LA CEDEAO ENGAGE LE CONSEIL DE SECURITE A ENVISAGER LA TRANSFORMATION DE LA MISSION DE L’ONU EN COTE D’IVOIRE EN UNE OPERATION DE MAINTIEN DE LA PAIX

24 novembre 2003
CS/2595

LA CEDEAO ENGAGE LE CONSEIL DE SECURITE A ENVISAGER LA TRANSFORMATION DE LA MISSION DE L’ONU EN COTE D’IVOIRE EN UNE OPERATION DE MAINTIEN DE LA PAIX

24/11/2003
Communiqué de presse
CS/2595


Conseil de sécurité

4873e séance – après-midi


LA CEDEAO ENGAGE LE CONSEIL DE SECURITE A ENVISAGER LA TRANSFORMATION DE LA MISSION DE L’ONU EN COTE D’IVOIRE EN UNE OPERATION DE MAINTIEN DE LA PAIX


Aux côtés du Ministre des affaires étrangères du Ghana, M. Nana Akufo, du Secrétaire général de l’ONU, M. Kofi Annan, et du Secrétaire exécutif de la Communauté économique des Etats d’Afrique (CEDEAO), M. Mohamed Ibn Chambas, le Conseil de sécurité a entamé, cet après-midi,  une réflexion sur la manière de consolider la paix et la stabilité en Côte d’Ivoire par le biais, entre autres, de la Mission des Nations Unies en Côte d’Ivoire (MINUCI) dont le mandat politique a été prorogé, le 13 novembre dernier, jusqu’au 4 février 2003.   Compte tenu de la résurgence des tensions entre les parties, le Conseil a entendu de nombreux appels sur la nécessité de transformer la MINUCI en une véritable mission de maintien de la paix. 


Le Secrétaire général n’a pas écarté cette possibilité lui qui a fait part de son intention de soumettre des recommandations au Conseil sur la contribution de la Mission à la facilitation de la paix et de la stabilité en Côte d’Ivoire, y compris le renforcement de la présence de l’ONU.  En attendant, M. Kofi Annan a préconisé plusieurs mesures pour la mise en œuvre rapide des dispositions-clés de l’Accord de Linas-Marcoussis, signé le 24 janvier 2003.  Il a ainsi appelé au retour des Forces nouvelles au sein du Gouvernement de réconciliation nationale et à l’acceptation par toutes les parties du Gouvernement tel qu’il a été créé après la nomination des Ministres de la défense et de la sécurité, le 12 septembre dernier.  Le Secrétaire général a aussi souhaité le démantèlement, le cantonnement et le désarmement des milices et des groupes armés ainsi que la restructuration des forces de sécurité.  Il faut aussi, a ajouté M. Kofi Annan, mettre fin à la partition de fait du pays et faire en sorte que l’Assemblée nationale adopte sans plus tarder les réformes proposées dans le programme de travail du Gouvernement que le Président de la Côte d’Ivoire et son Premier Ministre ont promis de respecter lors du Sommet des dirigeants de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’ouest (CEDEAO), le 11 novembre dernier.


Président de la CEDEAO, le Ministre des affaires étrangères du Ghana a invoqué la faiblesse des moyens dont dispose sa Communauté pour contraindre les parties à respecter ces dispositions.  M. Nana Akufo a donc demandé au Conseil d’envisager la possibilité de créer une force de maintien de la paix et d’y intégrer la mission de la CEDEAO qui opère actuellement aux côtés des Forces françaises dans le cadre de l’Opération Licorne.  Pour appuyer ces propos, le Secrétaire exécutif de la CEDEAO a attiré l’attention du Conseil sur les conséquences économiques de la crise ivoirienne dans la sous-région et les dimensions sociale et économique des menaces qui résulteraient de la poursuite d’une telle crise.  M. Mohamed Ibn Chambas a donc jugé impératif que la paix et la sécurité soient restaurées en Côte d’Ivoire et a encouragé, pour ce faire, l’adoption d’une approche régionale qui engloberait à la fois la Côte d’Ivoire, la Sierra Leone et le Libéria. 


LA SITUATION EN COTE D’IVOIRE


Déclarations


M. KOFI ANNAN, Secrétaire général des Nations Unies, s’est dit préoccupé par l’impasse politique actuelle en Côte d’Ivoire qui est née de la décision des Forces nouvelles de se retirer du Gouvernement de réconciliation nationale.  Il a attiré l’attention du Conseil sur la détérioration de la situation dans les provinces du Nord contrôlées par les Forces nouvelles et sur l’accroissement des tensions entre ces Forces et les Forces armées nationales de Côte d’Ivoire.  Le Secrétaire général a, dans ce contexte, noté avec satisfaction que lors du Sommet des sept dirigeants de la CEDEAO, le 11 novembre dernier, le Président de la Côte d’Ivoire et son Premier Ministre ont entrepris de travailler ensemble pour permettre au Gouvernement de fonctionner et de mettre en œuvre le programme de travail élaboré par le Gouvernement au mois de mai dernier.


Appelant ainsi à une mise en œuvre rapide des dispositions clefs de l’Accord de Linas-Marcoussis, le Secrétaire général a demandé aux Forces nouvelles de rejoindre sans délai le Gouvernement de réconciliation nationale.  Il a appelé toutes les parties à accepter le Gouvernement tel que créé après la nomination des Ministres de la défense et de la sécurité, le 12 septembre dernier.  Toutes les milices, a-t-il poursuivi, doivent être démantelées immédiatement et les groupes armés doivent être cantonnés et désarmés aussitôt que possible et attendant que les forces de sécurité soient restructurées.  Il faut aussi, a ajouté le Secrétaire général, mettre fin à la partition de fait du pays et faire que l’Assemblée nationale adopte sans plus tarder les réformes proposées dans le programme de travail du Gouvernement.  Le Secrétaire général a conclu en faisant part de son intention de soumettre des recommandations au Conseil sur la manière d’améliorer la contribution de la Mission de l’ONU à la facilitation de la paix et de la stabilité en Côte d’Ivoire, y compris le renforcement de la présence de l’ONU dans ce pays.


Intervenant au nom de la Communauté des Etats d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), M. NANA AKUFO-ADDO, Ministre des affaires étrangères du Ghana, a présenté les progrès réalisés en matière de restauration de la paix en Côte d’Ivoire.  A cet égard, il a cité la Déclaration de cessation des hostilités signée entre les Forces armées de Côte d’Ivoire (FANCI) et les Forces nouvelles, la mise en place d’un Comité de suivi, la formation d’un gouvernement de réconciliation nationale, la promulgation d’une loi d’amnistie par l’Assemblée nationale, le ré-instauration progressive de l’autorité de l’Etat dans plusieurs parties du territoire, l’élaboration de projets de loi relatifs à la mise en œuvre des Accords de Linas-Marcoussis et la mise en place d’un comité de démobilisation, de désarmement et réintégration (DDR).  Malgré ces progrès, le représentant a regretté les difficultés rencontrées sur le chemin de la paix, comme les désaccords sur la nomination de certains membres du gouvernement, la mise en œuvre du processus de DDR ou encore la persistance de manifestations de provocation entre les différentes parties. 


Conscient de l’urgence de renforcer la mise en oeuvre des Accords de Linas-Marcousis, le Président de la République du Ghana, en tant que Président de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), a rassemblé les Présidents du Bénin, du Burkina Faso, de la Côte d’Ivoire, du Niger, du Nigéria et du Togo au cours de consultations qui se sont tenues le 11 novembre 2003.  Au cours de cette rencontre, les Chefs d’Etat ont notamment souligné la nécessité pour le Président et le Premier Ministre de la Côte d’Ivoire de permettre le bon fonctionnement du Gouvernement de réconciliation nationale.  Ils ont également insisté sur la nécessité de renforcer la coopération entre les pays de l’Afrique

de l’Ouest dans le souci d’améliorer la sécurité en Afrique de l’Ouest et notamment en Côte d’Ivoire.  Il a indiqué que la CEDEAO continuerait à collaborer étroitement avec les forces françaises dans le cadre de l’ «Opération Licorne» visant à sécuriser la ligne de séparation entre les belligérants.  C’est dans ce contexte que la CEDEAO a décidé de déployer 80 policiers supplémentaires pour la sécurité des membres du Gouvernement de réconciliation nationale.  En outre, il a invité le Conseil de sécurité à considérer la possibilité de transformer la mission de la CEDEAO en cours, en une mission de maintien de la paix des Nations Unies en Côte d’Ivoire, qu’il a présentée comme décisive pour le processus de paix dans ce pays. 


M. MOHAMED IBN CHAMBAS, Secrétaire exécutif de la CEDEAO, a tenu à souligner les conséquences économiques de la crise que traverse la Côte d’Ivoire et d’autres pays de la sous-région, et en particulier les dimensions sociale et économique des menaces qui résulteraient de la poursuite de cette crise.  En effet, depuis le 19 septembre 2002, date à laquelle la crise ivoirienne a commencé, la situation économique et sociale n’a cessé de se détériorer en Côte d’Ivoire et dans les pays voisins.  L’économie ivoirienne, qui est la deuxième économie de la sous-région de la CEDEAO après le Nigéria, représente environ 13% du PNB de l’Afrique de l’Ouest.  La Côte d’Ivoire exporte par ailleurs des produits agricoles, des biens manufacturés et des produits agro-industriels vers les pays voisins et représente un marché important pour les pays du Sahel, a poursuivi M. Ibn Chambas ajoutant que la Côte d’Ivoire dominait jusque-là le commerce intrarégional de la CEDEAO et jouait un rôle de pays d’accueil d’un nombre important de travailleurs originaires d’autres pays de la région.  C’est pour toutes ces raisons qu’il est impératif que la paix et la sécurité soient restaurées en Côte d’Ivoire, a-t-il déclaré insistant qu’il s’agit d’une condition sine qua non pour la stabilité et le développement du reste de la région. 


A cet égard, il a fait part de ses inquiétudes relatives à la détérioration de la situation sur le terrain en dépit des efforts considérables déployés par la CEDEAO pour y faire face.  L’existence de groupes armés dont les activités vont au-delà des frontières ivoiriennes et qui sapent les efforts de la communauté internationale pour parvenir à rétablir la paix et la stabilité en Côte d’Ivoire devrait nous pousser à prendre des mesures drastiques pour mettre un terme à leurs activités, a poursuivi M. Ibn Chambas, préconisant à cet effet d’adopter une approche régionale à la crise qui engloberait à la fois la Côte d’Ivoire, la Sierra Leone et le Libéria.  Dans cet esprit, la volonté politique doit être soutenue, a-t-il avancé, par la présence d’une force robuste de maintien de la paix de manière à créer un environnement propice au dialogue, à la réconciliation nationale et à une application rapide et totale des Accords de Linas-Marcoussis qui reste pour la CEDEAO le seul cadre pour régler ce conflit.  La CEDEAO est certaine qu’elle pourra continuer à compter sur le soutien du Conseil de sécurité dans ses efforts pour garantir une paix durable en Côte d’Ivoire et appréciera toute initiative que le Conseil envisagerait de prendre pour relancer le processus de paix.  Le représentant a conclu en affirmant que la paix en Côte d’Ivoire est inextricablement liée à la paix en Sierra Leone, au Libéria et dans tous les pays d’Afrique de l’Ouest. 


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