affirmé que les Iraquiens s’attendent à ce que la Commission électorale indépendante et le Conseil national de transition assument leur responsabilité d’assurer des élections crédibles et équitables.  La Mission est attachée à appuyer la Commission électorale, a-t-il assuré.  La portée de l’activité de la Mission sera déterminée par les circonstances, en particulier dans le domaine de la sécurité, a-t-il toutefois prévenu, en soulignant qu’il ne s’agit aucunement pour la Mission de prendre un rôle de direction en la matière. 

Passant en revue les activités de l’unité électorale de la Mission, le Représentant spécial s’est ensuite attardé sur les autres activités de la Mission.  Toutes ces activités exigent une approche globale à long terme pour reconstruire l’Iraq.  En la matière, il faudra l’appui de la communauté internationale et placer tous les espoirs dans la prochaine réunion des donateurs qui se tiendra au mois d’octobre à Tokyo.  Les attentes que les Iraquiens placent en l’ONU sont grandes, a prévenu le Représentant spécial, en ajoutant que le climat actuel en matière de sécurité est loin d’être favorable à un déploiement complet de la Mission.  Il confine aussi l’ONU dans la Zone internationale, l’empêchant ainsi d’interagir avec l’ensemble du spectre politique iraquien.  

Le processus de transition en Iraq est comprimé dans un laps de temps très court conduisant aux élections nationales.  La communauté internationale doit aider les Iraquiens et n’épargner aucun effort pour améliorer le climat de sécurité.  Les avancées politiques dépendent du niveau de sécurité qui est fonction lui-même d’un processus politique proactif et d’une volonté de compromis de la part des différentes parties.  Les Iraquiens ont besoin de paix et d’être maîtres de leur propre pays, et en la matière, ils voient en l’ONU un acteur majeur.  Dans les mois à venir, l’appui continu du Conseil de sécurité sera capital, a conclu le Représentant spécial.     

Déclarations

S’exprimant au nom des États et des forces de la Coalition en Iraq, M. JOHN DANFORTH (États-Unis) a déclaré que la situation de sécurité y était fragile.  Les attaques contre les forces de la Coalition et les forces militaires et de police iraquiennes se multiplient, a poursuivi le représentant.  Les insurgés ont intensifié leurs attaques contre les autorités iraquiennes, le personnel civil, les étrangers travaillant en Iraq, et le peuple iraquien, a dit le représentant.  Au mois d’août dernier, a-t-il rappelé, la milice illégale de Muqtada Al-Sadr a déclenché une insurrection dans la ville de Najaf et dans les quartiers de Al Thawra à Bagdad.  Pour répondre à ces défis, la force multinationale a fait usage de nouvelles tactiques de contre-guérilla et elle continue de former et de déployer des unités de combat iraquiennes.  La clef de la situation actuelle est de poursuivre la formation de troupes iraquiennes et d’accélérer leur déploiement, a estimé le représentant.  À cet effet, a-t-il poursuivi, la force multinationale travaille étroitement avec le Gouvernement intérimaire de l’Iraq.

Les opérations des forces de sécurité iraquiennes relèvent de l’autorité du Ministère iraquien de la défense, a précisé M. Danforth.  Au 10 septembre, a-t-il précisé, l’Iraq compte 230 000 personnels de sécurité placés sous l’autorité de son gouvernement souverain.  La police iraquienne, placée sous les ordres du Ministère de l’intérieur, compte environ 86 000 hommes, et la force multinationale est en train de former une force civile d’intervention, une force d’intervention d’urgence, et un groupe spécial de protection des personnalités, a ajouté le représentant des États-Unis.  Beaucoup reste cependant à faire, a-t-il reconnu, en soulignant qu’il était crucial de pouvoir disposer d’un commandement iraquien compétent à la tête des différentes forces de sécurité iraquiennes.

Parlant de la reconstruction de l’Iraq, M. Danforth a estimé qu’il était indispensable de rebâtir une économie fonctionnelle soutenue par des infrastructures opérationnelles, et de créer des possibilités d’emplois et des opportunités économiques pour la population.  La force multinationale, a-t-il dit, est d’autre part prête à fournir la sécurité lors des élections prévues en Iraq.  Les Nations Unies devront jouer un rôle clef dans la préparation et la tenue de ce scrutin, comme cela est stipulé dans la résolution 1546, a déclaré M. Danforth.  Ce texte, a-t-il estimé, confère un rôle majeur à l’ONU, qui doit soutenir le peuple iraquien pour que les élections se tiennent dans les délais prévus par la Loi administrative transitoire, soit janvier 2005.  Les États-Unis et la Coalition sont fermement en faveur du respect de cette date, a souligné M. Danforth.  Celui-ci a indiqué par ailleurs que, les États-Unis et les forces de la Coalition étaient prêts à assurer la sécurité des personnels en l’ONU en Iraq.  Mais, a-t-il ajouté, cet effort a besoin d’un soutien international, si la communauté internationale entend raison en Iraq.  Nous exhortons donc les États Membres à contribuer à la construction d’un nouvel Iraq en fournissant une aide financière et des forces militaires pour y renforcer la sécurité, a-t-il dit.  Les délais impartis pour la préparation des élections étant courts, il est urgent d’aider le Gouvernement et le peuple iraquien pour qu’ils atteignent les objectifs fixés, a conclu le représentant.

M. FEISAL AMIN AL-ISTRABADI (Iraq) a attiré l’attention du Conseil sur les progrès que son pays a enregistré pour ce qui est de la réintégration dans la communauté des nations malgré des efforts des terroristes qui cherchaient à empêcher l’instauration d’un Gouvernement intérimaire.  Se félicitant de la tenue de la Conférence nationale et du Conseil national de transition, le représentant a affirmé qu’aujourd’hui l’Iraq dispose d’un véritable Gouvernement d’unité nationale.  Tout en ne niant pas les problèmes actuels, il a assuré que « brique par brique », son pays est en train de mettre en place un Etat solide.  Le représentant est ensuite passé à la question électorale pour prévenir le Conseil de la détermination des terroristes à faire échouer le processus. Ce n’est pas la première fois, a-t-il rappelé, que ceux qui essayent de participer à la reconstruction des structures de sécurité iraquiennes sont pris pour principales cibles.  L’Iraq, a dit le représentant, a besoin des Nations Unies pour tenir ses élections.  Il serait dangereux de laisser les terroristes remporter une victoire, dans ce domaine.  Personne mieux qu les Nations Unies ne peuvent aider à l’organisation d’élections crédibles et honnêtes, a insisté le représentant. 

M. AL-ISTRABADI a ensuite exprimé sa gratitude aux pays qui se sont engagés à fournir des forces à l’unité distincte de la force multinationale ou à les financer.  Il est impératif d’assurer la protection des travailleurs des Nations Unies quand ceux-ci viennent vers les Iraquiens pour les aider à tenir des élections, a-t-il répété.  Nous sommes déterminés à reconstruire notre pays, a-t-il réaffirmé.  C’est la raison pour laquelle le Gouvernement a décidé de tout mettre en œuvre pour empêcher quiconque de prendre le pouvoir politique par la force.  Il encourage, par ailleurs, les mouvements qui sont prêts à remettre leurs armes, à respecter l’état de droit, et à participer au processus politique.  Le représentant a reconnu que la paix ne régnait pas encore dans l’ensemble du pays, en accusant les extrémistes, les militants étrangers et les reliquats de l’ancien régime.  Mais, a-t-il conclu, ceux qui avaient prévu des déchirements ethniques ont eu tort.  Aucun Iraquien ne souhaite le démembrement de son pays.  Bien au contraire, l’Iraquien a besoin de l’aide de tous les États Membres car les conséquences d’un échec seraient trop graves pour les Iraquiens, la région et le monde entier, a-t-il conclu.  

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