IMPLIQUER D’ANCIENS BELLIGERANTS DANS LES PROCESSUS DE PAIX TOUT EN LUTTANT CONTRE L’IMPUNITE: LE CONSEIL DE SECURITE EVALUE LES DEFIS DE LA RECONCILIATION NATIONALE

26 janvier 2004
CS/2620

IMPLIQUER D’ANCIENS BELLIGERANTS DANS LES PROCESSUS DE PAIX TOUT EN LUTTANT CONTRE L’IMPUNITE: LE CONSEIL DE SECURITE EVALUE LES DEFIS DE LA RECONCILIATION NATIONALE

26/01/2004
Communiqué de presseCS/2620

Conseil de sécurité

4903e séance – matin et après-midi

IMPLIQUER D’ANCIENS BELLIGERANTS DANS LES PROCESSUS DE PAIX TOUT EN LUTTANT CONTRE L’IMPUNITE: LE CONSEIL DE SECURITE EVALUE LES DEFIS DE LA RECONCILIATION NATIONALE

Quelque 40 délégations ont contribué, aujourd’hui, à la réflexion du Conseil de sécurité sur le rôle des Nations Unies dans les processus de réconciliation nationale après les conflits, qui fait suite au débat sur la justice et l’état de droit, tenu en septembre 2003.  La présidence du Conseil pour le mois de janvier, le Chili, représenté par sa Ministre des affaires étrangères, Mme Soledad Alvear, a, en effet, convié les Etats Membres et le Secrétariat de l’ONU à ouvrir de nouvelles pistes dans un domaine, celui de la réconciliation nationale, “qui n’est pas encore systématiquement exploité par les Nations Unies”. 

Quels types d’initiatives favorisent les processus de réconciliation nationale?  Quels en sont les principaux défis?  La complémentarité est-elle suffisamment claire entre l’approche non judiciaire que sont les commissions vérité et réconciliation et l’approche judiciaire, avec notamment la mise en place de tribunaux spéciaux internationaux?  Et à ce propos, quels enseignements faut-il tirer de ces mécanismes?  La recherche d’une réponse à ces questions a donné lieu à un débat nourri.  Plusieurs interprétations du concept de réconciliation nationale ont été proposées.  Globalement, ce concept a été décrit comme un processus fragile, long et complexe dont le succès dépend de son appropriation par les parties prenantes nationales, de l’absence de mesures imposées de l’extérieur, de son caractère inclusif et de la prise en compte des spécificités politiques, économiques, sociales et culturelles des pays concernés.  La réconciliation nationale, a expliqué le représentant de l’Angola, est un processus de pardon et de réinsertion des ex-combattants, agréé par un peuple qui se réconcilie avec son passé pour bâtir un meilleur avenir.  La réconciliation suppose d’aller bien au-delà de la coexistence pacifique et du consensus social, a estimé le représentant du Pérou en arguant qu’il s’agit du lancement d’un processus de construction d’un nouveau pacte social fondé sur des institutions démocratiques ayant pour objectif l’élimination de l’exclusion sociale.  

Ces délégations ont néanmoins reconnu que, processus interne ou non, les parties prenantes ont souvent besoin d’un apport impartial pour avancer.  C’est dans ce contexte que le rôle de l’ONU a été invoqué et que sa contribution aux processus de réconciliation nationale dans des situations post-conflit comme au Kosovo, au Timor oriental ou en Sierra Leone a été saluée, notamment par le représentant des Etats-Unis.  Dans le message qu’il a envoyé au Conseil, Mgr Desmond Tutu, Président de l’ancienne Commission vérité et réconciliation de l’Afrique du Sud post-apartheid, a soutenu que l’ONU peut encourager les nations à se ranger derrière les dirigeants qui, par magnanimité et noblesse, sont soucieux de prouver que les ennemis d’hier doivent devenir les amis de demain plutôt que des adversaires à vie.  Ces dirigeants savent que la vengeance mène à l’impasse et qu’il ne peut y avoir d’avenir sans pardon. 

Les populations nationales et la communauté internationale doivent percevoir comme légitimes les institutions mises en place, a renchéri le représentant de la France, qui a souligné que « les Nations Unies ne sont pas seulement dispensatrices d’expertise mais elles sont aussi détentrices de légitimité ».  L’expérience et les compétences de l’ONU ainsi reconnues, le débat s’est poursuivi sur l’importance qu’il y a à ne pas sacrifier sur l’autel de la réconciliation et du pardon les impératifs de justice et à éviter que cette réconciliation ne revienne à cautionner l’impunité.  Aussi, le représentant du Burundi, a-t-il confié que le point le plus faible du processus de paix dans son pays est la façon dont la question de la lutte contre l’impunité a été abordée dans les Accords.  La question, a-t-il dit, est de savoir si un pays peut sortir d’une crise grave sans passer par un minimum d’état de droit et de réhabilitation morale des victimes.  Les propos du représentant burundais ont été accueillis par un rappel unanime du caractère imprescriptible des crimes de guerre, de génocide, contre l’humanité et des autres violations graves des droits de l’homme.  La pertinence de la Cour pénale internationale (CPI) a également été réaffirmée. 

Même dans ces conditions, la situation demeure délicate.  Les représentants du Brésil et du Pakistan ont mis en garde contre le risque que la justice ne constitue un frein à la consolidation de la paix; le défi étant de réintégrer les coupables tout en donnant aux victimes un sentiment de justice.  S’opposant à cette assertion, le représentant du Rwanda a indiqué qu’une des leçons importantes que son pays a apprise est que la justice est un élément essentiel à la réconciliation.  L’administration de la justice a permis de réhabiliter les coupables et à rendre ainsi possible leur réconciliation avec les victimes, a-t-il précisé, appuyé, en cela, par de nombreuses autres délégations.  Poursuivant son idée, le représentant du Brésil a défendu le concept de justice réparatrice comme un compromis judicieux entre la justice punitive et le pardon.  La justice réparatrice a l’avantage de préserver l’ordre public tout en maintenant une paix juste.

Les conditions préalables des processus de réconciliation nationale et de justice ont été longuement commentées.  Les délégations ont cité l’existence d’un accord de paix qui, traitant des causes sous-jacentes du conflit, permet de résoudre les questions de fond.  Elles ont, en outre, évoqué la volonté politique des parties prenantes, laquelle doit concerner également l’adoption, avec l’appui de la communauté internationale, d’une approche globale de consolidation de la paix.  Les principes d’une telle approche ont été énumérés par le représentant de l’Irlande qui s’exprimait au nom de l’Union européenne, des pays candidats et des pays associés.  Il a cité l’inclusion de toutes les parties, l’égalité de traitement devant la loi, l’intégration économique et sociale, la réforme des institutions, la réforme constitutionnelle, la promotion et la protection des droits de l’homme, la confiance réciproque, la réparation faite aux victimes de la violence et l’évaluation de la situation écologique après les conflits. 

Chargé de ces questions, l’Administrateur du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) s’est rallié à ces observations avant de dénoncer la tendance des donateurs à privilégier les situations d’urgence au détriment des efforts à long terme.  Au-delà des aspects politiques et économiques, soulignés aussi par le représentant de l’Afghanistan, plusieurs propositions ont été faites sur les aspects institutionnels, en particulier les améliorations à apporter au sein de l’ONU.  Le représentant de l’Allemagne, appuyé par la Ministre chilienne des affaires étrangères et le représentant de la Sierra Leone, a proposé la création au sein du Secrétariat d’une unité susceptible de développer un savoir-faire conceptuel et opérationnel dans le domaine de la promotion de la réconciliation nationale et de coordonner les actions des divers acteurs du système des Nations Unies.  La relation étroite entre réconciliation et justice a conduit le représentant allemand à suggérer au Conseil de confier ces deux questions à un groupe de travail sur l’état de droit.

Dans une déclaration rendue publique à la fin du débat, le Conseil a exprimé son intention d’étudier de plus près comment exploiter l’expérience et les compétences acquises par le système des Nations Unies et les Etats Membres pour en faire bénéficier le plus grand nombre et tirer les enseignements du passé.  Outre les 15 membres du Conseil, le Sous-Secrétaire général aux affaires politiques, l’Administrateur du PNUD, la Coordonnatrice adjointe des affaires humanitaires et les délégations déjà citées, les représentants des pays suivants ont pris la parole: Croatie, Sierra Leone, Bosnie-Herzégovine, Guatemala, Inde, Costa Rica, Maroc, Japon, Argentine, République de Corée, Serbie-et-Monténégro, Mexique, Liechtenstein, Nigéria, Côte d’Ivoire, Afghanistan et Cameroun.

RECONCILIATION NATIONALE APRES LES CONFLITS: LE ROLE DES NATIONS UNIES

Déclarations

M. TULIAMENI KALOMOH, Sous-Secrétaire général aux affaires politiques, a déclaré que tous les conflits étaient des catastrophes humaines.  La réconciliation après les conflits soulève la question de l’état de droit, qui doit être incorporé dans les activités des Nations Unies.  Le Secrétaire général présentera un rapport sur cette question au cours de cette année.  Il ne suffit pas de faire déposer les armes aux protagonistes d’un conflit pour que tout soit résolu.  Les problèmes du passé, qui ont été à la source du confit, doivent être résolus.  C’est une tâche souvent énorme.  La négociation d’accords de paix devrait inclure les questions de réconciliation post-conflit.  L’ONU et la communauté internationale doivent aider les gens qui se sont battus à sortir de leur tête-à-tête meurtrier.  Certains tribunaux internationaux cherchent à le faire en condamnant ceux qui ont suscité des crimes graves, mais il faudrait aussi tenir compte des conditions propres à chaque conflit pour lui trouver un processus de règlement viable, adapté et durable.  Pour réussir, les instruments destinés à la réconciliation nationale doivent s’appuyer sur les réalités de chaque situation.  Une seule formule ne peut s’appliquer à toutes les circonstances.  Nous entendrons certainement aujourd’hui différentes démarches.  La paix sans réconciliation ne saurait être durable, mais certains crimes sont si odieux qu’ils doivent être jugés et punis.  Cependant, aucun crime ne devrait devenir un obstacle infranchissable pour l’établissement de la paix.  Une autre observation que nous avons faite est que chaque société devrait être capable de suggérer le chemin qui lui conviendrait.  En revanche, l’ONU ne saurait accorder d’amnistie générale pour certains crimes, comme celui de génocide.  Le Conseil doit donc trouver la meilleure voie, celle qui permettrait d’assurer la justice tout en rétablissant la paix.  Souvent, une réparation pour les victimes s’impose.

Au niveau international, la Cour pénale internationale cherche à mettre fin à l’impunité en ce qui concerne les crimes les plus inacceptables.  Les tribunaux pénaux sont le moyen que nous avons unanimement estimé capable de rendre justice.  Les juridictions pénales sont cependant inadaptées pour accorder réparation aux victimes et inscrire le règlement des conflits dans le véritable sens de leur histoire.  Les règlements de conflits et le processus de réconciliation doivent donc s’accompagner de mesures économiques et sociales.  Un équilibre doit être établi entre agresseurs et agressés, de manière à assurer la sécurité de toutes les parties à long terme.  Notre expérience collective montre que la bonne combinaison de mesures dépend toujours des capacités des peuples à se réconcilier avec le passé douloureux qu’ils ont vécu.

M. MARK MALLOCH BROWN, Administrateur du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), abordant la dimension politique de la réconciliation nationale, a rassuré le Conseil sur l’attachement du PNUD à la démocratie.  Il a néanmoins appelé à la prudence et a souligné que le passage de la compétition des armes à celle des bulletins de vote demande du temps.  Le temps, a-t-il dit, d’étudier comme il se doit les causes profondes du conflit afin d’éviter que le processus démocratique ne conduise pas à d’autres divisions.  Dans ce cadre,

l’Administrateur du PNUD a mis l’accent sur l’importance de l’appui international et celle de la société civile.  Il a aussi souligné que la justice, la vérité et la réconciliation sont des processus très lents mais indispensables tout comme la démobilisation et le déminage.  Le rôle de la communauté internationale peut parfois paraître trop rapide et trop lourd mais avec le temps de réflexion requis, ce rôle peut être un catalyseur susceptible de conduire le pays à mener le processus de réconciliation nationale. 

Abordant la dimension économique, l’Administrateur du PNUD n’a pas caché la réalité.  “Il est difficile de réconcilier des populations qui étaient en conflit en raison de difficultés économiques”.  Mark Malloch Brown a donc plaidé pour la mise en place d’une véritable stratégie économique comme une des clés de la réconciliation nationale.  Concluant sur la dimension institutionnelle, il a voulu rappeler la “différence de traitement” entre les différentes institutions de l’ONU.  Le PNUD, a-t-il indiqué, est constamment confronté à un manque de ressources financières contrairement aux institutions humanitaires alors même que la consolidation de la paix passe par des interventions importantes, dans l’acception médicale du terme, au stade de la prévention.

Mme CAROLYN MCASKIE, Coordonnatrice adjointe des affaires humanitaires et des secours d’urgence (OCHA), a déclaré que la réconciliation post-conflit est un long processus au centre duquel on doit placer les vies humaines et la reconstruction du tissu social et de la vie nationale.  Nous avons en ce moment un certain nombre de théâtres d’opérations où nous déployons l’indispensable assistance humanitaire sans laquelle il ne saurait y avoir de base permettant de soutenir des efforts de réconciliation.  L’absence d’attention a sapé les efforts de réconciliation dans un certain nombre de zones de conflit, dont la République démocratique du Congo.  Il est vrai qu’il existe des situations où les parties ont cherché à manipuler l’aide à leur propre profit.  L’accès aux personnes dans le besoin doit donc être la première condition de l’assistance humanitaire, qui doit être vue comme un investissement permettant aux gens de reconstruire leurs vies.  Mais l’aide ne doit pas faire obstacle au redressement des populations.  Elle doit l’accompagner.  L’assistance humanitaire et les opérations de reconstruction manquent en ce moment de moyens adéquats.  La communauté internationale devrait fournir plus de moyens à ces opérations, car si les gens se voient refuser les fruits de la paix, ils retombent dans la violence.  Le manque de financement des opérations de désarmement, démobilisation et réinsertion (DDR) a, nous le savons, favorisé la reprise des conflits, comme nous l’avons observé au Burundi.  OCHA joue aujourd’hui un rôle crucial, qui vient s’ajouter à celui qu’ont toujours joué l’UNICEF, le HCR et les autres agences ou organisations humanitaires. 

Si l’on applique de manière incohérente les mesures destinées à rendre la justice lors des processus de réconciliation, on peut involontairement favoriser la reprise de combats, comme on l’a vu, une nouvelle fois, au Burundi.  La communauté internationale doit donc faire preuve de cohérence dans la manière dont elle soutient une sortie de crise dans une zone en conflit.  Les pays qui s’engagent dans un processus de paix et de réconciliation dépendent en grande partie de l’habileté de la communauté internationale à les soutenir.  Les ONG locales peuvent aider à créer des ponts entre les différentes factions en conflit.  Une attention particulière devrait être accordée aux femmes, notamment quand on sait qu’elles sont les premières victimes des pandémies dont les conflits favorisent la propagation.  Il faut donc leur rendre une certaine autonomie, et notamment le contrôle de leurs corps.  Les violences contre les femmes et les filles sapent les valeurs des sociétés en conflit et rendent plus difficiles les processus de sortie de crise et de réconciliation.

M. GÜNTER PLEUGER (Allemagne) a souligné que la justice et la réconciliation nationales, la justice punitive et la justice réparatrice ont les mêmes objectifs, à savoir, panser les plaies infligées aux victimes, créer un ordre politique garantissant la prévention pacifique des conflits, et le rétablissement d’un agenda commun au sein d’une population divisée.  Les Nations Unies, a-t-il aussi souligné, ont une vaste expérience dans tous ces domaines et le rôle réel est de montrer sa capacité à fournir une assistance coordonnée et efficace.  Le représentant a donc préconisé la création au sein du Secrétariat d’une unité capable de réunir savoir-faire conceptuel et opérationnel dans le domaine de la promotion de la réconciliation nationale et de coordonner les divers acteurs impliqués du système des Nations Unies.  Il a, dans ce cadre, rappelé l’idée de sa délégation de créer une équipe de travail sur la règle de droit.  Compte tenu du lien entre les questions de justice et de réconciliation, le représentant a, cette fois-ci, suggéré qu’elles soient traitées conjointement par le Groupe de travail.

En la matière, M. Pleuger a défendu certaines normes.  Il a cité la complémentarité entre les tribunaux et les mécanismes de réconciliation, le caractère imprescriptible des crimes de guerre, de génocide, contre l’humanité et des autres violations des droits de l’homme, et enfin l’adhésion des populations aux mécanismes judiciaires et non judiciaires.  Le représentant a conclu en soulignant qu’en toute chose, c’est la volonté politique des acteurs locaux qui importe.  Lorsque celle-ci est faible, a-t-il dit, les Nations Unies peuvent inspirer aux décideurs locaux et aux populations concernées la confiance nécessaire pour faire des choix porteurs d’un avenir juste et plus prospère.  En la matière, les Nations Unies ont une légitimité unique, a-t-il estimé.

M. ABDALLAH BAALI (Algérie) a souligné que la réconciliation nationale ne peut être dissociée de la mise en place ou de la réhabilitation de l’état de droit qui se distingue par la notion de justice.  Pour atteindre l’objectif primordial d’apaisement de la société, la réconciliation nationale passe nécessairement par la manifestation de la vérité qui est le fondement de la justice et ce, à deux niveaux: le rétablissement de la vérité sur les causes à l’origine des conflits; et le rétablissement de la vérité sur les violations des droits de l’homme et atrocités commises pendant la période des hostilités.  Si la première se prête aisément à l’exercice de la réconciliation en faisant appel au champ politique pour réunir la volonté et les conditions visant à corriger les déséquilibres antérieurs, la deuxième soulève, par contre, un grand nombre d’interrogations en ce qu’elle écarte l’idée d’impunité.  La difficulté principale de cet exercice consiste à concilier le refus de l’impunité qu’exige l’état de droit et le risque de voir le conflit s’éterniser en raison des craintes que la perspective d’un jugement suscite chez les auteurs de violations de droits de l’homme, ce qui situe la place de l’amnistie dans notre débat d’aujourd’hui.  L’obstacle de l’amnistie ne se retrouve pas dans les situations où l’une des parties au conflit a été défaite militairement par l’autre partie, par ses propres moyens ou avec l’appui de la communauté internationale.

La pratique des commissions vérité et réconciliation, dans le cas du Chili et de l’Afrique du Sud notamment, a tenté de contourner cette difficulté, inhérente à l’état de droit, de l’obligation de poursuivre en mettant en avant les vertus thérapeutiques de l’exhumation de la vérité, a rappelé le représentant de l’Algérie.  Cette pratique, a-t-il souligné, présente l’immense mérite de préserver le devoir de mémoire qui est essentiel à l’objectif de bâtir un nouveau consensus national permettant d’éviter que ne se renouvellent les erreurs du passé.  Toutefois, en ce qu’elle contourne la phase judiciaire du jugement, elle n’en demeure pas moins une forme d’amnistie au même titre que celle qu’a négociée et obtenue récemment, Charles Taylor des médiateurs de la CEDEAO. 

Sur la question de l’impunité et de l’amnistie, a noté le représentant, l’Organisation semble avoir opté pour une position ferme de ne rien concéder aux conflits dont elle a la charge.  C’est là une position fondée en droit mais elle a pour contrepartie de réduire la capacité de l’ONU de mettre fin aux hostilités par la seule médiation en raison de la méfiance qu’éprouveront certains des belligérants à son égard dès lors qu’elle a opté, par avance, en faveur de la poursuite pénale des crimes, a fait remarquer M. Baali.  En outre, le développement considérable qu’a connu le droit pénal international ces dernières années ne laisse pas à l’ONU et à ses Etats Membres beaucoup de marge de manœuvre sur cet aspect.  Dans le cas particulier des crimes internationaux qualifiés, crime de guerre, génocide, crime contre l’humanité, cette marge est presque nulle.

En vue de préserver son rôle de courtier honnête, l’ONU devrait veiller à éviter autant que possible de se mettre dans une position d’accusateur, et mettre en place les conditions qui lui permettent d’exercer une menace crédible du recours à la force à l’encontre des parties récalcitrantes.  Ces conditions, qui nous paraissent faire défaut aujourd’hui, résident dans l’affirmation d’une volonté politique non équivoque de la part du Conseil de sécurité, des membres permanents en particulier, et de la mise en place des ressources correspondantes à la disposition du Département de opérations de maintien de la paix.  Dans la période post-conflictuelle, le rôle de l’ONU nous paraît déjà clairement défini dans la Déclaration du Millénaire: ce rôle devrait consister à accompagner les anciennes parties au conflit dans la phase de consolidation de la paix et de transition vers l’état de droit en mettant à leur service son expérience et son expertise reconnues dans la conduite résolue des processus de désarmement, démobilisation et réinsertion (DDR) à leur terme; l’assistance au processus électoral; la mise en place d’institutions de représentation démocratiques, y compris les partis politiques et les organisations de la société civile; la mise en place d’un système juridique qui fonctionne; le développement d’organes de l’information imprégnés des valeurs démocratiques et de tolérance pour contrer l’action néfaste de media partisans; et enfin la mobilisation de l’aide internationale à la reconstruction.

M. INOCENCIO ARIAS (Espagne) a déclaré que la reconstruction de l’état de droit était une priorité dans les efforts de réconciliation nationale après-conflit.  La participation de l’ONU à chacune des opérations de transition peut prendre différentes formes.  Ce qui a été fait à Timor-Leste peut être différent de ce qui se fait en République démocratique du Congo.  L’ONU doit chercher à accompagner ces différents processus et non pas à les diriger.  La responsabilité des processus de réconciliation revient aux acteurs nationaux.  L’Espagne soutient la constitution de tribunaux mixtes.  Mais quelle que soit la norme choisie, l’essentiel est de parvenir à des résultats probants qui puisent mettre fin à l’impunité.  Les mandats que donne le Conseil aux opérations lancées dans les zones post-conflit doivent être clairs.  Pour sa part, l’Espagne estime que le monde dispose aujourd’hui d’un organe crédible et impartial avec la Cour pénale internationale (CPI).  Au cas où les tribunaux nationaux ne pourraient créer des cadres acceptables de jugement, la CPI pourra pallier à leurs manquements.

M. MICHEL DUCLOS (France) a estimé que la solution des graves dilemmes politiques et moraux passe toujours par l’établissement d’un état de droit, avec toute la force et toute l’étendue que comporte cette notion.  Il est judicieux à cet égard que le Chili ait placé le débat d’aujourd’hui dans la suite de celui que le Conseil de sécurité a tenu en septembre sous la présidence du Ministre des affaires étrangères du Royaume-Uni, Jack Straw, dont mon pays avait hautement apprécié l’initiative.  L’établissement d’un état de droit n’est pas incompatible avec le recours à des instruments non juridictionnels tels que les commissions justice et vérité.  Ceux-ci peuvent au contraire en faciliter l’établissement.  La réconciliation nationale impose souvent un équilibre entre les impératifs de justice et de défense des valeurs universelles d’une part, et la prise en compte des circonstances propres à une situation ou une culture spécifique d’autre part.  Une sage gestion du temps est bien souvent une condition du succès.  Pour autant, un cadre intangible doit être respecté: il ne peut y avoir d’impunité pour les crimes graves au sens du droit pénal international.  De même, les victimes ont droit à la vérité et à la réparation.  Les Nations Unies accompagnent pleinement ces processus car les mandats de missions de maintien de la paix incluent de plus en plus la lutte contre l’impunité à travers des enquêtes sur les violations des droits de l’homme et veillent également à ce que la justice soit rendue de manière impartiale.  La Cour pénale internationale matérialise désormais ces exigences de la conscience universelle moderne.  Elle est respectueuse des juridictions nationales et offre un palliatif à leurs défaillances éventuelles.

La réussite d’un processus de réconciliation nationale ne se joue pas seulement sur le plan de la justice.  Elle suppose d’abord un accord de paix ou tout autre règlement qui soit viable, c'est-à-dire qui ne comporte pas les ferments d’un autre conflit ou d’une autre guerre civile mais qui permette de traiter ou de résoudre les difficultés de fond.  La réussite suppose aussi un processus participatif, incluant Parlements nationaux et acteurs de société civile.  C’est pourquoi, désormais, dans ce contexte, une importance particulière s’attache aux programmes de désarmement et de réintégration destinés aux ex-combattants, à la situation des enfants ou encore à celle des femmes dont le rôle éminent est reconnu par la résolution 1325, ou enfin à la pleine intégration des différentes communautés, minorités, réfugiés, populations étrangères ou déplacées.

Dans les situations de post-conflit actuelles, une juste répartition des ressources économiques autant que le partage du pouvoir, l’accès à l’éducation et la santé, le développement font partie des conditions nécessaires à une meilleure coexistence des populations et financement au retour de la confiance.  Nous sommes passés, dans le traitement de ces problèmes, d’une approche simple à une approche beaucoup plus complexe et globale qui met en avant plusieurs sortes d’appui de la part de la communauté internationale. Il serait en pratique désirable de mieux recueillir au sein de Secrétariat les résultats de l’expérience et de l’expertise inégales des Nations Unies, et de coordonner davantage les instruments et les moyens dont la mobilisation est nécessaire.  C’est pourquoi, le rapport attendu du Secrétaire général à la suite du débat de septembre dernier devrait tenir compte des réflexions que nous avons menées aujourd’hui.  La réussite d’un processus de réconciliation nationale se mesure à l’établissement d’institutions légitimes et perçues comme telles à la fois par la population nationale et par la communauté internationale.  Or, les Nations Unies ne sont pas seulement dispensatrices d’expertise mais aussi détentrices de légitimité.  Il y a donc comme une harmonie secrète entre notre Organisation et le défi de la réconciliation nationale.

M. RONALDO MOTA SARDENBERG (Brésil) a souligné le rôle que l’ONU doit jouer dans la conception d’initiatives à long terme pour la période post-conflit.  Auprès la résolution des conflits, le chemin vers le développement, la démocratisation et le renforcement de la règle de droit est toujours très long.  Aucun modèle unique n’est applicable mais tout porte à croire que les pays qui ont réussi la période post-conflit sont ceux qui ont mené à bien un processus de vérité, de justice, de réparation et de rétablissement des identités.  En toute chose, a souligné le représentant, il faut savoir faire preuve de pragmatisme.  Ainsi, une Commission vérité et réconciliation ne doit en aucun cas se substituer au processus judiciaire.  Paraphrasant le Secrétaire général, il a ajouté « si nous insistons toujours et partout sur des normes de justice rigides, une paix délicate ne saurait survivre ».  Pour le représentant, la justice réparatrice est donc un compromis intelligent entre une justice punitive et le blanc-seing du pardon.  La justice réparatrice, a-t-il estimé, tient compte des impératifs liés à la préservation de l’ordre public et au maintien d’une paix juste.  La réconciliation est en fait un équilibre délicat entre tous les antagonismes, dans un contexte de justice et de vérité.  Dans ces deux domaines, les Nations Unies peuvent prodiguer des conseils politiques et offrir une assistance technique de grande valeur, a conclu le représentant.

M. MUNIR AKRAM (Pakistan) a déclaré qu’il valait mieux prévenir les conflits que chercher à intervenir une fois que la situation est devenue difficile à contrôler.  Le Conseil de sécurité devrait donc mieux utiliser le Chapitre VI de la Charte des Nations Unies concernant le règlement pacifique des différends.  La responsabilité de la reconstruction post-conflit appartient aux peuples des pays affectés et notamment à leurs gouvernements.  Il est également essentiel que la communauté internationale aide les gouvernements à mettre fin aux conflits, surtout quand les crises sont dues à des ingérences extérieures sous la forme de trafics d’armes, d’exploitation de ressources naturelles ou encore de manipulations politiques, notamment dans les zones sous occupation.  La recherche de la justice ne devrait pas devenir un obstacle à la paix.  Le Pakistan estime toutefois qu’il ne devrait pas y avoir d’impunité pour les auteurs de crimes contre l’humanité ou de crimes de guerre.  L’ONU a acquis une bonne expérience dans le règlement des crises, comme elle l’a prouvé au Timor Leste ou dans les Balkans.  Mai elle mérite d’être mieux soutenue par la communauté internationale.  Nous encourageons cependant l’Organisation à mieux jouer le rôle de bons offices que lui accorde la Charte.  Nous savons tous que la plupart des conflits résultent de la pauvreté excessive qui affecte la majeure partie de la planète.  Nous demandons donc aux organismes de développement d’apporter une aide plus substantielle à la lutte contre la pauvreté, ce qui permettrait à l’ONU de mieux se concentrer sur les opérations de paix et de reconstruction nationale.  

M. SERGEY LAVROV (Fédération de Russie) a insisté sur le fait que la paix et l’entente ne pourraient intervenir sans justice.  Dans ce cadre, a-t-il estimé, le rôle de l’ONU devrait être de créer les conditions permettant la réconciliation nationale.  Une paix et une réconciliation réelles, a-t-il poursuivi, ne sont possibles que par l’adoption d’une démarche globale comprenant les composantes désarmement et démobilisation, garanties internationales, aide à la création d’une société civile, mise en place des institutions gouvernementales, planification d’élections libres et démocratiques, reconstruction économique ou encore assistance aux réformes judiciaires.  Le représentant a particulièrement insisté sur la responsabilité des parties elles-mêmes.  Citant le cas du Kosovo, il a affirmé que les progrès obtenus sont attribuables à la présence internationale qui travaille souvent dans un contexte d’abus de pouvoirs ou de réticence de la part des parties locales.  Le Kosovo, a-t-il poursuivi, a aussi montré l’importance de l’approche globale et de la répartition des tâches entre différents acteurs et en l’occurrence, l’ONU et les organisations régionales comme l’OTAN, l’Union européenne, l’OSCE et le Conseil de l’Europe.  L’Angola et l’Afghanistan, a encore dit le représentant, ont montré la capacité du Conseil de sécurité de déployer des efforts considérables dans la voie du règlement des crises et de la réconciliation nationale.

M. JONES PARRY (Royaume-Uni) a déclaré que la coexistence entre citoyens et la création d’une stabilité permettant aux gens de mener une vie harmonieuse sont aussi importantes que la création de l’état de droit dans les pays où on veut soutenir des processus de réconciliation.  La création de la confiance entre groupes sortant d’un conflit est primordiale.  Comme l’ont dit un certain nombre de délégations, il n’y a pas de modèle unique de réconciliation nationale.  M. Brahimi a dit par exemple qu’il fallait toujours que la justice soit rendue.  Mais pour que la justice se fasse, il faut qu’existe un système judiciaire valable et accepté.  L’ONU a joué un rôle clef de facilitation des processus de paix dans de nombreuses régions.  Les opérations de maintien de la paix, qui créent un certain cadre de sécurité, ne peuvent cependant remplacer la volonté des acteurs aux conflits eux-mêmes.  La stabilité à long terme incombe en effet aux parties.  Nous pourrions soutenir les efforts de l’ONU pour mieux utiliser l’expérience acquise par ses agences et personnels.  L’Organisation doit avoir une capacité lui permettant de récolter les informations nécessaires sur les meilleures pratiques de terrain.  Elle a de la valeur ajoutée, par rapport à tout ce que pourraient faire des Etats ou des groupes d’Etats.  Nous devons agir de manière cohérente, en concert avec l’ECOSOC, l’Assemblée générale, et les conseils d’administration des agences du système des Nations Unies.

M. LAURO L. BAJA (Philippines) a qualifié le processus de réconciliation nationale de défi le plus difficile.  “Gagner la guerre est plus facile que gagner la paix”, a-t-il dit.  La réconciliation nationale est un processus à long terme à mener grâce à des politiques qui s’attaquent aux causes des conflits.  Cette réconciliation est un processus interne qui ne peut être imposé de l’extérieur.  Les paramètres de ce processus doivent donc émaner des belligérants eux-mêmes.  L’ONU peut d’autant plus fournir son expertise et ses conseils que les groupes rivaux ont souvent besoin de l’impartialité des acteurs extérieurs.  Toutefois, a mis en garde le représentant, il faut faire en sorte que toute intervention extérieure conserve l’intégrité du processus de réconciliation et ne cède pas à la tentation de remplacer les buts et les valeurs des parties prenantes par la sienne.  La réconciliation doit tenir de la dynamique des conflits qui comprend les dimensions politique, physique, culturelle et psycho-sociale de la société concernée.  Le représentant a aussi insisté sur le nécessaire équilibre entre les impératifs de justice et la nécessité de rétablir la paix et la stabilité.  Pour lui aussi, la justice punitive n’est pas viable.  Il a conclu en voulant que les processus de réconciliation ne se limitent pas seulement à mettre fin à la violence mais incluent également des stratégies sociales et politiques susceptibles d’éliminer les conditions qui ont mené à la discrimination et à des abus dans la société. 

M. ISMAEL ABRAAO GASPAR MARTINS (Angola) a déclaré que le défi à promouvoir est celui de trouver un «modus operandi» qui permettrait de prévenir un conflit; de l’arrêter quand il éclate, ou de réconcilier ses protagonistes une fois qu’il a eu lieu.  En ce qui concerne la justice, les tribunaux internationaux du Rwanda et de l’ex-Yougoslavie donnent des modèles qui pourraient être utilisés, pour permettre ensuite de soutenir les processus de réconciliation nationale après que justice ait été rendue.  Les amnisties ne sont pas à rejeter si, à travers elles, on peut réellement favoriser la paix à long terme.  Il y a deux ans, les parties concernées signaient un accord de retour à la paix et de réconciliation nationale.  Ce processus ne marque pas, pour nous, une fin en soi, mais plutôt le début d’une ère qui devrait empêcher le retour à un passé douloureux.  C’est une œuvre nationale à laquelle participent toutes les composantes de la nation.  Une amnistie a été accordée aux anciens leaders de l’UNITA.  Certains ont été élus au Parlement et jouent aujourd’hui un rôle constructif.  L’état de droit se met lentement en place avec la participation de tous.  Les Angolais sont appelés à pardonner à ceux qui leur ont fait subir des torts, mais pas à oublier, de façon à ce que leur pays ne sombre plus jamais dans la violence.  L’assistance à la reconstruction est un facteur important.  Pour le moment, beaucoup reste à faire en la matière.  Nous pensons que la communauté internationale et l’ONU, à travers l’ECOSOC, devraient mieux coordonner et renforcer leurs efforts.

M. JAMES CUNNINGHAM (Etats-Unis) a estimé que son pays se trouve toujours dans une situation post-conflit et dans une phase de réconciliation nationale depuis que les agonies de la guerre ont cédé la place aux promesses de l’apaisement.  La nécessité d’examiner les questions de justice transitoire et à long terme ou de la création d’institutions démocratiques demeure aussi cruciale aujourd’hui qu’à la naissance de l’Union, a-t-il affirmé.  Il a estimé que le XXIème siècle offre une chance aux nations concernées grâce aux progrès de la technologie de la communication et de l’interdépendance croissante.  Aujourd’hui, s’est-il réjoui, les tragédies nationales peuvent être prises en charge par la scène internationale.  Compte tenu de la nature des conflits intra-étatiques, a-t-il poursuivi, les anciens belligérants doivent à la fin du conflit reprendre leur rôle de concitoyen.  Aider les uns et les autres à retrouver son foyer, c’est la tâche la plus difficile qu’a à assumer toute société dans une situation post-conflit.  Les Nations Unies jouent un rôle important en la matière.  Les organes et les institutions de l’ONU ont une expertise qu’il faut reconnaître, a insisté le représentant.  Pour lui, l’instauration et la préservation de la démocratie doivent être l’objectif premier dans une situation post-conflit en ce sens qu’il permet de développer la volonté politique nécessaire à la reprise d’une vie normale.  Sans démocratie, a conclu le représentant, il n’y aurait ni justice, ni vérité, ni reconstruction.

M. CHENG JINGYE (Chine) a déclaré que la consolidation de la paix a besoin du soutien de toutes le parties intéressées et de l’assistance de l’ONU.  La Chine pense que l’ONU doit accomplir un travail permettant de créer bonnes conditions et de bonnes relations entre les parties.  Au début de la période de réconciliation, il est essentiel que les belligérants déposent les armes, de manière à créer un cadre d’opération sûr.  L’ONU doit ensuite mobiliser la communauté internationale pour qu’elle aide à conduire à bon terme le processus mis en place.  Concernant la justice, les amnisties peuvent s’avérer nécessaires, car si on insiste trop sur des normes très rigides, on peut arriver à des blocages.  Les agences de l’ONU doivent veiller à ce que le rôle des Nations Unies soit positif.  L’ONU et la communauté internationale doivent fournir leur soutien en respectant les conditions et les particularités locales.  La Chine soutient une démarche respectueuse de la réalité de chacune des régions sortant de crise et est disposée à travailler avec le reste de la communauté internationale sous cet angle.

M. JOEL W. ADECHI (Bénin) a rappelé qu’en Afrique, les conflits ont d’une part chacun leur particularité même s’ils présentent des traits communs, et d’autre part, les acteurs impliqués varient d’un conflit à l’autre.  Les exemples de réconciliation réussie révèlent la nécessité d’aborder le processus de réconciliation selon une approche intégrée et qui s’inscrit dans la durée.  Il importe de tenir compte de la spécificité de chaque situation.  C’est pourquoi, l’appropriation du processus de réconciliation nationale revêt une importance capitale.  La participation au processus de réconciliation doit être aussi incluse que possible, les Nations Unies ou les organisations régionales jouant un rôle de facilitateurs et d’appui.  Le dialogue national organisé au Niger avec l’appui de l’ONU est un exemple de bonne pratique au plan de l’appropriation et de la représentation dans un processus de réconciliation nationale.  La réconciliation participe de l’action préventive contre la résurgence ou la naissance d’un conflit interne, a souligné le représentant, citant l’exemple de son pays.  La réconciliation nationale béninoise doit d’abord son succès au renoncement des acteurs politiques à recourir à la force ou à la violence.  Le second élément qui a été déterminant a été la priorité accordée à l’orientation politique et économique, à la restructuration de l’Etat, plutôt qu’à la désignation des coupables.

De l’avis de M. Adechi, la transition politique a un rôle important à jouer pour rétablir la confiance et renforcer la réconciliation nationale.  L’organisation précipitée d’élections, en raison de la compétition inhérente à toute élection, peut compromettre l’équilibre fragile réalisé et pas encore consolidé.  Un gouvernement d’unité nationale ou d’autres arrangements pour l’exercice partagé du pouvoir peut s’avérer nécessaire et préférable.  Sur la question de savoir s’i faut choisir entre l’amnistie et les tribunaux spéciaux, pour réaliser la réconciliation nationale et une paix durable, là encore, nous pensons que le profil de chaque conflit et des dommages à réparer doivent prévaloir.  L’ONU, a estimé le représentant, a un rôle important à jouer dans le processus de réconciliation, par le renforcement de l’environnement fragile dans lequel il se déroule.  Elle peut assister la société civile, maillon souvent faible et inorganisé au sein des acteurs de la construction; promouvoir la paix sociale, en contribuant à réduire les inégalité économiques; superviser le désarment, la démolition et la réinsertion des ex-combattants, avec une attention particulière pour les enfants soldats; et aider les organisations sous-régionales à réaliser des projets qui renforcent l’unité et la cohésion sous-régionale.  Enfin, l’ONU peut renforcer la réconciliation en favorisant l’émergence de réelles perspectives de progrès social, la restructuration du tissu social.  L’assistance économique soutenue aux pays en situation de post-conflit est indispensable pour rétablir les grands équilibres socioéconomiques et réaliser la sécurité humaine.  C’est pourquoi, l’ONU doit prendre en compte également l’impact que la pauvreté continue d’avoir sur le développement et la sécurité en Afrique de l’Ouest.

M. MIHNEA IOAN MOTOC (Roumanie) a, à son tour, préconisé, une approche intégrée qui comprenne les aspects politique, militaire, économique et social pour rétablir la stabilité dans une zone de crise.  Il n’y pas de solution durable sans réconciliation nationale, a-t-il argué.  Les opérations de maintien de la paix doivent être équipées de manière à ce que leur action de séparation des forces soit complétée par un devoir de rapprochement.  Les forces de la paix, a insisté le représentant, ne sauraient pérenniser une situation de conflit.  La réconciliation nationale, a-t-il poursuivi, suppose la prise en compte de contentieux complexes et difficiles dont la solution ne peut se limiter au pardon individuel et à l’oubli des torts subis.  Le représentant a ensuite reconnu la contribution de la justice à la réconciliation nationale dont celle des tribunaux spéciaux et des lois d’amnistie.  Il a aussi souligné l’importance des réformes politiques et de l’instauration d’un état de droit, domaines dans lesquels l’ONU joue un rôle inestimable.  Le représentant a ensuite donné plusieurs exemples dont celui de la Géorgie qui montre les limites d’une réforme politique inadéquate.  Il a aussi cité le cas du Kosovo, appelant la population de cette province à s’engager dans une véritable réconciliation.  La réconciliation, a-t-il noté, est un processus délicat qui parfois ne devient réelle qu’après plusieurs générations.  Aucune solution type n’existe et il est du devoir du Conseil de sécurité de bien analyser la dynamique sur le terrain et d’avoir une bonne représentation du contexte régional et sous-régional.  Le représentant a conclu en appelant le Conseil à donner un mandat clair aux opérations de maintien de la paix de l’ONU pour qu’elles puissent faire avancer les choses, malgré des conditions souvent difficiles.

S’exprimant au nom de son pays, Mme SOLEDAD ALVEAR, Ministre des affaires étrangères du Chili, a déclaré que les sociétés sortant de conflits ont de si nombreux problèmes à résoudre que le Conseil doit réfléchir à la meilleure manière d’éviter les reprises de conflit après que les parties aient déposé les armes.  La réconciliation est donc une étape cruciale.  Elle ne peut cependant être imposée, et pour la soutenir, la communauté internationale doit tenir compte de l’histoire propre à chaque pays.  L’action des Nations Unies doit prendre en compte les exigences de chaque partie et créer un point d’équilibre impartial.  L’ONU doit travailler de manière à soutenir le redressement des institutions civiles et le retour de l’état de droit.  La justice et la réparation faite aux victimes sont les corollaires de toute action de réconciliation nationale.  Les processus doivent prendre en considération les particularités de chaque situation.  Il n’y a pas de recette universelle dans ce domaine.  Malheureusement, la réconciliation n’est pas encore inscrite de manière systématique dans les actions de l’ONU.  Nous demandons donc la création d’un point focal chargé de cette question au sein de l’Organisation.  Les organisations internationales chargées du développement doivent travailler en concertation avec l’ONU.  Le rôle des femmes doit faire partie intégrante des programmes de réconciliation.  L’ONU doit concrétiser les valeurs universelles qu’elle incarne.

M. RICHARD RYAN (Irlande), s’exprimant au nom de l’Union européenne, des pays candidats et des pays associés, a estimé que la réconciliation nationale est à la fois un processus et un objectif, celui de faire en sorte qu’un peuple divisé se réconcilie.  Les situations post-conflit sont des défis extraordinaires et ce n’est qu’en adoptant une approche globale qu’il sera possible d’instaurer une véritable stabilité politique.  Les Nations Unies peuvent s’y attacher, a affirmé le représentant, en mettant en garde contre la tentation d’imposer des solutions.  Rien ne peut devenir durable sans un engagement des parties prenantes.  La réconciliation nationale doit se fonder sur 10 principes, a poursuivi le représentant en citant l’inclusion de toutes les parties, l’égalité de traitement devant la loi, l’intégration économique et sociale, la réforme des institutions, la réforme constitutionnelle, la guérison, la promotion et la protection des droits de l’homme, la confiance réciproque, l’indemnisation des victimes de la violence et l’évaluation de la situation écologique après les conflits. 

La réconciliation nationale doit rester un objectif prioritaire des efforts de consolidation de la paix des Nations Unies.  Le représentant a appelé à toutes les entités de l’ONU à poursuivre leurs efforts de collaboration, en particulier avec les institutions de Bretton Woods.  Le succès de la réconciliation, a-t-il encore dit, dépend de ce que les responsables de crimes graves puissent être traduits en justice et les Nations Unies ont montré dans ce domaine leur détermination.  Reconnaissant le dilemme entre paix et justice, le représentant a néanmoins rejeté toute amnistie pour les crimes de guerre, de génocide contre l’humanité et les autres violations graves des droits de l’homme et du droit international humanitaire.

M. VLADIMIR DROBNJAK (Croatie) a dit que la réconciliation post-conflit requiert de la patience, chose qui fait généralement défaut à la communauté internationale.  La restauration de la confiance est un précurseur indispensable au processus de réconciliation, et elle dépend généralement des parties au conflit et des peuples de leur région.  Il faudrait bien définir la différence entre la restauration de la confiance et la réconciliation.  La première dépend souvent du retour des réfugiés, des opérations de DDR et de la restauration d’une vie normale pour les populations affectées.  La communauté internationale peut aider les régions affectées à se stabiliser sur le plan social et économique.  Pour les pays de l’ex-Yougoslavie, la perspective d’une adhésion à l’Union européenne sert d’aiguillon en les incitant à rentrer dans la normalité tant sur le plan de la justice que sur celui de la création d’institutions nationales stables et crédibles.  La justice est, en quelque sorte, la parente de la paix, et son bon fonctionnement entre dans le processus de guérison qu’il faut offrir aux peuples qui ont souffert.  Nous devons être conscients que le pardon ne veut pas dire qu’il faut oublier.  L’histoire qu’ont vécue les peuples sortant d’un conflit doit être écrite et reconnue, ce qui leur permet de trouver leurs marques et d’effectuer un nouveau départ.

M. JOE ROBERT PEMAGBI (Sierra Leone) a estimé que la réconciliation nationale est l’aspect le plus important de la paix en période post-conflit.  Dans mon pays, a-t-il souligné, les armes se sont tues mais les divisions demeurent.  Ces divergences ne disparaîtront que lorsque les blessures de la guerre seront guéries et que les cicatrices nous feront dire “plus jamais çà”.  La réconciliation nationale dépend du courage de pardonner, d’une interprétation commune de la notion de coexistence pacifique, d’un sens profond d’appartenance, et du désir de s’attaquer aux causes sous-jacentes du conflit.  Le représentant a fait part des activités de la Commission vérité et réconciliation et du Tribunal spécial international pour son pays avant d’affirmer qu’elles prouvent le rôle incontournable de l’ONU dans cette période délicate.  Compte tenu du caractère essentiel de ces questions, le représentant a estimé qu’elles devraient être intégrées pleinement à chacune des opérations de maintien de la paix des Nations Unies, bénéficier d’un financement adéquat et être contrôlées et évaluées régulièrement.  En la matière, l’ONU devrait travailler en étroite coopération avec les groupes de la société civile ainsi que les chefs de file culturels et traditionnels et procéder à l’évaluation des besoins propres à une période post-conflit.  Le représentant a préconisé la mise sur pied d’une Commission des Nations Unies pour coordonner les activités de réconciliation.  Il a enfin jugé utile de prévoir un mécanisme de réconciliation dans tous les accords de paix comme cela a été le cas pour la Sierra Leone.  Le représentant a conclu en insistant sur la nécessité d’adopter en matière de réconciliation une démarche régionale.

M. AHMED ABOUL GHEIT (Egypte) a déclaré qu’il ne faut pas sous-estimer les blessures que subissent les sociétés humaines des pays qui ont connu un conflit.  Le soutien à la réconciliation suppose un engagement à long terme.  Il faut donc y réfléchir dès le moment où on décide de la nécessité d’engager une opération de maintien de la paix.  La conduite d’un processus de réconciliation suppose que l’on respecte les particularités de chaque conflit et des différents peuples qui y ont pris part.  Il ne saurait y avoir une solution unique à apporter à différentes situations.  L’administration de la justice, le principe de responsabilisation, l’indemnisation des victimes, le partage équitable des ressources et la distribution de rôles équitables dans la gestion des nouveaux pouvoirs installés après les crises sont des paramètres dont il faut tenir compte.  La dimension économique des conflits doit toujours être prise en considération quand on veut lancer un processus de reconstruction et de réconciliation.  Un appui international soutenu est à cet égard indispensable.  L’ONU peut jouer un rôle d’appui à ces efforts dans le cadre d’une stratégie qui serait mise en place par les Etats Membres.  Le Conseil devrait à cette fin travailler avec l’Assemblée générale et l’ECOSOC.

M. MIRZA KUSLJUGIC (Bosnie-Herzégovine) a souligné que son pays est toujours dans une phase post-conflit avant de se féliciter du rôle de l’ONU qui est, entre autres, d’établir les responsabilités des individus et de rendre la vérité à l’histoire.  La recherche de la vérité s’apparente à la recomposition d’un puzzle, a fait observer le représentant avant d’affirmer que l’une des lacunes du Tribunal spécial pour l’ex-Yougoslavie est qu’il n’a pas reconnu le rôle des médias qui ont incité à la haine ethnique.  Dans une situation post-conflit, le rôle des médias est tout aussi important, a-t-il poursuivi avant de soulever la question des personnes disparues comme “l’une des conséquences les plus tragiques de la guerre”.  Il a appelé l’ONU à accepter le rôle qu’il peut jouer.  Le représentant a conclu en rappelant que la réconciliation nationale est un processus fragile, long et complexe qui exige un examen sur soi.  De l’avis de M. Kusljugic, les Commissions vérité et réconciliation, les lois d’amnistie et les tribunaux spéciaux ne sont que des outils.  Sans une prise de conscience des populations elles-mêmes, rien n’est possible.

M. HENRI RAUBENHEIMER (Afrique du Sud) a déclaré que des mesures ont été prises en Afrique du Sud pour dépasser les crimes et les abus du passé.  Le passage de l’apartheid à une démocratie constitutionnelle s’est fait à travers un processus de réconciliation nationale.  Un grand nombre de Sud-Africains, victimes et auteurs de crimes contre les droits de l’homme, ont été entendus par la Commission vérité et réconciliation.  Comme l’a dit l’Archevêque Desmond Tutu, le travail de la Commission a créé une voie unique en offrant une amnistie aux auteurs de violations des droits de l’homme qui reconnaissaient leurs crimes.  Les victimes ont souvent été indemnisées.  L’Afrique du Sud s’est efforcée de réparer les iniquités perpétrées pendant plusieurs décennies.  Les projets de logements, d’adduction d’eau et de création d’emplois pour les groupes autrefois opprimés sont un moyen de réparer les errements du passé.  Notre pays s’est adressé aux Nations Unies pendant sa difficile période de transition.  L’appui de l’ONU s’est manifesté par la création d’un environnement propice au dialogue et à la réconciliation.  Notre pays appuie les initiatives régionales, pour un soutien efficace au maintien de la paix en Afrique.  Au sein de l’Union africaine a été créé un Conseil de maintien de la paix et de la sécurité qui, quand il sera totalement opérationnel, permettra de soutenir les pays du continent qui sortent d’un conflit et entrent dans une phase de réconciliation.  L’Afrique du Sud, qui a toujours aidé les pays sortant d’un conflit, continuera à agir en ce sens.

M. GERT ROSENTHAL (Guatemala) a fait part des enseignements que son pays a tirés de son expérience de réconciliation nationale.  Il a d’abord cité l’existence d’une plate-forme minimum d’accord entre la société civile et le Gouvernement.  La réconciliation nationale doit venir de l’intérieur et ne peut en aucun cas être imposée de l’extérieur, a-t-il insisté.  Il a ensuite cité la coopération internationale en précisant que la présence des Nations Unies s’est révélée un élément indispensable.  Le représentant a aussi jugé important que les acteurs nationaux et internationaux fassent preuve de persévérance, compte tenu des retards naturels qu’enregistre tout processus de paix.  Le représentant a encore cité la nécessité de créer des mécanismes chargés d’enquêter sur les faits, en attirant l’attention sur la Commission pour la clarification historique des violations des droits humains et des actes de violence à l’origine des souffrances du peuple guatémaltèque ou «Commission vérité» mise en place dans son pays.  Le représentant a enfin estimé que la réconciliation nationale suppose que l’on reconnaisse l’importance de l’état de droit et de l’administration de la justice.

M. OSWALDO DE RIVERO (Pérou) a déclaré que la vérité est l’élément de base de tout processus de réconciliation post-conflit.  Toute commission de réconciliation doit faire la lumière sur ce qui a causé des dissensions et relever tout ce qui, avant le conflit, n’avait pas été abordé dans la gouvernance d’un pays.  Ce sont les accumulations de mensonges qui créent souvent les conditions propices à une guerre civile.  En juin 2001, la Commission vérité et réconciliation qui a été créée au Pérou a permis de faire la lumière sur les crimes qui avaient été commis pendant une vingtaine d’années.  Ayant recueilli plus de 17 000 témoignages, elle a permis d’éclairer les Péruviens sur leur passé.  La justice et la réparation sont ensuite des données nécessaires à la poursuite du processus.  Malheureusement, quand il faut reconstruire les vies et les zones détruites par les conflits, la communauté internationale est soudainement absente.  Il est temps que les institutions internationales de financement participent à la réhabilitation des régions affectées en lançant des programmes spéciaux destinés à la reconstruction.  La justice est quant à elle indispensable, car la réconciliation ne doit pas être synonyme d’oubli.  Les pays ont besoin d’un appui à la réforme judiciaire pour parvenir à mettre en place des systèmes judiciaires viables.  Au niveau international, les différents tribunaux, comme ceux pour l’ex-Yougoslavie et le Rwanda, ont créé des précédents favorables.  La Cour pénale internationale, quant à elle, représente l’aboutissement de beaucoup d’espoirs et d’efforts.  L’impunité ne doit pas être acceptée.  Pour nous, la finalité de la réconciliation est d’adopter un nouveau pacte social qui mettrait fin à l’exclusion sociale, source de tous les conflits.

M. V. K. NAMBIAR (Inde) a, à son tour, souligné l’importance des concepts d’appropriation et d’inclusion dans les processus de réconciliation nationale.  Il a en outre souligné l’importance d’administrer la justice et de rendre les coupables responsables de leurs actes.  Il est important, a-t-il insisté, que la création de l’état de droit et l’administration de la justice, dans les périodes post-conflit, soient conformes aux attentes et aux aspirations de la société.  En la matière, a-t-il estimé, l’ONU peut jouer un rôle d’appui et de facilitateur.  Il ne s’agit nullement de minimiser le rôle de l’ONU, s’est expliqué le représentant, mais plutôt de reconnaître la complexité de l’exercice.  En toutes choses, l’ONU doit se rendre compte qu’il n’existe pas d’approche unique.  Au contraire, elle doit assurer aux acteurs locaux une place centrale.  Le représentant a cité la démocratie comme un domaine où l’ONU peut faire une contribution essentielle, compte tenu de son expérience.  Il a aussi cité l’assistance humanitaire, la promotion des droits de l’homme, l’assistance judiciaire et la facilitation des processus politiques comme des domaines où l’ONU peut faire valoir son expérience.  En revanche, le représentant a mis en garde contre toute tentative de satisfaire tel ou tel donateur ou groupe d’intérêts au risque de compromettre le processus de réconciliation.  Le représentant a souligné l’importance de la vérité, de la justice et de la réparation faite aux victimes.  Il a estimé qu’ici encore, le risque est que la communauté internationale se trouve confrontée à l’équilibre controversé et complexe entre les impératifs moraux d’une société post-moderne et les soupçons qui pèsent sur les intérêts des puissances mondiales.  Mal planifiée, la volonté de bien faire peut causer plus de mal que de bien, a prévenu M. Nambiar.

M. BRUNO STAGNO UGARTE (Costa Rica) a déclaré qu’au-delà de la confrontation militaire, il faut résoudre les questions d’origine politique et psychologique affectant les groupes qui s’affrontent.  La fin d’un conflit suppose que l’on mette fin à ce cycle de haine souvent héréditaire.  La réconciliation doit aller au-delà du simple maintien de la paix.  Elle ne doit pas se limiter à la punition des coupables.  Elle doit avoir comme résultat final l’imposition et l’adoption d’une culture de la paix par les parties au conflit elles-mêmes.  La réconciliation doit être basée sur la vérité, la justice et la compassion.  Il faut que la véritable histoire du conflit soit écrite et que les victimes sentent que leurs droits sont reconnus et respectés.  Elles doivent sentir que les oppresseurs ne pourront plus jamais s’en prendre à elles.  La communauté internationale doit appuyer les efforts de réconciliation, mais elle ne peut se substituer aux parties.  L’ONU doit fournir un appui au processus de réconciliation, tandis que la communauté internationale doit lui apporter un soutien sous l’angle logistique et économique.

M. MOHAMED BENNOUNA (Maroc) a déclaré qu’incontestablement, la réussite de la contribution des Nations Unies en matière de réconciliation nationale dans les situations post-conflits réside dans la capacité de l’Organisation à tenir compte des particularités locales.  Le rôle du Conseil de sécurité doit être d’apporter des réponses adéquates et d’adapter les mandats avec la réalité du terrain.  Ces réponses individuelles aux crises et dans les situations post-conflits doivent s’insérer dans une stratégie d’ensemble qui englobera des objectifs communs.  La réinsertion des anciens combattants, à travers des garanties claires pour la sécurité de leur personne, une participation à la vie publique dans le respect du droit et de réelles perspectives économiques et sociales pour eux-mêmes et les membres de leurs familles constituent des éléments incontournables pour le règlement durable des conflits. 

Il est fondamental de protéger la vie et la dignité des individus.  Dans cet esprit, la communauté internationale doit s’impliquer pour résoudre les problèmes liés aux réfugiés et aux personnes déplacées.  Il convient de renforcer le mandat de protection du HCR et de rechercher des solutions durables pour les réfugiés en favorisant en particulier le rapatriement librement consenti dans la dignité et la sécurité.  Une approche globale, a estimé le représentant, doit également tenir compte de l’ensemble des acteurs sur le terrain, à savoir la société civile, les organisations non gouvernementales, mais aussi et surtout les femmes.  Afin de promouvoir une culture de la réconciliation et donc en définitive une culture de la prévention, il est important d’explorer toutes les possibilités offertes en matière de règlement des différends tout en respectant la souveraineté et l’intégrité territoriale des Etats.  L’importance croissante du thème objet de notre débat aujourd’hui nécessite aussi une plus grande interaction entre les agences et les organes des Nations Unies notamment l’ECOSOC et le Conseil de sécurité.  La réflexion actuellement en cours sur la réforme des Nations Unies doit être aussi l’occasion pour nous d’évaluer les insuffisances du système de l’ONU dans les situations de conflit et de post-conflit, notamment dans leur dimension humanitaire en tirant les leçons des expériences passées et en faisant preuve de créativité pour résoudre les crises actuelles.

M. KOICHI HARAGUCHI (Japon) a estimé qu’en matière de réconciliation nationale, il convient d’abord d’oeuvrer au rétablissement de la justice tout en gardant à l’esprit que la stricte application des principes de cette justice comme définie par la partie tierce à une situation post-conflit ne contribue pas toujours à la réconciliation nationale.  Il a ensuite estimé qu’il est important de mettre fin à la discrimination et l’injustice sociale.  Le représentant a souligné la nécessité pour les parties elles-mêmes de prendre le temps de discuter et d’enregistrer des progrès un par un.  La communauté internationale, a-t-il poursuivi, doit pour sa part appuyer la création d’un cadre propice à ces discussions.  Enfin, le représentant a voulu que l’on reconnaisse l'importance du développement économique et social.  Il a terminé en soulignant que la relation entre réconciliation nationale, justice, vérité et reconstruction dans la phase transitoire post-conflit est une question complexe.  Il a donc suggéré aux Nations Unies d’identifier avec précision les problèmes rencontrés et les enseignements à tirer pour rendre le débat plus efficace.

M. CESAR MAYORAL (Argentine) a déclaré que les pays qui ont été touchés par les violences ont besoin de bases cohérentes pour se redresser.  L’Argentine, qui a connu de longues années de dictature, a compris que c’est sur la base de la vérité et de la justice que l’on pouvait partir sur de nouvelles bases.  Malheureusement certains des auteurs de crimes ont argué que le processus de réconciliation était en réalité un processus de vengeance, ce qui a bloqué pendant de longues années tout le travail de la Commission nationale de réconciliation.  Les normes qui auraient pu permettre au pays de parvenir à un processus d’aveu et de pardon n’ont pu être mises en place.  Il a fallu que les ONG et la société civile fassent pression sur les différents gouvernements de l’après-dictature pour mettre en marche une évolution judiciaire qui pourrait enfin juger les auteurs des nombreuses violations qui se sont produites.  Le Gouvernement du Président Kirchner espère parvenir à un dénouement qui verrait l’histoire de cette période sombre être écrite de manière juste, ce qui permettrait enfin aux victimes de recevoir les compensations auxquelles elles ont droit.  L’expérience de l’Argentine montre que les processus de réconciliation ne peuvent être imposés de l’extérieur.  Seuls les peuples concernés peuvent mener à terme, avec le soutien de l’ONU et du reste de l’humanité, un tel processus.

m. marc ntetuRuye (Burundi) a rappelé que son pays est engagé dans un processus de négociation pour la paix depuis six ans.  Les progrès enregistrés depuis la signature de l’Accord de paix et des Accords de cessez-le-feu avec les groupes rebelles nous permettent d’espérer la fin de la guerre dans un avenir proche, a-t-il dit.  Mais les Burundais ne cessent de décrire la situation d’impunité des crimes imposés par une politisation et une polarisation à outrance de la société, suite aux violences ethniques qu’a connues le Burundi depuis l’indépendance.  Les organisations nationales et internationales de défense des droits de l’homme considèrent que le point le plus faible du processus de paix burundais est la façon dont la question de lutte contre l’impunité est perçue dans les Accords signés.  La question qui se pose est celle de savoir si un pays peut réussir sa sortie de crise grave comme le conflit meurtrier du Burundi, sans passer par un minimum d’état de droit et de réconciliation morale des victimes.  Ici, le concours des Nations Unies peut être déterminant, a estimé M. Ntetutuye.

Alors que l’état de confiance entre Burundais ne leur permet toujours pas d’organiser une enquête acceptable par eux-mêmes, le pays attend toujours l’arrivée d’une autre Commission internationale d’enquête judiciaire dont la requête a été déposée aux Nations Unies le 23 juillet 2002 par le Gouvernement, a fait remarquer le représentant.  Il s’est félicité toutefois que le Conseil de sécurité ait approuvé les termes de référence d’une mission d’évaluation par le Secrétaire général qui devrait être dépêchée au Burundi dans les prochains jours, comme prélude à la mise sur pied de la Commission.  Les négociateurs à Arusha ont également convenu de la mise sur pied d’une Commission vérité et réconciliation, dont la mission est complémentaire à celle de la précédente.  Le Burundi doit mettre en place une justice impartiale et réconciliatrice car c’est le moyen le plus sûr de réussir la réconciliation, de parvenir à l’état de droit et de bâtir la démocratie dans le pays et dans toute la région des Grands Lacs.  Les Nations Unies peuvent contribuer à la paix et à la réconciliation au Burundi en mobilisant la communauté internationale pour qu’elle améliore les conditions de vie de la population, en particulier les catégories les plus touchées par la guerre, a estimé le représentant.

M. SAM-HOON KIM (République de Corée) a souligné que le lancement d’un processus de réconciliation par la promotion de la confiance et de la compréhension mutuelle est une tâche complexe mais essentielle.  Il a estimé que les Nations Unies, grâce à leur riche expérience, ont un rôle indispensable à jouer en la matière.  Si la réconciliation ne peut être imposée à une société, les Nations Unies ont en revanche été en mesure d’aider les victimes d’un conflit à prendre leur destin commun en main.  Toute situation de conflit exige une nouvelle approche qui tienne compte du contexte culturel et historique.  Un des objectifs de l’ONU doit être de coordonner ses diverses institutions, les ONG, les gouvernements locaux et la société civile pour mener le pays sur la voie de l’autosuffisance.  Le représentant a conclu sur l’importance de l’administration de la justice tout en estimant que l’amnistie permet parfois de surmonter le passé.  La création d’un juste équilibre entre l’amnistie et la traduction en justice des coupables d’actes de violence doivent être trouvées dans tout effort de consolidation de la paix. 

M. DEJAN SAHOVIC (Serbie-et-Monténégro) a déclaré que son pays et toute la région qui l’entoure ne savent que trop bien ce que sont les impacts négatifs des conflits.  Sans activité de désarmement, démobilisation et réinsertion des ex-combattants, il y a peu de chance de parvenir à des résultats positifs en ce qui concerne les processus de réconciliation.  L’ex-Yougoslavie vit une situation très particulière du fait que des peuples qui autrefois vivaient au sein d’un seul Etat doivent aujourd’hui établir des relations qui relèvent de leurs nouveaux statuts de citoyens d’Etats souverains ou de communautés distinctes au sein d’un même Etat.  Concernant notre pays, beaucoup des exigences contenues dans les résolutions le concernant n’ont jamais été accomplies.  Certaines des personnes accusées de crimes courent toujours, tandis que l’on a l’impression que d’autres sont beaucoup plus sous le collimateur du Tribunal pénal pour l’ex-Yougoslavie.  L’impact de ce Tribunal influe négativement sur le développement de la démocratie à l’intérieur de la Serbie-et-Monténégro.  Il faudrait veiller à assurer aux tribunaux internationaux une véritable impartialité.  A ce jour, on ne compte qu’un nombre symbolique de réfugiés et de personnes déplacées qui sont retournés dans leur foyer et aucun des auteurs des crimes contre des non-Albanais n’a été traduit en justice.  La MINUK n’a même pas pu mettre en place des mesures de protection pour les ressortissants d’ethnie non albanaise vivant au Kosovo et dans la Mitidja.  Il est important que l’ONU et la communauté internationale comprennent mieux la nature des conflits. 

M. STANISLAS KAMANZI (Rwanda) a rendu compte des enseignements tirés par son pays en matière de réconciliation nationale.  Nous avons appris, a-t-il dit, que la réconciliation nationale est un long processus qui s’étend sur des années, voire des générations.  Nous avons surtout appris, a-t-il précisé, que la réhabilitation des structures de gouvernance locale est une condition préalable au succès du processus de réconciliation nationale.  Après avoir créé un environnement favorable à un tel processus, le Rwanda, a encore indiqué le représentant, a mis sur pied une Commission d’union et de réconciliation nationales.  Les discussions, a-t-il dit, ont permis de lancer un examen de conscience collectif et d’identifier les erreurs et la manière de les éviter à l’avenir.  Une des leçons importantes que le Rwanda a apprise, a-t-il poursuivi, est que la justice est un élément essentiel à la réconciliation entre les coupables et les victimes.  La réconciliation n’est pas toujours servie par l’amnistie et le pardon.  La justice est également importante pour éliminer la culture de l’impunité qui a si longtemps caractérisé la vie rwandaise, a encore confié le représentant.  L’administration de la justice visait aussi à réhabiliter les coupables et à rendre ainsi possible leur réconciliation avec les victimes.  Enfin, au titre des derniers éléments, le représentant a cité la bonne gouvernance et le développement économique et social.  En toutes choses, il a réservé un rôle d’appui aux Nations Unies, en particulier dans le domaine de la création d’un environnement propice à la réconciliation nationale et à la mobilisation d’un appui international à la reconstruction économique après conflit.  Soulignant que l’ONU n’a pas été la hauteur des défis rwandais, le représentant a néanmoins espéré qu’elle le sera désormais pour d’autres situations dans le monde.

M. CARLOS PUJALTE (Mexique) a déclaré que la paix et la sécurité ne peuvent être consolidées que lorsque les processus de réconciliation respectent les normes internationales.  Toutefois, la conduite des opérations relatives à ces processus dépend aussi des conditions qui règnent dans chaque pays en conflit.  Les formules que l’on applique en vue de parvenir à la réconciliation ne sont pas encore mûres.  La création de commissions «vérité et réconciliation» et la politique des amnisties, qui ont été utilisées jusqu’à maintenant, ont obtenu des résultats plus ou moins bons selon les régions concernées.  Nous pensons que la méthode adoptée en Sierra Leone, où on a à la fois mis en place une commission de réconciliation nationale et créé un tribunal pénal, répond bien aux besoins de ce pays.  Le rôle de la justice pénale nous semble important.  Les résultats obtenus en ex-Yougoslavie et au Rwanda devraient être encouragés. 

M. CHRISTIAN WENAWESER (Liechtenstein) a souligné que si les processus de réconciliation nationale vont dans le sens des objectifs de maintien de la paix et de la sécurité internationales de l’ONU, cela ne signifie pas que l’ONU doit automatiquement y jouer un rôle important.  Le fait que chaque situation doit être évaluée sous l’angle de sa spécificité et que la réconciliation ne peut être imposée de l’extérieur fait que les Nations Unies sont souvent confinées à un rôle d’assistance.  Le fait que l’appropriation du processus par les parties prenantes doit aussi prévaloir lorsqu’il s’agit d’établir un équilibre entre les idéaux de justice et ceux de la réconciliation nationale confine aussi les Nations Unies dans un rôle d’assistance.  Le cadre d’action de l’ONU étant établi, le représentant a estimé que l’Organisation peut agir en tant que catalyseur et aider les sociétés à trouver la voie d’une réconciliation durable.  Une telle assistance, a-t-il dit, doit néanmoins être fondée sur une connaissance approfondie des paramètres politique, culturel, historique et autres d’une société.  En conséquence, le renforcement des capacités analytiques de l’ONU est une mesure importante à prendre pour affirmer son rôle dans les processus de réconciliation. 

M. N. E. NDEKHEDEHE (Nigéria) a dit que l’incapacité de la communauté internationale à réellement s’engager dans de véritables actions de rétablissement de la paix constitue le premier obstacle à la reconstruction des régions sortant de conflit.  L’ONU s’est engagée au Libéria au début du conflit qui a longtemps déchiré ce pays.  Mais seule la désignation d’un Représentant spécial par le Secrétaire général et la mise en place d’un Groupe de contact ont permis un début de véritable solution à la question libérienne.  La défaillance des programmes de désarmement, démobilisation et réinsertion (DDR) est à la source de l’effondrement de nombreuses missions de maintien de la paix que l’on croyait pourtant bien parties.  S’il n’y a pas de réinsertion des ex-combattants, ces derniers, généralement, reprennent le maquis.  Pour que la réconciliation perdure, il faut s’attaquer non seulement aux problèmes politiques mais aussi à l’aspect économique du conflit.  Nous demandons que le rôle que joue le PNUD en Afghanistan, et qui est remarquable, soit également appliqué dans d’autres zones sortant de conflit.  La circulation des armes légères constitue une menace constante pour les régions en conflit, surtout en Afrique.  Nous nous félicitons donc de la création d’un Groupe de travail chargé d’élaborer un instrument international juridiquement contraignant sur le traçage et le courtage de ces armes.

M. PHILIPPE DJANGONE-BI (Côte d’Ivoire) a souligné que le rôle des Nations Unies est important dans cette phase critique où l’urgence d’un cessez-le-feu, puis celle de la conclusion d’un accord de paix exposent le médiateur au risque toujours redouté d’être accusé de partialité.  Les Nations Unies doivent, ici, recenser exhaustivement toutes les parties au conflit, susciter, sous le feu, le rétablissement du dialogue, amener à la table de négociation toutes les parties prenantes et arbitrer leurs exigences disparates et souvent contradictoires, dans le respect de leur statut.  L’ONU doit, avec patience et entregent, diriger l’élaboration de l’accord de paix sans donner aux parties en présence le sentiment d’être menées par le bout du nez ou placées sous tutelle.  Dans le même temps, la gestion des réfugiés et des déplacées, la mise en place d’une assistance humanitaire l’interpelle.  Les Nations Unies doivent enfin garantir le soutien de la communauté internationale et de la société civile à l’accord conclu.  Défi majeur aux femmes et aux hommes du pays sortant de conflit, la réconciliation nationale après les conflits demeure une entreprise dont le maître d’ouvrage autant que d’œuvre reste la communauté nationale. 

Le dispositif et l’ordre politique ainsi que les mesures économiques et sociales esquissées au cours de la résolution de la crise doivent être maintenant mis en œuvre par les nationaux avec patience, ingéniosité et réalisme.  L’accord de paix, tel celui de Linas-Marcoussis, doit être appliqué avec sincérité par des parties faisant assaut d’humilité et démontrant opiniâtrement une volonté ferme de se réconcilier et de coopérer.  Cependant, à l’exemple de la conciliation et des sources des conflits, la réconciliation nationale revêt un caractère sous-régional, régional, voire international incontestable.  Les facteurs externes au conflit doivent être traités.  La nation est à ressouder et à reconstruire; dans le même temps, elle doit être réinsérée dans le concert de celles qui, en paix, ont continué à promouvoir leur développement intégral dans la solidarité sous-régionale, régionale et internationale.  Nul, mieux que l’ONU avec son réseau d’agences et institutions spécialisées, a souligné le représentant, ne peut aider à la réconciliation nationale d’un pays sortant d’un conflit.

M. RAVAN FARHADI (Afghanistan) a annoncé au Conseil la signature par le Président Karzaï de la nouvelle Constitution de son pays.  Signée aujourd’hui, a-t-il rappelé, la Constitution avait été adoptée le 5 janvier dernier par une Loya Jirga composée de tous les groupes ethniques et segments de la société afghane.  L’adoption de la nouvelle Constitution, a-t-il poursuivi, a prouvé la capacité des Afghans à se mettre d’accord sur les principales questions liées à la réconciliation nationale.  Dans ce contexte, a estimé le représentant, les efforts des Nations Unies en tant qu’organe international impartial constitue un autre succès remarquable.  Le représentant a aussi souligné la volonté politique “véritable et honnête” dont ont fait preuve les groupes politiques afghans dans le processus de réconciliation et de consolidation de la paix et de la sécurité.  Il a conclu en soulignant que l’offre d’une assistance internationale au processus de reconstruction du pays aurait un réel impact sur la stabilité et la sécurité en Afghanistan et, en conséquence, sur la tenue des élections présidentielles et législatives prévues pour le mois de juin 2004.

M. IYA TIDJANI (Cameroun) a déclaré que la recherche de solutions aux conflits africains passe par l’identification de leurs causes profondes.  Les luttes pour le pouvoir et le contrôle des richesses, les problèmes de gouvernance et les rivalités intercommunautaires sont souvent au cœur de la plupart de ces conflits.  Sans processus de réconciliation nationale, il est impossible de restaurer le fonctionnement des institutions et de favoriser un retour à une vie normale.  Le Cameroun soutient les efforts déployés dans ce domaine par les Nations Unies.  Les tentations de recours à la force peuvent être mises en échec par les processus de réconciliation.  Les opérations de DDR, ou l’assistance à la reconstruction, sont parmi les programmes nécessaires à une réconciliation nationale.  La délégation de l’Algérie a clairement défini ce matin les efforts à déployer en la matière.  Le Cameroun estime qu’une action diligente peut permettre de mettre fin aux conflits dès qu’ils menacent.  Il est important d’inclure la société civile et notamment les femmes et les jeunes.  L’ONU peut jouer un rôle de catalyseur et de rassembleur en vue de faire participer les ONG, les organisations régionales et d’autres acteurs locaux à ces processus.  La lutte contre l’impunité doit être promue et défendue, les auteurs de violations graves devant faire face à la justice.  Nous sommes cependant d’accord avec le Secrétaire général adjoint aux affaires politiques, M. Kalomoh, qui a évoqué ce matin la nécessité d’un certain pragmatisme pour pouvoir trouver des solutions respectant les particularités de chaque conflit et de chaque région.  La réconciliation nationale ne saurait cependant dépendre totalement de l’ONU.  Il appartient aux parties en conflit de comprendre les enjeux et de créer un environnement propice à l’épanouissement de leurs peuples.  La réconciliation nationale peut être, de ce fait, une œuvre de longue haleine.

Déclaration présidentielle

A la 4903e séance du Conseil de sécurité, tenue le 26 janvier 2004 sur le point intitulé «Réconciliation nationale après un conflit: rôle de l’Organisation des Nations Unies», le Président a fait la déclaration suivante au nom des membres du Conseil:

            «Le Conseil de sécurité s’est réuni le 26 janvier 2004 pour examiner le point intitulé “Réconciliation nationale après un conflit: rôle de l’Organisation des Nations Unies”.  Les membres du Conseil ont exprimé leurs vues et leurs opinions sur la question et réaffirmé que celle-ci était de la plus haute importance, en soulignant qu’elle devait faire l’objet d’une coopération étroite au sein du système des Nations Unies, y compris le Conseil.

            Dans les déclarations, on a insisté sur les tâches importantes auxquelles il fallait s’atteler après les conflits si l’on voulait atteindre l’objectif que constituait la réconciliation nationale, ainsi que sur l’expérience et les compétences acquises par le système des Nations Unies et les États Membres en la matière.

            Les membres du Conseil ont estimé qu’il conviendrait d’étudier de plus près comment exploiter ces compétences et ces expériences acquises dans plusieurs domaines clefs, et à quelles fins, afin que le Conseil, le système des Nations Unies, les Etats Membres de l’Organisation et l’ensemble de la communauté internationale puissent en bénéficier plus aisément et tirer les enseignements du passé pour aller de l’avant, selon qu’il conviendrait.

            Le Conseil invite le Secrétaire général à tenir compte des vues sur la question qui ont été exprimées au cours de ce débat lorsqu’il établira son rapport sur le rôle de l’Organisation des Nations Unies dans les domaines de la justice et de l’état de droit.

            Le Conseil invite tous les Etats Membres de l’ONU et les autres organes du système des Nations Unies qui disposent de compétence et d’expérience en la matière à prendre part à ce processus.»

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