L’IDEE DE CREER UN BUREAU SOUS-REGIONAL EN AFRIQUE CENTRALE COMMENTEE DANS LE CADRE D’UNE REFLEXION SUR UNE APPROCHE GLOBALE ET INTEGREE DANS CETTE PARTIE DE L’AFRIQUE

24 novembre 2003
CS/2593

L’IDEE DE CREER UN BUREAU SOUS-REGIONAL EN AFRIQUE CENTRALE COMMENTEE DANS LE CADRE D’UNE REFLEXION SUR UNE APPROCHE GLOBALE ET INTEGREE DANS CETTE PARTIE DE L’AFRIQUE

24/11/03
Communiqué de presseCS/2593

Conseil de sécurité

4871ème séance

L’IDEE DE CREER UN BUREAU SOUS-REGIONAL EN AFRIQUE CENTRALE COMMENTEE DANS LE CADRE D’UNE REFLEXION SUR UNE APPROCHE GLOBALE ET INTEGREE DANS CETTE PARTIE DE L’AFRIQUE

La question de la création d’un bureau politique des Nations Unies dans la sous-région d’Afrique centrale a été, ce matin, au centre des discussions que le Conseil de sécurité a tenues, en examinant le rapport intérimaire de la mission d’évaluation interdisciplinaire des Nations Unies.  Conformément à une déclaration présidentielle rendue publique par le Conseil, le 31 octobre 2002, la mission a été dépêchée sur le terrain, du 8 au 22 juin 2003, pour déterminer les moyens d’appliquer une approche globale, intégrée, résolue et concertée des problèmes de paix, de sécurité et de développement en Afrique centrale.  Comme l’indique le rapport, la proposition de créer un bureau politique sous-régional a été écartée par le Secrétaire général de l’ONU au motif que les Nations Unies comptent déjà sur le terrain plusieurs structures dont trois bureaux dirigés par des représentants spéciaux.  Kofi Annan a donc jugé préférable de limiter les innovations à la nomination d’un envoyé spécial qui travaillerait, lorsque les besoins l’exigent, en consultation et collaboration avec le Représentant spécial dans la sous-région.

C’est avec “inquiétude et déception” que la délégation du Cameroun, seul pays d’Afrique centrale membre du Conseil de sécurité, a pris note de la position du Secrétaire général.  Le représentant camerounais s’est étonné que ce dernier passe sous silence la requête d’une “présence politique forte et permanente” des Nations Unies que les Chefs d’Etat de la sous-région ont, une nouvelle fois, formulée de “manière formelle et unanime”, à l’issue de la 20ème réunion ministérielle du Comité consultatif permanent des Nations Unies sur les questions de sécurité en Afrique centrale.  Quels sont les pays de la sous-région qui s’opposent soudainement à cette idée, s’est interrogé le représentant en rappelant que les bureaux existants, dotés de mandats sur l’ensemble du territoire des pays concernés, ne sauraient être habilités à travailler dans un contexte sous-régional.  Dans le même ordre d’idées, il s’est dit surpris que le Secrétaire général envisage des liens de travail étroits entre l’éventuel envoyé spécial et le Représentant spécial actuel dont le mandat se limite à l’organisation de la conférence internationale pour la paix dans la région des Grands Lacs, laquelle ne concerne que quelques pays d’Afrique centrale. 

Reconnaissant l’ »absence d’équation » entre les pays qui participeront à la Conférence et ceux de l’Afrique centrale, le représentant de la France a néanmoins estimé que cette Conférence aura un impact important sur la coopération entre de nombreux pays de la sous-région et sur les relations qu’ils auront avec les Nations Unies.  Prenant ainsi, à l’instar d’autres délégations, le contre-pied de la position camerounaise, le représentant français a souhaité que la proposition du Secrétaire général soit étudiée dans le contexte de cette Conférence.  Appuyant ces propos, le représentant de l’Allemagne a jugé plus pertinent de renforcer les structures existantes de l’ONU et les organisations régionales et sous-régionales, dont la Communauté économique des Etats d’Afrique centrale (CEEAC).  Pourquoi ajouter “une nouvelle couche de bureaucratie”? se sont aussi interrogés les représentants du Royaume-Uni et des Etats-Unis avant que le représentant de la Fédération de Russie ne dénonce “la tendance des Africains” à s’adresser à l’ONU plutôt qu’à recourir à leurs structures nationales et régionales.  Le représentant russe a d’ailleurs recommandé à l’ONU de ne réserver son aide qu’aux pays qui manifestent une réelle volonté de résoudre leurs problèmes et de recourir à leurs propres ressources. 

La responsabilité première des pays de la sous-région dans le règlement des problèmes auxquels ils sont confrontés a été soulignée par plusieurs délégations et admise sans équivoque par le représentant du Congo, qui s’exprimait au nom des 11 pays de la CEEAC.  Qualifiant d’abord de “brillante” la déclaration du Cameroun, le représentant congolais a ensuite fait part des efforts de sa sous-région pour accélérer l’intégration régionale par l’harmonisation des actions et des initiatives et la promotion auprès de tous les acteurs clefs des processus de paix en cours d’une vision cohérente « permettant de s’adresser en tant qu’entité unie” aux partenaires extérieurs dont les Nations Unies.  Arguant du jeune âge de la CEEAC, le représentant du Congo a indiqué que les pays de la sous-région sont en droit d’attendre de l’ONU une formule de coordination qui prendrait la forme d’une présence politique.  La localisation de cette présence pourrait être Kinshasa, a déclaré le représentant de la République démocratique du Congo en proposant ainsi la candidature de sa capitale comme hôte de ce qu’il a appelé le bureau sous-régional des Nations Unies en Afrique centrale.

A l’exception de la Bulgarie, tous les membres du Conseil de sécurité ont pris la parole ainsi que les représentants de l’Italie (au nom de l’Union européenne, des pays candidats et des pays associés), du Rwanda, du Tchad et de la Guinée équatoriale.  Venu pour présenter le rapport de la mission d’évaluation, le Sous-Secrétaire général aux affaires politiques a répondu aux questions des délégations après avoir écouté les déclarations de l’Observateur permanent de l’Union africaine et le Secrétaire général adjoint aux affaires politiques de la CEEAC.

REGION CENTRAFRICAINE

Lettre datée du 10 novembre 2003, adressée au Président du Conseil de sécurité par le Secrétaire général (S/2003/1077)

      Par cette lettre, le Secrétaire général transmet le rapport intérimaire de la mission d’évaluation interdisciplinaire qui s’est rendue dans la sous-région de l’Afrique centrale du 8 au 22 juin 2003.  La mission, rappelle Kofi Annan, était chargée de déterminer les moyens d’appliquer une approche globale, intégrée, résolue et concertée des problèmes de paix, de sécurité et de développement en Afrique centrale.  Elle s’est rendue dans les 11 Etats membres de la Communauté économique des Etats d’Afrique centrale (CEEAC).

Le Secrétaire général indique qu’au cours de leurs entretiens avec la mission, tous les gouvernements de la sous-région à une exception près ont déclaré souhaiter une présence renforcée des Nations Unies, notamment par l’établissement d’un bureau.  Se déclarant toutefois préoccupé par la multiplication de ce type de bureaux, le Secrétaire général propose plutôt la nomination d’un Envoyé spécial qui pourrait travailler sur les questions politiques avec les gouvernements de la sous-région et qui assurerait la liaison avec les entités des Nations Unies participant aux activités de développement et humanitaire en Afrique centrale.  L’une des priorités essentielles, ajoute M. Annan, sera de déterminer les mesures concrètes à prendre pour appuyer la capacité de la CEEAC et des autres mécanismes mis en place par les pays de la sous-région. 

Le Secrétaire général rappelle, en effet, que nombre des pays concernés participeront à la Conférence internationale pour la région des Grands Lacs, qui est censée déboucher sur l’établissement d’un cadre régional devant renforcer la stabilité, la sécurité, la coopération et le développement.  Le Secrétaire général assure enfin qu’il veillera à ce que l’Envoyé spécial travaille en pleine consultation et collaboration avec son Représentant spécial dans la sous-région pour éviter les doubles emplois. 

La mission, qui était composée de représentants des Départements des affaires politiques, des opérations de maintien de la paix et des affaires de désarmement ainsi que ceux du Bureau de la coordination des affaires humanitaires, du Haut Commissaire aux droits de l’homme, du Bureau du Coordonnateur pour les questions de sécurité, du PNUD, du HCR, d’ONUSIDA, et d’ONU-Habitat, présente un rapport dont les grands chapitres concernent l’établissement et les activités de la mission; les généralités; les besoins et les problèmes prioritaires; et les observations. 

La visite, affirment les membres de cette mission, a permis de constater un paradoxe frappant: l’Afrique centrale est potentiellement l’une des sous-régions les plus riches d’Afrique mais c’est aussi celle qui a le plus grand nombre d’Etats se situant aux niveaux les plus bas de presque tous les indices du développement humain.  La région souffre aussi, constate encore la mission, d’innombrables crises de gouvernance, de la prolifération des armes légères, de la fragilité des secteurs sécuritaires, des mouvements transfrontaliers d’armes, de drogues et de groupes armés, de mouvements massifs de réfugiés, du sous-développement de l’infrastructure, de la pauvreté généralisée et de la faiblesse des institutions.

Au vu de ces problèmes intersectoriels et d’autres problèmes, il est indispensable, affirme la mission, d’adopter une approche intégrée et globale à l’échelle de la sous-région.  La mission conclut aussi que les perspectives de changement demeurent vastes surtout si la communauté internationale maintient et intensifie son partenariat avec les organisations sous-régionales, les gouvernements et les groupes de la société civile pour résoudre les problèmes auxquels est confrontée l’Afrique centrale.

Déclarations

M. TULIAMENI KALOMOH, Sous-Secrétaire général aux affaires politiques, présentant le rapport intérimaire de la mission interdisciplinaire au nom du Secrétaire général, a d’abord rappelé qu’il a avait été à la tête de ladite mission.  Il s’est ensuite dit heureux de l’accueil que les 11 Etats membres de la CEEAC ont réservé à la mission.  Le rapport de la mission, a-t-il précisé, a souligné la nécessité pour l’ONU d’aider la sous-région à mettre en oeuvre ses politiques et à appuyer les efforts en vue de surmonter les problèmes transsectoriels, y compris la promotion de la bonne gouvernance.  Compte tenu du lien entre pauvreté et conflits, la mission a souligné qu’il est fondamental que l’ONU développe une approche holistique pour améliorer la capacité des acteurs sous-régionaux à être plus actifs dans le règlement et la prévention des conflits.  Toutefois, a ajouté M. Kalomoh, le Secrétaire général a jugé nécessaire d’examiner plus profondément les causes des conflits qui ont touché certains pays de la région, il s’agit en fait de réexaminer les programmes de l’ONU pour améliorer leur cohérence et leur efficacité. 

En ce qui concerne l’éventuelle création d’un bureau des Nations Unies, le Sous-Secrétaire général a fait part de la contre-proposition du Secrétaire général qui préconise la nomination d’un envoyé spécial qui serait disponible en fonction des besoins.  En concluant, il a appelé la communauté internationale à continuer à appuyer les efforts de la CEEAC pour encourager une paix et un développement durables. Il a posé comme condition la promotion des droits de l’homme, de l’état de droit et d’une gouvernance inclusive et responsable. 

M. MARTIN BELINGA EBOUTOU (Cameroun) a réaffirmé l’importance accordée par son pays aux objectifs fixés par la mission d’évaluation interdisciplinaire dans la sous-région de l’Afrique centrale et s’est associé à la déclaration faite au nom de la CEEAC.  Rappelant le mandat de la mission, à savoir la détermination des besoins de la sous-région d’Afrique centrale, la proposition de mesures concrètes et la formulation de recommandations sur la meilleure façon dont la communauté internationale pourrait appuyer les efforts et mécanismes sous-régionaux, il a estimé que la mission s’était acquittée de manière satisfaisante de ce mandat, mais aurait souhaité qu’elle ait eu plus de consultations avec les pays membres.

Dans le cadre des entretiens avec les représentants de la mission, les pays d‘Afrique centrale ont beaucoup insisté sur l’établissement d’une présence politique des Nations Unies dans la sous-région par le biais d’un bureau sous-régional, a-t-il-poursuivi.  Toutefois, le rapport de la mission fait une impasse sur cette préoccupation exprimée avec insistance par les autorités de la sous-région, a regretté le représentant.  Pourquoi la mission n’a-t-elle pas repris cet aspect dans ses observations finales? a-t-il demandé.  A la lecture de la lettre du Secrétaire général, on pourrait penser que ce ne sont pas tous les pays de la sous-région qui réclament une présence forte des Nations Unies à travers un bureau, a-fait remarquer M. Belinga Eboutou.  Quels sont alors les pays qui s’y opposent.  Les pays de la sous-région ont formulé cette demande de façon expresse et unanime, a-t-il rappelé.  Par ailleurs, le représentant a soulevé l’argument avancé par le Secrétaire général relatif à la prolifération des bureaux des Nations Unies, en affirmant que cela ne devait pas empêcher la mise en place d’une telle structure et que les bureaux dont il est question sont des structures nationales qui n’ont pas pour vocation de s’occuper des problèmes de la région dans son ensemble.  Il a également demandé à connaître le Représentant spécial du Secrétaire général pour la sous-région de l’Afrique centrale dont il est fait mention dans la lettre du Secrétaire général.  Quant à l’idée de lier la création éventuelle d’un tel bureau à une étude sur les causes de conflit dans la sous-région, M. Belinga Eboutou a rappelé qu’une telle étude avait d’ores et déjà été faite par les pays de la sous-région et qu’il n’y a donc pas lieu d’en faire une autre.  En outre, la conférence pour la paix et la sécurité dans la région des Grands Lacs couvre une sous-région bien déterminée, mais ne touche pas la CEEAC dans son ensemble et, par conséquent, il est essentiel de faire cette distinction, a-t-il estimé.  L’Afrique centrale est venue au Conseil de sécurité pour exprimer ce qu’elle attend du Conseil et des Nations Unies, et notamment une présence permanente des Nations Unies chez elle.  L’Afrique centrale espère que les Nations Unies donneront une suite positive à cette requête présentée avec insistance, a-t-il conclu, en exprimant l’espoir que la déclaration qui sera adoptée à terme puisse réaffirmer la nécessité d’une approche globale et intégrée souhaitée par les Etats d’Afrique centrale.

M. JEAN-MARC DE LA SABLIERE (France) a dit partager l’analyse de la mission d’évaluation sur les problèmes que rencontre cette sous-région de l’Afrique.  Il a jugé utile et nécessaire que les Etats concernés et la communauté internationale coordonnent les réponses qui y sont apportées.  Donnant la priorité aux questions de paix et de sécurité, le représentant a rappelé l’importance de la Mission de l’Organisation des Nations Unies en République démocratique du Congo et celles des forces régionales qui ont été déployées au Burundi et en République centrafricaine.  Il a aussi souligné l’importance des efforts de la Banque mondiale et du PNUD dans le domaine du désarmement qui, a-t-il dit, doivent prendre en compte la dimension sous-régionale du problème.  Toujours dans ce contexte, le représentant a appelé à des efforts renforcés pour mettre fin au trafic illégal des armes légères en jugeant utile de créer un mécanisme pour améliorer le respect de l’embargo sur les armes et le soutien aux groupes armés dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC).

Abordant, à son tour, la question des structures de l’ONU, le représentant a estimé que la proposition du Secrétaire général doit être étudiée dans le contexte de la conférence internationale sur la région des Grands Lacs.  Reconnaissant l’”absence d’équation” entre les pays qui participeront à cette Conférence et les pays qui composent l’Afrique centrale, il a tout de même argué que le conférence aura sans doute un impact important sur la coopération entre de nombreux pays de la région et sur les relations qu’ils auront avec les Nations Unies.  C’est la raison pour laquelle, a-t-il conclu, la France juge raisonnable de se pencher sur les modalités d’intervention des Nations Unies, dans le contexte de cette conférence.

M. BOUBACAR DIALLO (Guinée) a estimé que le rapport indique clairement que la situation en Afrique centrale est caractérisée par une forte instabilité due à la combinaison de facteurs endogènes et exogènes, transfrontaliers, dont la maîtrise exige une approche régionale.  Pour faire face aux problèmes de sécurité en général, l’Afrique centrale s’est dotée d’un protocole relatif au Conseil de paix et de sécurité (COPAX), ainsi que d’un Pacte d’assistance mutuelle signés à Malabo le 24 février 2000.  Le représentant a également mis l’accent sur l’engagement récent des pays de la région sur la voie d’un règlement pacifique de leurs différends, insistant sur la nécessité d’intensifier le partenariat international avec la région.  Sa délégation estime que les efforts déployés par les Etats de la région confirment leur volonté politique de bâtir un environnement sûr et propice au développement.  L’approche régionale indispensable au relèvement de la région doit être renforcée et appuyée par un mécanisme international d’assistance.  Le représentant s’est dit convaincu qu’une structure pluridisciplinaire commune dotée de ressources suffisantes et adéquates répondrait mieux aux besoins de la sous-région.  A cet égard, il a noté avec intérêt l’intention du Secrétaire général de nommer un envoyé spécial pour l’Afrique Centrale. 

M. WANG GUANGYA (Chine) a appelé à un examen sérieux et à une application rapide des recommandations de la mission d’évaluation.  Notant le paradoxe selon lequel l’Afrique centrale est la région la plus riche du continent mais aussi celle qui détient les taux de développement humain les plus faibles, le représentant a appelé à des mesures vigoureuses pour mettre fin aux conflits compte tenu de leurs liens avec la pauvreté.  Il s’est dit convaincu que la clef des problèmes de l’Afrique centrale réside dans les mains des gouvernements et des peuples concernés eux-mêmes.  Il a néanmoins jugé que les organisations sous-régionales pourraient faire davantage compte tenu de la communauté de cultures et en conséquence, de leur capacité à élaborer des politiques intégrées.  Le représentant n’a pas manqué de faire appel à la communauté internationale, en mettant, en particulier l’accent sur le rôle de l’ONU notamment dans l’amélioration des capacités de gestion des conflits.  Il a demandé à cette communauté internationale et aux partenaires en développement d’accroître leur appui aux pays de la sous-région.  En tant que pays ami de l’Afrique, a-t-il conclu, la Chine suit la situation de très près et n’épargne aucun effort pour aider les pays concernés à réaliser le développement économique et social.

M. GUNTER PLEUGER (Allemagne), rappelant que le rapport de la mission d’évaluation souligne les crises et conflits qui touchent encore la sous- région d’Afrique centrale, a fait sienne l’opinion selon laquelle une approche sous-régionale reste la meilleure approche pour y faire face.  Il a toutefois regretté que la mission n’ait pas pu se rendre en République centrafricaine.  Une approche sous-régionale signifie pour lui qu’il s’agit avant tout de renforcer les mécanismes sous-régionaux existants comme la CEEAC, et de remédier à l’absence de capacités sous-régionales efficaces pour le règlement des conflits dans cette sous-région.  La délégation allemande estime que c’est aux pays de la région eux-mêmes d’établir des directives claires à cette fin et de mettre en place une division claire des responsabilités respectives des organismes et mécanismes sous-régionaux.  De même, les Nations Unies doivent éviter de faire des doubles emplois, a-t-il poursuivi.  Le représentant aurait souhaité que la mission identifie d’éventuels domaines de coopération de manière à faire efficacement face aux problèmes transsectoriels, comme le trafic illicite d’armes légères, les programmes de démobilisation, désarmement et réintégration (DDR) et autres.  La contribution de l’Allemagne au programme de DDR s’élève à 30 millions d’euros, a-t-il indiqué, tout en ajoutant qu’il est essentiel que les pays concernés mettent en place des mécanismes de DDR nationaux. 

M. MASOOD KHALID (Pakistan) a fermement appuyé l’élaboration d’une approche holistique pour s’attaquer aux symptômes et aux effets des problèmes que connaît l’Afrique centrale.  Tout autant que les pays de la région eux-mêmes, a-t-il estimé, la communauté internationale a une responsabilité importante dans l’instauration de la paix et de la stabilité en Afrique centrale. Après avoir commenté, à l’instar de la mission d’évaluation, les grands problèmes auxquels est confrontée la sous-région, le représentant a jugé nécessaire que les activités multidisciplinaires de l’ONU soient accompagnées par des réactions intégrées du Conseil de sécurité et du Conseil économique et social.  Il a, dans ce contexte, réitéré la proposition de son pays de créer des comités spéciaux composés de membres des trois principaux organes des Nations Unies pour faire face aux problèmes intersectoriels. 

M. MILAD ATIEH (République arabe syrienne)a appuyé pleinement la proposition d’une approche régionale et intégrée pour faire face aux défis à relever par les pays de la sous-région d’Afrique centrale.  Il a pris note de l’intention du Secrétaire général de nommer un envoyé spécial pour la sous-égion et relance un appel à tous les Etats de la région pour participer à la conférence internationale pour la paix dans la région des Grands Lacs.  Sa délégation souscrit à tous les efforts régionaux, internationaux et nationaux visant à régler les problèmes auxquels sont toujours confrontés les pays de cette sous-région.  A ce titre, le Conseil de sécurité doit au plus vite se saisir des besoins spécifiques de cette région et la communauté internationale doit pour sa part fournir une assistance économique aux pays d’Afrique centrale, a-t-il conclu.

Mme. ANA MARIA MENENDEZ (Espagne) a, à son tour, appuyé la recherche d’une approche intégrée dans la sous-région en appelant à un réexamen rapide des programmes des Nations Unies pour renforcer leur efficacité et leur cohérence.  S’agissant des structures de l’ONU, elle a jugé préférable d’utiliser de manière plus efficace et plus coordonnée les structures existantes avant d’envisager la possibilité de créer de nouveaux mécanismes.  La représentante a ensuite souligné l’importance de consolider les progrès dans les domaines de la démobilisation et du désarmement, de la sécurité, la prolifération et commerce illicite des armes légères et des droits de l’homme.

M. ADAM THOMSON (Royaume-Uni) a rappelé que l’objectif de la mission d’évaluation était de parvenir à créer des liens efficaces et de renforcer la coopération avec la région d’Afrique centrale.  En raison des flux transsectoriels, une approche intégrée est nécessaire pour compléter les solutions nationales, a rappelé le représentant, insistant cependant sur le fait que certaines questions devraient être considérées sur le plan national, alors que d’autres s’inscrivent tout à fait dans un contexte régional.  Il faut par conséquent éviter d’imposer des formules types pour certains problèmes, a-t-il poursuivi, accueillant favorablement les travaux préparatoires de la conférence internationale pour la paix dans la région des Grands Lacs.  Le Royaume-Uni ne peut appuyer l’idée de mettre en place des structures supplémentaires des Nations Unies dans la sous-région.  En revanche, le développement économique de la région et la sécurité étant étroitement liés, sa délégation estime qu’il est indispensable de renforcer les capacités sous-régionales.  A cet égard, le représentant a également mis l’accent sur la nécessité d’éviter des doubles emplois et a préconisé la nécessité d’axer les efforts de la communauté internationale sur certains domaines précis comme la structure de sécurité de la région.  Les pays de la région devraient notamment avancer des idées pour que les Nations Unies puissent mieux appuyer une telle structure, ou encore déterminer les mesures qui pourraient être prises pour lutter contre la circulation illicite d’armes légères. 

M. ALEXANDER V. KONUZIN (Fédération de Russie) a également souscrit à l’analyse de la mission d’évaluation.  Nous devons, a-t-il estimé, modifier notre démarche et nous demander pourquoi les Etats africains continuent de se heurter aux mêmes problèmes qui ont accompagné l’avènement de leur indépendance.  Il faut écouter plus attentivement les Africains afin de pouvoir élaborer une réponse coordonnée, ciblée et responsable, a jugé le représentant.  En la matière, il a souligné que l’ONU doit jouer un rôle central et entretenir des relations pragmatiques avec les organisations régionales.  A ce propos, le représentant s’est demandé pourquoi les Africains préfèrent s’adresser à l’ONU plutôt que d’utiliser d’abord pleinement leurs structures nationales et régionales.  Les demandes actuelles s’expliquent par cette tendance, a précisé le représentant en citant celles concernant le bureau politique et la mise en place de structures de lutte contre l’impunité.  Les Africains pourraient utiliser les structures nationales, bilatérales et régionales à leur disposition, a conclu le représentant en conseillant l’ONU de réserver l’aide aux pays qui manifestent la volonté de résoudre leurs problèmes et de recourir à leurs propres ressources. 

M. JOHN NEGROPONTE (Etats-Unis) a rappelé l’engagement de son pays en faveur de la région d’Afrique centrale et s’est félicité des progrès enregistrés dans les processus de paix en Angola et au Burundi ainsi que des changements économiques favorables au développement de la région.  Cependant, pour tirer profit de ces avances, il faut que les gouvernements de la région renforcent leurs structures en matière de santé et d’éducation et respectent les droits de l’homme, a-t-il souligné.  Il a proposé en outre que la nomination d’un envoyé spécial des Nations Unies pour la sous-région se fasse après la tenue de la conférence internationale pour la paix dans la région des Grands Lacs, en expliquant que cette conférence pourrait déboucher sur de nombreux éléments cruciaux et recommander des moyens pour renforcer l’intégration africaine et les mécanismes régionaux.  La délégation des Etats-Unis estime qu’il n’est pas nécessaire de créer un bureau régional des Nations Unies pour la sous-région, préconisant en revanche que les bureaux présents dans la région soient encouragés à travailler plus efficacement ensemble.

M. CHRISTIAN MAQUIEIRA (Chili) a jugé pertinent de mettre en place des solutions globales dans une sous-région touchée par des problèmes semblables tels que le trafic des armes légères, le recours aux mercenaires, les violations des droits de l’homme, la propagation du VIH/sida ou encore la pauvreté.  Parmi les recommandations de la mission d’évaluation, le représentant a retenu celle relative à la mise en place de mécanismes pour aider les victimes des violations des droits de l’homme et promouvoir la bonne gouvernance.  Quant aux structures de l’ONU dans la sous-région, il a jugé justifiée la préoccupation du Secrétaire général quant à la multiplication des bureaux de l’ONU dans la région.

M. CARLOS PUJALTE (Mexique) a estimé que le principal problème de l’Afrique centrale est celui de la pauvreté extrême, talonné de près par la prolifération des armes légères et les déplacements massifs de population.  Soulignant les efforts déployés par les pays de la sous-région pour consolider leur situation, il a appuyé les recommandations visant à mettre en place une approche régionale intégrée qui tienne compte de toutes les données spécifiques à la région.  Il est nécessaire pour cela de renforcer les capacités nationales afin de promouvoir la bonne gouvernance et de permettre aux activités d’appui des Nations Unies de bénéficier du soutien des gouvernements de la sous-région.  A cet égard, le représentant a rappelé les efforts du Conseil de sécurité visant à renforcer les mécanismes régionaux de l‘Afrique centrale.  Il a affirmé que ce n’est que par un effort conjoint qu’il sera possible de surmonter les problèmes de cette sous-région et c’est pourquoi, le Conseil de sécurité doit rester saisi de cette question.

M. ISMAEL ABRAAO GASPAR MARTINS (Angola) a félicité le représentant du Cameroun pour avoir initié, lors de sa présidence, la publication de la déclaration du 31 octobre 2002 demandant l’envoi d’une mission d’évaluation dans la région.  Relevant lui aussi le paradoxe de la sous-région qui voit une richesse potentielle côtoyer les taux de développement humain les plus faibles, le représentant a souligné la nécessité d’adopter une approche résolue et globale en mettant les pays de la sous-région eux-mêmes devant leur responsabilité.  Il a conclu en soulignant que cette réunion doit être perçue comme la contribution de l’Angola à la réalisation des objectifs de paix, de sécurité et de développement de l’Afrique centrale.

Intervenant au nom de l’Union européenne, des pays candidats et des pays associés, M. ALDO MANTOVANI (Italie) a relevé que sept des 11 pays de l’Afrique centrale récemment visités par la mission des Nations Unies étaient soit en guerre, soit en situation de postconflit, dans une sous-région qui continue de souffrir dans son ensemble de la prolifération des armes, de groupes armés, d’un taux de chômage très élevé, de l’insuffisance d’infrastructures, d’un grand nombre de déplacés et de réfugiés, et de la pandémie du VIH/sida.  Il a estimé que ces problèmes fondamentaux de l’Afrique centrale ne peuvent être combattus que par le biais d’une approche régionale intégrée.  Une telle approche exige une meilleure coopération et intégration sous-régionale par le renforcement des mécanismes existant comme la Communauté économique des Etats d’Afrique centrale (CEEAC), leConseil pour la paix et la sécurité en Afrique centrale, le Mécanisme d’alerte rapide en Afrique centrale et la Force Multinationale de l'Afrique centrale (FOMAC). 

Par ailleurs, le représentant a souligné que si les gouvernements de la région avaient effectivement la responsabilité première en matière de consolidation de la paix et de la sécurité, il incombait à la communauté internationale d’assister les pays de cette région à tous les niveaux.  Il a cité la rapide restauration de la loi constitutionnelle à Sao Tomé après le coup d’État de juillet 2003, et l’amélioration de la situation en République centrafricaine pour illustrer le rôle déterminant des organisations régionales et de la détermination des dirigeants africains.  S’agissant du soutien de la communauté internationale, il a mentionné l’exemple du déploiement rapide de la force européenne multinationale, baptisée Artémis, qui a permis la stabilisation de la situation sécuritaire dans la région de Bunia en République démocratique du Congo.  Conscient du lien intrinsèque entre la pauvreté et les conflits, il est indispensable que la communauté internationale aide l’Afrique centrale à s’engager sur la voie du développement durable, en éradiquant les sources d’instabilité comme le chômage, la lourde dette extérieure ou l’insuffisance d’infrastructures de développement. 

S’exprimant au nom des 11 pays membres de la CEEAC, M. BASILE IKOUEBE (République du Congo) a déclaré que le message que ces pays ont voulu faire passer est celui d’une Afrique centrale qui veut sortir du cycle infernal de la violence et de la pauvreté et s’engager résolument sur la voie du règlement des conflits, de la consolidation de la paix et de la reconstruction.  Il a toutefois souligné qu’en dépit de la volonté des dirigeants, les évolutions positives en cours resteraient fragiles si elles ne bénéficient pas d’appuis substantiels de la communauté internationale, en particulier des Nations Unies.  A cet égard, il a rappelé certains progrès enregistrés récemment dans la sous-région, notamment l’adoption de la Déclaration de principes sur les relations de bon voisinage et de coopération entre la RDC, le Burundi, le Rwanda et l’Ouganda, le récent accord intervenu au Burundi, ou l’entrée en vigueur du Protocole relatif au Conseil de paix et de sécurité en Afrique centrale.

Face à cette volonté marquée de faire face aux problèmes de la sous-région, M. Ikouebe a cependant tenu à rappeler les défis immenses qui restent à relever, notamment le maintien et la consolidation de la paix, le renforcement des capacités sous-régionales, le soutien aux initiatives sous-régionales, la mise en place de programmes de DDR, la promotion de la réconciliation nationale, la protection des droits humains et le contrôle de la circulation illicite d’armes légères.  Il a également évoqué les problèmes liés à la reconstruction et au développement durable, comme la mise en place des programmes post-conflit prévoyant le passage de l’assistance humanitaire d’urgence à une politique de développement structurel, la bonne gouvernance, la réduction de la pauvreté et la lutte contre le VIH/sida.  Au regard de ces défis, les responsables ressentent l’impérieuse nécessité d’une approche sous-régionale et coordonnée dans le but de parvenir à harmoniser les actions, les initiatives et à mobiliser autour d’une vision cohérente tous les acteurs clefs des processus en cours pour pouvoir s’adresser en tant qu’entité unie aux partenaires extérieurs, a souligné le représentant.  A cet égard, le nouveau partenariat entre les pays de la sous-région et les Nations Unies devrait accorder un intérêt particulier à des programmes à volet multinational, à l’instar de celui coordonné par la Banque mondiale pour le financement des opérations de DDR dans certains pays de la région.  Pour leur part, les pays de la CEEAC réaffirment leur détermination à renforcer l’intégration sous-régionale, en revitalisant la CEEAC qui est appelée à jouer un rôle de premier plan pour coordonner l’ensemble des activités qu’elle partage aujourd’hui avec d’autres institutions telles que la CEMAC.  Avec la fin des conflits, le projet d’intégration de la sous-région est appelé à connaître un nouvel essor, a affirmé M. Ikouebe.  Tout en soulignant le rôle essentiel des représentants spéciaux du Secrétaire général, des bureaux et agences des Nations Unies dans la sous-région, il a cependant plaidé en faveur d’une structure de coordination, d’harmonisation et de cohérence.  C’est pourquoi, les pays d’Afrique centrale demandent la création d’un bureau sous-régional des Nations Unies en Afrique Centrale, demande formulée par les Chefs d’Etat à l’occasion de la visite de la mission d’évaluation.  Il a pris note des suggestions faites par le Secrétaire général dans sa lettre tout en s’interrogeant sur la finalité d’une nouvelle étude sur les causes des conflits en Afrique centrale.  L’Afrique centrale est d’avis, avec le Secrétaire général, qu’il faut passer d’une culture de réaction à une culture de prévention en matière de paix et de sécurité et qu’il importe de développer une logique d’accompagnement des processus de consolidation de la paix.  L’Afrique centrale est consciente qu’elle ne peut relever les défis qui se posent à elle qu’en renforçant ses propres capacités, ce qui passe par un engagement plus ferme dans la revitalisation de la CEEAC.  C’est pour préserver cette volonté d’unité, d’approche globale et intégrée que la sous-région a souhaité que tous ses membres soient parties prenantes à la conférence internationale pour la paix dans la région des Grands Lacs et, à cet égard, s’est félicitée de l’approche inclusive adoptée par le Conseil de sécurité, a conclu M. Ikouebe.

M. ILEKA ATOKO (République démocratique du Congo) s’est dit convaincu qu’il sera possible, avec l’aide de la communauté internationale, de réaliser la réunification et la pacification de son pays. Ce processus, a-t-il ajouté, devra être accompagné par des actions de réhabilitation des infrastructures sociales et économiques, la reprise de la libre circulation des personnes et des biens, ainsi que par le rétablissement des principales voies de communication.  Il a présenté l’accélération du processus de formation d’une armée nationale restructurée et intégrée comme une mesure de la plus haute importance.   Il a indiqué que depuis le 17 novembre, les Forces congolaises avaient, sans appui international, procédé à la démobilisation et au désarmement volontaires de plus d’un millier d’ex-combattants, essentiellement de nationalité rwandaise, qui seront rapatriés dans leurs pays d’origine.  Le représentant a souligné l’importance d’accélérer, avec l’aide de la communauté internationale, le programme de désarmement, démobilisation, regroupement, rapatriement et réinsertion (DDRRR).    En ce qui concerne la circulation des armes, il a souhaité que le Conseil de sécurité crée dans les meilleurs délais un mécanisme sur l’embargo, conformément aux dispositions pertinentes de sa résolution 1493 (2003). 

Par ailleurs, le représentant a estimé que le rétablissement de la stabilité de la RDC était une condition sine qua non de la stabilité durable dans l’ensemble de la sous-région.  Dans ce contexte, il a salué le projet de conférence internationale sur la paix, la sécurité, la démocratie et le développement dans la région des Grands Lacs et de l’Afrique centrale, comme une opportunité historique à saisir pour relancer l’intégration sous-régionale, facteur de paix et de développement social et économique de nos populations.  En ce qui concerne la lutte contre la pauvreté, il a déclaré que la RDC avait besoin d’un véritable Plan Marshall humanitaire des Nations Unies pour pallier les effets néfastes d’une agression armée.  Au plan économique, il a indiqué que la vision partagée du programme économique et social de la Transition était fondé sur une économie de marché, sécurisant l’investissement privé, respectueux des droits sociaux et garantissant la solidarité nationale ainsi que la sécurité juridique et judiciaire des affaires.  En ce qui concerne la justice et la question des droits de l’homme, le représentant a jugé de la plus haute importance la nécessité de mettre un terme à l’impunité.  Cela passe par la création, avec l’assistance du Conseil de sécurité, soit d’un tribunal pénal international pour la RDC, soit d’un tribunal mixte sur le modèle sierra-léonais, tous deux dotés des compétences nécessaires pour connaître des crimes de génocide, des crimes contre l’humanité, et les violations des droits de l’homme dans leur ensemble, quels qu’en soient les auteurs.  Il s’agira également de s’attaquer aux causes profondes de la belligérance dans la sous-région, de rendre justice aux Rwandais victimes du génocide et aux millions de Congolais victimes de l’agression armée.  C’est aussi, a-t-il ajouté, introduire les requêtes auprès des instances internationales compétentes aux fins d’obtenir une indemnisation du fait de l’agression, reconnue par la communauté internationale et l’Union africaine.

M. NICHOLAS SHALITA (Rwanda) a déclaré qu’il était tragique de constater que l’Afrique centrale, une des sous-régions les plus riches du monde en termes de ressources naturelles et humaines, figurait parmi les sous-régions les plus pauvres, souffrant de la pauvreté extrême, de la faim et des maladies qui sont autant de sources d’instabilité politique.  Néanmoins, il s’est félicité des développements positifs enregistrés dans la région ces derniers mois.  A cet égard, il a notamment cité la tenue en août et septembre derniers au Rwanda d’élections libres, présidentielles et parlementaires.  Ces élections achèvent un processus de transition de neuf ans et consolident un programme de démocratisation national commencé en 1998 avec des élections à tous les niveaux de l’administration.  Le représentant a indiqué que les secteurs de la population qui avaient été marginalisés jouent aujourd’hui un rôle actif dans la société.  A titre d’illustration, il a précisé que 48,8% des députés de l’Assemblée nationale et 30% des sénateurs étaient des femmes, ce qui faisait du Rwanda le leader mondial pour la représentativité des femmes au parlement.  Ces élections, a-t-il ajouté, interviennent au terme d’un processus de rédaction de la constitution auquel l’ensemble de la population a été associé. 

Par ailleurs, le représentant a salué les développements positifs observés en Angola, au Burundi et notamment en République démocratique du Congo où la formation d’un nouveau gouvernement de transition et d’unité nationale donne pour la première fois au pays, depuis de nombreuses années, de réelles perspectives de paix et de stabilité.  Il s’est félicité du processus en cours pour la mise en place d’une conférence pour la paix dans la région des Grands Lacs et s’est associé aux conclusions de la récente mission des Nations Unies en Afrique centrale sur les liens entre la pauvreté et les conflits.  S’agissant de la question économique, il a souhaité l’adoption d’une approche holistique qui aborde les questions de la marginalisation de l’Afrique dans le système commercial mondial, et les moyens de permettre aux pays africains de transformer leurs économies afin d’augmenter le volume de leurs exportations.  En outre, il a souligné le défi que constitue la pandémie du VIH/sida en matière de sécurité et de développement.       

M. KOUMTOG LAOTEGGUENODJI (Tchad) s’est félicité du climat de paix qui règne entre son pays et la République centrafricaine depuis les événements qui se sont déroulés à Bangui le 15 mars 2003.  Il s’est dit heureux que sous l’égide de la Communauté économique et monétaire de l'Afrique centrale (CEMAC), le Tchad puisse apporter sa contribution à la consolidation de la sécurité et de la paix sociales en République centrafricaine.  Il s’est réjoui que les nouvelles autorités centrafricaines se soient vite engagées dans la voie du Dialogue national et s’est dit encouragé par les résultats du premier forum national de ce pays.  Là où le dialogue national prévaut sur la logique de guerre, a-t-il insisté, il y a des chances réelles de réaliser la paix, celle des cœurs et des esprits des citoyens désireux de vivre ensemble dans la concorde nationale.  Le représentant s’est félicité de l’envoi par le Secrétaire général d’une mission pluridisciplinaire d’évaluation en Afrique centrale en juin dernier, qui contribue à renforcer le dialogue national dans les Etats membres et a salué le rapport intérimaire de cette mission qui a posé un diagnostic exhaustif et pertinent.  Il a également appuyé la proposition du Secrétaire général de nommer un envoyé spécial pour travailler avec les gouvernements sur les questions politiques.  Il a souhaité que la contribution de cet envoyé spécial puisse conduire à la mise en place d’une stratégie globale, intégrée et durable où les organisations sous-régionales et onusiennes opérant en Afrique centrale, travailleraient de manière concertée sur toutes les questions politiques, économiques et humanitaires de l’ensemble des Etats de la sous-région.

M. LINO SIMA EKUA AVOMO (Guinée équatoriale) a souscrit à la déclaration faite par le représentant du Congo au nom des Etats de la CEEAC.  Il a souligné qu’en dépit de la richesse en ressources naturelles et humaines de la sous-région d’Afrique Centrale, il n’a toujours pas été possible de réaliser la paix et la sécurité du fait des multiples guerres intestinales qui ont frappé cette région et qui ont contribué à ralentir l’intégration économique sous-régionale.  Pour sa part, la séance actuelle ne fait que réaffirmer la responsabilité du Conseil de sécurité en tant qu’organe chargé de veiller au maintien de la paix et de la sécurité internationales, en particulier pour ce qui est de la situation en Afrique centrale.  En tant que pays qui préside le Comité consultatif des Nations Unies sur les questions de sécurité en Afrique centrale, il a rappelé les différents mécanismes qui ont été mis en place à cette fin et qui seront prochainement opérationnels comme le COPAX.  Après une longue période sombre marquée par les guerres et l’instabilité politique, le représentant de la Guinée équatoriale entrevoit cependant une lueur d’espoir pour l’avenir de la sous-région sur la base des développements positifs récents.  Bien qu’il soit trop tôt pour se faire des illusions, il a appelé la communauté internationale à mettre en place des mécanismes d’accompagnement pour consolider les acquis tant sur le plan national que sous-régional.  Il s’est également associé à la position des Etats de la région qui demandent la création d’un bureau sous-régional des Nations Unies pour l’Afrique centrale, requête qui figure d’ailleurs au titre des recommandations du Comité consultatif pour 2003.

M. AMADOU KEBE, Observateur permanent de l’Union africaine, s’est félicité de la qualité du rapport de la mission d’évaluation.  Reconnaissant la relation entre mauvaise gouvernance et exclusion, d’une part, et tensions, conflits et insécurité d’autre part, il a insisté sur la nécessité de s’attaquer aux causes profondes des conflits et des difficultés économiques de la région.  Le diagnostic et les remèdes préconisés par le rapport peuvent s’appliquer à tous les pays africains, a-t-il poursuivi en relevant néanmoins la particularité selon laquelle l’Afrique centrale, région la mieux dotée en ressources naturelles et humaines, continue d’enregistrer les plus faibles performances économiques et sociales.  Pourtant, a-t-il rappelé, à l’initiative des Chefs d’Etat de la région, plusieurs organisations régionales et sous-régionales ont été mises sur pied comme la CEEAC, la CEMAP, et les autres organisations à caractère transrégional.  Il a aussi mentionné les initiatives de l’Union africaine comme le Conseil de paix et de sécurité qui est en train de devenir opérationnel et le Nouveau Partenariat pour le développement de l’Afrique (NEPAD).  Il faut, a-t-il conclu, améliorer et renforcer les capacités des organisations régionales et sous-régionales existantes, en particulier la CEEAC.

Au nom de la coordination nécessaire entre toutes les actions entreprises dans la région, le représentant a appuyé la demande des Etats de la sous-région concernant la nécessité pour les Nations Unies d’assurer une présence politique en Afrique centrale.  La forme de cette présence importe moins que l’effectivité et l’efficacité de la coordination, a insisté l’Observateur.

M. NELSON COSME, Secrétaire général de la Communauté économique des Etats de l’Afrique centrale (CEEAC), s’est félicité des progrès en cours dans la sous-région en ce qui concerne l’opérationnalisation du Mécanisme de sécurité collectif, alors que le Conseil de paix et de sécurité en Afrique Centrale est également entré en vigueur.  C’est à ce titre que la CEEAC, en collaboration avec les Nations Unies, s’est saisie de la situation de la République démocratique de Sao Tomé et Principe lors de la tentative de renversement de l’Ordre constitutionnel le 16 juillet 2003.  Consciente de l’importance de la prévention, sept pays membres de la CEEAC ont organisé en juillet 2003 au Gabon, un exercice militaire conjoint de simulation des opérations de maintien de la paix et d’assistance humanitaire dénommé «BIYONGHO 2003».  Dans le but d’assurer une meilleure prévention des conflits potentiels, le secrétariat général de la CEEAC, avec l’assistance de l’Union européenne, élabore une stratégie qui devrait permettre de rendre opérationnel le Mécanisme d’alerte rapide de l’Afrique centrale (MARAC).  Il a souligné la contribution de la CEEAC à l’amélioration de la situation en Angola, en République centrafricaine, en République démocratique du Congo (RDC) ou encore à Sao Tomé et Principe.  En outre, il a salué l’alternance pacifique survenue le 30 avril 2003 au Burundi et la tenue d’élections présidentielles et législatives au Rwanda. 

Par ailleurs, M. Cosmé a souhaité l’ouverture d’un bureau régional des Nations Unies, qui puisse contribuer à l’établissement d’un cadre régional devant renforcer la stabilité, la sécurité, la coopération et le développement durable.  Ce bureau, a-t-il ajouté, devrait appuyer non seulement la capacité de la CEEAC et de ses mécanismes de sécurité collectifs, notamment le Conseil de paix et sécurité (COPAX), le Mécanisme d’alerte rapide de l’Afrique centrale(MARAC), le Conseil de défense et sécurité(CDS), et la Force multinationale de l’Afrique centrale(FOMAC), mais aussi les mécanismes régionaux en matière d’intégration économique, nommément la création de la Zone de libre-échange, la mise en place des fonds de développement et du nouveau mécanisme de financement autonome.  En outre, il a affirmé la détermination de la CEEAC de s’imposer comme le pilier de l’intégration régionale en Afrique centrale.

Dans ses remarques de clôture, le Sous-Secrétaire aux affaires politiques, s’est félicité de la compréhension qu’ont témoignée les délégations pour les problèmes de l’Afrique centrale.  Il a également tenu à rassurer la délégation allemande que les Nations Unies continuent d’appuyer la République centrafricaine.  Répondant à la question du Cameroun sur l’éventuelle opposition de certains pays à la création d’un bureau politique sous-régional des Nations Unies, il a expliqué qu’à l’exception d’un seul pays qui n’avait pas abordé cette question, tous les autres pays s’étaient effectivement associés à cette demande.  Pour ce qui est de la réponse du Secrétaire général aux demandes formulées par les Etats d’Afrique centrale, M. Kalomoh a expliqué qu’il avait l’intention de prendre deux mesures immédiates, à savoir un examen des programmes et activités de l’ONU dans la sous-région afin de parvenir à une meilleure coordination de ces activités et la nomination d’un envoyé spécial qui serait chargé de poursuivre les discussions avec les dirigeants d’Afrique centrale sur les questions relatives à l’intégration économique et politique de la sous-région ainsi que les autres questions soulevées dans le rapport de la mission d’évaluation.  Il s’est félicité du sentiment général qui s’est dégagé au sein du Conseil selon lequel la communauté internationale doit activement soutenir les pays de la sous-région, soutien qui viendrait compléter leurs propres efforts, réaffirmant ainsi que la responsabilité qui incombe en premier lieu aux pays de l’Afrique centrale.

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