LE CONSEIL DE SÉCURITÉ RÉFLÉCHIT AUX MOYENS D’ÉTABLIR DES ÉCHANGES PLUS EFFICACES AVEC LA SOCIÉTÉ CIVILE DANS SES EFFORTS DE CONSOLIDATION DE LA PAIX

22 juin 2004
CS/2704

LE CONSEIL DE SÉCURITÉ RÉFLÉCHIT AUX MOYENS D’ÉTABLIR DES ÉCHANGES PLUS EFFICACES AVEC LA SOCIÉTÉ CIVILE DANS SES EFFORTS DE CONSOLIDATION DE LA PAIX

22/06/2004
Communiqué de presseCS/2704

Conseil de sécurité

4993e séance – matin & après-midi

LE CONSEIL DE SÉCURITÉ RÉFLÉCHIT AUX MOYENS D’ÉTABLIR DES ÉCHANGES PLUS EFFICACES AVEC LA SOCIÉTÉ CIVILE DANS SES EFFORTS DE CONSOLIDATION DE LA PAIX

Conscient du rôle grandissant que jouent les organisations de la société civile dans les pays sortant d’un conflit et de la légitimité qu’elles tirent de leur présence aux côtés des populations, le Conseil de sécurité, réuni aujourd’hui sous la présidence de la Secrétaire aux affaires étrangères de la République des Philippines, Mme Delia Domingo Albert, a débattu des moyens d’établir avec elles des échanges plus efficaces et de tirer le meilleur parti de leur contribution.  

Le Secrétaire général a plaidé pour l’instauration d’un dialogue dans les deux sens entre l’Organisation des Nations Unies et la société civile, non pas pour que l’un dirige l’autre, mais pour que leurs efforts se complètent.  Pour Kofi Annan, si la coopération avec la société civile n’est pas une fin en soi, ni même une panacée, elle n’est pas une option mais une nécessité si les gouvernements veulent tenir les promesses des accords de paix.  Il a demandé au Conseil de définir une stratégie politique et un cadre formel propres à renforcer les échanges qu’il entretient déjà avec la société civile.  L’enjeu, a-t-il souligné, est de créer une synergie entre les différentes parties prenantes à la consolidation de la paix post-conflit, en utilisant au mieux leurs différents avantages comparatifs et leur complémentarité.  Invitant les États à examiner les conclusions du rapport réalisé par le Groupe de personnalités éminentes placé sous la direction de l’ex-Président brésilien, Fernando Cardoso, qui a été publié hier, le Secrétaire général a réaffirmé le caractère souverain du Conseil de sécurité et, comme la Présidente du Conseil économique et social, Marjatta Rasi, a incité les États à ne pas considérer la participation de la société civile comme une tentative d’usurper les gouvernements mais plutôt de bénéficier de sa « valeur ajoutée ». 

À l’instar du Secrétaire général, les délégations ont reconnu que renforcer l’association avec la société civile permettrait d’améliorer l’efficacité des Nations Unies dans leur ensemble, mais aussi d’offrir au Conseil de sécurité l’opportunité de profiter des informations de première main dont disposent les ONG.  Un large consensus s’est dégagé sur la contribution de la société civile aux objectifs de l’ONU en matière de maintien de la paix mais des divergences sont apparues sur les modalités de la coopération que l’ONU, et en particulier le Conseil, doivent entretenir avec elle. 

Alors qu’il a souligné que le Conseil de sécurité serait non seulement en mesure de rendre par ce biais plus efficace la prévention des conflits grâce à l’alerte précoce mais aussi de faciliter l’appropriation par les populations locales des processus élaborés en vue de redresser leur pays après le conflit, le représentant de la France, comme celui de la Fédération de Russie, s’est dit réservé quant à la tentation de trop formaliser les relations entre le Conseil et les ONG.  La délégation britannique a, elle, craint que la création de commissions indépendantes d’enquêtes associant la société civile n’empiète sur les mandats des Rapporteurs spéciaux.  Pour les représentants des pays en développement, dont la position a été notamment exprimée par le délégué du Brésil, il est temps de donner aux ONG, en particulier celles des pays en développement, l’opportunité de participer davantage aux travaux du Conseil, d’y faire entendre leurs voix et d’être au courant de ses activités.  Il a été appuyé dans ce sens par les délégués du Népal et de l’Algérie qui ont souscrit à la proposition du Panel Cardoso de créer un fonds de soutien aux ONG du Sud pour faciliter leur interaction avec l’ONU en général et le Conseil en particulier.  Ils ont insisté sur le paradoxe existant entre la faible implication de la société civile des pays en développement aux processus gouvernementaux alors que c’est dans ces pays que se déroulent les pires conflits. 

Invité par les membres du Conseil à présenter le point de vue des organisations de la société civile, le Secrétaire général de CARE International et le Vice-Président du Centre international pour la justice de transition, respectivement MM. Denis Caillaux et Ian Martin, ont plaidé pour que le Conseil de sécurité prévoit des références à la protection et à la participation de la société civile dans ses résolutions et institutionnalise une formule de participation régulière des ONG.  Il convient également de créer un forum de la société civile chargé de formaliser les procédures spéciales actuelles de consultations de la société civile pendant tout le processus de paix. 

En début d’après-midi, la Présidente a transmis, au nom du Conseil, ses condoléances à la République de Corée à la suite de l’exécution de Kim Sun-Il, l’otage sud-coréen, détenu jusqu’à aujourd’hui, en Iraq.  Le Représentant de la République de Corée est intervenu à ce sujet pour demander à toute la communauté internationale de condamner ce meurtre et a exprimé l’intention de son Gouvernement de continuer à participer à la reconstruction d’un Iraq démocratique et pacifique, malgré les attaques des terroristes.

Outre les représentants déjà cités et les membres du Conseil, les délégués des pays suivants ont également participé au débat: Irlande (au nom de l’Union européenne et des pays associés), Égypte, Sierra Leone, Pérou, République de Corée, Japon, Bangladesh, Australie, Ouganda, Canada, Sénégal et Népal. 

RÔLE DE LA SOCIÉTÉ CIVILE DANS LA CONSOLIDATION DE LA PAIX APRÈS LES CONFLITS

Déclarations

Le Secrétaire général des Nations Unies, M. Kofi Annan, a souligné que le partenariat entre l’ONU et la société civile s’était considérablement accru au cours des dernières années et reflète le rôle croissant de la société civile dans l’élaboration des politiques gouvernementales et ses efforts pour amener les gouvernements à rendre des comptes.  Le Secrétaire général a fait observer que la société civile était caractérisée par une grande diversité et qu’à côté des organisations qui contribuent grandement au développement et au secours dans les situations d’urgence, et constituaient de véritables partenaires, œuvrait une société « incivile » qui promeut l’exclusion et la violence.  La coopération entre l’ONU et la société civile doit être menée dans le cadre d’une stratégie politique bien définie dans le but de créer une synergie entre la société civile et les pouvoirs publics et de faciliter la reconstruction post-conflit.  À cet égard, M. Annan a fait remarquer qu’un partenariat efficace entre l’ONU et la société civile permettrait notamment à cette dernière d’aider à la réconciliation et à tenir responsables les auteurs des crimes de leurs actes.  Il a souligné la nécessité de mettre en place un dialogue en veillant à ce que les actions des différentes parties prenantes soient complémentaires.  La société civile a un rôle significatif à jouer et doit pouvoir faire entendre sa voix dans le processus de négociations sur la reconstruction.  Le Secrétaire général a ainsi affirmé que le moment était venu pour le Conseil d’approfondir ses relations avec la société civile et, à cet égard, il a invité les membres du Conseil à tenir compte des conclusions du Panel Cardoso en la matière.  Il a notamment salué les propositions concrètes faites par ce Groupe de personnalité éminentes pour faciliter la participation des ONG des pays en développement, ainsi que celles visant à rendre plus efficaces les relations entre le Conseil et la société civile.  Il a réaffirmé que le Conseil de sécurité était un Conseil de gouvernements souverains et qu’il ne devait pas considérer la participation de la société civile comme une tentative d’usurper le rôle des gouvernements, mais plutôt comme un moyen d’apporter une « valeur ajoutée » aux décisions grâce à une collaboration avec des partenaires capables de contribuer à la réalisation des objectifs des Nations Unies.  À ce titre, il a salué l’organisation de ce débat en insistant sur le fait que si la participation entre l’ONU et la société civile n’était pas une fin en soi ni même une panacée, elle n’en était pas moins non pas une option mais une nécessité. (Pour la version intégrale du discours, voir le communiqué de presse SG/SM/9376http://www.un.org/News/fr-press/docs/2004/SGSM9376.doc.htm.)

Mme MARJATTA RASI, Présidente du Conseil économique et social (ECOSOC), a déclaré que différentes perspectives peuvent être envisagées quand on parle de l’engagement de la société civile dans la reconstruction post-conflit.  Les organisations de la société civile travaillent de plus en plus dans la réinsertion des ex-combattants, dans la protection des enfants, et dans la lutte contre l’impunité.   Elles sont aussi présentes dans les opérations de déminage et dans la prestation de soins aux victimes des mines.  Les ONG doivent cependant suivre les normes acceptées au niveau international.  À son avis, les organisations internationales et les gouvernements devraient de plus en plus les appuyer.  En outre, les tâches de secours dans la reconstruction après-conflit nécessitent un partage de connaissances entre les différents acteurs et les institutions de la société civile jouent un rôle important dans le renforcement de la paix et dans les processus de réconciliation.  Nous avons besoin d’appuyer le renforcement des capacités locales et une meilleure coordination des actions des donateurs, a-t-elle précisé, en indiquant que l’ONU avait besoin de déchiffrer assez tôt le potentiel de violence de tout conflit qui se profile à l’horizon.  Selon elle, une bonne collaboration avec les ONG permettrait de disposer d’un bon système d’alerte rapide.  Nous discutons régulièrement avec le Conseil et ses instances subsidiaires de la manière de rendre nos appuis au retour à la paix plus efficaces et les Groupes consultatifs spéciaux sur la Guinée-Bissau et sur le Burundi mènent en ce moment des travaux qui s’avèrent cruciaux dans ces deux pays, a-t-elle déclaré.

M. DENIS CAILLAUX, Secrétaire général de CARE International, a souligné le rôle très important que peuvent et doivent jouer les organisations de la société civile dans la reconstruction des États.  Il a fait observer que les conflits armés internes et les situations d’urgence complexes avaient en quelque sorte abouti à une « paix technique » accompagnée d’une « insécurité tangible ».  Il a évoqué l’expérience de Care International dans les situations de reconstruction après les conflits où l’organisation mène des programmes en veillant à impliquer la population et à œuvrer à la prévention des conflits à travers les prises de contacts et la communication. 

M. Caillaux a affirmé que le Conseil faisait l’objet d’un appel à l’action sur la base des leçons tirées des 10 dernières années où on a constaté que les efforts de paix achoppaient sur l’éclatement de conflits locaux.  Pour remédier à cet état de fait, il a suggéré que les mandats de maintien de la paix dépassent leurs cadres traditionnels pour impliquer les communautés locales.  Selon lui, le Conseil de sécurité doit inclure des références à la protection et à la participation de la société civile lors de l’élaboration des résolutions du Conseil et il devrait en être de même lors de la compilation des rapports spécifiques à un pays établis par le Secrétaire général.  Le Conseil doit créer une formule de participation de la société civile sur la base du principe « Arria-plus », conformément aux recommandations du Panel Cardoso afin de renforcer et d’institutionnaliser un dialogue régulier.  Il convient également de créer un Forum de la société civile chargé de formaliser les procédures spéciales actuelles de consultations de la société civile pendant un processus de paix.  Il serait bon, a ajouté M. Caillaux, de prévoir la participation de la société civile aux missions du Conseil de sécurité, contribuant ainsi au renforcement des décisions du Conseil.  Enfin, a-t-il conclu, le Secrétaire général doit soumettre un plan d’action, élaboré avec la participation de la société civile, et énonçant de véritables directives sur la manière de conduire l’analyse de l’origine et de la dynamique d’un conflit et des acteurs qui y sont impliqués. 

M. IAN MARTIN, Vice-Président du Centre international pour la justice de transition, a déclaré que le Centre qui a deux sièges, l’un à New York et l’autre en Afrique du Sud, aide les pays qui ont connu des violations graves des droits de l’homme à faire face au besoin de justice.  Le Centre fait tout ce qui est en sa capacité pour travailler avec les organisations des droits de l’homme locales.  Nous avons appris que pour rencontrer un certain écho au sein des pays ayant connu des abus, il était important de s’appuyer sur la société civile locale.  La primauté du droit doit être une des bases sur lesquelles le Conseil s’appuie dans la définition des mandats qu’il donne à ses missions.  Il est cependant parfois difficile d’engager un dialogue avec la société civile quand des gouvernements s’opposent à ce que nous voulons faire.  Cependant un des bons exemples de réussite que nous pouvons mentionner est celui du Timor-Leste, où les organisations de la société civile ont pu s’appuyer sur les structures traditionnelles locales avec le soutien des nouvelles structures gouvernementales.  Si la poursuite des auteurs des crimes relève de la responsabilité des États, ces derniers ont cependant besoin d’être incités par les organisations de la société civile.  Le Conseil devrait donc écouter la société civile, notamment en ce qui concerne les crimes commis par l’Indonésie à travers certains de ses ex-dirigeants au Timor-Leste.  Sur un autre plan, l’exemple du Rwanda, où des structures autochtones ont été mises en place pour soutenir le processus de réconciliation, peut être émulé ailleurs.  Le Conseil doit tenir compte des meilleures pratiques observées.

M. JULIO HELDER DE MOURA LUCAS (Angola) a déclaré que la participation des organisations de la société civile pouvait renforcer l’efficacité des activités de l’ONU sur le terrain.  Des changements se sont produits, et permettent aujourd’hui une meilleure compréhension des actions de la société civile, incitant les gouvernements à examiner les mesures qui pourraient être prises pour faciliter une collaboration avec les ONG.  Les propositions de ces dernières sont importantes, car travaillant sur place, elles peuvent fournir des informations que le Conseil ne peut se procurer autrement.  Un partenariat s’est donc créé entre les ONG, le Conseil, et les États, sur des questions comme celle du désarmement, démobilisation et réintégration, du déminage et des secours de reconstruction.  En Angola, les ONG jouent un rôle important dans le processus de réconciliation et dans la lutte contre la pauvreté et les maladies. 

M. MICHEL DUCLOS (France) a souligné le rôle d’alerte précoce des ONG qui, grâce aux informations de première main dont elles disposent, sont en mesures de lancer des signaux d’alerte, comme cela a été récemment le cas au Soudan pour Médecins sans frontières et d’autres ONG.  Les ONG, de part leur engagement sur le terrain et la légitimité qui en découle, sont appelées, dans certains cas, à jouer un rôle d’éveil des consciences sur certains drames qui requièrent l’intervention de la communauté internationale, tels que les atteintes aux droits de l’homme, la situation des réfugiés, le sort des enfants soldats par exemple.  Reconnaissant la possibilité de mieux utiliser les réunions de la formule Arria, le représentant a fait savoir que sa délégation n’était pas de l’avis qu’il fallait trop formaliser les relations entre le Conseil et les ONG, tout en permettant au Conseil de sécurité de rencontrer les représentants de la société civile lors de ses missions dans les pays touchés par les conflits. 

Reprenant à son compte l’affirmation selon laquelle dans une situation de conflit, l’intervention d’acteurs extérieurs, et moins encore l’application de modèles extérieurs, ne suffisaient pas à construire la paix du fait du caractère essentiel de l’appropriation et de la mobilisation des acteurs capables de recréer le tissu économique et social, comme l’est notamment la société civile.  Soulignant l’utilité de réfléchir à des éléments d’une stratégie d’alliance entre les Nations Unies et les ONG, M. Duclos a suggéré que le Conseil: identifie les créneaux sur lesquels la construction de la paix passe nécessairement par la mobilisation de la société civile; renforce, dans les deux sens, la communication entre les représentants de la société civile et les responsables sur place des Nations Unies et des autres institutions internationales; associe plus en amont les représentants de la société civile aux politiques définies par les Nations Unies, dans le domaine économique ou de l’état de droit notamment; et implique plus profondément la société civile dans la mise en œuvre des actions de reconstruction des Nations Unies et notamment les opérations de maintien de la paix.  Il a en outre proposé d’envisager la préparation par la société civile de rapports d’évaluation de l’état de la société civile par pays. 

M. ADAM THOMSON (Royaume-Uni) a déclaré que sa délégation soutenait l’action de la société civile à toutes les étapes de l’action liée à des conflits, à commencer par la prévention.  Au niveau régional, la participation de la société civile dans la reconstruction des pays et le renforcement de la paix est pleine de promesses, comme on peut le voir dans les structures que l’Union africaine est en train de mettre en place.  Nous pensons que la société civile doit être mieux impliquée dans les programmes de reconstruction des communautés menées par l’ONU et les autres organisations internationales.  Nous avons constaté que les pays disposant d’une société civile bien établie se relèvent plus rapidement et mieux des périodes d’instabilité.  Nous devons nous poser la question de savoir comment les ONG peuvent contribuer à renforcer le rôle du Conseil de sécurité.  À cet égard, concernant la prévention, notre délégation pense que les ONG peuvent nous aider à mettre en place un bon système d’alerte avancée.  Nous soutenons d’autre part la consolidation du dialogue entre les acteurs de la société civile et le Conseil.  Par ailleurs, nous pensons que le Conseil devrait organiser plus de missions sur le terrain, quitte à en réduire la composition.  Concernant certaines propositions visant à créer des commissions indépendantes d’enquêtes, nous craignons que leurs travaux n’empiètent sur les prérogatives des représentants spéciaux du Secrétaire général.

M. ALEXANDER V. KONUZIN (Fédération de Russie) a souligné la nécessité d’adopter une démarche globale et d’assurer la participation active de la société civile pour parvenir à la réconciliation nationale.  Il a toutefois déploré l’absence d’impartialité dont font preuve certains acteurs de la société civile qui de ce fait mènent, selon lui, des actions contre-productives pour le retour de la paix.  Le représentant a souligné l’importance de la coordination entre les organisations internationales et les organisations régionales dans le processus de reconstruction post-conflit et a reconnu le rôle majeur que pouvaient jouer les ONG en matière d’information et de prévention des conflits.  À ce titre, le délégué a évoqué l’importance de l’interactivité entre le Conseil de sécurité et la société civile pour permettre à l’ONU de tirer parti de la contribution potentielle des ONG.  Faisant observer qu’il est impossible d’œuvrer pour une paix durable sans assurer la continuité et la cohérence d’une phase à l’autre du processus de reconstruction, il a souligné le caractère essentiel de l’appui politique du Conseil de sécurité dans ces périodes de transition. 

M. ABDALLAH BAALI (Algérie) s’est félicité du contenu du rapport des personnalités éminentes qui vient confirmer à son avis la nécessité pour l’ONU d’établir une relation rénovée avec la société civile compte tenu de la contribution incontournable de cette dernière.  Il a regretté que l’effort d’ouverture consenti par le Conseil de sécurité au cours de la dernière décennie soit demeuré limité dans sa portée, ayant pour conséquence d’accroître le déséquilibre entre le nord et le sud.  C’est pourquoi, il a exprimé sa satisfaction de constater que la création d’un Fonds destiné à renforcer les capacités de la société civile prônée par l’Algérie depuis des années soit maintenant recommandée par le Groupe de personnalités éminentes dans le souci de corriger les déséquilibres entre le nord et le sud.  Il a estimé que l’évolution de la complexité du maintien de la paix devrait inciter le Conseil de sécurité à s’engager dans une refonte totale de son approche de la problématique de la consolidation  de la paix, y compris la contribution effective de la société civile à celle-ci.  Car l’expérience et les informations que les ONG engrangent au contact des réalités peuvent être extrêmement utiles, à son avis, à un Conseil de sécurité confronté à des situations de plus en plus complexes et à qui l’expertise et la connaissance directe peuvent parfois faire défaut. 

Par ailleurs, il a regretté que les résolutions du Conseil de sécurité soient dominées par la dimension sécuritaire dictée par le sentiment d’urgence et ne tiennent pas assez compte de la contribution de la société civile.  À titre d’illustration, il a précisé que les résolutions 1528 et 1545 relatives respectivement à l’opération des Nations Unies en Côte d’Ivoire et au Burundi ne font aucune mention du rôle de la société civile alors que la résolution 1509 sur la Mission du Libéria ne fait que l’évoquer de façon passagère.  Il s’agit pourtant de missions multidimensionnelles qui auraient dû réserver à la société civile une place de choix, a-t-il regretté.  Compte tenu de la contribution précieuse de la communauté des ONG aux missions des Nations Unies, il a estimé que rebâtir la société civile, devrait figurer parmi les objectifs prioritaires qu’il faut fixer au même titre que la restauration de l’autorité de l’État. 

M. STUART HOLLIDAY (États-Unis) a déclaré que dans son discours d’inauguration le Président Bush avait dit que la société civile devait être le porte-flambeau de l’espoir et de la liberté.  Les États-Unis appuient la participation de la société civile dans les programmes de retour à la paix et de reconstruction après-conflit.  Nous avons soutenu les différentes actions lancées dans la région d’Afrique de l’Ouest dans cet esprit, car il est très important d’entendre les avis et les conseils de ceux qui sont sur le terrain et connaissent mieux leur société que des observateurs extérieurs.  Les États-Unis veulent que le Conseil mette un accent particulier sur les programmes de DDR (désarmement, démobilisation et réintégration), car le retour au foyer des anciens combattants est l’un des meilleurs appuis à la reconstruction d’une société sortant d’un conflit.  Nous partageons l’avis du Royaume-Uni sur la nécessité de travailler avec les ONG pour la mise en place d’un système d’alerte rapide d’aide à la prévention de conflits.

M. HERALDO MUÑOZ (Chili) a souligné le caractère éminemment complexe des situations post-conflit et de la dimension souvent régionale des conséquences d’un conflit sur les sociétés.  La nature même des conflits d’aujourd’hui exige une approche multidisciplinaire dans laquelle la société civile a toute sa place.  La société civile, composée d’acteurs non étatiques, joue un rôle considérable dans le processus de réconciliation, notamment en luttant contre l’impunité, dans la garantie d’un retour durable à la paix ou encore dans la prévention et l’alerte précoce des conflits.  Il convient donc de renforcer la coordination entre les organismes des Nations Unies et la société civile, en particulier au niveau local.  Passant au rôle du secteur privé, il a souligné qu’en raison du rôle économique qu’elles jouent, les entreprises et sociétés étaient en mesure de contribuer grandement au processus de reconstruction d’un pays, notamment par l’emploi d’anciens combattants.  Il a par ailleurs souligné le caractère crucial du financement des programmes de reconstruction, ajoutant que pour encourager la contribution du secteur privé, il pourrait être envisagé d’adopter, au plan national ou de l’ONU, des mesures d’incitation.

M. JUAN ANTONIO YAÑEZ-BARNUEVO (Espagne) a déclaré qu’une société civile organisée était de plus en plus nécessaire pour aider l’ONU et le Conseil à assumer leurs mandats.  L’Espagne soutient une participation de la société civile dans le développement d’un véritable multilatéralisme.  Les ONG doivent jouer un rôle moral, et transmettre les vues et les aspirations des sociétés traditionnelles dont elles sont issues.  Concernant le multilatéralisme, nous pensons qu’il ne peut s’appuyer sur les seuls États.  Il doit se baser sur toutes les structures représentatives de la volonté et des valeurs des peuples.  La société civile ne peut être absente de la gestion de la paix et de la sécurité internationales.  La dernière décennie a vu se développer une multitude de conflits qui, dans de nombreuses régions du monde, ont déstabilisé la vie des peuples.  Il ne faudrait pas que se développe dans la communauté internationale une lassitude des conflits.  Nous pensons que seule la société civile peut nous aider à rester alertes et ne pas sombrer dans la passivité.  Une société civile bien organisée peut aider l’ONU, à travers sa capacité à créer des espaces de dialogue que des intervenants extérieurs ne pourraient initier.  L’Espagne soutient d’autre part la création d’un cadre qui permettrait aux organisations de la société civile des pays en développement de faire entendre leurs voix sur la scène internationale et dans les processus de décisions multilatéraux.  Le Conseil doit identifier un système qui lui permettrait de mener des réflexions en coordination avec le soutien des représentants des gouvernements et de la société civile des pays touchés par des conflits.

M. MASOOD KHALID (Pakistan) a salué le travail accomplis par le Groupe de personnalités imminentes sur les relations entre l’ONU et la société civile et a invité tous les États Membres à étudier avec attention le rapport du Panel Cardoso et à participer à la discussion sur ce point.  Il a estimé que la communauté internationale avait plus que jamais besoin de mettre au point une réaction cohérente intégrée aux situations de conflit.  Il a réitéré la proposition faite par le passé par sa délégation de créer des comités composites ad hoc de l’Assemblée générale et du Conseil de sécurité qui seraient chargés d’analyser les situations complexes de crise et de définir la marche à suivre pour parvenir à leur règlement dans les meilleurs délais.  Il a insisté sur la nécessité de renforcer l’interactivité entre les divers organes et organismes de l’ONU et de développer une synergie entre les différentes parties prenantes pour garantir la durabilité du redressement d’un pays.  Il a affirmé que la revitalisation de la société civile était la base de la reconstitution d’un État et qu’elle pouvait contribuer grandement à l’instauration du dialogue politique de même que faciliter la réconciliation et la reconstruction du tissu économique et social.  Faisant observer le caractère unique de chaque crise, il a insisté sur l’impossibilité d’aborder la coordination entre la société civile et l’ONU selon un modèle unique Il a émis des réserves sur l’établissement de relations structurelles entre celles-ci.

M. WANG GUANGYA (Chine) a déclaré que son pays encourageait les ONG de la société civile à participer à la résolution des conflits qui déchirent l’Afrique et le Moyen-Orient.  Les intervenions de la société civile doivent cependant se fonder sur la Charte des Nations Unies si elles veulent obtenir de bons résultats et avoir l’appui des gouvernements.  Elles doivent respecter les cultures, les religions et les valeurs des régions dans lesquelles elles interviennent pour aider les efforts de reconstruction.  Les organisations de la société civile doivent aussi modeler leurs actions de manière à renforcer la mise en œuvre des résolutions des Nations Unies.  La Chine soutient l’idée d’un dialogue entre le Conseil de sécurité et les ONG, notamment celles des pays en développement qui doivent mieux être écoutées.  La reconstruction après-conflit devrait quant à elle respecter les recommandations et les normes relatives à la promotion du développement durable.  Il est important que dans les stratégies multidimensionnelles de retour à la paix, les ONG puissent jouer le rôle positif que l’on attend d’elles.

M. RONALDO MOTA SARDENBERG (Brésil) a estimé que les représentants de la société civile devaient avoir davantage l’opportunité de participer aux travaux du Conseil et être tenu au courant de ses activités.  Il a souligné que la contribution de la société civile ne se limitait pas à fournir des idées mais que sa participation améliorait les chances d’établir une paix durable, de prévenir les conflits ou encore permettait d’établir des stratégies de sortie adéquates.  Il a estimé que le but du raffermissement des relations entre l’ONU et la société civile était de tirer parti des complémentarités des différentes parties prenantes au processus de reconstruction post-conflit.  Il a néanmoins mis en garde contre l’absence d’uniformité de la société civile et sur l’existence d’organisations déclarant œuvrer pour le bien public mais ne cherchant pas, en fait, à contribuer à la promotion de la démocratie et des droits de l’homme.  Il a ainsi appelé les membres du Conseil à veiller au rôle potentiellement contreproductif de certaines organisations de la société civile, comme l’a démontré l’éruption de violence au Kosovo en mars dernier. 

M. MIHNEA MOTOC (Roumanie) a déclaré que renforcer l'engagement de la société civile dans le processus de consolidation de la paix après les conflits ne pouvait que consolider la capacité des Nations Unies à obtenir de meilleurs résultats en ce domaine.  Ainsi a-t-il rappelé que les organisations de la société civile avaient une compréhension directe des conflits; qu'elles contribuaient à créer un climat de confiance; que leur enracinement dans le terrain leur offrait un accès faisant souvent défaut aux acteurs internationaux; qu'elles peuvent enfin prévenir l'émergence des crises.  En outre, leurs composantes multiethniques ou multiconfessionnelles apparaissent comme des facteurs de neutralité et encouragent au dialogue entre les parties adverses.  Le représentant a donc appelé à une meilleure coopération entre ces organisations et le système des Nations Unies.  Il a souligné la nécessité de promouvoir les processus politiques locaux dont la société civile assume, avec la communauté internationale et les acteurs étatiques, la responsabilité.  Enfin, la Roumanie a indiqué que le dialogue au sein même des éléments de la société civile devait être soutenu, et ce afin de lui permettre d'améliorer son efficacité, en particulier dans les pays où les structures sociales ont été érodées par les conflits.

M. GUNTER PLEUGER (Allemagne) a déclaré que l’expérience avait montré que le fait de ne pas impliquer les acteurs locaux dans les programmes de maintien de la paix de l’ONU diminue les chances de réussite de ces derniers.  L’Allemagne est donc en faveur de la participation accrue des ONG dans la résolution des conflits.  Ces organisations de la société civile doivent cependant être indépendantes des gouvernements.  Nous nous félicitons que les ONG aient joué un rôle crucial dans la création de la Cour pénale internationale, dans l’adoption de la Convention sur l’interdiction des mines antipersonnel, et dans les négociations pour la réglementation du commerce des armes légères.  Les grandes décisions et actions finales restent cependant entre les mains des gouvernements, car sans État, même les ONG les mieux intentionnées et les plus pourvues ne peuvent réussir.  Il suffit de voir ce qui se passe en Somalie, où l’État a disparu.  Notre délégation soutient le renforcement des missions du Conseil sur le terrain et celui du dialogue à mener avec les organisations de la société civile.  Nous soutenons les recommandations émises par le Groupe Cardoso.

M. OUSSOU EDOUARD AHO-GLELE (Bénin) a déclaré que sa délégation pensait que la promotion de la démocratie, le retour des déplacés et la réintégration des ex-combattants sont des questions qui devraient inciter le Conseil à accepter qu’une division du travail, basée sur les avantages comparatifs existants des différents acteurs, doit exister en matière de reconstruction après-conflit.  Dans ce contexte, les ONG de la société civile ont un rôle à jouer, du fait de leur connaissance du terrain et des cultures.  Elles sont donc un partenaire incontournable dans la promotion de la paix.  Elles peuvent jouer un rôle de plaidoyer mobilisateur dans la recherche de ressources nécessaires à la reconstruction.  La société civile est d’autre part censée prendre le relais des actions menées par les intervenants internationaux en ce qui concerne la distribution de ressources aux populations affectées.  Dans les PMA d’Afrique, les ONG ont peu de possibilités de mobilisation des ressources locales, du fait de la faiblesse des moyens existants.  Nous sommes en faveur de l’envoi de missions plus nombreuses du Conseil sur le terrain, en vue d’améliorer le type d’intervention à mener, à travers un meilleur dialogue et une meilleure information.  Cette nouvelle formule Arria permettrait de mieux passer le relais à d’autres institutions de l’ONU dans le processus de reconstruction.  Nous pensons également que la société civile est bien placée pour initier les efforts de réconciliation au niveau national, en facilitant une identification et une indemnisation des victimes et en œuvrant pour la reconnaissance, par les auteurs des crimes, de leurs fautes.

Mme DELIA DOMINGO ALBERT, Secrétaire des affaires étrangères de la République des Philippines, a souligné que la promotion du retour de la confiance après un conflit nécessitait une compréhension intime de la population et a fait observer qu’en cela, la société civile était un partenaire naturel doué de la compassion et de la détermination  nécessaires et était capable de se concentrer sur la réconciliation, la réintégration, la reconstruction, la réhabilitation et de reconstituer le tissu économique et social de sociétés meurtries.  Elle a estimé que le partenariat entre la société civile et l’ONU pouvait débuter dès la phase d’élaboration de la stratégie de reconstruction, permettant ainsi de tenir pleinement compte des causes profondes du conflit et de contribuer durablement à la stabilité.  La Secrétaire des affaires étrangères des philippines a fait valoir le potentiel thérapeutique de la participation de la société civile dans le processus de réconciliation, de reconstruction et de réhabilitation, ainsi que l’impact que cette participation pourrait avoir sur la légitimation des efforts de redressement.  Elle a rappelé que les stratégies définies pour résoudre les crises devaient être exhaustives dans leur portée et dans le détail de leur mise en œuvre; prendre en compte de manière intégrée les liens entre les questions juridiques, politiques, économiques, sociales et culturelles; assurer la participation de toutes les parties prenantes, autant nationales qu’internationales; et être ajustables en fonction de l’évolution de la situation sur le terrain.  À ce titre, elle a souligné que les organisations de la société civile pouvaient apporter une valeur ajoutée de par leur connaissance et leur expérience, de leur ferveur, des informations et des ressources matérielles et financières dont elles disposent. 

Reconnaissant le mandat d’« intervention » du Conseil en matière de maintien de la paix et de la sécurité, Mme Domingo Albert a estimé qu’il devait gérer ses relations avec la société civile dans le cadre de politiques, de mécanismes et de procédures consistantes, cohérentes, prévisibles.  Elle a tout particulièrement appuyé les conclusions du Panel Cardoso, se félicitant de l’accent mis sur l’action au niveau des pays, la participation plus systématique des parlementaires, et sur l’évolution d’une scène omnigouvernementale vers une société véritablement multilatérale mobilisant la coopération de coalitions poursuivant le même objectif, conformément aux principes communs les plus élevés.  La Secrétaire aux affaires étrangères a en outre insisté sur le rôle et l’influence morale des acteurs religieux dans la prévention des conflits et la reconstruction après les conflits.  Elle s’est réjouie du consensus qui se dégage quant à l’importance des relations des Nations Unies avec les organisations de la société civile et a salué l’audace des propositions du Panel Cardoso, indiquant que son pays encourageait le renforcement du rôle de chef de file et de coordination des Nations Unies en la matière.

Intervenant au nom de l’Union européenne et des pays associés, M. RICHARD RYAN (Irlande) s’est déclaré persuadé que les partenariats stratégiques entre les gouvernements et la société civile étaient essentiels pour assurer le succès de la reconstruction post-conflit.  Même si l’implication des gouvernements est indispensable, l’intervention de la société civile ne peut-être que bénéfique et complémentaire surtout là où les gouvernements sont défaillants, voire absents, a-t-il dit.  La société civile est souvent la structure la mieux adaptée pour la mise en place de mécanismes d’alerte rapide, tout en se révélant souvent une source de financement des initiatives de construction de la paix.  L’Union européenne a constamment reconnu le rôle vital de la société civile et c’est pourquoi l’Initiative européenne pour la démocratie et les droits de l’homme soutient les initiatives de la société civile qui travaille à la prévention des conflits, a-t-il indiqué.  Illustrant ses propos, le représentant a présenté les initiatives de l’Union européenne pour soutenir des ONG en Angola, au Mozambique, en Sierra Leone ou en Géorgie, dans des domaines comme la libéralisation de médias, le renforcement des capacités en matière de droits de l’homme et de la démocratie, la parité entre les sexes et le rôle de la femme dans la prévention des conflits, ou encore le renforcement de la confiance et la promotion de la paix. 

M. Ryan a également souligné l’importance de la coopération croissante entre l’Union européenne et la société civile en vue de promouvoir l’efficacité de la Cour pénale internationale.  En effet, là où les gouvernements n’ont pas la volonté ou les moyens de faire face à l’impunité, l’intervention de la société civile est essentielle pour permettre à la Cour de jouer un rôle déterminant dans les futures opérations de construction de la paix.  Rappelant les bénéfices de la coopération entre les gouvernements et la société civile dans les zones post-conflictuelles, il a exhorté le Conseil de sécurité à encourager une plus grande synergie entre ces deux protagonistes.  Dans le même ordre d’idées, il a invité la société civile à fournir au Conseil de sécurité des éléments d’informations qui lui permettront de mieux apprécier les avantages de cette coopération. 

M. AHMED ABOUL GHEIT (Égypte) a noté que cet examen du rôle de la société civile devait tenir du fait que l’ONU et le Conseil de sécurité font de plus en plus appel à elle pour obtenir des informations sur les situations qui règnent dans les pays en conflit, notamment sur les plans social, économique et sécuritaire.  Nous devons donc être conscients des exigences de crédibilité et de légitimité auxquelles doit répondre la société civile, a dit le représentant, surtout quand elle s’implique dans le règlement des différends.  La délégation égyptienne est d’avis que les efforts des organisations de la société civile devraient venir appuyer ceux déployés par les Nations Unies et les gouvernements dans la consolidation de la paix.  Nous pensons, a poursuivi le représentant, qu’il faudrait impliquer la société civile dès la conception de stratégies à mettre en œuvre pour ramener la paix dans les régions affectées par les conflits.  L’Égypte propose que les ONG de la société civile prennent part au dialogue qui doit s’établir entre les parties aux conflits.  Ayant pris note des recommandations contenues dans le rapport du Groupe dirigé par M. Cardoso, l’Égypte, a poursuivi son représentant, fera des propositions concrètes en vue de contribuer à l’établissement d’une paix durable dans les zones sortant de conflit.

M. SYLVESTER STOWE (Sierra Leone) a déclaré que son pays qui sortait d’un long conflit armé avait appris que la recherche de la paix ne pouvait demeurer la prérogative exclusive des gouvernements.  C’est pourquoi, nous avons fait en sorte qu’une disposition de l’Accord de paix de Lomé conclu avec les rebelles en 1999, réserve 40% des sièges de la Commission pour la consolidation de la paix à la société civile.  Par ailleurs, nous avons créé un Conseil des sages et des dirigeants religieux qui puisse servir de médiateur dans toutes les situations conflictuelles liées à l’interprétation des articles de l’Accord ou de ses protocoles.  Pour faire face à tous les enjeux d’une situation post-conflit, il a souligné la nécessité de recourir à toutes les ressources disponibles, y compris celles de la société civile.  Il a précisé que son pays avait achevé au mois de février dernier son programme de désarmement, démobilisation et réinsertion (DDR), en désarmant 72 490 anciens combattants, et démobilisant 71 043 autres.  Plus de 55 000 de ces anciens combattants ont reçu un soutien à leur réintégration dans la société.  Mais pour nous débarrasser des armes qui ont échappé à ce processus, nous avons mené une campagne de collecte d’armes en collaboration avec la société civile, mené parallèlement au DDR. 

En tant que pays sortant d’un conflit, nous devons souligner la nécessité de nous assurer que la société civile dispose des moyens de faire face aux défis de la construction de la paix.  L’approche de la spécificité et de la complexité des conflits, particulièrement dans les pays africains les moins avancés, nécessite l’adoption de nouvelles stratégies auxquelles les ONG doivent être préparées.  À cet égard, il a souligné l’importance de l’Appel pour la paix de La Haye concernant le renforcement de la société civile.  Le Conseil de sécurité en tant que principal responsable du maintien de la paix et de la sécurité internationales, a-t-il estimé, devrait réaffirmer la nécessité de créer et renforcer les réseaux de la société civile.  Il devrait également promouvoir et soutenir des initiatives comme celle initiée par des organisations de femmes dans le cadre du Réseau pour la paix de l’Union du fleuve Mano dans la région frontalière de la Guinée, du Libéria et de la Sierra Leone.  Le représentant s’est déclaré convaincu que l’adoption des recommandations du Groupe de personnalités éminentes par le Conseil de sécurité ne pourra que renforcer l’efficacité de ce dernier dans le domaine du maintien de la paix dans des situations post-conflit. 

M. OSWALDO DE RIVERO (Pérou) a fait valoir deux des aspects principaux, selon lui, de la contribution de la société civile à la consolidation de la paix.  En premier lieu, son apport au processus de réconciliation, notamment dans la recherche de la vérité et de la réparation.  Le délégué a aussi souligné le rôle joué par les ONG locales et internationales dans la mobilisation des ressources destinées à indemniser les victimes, la réhabilitation des zones touchées et la réintégration des ex-combattants.  Abordant ensuite le versant de la reconstruction, le représentant a affirmé que les ONG nationales, parce que parties prenantes de la même société qui émerge d'un conflit, sont les entités les plus adéquates pour coopérer avec les opérations de maintien de la paix complexes des Nations Unies.  Il a ainsi affirmé la nécessité pour le Conseil de sécurité d'être informé de la situation de ces opérations non seulement par les fonctionnaires des Nations Unies et par les États Membres, mais aussi par les ONG et la société civile locale, et ce afin de décider au mieux du renouvellement des mandats des missions complexes.

M. SAM-HOON KIM (République de Corée) a présenté l’évolution de la contribution des organisations non gouvernementales (ONG) qui est passée depuis les années quatre-vingt-dix  de l’assistance humanitaire à la mobilisation de ressources et à la reconstruction post-conflit.  Dans de nombreux cas, s’est-il félicité, les ONG ont été à la source des politiques les plus ambitieuses initiées aux niveaux gouvernemental et intergouvernemental et la société civile est passée du rôle d’acteur secondaire à celui de partenaire clef du processus de reconstruction post-conflit.  C’est pourquoi, il a déclaré qu’il partageait totalement la recommandation du Groupe de personnalités éminentes de voir le Conseil de sécurité renforcer le dialogue avec la société civile par le biais de nouvelles mesures dans le souci de renforcer son efficacité en matière de maintien de la paix et de reconstruction post-conflit.  Parmi les mesures qu’il a retenues figurent l’organisation de réunions entre les missions du Conseil de sécurité et les ONG locales; l’organisation de commissions d’enquête indépendantes avec la participation de la société civile; ou encore la tenue de séminaires expérimentaux du Conseil de sécurité à destination de la société civile. 

Par ailleurs, le représentant a insisté sur la nécessité d’incorporer les objectifs de parité entre les sexes à ces efforts visant à promouvoir le dialogue avec la société civile en rappelant la référence que constitue la résolution 1325 du Conseil de sécurité sur les femmes, la paix et la sécurité.  Il a déclaré que la première étape de la construction de la paix se situait souvent dans le renforcement de la confiance, par le biais de mesures comme l’échange de prisonniers, la réinstallation de réfugies ou encore la vaccination des enfants.  Dans tous ces cas, la contribution de la société civile est essentielle du fait de sa connaissance profonde de la société.  En conclusion, il a estimé que la reconstruction post-conflit ne pouvait plus être efficace aujourd’hui sans une participation vigoureuse de la société civile.  C’est pourquoi, il a souhaité que le Conseil de sécurité fasse tout ce qui est en son pouvoir pour renforcer le rôle et la participation de cette dernière. 

M. KOICHI HARAGUCHI (Japon) a estimé qu’il n’était pas réaliste d’attendre des gouvernements et des organisations internationales qu’ils répondent de manière exhaustive et efficace aux exigences des processus de reconstruction post-conflit qui couvrent entre autre les opérations de rapatriement et la réinstallation des réfugiés, la restauration de la sécurité publique, l’état de droit, la réhabilitation économique et la réconciliation.  Dans ce contexte, a-t-il affirmé, les organisations de la société civile ont un rôle complémentaire à jouer pour faciliter la consolidation durable de la paix.  De l’avis de la délégation du Japon, une coopération reconnaissant les interdépendances entre les différentes parties prenantes faciliterait considérablement la tâche et la réalisation de leurs objectifs communs.  M. Haraguchi a par ailleurs fait valoir le rôle éducatif que jouent les ONG en faisant prendre conscience à leurs membres du rôle de la coopération internationale.  Le Japon considère les organisations de la société civile comme des partenaires et des appuis pour les gouvernements dans le cadre de leurs efforts pour promouvoir le retour à la paix, a-t-il poursuivi en illustrant cet état de fait par le partenariat existant avec la plate-forme japonaise des ONG et le secteur privé, en vue d’accroître l’efficacité de l’aide d’urgence.  Le représentant a insisté sur le rôle important et unique des organisations de la société civile locales, en particulier des pays en développement.  Ces dernières, a-t-il affirmé, exprime de manière éloquente l’appropriation du processus de consolidation de la paix sans lequel on ne peut espérer une paix durable.  Par la promotion de la sécurité humaine, a-t-il ajouté, elles jouent également un rôle irremplaçable dans la réconciliation et la reconstitution du tissu social local.  Il a indiqué que son Gouvernement avait l’intention d’encourager la mise en œuvre de projets dans le cadre du Fonds d’affectation pour la sécurité humaine et d’attribuer des subventions à des organisations locales œuvrant dans ce domaine. 

M. IFTEKHAR AHMED CHOWDHURY (Bangladesh) a déclaré que bien que la Charte des Nations Unies ait envisagé un rôle pour les organisations de la société civile dans le règlement des questions internationales, la communauté internationale n’avait pas encore à ce jour créé un cadre opérationnel de concertation entre l’Organisation et la société civile.  Après la réunion d’aujourd’hui, nous devons donc traduire rapidement nos discours en actes et mettre en place des mécanismes permanents capables d’étendre et de renforcer la coopération entre les Nations Unies et les organisations de la société civile, a dit M. Chowdhury.  Le Conseil économique et social (ECOSOC) étant le principal organe qui encourage l’implication des ONG dans les opérations de soutien à la reconstruction après-conflit, il est temps que nous lui permettions, à partir d’aujourd’hui, de jouer un plus grand rôle dans la prévention de conflits et dans le rétablissement de la paix.  Dans ce cadre, il faudrait favoriser un rôle accru pour les organisations de la société civile.  L’Assemblée générale devrait également prendre une part plus active à la résolution des conflits, a dit le représentant en précisant que son pays, qui est en ce moment membre de l’ECOSOC, n’épargnera aucun effort pour favoriser ces objectifs.  Il est également fondamental d’établir une confiance mutuelle entre la société civile, les ONG nationales et internationales, et les gouvernements, de manière à donner plus de chance de réussite aux actions engagées.  Le Bangladesh, a noté M. Chowdhury, pense que les ONG et la société civile des pays du Sud restent insuffisamment représentées dans les programmes actuels et soutient une plus grande implication et reconnaissance des organisations originaires des pays en développement dans les efforts de l’ONU et du Conseil de sécurité.  Après tout, a dit M. Chowdhury, ces organisations du sud sont les véritables porte-parole des populations victimes de conflits.

M. JOHN DAUTH (Australie) a fait valoir le rôle important que la société civile avait joué au Timor-Leste dès la mise en place d’une infrastructure pour la crise humanitaire de 1999.  À travers son programme d'assistance au développement, l'Australie avait fourni une aide aux organisations locales afin de renforcer leur capacité à assurer les services vitaux pour la population.  Le représentant a aussi cité en exemple l'appui de son pays aux efforts fructueux déployés par la société civile de Bougainville dans le domaine de la consolidation de la paix.  Par l'intermédiaire du Groupe régional de surveillance de la paix, dont elle assurait la direction, et l'Équipe de transition de Bougainville, l'Australie s'est étroitement engagée dans ce processus, a-t-il rappelé.  Enfin, le délégué a mentionné le soutien de son Gouvernement à la société civile des Îles Salomon au travers de la Mission régionale d'assistance aux Îles Salomon, attirant l'attention sur la coopération de cette mission avec le Conseil national de la paix, une importante organisation autochtone qui œuvre à la paix et à la réconciliation sur place. 

M. FRANCIS K. BUTAGIRA (Ouganda) a déclaré que le rôle de la société civile devrait être complémentaire de celui des gouvernements, et non pas s'étendre à des activités qui saperaient la perception de leur impartialité et contribueraient à les faire percevoir comme des espions ou des éléments subversifs.  Face à la multiplication du nombre d'ONG, le représentant a recommandé la mise en place, par les pays concernés, d’un cadre réglementaire facilitant l’harmonisation et l’efficacité de leurs activités, sans pour autant empiéter sur leur fonctionnement interne.  Par ailleurs, les organisations de la société civile devraient aussi travailler à la consolidation de la paix en étroite coopération avec les agences des Nations Unies sur le terrain.  Le représentant a en conclusion remercié les organisations qui ont joué un rôle dans l'acheminement d'une aide humanitaire aux personnes déplacées du Nord de l'Ouganda.  Il a indiqué que le Gouvernement ougandais avait pour sa part fourni des ressources significatives à la reconstruction de cette région, notamment dans le domaine de l'éducation, de l'aide alimentaire aux enfants et de l'agriculture.

M. ALLAN ROCK (Canada) a appuyé les propositions du Groupe Cardoso, notamment celles visant à recourir plus fréquemment aux réunions selon la formule Arria et à instituer des séminaires permettant à des représentants de la société civile de fournir en temps opportun aux membres du Conseil de sécurité des renseignements sur de nombreuses questions et de nombreux pays, en particulier les violations du droit humanitaire et des droits de l’homme et la réalité et les besoins locaux.  Le Canada, a-t-il affirmé, estime que l’apport des ONG est essentiel et qu’il conviendrait d’y recourir de manière plus systématique et de prendre très au sérieux leurs avertissements afin de mieux prévenir l’aggravation de certains problèmes comme par exemple le déraillement de programmes de désarmement, de démobilisation et de réintégration ou lu trafic illicite d’armes. 

Dans ce contexte, a insisté le représentant, les agences des Nations Unies, les organisations régionales, les donateurs et le Conseil de sécurité devraient s’efforcer de renforcer leur coopération avec la société civile.  De toute évidence, il incombe à tous les États Membres et pas seulement au système des Nations Unies d’exploiter à fond le rôle de la société civile dans les efforts de la consolidation de la paix.  Chacun d’eux a la responsabilité d’engager un dialogue avec ses propres organisations de la société civile en vue de les intégrer dans les processus démocratiques d’élaboration des politiques.  Selon le représentant, elles devraient être invitées à participer aux processus internationaux, comme observateurs, pour que leur voix soit entendue et leurs connaissances partagées tout au long des négociations.  Soulignant que la consolidation de la paix ne peut être couronnée de succès que si elle découle d’activités menées par la base de la société, il a fait observer que la gouvernance démocratique était essentielle à l’édification d’une société capable de gérer les conflits sans recourir à la violence et a insisté sur le rôle de premier plan que jouent les OSC dans l’édification d’institutions démocratiques. 

M. PAUL BADJI (Sénégal) a déclaré qu’il était plus que jamais urgent et impératif de rationaliser l’intervention de tous les acteurs dans la phase cruciale de consolidation de la paix après les périodes de conflits, conformément notamment à l’une des recommandations contenues dans l’annexe de la résolution 57/337 de l’Assemblée générale des Nations Unies du 18 juillet 2003 relative à la prévention des conflits.  Les organisations de la société civile peuvent, dans une relation symbiotique avec les gouvernements, et les organisations internationales, jouer un rôle déterminant au moins dans deux périodes liées à la consolidation de la paix: la phase de conception des objectifs, et la période de réalisation de ces mêmes objectifs, a poursuivi M. Badji.  Pour le Sénégal, il est crucial que l’ONU, et en particulier le Conseil de sécurité, puissent inviter les organisations de la société civile à participer pleinement à la définition du mandat de la transition, ceci avant même que ne prenne fin toute mission d’opérations de maintien de la paix.  L’idée, a dit le représentant, est de combiner la vision globale, régionale, ou sous-régionale, propre à toute démarche onusienne, et la perspective locale, inhérente aux activités des organisations de la société civile (OSC).  La contribution des OSC peut être déterminante dans la phase active de consolidation de la paix, dans la mesure où elles sont plus à même de réagir plus rapidement que les autres acteurs dans la réalisation de certaines tâches, comme le secours aux réfugiés et aux personnes déplacées, ou encore la retour de ces derniers dans leur foyer.  Pour le Sénégal, a déclaré le représentant, l’affectation de ces missions aux OSC doit être précédée non seulement d’un financement adéquat, mais également d’une répartition des tâches à convenir avec le Représentant spécial du Secrétaire général dans le pays concerné.  En Afrique, les OSC gagneraient à bénéficier du soutien à la fois moral, matériel, et financier de la communauté internationale, afin que nombre d’entre elles ne soient plus les témoins passifs et impuissants d’indicibles drames humains, mais les acteurs de la rédemption des communautés qu’elles entendent servir, a estimé M. Badji.

M. MURARI RAJ SHARMA (Népal) a déclaré qu’il pourrait être demandé aux OSC de prendre part à la surveillance de la mise en œuvre des Accords de paix, en vue de favoriser la mise en place de mesures de confiance entre les parties sortant de conflit et d’établir les responsabilités de chacune d’entre elles dans les hostilités du passé.  Ce type de mandat pourrait favoriser la conception d’une bonne stratégie permettant aux forces de maintien de paix de l’ONU de sortir de crises.  Les OSC, a constaté M. Sharma, se sont surtout illustrées en attirant l’attention de la communauté internationale sur les conflits en cours.  Cependant,  une fois les hostilités achevées, elles sont généralement absentes des processus de reconstruction.  Ceci est dû au fait qu’après la fin des combats, la communauté internationale ne se préoccupe pas généralement d’une véritable réhabilitation économique et sociale du pays affecté.  Le flux de ressources financières se réduisant, la société civile est, elle aussi affectée par ce départ de la communauté internationale.  La question à laquelle nous devons donc répondre, a dit le représentant, est celle de savoir comment les Nations Unies pourraient changer ce scénario devenu classique, et comment le Conseil de sécurité pourrait mieux soutenir les efforts visant à restaurer la paix par une reconstruction sociale et économique à long terme. 

Réagissant aux observations et aux propositions des États ayant participé au débat, le Secrétaire général de CARE International a dit avoir retenu l’accent mis sur le potentiel curatif de la société civile locale dans le processus de consolidation de la paix.  Il a reconnu que les ONG devaient travailler assidûment pour leur propre obligation redditionnelle, y compris par rapport à leurs donateurs.  Il s’est dit convaincu que les membres du Conseil de sécurité seront déterminés à garantir la primauté du droit et maintenir la paix et la sécurité internationales.

Le Vice-Président du Centre international pour la justice de transition, s’est à son tour dit très satisfait par l’ampleur du consensus qui s’est exprimé sur la contribution de la société civile à la prévention des conflits et à la consolidation de la paix après les conflits.  Il a salué les propositions faites par certains États Membres, en ligne avec celles du Panel Cardoso, notamment pour ce qui est de faciliter la participation de la société civile des pays du sud et de l’accent mis sur l’appropriation au niveau local des processus de reconstruction post-conflit.  Il s’est félicité de l’esprit d’ouverture et de coopération entre le Conseil et la société civile.

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