LE CONSEIL DE SECURITE DEBAT DE L’APPLICATION DES MESURES PREVUES CONTRE AL-QAIDA, LES TALIBAN ET LEURS ASSOCIES

12 janvier 2004
CS/2612

LE CONSEIL DE SECURITE DEBAT DE L’APPLICATION DES MESURES PREVUES CONTRE AL-QAIDA, LES TALIBAN ET LEURS ASSOCIES

12/01/2004
Communiqué de presse
CS/2612


Conseil de sécurité

4892e séance - matin


LE CONSEIL DE SECURITE DEBAT DE L’APPLICATION DES MESURES PREVUES CONTRE AL-QAIDA, LES TALIBAN ET LEURS ASSOCIES


Réuni ce matin sous la présidence de M. Heraldo Muñoz (Chili), le Conseil de sécurité a examiné les menaces contre la paix et la sécurité internationales résultant d’actes de terrorisme et a, dans ce cadre, débattu de l’application des termes et des mesures imposées par la résolution 1267 (1999) du Conseil de sécurité, qui prévoyait un cadre de sanctions contre l’organisation Al-Qaida, les Taliban et les entités qui leur sont associées.  Après la présentation orale du rapport du Comité du Conseil de sécurité créé par la résolution 1267* par M. Muñoz, qui le préside, les membres du Conseil ont unanimement regretté que moins de la moitié des Etats Membres des Nations Unies aient soumis au Comité un rapport national sur la manière dont ils mettent en œuvre les directives relatives à l’embargo sur les armes, à l’interdiction de voyager et au gel des avoirs financiers imposés aux membres d’Al-Qaida, aux Taliban et aux personnes qui leur sont liées.


Estimant que l’année 2003 a été importante pour le travail du Comité, dont le Président s’est rendu dans un certain nombre d’Etats, le représentant des Etats-Unis a demandé que de nouvelles mesures soient prises par les Etats qui ont de nombreux échanges commerciaux avec son pays, en vue de renforcer la sécurité des navires et des aéronefs entrant aux Etats-Unis.  Citant les dispositions prises par le Canada et le Mexique, le représentant a souhaité que ce modèle soit pris en exemple au niveau international et fasse l’objet d’une coopération active.  Réitérant l’engagement de son pays à apporter une aide matérielle, financière et technique aux Etats qui manquent des ressources nécessaires à la confection de rapports nationaux respectant les directives des résolutions 1267 et 1455, le représentant a en revanche indiqué que les Etats-Unis pourraient demander que soient prises des mesures coercitives envers les pays qui, par simple manque de volonté politique, refusent de fournir des informations et de soumettre des rapports.


Comme le précise le rapport, près d’un tiers des pays ayant soumis des rapports ont indiqué qu’ils n’avaient pas encore incorporé tous les noms figurant dans la liste récapitulative des Nations Unies au niveau national.  Un certain nombre de délégations, dont celles de l’Algérie et du Japon, ont regretté qu’à ce jour aucune arrestation des individus figurant sur cette liste n’ait été signalée par un Etat.  Pour leur part, les délégations de l’Irlande, s’exprimant au nom de l’Union européenne, et du Liechtenstein, ont insisté sur le respect des droits de l’homme et de la légitimité internationale dans la mise en œuvre des mesures antiterroristes.  L’Irlande a jugé nécessaire l’adoption d’une nouvelle résolution qui préserve la transparence, l’équité et la légitimité des travaux et des actions du Comité.  A cet égard, de nombreuses délégations ont demandé que l’établissement de la liste d’interdiction de voyager se fasse à travers un processus impartial et transparent, l’Irlande demandant que les personnes dont les noms se retrouveraient sur cette liste soient prévenues et si possible entendues, au cas où elles s’estiment victimes d’erreurs ou d’abus.  Inquiet que Al-Qaida ait annoncé, selon certaines sources, vouloir faire usage d’armes chimiques, le représentant du Japon a exhorté les Etats Membres à renforcer les mesures d’embargo sur les armes, qui constituent l’une des préoccupations majeures du Comité, car les Etats semblent rechigner à fournir des informations sur les saisies d’armes et d’explosifs illégaux apparemment destinés à Al-Qaida et aux Taliban. 


Dans son intervention, le représentant du Pakistan a déclaré que son pays avait pris les mesures nécessaires au contrôle de sa frontière avec l’Afghanistan en y déployant 17 000 soldats et en créant une force d’intervention rapide qui a permis l’arrestation de 500 personnes membres ou associées des Taliban et d’Al-Qaida.  Après avoir demandé une assistance au Conseil de sécurité dans les domaines du renforcement des ressources humaines et des technologies de surveillance et de détection, le représentant a tenu à indiquer que la lutte contre le terrorisme ne devait pas être transformée en outil d’oppression de certains peuples, de leur religion ou de leur culture.


* Le rapport du Groupe de suivi de l’application des mesures imposées à Al-Qaida, aux Taliban et aux individus et entités qui leur sont associés a été publié sous la cote S/2003/1070.


MENACES À LA PAIX ET À LA SÉCURITÉ INTERNATIONALES CAUSÉES PAR DES ACTES TERRORISTES


Déclarations


M. HERALDO MUNOZ (Chili), intervenant en sa qualité de Président du Comité du Conseil de sécurité créé par la résolution 1267 concernant Al-Qaida, les Taliban et les personespersonnes et et entités qui leur sont associées, a rappelé que 34 sessions officieuses et quatre séances publiques avaient été organisées en 2003.  Il a déploré le manque de réponses émanant des parties concernées, estimant que les déplacements des membres du Comité sur le terrain avaient contribué à réactiver la coopération des Etats membres qui ont fait parvenir 94 rapports au Comité.  Le Groupe de suivi s’est rendu dans certains pays pour examiner les mesures prises en application de la résolution 1267, a précisé M. Munoz, avant d’indiquer que les Etats visités avaient pu profiter des visites effectuées par les membres du Comité pour poser des questions précises sur les aspects techniques de la résolution.  Rappelant également qu’il s’était rendu personnellement en Europe et en Asie en octobre et novembre 2003, le Président du Comité a indiqué qu’il avait pour objectif d’établir un dialogue avec les autorités des pays visités pour déployer les efforts visant à neutraliser les réseaux des Taliban et ceux d’Al-Qaida. 


Les recommandations contenues dans les rapports insistent notamment sur l’identification et le gel des ressources non financières des groupes terroristes ou l’interdiction de voyager, a précisé M. Munoz, soulignant par ailleurs que les rapports contiennent des détails concernant les mesures administratives prises dans certains Etats pour geler les biens non financiers et également pour identifier l’infiltration de personnes suspectes aux frontières.  Estimant que les difficultés rencontrées sont d’ordre technique et certainement pas politique, le Président du Comité a souligné que de nombreux pays avaient adapté leurs cadres juridiques pour lutter contre le blanchiment et mis en place des mécanismes pour détecter les organisations qui réapparaissent sous une nouvelle identité.  Plaidant de nouveau pour un renforcement de la coopération internationale dans ce domaine, M. Munoz a souhaité que le Conseil de sécurité contribue à dynamiser et soutenir les travaux du Comité.  Evoquant ensuite les rapports présentés par les Etats, le Président du Comité a proposé d’adapter les critères de présentation aux spécificités des pays, M. Munoz indiquant par ailleurs qu’à la lecture des rapports présentés à ce jour, il importait de mettre en place des mécanismes de soutien par les Etats Membres et les organisations internationales aux efforts visant à geler les biens non financiers. 


Le tiers des Etats qui ont présenté un rapport n’ont pas encore intégré au niveau national la liste des personnes identifiées par le Comité, a précisé M. Munoz, suggérant d’améliorer la liste et d’accroître les capacités techniques des Etats.  Le Président du Comité s’est inquiété ensuite des failles existantes dans le domaine du contrôle des armes, suggérant de renforcer l’embargo sur les armes en incluant les matières dangereuses pouvant servir à la conception d’armes de destruction massive par Al-Qaida et les autres groupes terroristes.  A ce jour, 98 Etats n’ont toujours pas présenté de rapports au Comité, a-t-il déploré, soit plus de la moitié des Etats Membres qui n’honorent pas les résolutions du Conseil de sécurité.  Admettant que le nombre de rapports à soumettre est souvent élevé, eu égard à leurs capacités nationales, le Président du Comité a encouragé les Etats à faire état des problèmes qu’ils rencontrent afin de pouvoir trouver des solutions.  Le travail du Comité ne peut être dynamique que si les Etats coopèrent dans la lutte contre les groupes terroristes, en particulier Al-Qaida et les Taliban, a fait valoir M. Munoz, avant d’assurer qu’il renforcerait les liens avec le Comité contre le terrorisme créé par la résolution 1373 (2001) et poursuivrait les visites dans les capitales concernées afin de maintenir le dialogue.  Le Président du Comité a également souligné l’importance de la coopération avec Interpol dans le travail de lutte contre les entités terroristes. 


M...............(. STUART HOLLIDAY(Etats-Unis) a déclaré que l’année 2003 a été importante pour le Comité des sanctions contre Al-Qaida et les Taliban et les entités qui leur sont associées.  Notre pays estime que le Comité est un organe central de la lutte contre le terrorisme.  Le gel des transferts et fonds liés au terrorisme devrait aller au-delà de celui des seuls comptes bancaires.  Le Comité devra mieux cibler son travail à l’avenir et nous demandons que le projet de résolution qui sera prochainement adopté tienne compte de cette nécessité.  Le Comité doit examiner les questions-clefs qui se posent sur Al-Qaida de manière plus pertinente, et à cet égard, les Etats-Unis demandent aux Etats de faire davantage.  Notre pays pense que de nouvelles mesures doivent être prises par les pays qui ont de nombreux échanges commerciaux et maritimes avec nous.  Les efforts du Canada et du Mexique doivent être soutenus à cet égard par une meilleure coopération internationale.  Les Etats-Unis sont prêts à apporter une aide aux Etats qui manquent de ressources humaines ou matérielles pour pouvoir confectionner des rapports nationaux sur la manière dont ils mènent la lutte contre le terrorisme.  Cependant, en ce qui concerne un autre groupe de pays, qui ont les moyens nécessaires de remplir leurs engagements, mais manquent de volonté politique, les Etats-Unis demandent qu’il soit envisagé des mesures coercitives contre eux.  Les efforts antiterroristes ne doivent se relâcher à aucun prix.


M. WOLFGANG TRAUTWEIN (Allemagne) a estimé que le régime des sanctions de l’ONU visant les Taliban, Al-Qaida et les entités qui leur sont associées devrait être renforcé, notamment grâce aux discussions de fond organisées par l’Ambassadeur Munoz et les visites qu’il a effectuées, en particulier en Allemagne.  Le Groupe de suivi a présenté un rapport intéressant dont les recommandations et conclusions doivent être prises en compte par le Conseil de sécurité, a indiqué le représentant de l’Allemagne.  Rappelant les conclusions d’un séminaire sur la lutte contre le terrorisme organisé en novembre 2003 par l’Union européenne, et en particulier la Suède et l’Allemagne, le représentant a encouragé le Comité à intégrer les éléments relatifs aux personnes citées à tort dans la liste. 


M. JEAN-MARC DE LA SABLIERE (France) a déclaré que des groupes locaux et franchisés semblent avoir pris la relève d’Al-Qaida.  Le régime des sanctions mis en place par la résolution 1267 a été amélioré.  La France est frappée de constater cependant que moins de la moitié des Etats Membres ont soumis des rapports nationaux sur l’application des mesures préconisées par le Conseil contre Al-Qaida et les Taliban, notamment en ce qui concerne l’embargo sur les armes et la suppression des ressources financières.  L’adaptation régulière du régime des sanctions est à notre avis capitale.  Les mesures prises contre Al-Qaida doivent être renforcées et améliorées.  La France aimerait que les discussions qui auront lieu sur ce sujet soient très concrètes.


M. ZHANG YISHAN (Chine) a salué les résultats obtenus en 2003 par le Comité créé par la résolution 1267 concernant les sanctions contre le réseau Al-Qaida et les Taliban.  Ce Comité est devenu rapidement un instrument incontournable du dispositif de la communauté internationale de lutte contre le terrorisme, a-t-il dit, avant de souhaiter que le régime des sanctions soit amélioré et renforcé.  La mise en œuvre des sanctions dépend des efforts que déploieront tous les Etats Membres, a-t-il dit, invitant les experts du Comité à renforcer leur assistance technique et financière aux Etats qui en feraient la demande.  La liste de noms doit être actualisée et complétée régulièrement, a-t-il souligné, exhortant à cet égard le Groupe de suivi à s’assurer que les informations dont il dispose sont exactes et fiables.  Enfin, le représentant de la Chine a insisté sur la nécessité pour lele Comité des sanctions créé par la résolution 1267 de coopérer avec d’autres entités comme Interpol.  Il a fait part ensuite des efforts déployés par le Gouvernement chinois pour neutraliser les groupes terroristes liés à Al-Qaida, avant d’inviter la communauté internationale à soutenir de tels efforts.


M. ABDALLAH BAALI (Algérie) a regretté que 371 noms seulement figurent sur la liste consolidée, publiée par le Comité.  L’Algérie appelle à plus de transparence dans les travaux du Comité et à l’amélioration de ses méthodes de travail en vue d’un examen approfondi et rapide des listes d’individus et d’entités terroristes soumises par les Etats.  Nous comprenons les déplacements du Président du Comité comme un moyen de renforcer la mise en œuvre des mesures préconisées par le Comité.  Nous constatons que seuls 92 Etats Membres ont soumis des rapports nationaux.  Nous appelons les 99 autres Etats Membres à soumettre ces rapports et demandons au Comité de soumettre un rapport indiquant les raisons pour lesquelles ces Etats ne se sont pas acquittés de leurs obligations.  Nous souhaitons aussi que le Groupe de suivi et le Comité coordonnent mieux leurs activités pour améliorer les travaux du Comité.  Pour sa part, l’Algérie a déjà soumis trois rapports au Comité, a indiqué M. Baali, assurant que son pays poursuivra cette coopération de manière soutenue.  La lutte contre Al-Qaida exige une meilleure coopération internationale.  Cette lutte doit reposer sur la notion de sécurité collective, elle-même fondée sur l’indivisibilité de la sécurité.  La bonne foi doit régner dans les efforts antiterroristes, et les causes sous-jacentes du phénomène doivent être combattues.


M. INOCENCIO F. ARIAS (Espagne) a réaffirmé le caractère prioritaire de la lutte contre la menace terroriste, saluant les succès remportés par le Comité créé par la résolution 1267 et invitant les Etats Membres à accroître leur coopération avec cette instance.  Il a souhaité ensuite que la résolution sur le mandat du Comité, qui sera prochainement adoptée, renforce le régime des sanctions et contienne des dispositions claires concernant la coopération avec les organisations telles qu’Interpol afin de neutraliser les entités liées aux Taliban et à Al-Qaida.  M. Arias s’est également prononcé pour le renforcement de la transparence dans le travail du Comité et dans ses liens avec les Etats Membres. 


M. EMYR JONES PARRY (Royaume-Uni) a dit que le rapport du Président du Comité avait énuméré les difficultés que rencontrent certains Etats Membres à mettre en œuvre les sanctions préconisées contre Al-Qaida.  La tâche du Comité étant immense, il devrait bénéficier d’un maximum de coopération de la part de toute la communauté internationale.  La collaboration fournie par Interpol devrait servir d’exemple aux autres organisations internationales ou sous-régionales.  La question de l’assistance technique aux Etats devrait recevoir une réponse de la part des donateurs.  Nous pourrions en outre identifier certaines pratiques optimales se basant sur les exemples cités dans le rapport oral du Président du Comité.  Al-Qaida étant un réseau international dont les différentes mouvances croissent sans arrêt, il n’y pas de honte pour le Comité à reconnaître que des éléments, notamment les noms de certains individus et entités peuvent lui échapper.


M. RONALDO MOTA SARDENBERG (Brésil) a exhorté le Comité créé par la résolution 1267 à poursuivre ses efforts dans la lutte contre les entités terroristes liées aux Taliban et à Al-Qaida.  Le Brésil dispose d’une Constitution qui bannit tout soutien au terrorisme, a fait valoir M. Sardenberg, déplorant que plus de la moitié des Etats Membres n’aient pas soumis leur rapport.  Il a insisté sur la nécessité de prévoir, dans la résolution qui sera adoptée prochainement, des dispositions visant à contraindre les Etats à respecter leurs obligations.  La résolution 1267 est devenue un instrument essentiel de la lutte contre le terrorisme, a dit ensuite le représentant du Brésil, plaidant toutefois pour des aménagements du régime des sanctions afin de faire respecter les droits de l’homme, geler les avoirs non financiers, identifier les organisations qui réapparaissent sous une nouvelle identité, et contrôler le rôle des organisations caritatives.  M. Sardenberg a également plaidé pour le renforcement de la coopération avec les organisations régionales et d’entités telles qu’Interpol, estimant que les mesures prises pour lutter contre le terrorisme doivent être conformes aux dispositions du droit international et que les mesures en matière de sécurité ne peuvent à elles seules contribuer à éliminer le terrorisme dans un monde où les conditions de vie d’une grande partie de l’humanité restent précaires. 


M. LAURO L. BAJA (Philippines) s’est félicité du renforcement de la capacité de recherche et d’analyse du Comité créé par la résolution 1267.  Le monde a connu de nouvelles attaques meurtrières depuis la présentation du dernier rapport du Comité en juin dernier.  La vigilance s’impose dans le suivi des activités des groupes terroristes, et nous devons parvenir à la prévention de leurs attaques.  L’Asie du Sud-Est, qui est mentionnée dans le rapport du Comité, est un terrain fertile pour Al-Qaida.  Le Comité devrait examiner le tissu des relations sociales de la région et les failles qui ont permis à Al-Qaida de s’ingérer dans les problèmes que connaissent les communautés humaines de la région.  L’assistance technique que fournit le Comité devrait s’orienter vers le renforcement des capacités et le contrôle des ressources financières.  Le Comité devrait considérer des moyens de contrôle des déplacements des individus qui ne soient pas conventionnels, compte tenu de la facilité de déplacement qui existe dans une région intégrée et hautement touristique.  Le Comité devrait apporter son soutien aux mesures prises par l’Association des nations d’Asie du Sud-Est (ANASE), notamment en ce qui concerne la surveillance maritime, à la lumière des activités de terrorisme et de piraterie qui existent dans la région.


M.    . ALEXANDER V. KONUZIN (Fédération de Russie) a salué le travail du Comité des sanctions créé par la résolution 1267 du Conseil de sécurité au cours de l’année 2003, en particulier les missions effectuées par l’Ambassadeur Munoz dans de nombreuses capitales, qui ont contribué considérablement à maintenir le dialogue.  S’agissant du projet de résolution à l’étude, le représentant a estimé que le régime des sanctions devrait être amélioré, notamment en affinant la liste des personnes visées par les sanctions.  A son tour, il s’est inquiété du fait que de nombreux Etats n’aient pas présenté leurs rapports, phénomène qui réduit sensiblement l’efficacité du régime des sanctions.  Tout en défendant une approche fondée sur l’évaluation impartiale des capacités des Etats à soumettre de tels rapports, le représentant de la Fédération de Russie a estimé que le texte en cours de discussion devrait contenir des dispositions visant les Etats qui ne soumettent pas leurs rapports. 


M. MUNIR AKRAM (Pakistan) a déclaré que son pays avait déployé 17  000 soldats dans la région frontalière de l’Afghanistan, et a constitué une force d’intervention qui a permis de capturer plus de 500 membres et sympathisants d’Al-Qaida dont la menace, si elle persiste, semble cependant moins imminente qu’il y quelque temps.  Nous soutenons les efforts du Comité qui a effectué une visite au Pakistan.  Nous avons besoin d’assistance technique et humaine pour mieux contrôler nos frontières, notamment en matière de fourniture d’équipements techniques et de formation de personnels spécialisés, a indiqué le représentant.  Le Pakistan soutient une meilleure transparence dans le travail du Comité en vue de susciter la confiance et assurer la crédibilité de ses actes en ce qui concerne notamment la préparation de la liste des individus et entités visés par les sanctions et interdictions de voyage.  Le processus d’identification des personnes et des entités doit faire l’objet d’un examen ouvert.  Le Comité doit maintenir sa crédibilité et sa légitimité en travaillant dans le cadre strict du mandat qui lui a été assigné par le Conseil de sécurité en vertu de sa résolution 1267.  En outre, le Pakistan estime que les mesures militaires et administratives ne sont qu’une partie des actes qui devraient être posés pour combattre le terrorisme.  La lutte contre la pauvreté devrait faire partie intégrante des stratégies de lutte antiterroristes qui ne doivent pas devenir un outil d’oppression des autres peuples, de leurs religions, cultures ou différences ethniques.


M. JOEL W. ADECHI (Bénin) a salué les efforts déployés par le Comité créé par la résolution 1267 dans la lutte contre le terrorisme et les entités liées aux Taliban et à Al-Qaida.  Aucun pays ne peut rester indifférent dans la mesure où le terrorisme est un phénomène transnational qui menace chaque Etat..  Le représentant a estimé que pour être efficace, la lutte contre le terrorisme devait être équilibrée.  Abordant ensuite les difficultés auxquelles sont confrontés les Etats Membres dans la lutte contre les entités terroristes, M. Adechi a plaidé pour un renforcement de la coopération technique et financière, ainsi que pour la coordination accrue entre le Comité créé par la résolution 1267 et le Comité du Conseil de sécurité contre le terrorisme. 


M. ISMAEL ABRAAO GASPAR MARTINS (Angola) a salué le dynamisme avec lequel le Comité du Conseil de sécurité chargé des sanctions contre les Taliban et le réseau Al-Qaida a poursuivi son mandat en 2003.  Les événements récents ont encore prouvé que le réseau Al-Qaida restait encore présent et actif, a-t-il mis en garde, déplorant le nombre limité de rapports soumis par les Etats Membres en vue d’évaluer et de renforcer le régime des sanctions.  Il a souligné l’importance de la liste récapitulative du Comité sur les personnes et entités visées par les sanctions et s’est dit convaincu que sa précision déterminerait la crédibilité des mesures prises pour restreindre les déplacements et geler les avoirs.  La mise en place de groupes d’experts indépendants constitue une innovation intéressante, a-t-il dit, car elle contribuerait considérablement au renforcement du régime des sanctions.  Il a ensuite fait état des mesures prises au niveau national, notamment par le biais de la Banque nationale de l’Angola, pour geler les avoirs et identifier les entités accusées de blanchiment.  De nombreuses sources de financement du réseau Al-Qaida restent secrètes, a constaté M. Gaspar Martins, mettant en avant les sources financières provenant d’organisations caritatives, d’individus ou encore du trafic de drogues.


M. MIHNEA IOAN MOTOC (Roumanie) a déclaré que sa délégation soutenait les termes du rapport oral soumis aujourd’hui par le Président du Comité des sanctions contre Al-Qaida et les Taliban.  Nous soutenons la poursuite des voyages du Président du Comité dans les Etats Membres.  La Roumanie est concernée par le grand nombre d’Etats qui n’ont pas remis de rapports nationaux au Comité, et nous leur demandons de le faire dans les plus brefs délais.  Certains Etats ont besoin d’aide en la matière, et notre délégation exhorte le Comité à trouver les moyens qui lui permettraient de d’apporter à ces Etats l’assistance humaine ou technique dont ils ont besoin.  La criminalité organisée transfrontière étant une source de ressources illicites qui peuvent être détournées en vue de commettre des actes terroristes, la Roumanie se propose d’accueillir une rencontre des pays d’Europe du Sud-Est pour parvenir à créer un centre régional de lutte contre ces activités.


M. REZLAN ISHAR JENIE (Indonésie) a estimé que la coopération internationale était essentielle pour lutter efficacement contre le terrorisme.  Il a plaidé pour des démarches multidimensionnelles menées dans un cadre multilatéral et ponctuées par un dialogue entre les civilisations.  L’Indonésie a été victime d’actes terroristes avant le 11 septembre 2001, a-t-il rappelé, avant de faire part des mesures prises au niveau national pour neutraliser les entités terroristes et les traduire en justice, dans le respect des règles démocratiques.  Dans le cadre de la coopération avec l’ANASE et d’autres pays, notamment le Japon, les Etats-Unis et les membres de l’Union européenne, l’Indonésie est parvenue à démanteler un large réseau terroriste impliqué notamment dans l’attentat de Bali, en octobre 2002.  Il importe de prendre des mesures fermes au niveau juridique à l’encontre des personnes impliquées dans des actions terroristes, a dit M. Rezlan Ishar Jenie.  S’agissant du mandat du Comité du Conseil de sécurité créé par la résolution 1267, il a estimé que le dialogue devait être maintenu avec les Etats Membres, de même que la coopération entre organisations régionales et avec des organismes comme Interpol.  En février 2004, a-t-il indiqué ensuite, une ONG organisera en Indonésie un séminaire regroupant diverses organisations musulmanes qui seront chargées de définir de nouvelles voies de diffusion pacifiques de la culture musulmane afin de contribuer au dialogue entre civilisations. 


M. RICHARD RYAN (Irlande), s’exprimant au nom de l’Union européenne, des pays candidats et des pays associés, s’est félicité du rapport constructif soumis ce matin par le Président du Comité.  Le dialogue avec tous les Etats Membres de l’ONU reste essentiel et l’Union européenne demande que soit préservée la transparence des travaux du Comité, a dit le représentant.  Nous pensons qu’il est important de renforcer régulièrement les directives et les méthodes de travail du Comité.  Lors de la visite du Président du Comité en Europe, nous avons parlé de la nécessité de respecter les droits de l’homme dans l’application des mesures de lutte contre le terrorisme.  Les personnes dont les noms se retrouvent inscrits sur la liste du Comité relative aux interdictions de voyager devraient être prévenues et, si nécessaires, entendues.  Les raisons de l’interdiction qui leur est faite devraient leur être expliquées.  Nous insistons également pour une amélioration de la transparence des travaux du Groupe de suivi chargé de l’examen de la mise en œuvre des mesures adoptées contre Al-Qaida, les Taliban et leurs associés.  L’Union européenne exprime sa reconnaissance au Groupe de suivi pour son dernier rapport, dont l’une des conclusions s’inquiète que le rôle de l’ONU pourrait devenir marginal dans le suivi de la question dont est chargé le Comité.  Nous estimons qu’il est urgent d’adopter une nouvelle résolution concernant Al-Qaida, les Taliban et la lutte antiterroriste au niveau mondial.


M. CHRISTIAN WENAWESER (Liechtenstein) a rappelé que le Parlement du Liechtenstein avait adopté le 22 octobre 2003 un arsenal juridique antiterroriste qui est entré en vigueur le 10 décembre 2003 et que les 12 conventions internationales liées à la lutte contre le terrorisme ont été ratifiées.  Le Liechtenstein a notamment renforcé le droit pénal et maintenu le dialogue avec les deux Comités du Conseil de sécurité liés à la lutte contre le terrorisme et créés respectivement par les résolutions 1267 et 1373.  Le régime des sanctions imposé aux Taliban, à Al-Qaida et à leurs associés, prorogé par la résolution 1455, doit être renforcé car, a fait remarquer le représentant, les résultats sont plutôt mitigés du fait de certains Etats qui n’honorent pas leurs obligations.  Il a exhorté le Conseil de sécurité à adopter une démarche équilibrée, plaidant pour le respect du droit et pour le maintien de mesures qui ne soient pas trop complexes à mettre en œuvre par des Etats.  M. Wenaweser a estimé que la tâche du Groupe de suivi devrait être facilitée par les Etats Membres qui doivent lui transmettre les informations nécessaires, le Groupe devant quant à lui faire preuve de transparence envers les Etats.  Il a déploré notamment que certains éléments du rapport du Groupe de suivi aient été transmis aux médias avant d’être communiqués aux Etats Membres. 


M. KOICHI HARAGUCHI (Japon) a déclaré que la communauté internationale doit se montrer solidaire dans la lutte contre le terrorisme.  L’idéologie d’Al-Qaida continue de se propager, ce qui est source d’inquiétude pour notre pays.  Nous regrettons que la coopération des Etats Membres avec le Comité soit insuffisante.  Il est anormal que depuis la publication de la liste consolidée, aucun Etat n’ait déclaré avoir arrêté l’un des individus qui y sont mentionnés.  Nous devons tout faire pour que l’Iraq ne devienne pas une base permanente d’activités et de repli pour les terroristes et nous devons renforcer les efforts déployés en Afghanistan.  Nous sommes inquiets que les informations recueillies par les médias indiquent qu’Al-Qaida a pris la décision de faire usage d’armes chimiques.  Notre pays, qui a subi une attaque chimique par la secte Aum Shinrikiyo dans le métro de Tokyo, n’est que trop bien averti du danger de ces substances.  Concernant le gel des avoirs, l’absence notoire d’informations rend difficile la prise de mesures au niveau national par les Etats Membres.  Le Comité devrait faire des efforts en vue de leur fournir des données et des informations rapidement utilisables en la matière.  Nous pensons qu’en ce qui concerne la mise à jour des informations nationales, le Comité devrait établir un calendrier contraignant pour leur soumission par les Etats Membres.


M. PIERRE HELG (Suisse) a estimé que la communauté internationale devait demeurer vigilante, par le biais des Nations Unies, pour prévenir et contenir la menace terroriste.  Saluant ensuite le travail réalisé par le Président du Comité du Conseil de sécurité créé par la résolution 1267, M. Helg a indiqué que le Gouvernement suisse avait présenté oralement ses observations aux membres du Groupe d’experts qui s’est rendu en 2003 dans son pays.  Le Comité des sanctions doit définir des lignes de conduite claires dans le dialogue entre le Comité et les Etats Membres, a estimé le représentant de la Suisse, en citant les mesures prises par son pays en matière de sécurité, pour lutter contre le réseau Al-Qaida.  Estimant ensuite que les sanctions contre les personnes ou entités soupçonnées de coopérer dans le domaine du terrorisme ne portent en rien atteinte à la notion de droits de l’homme, M. Helg a opté pour l’établissement d’une liste plus précise de ces personnes et entités. 


M. FAYSSAL MEKDAD (République arabe syrienne), commentant le rapport oral présenté ce matin par l’Ambassadeur Munoz, Président du Comité du Conseil de sécurité créé par la résolution 1267, a salué les avancées réalisées au cours de l’année 2003 dans le combat contre les entités et personnes soupçonnées d’activités terroristes.  La liste récapitulative est d’un intérêt crucial, de même que les rapports des Etats Membres, a dit M. Mekdad, recommandant toutefois des mesures visant à améliorer la capacité d’analyse du Comité.  Il a également plaidé pour le respect des principes d’impartialité et de transparence par le Comité et a suggéré un renforcement de la coopération financière et technique avec les Etats Membres qui ne disposent pas des capacités requises.  La Syrie appuie une coopération accrue entre le Comité créé par la résolution 1267 et le Comité contre le terrorisme, afin d’éviter la duplicité et de renforcer leur efficacité.  A la fin de 2003, la Syrie a présenté au nom du Groupe arabe un projet de résolution au Conseil de sécurité sur la création d’une zone exempte d’armes de destruction massive au Moyen-Orient, a rappelé M. Mekdad, soulignant que ce texte contient des dispositions visant, entre autres, à s’assurer que les groupes terroristes ne puissent disposer d’armes de ce type.  M. Mekdad a invité le Conseil de sécurité à se prononcer positivement et rapidement sur ce document et a souhaité que les régimes de sanctions soient réévalués chaque année.


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