LA MISSION DU CONSEIL DE SÉCURITÉ EN AFRIQUE DE L’OUEST TIRE SES PREMIÈRES CONCLUSIONS

30 juin 2004
CS/2710

LA MISSION DU CONSEIL DE SÉCURITÉ EN AFRIQUE DE L’OUEST TIRE SES PREMIÈRES CONCLUSIONS

30/06/2004
Communiqué de presseCS/2710

Conseil de sécurité

5000e séance – après-midi

LA MISSION DU CONSEIL DE SÉCURITÉ EN AFRIQUE DE L’OUEST TIRE SES PREMIÈRES CONCLUSIONS

De retour d’Afrique de l’Ouest où il a dirigé la mission du Conseil de sécurité du 20 au 29 juin, le Représentant permanent du Royaume-Uni, Sir Emyr Jones Parry, a présenté cet après-midi les premières conclusions* de cette visite.  La mission avait commencé au Ghana, pays qui exerce actuellement la présidence de la Communauté des États d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO).  Le but était de définir une stratégie cohérente pour les interventions des Nations Unies, tant au niveau de la prévention des conflits que de la consolidation de la paix; d’encourager la CEDEAO à coopérer avec les États de la sous-région, l’Union du fleuve Mano et l’ONU. 

« L’Afrique de l’Ouest a un potentiel énorme mais elle connaît des problèmes graves qui pourraient avoir des conséquences lourdes pour le reste du continent », a relevé M. Jones Parry.  C’est pourquoi, la mission du Conseil a souligné l’importance de la coopération régionale qui servira de catalyseur pour la croissance économique des pays d’Afrique de l’Ouest.  En revanche, la liberté de mouvements et la porosité des frontières facilitent le trafic des biens, des armes et des êtres humains.  En outre, si l’on règle un problème dans un pays donné, ce problème se déplacera dans un autre pays, a-t-il aussi nuancé.

Dressant un bref bilan de la situation dans les sept pays visités, le Représentant permanent du Royaume-Uni a félicité la CEDEAO pour les activités politiques et militaires qu’elle a accomplies dans le cadre des efforts de paix dans les pays de la région, et en particulier en Côte d’Ivoire.  À Abidjan, a-t-il expliqué, nous avons adressé un message fort en soulignant l’importance fondamentale des Accords de Linas-Marcoussis.  Au Libéria, pays en plein relèvement, nous avons été impressionnés par la détermination de son Président.

À Freetown, en Sierra Leone, a ajouté M. Jones Parry, les choses ont beaucoup progressé et il semble que nous serons en mesure de retirer la MINUSIL.  À Abuja, au Nigéria, nous avons eu un échange de vues constructif avec le Président Obasanjo.  En Guinée-Bissau, qui est le pays le plus pauvre de ceux que nous avons visités, des progrès sensibles ont été réalisés par le Gouvernement qui n’est en place que depuis 50 jours.  À Conakry, en Guinée, la mission du Conseil a engagé un dialogue constructif avec le Président guinéen.

* Un rapport contenant les conclusions de la mission sera disponible en fin de semaine.

MISSION DU CONSEIL DE SÉCURITÉ

Exposé du Chef de la mission du Conseil de sécurité en Afrique de l’Ouest

Présentant aux 15 membres du Conseil de sécurité les conclusions de la mission du Conseil, qu’il a conduite en Afrique de l’Ouest du 20 au 29 juin, l’Ambassadeur EMYR JONES PARRY (Royaume-Uni) a fait observer que l’Afrique est très en retard en matière de développement alors que l’ONU s’apprête à passer en revue les progrès accomplis dans le cadre de la Déclaration du Millénaire.  Toutefois, le Nouveau Partenariat pour le Développement de l’Afrique (NEPAD) est un engagement ferme des dirigeants africains et nous avons donc le devoir de les aider à créer un environnement stable sur le continent.  Sans développement en Afrique, il n’y aura pas de stabilité.  Nous devons notamment fournir un soutien complet aux initiatives de maintien de la paix des Africains dans le cadre de la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO).  L’Afrique de l’Ouest a un potentiel énorme mais elle connaît des problèmes sérieux qui risquent d’engendrer des conséquences dévastatrices pour le reste du continent.

La mission du Conseil avait pour but de définir une stratégie cohérente pour les interventions des Nations Unies, tant en matière de prévention des conflits que de consolidation de la paix; d’encourager la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), de promouvoir la coopération entre les États de la sous-région, la CEDEAO, l’Union du fleuve Mano et l’ONU.  Lors de cette visite, nous avons souligné l’importance de la coopération régionale qui peut-être un catalyseur de croissance économique.  Malheureusement, la liberté de mouvements et la porosité des frontières facilitent le trafic des biens, des armes et des êtres humains et il est également clair que si on règle un problème dans un pays donné, ce problème se déplacera dans un autre pays.  Sans sécurité, le développement durable ne peut être réalisé et sans développement, la paix et la sécurité seront difficilement une réalité.  C’est pourquoi, ces trois éléments sont interdépendants. 

Passant en revue la situation dans les sept pays visités, Emyr Jones Parry a précisé que la mission du Conseil avait commencé sa visite par le Ghana qui exerce actuellement la présidence de la CEDEAO.  Nous avons ainsi pu constater que le travail mené par la CEDEAO est essentiellement de nature politique et militaire.  La CEDEAO, a reconnu l’Ambassadeur Jones Parry, joue un rôle constructif dans la région, notamment en Côte d’Ivoire.  À Abidjan, nous avons adressé un message fort en soulignant l’importance fondamentale de l’Accord de Linas-Marcoussis.  À Monrovia, au Libéria, pays en plein relèvement, nous avons été impressionnés par la détermination de son Président.  Nous avons souligné la nécessité pour le Libéria de poursuivre ses efforts sur la voie de la paix.  À Freetown, en Sierra Leone, les choses ont beaucoup progressé et il semble que nous serons en mesure de retirer la MINUSIL.  À Abuja, au Nigéria, nous avons eu un échange de vues constructif avec le Président Obasanjo avec lequel nous avons évoqué la tragédie humanitaire au Darfour et le drame qui se déroule dans le Nord de l’Ouganda.  Le Président nous a fait une présentation magistrale du Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique (NEPAD).  En Guinée-Bissau, qui est le pays le plus pauvre de ceux que nous avons visités, des progrès ont été accomplis.  Le Gouvernement n’est en place que depuis 50 jours.  À Conakry, en Guinée, un dialogue constructif a été également engagé avec le Président guinéen.

L’ONU doit continuer de déployer des efforts soutenus car elle ne peut pas se permettre d’abandonner des États en situation de faillite, a souligné M. Jones Parry.  Pour ce faire, il faut encourager la paix ainsi que la mise en place d’institutions solides et l’édification d’un état de droit.  La vigilance de l’ONU, des institutions régionales et des institutions financières est à cet égard essentielle.  L’approche régionale est en outre absolument fondamentale, a poursuivi M. Jones Parry, car les problèmes auxquels sont confrontés les pays de la région sont interdépendants.  Il faut donc encourager les synergies régionales et agir rapidement dans le cadre d’une approche de prévention des conflits.  Cependant, a nuancé M. Jones Parry, l’action de l’ONU est limitée car les opérations de maintien de la paix ont des ressources très réduites.  Enfin, il a estimé que le Moratoire sur les armes légères et de petit calibre devrait être plus agressif. 

Déclarations

Prenant la parole à son tour, M. JEAN-MARC DE LA SABLIÈRE (France), a estimé que les missions du Conseil de sécurité étaient très utiles pour faire comprendre les préoccupations et la politique du Conseil.  Ces missions permettent aussi de faire passer des messages sur la mise en œuvre des textes adoptés.  Elles enrichissent en outre le Conseil car, en 10 jours, ses membres acquièrent une meilleure perception de la situation sur place.  Le représentant français a également fait part de son inquiétude quant à la libre circulation des petites armes et des anciens combattants d’un pays à l’autre et a souhaité que cette question soit mieux appréhendée.  M. de La Sablière a en outre fait savoir que des signes encourageants avaient été observés en Côte d’Ivoire mais que la situation demeurait préoccupante.  Il a donc insisté sur la nécessité de surveiller de près la situation et sur ce qui ferait obstacle à l’application des Accords de Linas-Marcoussis.  Concernant le Libéria, il a estimé que la situation était encourageante.  S’agissant de la Sierra Leone, M. de La Sablière a estimé que le problème majeur était celui du retrait de l’ONU, lequel ne devait pas se traduire par une déstabilisation du pays.  Enfin, il a déclaré qu’en Guinée-Bissau, des efforts importants avaient été déployés et qu’ils devaient se poursuivre. 

M. ISMAEL ABRAAO GASPAR MARTINS (Angola) a jugé que la mission du Conseil en Afrique de l’Ouest avait été couronnée de succès dans la mesure où elle était opportune et bien ciblée.  Nous avons remis les messages du Conseil parfois directement aux acteurs concernés.  Nous avons également rencontré les dirigeants des opérations de maintien de la paix au Libéria et en Sierra Leone, pays qui peuvent être affectés par la situation en Côte d’Ivoire.  En Sierra Leone, où la MINUSIL est en fin de parcours, nous devons nous demander si nous avons atteint les objectifs définis.  Le pays qui nous a donné le plus d’espoir est la Guinée-Bissau, a fait observer le représentant.  Elle accueillait également une mission du Conseil économique et social et du Fonds monétaire international (FMI), ce qui prouve encore une fois le lien entre paix et développement.  Le sentiment général est qu’un effort réel est déployé en Guinée-Bissau pour améliorer les normes de gouvernance.  On peut noter une cohérence évidente dans les actions du Gouvernement, a conclu le représentant de l’Angola 

M. ALEXANDER V. KONUZIN (Fédération de Russie) a demandé, concernant la Côte d’Ivoire, si le Gouvernement ivoirien avait demandé au Conseil une aide pour régler son différend avec les rebelles.  Pour ce qui est de la Guinée-Bissau, il a demandé quelle a été l’impression de la mission concernant le nombre de militaires qui seraient prêts à faire preuve de retenue et éviter de s’attaquer aux institutions du pays.  Enfin, faisant référence au Libéria, il a posé la question de savoir si la mission avait eu le sentiment qu’il serait possible de punir les criminels.

Répondant aux commentaires formulés par les délégations, M. Jones Parry a fait savoir qu’un rapport serait remis au Conseil sur toutes ces questions.  Il a indiqué qu’en Guinée-Bissau, le Conseil avait insisté sur l’importance du contrôle politique de l’armée.  Le Conseil a également fait preuve de fermeté concernant les enfants soldats et a répété que ceux qui les recrutaient devaient être traduits en justice.   

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