CONSEIL DE SÉCURITÉ: LA RÉUSSITE DE L’ÉLECTION PRÉSIDENTIELLE DU 9 OCTOBRE EN AFGHANISTAN DÉPENDRA DE L’AMÉLIORATION DE LA SÉCURITÉ

25 août 2004
CS/2731

CONSEIL DE SÉCURITÉ: LA RÉUSSITE DE L’ÉLECTION PRÉSIDENTIELLE DU 9 OCTOBRE EN AFGHANISTAN DÉPENDRA DE L’AMÉLIORATION DE LA SÉCURITÉ

25/08/2004
Communiqué de presseCS/2731

Conseil de sécurité

5025e séance – matin

CONSEIL DE SÉCURITÉ: LA RÉUSSITE DE L’ÉLECTION PRÉSIDENTIELLE DU 9 OCTOBRE EN AFGHANISTAN DÉPENDRA DE L’AMÉLIORATION DE LA SÉCURITÉ

La communauté internationale doit accroître d’urgence son assistance à la sécurité en Afghanistan afin que l’élection présidentielle prévue le 9 octobre prochain puisse se tenir de manière transparente, et dans des conditions de paix permettant aux Afghans, hommes et femmes, de se rendre sans peur aux urnes, ont affirmé ce matin la majorité des délégations qui ont participé à la réunion du Conseil de sécurité sur la situation dans ce pays.

Dans sa présentation, le Représentant spécial du Secrétaire général, M. Jean Arnault, a déclaré que 10,5 millions d’électeurs, dont 41% de femmes, s’étaient inscrits sur les listes électorales.  Parmi eux, a-t-il encore précisé, figurent 230 000 membres des populations nomades du pays.  Le Représentant spécial a fait part de sa satisfaction générale quant à cette étape du processus.  Toutefois, il a exprimé des craintes au sujet de la détérioration de la situation sur le plan de la sécurité, notamment dans la province de Zabul, où ainsi le taux d’inscription sur les listes électorales dépasse à peine 50%.

Dans son intervention, la délégation du Pakistan a regretté que certains fassent injustement de son pays un bouc émissaire en rejetant sur lui la responsabilité de l’insécurité qui règne en Afghanistan.  Ces forces sont à l’intérieur de l’Afghanistan, a-t-il insisté.  Le Président Hamid Karzaï, qui vient de visiter le Pakistan, a reçu le soutien du Président Musharraf, qui l’a assuré de notre détermination à assister l’Afghanistan dans sa reconstruction, a-t-il affirmé.  Le Pakistan, a-t-il indiqué, souhaite que toutes les composantes ethniques et régionales de la population afghane participent, sans exclusion, à l’élection présidentielle et au scrutin législatif qui suivra.  L’instabilité et la détérioration de la situation en Afghanistan sont dus aux chefs de guerre qui ont été malencontreusement associés à la gestion du pays après la chute des Taliban, a estimé le représentant du Pakistan.

Dans leurs interventions, la majorité des délégations ont regretté que les assassinats et les actes de violences perpétrés contre les travailleurs humanitaires aient provoqué le retrait de certaines ONG, dont notamment « Médecins sans frontières », d’Afghanistan.  À l’instar de plusieurs délégations, celle de l’Afghanistan a lancé un appel à tous les pays qui ont annoncé des contributions en faveur de la reconstruction du pays lors de la Conférence de Berlin qui s’est tenue du 31 mars au 1er avril dernier, pour qu’ils fassent les versements nécessaires afin de permettre le lancement de programmes de développement qui faciliteraient notamment la réinsertion d’anciens combattants dont le désœuvrement actuel pose des dangers potentiels.

Les représentants des pays suivants ont pris la parole au cours du débat: États-Unis, Allemagne, Chili, Angola, Brésil, Espagne, Philippines, Bénin, Pakistan, Royaume-Uni, Chine, France, Algérie, Roumanie, Fédération de Russie, Afghanistan, Pays-Bas, Japon, Canada, Islande et Ouzbékistan. 

LA SITUATION EN AFGHANISTAN

Rapport du Secrétaire général sur la situation en Afghanistan et ses conséquences pour la paix et la sécurité internationales (A/58/868-S/2004/634)

Ce rapport, qui couvre la période allant du 19 mars au 1er août, fait un bilan mitigé de la mise en œuvre de la stratégie globale adoptée à la Conférence de Berlin devant permettre de faire avancer le processus de paix en Afghanistan.  Le rapport identifie plusieurs éléments entravant le processus de paix: l’insécurité, l’extrémisme et le factionnalisme, et le commerce illicite de stupéfiants.  Il est précisé cependant que le progrès le plus marquant a été les inscriptions sur les listes électorales.

En mai 2004, la deuxième phase d’établissement des listes électorales a commencé.  Les femmes représentent désormais 41,8% des personnes inscrites sur les listes électorales.  Dans certains districts cependant, l’insécurité chronique a empêché les électeurs potentiels de s’inscrire.  Après deux mois de délibérations, le Cabinet a adopté la loi électorale le 27 mai 2004.  Elle stipule notamment qu’en moyenne deux sièges par province seront occupés par des femmes, soit 68 des 249 sièges de la Chambre basse.  L’élection présidentielle devrait se tenir le 9 octobre 2004 et les élections à la Chambre basse et à la Chambre haute du Parlement se tiendraient en avril 2005.  Pour l’élection présidentielle, 5 000 bureaux de vote seront ouverts simultanément dans tout le pays.  Le dépôt des candidatures à l’élection présidentielle s’est achevé le 26 juillet, et à cette date, 23 personnes avaient présenté leur candidature.

La situation sur le plan de la sécurité est tendue et s’est même sérieusement dégradée dans certaines régions.  Dans le sud, les attentats contre les forces nationales et internationales et agents humanitaires.  Dans le nord et l’ouest du pays, qui étaient considérées comme des régions à faible risque, quelques-uns des actes de violence les plus graves ont été commis.  Le personnel et les locaux du Secrétariat électoral et les fonctionnaires des Nations Unies ont été la cible d’un nombre croissant d’actes de violence.  Il faut absolument mettre fin à cette dégradation de la situation sécuritaire.  Pour cela, insiste le Secrétaire général, il faudra pouvoir compter sur une présence militaire internationale renforcée, dotée d’effectifs suffisants et d’un mandat adéquat, et sur la coopération sans réserve des États voisins.

Le renforcement de l’Armée afghane, encadrée par les États-Unis, avec l’appui de la France, a permis de porter les effectifs du Corps central à près de 9 800 hommes, l’objectif étant d’atteindre un effectif de 70 000 hommes d’ici à 2009.  Trois mille recrues sont actuellement à l’instruction.  Le taux d’érosion des effectifs est passé de 15% en novembre 2003 à 1,3% par mois aujourd’hui.  Au 31 juillet, le nombre de miliciens ayant remis leurs armes et s’étaient inscrits au programme de désarmement, de démobilisation et de réinsertion atteindrait de 12% à 20%.

L’Afghanistan a connu en 2003 sa plus grande récolte de pavot à opium avec un chiffre de 3 600 tonnes soit plus des trois quart de la population mondiale.  Tous les indicateurs montrent que la récolte sera encore plus importante en 2004.  L’essor du trafic de drogues sape les efforts de reconstruction et d’édification de l’État, de même que la paix et la stabilité dans la région.  Il freine aussi les efforts de désarmement, de démobilisation et de réinsertion du fait que les narcotrafiquants s’entourent de milices privées.  Les laboratoires clandestins transformant l’opium en héroïne et en morphine continuent aux frontières du pays.

L’OTAN non seulement prendra le commandement de quatre autres équipes provinciales mais déploiera aussi de nouvelles troupes pour permettre le bon déroulement des élections à venir.  Par ailleurs, la situation des droits de l’homme demeure préoccupante, en particulier dans le nord et le nord-est.  En avril 2004, un expert indépendant pour les droits de l’homme, M. Cherif Bassiouni, a été nommé.  Des femmes continuent d’être détenues pour avoir transgressé les coutumes sociales; celles qui refusent les mariages forcés ou arrangés sont souvent victimes de « crimes d’honneur » et de menaces de mort.  Faute de système d’aide juridique et social, un grand nombre de femmes se retrouvent piégées dans des situations d’abus auxquelles elles essaient parfois d’échapper par des moyens extrêmes comme l’immolation et le suicide.

En matière de développement, le rapport indique que le Forum de développement de l’Afghanistan a tenu sa deuxième réunion à Kaboul du 20 au 22 avril.  Les débats ont facilité la mise au point d’un budget pour le développement que le Gouvernement a approuvé le 30 juin dernier.  Les dépenses totales dans ce domaine devraient s’élever à 4,5 milliards de dollars et un financement a déjà été trouvé pour un montant de 3,7 milliards de dollars.  Les dépenses consacrées au développement passeront de moins de 200 millions de dollars en 2003 à plus d’un milliard de dollars en 2005.  Le programme de sécurité nationale continue de progresser avec plus de 4 300 conseils de développement communautaires et une enveloppe globale de 12 millions de dollars.

Le nombre de rapatriés du Pakistan a augmenté d’environ 30% en 2004 par rapport à 2003.  Le Gouvernement estime que 2,5 à trois millions d’Afghans au moins se trouvent toujours à l’extérieur du pays, en plus des quelque 200 000 personnes déplacées dans le sud.

Déclarations

M. JEAN ARNAULT, Représentant spécial du Secrétaire général pour l’Afghanistan, a d’abord abordé la question de l’organisation des élections, et précisé que 10,5 millions d’électeurs, dont 41% sont des femmes, se sont inscrits sur les listes électorales.  Environ 230 000 nomades ont fait la démarche, a-t-il aussi indiqué, en estimant que ces résultats étaient satisfaisants.  Selon lui, les autorités électorales et les forces de sécurité seront en mesure de se préparer efficacement pour le scrutin du 9 octobre prochain.  Dans une situation de conflit prolongé, des élections comme celles qui vont avoir lieu en Afghanistan sont destinées à créer un cadre de légitimité politique permettant la mise en place d’un nouvel ordre post-conflit, a dit le Représentant spécial.  Le scrutin prévu en Afghanistan devrait permettre d’atteindre ce but.  Cependant, tout n’est pas parfait, a déclaré M. Arnault en évoquant les problèmes de sécurité qui se posent dans certaines régions, notamment dans le sud du pays.  La province de Zabul est la plus touchée par l’insécurité, a-t-il dit.  Le taux d’inscription sur les listes électorales y a à peine dépassé 50%.  Dans le sud en général, celui des femmes avoisine seulement 19%.  À l’issue des neuf mois du processus d’établissement des listes électorales, nous devons exprimer notre reconnaissance et nos condoléances aux familles des 12 travailleurs électoraux qui ont perdu la vie, et aux 30 qui ont été victimes d’attaques.  Nous devons aussi féliciter les 14 000 Afghans qui ont participé à ces activités.

L’Organe mixte d’administration des élections est en train de finaliser les préparatifs du scrutin et notamment les règles qui régiront la campagne électorale, qui sera lancée le 7 septembre, a dit M. Arnault.  Environ 5 000 bureaux de vote ont été identifiés.  Ils abriteront environ 25 000 urnes et nous avons commencé à recruter les 120 000 travailleurs afghans devant soutenir la logistique du scrutin.  La sécurité reste notre principal souci, a indiqué M. Arnault.  La Coalition, a-t-il dit, dispose de 18 000 soldats, tandis que le Ministère afghan de l’intérieur dispose de 20 000 policiers formés par les Américains et les Allemands.  La Force internationale de sécurité (ISAF) a quant à elle 7 300 hommes et disposera de 8 300 soldats avec l’arrivée des bataillons italien et espagnol.  Nous devons nous attendre à des conditions de travail difficiles, a indiqué M. Arnault en soulignant qu’au cours des dernières semaines, des affrontements entre factions rivales avaient causé la fermeture de centres d’inscription sur les listes électorales.  Ces affrontements sont surtout le fait des forces Taliban et de celles fidèles à Hekmatyar, a dit le Représentant spécial du Secrétaire général.

M. Arnault a souligné l’urgence de la question compte tenu des échéances électorales.  L’élection présidentielle devant être une contribution majeure à la stabilité et à la consolidation de « cet État fragile », le Représentant spécial du Secrétaire général a argué qu’il faut accorder la plus haute priorité à la question de la protection du personnel électoral.  Il a ensuite évoqué les progrès réalisés dans les préparatifs de l’enregistrement et du vote dans les pays voisins comme l’Iran et le Pakistan.  Compte tenu du calendrier serré, a-t-il prévenu, l’enregistrement au Pakistan sera un exercice moins complet mais néanmoins acceptable.  Il a ensuite indiqué que 18 candidats à l’élection présidentielle ont passé le test de l’éligibilité.  Leur appartenance politique est assez diversifiée, a-t-il ajouté en se félicitant du fait qu’au niveau national, une véritable course électorale semble possible.  À la diversité politique s’ajoute la diversité ethnique parce que les candidats à la présidence qui doivent se présenter avec leurs deux vice-présidents, ont été en mesure de nommer sur leur liste des candidats en dehors de leur groupe ethnique.

M. Arnault a poursuivi sur la question critique de la lutte contre le trafic de stupéfiants.  Insistant sur les succès de la police, il a indiqué que ses actions ne sont toujours pas appuyées par un système pénal adéquat.  D’ici à la fin de l’année, a-t-il assuré, un mécanisme plus efficace devrait être mis en place.  Il s’est également dit convaincu que les objectifs de DDR fixés à la Conférence de Berlin devraient être réalisés avant les élections.  La participation élevée au processus d’enregistrement des électeurs a montré l’attachement de la population aux futures élections.  Il faut, a-t-il insisté, fournir un effort supplémentaire pour assurer la sécurité des électeurs et du personnel électoral.  Il faut continuer à travailler à l’environnement politique pour le rendre favorable à un exercice électoralement libre et juste.  Le Gouvernement, les candidats et les forces qu’ils représentent ainsi que la communauté internationale ont une responsabilité commune.  Il faut espérer, a conclu le Représentant spécial, que chaque acteur sera à la hauteur des défis.

Mme ANN PATTERSON (États-Unis) a déclaré que la MANUA devrait avoir suffisamment de ressources pour assurer le succès des élections afghanes.  Les États-Unis appellent donc les pays qui ont fait des annonces de contributions à verser les fonds et ressources promis.  Il est d’autre part important que le Pakistan et l’Iran agissent de pair pour l’inscription sur les listes électorales et le vote hors du pays, a dit la représentante.  Notre pays a-t-elle poursuivi, est d’avis qu’il faut tout mettre en œuvre pour assurer la sécurité du scrutin.  L’annonce faite par l’OTAN de renforcer ses troupes et de soutenir le plan de sécurité est à cet égard importante et le déploiement des forces supplémentaires a commencé.  Les élections d’octobre doivent marquer la fin de la transition en Afghanistan et y ouvrir une ère de démocratie.

M. WOLFGANG TRAUTWEIN (Allemagne) a pleinement adhéré à l’analyse de la situation afghane contenue dans le rapport du Secrétaire général.  Il a appelé le Gouvernement afghan et la communauté internationale à prendre les mesures nécessaires pour assurer le succès du processus électoral.  Il a salué les acteurs internationaux qui s’impliquent déjà ainsi que la décision de l’OTAN d’apporter une aide à la Force internationale d’assistance à la sécurité (FIAS).  Le représentant a ensuite exprimé sa préoccupation face à la situation en matière de sécurité.  Il a jugé fondamental de poursuivre la réforme de la sécurité en désarmant les milices et en mettant sur pied un système de justice efficace.  Le temps obtenu grâce au report des élections devrait être utilisé pour améliorer la situation en matière de sécurité, a-t-il dit avant de donner la priorité au processus de désarmement, démobilisation et réinsertion (DDR).  Manifestant également sa préoccupation face à la culture du pavot, le représentant a salué les mesures prises par le Gouvernement pour lutter contre cette économie illicite.  L’Afghanistan, a-t-il prévenu, continuera d’avoir besoin de l’aide extérieure pour relever le défi de la sécurité.  Il a donc annoncé le déploiement prochain d’un autre contingent allemand sur le terrain.  Concluant sur la question des droits de l’homme, le représentant s’est félicité des différentes initiatives. 

M. HERALDO MUNOZ (Chili) a dit que sa délégation était préoccupée par la détérioration de la sécurité en Afghanistan.  Le Chili regrette que l’ONG « Médecins sans frontières » ait été contrainte à mettre fin à ses activités d’assistance en Afghanistan après des attaques qui ont causé la mort d’employés.  Il est important que l’OTAN intervienne efficacement dans le pays pour assurer le déroulement des élections en toute sécurité.  En sa qualité de Président du Comité des sanctions contre les Taliban, il s’est rendu en Afghanistan où il a constaté que les Taliban constituent une menace réelle à la reconstruction du pays.  Il a invité les délégations à accorder toute leur attention au rapport que le Comité publiera aujourd’hui.  Le Chili estime qu’il est essentiel d’améliorer les chances de succès du processus électoral en Afghanistan et espère que les élections se dérouleront dans la transparence et un climat de sécurité.

M. JULIO HELDER DE MOURA LUCAS (Angola) s’est déclaré préoccupé par la situation décrite dans le rapport du Secrétaire général.  La détérioration de la situation en matière de sécurité doit être traitée avec détermination, a-t-il dit en se félicitant de la décision de l’OTAN de déployer des troupes supplémentaires.  Le représentant a tout de même noté les progrès dans l’administration publique, la gestion fiscale et le développement social et économique.  Mais il a relevé les retards dans la formation de l’armée, le programme DDR, la mise sur pied d’une police nationale, la réforme du secteur de la justice, la situation des droits de l’homme ou encore la lutte contre le trafic des stupéfiants.  Au cours des prochains mois, il faut tout mettre en œuvre, a-t-il préconisé, pour consolider l’État afghan.  Il a appelé la communauté internationale à mobiliser les ressources nécessaires à l’organisation d’un exercice électoral libre et juste.  Il a mis l’accent, en l’occurrence, sur l’urgence qu’il y a à régler les problèmes d’insécurité.

M. RONALDO MOTA SARDENBERG (Brésil) a déclaré que sa délégation se félicitait des progrès, même timides, accomplis en Afghanistan.  Le succès du processus de reconstruction dépendra considérablement du renforcement de la légitimité du Gouvernement afghan.  Le grand nombre d’électeurs inscrits sur les listes, et notamment de femmes, semble indiquer le lancement d’un processus politique qui pourrait aboutir de manière positive.  Le Brésil, a indiqué son représentant, soutiendra le processus de démocratisation en cours.  Nous regrettons la montée de l’insécurité, qui provoque le départ de certaines organisations humanitaires importantes, comme Médecins sans frontières.  Le Brésil estime que la conduite d’un programme efficace de désarmement, de démobilisation et de réinsertion (DDR) est indispensable en Afghanistan.  Par ailleurs, son pays regrette que les trafics de stupéfiants aient atteint cette année des niveaux sans précédent, a conclu le représentant.

M. JUAN ANTONIO YANEZ-BARNUEVO (Espagne) a estimé que malgré les nombreux obstacles, le processus de paix en Afghanistan continue de progresser comme en atteste la tenue prochaine des élections présidentielles et législatives.  Il a toutefois reconnu que l’augmentation de la violence terroriste, criminelle et factieuse, au cours de ces derniers mois, montre l’urgence de mettre en place les mesures concernant la sécurité prises lors de la Conférence de Bonn.  La violence des Taliban et d’Al-Qaida, celle des chefs de guerre et des milices armées et leur lien avec le trafic des stupéfiants constitue une réelle menace à la consolidation de la paix dans le pays, a-t-il ajouté.  Il a jugé, en conséquence, que l’assistance internationale est d’une importance vitale.  Dans cet ordre d’idées, le représentant a annoncé la décision de son Gouvernement d’étendre à 540 le contingent espagnol de la FIAS.  Il a aussi annoncé le déploiement provisoire d’un bataillon d’infanterie pour appuyer le processus électoral.  Le nouveau déploiement des forces espagnoles a commencé le 17 août dernier, a-t-il précisé en assurant qu’elles seront pleinement opérationnelles au cours du mois de septembre.  Le processus électoral, a-t-il prévenu, ne doit pas faire oublier l’urgence de progresser dans les domaines de DDR, de la lutte contre le trafic des stupéfiants, de la gestion des terres et de l’instauration d’un État de droit.  Il reste encore beaucoup à faire en matière de droits fondamentaux, a insisté le représentant en arguant que la Commission afghane des droits de l’homme, qui accomplit un travail précieux, mérite d’être appuyée.

M. LAURO BAJA (Philippines) a déclaré que l’inscription de plus de 10 millions d’Afghans et d’Afghanes sur les listes électorales était un signe clair que la population de ce pays veut prendre en main son propre destin.  Il sera intéressant de voir comment s’exprimeront les votes des Afghans vivant en Iran et au Pakistan, a noté M. Baja.  Sa délégation, a-t-il poursuivi, s’inquiète de la montée de la violence en Afghanistan, et craint que ces violences aient un impact négatif sur le déroulement du scrutin du 9 octobre.  Par ailleurs, le représentant philippin a regretté qu’à la suite d’agressions contre leurs employés, certaines ONG, comme Médecins sans frontières, sont contraintes de se retirer.  Leur aide, a-t-il souligné, est pourtant nécessaire à la population afghane.

M. JEAN-FRANCIS RÉGIS ZINSOU (Bénin) a affirmé que la question du renforcement de la légitimité du Gouvernement afghan était cruciale puisqu’elle établissait une relation de cause à effet entre l’élimination de la résistance des acteurs et réseaux informels qui caractérisent la nature du pouvoir en Afghanistan.  À ce titre, a-t-il souligné, la tenue des élections y est directement rattachée et les progrès réalisés dans l’établissement des listes électorales prouvent que le peuple afghan nourrit une réelle aspiration à la démocratie.  Il a en outre appuyé l’appel lancé par la MANUA aux partis politiques homologués qui ne disposent pas de ressources pour faire campagne.  Le délégué béninois a par ailleurs insisté pour que le Gouvernement afghan mette tout en œuvre pour créer les meilleures conditions à la tenue d’élections libres, transparentes et effectivement démocratiques et garantir des conditions de sécurité appropriées.  La sécurité est une exigence qui interpelle la communauté internationale puisqu’elle requiert une augmentation marquée de l’assistance internationale à la sécurité.  Dans ce contexte inquiétant, la communauté internationale doit trouver les moyens d’aider l’Afghanistan à mettre en œuvre de manière effective les programmes de DDR, maintenant que le recensement est fini et le regroupement des armes lourdes amorcé.  Se félicitant du renforcement continu de l’armée et de la police nationale afghanes, il a souligné l’importante contribution qu’elles devront apporter à la stabilisation du pays, qui passe notamment par la lutte contre les stupéfiants. 

M. MUNIR AKRAM (Pakistan) a rappelé que le Président de l’Afghanistan vient d’achever une visite de deux jours à Islamabad durant lesquels les liens fraternels entre les deux pays ont été réaffirmés, de même que la détermination à lutter contre le terrorisme.  L’armée pakistanaise lutte ainsi contre Al-Qaida, a ajouté le représentant pour illustrer les efforts de son pays pour venir en aide à L’afghanistan.  Dans ce pays, la sécurité demeure une préoccupation majeure, a-t-il reconnu.  L’Afghanistan doit aujourd’hui relever le défi des élections et le Pakistan accorde une grande importance à cet évènement majeur.  Le représentant s’est félicité du processus d’inscription sur les listes électorales, en se montrant toutefois préoccupé par les faibles chiffres dans le sud et le sud-est du pays.  Il a donc conseillé à la FIAS de fournir une aide accrue et s’étendant à l’ensemble du pays.  Concernant les réfugiés afghans au Pakistan, il a rappelé la signature, le 23 juillet dernier, d’un Mémorandum d’accord, mais il a dit redouter que les puissants seigneurs de guerre qui ont des intérêts particuliers ne tentent de compromettre ou influencer injustement le cours des élections.  Il s’est dit heureux que les réfugiés afghans puissent prendre part aux élections et a espéré qu’ils pourront aussi participer aux futures élections législatives.  Les réfugiés au Pakistan ne sont pas des réfugiés économiques, a-t-il insisté en appelant la communauté internationale à trouver les moyens de rapatrier tous les Afghans. 

Les menaces à la sécurité, a-t-il poursuivi, se trouvent à l’intérieur du pays même.  Il a pointé du doigt les dirigeants des factions, les chefs de bandes ou encore les d’extrémistes comme les Taliban et les membres d’Al-Qaida.  Citant les paroles du Président Karzaï, il a souligné que les chefs de guerre représentent une menace bien plus grave encore que celle que font peser les Taliban.  La grande erreur, a analysé le représentant, a été de compter sur les chefs de guerre et les forces factieuses pour assurer la sécurité.  Le vide sécuritaire que l’on constate aujourd’hui risque de créer des conditions permettant aux terroristes de saper le processus démocratique.  La situation, qui prévaut aujourd’hui dans le sud et le sud-est du pays, est due à l’exclusion politique que ressentent les populations et à l’impunité des chefs de guerre.  Cette partie du pays n’a toujours pas de présence pour assurer la sécurité, a-t-il dit.  Le représentant a appelé la FIAS à combler cette lacune avant de demander comment la MANUA est parvenue à la conclusion que les milices factieuses seraient au nombre de 50 000 plutôt que de 100 000.  Cette réduction résulte-t-elle de l’exclusion des milices dépendant de certains membres du Gouvernement ou s’agit-il d’une forme de calcul, s’est interrogé le représentant.  Il a estimé que les progrès dans le domaine du DDR dépendent d’une participation volontaire et effective des chefs de factions.  Le représentant a insisté sur ce point avant de regretter que certains milieux ou individus, y compris de hauts responsables de la MANUA, cherchent à rejeter la responsabilité de l’insécurité qui règne en Afghanistan sur son pays.  Mon pays, a-t-il dit, est en droit d’attendre plus d’impartialité de la part des Nations Unies.  Il a conclu en citant les mesures prises par son pays pour lutter contre le terrorisme le long de la frontière avec l’Afghanistan. 

M. ADAM THOMSON (Royaume-Uni) a déclaré que sa délégation soutiendrait la mise en place d’un cadre politique usant de moyens pacifiques en Afghanistan.  L’OTAN a approuvé lors de son dernier sommet d’Istanbul une intervention de ses forces en Afghanistan.  Il est aussi important que la FIAS renforce ses moyens d’intervention dans les régions sud et sud-est de l’Afghanistan.  Concernant les préoccupations du Pakistan, il est normal que la communauté internationale demande aux pays voisins de l’Afghanistan de faire des efforts supplémentaires pour assurer une meilleure sécurité dans ce pays avant la tenue des prochaines élections, a indiqué le représentant.  Le Royaume-Uni, a indiqué son représentant, insiste sur le renforcement des institutions judiciaires afghanes, qui doivent participer à la lutte contre l’insécurité, afin d’encourager l’instauration d’un État de droit.  Le représentant a demandé à la communauté internationale de soutenir davantage la mise en œuvre du programme de DDR en Afghanistan.  Il a par ailleurs souhaité que la lutte contre la culture et le commerce des stupéfiants soit renforcée. 

M. ZHANG YISHAN (Chine) a reconnu l’importance des élections qui seront un jalon important du processus de paix.  Il a, dans ce contexte, mesuré à sa juste valeur le danger que fait peser la situation sur le plan de la sécurité.  Il a donc appuyé les activités du Gouvernement afghan visant la réforme de ce secteur, le processus de désarmement, démobilisation et la  réinsertion, a ainsi que le renforcement de la police et de l’armée.  Il a appelé tous les Afghans à travailler à l’unité du pays pour assurer le développement et la reconstruction.  Il a, ce faisant, préconisé l’intensification de la lutte contre le trafic de drogue, en demandant à la communauté internationale d’accorder plus d’aide à l’Afghanistan.  Il l’a aussi priée de fournir une assistance efficace à la sécurité pour répondre aux besoins résultant de la tenue prochaine des élections.  La communauté internationale doit honorer ses engagements financiers à l’égard de l’Afghanistan, a insisté le représentant avant d’annoncer la décision de son pays d’accorder une aide supplémentaire de 15 millions de dollars et une aide électorale d’un million de dollars.

M. MICHEL DUCLOS (France) a déclaré que la France était préoccupée par la détérioration de la sécurité en Afghanistan, ainsi que par la lenteur de la mise en œuvre du programme DDR, et par les insuffisances de la lutte contre les stupéfiants.  Au cours de ces derniers mois, l’accroissement des violences résultant des luttes entre factions et de la résurgence des Taliban a causé des pertes en vies humaines, notamment parmi les travailleurs humanitaires.  La France regrette la décision prise par une grande organisation humanitaire de se retirer d’Afghanistan, tout en la comprenant.  Il est nécessaire que la lumière soit faite sur les actes de violences affectant les travailleurs humanitaires, et que leurs auteurs soient punis.  Il est clair que la détermination des Afghans à exercer leur citoyenneté à travers un vote est la meilleure expression de leur volonté de prendre en charge le destin de l’Afghanistan.  La MANUA et les autres acteurs opérant en Afghanistan ont pour leur part démontré leur engagement en faveur de la reconstruction du pays.  La France souscrit aux remarques faites par le Représentant spécial du Secrétaire général sur la nécessité de prendre des mesures de renforcement de la sécurité.  La FIAS est actuellement placée sous le commandement d’un général français.  La France disposera d’environ 1 500 militaires en Afghanistan dans les jours qui viennent, a précisé le représentant.  L’élection présidentielle devrait marquer un tournant dans le processus de retour à la normalité de l’Afghanistan, a-t-il estimé.

M. ABDALLAH BAALI (Algérie) s’est félicité que les inscriptions sur les listes électorales aient presque atteint 10 millions, dont 41,8% de femmes, et a salué l’action de la MANUA et la volonté de la population afghane de s’impliquer entièrement dans le processus de reconstruction du pays.  Tout en reconnaissant les progrès réalisés dans la mise en œuvre du Plan de travail adopté lors de la Conférence de Berlin, en particulier dans les domaines de l’administration publique, de la gestion budgétaire et du développement économique et social, le représentant a insisté sur la nécessité d’axer les efforts sur l’élimination de la pauvreté, le renforcement de l’État de droit et la promotion et la protection des droits de l’homme.  La dégradation de la situation en matière de sécurité fait peser des risques sur le déroulement des élections et la bonne marche du processus de paix et de reconstruction, a-t-il prévenu.  Dans ce contexte, il est essentiel d’assurer le succès du programme de désarmement, démobilisation et réinsertion, d’accélérer les opérations de regroupement des armes lourdes et d’élargir la présence des forces internationales.  M. Baali a par ailleurs estimé qu’il convenait de renforcer l’appui aux mesures prises par le Gouvernement afghan pour mettre un terme au développement de la culture illicite du pavot, et encourager la production de cultures alternatives et la collaboration avec les pays voisins en vue de créer une zone de sécurité aux frontières. 

M. GHEORGHE DUMITRU (Roumanie) a estimé qu’aucun effort ne devait être épargné par la communauté internationale pour appuyer l’Afghanistan dans ses efforts pour améliorer la sécurité, accélérer la mise en œuvre du programme de DDR et continuer le processus d’enregistrement.  La triade que constitue la violence des extrémistes, l’existence de factions et l’industrie des stupéfiants est une menace à la sécurité et à la stabilisation politique, a-t-il dit en appuyant l’idée du Secrétaire général selon lequel il est crucial que l’assistance internationale à la sécurité soit augmentée pour assurer le bon déroulement d’élections libres et justes.  La Roumanie de son côté maintiendra sa contribution à la FIAS et appuiera les efforts visant à édifier la capacité des forces armées afghanes.  Insistant d’autre part sur l’importance de la livraison de l’aide humanitaire et des activités de développement, il a estimé qu’il fallait accroître le nombre des équipes provinciales de reconstruction et allouer davantage de ressources à l’Afghanistan.  Il  a en outre salué le taux d’inscription sur les listes électorales, en particulier celui des femmes.  Il a insisté sur la nécessité de mettre en avant les questions de parité entre les sexes et de multiethnicité et de les prendre pleinement en considération lors des processus de recrutement.  Il a souligné l’importance de la mise en œuvre effective du programme de DDR et la nécessité de renforcer les partenariats au niveau régional, en particulier sur le plan économique et dans le domaine de la lutte contre les drogues.

M. ANDREY DENISOV (Fédération de Russie) a accordé la plus haute priorité à la question de la sécurité, tout en exprimant sa préoccupation face à l’intensification des actes terroristes à l’approche des élections.  Il a donc préconisé l’adoption de mesures rapides et décisives, en mettant en garde contre la tendance à sous-estimer la détermination des Taliban et d’Al-Qaida.  Les tentatives d’établir un dialogue avec les Taliban supposés modérés, a-t-il prévenu, constituent un réel danger.  Il a mis l’accent sur le lien qui existe entre toutes les factions et les barons de la drogue.  La situation volatile en matière de sécurité montre la nécessité d’accélérer le processus de collecte des armes, a insisté le représentant avant d’estimer que le report des élections, qui est contraire aux Accords de Bonn, n’a fait que favoriser une multiplication des incidents armés.  En la matière, il a voulu que l’implication des structures internationales, y compris l’OTAN, soit dûment définie par le Conseil de sécurité afin d’assumer leur légitimité.  Revenant sur la question du trafic illégal des stupéfiants, le représentant a appelé à des efforts pour consolider les institutions afghanes.  À cette fin, il a préconisé une stratégie internationale qui inclurait une ceinture de sécurité le long de la frontière afghane.  Le Conseil de sécurité, a-t-il conclu, doit accorder toute l’aide possible aux autorités afghanes et à la communauté internationale pour assurer la paix à la veille d’élections cruciales.

M. RAVAN FARHADI (Afghanistan) a déclaré que comme sa délégation l’avait déjà indiqué lors des réunions du Conseil économique et social (ECOSOC), seuls des actes concrets de reconstruction sociale et économique du pays permettant de transformer positivement la vie des populations, peuvent réellement donner un surplus de légitimité au Gouvernement de l’Afghanistan.  Les actions de reconstruction sont aussi un puissant facteur de renforcement de la paix, car elles sont une source de création d’emplois et facilitent la réintégration des combattants.  La participation active de la communauté internationale à la reconstruction de l’Afghanistan lui permettrait de mieux y soutenir l’émergence de la démocratie et de renforcer la paix, a estimé le représentant.  Il est donc indispensable que les engagements pris lors de la Conférence de Berlin soient tenus, et que les pays qui y ont fait des annonces de contributions financières en faveur de la reconstruction de l’Afghanistan s’en acquittent, a-t-il souhaité. 

M. DIRK JAN VAN DEN BERG (Pays-Bas) s’est félicité, au nom de l’Union européenne et des pays associés, de la tenue des élections présidentielles en Afghanistan au mois d’octobre, ce qui constitue un évènement historique pour le pays.  Il est indispensable maintenant de faire en sorte que les mois qui restent avant la tenue de ces élections soient consacrés à la préparation d’un processus juste et libre.  Nous  félicitons à cet égard l’Organe conjoint de gestion des élections pour le travail accompli.  Aujourd’hui, presque tous les votants ont été enregistrés et parmi eux, 41% sont des femmes.  Le représentant a par ailleurs condamné les violences dont les équipes électorales ont été victimes ainsi que les attaques et les meurtres commis à l’encontre du personnel humanitaire international et de ceux qui travaillent dans le domaine de la reconstruction.  Les niveaux élevés d’insécurité dans diverses parties de l’Afghanistan nous rappellent la nécessité d’assurer la sécurité pendant les élections, de reconstruire l’armée afghane et d’intensifier le processus de désarmement, démobilisation, et réinsertion.  L’engagement de l’Autorité provisoire afghane à cet égard est crucial.  La lutte contre le trafic de drogue est également de première importance.  Nous demandons instamment au Gouvernement afghan et à la communauté internationale de travailler ensemble à trouver des solutions à ce problème.

M. SHINICHI KITAOKA(Japon) a estimé que la renaissance de l’Afghanistan en tant qu’État démocratique est un enjeu des élections à venir.  Il s’est félicité du bon déroulement du processus d’inscription des électeurs, de la prise en compte par les candidats de l’équilibre ethnique et de la signature de Mémorandums d’accord avec l’Iran et le Pakistan.  Les élections exigent l’amélioration de la situation en matière de sécurité, a poursuivi le représentant en dénonçant les activités subversives d’Al-Qaida et des Taliban, des chefs de guerre et des barons de la drogue.  Il a espéré que le déploiement rapide de forces supplémentaires contribuera à améliorer la situation.  Le représentant a, par ailleurs, regretté la lenteur du processus de DDR.  Aucune partie ne parviendra à ses fins par la force, a-t-il prévenu en saluant les mesures prises par le Président Karzaï.  Il a appelé la communauté internationale à réfléchir sérieusement à l’intégration dans une armée nationale des combattants qui seront démobilisés.

M. ALLAN ROCK (Canada) a souscrit à la conclusion qu’il faut s’attaquer en priorité à l’extrémisme, à la constitution de factions et à l’industrie des stupéfiants pour que le processus de paix puisse progresser.  Rappelant la contribution de son pays à ce processus, le représentant a estimé que les gains réalisés ne sont pas encore irréversibles.  Sans une sécurité et des institutions de gouvernance crédibles et transparentes, sans l’essor du secteur privé et un revenu national, l’objectif d’un État démocratique et autonome restera hors d’atteinte.  Il a souligné que les efforts de la communauté internationale sont menacés par la synergie entre les chefs de guerre, la résurgence des Taliban et l’industrie des stupéfiants.  Il a donc préconisé d’agir résolument pour rétablir l’autorité des institutions gouvernementales aux yeux de la population et pour désarmer et démanteler les milices qui ont recours à la force à des fins politiques.  La communauté internationale doit explorer, dans les mois à venir, la meilleure façon de continuer d’appuyer le Gouvernement afghan dans cet effort, a-t-il conseillé.  Dans l’immédiat, a poursuivi le représentant, l’objectif premier doit être de faire en sorte que les élections présidentielles puis les élections parlementaires se déroulent sans heurts, de la façon la plus libre et juste possible.  En la matière, il a reconnu qu’il faudra accorder plus d’attention aux régions sous représentées, notamment dans le sud, ainsi qu’aux électeurs se trouvant à l’étranger.  L’heure est venue, a insisté le représentant, de nous concentrer davantage sur des préoccupations clefs, à savoir les chefs de guerre, les milices, les stupéfiants et les insurgés pour éviter qu’ils ne mettent en péril l’engagement de la communauté internationale. 

M. HJALMAR W. HANNESSON (Islande) s’est dit préoccupé par la situation en matière de sécurité en Afghanistan.  À court terme, il est nécessaire de renforcer les Équipes de reconstruction provinciales.  Nous déplorons vivement les attaques fréquentes perpétrées contre le personnel des Nations Unies et des organisations non gouvernementales au cours de ces dernières semaines.  Tout en le comprenant, nous regrettons le départ de Médecins sans frontières, a ajouté le représentant.  Le Ministre islandais des affaires étrangères était présent lors du transfert de la gestion de l’aéroport de Kaboul à une équipe islandaise.  Le fonctionnement de l’aéroport est essentiel pour le succès du mandat de la Force internationale d’assistance à la sécurité.  Les groupes extrémistes comme les Taliban et Al-Qaïda et les activités criminelles liées au trafic de drogues affectent considérablement les conditions de sécurité, a fait remarquer le représentant.  C’est pourquoi, il faut s’attaquer aux trois aspects du trafic de drogues, à savoir les capacités de production, les routes du trafic et les utilisateurs, afin d’assurer la stabilité en Afghanistan.  Les activités de production ne pourront être véritablement remplacées sur le long terme que si l’on fournit aux fermiers des activités alternatives.  De l’avis de la délégation islandaise, le succès de la mise en œuvre du processus de démobilisation, désarmement et réinsertion est essentiel.

M. ALISHER VOHIDOV (Ouzbékistan) a salué les progrès réalisés dans la mise en œuvre des objectifs fixés lors de la Conférence de Bonn.  Les mesures positives offrent non seulement une chance de pacifier le pays mais aussi d’accélérer le processus de son intégration en Asie centrale.  Le représentant s’est alors dit préoccupé par la détérioration de la situation en matière de sécurité, l’augmentation de la production de stupéfiants et la lenteur des réformes dans les domaines social et économique et dans la fourniture de l’aide financière.  Il a estimé que la coordination des efforts doit être accordée aux Nations Unies.  En la matière, a-t-il poursuivi, il faut renforcer les mesures en matière de démilitarisation, accélérer la collecte des armes et intégrer davantage les anciens soldats dans la société.  Il sera alors possible, a-t-il prévu, de mettre sur pied des structures de police équipées et de centraliser le pouvoir.  Le représentant a, d’autre part, appelé à une intensification de la coopération internationale pour lutter contre le terrorisme et le trafic illicite des stupéfiants.  Il a, en l’occurrence, sollicité l’aide internationale pour la création d’un centre régional de coordination et d’information de lutte contre la criminalité internationale liée au trafic illégal de stupéfiants.  Il a conclu en faisant part des efforts de son pays pour développer les réseaux de communication dans la région d’Asie centrale dont, a-t-il rappelé, l’Afghanistan est une partie intégrante.

Répondant aux observations du représentant du Pakistan, le Représentant spécial du Secrétaire général a d’abord précisé les chiffres des forces afghanes.  L’année dernière, les chiffres officiels étaient de 700 000.  Après l’examen de nouvelles hypothèses, les chiffres sont tombés à 100 000 soldats et officiers, en novembre dernier.  Depuis lors, il est apparu clairement que les effectifs avaient largement été surévalués.  Le représentant a poursuivi en indiquant aussi qu’à la MANUA, il n’y a pas de place pour la partialité politique.  Bien au contraire, a-t-il souligné, la MANUA adhère à l’analyse du Pakistan sur le rôle des factions.  La MANUA, a-t-il rappelé, a la charge de lutter contre ce phénomène.  Les Taliban, a-t-il expliqué, sapent directement l’expression de la volonté populaire.  Ils ont des biens et des ressources en Afghanistan en dépit du fait que le processus d’inscription des électeurs les ait exclus.  Les Taliban gardent donc une force et peuvent s’infiltrer à travers les frontières.  Il serait inconscient, a conclu le Représentant spécial, de ne pas alerter la communauté internationale.  

Commentant ces propos, le représentant du Pakistan a convenu de la détermination des extrémistes, qui ne jouissent pas d’un appui populaire, d’empêcher les élections.  Toutefois, a-t-il ajouté, il ne faut pas imputer systématiquement l’état des choses à leur capacité d’effectuer des infiltrations à travers les frontières.  Il a ainsi indiqué que la plupart des 35 incidents qui ont eu lieu, pendant la période couverte par le rapport, se sont déroulés à l’intérieur du territoire afghan, et par conséquent bien loin de la frontière avec le Pakistan.  Lorsque l’on demande la coopération de mon pays, a-t-il poursuivi, il faut d’abord reconnaître que sa contribution en troupes et en ressources financières est extraordinaire.  Qu’est-ce que le Pakistan peut faire de plus? s’est interrogé le représentant, en déclarant injustes les pressions que le pays continue de subir.  En la matière, a-t-il souligné, l’efficacité exige un renforcement des capacités techniques et autres.  Or, malgré les demandes répétées, l’aide tarde à venir.  De plus, a ajouté le représentant, les infiltrations à travers les frontières relèvent aussi de la responsabilité de l’Afghanistan et des forces internationales qui s’y trouvent.  Combien de ces troupes sont déployées le long de la frontière? a-t-il demandé 

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