CONSEIL DE SECURITE: LA POSSIBILITE D’UNE NOUVELLE VAGUE DE VIOLENCE AU KOSOVO EST REELLE, PREVIENT LE SECRETAIRE GENERAL ADJOINT AUX OPERATIONS DE MAINTIEN DE LA PAIX

13 avril 2004
CS/2656

CONSEIL DE SECURITE: LA POSSIBILITE D’UNE NOUVELLE VAGUE DE VIOLENCE AU KOSOVO EST REELLE, PREVIENT LE SECRETAIRE GENERAL ADJOINT AUX OPERATIONS DE MAINTIEN DE LA PAIX

13/04/2004
Communiqué de presse
CS/2656


Conseil de sécurité

4942e séance – matin


CONSEIL DE SECURITE: LA POSSIBILITE D’UNE NOUVELLE VAGUE DE VIOLENCE AU KOSOVO EST REELLE, PREVIENT LE SECRETAIRE GENERAL ADJOINT AUX OPERATIONS DE MAINTIEN DE LA PAIX


Quelques semaines après la vague de violence ethnique au Kosovo qui, du 17 au 20 mars a fait 19 morts et 954 blessés parmi les civils et a entraîné la fuite de 4 100 autres, le Secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de la paix, Jean-Marie Guéhenno, a présenté son analyse des événements et conclu que « les attaques menées par les extrémistes kosovars albanais contre les communautés kosovares serbes, rom et askali étaient organisées et de large envergure.  La situation d’ensemble à l’heure actuelle est calme mais tendue et la possibilité de nouvelles violences est réelle », a t-il déclaré.


Si Jean-Marie Guéhenno s’est félicité de la réaction du Premier Ministre du Kosovo qui a appelé à la fin de la violence, il a qualifié d’ambivalente la réaction initiale de certains dirigeants des Institutions provisoires du Kosovodont certains ont approuvé et justifié une telle violence.  De même, la société civile albanaise ne s’est pas mobilisée de manière responsable.  Jean-Marie Guéhenno a demandé que soient identifiés les fonctionnaires, tant au niveau local que central, qui ont fourni un soutien actif ou passif aux extrémistes et qui ont exploité les événements pour promouvoir l’intolérance.  Le rôle des officiers de police du Kosovo qui auraient pu participer aux violences fera l’objet d’une enquête approfondie, a –t-il également assuré.


Pour la majorité des intervenants, de tels évènements ont constitué un revers sérieux au processus d’édification d’une société multiethnique démocratique au Kosovo.  La plupart des délégations ont réitéré leur appui au Plan d’application des normes pour le Kosovo, adopté le 30 mars dernier.  Le principe des « normes avant le statut », repose sur une série de huit repères de performance à atteindre dans des domaines comme le fonctionnement d’institutions démocratiques, la primauté du droit, le retour des réfugiés et personnes déplacées.  Les participants ont insisté notamment sur la nécessité de combattre l’extrémisme politique et de promouvoir le développement économique du Kosovo. 


Pour le représentant de la Fédération de Russie, l’introduction de normes démocratiques, sans s’attaquer aux factions responsables du nettoyage ethnique, est tout à fait inadapté.  Une analyse à laquelle s’est rallié le représentant de la Serbie-et-Monténégro qui a jugé difficile d’envisager la réalisation rapide et sans heurts d’une société kosovare telle qu’évoquée dans les normes pour le Kosovo et le Plan d’application des normes.  De son côté, le représentant de l’Allemagne a invité la communauté internationale à essayer de comprendre pourquoi la haine demeure si forte au Kosovo et à réfléchir à ce qui peut être fait pour aider les communautés à se réconcilier.


Outre ceux déjà cités, les représentants des pays suivants ont également pris la parole: Royaume-Uni, Algérie, Roumanie, Brésil, Philippines, Angola, Bénin, France, Espagne, Chili, Pakistan, Chine, Etats-Unis, Irlande au nom de l’Union européenne, Japon et Albanie.


RÉSOLUTIONS 1160 (1998), 1199 (1998), 1203 (1998), 1239 (1999) ET 1244 (1999) DU CONSEIL DE SÉCURITÉ


Déclarations


M. JEAN-MARIE GUEHENNO, Secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de la paix, a axé son intervention sur les récents actes de violence qui ont secoué le Kosovo au mois de mars.  La mort par balle d’un jeune homme de la communauté serbe le 15 mars dans le village de Caglavica et la mort par noyade de deux enfants albanais du Kosovo -dans des circonstances qui n’ont pas encore été établies-, ont ranimé les actes de violence.  Les manifestations qui ont suivi, bien que spontanées en apparence, ont rapidement été instrumentalisées par des éléments souhaitant le départ de la communauté serbe.  En deux jours de violence 19 personnes ont perdu la vie et 954 personnes ont été blessées au cours des émeutes, de même que 65 policiers de la MINUK, 58 membres du Service de police du Kosovo et 61 soldats de la KFOR.  730 maisons, presque toutes appartenant aux minorités serbes ont été brûlées, plus de 150 véhicules de la MINUK ont été détruits ou endommagés.  La situation d’ensemble au Kosovo est calme mais tendue et la possibilité de nouveaux incidents violents est réelle. 


L’attaque menée par les extrémistes kosovars albanais contre les communautés kosovares serbes, roms et ashkalis était organisée et de large envergure.  Des biens ont été détruits, les communautés ont été encerclées, menacées, et ont dû quitter leur foyer, à la suite de quoi leurs maisons ont été incendiées.  Un village serbe du Kosovo dans le sud de Mitrovica a également été détruit, tandis que 36 églises, monastères et autres sites religieux orthodoxes serbes, dont une résidence épiscopale ont été brûlés.  Les attaques ne visaient pas seulement des lieux de culte, mais également un patrimoine mondial qui était resté intact tout au long de l’histoire.  Nous regrettons également la mise à feu de mosquées par des extrémistes serbes à Belgrade.


La flambée de violence a eu un impact sur le rythme des retours, donnant un coup d’arrêt aux récents progrès dans ce domaine, a poursuivi M. Guéhenno.  Avec le Haut Commissariat aux réfugiés, la MINUK a agi rapidement pour stabiliser la situation des personnes déplacées, au nombre de 4 100.  La priorité est maintenant d’aider ceux qui se préparent à retourner.  La réaction initiale des dirigeants des institutions provisoires a été ambivalente.  Si nous devons nous féliciter de la réaction du Premier Ministre qui a demandé la fin de la violence, les autorités du Kosovo ont choisi de mettre l’accent sur la mort par noyade des deux enfants albanais du Kosovo en accusant les Serbes alors que le bien-fondé de telles accusations n’avait pas et n’a toujours pas été établi.  D’autres membres de l’Autorité transitoire, tels que des ministres, des présidents d’assemblées municipales ont approuvé et justifié une telle violence.  


La société civile albanaise ne n’est pas mobilisée de manière responsable pour dénoncer cette violence.  Ce n’est qu’avec les pressions exercées par la communauté internationale que les représentants de l’Autorité transitoire ont finalement condamné les actes de violence, mais tout en omettant de condamner les attaques commises à l’encontre de la communauté serbe.  Il faut toutefois relever que les autorités de Belgrade ont joué un rôle constructif pour renverser la vague de violence.  Regrettant la destruction des mosquées, elles ont promis de les reconstruire.


Les mesures prises par les dirigeants des institutions transitoires du Kosovo sont louables et doivent être encouragées, bien qu’elles aient été tardives et adoptées sous la pression extérieure, elles ne sont pas suffisantes.  Il faut identifier les fonctionnaires, tant au niveau local que central, qui ont fourni un soutien actif ou passif aux extrémistes qui ont exploité les événements pour promouvoir l’intolérance au Kosovo.


Le Représentant spécial du Secrétaire général, M. Holkeri, a agi sur plusieurs fronts, a rappelé M. Guéhenno.  Sur le plan politique, il a convoqué les dirigeants kosovars, leur demandant de lancer un appel pour une cessation immédiate de la violence, en coopération avec le commandant de la KFOR.  Sur le front opérationnel, la MINUK et la KFOR ont établi une équipe de crise de haut niveau, chargée de coordonner les actions pour le rétablissement d’un environnement sûr.  Remerciant l’OTAN pour la rapidité et la détermination de sa réponse à la crise, M. Guéhenno s’est félicité de sa décision de maintenir des troupes additionnelles sur place.


La MINUK mène des enquêtes sur le terrain, qui ont conduit à 183 arrestations pour des faits de violence.  Toutefois, au vu de l’ampleur de ces actes de violence, des moyens supplémentaires seront nécessaires, a-t-il indiqué, en faisant état du besoin de 100 enquêteurs de plus.  Par ailleurs, le rôle des officiers de police du Kosovo qui auraient pu participer aux violences fera l’objet d’une enquête approfondie.  La brutalité et l’ampleur de ces événements démontrent que le Kosovo a encore un long chemin à parcourir sur la voie d’une société multiethnique.  Ce qu’il faut à présent, c’est remettre le processus sur ses rails, et c’est l’objet du lancement du Plan de mise en œuvre des normes pour le Kosovo par M. Holkeri, aux côtés du Premier Ministre Rexhepi.  Des mesures correctives ont été prises au sein de la MINUK.  Au delà des conséquences des violences, il faut maintenant s’attaquer à leurs causes: les dirigeants du Kosovo porteront la responsabilité de leurs actes à cet égard.  La violence ne sera pas récompensée, a déclaré M. Guéhenno.


M. ADAM THOMSON (Royaume-Uni) a conclu que le Kosovo avait encore un long chemin à parcourir avant de pouvoir édifier une société tolérante.  Nous devons tirer les leçons des évènements qui se sont produits du 17 au 24 mars dernier.  La violence du mois dernier est un grave revers aux efforts de la communauté internationale.  Nous pensons cependant qu’il est encore possible d’ériger une société multiethnique au Kosovo.  Plusieurs défis importants se posent à la KFOR, à la MINUK et à la communauté internationale.  Il faut décourager la violence et assurer la sécurité de la minorité serbe, s’attaquer aux extrémistes politiques, mettre au point une meilleure stratégie d’action publique pour faire cesser les rumeurs avant qu’elles ne se propagent; créer des médias responsables et assurer la pérennité des actions prises en faveur de la multiethnicité.  Des mesures doivent être prises pour assurer l’application du principe des normes avant le statut.  La MINUK doit tisser des liens de coopération avec les dirigeants locaux et les responsables politiques doivent accepter le processus en cours.  Nous devons également insister sur la situation économique au Kosovo, la majorité des auteurs d’actes de violence étant des jeunes au chômage.  Le cadre politique d’évaluation des normes est le meilleur moyen de progresser.  Discuter maintenant du statut final du Kosovo ne fera qu’encourager les extrémistes.


M. ABDALLAH BAALI (Algérie) s’est félicité du lancement du plan de mise en œuvre des « normes pour le Kosovo », produit de l’étroite collaboration entre la MINUK et les institutions provisoires kosovares.  Ma délégation, a-t-il précisé, se réjouit de voir le plan clairement répartir les responsabilités de la mise en œuvre de ces normes et bien définir les tâches que les institutions provisoires autant que la MINUK se doivent d’accomplir dans les délais fixés.  Les avancées enregistrées dans la concrétisation des huit objectifs ouvriront de nouvelles perspectives au Kosovo.  La MINUK et les institutions provisoires devront appliquer totalement les huit normes avant de procéder à une évaluation générale des progrès réalisés à la mi-2005.  Les évènements du mois de mars ont brutalement rappelé l’urgence d’œuvrer à la création d’une société multiethnique et tolérante qui doit demeurer l’objectif prioritaire.  Le dialogue et la confiance entre les communautés aideront le Kosovo à parvenir à la réalisation des normes et à accélérer le rythme du processus qui conduira au statut final.  Tant que ces éléments feront défaut, il sera difficile d’assurer la pleine participation de toutes les communautés aux institutions et à la gestion de la vie politique et le démantèlement des structures parallèles, comme il sera difficile d’assurer la liberté de mouvement et le retour des personnes déplacées.  C’est pourquoi, il est nécessaire que l’application de la politique des normes avant le statut et l’édification d’un Kosovo prospère, démocratique, tolérant et multiethnique soient soutenus politiquement et financièrement par la communauté internationale. 


M. MIHNEA MOTOC (Roumanie) a exhorté les habitants du Kosovo et leurs dirigeants politiques à travailler à la construction d’un futur où la violence serait inconcevable.  La Roumanie félicite les hommes et les femmes de la KFOR ainsi que le personnel des Nations Unies pour avoir mis un arrêt aux actes de violence commis du 17 au 20 mars dernier.  Le représentant a également félicité le Gouvernement de Serbie-et-Monténégro pour la manière dont il a fait face à cette situation douloureuse.  La Roumanie appuie les mesures fermes prises par la communauté internationale au Kosovo afin de rétablir la stabilité, renforcer la sécurité et la protection de toutes les communautés ainsi que leurs sites religieux, historiques et culturels.  Le représentant a également exhorté les institutions provisoires de l’administration autonome à adhérer pleinement et sans conditions à un Kosovo multiethnique dans le respect des droits de l’homme et de toutes les minorités.  Le représentant s’est félicité du lancement du Plan d’application des normes du Kosovo le 31 mars dernier en présence du Représentant spécial M. Harri Holkeri et du Premier Ministre M. Bajram Rexhepi.  Il a aussi indiqué que son pays soutenait fermement le principe des « normes avant le statut » car il est profondément convaincu que l’état de droit, la tolérance et la démocratie ne sont pas simplement des vertus intellectuelles, mais aussi des conditions pour l’édification d’une vie meilleure et stable.  Enfin, le représentant s’est félicité de la lettre des dirigeants du Kosovo du 2 avril dernier dans la mesure où elle montre leur engagement et leur compréhension des défis qui se posent à la reconstruction du Kosovo.


M. RONALDO MOTA SARDENBERG (Brésil) a déclaré que les efforts de la MINUK et de la KFOR avaient permis d’obtenir de bons résultas sur le terrain, mais qu’après cinq années de travail, l’éruption de violence démontrait que l’extrémisme et le séparatisme étaient toujours actifs.  Le représentant a déploré l’escalade de la violence et la prise pour cible des soldats de la KFOR et de la police civile de la MINUK.  La création d’un organe d’enquête indépendant pour évaluer la situation peut apporter des suggestions utiles.  Nous restons conscients de la fragilité de la situation sur le terrain, a-t-il déclaré.  L’objectif d’un Kosovo stable, démocratique et pacifique ne peut être atteint que par une action conjointe.  A cet égard, M. Mota Sardenberg a salué le lancement du Plan de mise en œuvre des normes pour le Kosovo.  Le rétablissement de l’ordre public en est une priorité et, dans ce contexte, l’entrée en vigueur du Code pénal et du Code de procédure pénale au Kosovo constitue une évolution positive. 


M. LAURO BAJA (Philippines) a regretté les actes de violence commis au Kosovo ces derniers jours tout en saluant les efforts du Représentant du Secrétaire général pour rétablir l’état de droit.  Il a souhaité des précisions sur les allégations faisant état d’activités importantes menées par des groupes criminels organisés au Kosovo.  La province serait également le centre d’activités d’Al-Qaida.  Une stratégie efficace de communication dirigée en faveur de la population du Kosovo est indispensable pour établir des liens entre les deux communautés, a insisté le représentant.  Il a demandé dans quelle mesure les groupes ethniques, et non pas seulement les dirigeants politiques, ont accepté le concept des normes avant le statut.  Les populations elles-mêmes doivent avoir le sentiment que la stratégie mise en place par la MINUK leur appartient.


M. ISAMEL ABRAAO GASPAR MARTINS (Angola) a rendu hommage aux efforts de la MINUK et de la KFOR.  La paix dans les Balkans dépend de plus en plus de la réussite du Plan d’application des normes.  Des défis sérieux restent à surmonter, comme en témoigne la recrudescence de la violence.  L’absence de sécurité demeure préoccupante.  Le rythme des retours, la tolérance, la situation économique sont interdépendants; mais des progrès ne pourront être réalisés que par la mise en œuvre stricte du Plan.  L’ordre public demeure un objectif clef du processus de paix: l’impartialité des institutions doit s’accompagner d’un respect des droits de l’homme.  Il faut mettre fin à l’impunité dont jouissent les auteurs de crimes, et la mise en place d’une police véritablement multiethnique est essentielle.  Les dirigeants politiques à tous les niveaux doivent s’atteler à la création d’une société de tolérance, avec les membres des institutions provisoires.  Une coopération avec les autorités de Belgrade sera à cet égard utile.


M. JOEL ADECHI (Bénin) a salué la prompte réaction de la KFOR et de la MINUK qui a permis de stabiliser la situation au Kosovo.  Il a condamné les actes de violence et la destruction délibérée des biens culturels du Kosovo.  Il est impératif, a-t-il insisté, que les auteurs de tels actes soient traduits en justice.  Nous saluons le Plan de mise en œuvre des normes avant le statut final adopté le 30 mars dernier ainsi que l’effort de révision des politiques au regard des violences tragiques du mois dernier.  La nécessité d’inclure les institutions provisoires dans ce processus s’est d’ailleurs traduite par la création d’un fonds de reconstruction et l’adoption prochaine d’un texte sur les droits de propriété pour encourager le retour des réfugiés permettra d’accélérer le rythme des retours.  La haine ethnique et le maintien des structures parallèles dans la province constituent l’un des obstacles principaux auxquels doivent faire face la KFOR et la MINUK, a rappelé le représentant, soulignant que les élections prévues pour le mois d’octobre prochain doivent impérativement se dérouler dans des conditions de transparence.  La possibilité d’inclure dans ce processus les personnes déplacées et des réfugiés ajoutera à la validité du processus électoral.


M. GENNADY GATILOV (Fédération de Russie) a déclaré que son pays était profondément inquiet de la situation au Kosovo.  L’explosion brutale de violence témoigne d’une politique voulue d’épuration ethnique.  Malheureusement, les signes avant-coureurs de cette situation n’ont pas donné lieu à des mesures adéquates.  La non-exécution de la résolution 1244 du Conseil de sécurité est à la base de cette situation, ainsi que le comportement des autorités sur le terrain, qui « prennent leurs désirs pour des réalités », a déclaré le représentant.  L’introduction de normes démocratiques, non accompagnée de l’imposition de peines contre les factions responsables du nettoyage ethnique, est tout à fait inadaptée.  Un contrôle plus strict doit être établi sur les Institutions transitoires, et il faut procéder à la collecte des armes illégales, qui abondent.  Nous sommes surpris d’entendre plaider pour l’accélération du processus politique.  Nous avons été abasourdis par la déclaration de M. Holkeri, selon laquelle l’ONU aurait déjà une date pour l’examen du règlement de la question.  Cela paraît tout à fait déplacé à l’heure actuelle.  Nous sommes convaincus que ce plan doit être fondamentalement refondu, pour renforcer les dispositions relatives aux droits des minorités ethniques et à la liberté de circulation.  Des solutions alternatives doivent être évaluées, notamment par la décentralisation des autorités de gouvernement, qui garantiraient en droit et non plus seulement en paroles les conditions d’une société multiethnique.  La Russie est prête, en coopération avec ses partenaires et avec l’Union européenne, à œuvrer pour remédier à la tragédie intervenue dans les Balkans.  Le représentant de la Russie a réitéré son attachement à la résolution 1244 du Conseil de sécurité.


M. MICHEL DUCLOS (France) a qualifié les évènements du mois de mars de coup dur pour le processus soutenu par la communauté internationale au Kosovo.  Il nous faut procéder à un examen de conscience collectif, la principale leçon tenant au fait qu’aujourd’hui encore la place des forces extrémistes demeure importante dans la société kosovare.  Il nous faut faire des efforts renouvelés pour isoler ces forces extrémistes.  Nous sommes en faveur d’un processus de révision de l’action de la communauté internationale, la MINUK ayant donné l’impression d’avoir été prise par surprise.  Nous pouvons nous interroger également sur la nature du dispositif économique sur place, tant il est certain que les grandes difficultés dans ce domaine ont contribué aux violences.  Il faut dans un premier temps rassurer la minorité serbe, faire en sorte de reconstruire les biens détruits, mettre en œuvre une politique facilitant le retour des personnes souhaitant revenir chez elles et traduire en justice les auteurs des actes de violence.  Les autorités provisoires du Kosovo doivent faire preuve de maturité tant elles sont comptables du rétablissement d’un climat propice aux progrès au Kosovo.  Nous nous félicitons dans ce cadre de la lettre ouverte rédigée par les institutions provisoires.  Nous prenons note du Plan d’application des normes présenté le 30 mars qui doit accorder un certain relief aux droits de l’homme et droits des minorités et ne doit laisser aucun ambiguïté sur la nature du rendez-vous pris en 2005 qui doit mener à une discussion sur le statut final.  Le représentant a jugé utile l’adoption d’une déclaration présidentielle qui soit une condamnation des violences et un message d’espoir pour l’avenir.


Mme ANA MARIA MENENDEZ (Espagne) s’est associée à la déclaration faite par l’Irlande, au nom de l’Union européenne.  L’Espagne condamne sans réserves les actes de violence à l’encontre des civils et des lieux de culte, et contre la KFOR et la MINUK.  Il faut tout faire pour garantir les droits de toutes les minorités au Kosovo.  Les auteurs de ces actes doivent savoir que la force ne peut jamais servir de moyen pour réaliser des objectifs politiques, a-t-elle déclaré.  Les événements du mois de mars dernier constituent une atteinte grave au Plan de mise en œuvre des normes avant le statut du Kosovo, et on ne saurait continuer comme si tout allait bien.  Cela vaut en particulier pour le retour des personnes déplacées et des réfugiés et pour la liberté de circulation.  Les institutions de transition doivent assumer la responsabilité définie par leur mandat principal, à savoir le respect de l’ordre public.


M. CRISTIÁN MAQUIEIRA (Chili) a fait part de sa grande inquiétude devant les actes de violence commis au Kosovo.  Nous devons empêcher que l’impunité s’ancre au Kosovo, a souligné le représentant.  La délégation chilienne, a-t-il dit, encourage un processus d’évaluation de la crise pour éviter que ces actes odieux se répètent.  Le Plan de mise en œuvre des normes avant le statut adopté le 30 mars dernier est un progrès important car il prévoit un Kosovo multiethnique démocratique.  Pour cela, la coopération de Belgrade est essentielle.  Sans liberté de déplacement et retour des réfugiés, sans dialogue entre Belgrade et Pristina, la mise en œuvre des normes avant le statut ne sera pas possible, a conclu le représentant.


M. MUNIR AKRAM (Pakistan) a condamné les actes de violence qui ont fait au moins 19 victimes, ainsi que la destruction des sites culturels kosovars.  Il a rendu hommage au rôle de M. Holkeri pour mettre fin aux violences, et a soutenu sa demande concernant la fourniture de policiers et de personnel supplémentaires sur le terrain.  Le Pakistan, souvent isolé au Conseil de sécurité, a depuis longtemps appelé à prêter une attention plus importante à la sécurité et au statut final, a déclaré son représentant.  La clef de la paix et de la prospérité passe par une clarification du statut final du Kosovo, a-t-il souligné.  Comme l’a indiqué M. Holkeri, les normes ne constituent pas un obstacle à l’avenir du Kosovo.  Le Pakistan soutient le Plan de mise en œuvre des normes avant le statut qui doit être assuré par les institutions transitoires.  L’absence de certaines parties, a espéré le représentant, ne sera pas invoquée à un stade ultérieur pour en refuser l’application.  Le défaut de soutien par une quelconque partie pour retarder l’application de ces normes ne doit pas être accepté; la barre ne doit pas être mise très haut afin que la plupart des pays, y compris au sein de l’Union européenne, ne puissent rencontrer de difficultés dans l’application des mesures.  Le Pakistan est prêt à participer à l’élaboration de la déclaration présidentielle qui doit être prononcée à l’issue de cette séance.  Il serait bon que des consultations plus larges soient menées à cet égard et que l’acquiescement des autres membres du Conseil ne soit pas tenu pour acquis.


M. ZHANG YISHAN (Chine) a condamné la violence à grande échelle entre les différentes communautés ethniques qui a profondément sapé le processus de paix au Kosovo et les efforts de la communauté internationale.  Nous déplorons de tels actes à l’encontre des Serbes du Kosovo et la destruction des lieux de culte, a déclaré le représentant.  Le Plan de mise en œuvre des normes avant le statut devrait permettre au Kosovo de réaliser des progrès sur tous les plans, a-t-il souligné.  La violence n’agit dans l’intérêt de personne.  C’est pourquoi la Chine estime que Belgrade et Pristina doivent renouer leur dialogue.


M. JAMES CUNNINGHAM (Etats-Unis) s’est associé aux autres membres du Conseil pour condamner les actes de violence commis au Kosovo.  Ces actes, a-t-il rappelé, ne peuvent conduire qu’à une impasse.  M. Cunningham a exprimé ses condoléances aux familles des victimes, notant avec satisfaction que la MINUK et la KFOR avaient déjà procédé à des arrestations.  La plupart des dirigeants des institutions transitoires, notamment M. Rexhepi, ont agi de façon responsable.  La poursuite des destructions a pu être entravée par la KFOR, mais il faut espérer que la reconstruction pourra être menée à bien.  Ces événements ne sauraient entraver le processus en cours, a-t-il déclaré, réitérant sa conviction que le processus politique ne pourra aboutir avant la création d’un climat de sécurité durable.  Mais il n’est pas possible de continuer comme si de rien n’était.  Les efforts doivent être axés sur le rétablissement de l’ordre public et la reconstruction; le renforcement des autorités locales est aussi important.  Si la population du Kosovo est prête à aller de l’avant sur la base des normes avant le statut, les Etats-Unis seront disposés à la soutenir, a indiqué le représentant.


M. GUNTER PLEUGER (Allemagne) a rappelé que les violences du mois dernier au Kosovo avaient incité l’ensemble des parties prenantes –tant les dirigeants politiques locaux que la communauté internationale- à évaluer en profondeur les politiques menées dans cette province et à en tirer les leçons.  Il ne s’agit pas aujourd’hui d’abandonner le projet qui consiste à bâtir un Kosovo démocratique et tolérant, a poursuivi le représentant, mais bien de définir les exigences que nous devons imposer aux parties afin de juguler l’extrémisme et de réaliser notre objectif.  Selon M. Pleuger, les dirigeants politiques du Kosovo doivent redoubler d’efforts pour assurer la protection des minorités, bâtir une société multiethnique, isoler les extrémistes, les punir et accorder des réparations aux victimes des récents actes de violence.  Toutes les maisons et églises qui ont été détruites doivent être reconstruites.  De son côté, la communauté internationale doit, elle, réaffirmer sa détermination à protéger les minorités.  La présence de troupes et de la police civile ainsi que celle d’une administration civile seront maintenues à un niveau approprié jusqu’à ce que les Kosovars puissent vivre en paix et en sécurité.  Le représentant a estimé que la communauté internationale doit aussi essayer de comprendre pourquoi la haine demeure si forte au Kosovo et réfléchir à ce qui peut être fait pour aider les communautés à se réconcilier. 


Mme ROKSANDA NINCIC (Serbie-et-Monténégro) a déclaré que les efforts visant à transformer l’Ouest des Balkans en une région de stabilité et de progrès ont subi un grave recul, du fait des actes de violence orchestrée, d’intimidation et de nettoyage ethnique commis par les extrémistes et terroristes albanais du Kosovo.  La Serbie-et-Monténégro prend note de l’annonce faite par M. Holkeri de mesures visant à traduire en justice les auteurs de ces actes.  En cinq ans d’administration internationale du Kosovo et Metohija, la situation a amplement démontré qu’une culture d’impunité pour les actes violence ethnique ne saurait être acceptée.  Depuis juin 1999, la communauté serbe et autres communautés ethniques ont été exposées à des attaques quotidiennes et à des actes d’intimidation par des extrémistes de la population majoritaire du Kosovo; ce n’est pas seulement la préservation des droits de la communauté serbe, mais véritablement sa survie qui est en jeu.  Dans ces conditions, a déclaré Mme Nincic, il est difficile d’envisager la transition rapide et sans heurts évoquée dans les normes pour le Kosovo et dans le Plan d’application des normes.  Ces documents n’apportent tout simplement pas les garanties requises pour la survie de la communauté serbe dans la province, sans parler des retours.  Le Gouvernement de Serbie-et-Monténégro et le Gouvernement de la Serbie sont opposés à la modification des frontières dans les Balkans, ayant été témoins des conséquences des 10 dernières années et conscients de celles qui pourraient suivre à l’avenir.  Nous attendons un avenir marqué par l’intégration plutôt que par la désintégration.  Il sera important à cet égard de relancer le dialogue entre Belgrade et Pristina, a estimé le représentant.


M. RICHARD RYAN (Irlande), s’exprimant au nom de l’Union européenne, des pays candidats et des pays associés, a réitéré que l’Union européenne condamne fermement les récentes violences ethniques au Kosovo, et lance un appel à tous les dirigeants, en particulier les dirigeants albanais du Kosovo, pour qu’ils assument leurs responsabilités et fassent en sorte que ces actes ne se reproduisent pas.  Les responsables de la violence, a déclaré M. Ryan, doivent être traduits en justice.  Nous lançons un appel aux Institutions transitoires de gouvernement pour qu’elles réaffirment leur engagement en faveur d’un Kosovo multiethnique.  Pour le moment, nous nous félicitons de leur décision d’allouer des ressources au processus de reconstruction et les exhortons à prendre plus de responsabilités dans la reconstruction urgente des biens et des infrastructures qui ont été détruits, y compris les lieux de culte, pour permettre le retour rapide des personnes déplacées.  Par ailleurs, l’Union européenne souhaite que les responsables politiques du Kosovo œuvrent étroitement avec la MINUK et la KFOR pour assurer pleinement la sécurité et protection des droits de toutes les communautés du Kosovo.  L’Union européenne réitère son soutien au Représentant spécial du Secrétaire général, M. Holkeri, ainsi qu’à la MINUK et à la KFOR dans les efforts qu’ils déploient en vue de stabiliser la situation et de permettre la mise en œuvre de la résolution 1244 du Conseil de sécurité et de l’application du principe des normes avant le statut, qui constituent l’essence même de l’engagement de la communauté internationale au Kosovo.


M. KOICHI HARAGUCHI (Japon) a indiqué que la leçon la plus importante que son pays ait tirée de la dernière vague de violence au Kosovo est la nécessité de redoubler d’efforts pour établir une société multiethnique.  En la matière, a-t-il ajouté, il n’existe pas d’alternative aux normes pour le Kosovo.  La violence, a poursuivi le représentant, a aussi démontré la nécessité accrue de renforcer la sécurité dans la province.  Une des tâches prioritaires devrait, selon lui, être d’améliorer la qualité des organisations de sécurité, en particulier la formation des officiers de police.  Après avoir rappelé que son pays a accueilli, le 5 avril dernier, la Conférence ministérielle sur la consolidation de la paix et le développement économique dans les Balkans, le représentant a conclu en réitérant sa conviction que la stabilisation de la situation au Kosovo est essentielle à la stabilité de la région tout entière. 


M. AGIM NESHO (Albanie) a déclaré que l’avenir du Kosovo ne pouvait pas être laissé aux mains d’extrémistes.  La résolution 1244, a-t-il rappelé, mentionne que l’avenir de la province dépend de l’édification d’une société libre et démocratique qui aspire à prendre place au sein de la famille européenne.  Le Gouvernement de l’Albanie réitère son soutien à l’action menée par la MINUK et par le Représentant spécial du secrétaire général, M. Harri Holkeri.  L’Albanie se félicite du déploiement rapide de forces supplémentaires de l’OTAN comme preuve de son engagement en faveur de la paix et la stabilité dans la région, a indiqué son représentant.  L’Albanie a immédiatement offert son aide pour reconstruire les lieux de culte orthodoxe détruits et nous pensons que le peuple du Kosovo et les institutions transitoires continueront de coopérer avec la communauté internationale.  La mise en œuvre des normes avant le statut exige la coopération et le soutien de toutes les communautés du Kosovo, a insisté le représentant.  Les progrès accomplis par la communauté internationale et le chemin qui reste à parcourir au Kosovo dépendent d’efforts sérieux et des leçons tirées des récents actes tragiques.  Les institutions transitoires doivent redoubler d’efforts pour mettre en œuvre les normes, revitaliser le dialogue, et ajuster leurs approches stratégiques.


Répondant aux questions des membres du Conseil, M. GUÉHENNO a indiqué qu’il prenait note des appels à une réflexion sérieuse, sans toutefois adopter des conclusions hâtives.  Avant la récente éruption de violence, les incidents violents avaient accusé une diminution.  Mais il s’agissait sans doute plutôt d’une coexistence fragile.  La question du crime organisé, soulevée par les Philippines, est très importante.  Il n’existe pas d’information particulière concernant Al-Qaida, mais parfois le lien entre le crime organisé et des factions terroristes est réel.  L’état déplorable de l’économie souffre aussi du crime organisé –ce qui retarde les privatisations.  Mais les difficultés économiques sont aussi une cause de la criminalité, dans une situation où il est plus difficile d’établir une activité économique légale.  Concernant la question des normes, il faut souligner que pour la communauté internationale elles ne constituent pas un exercice abstrait, mais les conditions essentielles de la stabilité, qui doit durer hors la présence de la KFOR et de la MINUK.


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