ETHIOPIE ET ERYTHREE : LE CONSEIL DE SECURITE PROROGE LE MANDAT DE LA MISSION DE L’ONU DANS CETTE REGION DE SIX MOIS ET INVITE LES DEUX PAYS A COOPERER AVEC ELLE

12 mars 2004
CS/2639

ETHIOPIE ET ERYTHREE : LE CONSEIL DE SECURITE PROROGE LE MANDAT DE LA MISSION DE L’ONU DANS CETTE REGION DE SIX MOIS ET INVITE LES DEUX PAYS A COOPERER AVEC ELLE

12/03/2004
Communiqué de presseCS/2639

Conseil de sécurité

4924e séance – matin

ETHIOPIE ET ERYTHREE : LE CONSEIL DE SECURITE PROROGE LE MANDAT DE LA MISSION DE L’ONU DANS CETTE REGION DE SIX MOIS ET INVITE LES DEUX PAYS A COOPERER AVEC ELLE

Notant avec préoccupation l’impasse dans laquelle se trouve le processus de paix dans cette région, le Conseil de sécurité a demandé ce matin à l’Érythrée et à l’Éthiopie de coopérer pleinement et sans retard avec la MINUEE pour lui permettre de s’acquitter de son mandat, et d’intensifier leurs efforts pour assurer la sécurité de tout son personnel.  Il réaffirme avec la plus grande fermeté qu’il exige que les parties accordent à la Mission une entière liberté de mouvement et éliminent, avec effet immédiat et sans conditions préalables, toutes les restrictions et tous les obstacles à ses activités et à celles de son personnel dans l’exécution de leur mandat. 

Par la résolution 1531 (2004), adoptée à l’unanimité, le Conseil décide de proroger jusqu’au 15 septembre 2004 le mandat de la MINUEE et demande aux parties de coopérer pleinement et sans retard avec la Commission du tracé de la frontière et de créer les conditions requises pour que les opérations de démarcation se déroulent avec célérité, notamment par la réaffirmation formelle par l’Éthiopie de son acceptation de la décision de la Commission du tracé, la désignation par elle d’officiers de liaison sur le terrain et le versement de sa contribution à la Commission.  Réaffirmant ensuite l’importance cruciale que revêt un dialogue politique entre les deux pays en vue de l’achèvement du processus de paix et de la consolidation des progrès réalisés jusqu’à présent, le Conseil demande instamment aux deux parties de normaliser leurs relations, notamment par des mesures de confiance, et de s’abstenir de recourir à la menace ou à l’emploi de la force l’une contre l’autre.

Il réitère par ailleurs son appui à l’initiative qu’a prise le Secrétaire général d’exercer ses bons offices en nommant un Envoyé spécial afin de faciliter, entre autres, l’application des Accords d’Alger et de la décision de la Commission du tracé de la frontière, soulignant que Lloyd Axworthy jouit du soutien unanime des témoins présents à la signature des Accords d’Alger, à savoir l’Organisation des Nations Unies, les États-Unis d’Amérique, l’Union africaine et l’Union européenne.  Enfin, il demande à nouveau instamment aux deux parties d’établir sans retard une liaison aérienne directe à haute altitude entre Asmara et Addis-Abeba.

LA SITUATION ENTRE L’ÉTHIOPIE ET L’ÉRYTHRÉE

Projet de résolution S/2004/188

Le Conseil de sécurité,

Réaffirmant toutes ses résolutions et déclarations antérieures se rapportant à la situation entre l’Éthiopie et l’Érythrée ainsi que les exigences qu’elles contiennent, et notamment la résolution 1507 (2003) du 12 septembre 2003,

Réaffirmant en outre son appui au processus de paix et son engagement résolu, notamment grâce au rôle joué par la Mission des Nations Unies en Éthiopie et en Érythrée (MINUEE), en faveur de l’application prompte et intégrale de l’Accord de paix global signé par les Gouvernements éthiopien et érythréen (ci-après dénommés « les parties ») le 12 décembre 2000, et de l’Accord de cessation des hostilités du 18 juin 2000, qui l’a précédé (S/2000/1183 et S/2000/601, respectivement, ci-après collectivement dénommés « les Accords d’Alger »), et de la décision sur la délimitation prise par la Commission du tracé, en date du 13 avril 2002 (S/2002/423), adoptée par les parties comme étant définitive et contraignante aux termes des Accords d’Alger,

Notant avec préoccupation l’impasse dans laquelle se trouve toujours le processus de paix, en raison principalement de l’absence de progrès dans la démarcation de la frontière,

Prenant acte avec préoccupation du douzième rapport sur les travaux de la Commission du tracé de la frontière entre l’Érythrée et l’Éthiopie, en date du 27 février 2004, en particulier du fait qu’il conclut que, dans les circonstances présentes, la Commission n’est pas en mesure de poursuivre les activités de démarcation,

Exprimant sa préoccupation au sujet du rejet par l’Éthiopie de plusieurs parties importantes de la décision de la Commission du tracé de la frontière et de son manque de coopération avec celle-ci,

Déplorant le refus de l’Érythrée de coopérer avec l’Envoyé spécial du Secrétaire général pour l’Éthiopie et l’Érythrée,

Soulignant que la coopération avec l’Envoyé spécial offre aux deux parties une chance concrète de faire progresser le processus de paix,

Constatant que la communauté internationale sollicite de plus en plus l’Organisation des Nations Unies pour organiser des opérations de maintien de la paix et obtenir des ressources aux fins du maintien et de la consolidation de la paix etrappelant que les retards que prend le processus de démarcation entraînent des coûts opérationnels supplémentaires,

Exprimant son appui au Représentant spécial du Secrétaire général et à la MINUEE,

Ayant examiné le rapport du Secrétaire général (S/2004/180) et approuvant pleinement les observations qu’il contient,

1.    Décide de proroger jusqu’au 15 septembre 2004 le mandat de la MINUEE avec l’effectif (contingents et observateurs militaires) autorisé par sa résolution 1320 (2000) du 15 septembre 2000;

2.    Demande à nouveau instamment aux parties de coopérer pleinement et sans retard avec la MINUEE pour lui permettre de s’acquitter de son mandat, et d’intensifier leurs efforts pour assurer la sécurité de tout son personnel, et réaffirme avec la grande fermeté qu’il exige que les parties accordent à la Mission une entière liberté de mouvement et éliminent, avec effet immédiat et sans conditions préalables, toutes les restrictions et tous les obstacles à ses activités et à celles de son personnel dans l’exécution de leur mandat;

3.    Souligne que c’est avant tout aux deux parties qu’il incombe d’appliquer les Accords d’Alger et la décision de la Commission du tracé de la frontière entre l’Érythrée et l’Éthiopie;

4.    Demande aux parties de coopérer pleinement et sans retard avec la Commission du tracé de la frontière et de créer les conditions requises pour que les opérations de démarcation se déroulent avec célérité, notamment par la réaffirmation formelle par l’Éthiopie de son acceptation de la décision de la Commission du tracé, la désignation par elle d’officiers de liaison sur le terrain et le versement de sa contribution à la Commission;

5.    Réaffirme l’importance cruciale que revêt un dialogue politique entre les deux pays en vue de l’achèvement du processus de paix et de la consolidation des progrès réalisés jusqu’à présent, et demande instamment aux deux parties de normaliser leurs relations, notamment par des mesures de confiance, et de s’abstenir de recourir à la menace ou à l’emploi de la force l’une contre l’autre;

6.    Réitère son appui à l’initiative qu’a prise le Secrétaire général d’exercer ses bons offices en nommant un envoyé spécial afin de faciliter l’application des Accords d’Alger, de la décision de la Commission du tracé de la frontière et de ses résolutions et décisions pertinentes, et d’encourager la normalisation des relations diplomatiques entre les deux pays, et souligne que cette nomination ne constitue pas la création d’un mécanisme alternatif;

7.    Exprime son plein appui à l’Envoyé spécial du Secrétaire général pour l’Éthiopie et l’Érythrée, Lloyd Axworthy, souligne que l’Envoyé spécial jouit du soutien unanime des témoins présents à la signature des Accords d’Alger, à savoir l’Organisation des Nations Unies, les États-Unis d’Amérique, l’Union africaine et l’Union européenne, et engage instamment les deux parties, en particulier le Gouvernement érythréen, à coopérer de façon constructive et sans plus de retard avec l’Envoyé spécial;

8.    Demande à nouveau instamment aux deux parties d’établir sans retard une liaison aérienne directe à haute altitude entre Asmara et Addis-Abeba, afin d’éviter à la MINUEE et aux États Membres des frais supplémentaires inutiles;

9.    Décide de suivre de près les mesures prises par les parties en vue de s’acquitter des engagements qu’elles ont pris aux termes des Accords d’Alger, notamment par l’intermédiaire de la Commission du tracé, et d’examiner toute incidence qui en résulterait pour la MINUEE;

10.   Prie le Secrétaire général de suivre de près la situation et de garder à l’examen l’efficacité de la Mission et d’ajuster ou de rationaliser ses opérations, si nécessaire, en tenant également compte du mandat de la MINUEE, tel qu’il est défini au paragraphe 2 de la résolution 1320 (2000);

11.   Décide de demeurer activement saisi de la question.

Rapport d’activité du Secrétaire général sur l’Éthiopie et l’Érythrée (S/2004/180)

Le rapport du Secrétaire général rend compte de l’évolution du processus de paix depuis le rapport du 19 décembre 2003, décrit le déploiement et les activités de la Mission des Nations Unies en Éthiopie et en Érythrée (MINUEE) -dont le mandat expire le 15 mars 2004-, et rend compte des efforts déployés par son Envoyé spécial, Lloyd Axworthy, ancien Ministre des affaires étrangères du Canada, qui a été chargé d’examiner avec les deux gouvernements le meilleur moyen de sortir de l’impasse dans laquelle se trouve actuellement l’application de l’Accord d’Alger.  Cette offre de bons offices n’a pas pour objet de créer un mécanisme nouveau ou alternatif, rappelle le Secrétaire général, qui souligne que cette initiative est centrée sur l’application de l’Accord d’Alger, de la décision de la Commission du tracé de la frontière entre l’Éthiopie et l’Érythrée et des résolutions et décisions pertinentes du Conseil de sécurité. 

Dans la deuxième quinzaine de février, l’Envoyé spécial a effectué sa première mission dans la région et s’est rendu à Addis-Abeba où il a tenu des consultations avec les dirigeants éthiopiens et le Président de la Commission de l’Union africaine, précise Kofi Annan.  Il a également tenu des consultations avec le Président en exercice de l’Union africaine, mais n’a pu effectuer la visite prévue à Asmara en raison de l’attitude négative du Gouvernement érythréen à l’égard de sa mission. 

Abordant la situation dans la Zone de sécurité temporaire et les zones adjacentes, il est souligné qu’elle demeure relativement stable.  Toutefois, la MINUEE est d’avis qu’en l’absence de progrès sur la question de la délimitation de la frontière, cette stabilité doit être considérée comme précaire.  Déplorant la détérioration progressive de la coopération générale avec les parties sur le terrain ces derniers mois, le Secrétaire général indique, entre autres, que la MINUEE a continué d’observer un renforcement des activités d’entraînement, en particulier par les Forces armées éthiopiennes, qui se sont souvent déroulées à proximité immédiate de la limite sud de la Zone de sécurité.

Pour ce qui est de la liberté de mouvement, le rapport indique que le 2 février, l’Éthiopie a imposé des restrictions sévères à la liberté de mouvement de la Mission, fermant toutes les routes principales et les pistes conduisant en Éthiopie, à l’exception du passage sur la Mereb, dans le secteur central, restrictions qui ont, pour la plupart, été levées après 48 heures.  Du côté érythréen, la MINUEE a été confrontée à des restrictions continuelles entravant sa liberté de mouvement dans les zones adjacentes à la Zone de sécurité et, à diverses reprises, dans la Zone elle-même.  De ce fait, la capacité de la MINUEE de surveiller les positions de redéploiement des Forces de défense érythréennes dans les zones adjacentes, conformément à l’Accord de cessation des hostilités, est considérablement limitée.  Malgré les demandes et les efforts répétés de la MINUEE, poursuit le Secrétaire général, ses appareils doivent toujours, trois ans et demi après la création de la Mission, transiter par Djibouti pour les vols reliant Addis-Abeba et Asmara.

Le rapport évoque par ailleurs les travaux de la Commission militaire de coordination et le statut de la Mission, composée au 26 février 2004, de 4 016 personnes (3 690 soldats, 112 officiers d’état-major et 214 observateurs militaires).  Kofi Annan lance également un nouvel appel au Gouvernement érythréen pour qu’il signe l’accord sur le statut des forces avec l’ONU sans plus tarder.  Il juge ensuite préoccupant que, depuis son dernier rapport, aucun progrès n’ait été constaté dans la démarcation de la frontière, ces retards occasionnant une dépense supplémentaire de 6 millions de dollars pour mener à bien la démarcation de toute la frontière, lorsque le processus recommencera.  Le rapport du secrétaire général couvre ensuite les questions de lutte anti-mines, la situation humanitaire, la mise en œuvre de projets à effet rapide, la question du VIH/sida, des droits de l’homme, de l’information, ainsi que les aspects financiers.

Au titre de ses observations, le Secrétaire général constate qu’aucun incident grave sur le terrain n’est à signaler depuis son dernier rapport, les forces armées des deux parties demeurant séparées par la Zone de sécurité temporaire et continuant généralement à respecter les engagements qu’elles ont pris en matière de sécurité.  L’impasse actuelle est une source d’instabilité et pourrait devenir dangereuse, estime Kofi Annan, qui ajoute que les déclarations récemment faites par l’Érythrée montrent que cette impasse pourrait avoir de graves conséquences, avec un coût élevé sur le plan humain et de profondes répercussions sur la paix et la sécurité dans la région.  Il estime que l’absence de progrès dans la démarcation de la frontière est la principale cause de l’impasse actuelle du processus de paix qui a, par ailleurs, progressé de manière exemplaire.

Selon le Secrétaire général, l’Éthiopie devrait notamment prendre les mesures concrète ci-après: confirmer qu’elle accepte le caractère définitif et contraignant de la décision de la Commission du tracé de la frontière, acquitter ses contributions à la Commission, désigner des agents de liaison sur le terrain et permettre la mise en route des travaux préparatoires dans les secteurs oriental et central.

Kofi Annan se déclare fermement convaincu que la création simultanée d’espaces de communication contribuera à faciliter les efforts visant à instaurer la confiance, à normaliser les relations et à mettre en oeuvre l’Accord d’Alger.  A son avis, l’issue de tout dialogue sera fonction des rapports des deux parties, ni l’une ni l’autre ne devant craindre qu’un échange de vues, par l’intermédiaire de son Envoyé spécial, ne compromette leurs positions ou les accords précédemment conclus.  Kofi Annan engage vivement les deux parties, et en particulier l’Érythrée, à donner à son Envoyé spécial la possibilité de rencontrer ses dirigeants et d’examiner avec eux la meilleure manière dont ses bons offices pourraient les aider à surmonter l’impasse dans laquelle se trouve l’application de l’Accord d’Alger.

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