LE DEVELOPPEMENT DU MONDE RURAL INDISPENSABLE A LA REALISATION DES OBJECTIFS DU MILLENAIRE

ECOSOC/6041
30 avril 2003

LE DEVELOPPEMENT DU MONDE RURAL INDISPENSABLE A LA REALISATION DES OBJECTIFS DU MILLENAIRE

30/04/2003
Communiqué de presse
ECOSOC/6041


Conseil économique et social

matin et après-midi


LE DEVELOPPEMENT DU MONDE RURAL INDISPENSABLE A LA REALISATION

DES OBJECTIFS DU MILLENAIRE


Tenue d’une série de tables rondes pour préparer

la discussion de haut niveau de l’ECOSOC cet été à Genève


Le Conseil des chefs de secrétariat des organismes des Nations Unies a, ce matin, plaidé pour davantage de coopération internationale en faveur du développement rural, reconnaissant ainsi le rôle central que joue l’agriculture dans l’élimination de la pauvreté et de la faim.  Aujourd’hui, 1,2 milliard d’hommes et de femmes vivent avec moins d’un dollar par jour: parmi eux, les trois-quarts environ, soit 900 millions de personnes, vivent dans des zones rurales et dépendent de l’agriculture et des activités qui y sont liées pour leur survie.


Cette réunion se tient en préparation du segment de haut niveau du Conseil économique et social qui aura lieu du 30 juin au 2 juillet prochains à Genève sur le thème de la «promotion d’une approche intégrée du développement aux fins de l’élimination de la pauvreté et d’un développement durable».


Les chefs d’institutions ont également identifié les difficultés que rencontre la communauté internationale, mais également les outils dont elle dispose pour réduire de moitié, d’ici à 2015, la proportion de ceux dont le revenu est inférieur à 1 dollar par jour et de ceux qui souffrent de la faim, comme se sont engagés à le faire les dirigeants du monde dans la Déclaration du Millénaire, adoptée à New York en 2000. 


Tout au long de la journée, des tables rondes présidées et animées par de hauts responsables ont été organisées sur les thèmes suivants: l’éducation primaire et des filles dans les zones rurales; le lien entre la pandémie du VIH/sida et la féminisation de la pauvreté; la santé reproductive comme facteur déterminant pour atteindre les Objectifs du Millénaire; la productivité du travail agricole; le rôle du développement rural dans l’élimination de la faim et de la pauvreté; développement rural et énergie rurale; produits de base, marchés et développement rural.


Etablissant des objectifs clairs assortis d’échéanciers, la Déclaration du Sommet du Millénaire a été perçue comme offrant le cadre d’action de la communauté internationale en faveur du développement rural.  C’est ce qu’ont affirmé notamment le Président du Fonds international pour le développement de l’agriculture (FIDA), Lennart Bâge, ainsi que la Vice-Présidente du Conseil économique et social, Marjatta Rasi, cette dernière estimant que l’échec des années passées est à mettre sur le compte de la fragmentation des politiques de développement qui n’ont pas appréhendé la dimension complexe de la pauvreté. 


Les années 80 et 90, a expliqué pour sa part le Secrétaire général adjoint et Conseiller spécial pour l’Afrique, Ibrahim Gambari, ont mis en lumière les obstacles que rencontrent les institutions multilatérales, notamment le manque de coordination des efforts, la lourdeur des procédures pour l’allocation de ressources financières, la multiplication des instruments de programmation, les lenteurs dans la fourniture de l’aide, le manque de coordination entre les institutions multilatérales d’un côté et les donateurs bilatéraux de l’autre.


Si les tendances actuelles se maintiennent, a prévenu le Directeur général de l’Organisation pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), Jacques Diouf, l’Objectif du Millénaire de réduire la pauvreté extrême de moitié ne sera atteint qu’en 2150 alors que l’aide publique au développement étant passée de 4,9 milliards de dollars en 1988 à 2,5 en 1999.


Le Président du FIDA a toutefois signalé que l’ensemble du système des Nations Unies avait accru ses efforts en faveur du développement rural.  La création, il y a deux ans, par le Secrétaire général du Conseil des chefs de secrétariat constitue un outil puissant en ce sens.  Pour le Conseiller spécial pour l’Afrique, le Nouveau partenariat pour l’Afrique (NEPAD), programme stratégique finalisé par les responsables du continent en octobre 2001, constitue le cadre directeur principal pour le développement de l’Afrique et devrait guider les institutions multilatérales qui apportent leur aide à cette dernière.  Il faut désormais que les institutions de développement alignent leurs activités sur les priorités du NEPAD.


Le Directeur de la FAO a appelé la communauté internationale à revoir ses priorités.  On ne peut pas en effet développer l’agriculture sans s’assurer de la maîtrise de l’eau.  Il a dénoncé la «loterie agricole consistant à investir dans la formation, la vulgarisation, l’envoi de crédits et de semences, puis à prier pour qu’il pleuve.»  En Afrique subsaharienne par exemple, seuls 4% des terres agricoles sont irriguées.


Une programmation cohérente fondée sur des priorités et des choix a été identifiée par le Directeur du Bureau des ressources et du partenariat stratégique du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), Bruce Jenks, comme un outil indispensable pour parvenir à des résultats dans la lutte contre la pauvreté rurale.


En fin de journée, les présidents des tables rondes sont venus présenter les conclusions de leurs ateliers respectives de ces dernières.  Mme Sheila Sisulu, Directrice exécutive du Programme alimentaire mondial (PAM), qui présidait la table ronde consacrée au thème «Éducation primaire et éducation des filles en zone rurale», a prévenu qu’il faudra redoubler d’efforts pour atteindre l’Objectif du Millénaire de la parité en matière d’éducation primaire d’ici à 2015.  Plusieurs obstacles ont été signalés comme affectant particulièrement les enfants et les fillettes: la faim, la pauvreté, l’éloignement des écoles, le mauvais état de santé, l’insuffisance des ressources et le manque d’engagement des donateurs.  Il conviendrait de modifier les lois, les politiques et pratiques, notamment le mariage précoce, d’encourager les filles à travailler dans les domaines scientifiques et technologiques, d’éduquer aux risques du sida.  Mais surtout, il faut que l’éducation, obligatoire, soit tout à fait gratuite, surtout pour les enfants pauvres. 


S’agissant de la table ronde sur le thème «Economie et droits: interconnexions dans le contexte du VIH/sida et la pauvreté féminine», coprésidée par M. Bram van Ojik, Ministre des affaires étrangères des Pays-Bas et par Mme Noeleen Heyzer, Directrice exécutive du Fonds des Nations Unies pour la femme (UNIFEM); cette dernière a cité notamment l’absence de pouvoirs et d’avoirs des femmes, et le manque d’accès aux ressources publiques, comme à l’eau et aux terres.  Avec le VIH/sida, des changements surviennent en outre au plan microéconomique: de plus en plus de femmes sont touchées, directement ou par proches interposés et ne peuvent plus travailler dans le secteur productif, devant s’occuper des malades de leur entourage.


Or, cette fonction de «pourvoyeur de soins» n’est pas prise en compte.  Il faut donc réintégrer la participation des femmes dans le processus de décision macroéconomique et tenir compte également des nombreux foyers désormais dirigés par des femmes, voire des orphelins ou des personnes âgées.  Il conviendra de voir comment les différents cadres juridiques et coutumiers interagissent au plan local pour protéger les droits des femmes.  L’Etat a par ailleurs un rôle à assumer dans le domaine du droit à la propriété, dans la fourniture des services de base; il faut en outre considérer les femmes comme des acteurs du développement et non comme un groupe vulnérable.


Mme Thoraya Obaid, Directrice exécutive du FNUAP qui présidait la table ronde sur «La population et la santé génésique dans le contexte rural en tant que déterminants essentiels pour atteindre les objectifs du Millénaire en matière de développement», a estimé qu’accroître les investissements dans le secteur de la santé ne suffit pas à garantir les droits à la santé génésique.  L’absence d’infrastructures sanitaires mine le développement, aussi  faut-il trouver des facteurs dynamiques au plan mondial et national pour parvenir aux objectifs du Millénaire.  Ceci doit comprendre la notion d’habilitation des femmes, leur participation active à l’élaboration des politiques, ainsi que le renforcement de leurs capacités grâce au microcrédit. 


Robert Cuba Aisi, Représentant permanent de la Papouasie-Nouvelle Guinée et Président de la table ronde intitulée «Accroître la productivité du travail rural» a expliqué que plusieurs solutions avaient été proposées notamment la mise en place de coopératives, ce type d’entreprise ayant permis la création dans le monde de 100 millions d’emplois viables.  Le microcrédit été également évoqué comme un facteur d’accroissement de la productivité.  L’amélioration des infrastructures rurales est également apparue comme un facteur clef. 


Présentant les conclusions de la table ronde intitulée«Le rôle de l’agriculture et du développement rural dans l’élimination de la faim et de la pauvreté», Ian Johnson, représentant de la Banque mondiale, a expliqué que l’agriculture est un élément clef du développement durable et de l’élimination de la pauvreté.  Les participants à la table ronde ont évoqué la nécessité de modifier les paradigmes en matière technologique et institutionnelle, de passer à une phase de marketing des produits, de mettre en place de nouveaux mécanismes en vue d’une plus grande transparence des transactions commerciales, de modifier les paradigmes du commerce international pour que les produits des pays en développement aient accès à tous les débouchés possibles.


Les résultats de la table ronde intitulée «Développement rural et le développement de l’énergie rurale» ont été présentées par Mesfin Adebe, Ministre et Conseiller du Vice-Premier Ministre de l’Ethiopie qui a signalé qu’aucun objectif de développement du Millénaire n’intègre les questions de l’énergie rurale.  Il n’y aura pourtant pas de développement sans énergie.  Les participants à cette table ronde ont constaté que la fourniture d’une énergie peu coûteuse permettra d’avancer sur les fronts notamment de l’éducation et de la condition de la femme.  Il est apparu indispensable de forger des partenariats entre le secteur privé et public, de faire de l’énergie une priorité au niveau national en terme de développement et de faire participer directement les plus pauvres à ce secteur.  Nous avons également évoqué l’importance d’avoir recours aux petites sources d’énergie, à l’énergie solaire, à l’électricité mais également aux combustibles les plus modernes. 


Présentant la table ronde qu’il présidait, intitulée «Produits de base, marchés et développement rural», Edward Rugumayo, Ministre du tourisme, du commerce et de l’industrie de l’Ouganda, a expliqué que les questions abordées concernaient l’agriculture et l’exploitation minière en zone rurale: le secteur des produits de base emploie 75% de la population rurale dans les pays en développement, il est source de revenus, de recettes d’exportation et crée des liens avec l’extérieur.  Mais il induit aussi la dépendance des pays producteurs, qui reçoivent des prix très bas avec peu de valeur ajoutée pour les producteurs eux-mêmes.  Il est donc apparu nécessaire de développer une industrie, éventuellement en commençant par le traitement des produits agricoles avant de diversifier les productions.  Il a été par ailleurs été recommandé d’ouvrir le dialogue entre producteurs et consommateurs pour débattre des Objectifs de développement du Millénaire, notamment parce que quelle que soit la variation des prix des produits de base, les consommateurs paient souvent la même chose.


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