LE CONSEIL CONSIDÈRE QUE, POUR ÊTRE EFFICACES, LES OPÉRATIONS DE L’ONU DOIVENT S’INSCRIRE DANS UNE STRATÉGIE GÉNÉRALE DE CONSOLIDATION ET DE MAINTIEN DE LA PAIX

17 mai 2004
CS/2682

LE CONSEIL CONSIDÈRE QUE, POUR ÊTRE EFFICACES, LES OPÉRATIONS DE L’ONU DOIVENT S’INSCRIRE DANS UNE STRATÉGIE GÉNÉRALE DE CONSOLIDATION ET DE MAINTIEN DE LA PAIX

17/05/2004
Communiqué de presseCS/2682

Conseil de sécurité

4970e séance – matin et après-midi

LE CONSEIL CONSIDÈRE QUE, POUR ÊTRE EFFICACES, LES OPÉRATIONS DE L’ONU DOIVENT S’INSCRIRE DANS UNE STRATÉGIE GÉNÉRALE DE CONSOLIDATION ET DE MAINTIEN DE LA PAIX

Les Nations Unies ne peuvent se soustraire à la demande croissante des activités de maintien de la paix, a déclaré ce matin le Secrétaire général, Kofi Annan, à l’ouverture du débat du Conseil de sécurité consacré aux opérations de maintien de la paix. 

Près de 53 000 observateurs de police et militaires sont actuellement déployés dans 15 opérations de maintien de la paix -soit le chiffre le plus élevé depuis octobre 1995- a précisé Kofi Annan.  Cette liste devrait s’allonger puisque le Conseil a autorisé récemment la création d’une mission à Haïti et le renforcement de la Mission établie en Côte d’Ivoire.  Des missions sont également envisagées pour le Burundi et le Soudan et d’ici la fin de l’année, nous pourrions avoir besoin d’un milliard de dollars supplémentaires pour le budget des opérations de maintien de la paix, qui est actuellement de 2,82 milliards.  Ces dépenses, a fait remarquer le Secrétaire général, semblent dérisoires face aux coûts des conflits internes dont le montant est estimé à près de 128 milliards de dollars par an selon une étude faite par l’Université d’Oxford.  Le Ministre pakistanais des affaires étrangères, Khurshid Kasuri, qui présidait la séance, a souligné que le mandat des opérations de maintien de la paix doit tenir compte des causes originelles des conflits afin d’assurer la paix et la stabilité et préparer le terrain à la réconciliation nationale, à la reconstruction et au développement.  Une fois déployées, les missions ne doivent en aucun cas être retirées avant d’avoir accompli leurs tâches.  Ce débat, a-t-il estimé, a mis en exergue les défis qui attendent les Nations Unies avec le déploiement de missions complexes en Côte d’Ivoire, au Burundi, en Haïti et peut-être au Soudan.

L’augmentation des besoins en matière d’opérations de maintien de la paix est un signe de succès et prouve que la communauté internationale veut soutenir les efforts de paix et que l’ONU s’engage dans la consolidation de la paix, a observé pour sa part le représentant du Royaume-Uni.  Elle n’en constitue pas moins un défi pour chaque État Membre, dans la mesure où le Conseil demande à 600 personnes -au sein du Département des opérations de maintien de la paix (DOMP)- de planifier, lancer et superviser 18 opérations, a poursuivi le représentant, notant que d’ici la fin de l’année et compte tenu des effectifs au Siège, un fonctionnaire du DOMP pourrait être chargé du suivi de 100 personnes sur le terrain.  Pour faire face aux nouveaux enjeux des opérations de maintien de la paix, le Conseil de sécurité a reconnu, dans une déclaration présidentielle adoptée en fin de journée, la nécessité de coopérer, le cas échéant, avec les organisations régionales et sous-régionales et les mécanismes multinationaux associés aux opérations de maintien de la paix, conformément aux dispositions du Chapitre VIII de la Charte de l’ONU, afin d’harmoniser les conceptions et de conjuguer les capacités avant et pendant le déploiement des missions de maintien de la paix des Nations Unies et après leur retrait.

Aux termes de cette déclaration, le Conseil de sécurité considère que, pour être efficaces, les opérations de maintien de la paix doivent s’inscrire dans une stratégie générale de consolidation et de maintien de la paix.  Il souligne également la nécessité d’assurer d’emblée la coordination, la cohérence et la continuité des différents volets de cette stratégie, en particulier entre le maintien et la consolidation de la paix.  Il encourage à cette fin tous les organismes, fonds et programmes des Nations Unies compétents, les institutions financières internationales, les organisations régionales et sous-régionales et le secteur privé à coopérer plus étroitement.  Le Conseil se dit prêt à déployer des efforts –conjointement avec l’Assemblée générale, les États Membres et le Secrétaire général- pour faire en sorte que les ressources financières et opérationnelles nécessaires soient rendues disponibles.  Conscient du fait que la formation joue un rôle de plus en plus déterminant dans les opérations de maintien de la paix, il encourage par ailleurs la coopération et le soutien, au plan international, à la création de centres de formation au maintien de la paix pour les pays fournisseurs de contingents.   

En ouverture de séance, les membres du Conseil de sécurité et le Secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan, avaient rendu hommage à l’Ambassadeur Inocencio F. Arias, qui intervenait pour la dernière fois au Conseil en qualité de Représentant permanent de l’Espagne. 

Outre les 15 membres du Conseil de sécurité, les délégations suivantes ont pris la parole au cours du débat: Nouvelle-Zélande, Japon, Irlande, Bangladesh, Tunisie, Égypte, Pérou, Ukraine, Inde, Malaisie, Canada, Guatemala, Argentine, République de Moldova, Afrique du Sud, Australie, Kazakhstan, Fidji, Namibie, Liban, Indonésie, Côte d’Ivoire, République arabe syrienne, Serbie-et-Monténégro, Népal, Arménie et République de Corée.  Le Secrétaire général adjoint chargé des opérations de maintien de la paix, Jean-Marie Guéhenno, est également intervenu en fin de séance pour formuler quelques observations. 

OPÉRATIONS DE MAINTIEN DE LA PAIX DES NATIONS UNIES

Déclarations

M. KOFI ANNAN, Secrétaire général des Nations Unies, après avoir rappelé que 53 000 observateurs de police et militaires étaient actuellement déployés dans 15 opérations de maintien de la paix -soit le chiffre le plus élevé depuis octobre 1995-, a indiqué que de nouvelles missions devaient prochainement opérer en Haïti et au Burundi, tandis que celle de la Côte d’Ivoire devrait être renforcée.  D’ici la fin de l’année, nous devrons mobiliser un milliard de dollars pour surmonter ces nouveaux déploiements, a-t-il dit, avant de citer une étude de l’Université d’Oxford qui indique que l’impact des conflits internes sur la situation économique locale et régionale est de l’ordre de 128 milliards de dollars par an.  Face à ces coûts, les dépenses occasionnées par les opérations de maintien de la paix sont dérisoires.  Le Secrétaire général, soulignant ensuite la complexité des mandats des opérations de maintien de la paix et leur caractère multidimensionnel, a estimé que ces opérations devaient s’inscrire à plus long terme afin de ne pas avoir à y retourner plus tard, comme c’est le cas en Haïti et au Libéria.  Nous devons faire en sorte que nos efforts visant à consolider la paix soutiennent en premier lieu les efforts locaux, a-t-il dit, insistant sur la responsabilité commune de protéger ceux qui servent dans les opérations de maintien de la paix.  Ces opérations ont besoin non seulement de l’information, mais aussi de la capacité à analyser cette information, a-t-il dit, invitant le Conseil de sécurité à assumer pleinement sa responsabilité dans la définition des mandats qui doivent être clairs et applicables, afin, notamment, de mobiliser des contingents auprès des autres États. 

Les soldats de la paix ont besoin d’un mandat robuste, avec des objectifs politiques clairs, des moyens financiers adéquats et un soutien international ferme, a déclaré M. Annan, soulignant ensuite que le rapport Brahimi avait permis aux Nations Unies d’améliorer leur capacité à gérer ces missions de maintien de la paix, entre autres, grâce à la base logistique de Brindisi.  Il a regretté toutefois qu’à l’aube d’une augmentation importante des besoins, les Etats développés ne déploient pas souvent de contingents, pourtant mieux qualifiés dans certains domaines spécialisés.  Il s’est cependant félicité du déploiement rapide de forces multinationales préalablement au déploiement d’une force des Nations Unies, concept que l’Organisation s’emploie à développer avec les organisations sous-régionales et régionales.  Le Secrétaire général a souligné ensuite le besoin urgent de personnel francophone, surtout de police, pour faire face aux nouvelles opérations à déployer ou renforcer en Haïti, en Côte d’Ivoire et peut-être au Burundi.  Le maintien de la paix représente l’esprit même des Nations Unies, a-t-il dit, et il envoie un message très clair qui doit être reflété par la présence des États Membres sur le terrain.  Les États Membres doivent également s’investir politiquement dans la recherche de solutions aux conflits, a estimé le Secrétaire général, avant de souhaiter que les nouvelles missions reçoivent le soutien et les ressources nécessaires pour être menées à bien.  (Pour la version intégrale du discours, voir notre communiqué de presse SG/SM/9311.)

M. JEAN-MARC DE LA SABLIÈRE (France) a estimé que la mise en œuvre du rapport Brahimi avait permis depuis quatre ans des progrès considérables dans la conduite par l'ONU de ses activités de maintien de la paix.  Pour autant, il a souligné dans la période récente un changement de la dimension du maintien de la paix.  La complexité des opérations est notamment de plus en plus marquée.  Face à cette évolution, a poursuivi le représentant, l'ONU a jusqu'à présent fait preuve d'une capacité d'adaptation satisfaisante grâce, en particulier, au développement d'opérations complexes qui intègrent désormais des stratégies de consolidation de la paix.  Les Nations Unies ont également amélioré leur capacité de réaction en développant une approche globale des crises. 

Cependant, M. de La Sablière a estimé que ces progrès n'étaient pas suffisants et qu'il fallait pousser plus loin la réflexion.  Il a donc tout d’abord posé la question de savoir s'il était possible de limiter la durée des opérations de maintien de la paix.  A cet égard, il a souhaité que le Conseil de sécurité s'interroge périodiquement sur la question de l'efficacité des missions: à partir de quel moment une mission atteint ses objectifs?  Il faudrait aussi envisager la stratégie de sortie d'une mission dès la mise en place de l'opération.  Est-il possible de mieux répartir le fardeau de l'exécution des opérations de maintien de la paix, a aussi demandé le représentant.  Sur ce point, il a envisagé de faire davantage appel aux agences, fonds et programmes des Nations Unies pour exécuter certaines missions civiles et de développer la coopération régionale.  Enfin, M. de La Sablière a posé la question de savoir comment assurer une meilleure utilisation des ressources disponibles.  La planification intégrée des missions devrait être développée et les processus de concertation avec les contributeurs de troupes revitalisés. 

M. ADAM THOMSON (Royaume-Uni) a jugé que ce débat intervient à un moment particulièrement opportun parce qu’il coïncide avec une augmentation des demandes en matière d’opérations de maintien de la paix.  Cette augmentation, a-t-il dit, est un signe de succès qui prouve que la communauté internationale veut soutenir les efforts de paix ainsi qu’un signe de confiance qui montre que l’ONU s’engage dans la consolidation de la paix.  Il s’agit peut-être aussi, a poursuivi le représentant, d’un signe qui montre que le Conseil a confiance dans la mobilisation des ressources et dans sa capacité à apporter la réponse attendue aux défis.  Cette augmentation des demandes, a modéré le représentant, est pourtant un défi pour chaque État Membre.  Le Conseil demande, en effet, à 600 personnes du Département des opérations de maintien de la paix de planifier, lancer et superviser 18 opérations.  A la fin de l’année, il pourrait n’y avoir qu’un fonctionnaire du Département pour 100 personnes sur le terrain.  Des représentants spéciaux venant d’horizons divers travaillent avec des contingents qui ne se sont jamais entraînés ensemble.  Aujourd’hui, les missions sont caractérisées par une forte densité politique et une faible réserve militaire capable de soutenir les actions nécessaires.  Dans de telles conditions, le représentant a souligné les risques d’inefficacité, d’irresponsabilité, de corruption, d’erreur politique et même d’échec militaire. 

Le Royaume-Uni, a-t-il précisé, est profondément attaché aux opérations de maintien de la paix sous mandat de l’ONU.  Mais aujourd’hui, a-t-il dit, le choix est difficile.  Pour surmonter cette difficulté, le représentant a jugé important de tirer davantage parti du rapport Brahimi.  Il a donc prôné la constitution d’équipes de travail intégrées comprenant l’ONU, les institutions spécialisées, les fonds et programmes, les institutions financières internationales, les organisations régionales et les organisations pertinentes de la société civile. Il faut aussi, a-t-il poursuivi, développer de nouveaux partenariats entre l’ONU et les organisations régionales « car l’ONU ne peut tout faire partout ».  Il faut encore, a ajouté le représentant, renforcer les capacités régionales et la capacité de l’ONU en matière d’évaluation de la sécurité et d’analyse des menaces et risques.  Il faut également s’assurer d’une synergie régionale entre les opérations de maintien de la paix pour optimiser l’utilisation des ressources.  Pour ce faire, le représentant a préconisé une meilleure planification de la réponse à apporter aux situations d’urgence.  Faisant quelques suggestions, il a demandé pourquoi l’ONU ne recourait pas à des chasseurs de têtes pour établir une liste de représentants spéciaux.  Insistant sur l’amélioration de la réponse aux situations d’urgence, le représentant a appelé à un partenariat entre le Conseil, les États Membres, les institutions humanitaires et des organes tels que la Cinquième Commission et le Comité spécial des opérations de maintien de la paix.  Le Conseil doit, a-t-il conclu, se concentrer davantage sur des organes tels que le Groupe de travail de maintien de la paix.  Il doit pouvoir disposer de meilleures informations sur toutes les situations d’urgence.  Il devrait, pour ce faire, recourir davantage aux chefs des agences humanitaires et demander au Secrétaire général de renforcer ses capacités d’évaluation pour alerter sur les lacunes et les priorités des missions existantes et nouvelles.

M. MINHEA MOTOC (Roumanie) a estimé que ce débat doit porter sur les attentes auxquelles la communauté internationale n’a pas répondu et sur les voies et moyens d’assurer une mobilisation adéquate des ressources.  Après avoir rappelé que son pays fait partie des premiers contributeurs de troupes, le représentant a jugé important de souligner plus avant le rôle des organisations régionales.  Il a insisté sur la coopération entre ces organisations et l’ONU, en jugeant qu’elle peut mener à une meilleure utilisation des ressources, à l’échange des meilleures pratiques et au renforcement de l’impact à long terme des missions de maintien de la paix.  Notant la multiplication des missions de l’ONU en Afrique de l’Ouest, il a appelé à une synergie qui, selon lui, conduirait à un partage des ressources, en particulier dans les domaines de l’expertise, du transport, des composantes médicales et du personnel.  Dans le même temps, a-t-il poursuivi, le type des conflits africains nécessite des stratégies régionales coordonnées pour traiter des problèmes multisectoriels tels que le désarmement, la démobilisation, le rapatriement, la réinstallation et la réintégration (DDRRR), le contrôle des armes légères ou encore les services humanitaires. 

Pour chaque mission, le mandat doit tenir compte du contexte social, économique et politique, de la nécessité de prévenir une aggravation du conflit, des besoins en assistance humanitaire, des droits de l’homme, de l’organisation des élections, de la transition vers une société démocratique et du développement économique, a-t-il estimé.  Le représentant a aussi jugé important de renforcer la relation entre le Conseil de sécurité, le Secrétariat et les pays contributeurs de troupes, afin de mieux tenir compte des vues de ces derniers dans les décisions.  Appelant à la créativité pour répondre aux défis actuels et futurs, il a prôné l’équilibre entre les stratégies de sortie et les exigences du développement, en s’attardant sur le cas d’Haïti.  Compte tenu des ressources limitées, il a souligné la nécessité de réfléchir à des moyens novateurs et rentables de répondre aux défis. 

M. ABDALLAH BAALI (Algérie) a estimé que l’application des recommandations du rapport Brahimi avaient permis au Département de maintien de la paix de renforcer ses capacités opérationnelles.  Il nous semble nécessaire que le Conseil de sécurité veille à formuler les mandats de manière aussi claire et rigoureuse que possible, en adéquation avec les ressources et objectifs assignés.  Si l’aspect budgétaire doit être du ressort exclusif de l'Assemblée générale conformément à la Charte des Nations Unies, il est important dans le cas des opérations de paix complexes, que la communauté internationale mobilise les ressources nécessaires pour prendre en charge les programmes de la démobilisation et de réinsertion.  Il a invité le Conseil de sécurité à encourager le Secrétaire général à identifier et consulter les États Membres disposés à fournir des contingents potentiels.  Il est important que le personnel militaire ou civil à déployer dispose de la formation ou de l’expertise nécessaire afin de mener à bien sa mission dans des conditions optimales de sécurité et d’efficacité, ainsi que dans le respect des normes du droit international humanitaire et des droits de l’homme. 

Par ailleurs, il a souhaité que le Secrétariat fournisse au Conseil de sécurité et aux pays fournisseurs de troupes des informations actualisées justifiant l’ajustement ou la modification du mandat d’une mission.  Si depuis l’adoption de la résolution 1353 (2001) des réunions d’information sont désormais organisées régulièrement entre le Conseil et les pays fournisseurs de contingents, davantage doit être fait pour prendre en compte les préoccupations de ces pays.  La coopération entre l’ONU et les organismes régionaux revêt une importance de premier ordre, en particulier dans les régions affectées par les tensions.  A cet égard, il s’est félicité du développement de la coopération entre l’ONU et l’Union africaine en vue de créer les conditions optimales de succès des OMP déployées sur le continent africain.  Nous citons à titre d’exemple la Mission des Nations Unies en Ethiopie/Erythrée (UNIMEE) ou encore la Mission de l’Organisation des Nations Unies au Congo (MONUC) où la coopération entre les deux organisations s’est traduite par la mise en place de structures conjointes.  Le Conseil de sécurité, a-t-il conclu, ne peut agir isolément.  Ses relations avec l'Assemblée générale sont d’une grande importance.  En raison de son statut d’organe d’approbation du financement des opérations et d’élection des membres non permanents du Conseil de sécurité, l'Assemblée générale implique un maximum d’États dans la politique de maintien de la paix. 

M. ISMAEL ABRAAO GASPAR MARTINS (Angola) a reconnu que l’ONU avait fait des progrès considérables dans le domaine du maintien de la paix au cours des dernières années, notamment en République démocratique du Congo, au Timor-Leste et en Sierra Leone.  Face aux 14 missions de maintien de la paix déployées dans le monde et à l’expansion prévue avec les nouveaux déploiement prévus en Haïti et au Burundi, les moyens du Département des opérations de maintien de la paix devront être renforcés afin de faciliter le déploiement des nouvelles missions et de mettre en œuvre les stratégies de sortie des missions qui s’achèvent prochainement.  Insistant à cet égard sur la volonté politique des États Membres, notamment au renforcement de la capacité de déploiement rapide de l’ONU, le représentant a également souligné la nécessité d’intégrer des mesures de développement dans les mandats, notamment avec des projets à impact rapide. 

Le représentant a salué la coopération étroite entre le Conseil de sécurité et l’ECOSOC, notamment au Burundi et en Guinée-Bissau, qui a permis de traduire dans les faits les besoins de développement et de consolidation de la paix après les conflits.  Les programmes de DDR s’avèrent être essentiels pour consolider la paix après les conflits, a-t-il observé ensuite, prenant l’exemple de son propre pays.  M. Martins a ensuite plaidé pour le renforcement de la coopération entre le Conseil de sécurité et les organisations régionales et sous-régionales, l’Union européenne en RDC, la SADC et l’Union africaine au Burundi, ou encore la CEDEAO en Côte d’Ivoire, tout en souhaitant que les Nations Unies soutiennent les initiatives de l’Afrique qui visent à mettre sur pied des forces de réserve.  Le personnel du maintien de la paix doit également être un acteur clef dans la lutte contre le VIH/sida et chaque opération de maintien de la paix devrait être dotée d’une personne chargée de ce volet. 

L’expérience a montré, a déclaré M. ALEXANDER KONUZIN (Fédération de Russie) que les opérations de maintien de la paix, y compris dans leur forme multisectorielle, sont l’instrument le plus souple et le plus efficace pour régler les problèmes inhérents aux situations de conflits et post-conflits.  Il a jugé que le Comité spécial des opérations de maintien de la paix vient d’adopter des recommandations qui constituent une « excellente base » pour améliorer la qualité du travail en la matière.  Dans ce contexte, le représentant a voulu un respect strict du droit international et une répartition raisonnable du travail entre l’ONU et les organisations régionales.  Citant les principes de base d’une telle répartition, il a insisté sur la responsabilité première du Conseil de sécurité en matière de maintien de la paix, le partenariat entre le Conseil et les pays en conflit et l’interaction entre l’ONU et les organisations régionales.  La Fédération de Russie, a-t-il affirmé, est prête à accroître sa participation tant aux opérations de maintien de la paix qu’aux opérations de coalitions approuvées par le Conseil de sécurité. 

Un des problèmes principaux est devenu la sécurité des soldats de la paix dans le monde, a poursuivi le représentant avant de souligner la nécessité de renforcer le potentiel du Département des opérations de maintien de la paix et dans les missions sur le terrain.  Il a rappelé qu’en la matière, la responsabilité des pays d’accueil des opérations ne diminue en rien.  Le fait que les conflits s’accompagnent d’une dimension régionale et de conséquences sociales et économiques doit conduire à une réflexion plus poussée qui ne peut manquer de montrer la pertinence de renforcer la coordination entre les différentes composantes des missions et l’interaction entre les missions d’une même région.  En la matière, il faut, a encore dit le représentant, encourager des partenariats d’un nouveau type entre les Nations Unies et les organisations régionales.  Il a par ailleurs estimé que le recours aux forces multinationales, avec l’accord du Conseil, est un moyen efficace de répondre aux situations d’urgence, et ce, dans le strict respect de la Charte de l’ONU.  Le Conseil ne peut donc être contourné lorsque l’on évoque le recours de la force, au nom de la communauté internationale. 

Concluant sur la situation en Afrique, le représentant a souligné le lien entre rétablissement de la paix et reconstruction sociale et économique.  Il a appuyé une répartition du travail entre le Conseil, le Conseil économique et social et les différents fonds et programmes de l’ONU.  Il a mis en garde contre la dilution des prérogatives de ces organismes ou la tendance à les surcharger de tâches qui ne relèvent pas de leur mandat.  Concernant la question de l’amélioration de l’expertise militaire dont dispose le Conseil, le représentant a préconisé une utilisation novatrice du Comité d’État-major.  Le Comité ne serait plus l’apanage des cinq membres permanents du Conseil mais l’instrument de tous les membres du Conseil et d’autres pays intéressés, y compris les pays fournisseurs de contingents.

M. RONALDO MOTA SARDENBERG (Brésil) a rappelé que depuis leur lancement à la fin des années 1940, les opérations de maintien de la paix qui n’étaient pas au cœur des préoccupations des fondateurs réunis à San Francisco sont aujourd’hui au centre des actions de l’ONU.  Depuis sa présence au Fonds d’équipement des Nations Unies, le Brésil a participé avec 12 500 hommes a-t-il fait valoir, soulignant que ces 50 années d’expérience permettaient à son pays de suggérer quelques mesures.  Le Département des opérations de maintien de la paix (DOMP) est confronté aujourd’hui à la multiplication du nombre d’opérations, a-t-il poursuivi, citant la MINUL (Libéria), l’ONUCI (Côte d’Ivoire), la MINUSTAH (Haïti) et les prochaines opérations envisagées au Burundi et au Soudan.  Le nombre de personnels déployés devrait avoir doublé d’ici la fin de l’année, a-t-il observé ensuite, indiquant que certains pays contributeurs avaient atteint leurs limites et qu’il fallait que le DOMP explore de nouvelles voies pour mobiliser des contingents. 

A ce titre, il a proposé le renforcement des capacités régionales de maintien de la paix, avant de déplorer l’usage trop fréquent du recours au Chapitre VII dans les mandats adoptés récemment.  Il nous faut réfléchir à des mandats adaptés, tenant compte des réalités du terrain, a-t-il dit, avant de souhaiter que des efforts soient déployés dans le recrutement qualitatif des personnels de terrain, de même que dans les activités d’information.  Évoquant les stratégies de sortie, M. Sardenberg a exhorté le Conseil de sécurité à ne pas hâter le retrait des missions mais de plutôt définir des critères clairs dès le déploiement afin d’identifier dès le début le minimum requis pour envisager le retrait.  En ce sens, il s’est félicité de l’exemple du Timor-Leste, avant de soutenir le renforcement de la coopération entre le Conseil de sécurité et l’ECOSOC dans les efforts de reconstruction après les conflits, coopération qui peut être fructueuse comme en témoignent les processus en cours au Burundi et en Guinée-Bissau. 

M. LAURO BAJA (Philippines) s'est félicité du fait qu'un certain nombre des recommandations du rapport Brahimi aient abouti à la formulation de nouvelles politiques.  Cependant, a-t-il nuancé, il faut développer l'évaluation du processus de mise en œuvre de ces politiques en raison, principalement, de la croissance de la demande en matière de missions de maintien de la paix et du besoin de déploiement rapide qui en découle.  Le représentant a en outre souhaité que soit levée la dichotomie traditionnelle entre le maintien de la paix et la construction de la paix afin que ces deux processus ne fassent partie que d'un seul, en vue de la réalisation d'un objectif commun.  La doctrine de l'égalité entre les nations devrait quant à elle être non seulement reconnue mais aussi observée en matière de maintien de la paix. 

Il est regrettable que des acteurs qui ont une influence mondiale se désengagent des missions à risque, a poursuivi le représentant.  En effet, les missions à succès ont en général bénéficié du secours de ces pays importants.  Les stratégies de sortie devraient en outre être définies dès la définition des politiques.  Il faut cependant prévenir des retraits précipités.  Le représentant a également estimé qu'il ne faisait aucun doute que l'absence de mandat fort dans des environnements hostiles était moralement irresponsable.  A son avis, le déploiement rapide est aussi un élément crucial.  Cependant, le problème des retards rencontrés dans le remboursement des frais engagés par les pays à ce titre peut les dissuader de tout effort supplémentaire.  Enfin, le représentant a estimé qu'il y avait un certain nombre de domaines où des progrès pouvaient être réalisés en termes de protection et de sécurité du personnel des Nations Unies. 

Nous nous trouvons à un moment remarquable pour traiter de la question d’aujourd’hui, a estimé M. INOCENCIO ARIAS (Espagne).  Les défis sont énormes et leur réponse exige que l’on tienne compte de certains facteurs.  La nature des conflits, a-t-il dit, exige la mise au point de mandats multidisciplinaires et de missions complexes qui doivent être définis sur la base d’une planification précise et d’un renforcement des capacités financières et humaines.  Insistant sur la qualité du personnel, le représentant a encouragé l’établissement de normes et de critères pour assurer des centres de formation homogènes.  Il a, à son tour, estimé que la coopération avec les organisations régionales doit jouer un rôle important.  Il a ensuite voulu que l’on tienne dûment compte de l’évolution du concept d’opérations de maintien de la paix et qu’en conséquence, l’on prévoit l’intégration systématique des composantes de consolidation de la paix. 

Le représentant a appelé le Conseil à adopter des mandats clairs et réalistes et à utiliser, pour ce faire, les recommandations du Département des opérations de maintien de la paix et à renforcer ainsi ses relations avec « ceux qui mettent en œuvre les mandats ».  Le déploiement de missions dans une même région ouvre des possibilités de coopération, a dit à son tour le représentant avant de conseiller pour éviter des « opérations permanentes », la mise au point de stratégies de sortie claire.  La taille, le mandat et la structure d’une mission doivent constamment s’adapter aux progrès réalisés sur le terrain.

M. HERALDO MUÑOZ (Chili) a estimé que la définition d'une stratégie de sortie était un élément crucial du succès d'une opération de maintien de la paix.  L’aspect pluridisciplinaire des opérations de maintien de la paix doit également être approfondi dans la mesure où le défi que doivent relever ces opérations n'est plus de séparer des bandes armées mais de contribuer à créer les conditions nécessaires à l'élimination de conflits.  C'est pourquoi, il est essentiel d'appliquer les principes du droit international humanitaire et des droits de l'homme pour établir un Etat de droit. 

C'est dans ce contexte que les politiques de désarmement, de démobilisation et de réintégration prennent toute leur importance.  En outre, a estimé le représentant, le processus de reconstruction post-conflit doit combiner au mieux les responsabilités propres au Conseil de sécurité, à l'ECOSOC, au Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) et aux institutions financières internationales afin de parvenir à une stabilité économique et sociale.  Le rôle de la femme dans le maintien de la paix doit également être approfondi.  Selon certains rapports, a fait remarquer le représentant, il reste encore beaucoup à faire pour intégrer les femmes dans les opérations de paix et combattre la violence dont elles sont victimes dans les zones de conflit. 

M. WANG GUANGYA (Chine) a estimé que les opérations de maintien de la paix de l’ONU représentaient le principal instrument aux mains du Conseil de sécurité pour maintenir la paix au niveau international.  Le renforcement des opérations de maintien de la paix contribuera à consolider le Conseil de sécurité et l’esprit de multilatéralisme, a-t-il dit, suggérant la poursuite de l’application des recommandations du rapport Brahimi.  Le Département des opérations de maintien de la paix est confronté à une tâche de plus en plus vaste, a-t-il constaté, avant de recommander un soutien politique, financier et logistique de la part des États Membres et une meilleure planification au sein du DOMP.  Une opération de maintien de la paix peut bénéficier largement d’une meilleure circulation de l’information, ainsi que de la coopération accrue entre l’ONU et les organisations régionales et sous-régionales.  Les capacités de ces organisations devraient être consolidées, a-t-il dit, afin que l’on puisse disposer de véritables forces régionales de maintien de la paix.  Le représentant a rappelé que son pays apportait sa contribution aux opérations de maintien de la paix, notamment en Haïti. 

M. JOEL W. ADECHI (Bénin) a estimé que l’augmentation des demandes en matière d’opérations de maintien de la paix requiert de l’ONU un effort considérable pour fédérer les énergies et les moyens de la communauté internationale.  Il a attiré l’attention sur les difficultés financières auxquelles certaines missions sont confrontées en Afrique.  Il a estimé qu’il importe de définir désormais clairement des mécanismes de financement permettant de leur assurer des ressources financières nécessaires à l’exécution de leurs mandats.  Parmi d’autres défis, le représentant a cité les risques accrus auxquels la complexité de la situation internationale expose les personnels des opérations de maintien de la paix.  Cette situation, a-t-il poursuivi, exige de l’ONU qu’elle soit davantage en mesure de procéder à une évaluation correcte et sans faille des menaces et des risques.  Il est nécessaire, à cet effet, de renforcer les capacités de l’Unité de coordination de la sécurité des Nations Unies.  Les mutations politiques intervenues en Afrique depuis la fin de la guerre froide, a poursuivi le représentant, ont mis à rude épreuve la capacité de l’ONU à engager des opérations efficaces pour empêcher les catastrophes humanitaires.  Il a donc noté avec satisfaction les efforts déployés par l’Afrique elle-même.

Au titre de ces efforts, le représentant a cité le renforcement des capacités africaines de maintien de la paix et la décision prise par le Sommet de l’Union africaine de mettre en place une force africaine permanente ainsi qu’un Comité d’État-major militaire.  Cette initiative, a-t-il rappelé, bénéficie de l’appui stratégique du G-8 qui a adopté en juin 2003 un plan conjoint Afrique/G-8.  Soulignant l’importance d’une approche régionale, le représentant a argué que, dans sa région, cette approche peut être approfondie notamment par une coordination accrue des missions de l’ONU dans la sous-région, en général et dans les trois pays sortant de conflits.  Elle peut aussi être approfondie, entre autres, par la systématisation de la conduite de patrouilles conjointes dans les zones frontalières des trois pays concernés, le renforcement des programmes de DDRRR, le développement d’un programme régional de formation aux opérations de maintien de la paix, la mise à niveau des contingents dans le domaine de l’équipement et l’adoption d’un programme de stratégie de sortie. 

M. GUNTER PLEUGER (Allemagne) a estimé que la disponibilité des ressources demeurait la clef du succès des opérations de maintien de la paix alors que le Secrétariat faisait face à une demande sans précédent en matière de mission de maintien de la paix.  Il s’est inquiété de la paralysie de la capacité de réaction rapide et l’épuisement du stock de matériel stratégique.  De plus, des pays comme l’Allemagne, qui font face à des restrictions budgétaires doivent réduire leur participation sur le terrain.  Il a souligné la difficulté de définir la juste taille d’une mission et sa durée pour prévenir toute résurgence de la violence.  L’expérience nous avait prouvé le succès de missions mises en œuvre par un petit nombre de pays avec la collaboration d’organisations régionales.  Convaincu que l’implication des organisations régionales constitue le meilleur moyen de donner un sentiment de responsabilité, le représentant a souligné la nécessité de renforcer leur capacité en matière de maintien de la paix.  L’Allemagne, a-t-il précisé, y contribue par le biais de son Centre pour les opérations de paix internationales.  Il a déclaré que la complexité croissante des opérations de paix résultait dans le fait que l’aspect militaire n’était plus une composante suffisante pour assurer le succès de ces opérations.  Il faut aujourd’hui être en mesure de répondre aux attentes économiques et sociales des populations civiles et mettre hors d’état de nuire les fauteurs de trouble.  A cet égard, il a tout particulièrement souligné la pertinence du concept d’équipe de reconstruction de province promue par son pays. 

S’agissant de la sécurité, M. Pleuger a indiqué que les attentats d’août dernier au siège des Nations Unies à Bagdad avaient mis en évidence la nécessité de faire des efforts en matière de sécurité du personnel des Nations Unies.  Il a notamment souhaité le renforcement de la sécurité des moyens de transport.  En outre, il a estimé indispensable une prise de décision plus inclusive en ce qui concerne la mise en œuvre des missions de maintien de la paix.  Tout en se félicitant de l’importance de la résolution 1353 (2001) sur la collaboration entre le Conseil et les pays contributeurs de troupes, il a estimé que cette pratique n’était pas encore assez établie.  En conclusion, il a insisté sur l’importance de la prévention des conflits, afin d’éviter que les opérations de maintien de la paix ne deviennent un « océan sans fond ». 

M. STUART HOLLIDAY (États-Unis) a rendu hommage au personnel des Nations Unies déployé dans les opérations de maintien de la paix, de même que celui des journalistes qui mettent certains conflits au devant de l’actualité.  Les opérations de maintien de la paix sont importantes pour la poursuite des objectifs de l’Organisation, a-t-il dit, rappelant que les États-Unis sont le premier contributeur financier aux opérations de maintien de la paix.  Nous devons examiner les moyens de répondre aux besoins accrus par l’ouverture de nouvelles missions au Burundi, en Côte d’Ivoire, ou en Haïti, avant de souligner que le Secrétaire d’État américain, Colin Powell, avait proposé vendredi dernier un effort supplémentaire du G-8 pour faire face aux problèmes du maintien de la paix en Afrique.  Les États-Unis se félicitent par ailleurs de la rapidité avec laquelle la MINUL a pu être déployée au Libéria et a salué à cet égard la contribution cruciale de la CEDEAO.  Face au caractère multidimensionnel des opérations de maintien de la paix, les Nations Unies doivent adapter leurs mécanismes afin de procéder au désarmement, à la démobilisation et à la réinsertion, et de lutter contre la mobilité des ex-combattants au niveau transfrontalier.  Les nouvelles missions exigent des appuis financiers conséquents au niveau logistique, a-t-il dit, insistant sur la réinsertion des anciens combattants et la création d’emplois qui prend du temps, certes, mais ne peut être négligée.  Il a assuré que les États-Unis tiendraient compte des recommandations faites aujourd’hui au cours du débat et continueraient d’œuvrer pour le renforcement des capacités de maintien de la paix des Nations Unies. 

M. KHURSHID M. KASURI, Ministre des affaires étrangères du Pakistan, a rappelé que les 14 missions actuelles impliquent 51 000 soldats de la paix et plus de 3 000 membres de la police civile.  Ces missions dont le coût s’élève à 2,82 milliards de dollars, demeurent le moyen le plus rentable de maintenir la paix, prévenir les conflits et faciliter la transition de la guerre à la paix, a souligné le Ministre.  Rappelant que son pays est le plus ancien, le plus important et le plus constant contributeur aux opérations de maintien de la paix de l’ONU, le Ministre a énuméré les conditions du succès en la matière.  Il a d’abord cité la nécessité pour les missions d’être dotées d’un mandat clair, réaliste et réalisable qui bénéficie de l’appui de la communauté internationale.  Il a ensuite cité l’importance pour ces missions de disposer de soldats de la paix bien formés, bien équipés et bien disciplinés et de bénéficier de l’appui financier, administratif et logistique adéquat.  Ces missions, a-t-il poursuivi, doivent pouvoir compter sur des services de renseignements fiables sur le terrain et sur de solides règles d’engagement.  Leur mandat doit tenir compte des causes originelles des conflits afin d’assurer la paix et la stabilité et préparer le terrain à la réconciliation nationale, à la reconstruction et au développement.  Une fois déployées, les missions ne doivent en aucun cas être retirées avant d’avoir accompli leurs tâches.  Ce débat, a conclu le Ministre, a mis en exergue les défis qui attendent les Nations Unies avec le déploiement de missions complexes en Côte d’Ivoire, au Burundi, en Haïti et peut-être au Soudan.  Ces missions exigeront de la communauté internationale la mobilisation de ressources humaines, administratives et logistiques additionnelles, a-t-il prévenu.  

M. TIM MCIVOR (Nouvelle-Zélande) a estimé que les opérations de maintien de la paix ne pouvaient en aucun cas être restreintes à la discrétion du Conseil de sécurité et que tous les États Membres devaient pouvoir contribuer, au sein de l’Assemblée générale, au débat sur les opérations de maintien de la paix.  Les opérations complexes sont devenues la norme, a-t-il dit, insistant sur leur caractère multidimensionnel.  Le Conseil de sécurité pourrait engager des discussions avec les institutions spécialisées des Nations Unies afin d’élaborer une stratégie de sortie, a-t-il proposé, avant de prôner un mécanisme facilitant des consultations et une évaluation régulières et réunissant les membres et les non-membres du Conseil de sécurité.  Les forces multinationales constituent une alternative importante avant le déploiement rapide des forces des Nations Unies, a-t-il dit, déplorant la faible implication des pays développés dans les opérations de maintien de la paix.  Il est important que les Nations Unies continuent de développer la coopération avec les organisations régionales, a déclaré M. McIvor, prenant l’exemple des missions déployées en Afrique de l’Ouest. 

M. SHINICKI KITAOKA (Japon) a rappelé que le budget des opérations de maintien de la paix risquait d’atteindre 4,5 milliards de dollars en 2005.  Dans le cadre des arrangements actuels, la part du Japon atteindrait alors 900 millions de dollars, montant qui dépasserait celui de son aide bilatérale destiné au développement du continent africain.  Il a souligné la nécessité de chiffrer clairement toutes les étapes d’une opération de maintien de la paix.  A titre d’illustration, il a indiqué que la conférence des donateurs de Tokyo pour le Timor-Leste avait présenté toutes ces étapes, qu’il s’agisse de l’assistance humanitaire, de l’administration transitoire ou de la reconstruction.  Chaque mission devrait avoir un mandat et des objectifs clairs et nous devons nous doter des moyens de réagir dans l’urgence.  Une fois déployée, une mission doit être constamment réexaminée pour pouvoir prendre en compte les changements intervenus.  Le Japon qui est un partisan de « la consolidation de la paix » souligne l’importance du lien entre les activités de construction de la paix, comme les programmes de désarmement, démobilisation et réintégration ou de déminage, et le maintien de la paix. 

Compte tenu de l’importance croissante des missions du DOMP, le représentant a souligné le caractère essentiel de la coopération avec les autres acteurs du maintien de la paix, notamment de ceux présents sur le théâtre des opérations.  A cet égard, il a estimé judicieux une meilleure répartition des tâches entre le DOMP et les organisations régionales et sous-régionales, à condition que l’on renforce les capacités de ces dernières en matière de maintien de la paix.  Même si les efforts bilatéraux sont importants, le Japon estime qu’un soutien international présente l’avantage d’être mieux coordonné.  En outre, il a déclaré qu’il était indispensable que les pays fournisseurs de matériel, de personnel, de finances ou d’autres ressources soient mieux associés au processus de décision du Conseil de sécurité.  Ceci est nécessaire pour permettre au Conseil de consolider la paix de la phase du maintien de la paix à celle de la reconstruction et du développement.  Il a invité le Conseil de sécurité à promouvoir des échanges et discussions impliquant le Secrétariat, les contributeurs de ressources humaines et financières ainsi que les pays et acteurs des régions concernées par un conflit.  Le Japon qui assume 20% du budget des opérations de maintien de la paix attend avec impatience la tenue de telles réunions à l’avenir dans le souci de pouvoir intervenir sur des questions spécifiques liées au maintien de la paix. 

M. RICHARD RYAN (Irlande) au nom de l’Union européenne, des pays candidats et des pays associés, a indiqué qu’aujourd’hui à Bruxelles, les Ministres européens des affaires étrangères et de la défense ont adopté les « Conclusions » qui reflètent les progrès importants réalisés, ces derniers mois, dans la politique de la sécurité et de la défense de l’Union européenne.  Il a signalé les mêmes progrès pour ce qui des aspects militaires et non militaires des capacités de maintien de la paix et de gestion des crises de l’Union européenne.  En la matière, le représentant a rappelé qu’en septembre dernier, l’Union européenne et l’ONU ont signé une déclaration commune qui met particulièrement l’accent sur les domaines de la planification, de la formation, de la communication et des meilleures pratiques.  Les contacts entretenus depuis lors visent à assurer des progrès dans la réponse de l’Union européenne aux demandes d’assistance de l’ONU dans des situations urgentes de gestion des crises.  L’approche de l’Union européenne en matière de sécurité internationale, a poursuivi le représentant, se fonde sur la Stratégie européenne pour la sécurité adoptée en décembre dernier.

Se félicitant des progrès enregistrés par le Département des opérations de maintien de la paix, le représentant l’a encouragé à renforcer ses contacts avec les organisations régionales et les partenaires sous-régionaux.  A cet égard, il a recommandé au Groupe des meilleures pratiques, en consultation avec les organisations régionales, de tirer les enseignements des missions pertinentes telles que l’Opération Artémis en République démocratique du Congo (RDC).  Pour pouvoir assurer un déploiement rapide en cas d’urgence, le Département devrait, a ajouté le représentant, développer des partenariats avec les formations et les arrangements régionaux qui ont la capacité de répondre à son appel.  Se tournant vers l’Afrique, le représentant a indiqué que l’Union européenne participe à la création d’un mécanisme africain de maintien de la paix.  La composante « consolidation de la paix », a-t-il encore dit, est un élément essentiel aux opérations de maintien de la paix, à une paix durable et à la prévention des conflits.  Il a donc jugé important d’adopter une approche globale et intégrée qui, selon lui, exige l’implication de tous les organes pertinents de l’ONU, des États Membres, des institutions de Bretton Woods et des ONG.  Concluant sur les questions liées à la sécurité du personnel de l’ONU, le représentant a prôné la mise en place d’un point focal permanent au sein de chaque mission ainsi qu’au Siège de l’ONU. 

M. IFTEKHAR AHMED CHOWDHURY (Bangladesh), rappelant que son pays contribue largement aux opérations de maintien de la paix, en fournissant des contingents, a souhaité que le Conseil de sécurité envisage certaines mesures pour renforcer ces opérations.  Les mandats doivent être bien définis, en particulier en ce qui concerne les règles d’engagement.  Ces mandats doivent être précis et assortis de moyens financiers et humains adéquats.  Le représentant a proposé que les stocks stratégiques de Brindisi soient recomposés et, s’agissant des stratégies de sortie, il a proposé que certaines dispositions soient intégrées aux mandats des opérations.  Les mandats des opérations de maintien de la paix doivent également inclure les objectifs de désarmement, démobilisation et réintégration (DDR), les questions sexospécifiques et la protection des personnels déployés sur le terrain.  La volonté politique des pays fournisseurs de contingents doit être prise en compte, a-t-il dit ensuite, souhaitant que les consultations avec le Conseil de sécurité s’intensifient, en particulier pour ce qui est des stratégies de déploiement rapide qui imposent de nouvelles contraintes à ces pays contributeurs de troupes. 

M. ALI HACHANI (Tunisie) a voulu que le maintien de la paix ne se substitue pas à la recherche de solutions justes et définitives aux conflits ni au traitement de leurs causes sous-jacentes.  Il a ensuite appelé à des consultations plus avancées et plus interactives entre les États Membres et le Secrétariat, à travers le mécanisme de consultation entre le Secrétariat, le Conseil de sécurité et les pays contributeurs de troupes.  Les préoccupations de ces derniers doivent être mieux prises en compte, a insisté le représentant.  Soulignant que les pays en développement assurent 70% des effectifs des forces onusiennes, il a argué que les pays développés sont d’autant plus appelés à partager ce fardeau qu’ils possèdent les capacités permettant de satisfaire le plus vite aux besoins qui s’imposent sur le plan opérationnel.  En la matière, il a jugé important de renforcer la base de Brindisi qui n’est actuellement conçue que pour une seule mission.  Passant à la sécurité du personnel de maintien de la paix, le représentant a jugé impératif que l’ONU s’emploie, en collaboration avec les États Membres, au renforcement des systèmes et procédure de sécurité et à l’amélioration des mécanismes de collecte d’informations sur le terrain afin d’accroître les capacités de prévention et de gestion des menaces.  Il a conclu en soulignant l’intérêt que son pays accorde à la coopération entre l’ONU et l’Union africaine dont les efforts de prendre en charge le continent, a-t-il insisté, nécessitent un soutien accru de l’ONU et de la communauté internationale.

M. AHMED ABOUL GHEIT (Égypte) a indiqué que l’Égypte avait préparé un non-document sur le concept général de maintien de la paix, soulignant que ce concept ne devait pas se substituer aux efforts de diplomatie préventive et de consolidation de la paix des Nations Unies sur la base de la Charte et du multilatéralisme.  En dépit des recommandations du rapport Brahimi, le traitement des crises complexes demeure incertain, a-t-il dit, recommandant des approches plus globales associant tous les acteurs, du Secrétariat à certains États Membres, en passant par les organisations régionales, la société civile ou les agences, fonds et programmes de l’ONU et les institutions financières internationales.  Le succès des opérations dépend du cadre institutionnel défini préalablement sur la base des besoins réels.  Abordant le concept de déploiement rapide, M. Aboul Gheit a souligné que les résultats obtenus étaient en deçà des attentes exprimées précédemment par les délégations. 

M. MARCO BALAREZO (Pérou) a lancé un appel aux membres permanents du Conseil de sécurité pour qu'ils s'accordent sur un code de conduite les interdisant d'utiliser leur droit de veto contre le déploiement d'opérations de maintien de la paix visant à éviter des génocides ou des crimes contre l'humanité.  En contrepartie de ce code de conduite et pour le renforcer, le Secrétaire général des Nations Unies devrait demander la mise en place d'une force de pacification militaire à la demande du Haut Commissaire aux droits de l'homme, de représentants d'organisations régionales ou d'un grand groupe de nations.  L'idée selon laquelle les membres permanents devraient coopérer en n'utilisant pas leur droit de veto pourrait sauver des centaines de vies lorsque la communauté internationale le demande.  En outre, afin d'accélérer la mise en place des opérations sur le terrain, les pays contributeurs de troupes devraient mettre sans condition à la disposition de l'Organisation des unités, conformément à un mandat préétabli pour un déploiement immédiat. 

Il est également nécessaire, selon M. Balarezo, de renforcer l'action des organisations régionales et sous-régionales dans la prévention des conflits et la mise en place d'opérations de maintien de la paix.  Le déploiement immédiat de forces devrait quant à lui être suivi d’un processus de paix et de reconstruction de l'État.  Sans tolérance démocratique, les sociétés pauvres continueront en effet d'être infectées par le germe du conflit.  C'est pour cette raison que les missions de maintien de la paix ne peuvent quitter prématurément les scènes de conflit.  Enfin, le représentant a rappelé aux nations développées qu'il était plus rentable d'éviter que des États s'effondrent et de contribuer à leur reconstruction que d'être confronté à des menaces mondiales alimentées par la dégradation de conflits internes. 

M. VALERY KUCHINSKY (Ukraine) a déclaré que les Nations Unies avaient aujourd’hui, plus que jamais, grâce à la réforme Brahimi, la capacité d’agir rapidement et avec efficacité.  L’intensification des activités de maintien de la paix et le déploiement de la première Mission des Nations Unies post-Brahimi, au Libéria, nous donne aujourd’hui l’occasion d’examiner la mise en œuvre de cette réforme, et de voir ce qui nécessite d’être ajusté et amélioré.  Il a indiqué que son pays, qui a fourni un détachement d’hélicoptère à la Mission de l’ONU au Libéria, était prêt à en faire de même pour les nouvelles missions en Côte d’Ivoire et en Haïti.  Tout en se félicitant des progrès accomplis en matière de capacité de déploiement rapide, le représentant ukrainien a fait remarquer que l’expérience nous montre que nous sommes encore loin de parvenir à un objectif de déploiement dans un délai de 30-90 jours.  Il a reconnu l’importance du stock de matériel stratégique, en précisant que son pays avait, au cours des trois dernières années, fourni des centaines de véhicules blindés aux pays contributeurs de troupes. 

Le représentant de l’Ukraine a également estimé que le développement de nouveaux types de partenariats entre les Nations Unies et les organisations régionales et sous-régionales ne pouvaient qu’aider l’ONU à faire face à ses nombreux nouveaux défis.  Malgré les progrès réalisés, il a estimé nécessaire de renforcer les relations entre le Conseil de sécurité, le Secrétariat et les pays contributeurs de troupes.  En tant qu’initiateur de la Convention des Nations Unies sur la sécurité du personnel, l’Ukraine exhorte tous les pays qui ne l’ont pas encore fait à signer ou ratifier ce texte aussi rapidement que possible.  Il a également souhaité que la Journée internationale du personnel de maintien de la paix qui est observée maintenant, chaque année le 29 mai, soit l’occasion pour le Conseil de sécurité d’envoyer un message fort, qui rend hommage au rôle et au sacrifice du personnel des missions, auquel nous devons tous les succès réalisés sur le terrain. 

Le Conseil doit-il s’arroger le débat sur les opérations de maintien de l’ONU? s’est interrogé M. V. K. NAMBIAR (Inde).  Non, a-t-il répondu, en jugeant que l’instance de l’ONU chargée du maintien de la paix et de la sécurité internationales n’est en aucun cas le forum idoine pour discuter des politiques, voire des questions opérationnelles liées aux opérations de maintien de la paix.  Le représentant a détecté une « incapacité étrange » de l’Assemblée générale et de ses organes pertinents de s’opposer à la tendance du Conseil à s’approprier systématiquement des domaines comme celui à l’examen.  Cela devient encore plus préoccupant, a estimé le représentant, lorsque cette tendance s’accompagne d’une autre qui voit certains milieux envisager les situations d’urgence complexes sous l’angle « pro consulaire » ou sous celui d’une « mission civilisatrice ».  Il a donc appelé à une « séparation des pouvoirs constitutionnels » entre le Conseil et l’Assemblée. 

Les interventions de l’ONU dans des situations de plus en plus complexes, a poursuivi le représentant, se sont accompagnées d’une multiplication d’acteurs sur le terrain.  Il a donc prôné une distinction dans les fonctions et les responsabilités tout en prévenant que l’ONU ne peut être partout à la fois.  Il a aussi appelé à une distinction claire entre le maintien de la paix et la consolidation de la paix.  La période post-conflit, a-t-il précisé, ne peut être assurée par des soldats de la paix dont la majorité n’a pas les compétences nécessaires pour s’attaquer aux tâches économiques, sociales ou autres.  En la matière, le représentant a défendu le rôle des fonds et programmes des Nations Unies qui doivent travailler sous la direction du pays hôte.  Le représentant a également rejeté le point de vue selon lequel les soldats de la paix ont un rôle intrinsèque à jouer dans le règlement des conflits et dans le traitement de leurs causes sous-jacentes.  Une opération de maintien de la paix est une mesure provisoire et limitée, a-t-il insisté en ajoutant qu’une telle opération ne peut en aucun cas être de nature interventionniste.

Commentant les propos sur la nécessité d’une coopération renforcée entre le Conseil et les organisations régionales, le représentant a dit craindre qu’à terme, l’instance de l’ONU ne soit perçue comme utilisant ces organisations pour se dérober à sa responsabilité de maintien de la paix et de la sécurité internationales.  Il s’est aussi élevé contre ceux qui prônent le « transfert » d’activités spécialisées, voire de troupes d’une mission à l’autre.  Là encore, il a dit craindre la naissance d’une espèce de « confédération » des opérations de maintien de la paix.  De la même façon, le représentant a vu un risque dans les appels à une coordination renforcée entre les Représentants spéciaux d’une même région.  Ces personnalités ne sont pas des « agents libres », a-t-il dit, en rappelant que chacun d’eux a une mission et un mandat spécifiques.  

M. RADZI RAHMAN (Malaisie) a déclaré que les opérations de maintien de la paix ne pouvaient remplacer des solutions permanentes, quel que soit leur succès.  Il a souhaité que le Conseil de sécurité évite les deux poids, deux mesures dans la mise en œuvre des missions de maintien de la paix.  Il a exhorté le Conseil à faire face à ses responsabilités dans les Territoires palestiniens occupés et à sérieusement considérer le déploiement d’une force des Nations Unies dans ces territoires.  Il a souhaité que soit renforcée la sécurité du personnel des Nations Unies, et s’est félicité de la recommandation du Secrétaire général de créer un service de gestion de la sécurité au sein du DOMP.  Il a estimé nécessaire de renforcer la capacité des Nations Unies en matière de renseignement, de collecte et d’analyse des données.  Se félicitant de la portée de la résolution 1353 (2001) du Conseil de sécurité sur la coopération avec les pays fournisseurs de contingents, il a regretté qu’il ne soit pas assez tenu compte des vues exprimées par ces pays lors des consultations sur les décisions à prendre sur les missions de maintien de la paix.  En outre, il a noté que le budget actuel de maintien de la paix s’élevait à 2,82 milliards de dollars et qu’il risquait d’augmenter de 1,5 milliards avec les nouveaux projets de missions.  Aussi, il a émis l’espoir que les remboursements des pays contributeurs de troupes ne seront pas affectés par cette augmentation sans précédent des besoins.  A cet égard, il a attiré l’attention du Conseil sur le fait  que des pays contributeurs de troupes n’avaient toujours pas été remboursés pour leur participation à des missions clôturées depuis plus de 10 ans, en Somalie et au Cambodge. 

M. ALLAN ROCK (Canada), constatant une amélioration remarquable dans la planification et la gestion des opérations des Nations Unies au Libéria et des opérations élargies en République démocratique du Congo, en Côte d’Ivoire et en Haïti, ainsi que dans la préparation des missions possibles au Soudan et au Burundi, a insisté sur le défi omniprésent que doivent relever les Nations Unies afin d’obtenir les ressources voulues pour faire leur travail.  A court terme, a poursuivi M. Rock, il est probable que la meilleure façon d’aider les Nations Unies à faire face à l’augmentation du nombre d’opérations attendues cette année est de mettre à leur disposition des ressources financières suffisantes.  Il a insisté que la nécessité de privilégier, à long et moyen termes, une approche fondée sur trois piliers que les États Membres pourraient adopter pour améliorer les opérations de soutien à la paix.  Le premier pilier a trait aux ententes régionales et multilatérales, a-t-il dit ensuite, soulignant le rôle de plus en plus important des organisations régionales et des coalitions de défenseurs d’une même cause à titre de partenaires des Nations Unies.  Mentionnant à cet égard la Brigade multinationale d’intervention rapide des forces en attente des Nations Unies (BIRFA), un arrangement novateur mais sans fondement régional auquel peuvent participer tous les membres de l’ONU, le représentant du Canada a indiqué que la BIRFA avait pour but d’assurer à l’ONU une capacité de déploiement rapide dont la souplesse a déjà été constatée en Éthiopie/Érythrée, en Côte d’Ivoire et au Libéria. 

Comme les dirigeants africains sont convenus d’établir des brigades régionales en attente pour les opérations de soutien à la paix sur le modèle du BIRFA et que la Force multinationale de maintien de la paix de l’Europe du Sud-Est (SEERBIG) continue d’évoluer, nous nous attendons au maintien de cette tendance.  Le second pilier évoqué par le Canada est le renforcement des capacités et des ententes régionales.  Le représentant canadien a mentionné à ce sujet le Plan Afrique du G-8 sur le renforcement des capacités africaines de maintien de la paix adopté au Sommet d’Evian en juin 2003.  Soulignant le problème du financement des missions menées par les organisations régionales, surtout en Afrique, M. Rock a observé que ces missions étaient financées par des contributions volontaires et non par un système de quotes-parts établies, estimant par conséquent qu’il fallait envisager un barème de contributions équivalent à celui des Nations Unies afin de mieux partager le fardeau.  Enfin, évoquant le troisième pilier, le représentant du Canada a estimé que parallèlement au financement des opérations de soutien de la paix, il était important de définir une stratégie efficace de sortie et, à cette fin, de rétablir la primauté du droit pour assurer une paix durable. 

M. GERT ROSENTHAL (Guatemala) a rappelé que son pays était le bénéficiaire d’une petite opération de maintien de la paix décidée par la résolution 1094 (1997) du Conseil de sécurité pour vérifier la mise en œuvre des Accords de paix signés en décembre 1996.  Il a souligné la difficulté de faire face à des besoins croissants en matière de troupes de maintien de la paix tout en insistant sur la nécessité de faire face à toutes les situations.  Si toutes les opérations potentielles de maintien de la paix étaient confirmées, a-t-il fait remarquer, la contribution de son pays à ces opérations atteindrait pour la première fois le montant de sa contribution au budget ordinaire des Nations Unies.  Soulignant les efforts de son pays pour soutenir ces opérations, il a indiqué que le Guatemala avait signé le 11 novembre 2003 un Mémorandum d’accord avec l’ONU par lequel il s’engageait à mettre sa disposition des troupes en attente pour les futures opérations.  Par ailleurs, il a souligné l’importance de la coopération entre les Nations Unies et les organisations régionales et la référence que constitue le rapport Brahimi pour le renforcement du Département des opérations de maintien de la paix (DOMP).  Il ne fait aucun doute, a-t-il insisté, que le DOMP devrait continuer à renforcer ses capacités de répondre à des besoins croissants et soudains et d’adopter une nouvelle culture de gestion. 

M. CESAR MAYORAL (Argentine) a fait remarquer qu’au cours des 12 dernières années, a-t-il fait observer à son tour, le monde a assisté à une augmentation substantielle de ces opérations qui, sans être prévues par la Charte de San Francisco, se sont avérées être une réponse efficace aux situations de conflit.  Donnant sa recette du succès, le représentant a d’abord cité une définition claire et précise des mandats ».  Il a appelé le Conseil à limiter « à ce qui est absolument nécessaire » le recours au Chapitre VII.  Les mandats, a-t-il insisté, doivent être adéquats, réalistes, dotés de ressources financières suffisantes, opportuns, efficaces et impartiaux.  Ces mandats, a-t-il encore dit, doivent se fonder sur des informations relatives aux risques et aux défis, et permettre la mise au point de stratégies d’entrée et de sortie réalistes.  La lutte contre les causes profondes d’un conflit doit être l’élément principal du mandat, a ajouté le représentant en précisant que la promotion du développement, des droits de l’homme et de l’état de droit sont les éléments essentiels à la normalisation de toute situation de conflit.  Il a aussi préconisé la coordination des efforts de maintien de la paix entre le Conseil de sécurité, l’Assemblée générale, le Conseil économique et social et le Secrétariat.  Soulignant l’importance capitale des ressources et de la volonté politique en la matière, il a conclu sur les questions de sécurité du personnel et de sa formation, en attirant l’attention sur la création dans son pays de deux centres spéciaux de formation.

M. VSEVOLOD GRIGORE (République de Moldova) a plaidé pour une évaluation des stratégies déployées dans le domaine du maintien de la paix par les Nations Unies.  Alors que nous assistons à une forte demande, nous estimons qu’il est utile de revoir tout le dispositif des Nations Unies dans le domaine des opérations de maintien de la paix, a-t-il dit, ajoutant qu’au-delà des ressources financières et opérationnelles, les capacités de gestion des opérations de maintien de la paix devaient être renforcées.  Nous devons nous assurer que les ressources soient utilisées le mieux possible et que le Département des opérations de maintien de la paix procède au déploiement de contingents et de personnels civils bien formés.  Il a salué à cet égard les documents publiés sur les meilleures pratiques en matière de maintien de la paix.  Il a insisté également sur la poursuite des modules de formation, précisant qu’en dépit de la formation limitée de ses troupes, la République de Moldova était disposée à contribuer aux missions de paix de l’ONU.  Les autorités nationales prennent actuellement les mesures nécessaires pour faire en sorte que les contingents soient formés, a-t-il dit.  Abordant ensuite la question de la protection des personnels déployés dans les opérations de maintien de la paix, le représentant a souhaité à ce titre qu’elle soit renforcée. 

Mme JEANETTE NDHLOVU (Afrique du Sud) a déclaré que la mise en œuvre de mesures politiques, économiques et militaires intégrées devrait être la priorité de la communauté internationale afin de permettre à des sociétés de se relever d'un conflit.  La prévention des conflits devrait en outre être l'objectif principal de la communauté internationale.  Ceci ne pourra l'être qu'en renforçant les mécanismes d'alerte rapide par le biais de la mise en place d'un système d'information partagé entre les pays.  Le maintien de la paix est un exercice difficile, a poursuivi la représentante.  Il est donc essentiel, a-t-elle souligné, d'envisager le maintien de la paix selon une perspective globale de règlement des conflits.  Il devrait être un moyen de créer de meilleures conditions de développement socioéconomique et de bonne gouvernance. 

En outre, l'Afrique du Sud, a ajouté la représentante, accorde une grande importance à la coopération régionale.  Cette dernière ne doit cependant pas exempter les Nations Unies de leurs responsabilités en matière de maintien de paix et de sécurité internationales.  La représentante a en outre appuyé l'idée de créer une mission de maintien de la paix au Burundi.  Cependant, a-t-elle précisé, il est évident que la création d'opérations de paix régionales est limitée par le manque de fonds et de capacités logistiques.  C'est pourquoi, elle a estimé nécessaire de trouver une réponse à la question de savoir comment renforcer la coopération régionale par le biais de la mise à disposition d'une logistique et d'équipement.  Enfin, la représentante a souhaité que le Conseil de sécurité agisse dans l'intérêt de la communauté internationale et non pas de ceux des pays qui prennent les décisions. 

M. PETER TESCH (Australie) a estimé que face à l’augmentation de la demande en matière d’opérations de maintien de la paix, les divers modes de partage du fardeau sont devenus plus importants.  Il a cité, en l’occurrence, les « coalitions de bonne volonté » qui peuvent faire sur le terrain ce que les Casques bleus ne peuvent faire.  Il a aussi estimé que les efforts des pays d’une même région doivent être davantage reconnus.  La multiplication des demandes en matière d’opérations de maintien de la paix, a-t-il insisté, a montré la nécessité de mettre l’accent sur la prévention des conflits.  Il va sans dire, a-t-il estimé, qu’une gestion efficace et rentable des opérations de maintien de la paix est un élément crucial.  En la matière, il a jugé important de développer une réelle coopération avec le Comité spécial des opérations de maintien de la paix et la Cinquième Commission.  Le Conseil doit s’attacher à doter les missions de mandats clairs et bien définis, de ressources adéquates et d’une stratégie de sortie crédible, a-t-il souligné.  Il pourrait y réussir en tenant de véritables consultations avec les pays intéressés et les pays contributeurs de troupes.  Le représentant a conclu en réitérant son souhait de voir les questions de la justice et de l’état de droit placées au centre des missions de l’ONU.  Il a invité les Etats Membres à rester ouverts aux nouvelles idées et solutions comme celles qui pourraient émaner du Groupe de personnalités éminentes sur les menaces et les défis actuels.

M. YERZHAN KH. KAZYKHANOV (Kazakhstan), soulignant que son pays avait honoré ses arriérés de paiement au budget des opérations de maintien de la paix, a indiqué que beaucoup restait à faire pour améliorer les capacités de l’ONU dans ce domaine.  Il a insisté en particulier sur l’amélioration de la capacité de déploiement rapide et sur les questions de sécurité du personnel civil et militaire des opérations de maintien de la paix.  Affirmant que son pays voulait participer plus activement aux missions de maintien de la paix, le représentant a encouragé la poursuite des modules de formation des personnels civils et militaires et plaidé pour la multiplication des centres de formation pour les contingents.  Les récentes opérations de maintien de la paix ont démontré qu’elles avaient un impact positif non seulement dans le domaine politique mais aussi dans les sphères socioéconomiques, a-t-il constaté en conclusion. 

M. ISIKI R. SAVUA (Fidji) a déclaré que toute mission de maintien de la paix devrait strictement observer les objectifs et les principes de la Charte et s'attaquer aux causes profondes des conflits.  Tout nouveau mandat devrait en outre être fondé sur une connaissance approfondie de la situation et une évaluation adéquate des besoins financiers.  A cet égard, étant donné la croissance de la demande en la matière, le représentant a souhaité que de nouvelles méthodologies pour le financement des opérations de maintien de la paix soient définies.  Il a aussi souhaité que des relations de travail plus étroites soient établies entre les pays contributeurs de troupes, les organes du maintien de la paix et le Conseil de sécurité.  Les entités régionales et sous-régionales doivent quant à elle compléter les initiatives des Nations Unies en fournissant, notamment, des troupes.  Profondément préoccupé par les actes de violence continus contre le personnel des Nations Unies, la délégation de Fidji appelle à des mesures appropriées pour garantir la sécurité et la protection du personnel des Nations Unies.  Il faut aussi définir un code de conduite sur le terrain.  L’évaluation de la performance des missions est importante pour éviter notamment les gaspillages financiers, a-t-il conclu. 

M. MARTIN ANDJABA (Namibie) a lui aussi prôné, pour assurer le succès des opérations de maintien de la paix, une appréhension commune des problèmes et une coopération continue entre le Conseil de sécurité, les États Membres et le Secrétariat.  Si le maintien de la paix et de la sécurité internationales relève de la responsabilité première du Conseil, il n’en reste pas moins, a estimé le représentant, que le renforcement des capacités régionales ne peut que compléter les efforts de l’ONU.  Il a jugé important que l’ONU améliore sa capacité de déploiement rapide et qu’en l’occurrence, le Conseil de sécurité dote les missions de mandats clairs et solides qui incluraient la protection des civils et le traitement des causes sous-jacentes des conflits.  Des ressources adéquates doivent être mobilisées et les Casques bleus doivent être dûment équipés, a ajouté le représentant.  Il a fait part de sa préoccupation face aux retards enregistrés dans le déploiement d’une mission au Burundi.  Cette approche sélective, tant de fois dénoncée, compromet la crédibilité du Conseil, a-t-il dit.  Le Conseil doit agir promptement et de la même façon devant toute situation qui menace la paix et la sécurité internationales. 

M. SAMI KRONFOL (Liban) a rappelé que la première mission de paix de l’ONU, l’Organisme des Nations Unies chargé de la surveillance de la trêve (ONUST), avait été appuyée par son pays en 1948, de même que la FINUL, deux décennies plus tard.  Le Liban, a-t-il dit, soutient le maintien de ces deux forces jusqu’à la fin des agressions israéliennes.  Saluant la mémoire des 249 officiers et fonctionnaires civils internationaux tombés dans la région, le représentant du Liban a estimé que la crédibilité des Nations Unies était étroitement liée au renforcement des principes qui guident les opérations de maintien de la paix.  Il est important de renforcer les capacités opérationnelles, financières et humaines des missions de paix, a-t-il dit, soulignant que les dépenses occasionnées par ces efforts seraient moindres comparées aux coûts financiers et humains des guerres.  Toutes les parties aux conflits doivent respecter la sécurité des personnels civils et militaires déployés par les Nations Unies, a-t-il dit, estimant que les pays développés doivent également soutenir en hommes et en moyens logistiques ces opérations de paix de l’ONU.

M. REZLAN ISHAR JENIE (Indonésie) a rappelé l'importance que sa délégation attache au fait que les opérations de maintien de la paix continuent d'observer les objectifs et les principes de la Charte des Nations Unies.  Il a aussi estimé que le rapport Brahimi était arrivé au moment opportun pour relever les défis importants que posaient les multiples missions de maintien de la paix.  Un élément clef du rapport Brahimi a été la mise en place avec succès de l'unité des meilleures pratiques.  Nous devons aujourd'hui garantir que cette unité continue à recueillir les meilleures leçons à tirer des opérations existantes et que ces dernières soient rapidement mises en œuvre, a-t-il dit.  L'Indonésie estime en outre que les Nations Unies devraient tirer le meilleur parti des organisations régionales en matière de paix et de stabilité dans la mesure où ces dernières sont proches du théâtre des conflits et ont une meilleure compréhension des régions.  Enfin, le représentant a fait savoir que sa délégation appuyait l'idée d'évaluer l'efficacité et l'effectivité des mécanismes de planification, d'établissement, de déploiement et de conduite des opérations de maintien de la paix.  Dans le même ordre d'idées, il a estimé important d'évaluer le niveau nécessaire d'appui logistique, financier et politique des opérations de maintien de la paix.

M. PHILIPPE DJANGONÉ-BI (Côte d’Ivoire) a estimé que l’action solidaire de prévention, conduite dans un cadre multilatéral, en appui aux initiatives nationales, dans le respect des règles internationales et avec des stratégies globales et cohérentes, demeure le meilleur moyen et le plus économique de promouvoir une paix durable et d’instaurer un climat favorable à un développement humain aussi bien intégral que durable.  Irremplaçables, les opérations de maintien de la paix des Nations Unies doivent bénéficier de la contribution, du soutien et de l’appui volontaristes de tous les États Membres.  S’il est hautement souhaitable, a dit le représentant, qu’une nation pilote prenne la tête de la coalition chargée d’une mission de la paix, il convient de veiller à faire l’économie de conflits d’intérêts dans le choix de la nation en question et dans celui des hauts responsables de la mission.  L’appui nécessaire et complémentaire de la communauté internationale à la mise en œuvre du processus de paix, que vient justement consolider l’opération de maintien de la paix, doit se faire dans le strict respect de la souveraineté nationale et des institutions établies, hors de toute autre influence que celle de la communauté internationale elle-même.  Le représentant a, à son tour, mis l’accent sur l’importance d’une réelle coopération avec les organisations régionales et sous-régionales.  Le succès d’une opération de maintien de la paix est aussi à ce prix, a insisté le représentant.

M. MILAD ATIEH (République arabe syrienne) a estimé que les opérations de maintien de la paix constituaient le mécanisme le plus important dont disposent les Nations Unies pour le maintien de la sécurité, la réduction des tensions et la supervision des accords de cessez-le-feu après les conflits.  Le Moyen-Orient, qui a été le berceau des opérations de maintien de la paix des Nations Unies, accorde une importance à ce mécanisme, a-t-il dit, soutenant toutefois des solutions plus durables aux conflits qui, dans le cadre du Moyen-Orient, requièrent une inflexion de la politique israélienne.  Le représentant a mentionné ensuite le rôle important du Comité spécial des opérations de maintien de la paix, avant de plaider pour le renforcement du dispositif de déploiement rapide et pour le respect des procédures de remboursement aux pays contributeurs de contingents.  Enfin, il a estimé que les sièges des missions de paix des Nations Unies devaient être protégées plus efficacement et a plaidé à cet effet pour une application stricte de la résolution 1353 (2001). 

M. NEBOJSA KALUDJEROVIC (Serbie-et-Monténégro) s’est félicité qu’un nombre croissant d’opérations de maintien de la paix soient menées en collaboration avec des organisations régionales, ce qui permet à ces missions de mieux faire face aux défis rencontrés et de mieux tenir compte des spécificités du terrain.  Accueillant depuis cinq années une mission de maintien de la paix, à savoir la Mission des Nations Unies au Kosovo (MINUK), la Serbie-et-Monténégro souligne l’importance pour les Nations Unies d’être en mesure d’assurer la sécurité.  Sans sécurité, il ne peut y avoir de stabilité et peu de chance de parvenir à la mise en œuvre d’institutions démocratiques.  Il a tout particulièrement regretté que la sécurité n’ait pu être assurée au Kosovo et au Metohija.  Après des années d’attaques régulières contre les communautés ethniques minoritaires, nous avons observé en mars dernier des violences à motivation ethnique qui ont persisté plus de 48 heures pour aboutir à la mort de nombreuses personnes et à la destruction de villes et villages.  Il a estimé que l’insécurité était exacerbée par la présence d’armes légères au Kosovo, alors qu’une étude menée par le PNUD en 2003 avait conclu à la présence de 330 000 à 460 000 armes, la majorité entrée de façon illicite, dans la société kosovare. 

Il a rappelé que la résolution 1318 (2000) de Conseil de sécurité sur le renforcement du rôle du Conseil dans le maintien de la paix et de la sécurité internationales avait souligné la nécessité de respecter les droits de l’homme et la primauté du droit.  De l’affirmation de l’état de droit peut dépendre le succès ou non d’une opération de maintien de la paix.  Or, s’est-il inquiété, il faut regretter que parmi les 200 personnes arrêtées suite aux violences du mois de mars au Kosovo, peu aient été poursuivies.  Le développement d’une culture d’impunité, a-t-il prévenu, ne pourra qu’exacerber l’insécurité et réduire les possibilités de retour d’un quart de millions de personnes déplacées qui ont fui la province du Kosovo depuis 1999 et l’arrivée de la MINUK.  Si la stabilité à long terme est un des objectifs poursuivis par les opérations de maintien de la paix, alors il faut que les Nations Unies fassent preuve de plus de consistance, améliorant ainsi leur crédibilité en matière de gestion de la protection des droits de l’homme et des minorités. 

M. MURARI RAJ SHARMA (Népal) a souligné que le maintien de la paix n’est pas une panacée mais un instrument de paix.  Une paix durable, a-t-il dit, exige de la communauté internationale qu’elle aide les pays concernés à traiter des causes sous-jacentes des conflits, entre autres, la pauvreté, l’analphabétisme, les maladies ou l’injustice.  La recette d’une bonne opération de maintien de la paix réside dans un bon dosage des ressources humaines, matérielles et financières et dans la mise au point d’un véritable partenariat entre nations impliquées.  Dans ce contexte, le Conseil doit élaborer des mandats conformes à la réalité sur le terrain et dotés d’objectifs réalisables, de stratégies d’entrée et de sortie claires et de calendriers pratiques.  Le représentant a jugé que le Groupe de travail sur les missions intégrées doit non seulement impliquer les départements de l’ONU mais aussi les autres parties prenantes dont les pays contributeurs de troupes.  Le représentant a aussi mis l’accent sur plusieurs domaines.  Il a ainsi souligné l’importance qu’il y a à assurer aux missions un commandement efficace; à renforcer les arrangements relatifs aux forces en attente et la base de Brindisi; de payer en temps voulu les contributions aux missions de l’ONU; de lancer des projets d’impact rapide sur le terrain; de s’attacher aux processus de DDRR et de développer la coopération régionale.  Les Nations Unies doivent préserver leur image d’acteur impartial et objectif dans le domaine de la sécurité et dans les engagements qu’elles prennent, a conclu le représentant.

M. ARMEN MARTIROSYAN (Arménie) a déclaré qu’il était incontestable que les opérations de maintien de la paix avaient beaucoup évolué au cours de la dernière décennie pour passer de missions classiques à des missions complexes et multidimensionnelles intégrant à la fois la gestion du conflit, le renforcement de la confiance, et la construction de la paix après le conflit.  En 2003, pour la première fois, l’Arménie a décidé de participer à une opération de maintien de la paix, celle conduite par l’OTAN au Kosovo (KFOR).  Depuis février 2004, 34 soldats des forces armées arméniennes, intégrés à une unité grecque, prennent part à la Brigade multinationale de maintien de la paix au Kosovo dirigée par les États-Unis.  S’agissant de la gestion de la paix, il a estimé indispensable de tenir compte de la dimension régionale d’un conflit pour la définition d’une opération de maintien de la paix, compte tenu de la réalité transfrontière des groupes armés, de la circulation des armes, des biens et des personnes. 

Notant le caractère multidimensionnel des missions, le représentant arménien a déclaré que le temps était venu de développer des opérations à plusieurs phases avec un développement graduel du maintien à la construction de la paix.  Il faut aussi identifier clairement le stade final d’une mission.  Le représentant a défini les projets à impact rapide comme un moyen de parvenir à une réelle différence dans les vies des gens et donc dans leurs esprits.  La qualité de la planification des opérations est tributaire de la qualité de l’analyse de la situation sur le terrain, des racines et des causes du conflit.  Car l’expérience nous montre qu’une opération ne peut réussir si elle n’est pas capable de prendre en compte les racines et les causes du conflit.  En outre, il a présenté le respect des engagements politiques et financiers des États Membres comme le meilleur moyen d’aider les Nations Unies à préserver les générations futures du fardeau de la guerre. 

M. KIM SAM-HOON (République de Corée) a déclaré que le succès des opérations de maintien de la paix est un élément clef de la crédibilité et de l’efficacité des Nations Unies, a-t-il poursuivi, constatant que les opérations de paix de l’ONU sont de plus en plus complexes et de plus en plus nombreuses, alors que le nombre des pays contributeurs de troupes est en diminution.  Face aux défis auxquels se heurtent les opérations de paix des Nations Unies, un renforcement des capacités de planification et de gestion est nécessaire, a-t-il dit, avant de poursuivre sur la consolidation de la coopération avec les organisations régionales sous la forme de nouveaux partenariats.  De plus, le représentant a souhaité que plus d’États Membres contribuent aux opérations de paix de l’ONU, car actuellement, les Nations Unies sont forcées de concentrer leurs efforts sur quelques situations ne pouvant faire face à une multiplication des missions.  A cet égard, il a recommandé le remplacement de certaines missions par des coalitions, plaidant ensuite pour la promotion de consultations régulières avec les pays contributeurs de troupes. 

Répondant aux commentaires des délégations, le Secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de la paix, M. JEAN-MARIE GUÉHENNO, a estimé que le fait que 43 pays aient participé au débat montre l’importance que les États Membres attachent aux opérations de maintien de la paix de l’ONU.  M. Guéhenno s’est limité à cinq observations.  Il a d’abord souligné que le Secrétariat de l’ONU dont les règles n’ont été conçues que pour des activités au Siège, doit aujourd’hui s’ajuster aux opérations sur le terrain.  Le Département, a-t-il dit, gère quelque 11 000 civils sur le terrain avec des règles et règlements de fonctionnement pas toujours adaptés au travail requis sur le terrain. 

En deuxième lieu, le Secrétaire général adjoint a noté qu’alors que les opérations de maintien de la paix deviennent de plus en plus multifonctionnelles, il est important de ne pas en faire des « fourre-tout ».  Le Département, a-t-il dit, doit être un intégrateur qui s’inspire des capacités de l’ensemble de l’ONU.  La stratégie n’est pas de dupliquer les compétences externes mais de s’assurer que les points d’entrée sont là pour mobiliser toutes les ressources du système et des États Membres.  Sur le terrain, cette fonction d’intégration a été améliorée avec la collaboration entre le Représentant spécial adjoint et le Coordonnateur humanitaire, a fait observer M. Guéhenno qui a ensuite souligné la nécessité d’un partenariat renforcé avec les pays fournisseurs de contingents, les grands bailleurs de fonds, les institutions de Bretton Woods et les organisations régionales.  Le Département, a-t-il affirmé, croit en la transparence et à la nécessité de faire comprendre aux États Membres les besoins et les faiblesses. 

En quatrième lieu, le Secrétaire général adjoint s’est attardé sur l’importance de l’engagement de la communauté internationale.  Les arrangements doivent être pris à l’avance pour mobiliser plus rapidement les ressources.  Il a enfin estimé que le succès nécessite que le déploiement à long terme soit intégré dans une stratégie globale.  Le coût des opérations de maintien de la paix pourrait passer à quatre milliards de dollars, a-t-il reconnu en faisant tout de même observer que cette somme ne représente que 0,5% des dépenses militaires dans le monde.  Si cette somme paraît importante par rapport à l’aide publique au développement (APD), a-t-il dit, il faut reconnaître le lien inextricable entre paix et développement.  Le maintien de la paix est une passerelle fragile vers une paix durable, a-t-il conclu, mais s’il n’est pas ancré dans une stratégie plus générale, l’investissement ne saurait être rentable.  « On a l’impression parfois que la main droite ignore ce que fait la main gauche.  Elle investit dans le maintien de la paix et cet investissement doit être complété par un autre plus vaste ».

Projet de déclaration du Président du Conseil de sécurité sur les opérations de maintien de la paix

Le Conseil de sécurité rappelle qu’il assume la responsabilité principale du maintien de la paix et de la sécurité internationales, et réaffirme son attachement aux objectifs et aux principes inscrits dans la Charte des Nations Unies, en particulier l’indépendance politique, la souveraineté et l’intégrité territoriale de tous les États, dans la conduite de toutes les activités de maintien de la paix et de consolidation de la paix, ainsi que la nécessité pour les États de remplir leurs obligations de droit international.

Le Conseil considère que, comme l’expérience l’a montré, les opérations de maintien de la paix des Nations Unies jouent un rôle décisif dans le maintien de la paix et de la sécurité internationales, parce qu’elles préviennent et maîtrisent les conflits, font respecter les normes internationales et les décisions du Conseil de sécurité et consolident la paix après les conflits.

Le Conseil constate que la charge qui incombe aux missions de maintien de la paix des Nations Unies est de plus en plus difficile et que le mandat qu’il leur confie est de plus en plus complexe, et reconnaît à cet égard la nécessité de poursuivre l’examen des opérations de maintien de la paix des Nations Unies.

Le Conseil constate que, hormis les 14 opérations de maintien de la paix des Nations Unies actuellement en cours, la demande d’opérations de ce genre a récemment augmenté. Il est conscient des difficultés que cela soulève pour le système des Nations Unies, qui doit obtenir des ressources, du personnel et les autres moyens rendus nécessaires par cette demande accrue.

Le Conseil engage les États Membres à faire en sorte que l’Organisation des Nations Unies dispose de tout l’appui politique et financier voulu pour surmonter efficacement ces difficultés, en ne perdant pas de vue les besoins propres à chaque mission ni les incidences sur les ressources humaines et financières de l’Organisation. Le Conseil souligne également qu’il importe de ne compromettre ni les ressources ni la bonne gestion des opérations en cours en répondant à la demande de nouvelles opérations. Parallèlement, il souligne la nécessité de procéder de façon efficace et productive.

Le Conseil invite les États Membres à fournir suffisamment de personnel militaire et civil et de personnel de police compétent, y compris des personnes présentant des qualifications et des compétences spécialisées, en gardant à l’esprit la nécessité d’augmenter la proportion de postes occupés par des femmes à tous les niveaux de décision, et à offrir un appui logistique et administratif pour que les multiples opérations puissent commencer dans les meilleures conditions et s’acquitter avec efficacité de leur mandat. Le renforcement et l’utilisation rationnelle et efficace des capacités du Secrétariat sont un aspect décisif de la réponse qui sera donnée à cet appel.

Le Conseil souligne aussi la nécessité d’améliorer la planification intégrée des missions et de renforcer la capacité de déploiement rapide du personnel et du matériel pour assurer l’efficacité du démarrage des opérations de maintien de la paix. Il est indispensable de réapprovisionner en volume et en temps voulus les stocks stratégiques pour déploiement rapide pour répondre à la demande actuelle et parer à la demande à venir.

Le Conseil reconnaît la nécessité de coopérer, le cas échéant, avec les organisations régionales et sous-régionales et les mécanismes multinationaux associés aux opérations de maintien de la paix, conformément aux dispositions du Chapitre VIII de la Charte des Nations Unies, afin d’harmoniser les conceptions et de conjuguer les capacités avant et pendant le déploiement des missions de maintien de la paix des Nations Unies et après leur retrait.

Le Conseil admet qu’il lui incombe de confier aux missions de maintien de la paix un mandat clair, réaliste et réalisable. Il apprécie à cet égard la qualité des évaluations et des recommandations du Secrétariat, qui lui permettent de prendre des décisions avisées quant à l’ampleur et à la composition, au mandat et au déroulement des nouvelles opérations de maintien de la paix, ainsi qu’à l’effectif et à la composition de leur force.

Le Conseil pense qu’il est nécessaire de renforcer les liens entre ceux qui planifient les opérations de maintien de la paix, en définissent le mandat et les administrent et ceux qui mettent ce mandat à exécution. Avec leur expérience et leurs compétences, les pays fournisseurs de contingents peuvent apporter une contribution importante au travail de planification et l’aider à prendre à temps des décisions appropriées et efficaces concernant les opérations de maintien de la paix. Il reconnaît à cet égard que les réunions et les mécanismes créés par sa résolution 1353 (2001) facilitent utilement les consultations.

Le Conseil reconnaît que les contributions aux opérations de maintien de la paix viennent aussi d’autres pays que ceux qui fournissent des contingents, pays dont il faudrait également prendre les vues en considération lorsqu’il y a lieu.

Le Conseil souligne que, dans des circonstances difficiles, les soldats de la paix des Nations Unies peuvent avoir besoin de règles d’engagement vigoureuses et de moyens militaires suffisants pour s’acquitter de leur mandat et, au besoin, se défendre. Il considère que, dans tous les cas, la sécurité de tous les membres du personnel de l’ONU est prioritaire. Il souligne à cet égard qu’il est important de renforcer les capacités de recherche et de gestion du renseignement sur le terrain.

Le Conseil prend note des efforts faits récemment pour mieux coordonner les missions déployées dans des pays voisins et encourage les représentants spéciaux du Secrétaire général à rechercher les synergies pour que les opérations déployées dans une même région ou sous-région soient gérées avec efficacité.

Le Conseil souligne la nécessité d’évaluer périodiquement la taille, le mandat et la structure des opérations en cours afin de leur apporter les modifications qui s’imposent, y compris, s’il y a lieu, sous forme de réduction d’effectifs, en fonction des progrès réalisés. Il encourage la communauté internationale à rester attachée à la consolidation et au maintien de la paix sur le terrain, pendant la mission et après son achèvement.

Le Conseil reconnaît l’importance d’une perspective sexospécifique dans les opérations de maintien de la paix, sous forme notamment d’une sensibilisation des soldats de la paix aux sexospécificités, conformément à sa résolution 1325 (2000), ainsi que l’importance que revêt la protection des enfants dans les conflits armés, conformément à sa résolution 1379 (2001).

Le Conseil reconnaît que les zones ayant connu un conflit présentent un risque accru d’épidémie de maladies contagieuses et de certaines activités criminelles. Il salue les efforts que fait le Secrétariat pour sensibiliser le personnel de maintien de la paix à la prévention du VIH/sida et autres maladies contagieuses, conformément à sa résolution 1308, et l’encourage à continuer d’appliquer ses directives en matière de prostitution et de trafic.

Le Conseil considère que, pour être efficaces, les opérations de maintien de la paix doivent s’inscrire dans une stratégie générale de consolidation et de maintien de la paix. Il souligne à cet égard la nécessité d’assurer d’emblée la coordination, la cohérence et la continuité des différents volets de cette stratégie, en particulier entre le maintien de la paix et la consolidation de la paix. À cette fin, il encourage tous les organismes, fonds et programmes des Nations Unies compétents, les institutions financières internationales, les organisations régionales et sous-régionales et le secteur privé à coopérer plus étroitement. Assurer une paix durable à l’issue d’un conflit peut nécessiter l’appui soutenu de l’Organisation des Nations Unies et de ses partenaires dans l’action humanitaire et le développement.

Le Conseil constate que la formation joue dans les opérations de maintien de la paix un rôle de plus en plus déterminant et pense qu’il faut mettre à profit les connaissances des pays fournisseurs de contingents expérimentés. Il encourage la coopération et le soutien sur le plan international en faveur de la création de centres de formation au maintien de la paix offrant une large gamme de possibilités de formation aux pays qui fournissent ou qui vont fournir des contingents.

Le Conseil sait que, pour répondre aux exigences de missions de maintien de la paix des Nations Unies plus nombreuses, l’Assemblée générale, les États Membres des Nations Unies, le Secrétaire général et lui-même devront faire des efforts concertés pour que les ressources financières et opérationnelles nécessaires soient disponibles. Il est en faveur de consultations de suivi sur l’augmentation de la demande et invite le Secrétaire général à présenter périodiquement et en temps utile aux États Membres une évaluation de l’évolution des besoins et des lacunes du maintien de la paix, afin de cerner les défaillances graves et les besoins non satisfaits et de définir les mesures nécessaires pour y remédier.

Le Conseil souligne l’utilité du rôle joué par son groupe de travail sur les opérations de maintien de la paix dans le processus de consultation engagé à différents stades de ces opérations. Il l’invite à prêter une attention particulière dans l’année à venir aux questions relatives à l’augmentation de la demande d’opérations de maintien de la paix des Nations Unies et à lui faire rapport comme il y aura lieu.

Le Conseil rend hommage à toutes les femmes et à tous les hommes qui ont participé et continuent à participer aux opérations de maintien de la paix des Nations Unies, dont il salue la conscience professionnelle, le dévouement et le courage. Il rend également hommage à la mémoire de ceux qui ont perdu la vie en servant l’Organisation des Nations Unies et la noble cause de la paix.

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