LE CONSEIL DE SECURITE EVALUE LA PORTEE DES PROGRAMMES DE LUTTE ANTIMINES DANS LES OPERATIONS DE MAINTIEN DE LA PAIX

13 novembre 2003
CS/2582

LE CONSEIL DE SECURITE EVALUE LA PORTEE DES PROGRAMMES DE LUTTE ANTIMINES DANS LES OPERATIONS DE MAINTIEN DE LA PAIX

13/11/2003
Communiqué de presseCS/2582

Conseil de sécurité

4858e séance – matin

LE CONSEIL DE SECURITE EVALUE LA PORTEE DES PROGRAMMES DE LUTTE ANTIMINES

DANS LES OPERATIONS DE MAINTIEN DE LA PAIX

L’impact négatif des mines antipersonnel sur la paix, la stabilité et le développement économique et social des pays les plus affectés par ce fléau a été de nouveau souligné ce matin devant le Conseil de sécurité qui se penchait sur l’importance de la lutte antimines dans le cadre des opérations de maintien de la paix.  Prenant l’exemple de l’Angola et de l’Afghanistan, le Secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de la paix, Jean-Marie Guéhenno, a souligné le rôle crucial des activités de déminage dans le contexte des initiatives de relèvement post-conflit.  C’est la raison pour laquelle le plus important programme d’action antimines développé par les Nations Unies est actuellement mis en œuvre en Afghanistan et mobilise près de 7 600 personnes et utilise 200 chiens pour identifier les zones infestées, a précisé M. Guéhenno.  Toutefois, l’insuffisance des ressources financières disponibles pour l’action antimines en Afghanistan, si elles sont maintenues à leur montant actuel, ne donneront lieu à des résultats satisfaisants qu’en 2007.  Il faudra 10 ans au minimum et près de 500 millions de dollars pour déminer l’Afghanistan, a admis à son tour le représentant du Pakistan, rappelant que ce fléau avait coûté la vie à 300 personnes en moyenne chaque année depuis 20 ans dans ce pays. 

Soulignant le coût élevé des opérations de déminage, le représentant de l’Allemagne a noté que pour produire une mine antipersonnel il fallait environ trois dollars tandis que sa destruction revient en moyenne à 3 000 dollars.  Pourtant, a insisté M. Guéhenno, l’action antimines constitue une dimension essentielle des opérations de maintien de la paix, prenant l’exemple à ce titre des sept missions des Nations Unies, notamment à Chypre et en République démocratique du Congo, où le Département des opérations de maintien de la paix a fait appel à l’expertise du Service d’action antimines des Nations Unies (UNMAS).  Il a dressé ensuite une liste de mesures pouvant être prises, dans le cadre des opérations de maintien de la paix, pour améliorer la lutte antimines, notamment par le renforcement de la formation au déminage, par les pays contributeurs de troupes, des unités qu’ils mettent à la disposition des Nations Unies.  Une autre mesure consisterait à intégrer l’action antimines dans les programmes de désarmement, démobilisation et réintégration, a-t-il indiqué, précisant à cet égard que les troupes démobilisées pourraient être recrutées pour contribuer au déminage.

Cette dernière proposition a été approuvée, entre autres par la Bulgarie et le Chili, tandis que le Royaume-Uni faisait part des programmes de formation au déminage dispensés aux troupes kenyanes déployées dans le cadre de la Mission des Nations Unies en Ethiopie et en Erythrée (MINUEE).  Le Directeur du Centre international de déminage humanitaire à Genève, Martin Dahinden, est quant à lui revenu sur le type d’assistance opérationnelle que pouvait apporter son institution dans le cadre des opérations de maintien de la paix.  La gestion de l’information est déterminante pour l’exécution des missions de maintien de la paix, a-t-il indiqué à cet égard, insistant sur la capacité pour les différents acteurs de recueillir et d’échanger des informations dans le cadre d’un système normalisé.  Le Centre de Genève a établi à cette fin le Système de gestion de l’information en matière de lutte antimines (IMSMA), a précisé M. Dahinden, ajoutant que cette base de données était actuellement utilisée dans 36 pays, en particulier dans la gestion des situations post-conflit. 

Au-delà de ces mécanismes, le rôle de la Convention d’Ottawa de 1997 sur l’interdiction de la production, du stockage et du transfert des mines antipersonnel, et sur leur destruction, a été de nouveau souligné par certaines délégations comme la France, le Chili et la Guinée qui ont souhaité son universalisation rapide.  Le représentant du Chili a indiqué qu’en application de cet instrument dont il est partie, son pays avait achevé récemment la destruction d’un stock de 59 000 mines antipersonnel.  Un résultat qui, mis en parallèle avec les quelque 240 millions de mines antipersonnel encore stockées dans près de 70 pays, exige que la communauté internationale redouble d’efforts pour contrer ce fléau, comme l’a indiqué, entre autres, le représentant du Mexique, plaçant tous ses espoirs dans la prochaine Conférence d’examen des Etats parties à la Convention d’Ottawa prévue en 2004 à Nairobi, au Kenya. 

En fin de séance, le Président du Conseil de sécurité, Ismael Abraao Gaspar Martins (Angola), a annoncé qu’une déclaration présidentielle serait présentée ultérieurement sur la question.

Outre ceux déjà cités, les représentants des pays suivants sont intervenus au cours de ce débat: République arabe syrienne, Cameroun, Bulgarie, Espagne, Fédération de Russie, Chine, Etats-Unis et Angola. 

L’IMPORTANCE DE LA LUTTE ANTIMINES POUR LES OPÉRATIONS DE MAINTIEN DE LA PAIX

Documentation de base

Le Conseil de sécurité se saisit de la question de la lutte antimines une semaine après l’Assemblée générale qui a tenu, les 5 et 6 novembre dernier, un débat sur cette question.  Une trentaine de délégations sont alors intervenues pour souligner, à la lumière du rapport du Secrétaire général relatif à l’assistance à la lutte antimines, la nécessité de mobiliser des ressources financières et une assistance technique en faveur des pays les plus affectés par le fléau des mines antipersonnel*.  Le rapport du Secrétaire général (A/58/260 et Add.1) porte sur les progrès réalisés en ce qui concerne les six buts et objectifs stratégiques énoncés dans la Stratégie des Nations Unies pour la lutte contre les mines, 2001-2005.  Il mentionne à cet égard les progrès réalisés dans certains domaines, notamment dans l’utilisation des nouvelles technologies de l’information, dans les missions d’évaluation interorganisations dans les pays concernés, dans l’amélioration du réseau d’information sur l’Internet E-MINE, et dans la gestion du système d’information pour l’action antimines disponible dans plusieurs pays.

En ce qui concerne la capacité accrue de réaction face aux situations d’urgence, le rapport traite, entre autres, de l’approbation du cadre opérationnel de réaction rapide, de l’application en Iraq d’un plan de réaction rapide et de l’assistance d’urgence à sept pays.  Par ailleurs, le rapport mentionne les efforts déployés à long terme pour le renforcement des capacités antimines nationales, et l’amélioration sensible en matière de gestion de la qualité, de la mobilisation des ressources, et de la publication du portefeuille de projets en 2003 coïncidant avec le lancement des appels communs.  Le rapport se penche aussi sur le développement des activités en faveur des instruments juridiques applicables, à savoir l’information spécialisée communiquée aux Etats Membres envisageant d’adopter une législation en vue de réglementer la destruction des explosifs après une guerre et la contribution aux efforts des Etats Membres pour codifier les droits des personnes handicapées, y compris les victimes des mines terrestres.  Le rapport recommande en outre des mesures concrètes en vue d’améliorer la qualité de l’action antimines des Nations Unies.

En ce qui concerne l’examen officiel de la Stratégie des Nations Unies pour la lutte contre les mines, le rapport souligne qu’elle a confirmé plusieurs informations importantes.  En premier lieu, la Stratégie a permis de fournir des orientations et des avis à toutes les entités des Nations Unies qui travaillent à sa mise en œuvre et favorisé la coordination et la responsabilisation à tous les niveaux.  Deuxièmement, l’examen a fait apparaître l’adhésion quasi unanime des partenaires des Nations Unies à un ensemble de principes fondamentaux qui sous-tendent leurs efforts communs, notamment leur détermination à intégrer les problèmes de développement dans la planification de l’action antimines et à souligner le rôle des collectivités concernées lors de la fixation des priorités.  Le rapport souligne également la détermination des partenaires à tenir compte de l’équité entre les sexes dans la conception, la mise en œuvre et l’évaluation des programmes.  Troisièmement, l’examen a permis de préciser un certain nombre d’objectifs stratégiques à la lumière de l’expérience pratique, poursuit le rapport, qui précise que pendant l’année écoulée, la lutte contre les mines a été intégrée de manière plus systématique dans la planification des opérations d’action humanitaire et de développement.  La présence de mines et de munitions est souvent un obstacle au développement, note le rapport, qui ajoute que bien que les donateurs continuent de financer l’action antimines essentiellement par le biais des rubriques budgétaires consacrées à l’action humanitaire, on reconnaît de plus en plus que la lutte antimines doit être imputée aussi sur les ressources affectées au développement et à la reconstruction.

Dans une perspective humanitaire, le rapport reconnaît que l’action antimines doit faire partie intégrante du processus des appels globaux.  Les nouveaux moyens d’intervention rapide contre les mines mis en place par les Nations Unies se sont révélés essentiels en Iraq où il a été possible de déployer avec une rapidité sans précédent une équipe pour la coordination de l’action antimines et d’importants moyens opérationnels pour les évaluations d’urgence et la destruction des engins explosifs.  En outre, le rapport fait état de recommandations, parmi lesquelles la proposition d’élaboration, dès 2005, d’une stratégie des Nations Unies pour la lutte contre les mines couvrant la période 2005-2009.  Par ailleurs, le Secrétaire général souligne que dans les pays sortant d’un conflit, le gouvernement devrait procéder le plus rapidement possible, avec les donateurs, à des évaluations de l’incidence des mines et des munitions non explosées sur le relèvement et le développement.

* Voir les communiqués AG/1453 et 1454.

Déclarations

M. JEAN-MARIE GUEHENNO, Secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de la paix, intervenant sur les mesures prises en matière de lutte antimines dans le contexte des opérations de maintien de la paix, a insisté tout particulièrement sur les nuisances posées par la prolifération de ces armes et cité à cet égard l’exemple des nombreuses provinces angolaises fortement affectées.  Evoquant ensuite la récente mission du Conseil de sécurité en Afghanistan, M. Guéhenno a indiqué que le plus important programme d’action contre les mines mené par les Nations Unies se déroulait actuellement dans ce pays où 7 600 personnes sont impliquées.  Les niveaux actuels de financement de l’action antimines en Afghanistan ne permettront de parvenir à des résultats satisfaisants qu’à l’horizon 2007, a-t-il toutefois fait remarquer.  Les exemples afghan et angolais illustrent toutes les étapes de l’action antimines, depuis l’identification des zones infestées à leur déminage, en passant par la destruction des stocks ou les campagnes exhortant les armées à ne plus faire usage des mines antipersonnel et terrestres.  Rappelant que le Conseil de sécurité avait, depuis août 1996, défendu l’inclusion de l’action antimines dans les mandats des opérations de maintien de la paix et plaidé pour une meilleure coordination, M. Guéhenno a précisé que le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) mettait actuellement en œuvre des programmes de lutte antimines dans 20 pays, que l’UNICEF développait des programmes de sensibilisation auprès des enfants dans 27 pays alors que le Service d’action antimines des Nations Unies était impliqué dans sept opérations de maintien de la paix, notamment à Chypre, en Ethiopie et Erythrée et en République démocratique du Congo. 

Au Soudan, a-t-il constaté, le programme de déminage a associé à la fois le gouvernement et le mouvement rebelle, le SPLM, aux côtés des Nations Unies pour éliminer les champs minés dans les monts de Nubie.  Cependant, le succès des opérations d’urgence du Département des opérations de maintien de la paix, et des composantes «action antimines», suppose également une évaluation préalable des enjeux, a-t-il poursuivi, prenant l’exemple du Libéria où une mission a été dépêchée par le Département au cours de l’été 2003 pour identifier les domaines prioritaires.  Revenant ensuite sur les prérogatives des agents des Nations Unies impliqués dans les opérations de maintien de la paix, le Secrétaire général adjoint a souligné par exemple que les Conseillers chargés de la protection des enfants dans ces opérations avaient pour mandat de sensibiliser les enfants aux risques posés par les mines.  Pour renforcer la lutte antimines, M. Guéhenno a proposé notamment que les pays contributeurs de troupes forment leurs unités au déminage.  Compte tenu du coût élevé des actions de déminage, les missions de maintien de la paix pourraient également, avec l’appui du système d’information sur les mines, recueillir les informations préalables au déminage ou à la désactivation des munitions non explosées, a-t-il ajouté.  Enfin, M. Guéhenno a jugé que les unités démobilisées dans le cadre des programmes de DDR pourraient également être recrutées dans les actions de déminage et a plaidé pour une augmentation conséquente des financements alloués à l’action antimines. 

M. MARTIN DAHINDEN, Directeur du Centre international de déminage humanitaire à Genève, a déclaré que le Centre soutient les efforts de la communauté internationale en vue de réduire l’impact des mines terrestres et des engins non explosés (UXO), par la fourniture d’une assistance opérationnelle, d’une activité de recherche, et par l’appui à la mise en œuvre de la Convention sur l’interdiction des mines antipersonnel (AP MBC).  La gestion de l’information est déterminante pour l’exécution des missions de maintien de la paix et la fourniture de l’assistance humanitaire, a-t-il souligné.  Il est essentiel que les différents acteurs puissent recueillir et échanger l’information selon un système normalisé.  Le CIDHG a mis en place le Système de gestion de l’information en matière de lutte antimines (IMSMA).  Cette base de données est maintenant utilisée dans 36 pays et programmes, surtout au cours de la période post-conflit, notamment par la FINUL au Liban, la MINUEE en Erythrée/Ethiopie et la MINURSO au Sahara occidental, de même que par la FIAS en Afghanistan, et en Iraq.  Un autre aspect déterminant est l’élaboration de Normes pour la lutte internationale antimines (IMAS), qui permettent d’améliorer la qualité des efforts accomplis et de faciliter la coopération entre les différents acteurs.  Le CIDHG a élaboré une terminologie et des concepts communs permettant une compréhension mutuelle, qui est déterminante si l’on veut éviter qu’un territoire déminé ne nécessite d’action ultérieure.  Par ailleurs, une étude menée par le CIDHG montre que les procédures du déminage militaire ne sont que difficilement transposées au déminage humanitaire.  Or, en matière de déminage civil, seul un déminage à 100% est acceptable, a-t-il déclaré, ce qui rend d’autant plus nécessaire la dissémination de ces normes auprès des troupes qui mettent en œuvre le déminage.  Ces efforts sont généralement très efficaces lorsqu’ils sont supervisés par une autorité civile, a indiqué M. Dahinden, ajoutant que le succès d’une opération dépend essentiellement de la capacité à opérer une transition sans heurts lors de la phase post-conflit.

M. ALPHA IBRAHIMA SOW (Guinée) s’est félicité des résultats des réunions intersessions qui ont permis à la communauté internationale de réaffirmer son attachement constant à l’élimination de toutes les mines antipersonnel, de reconnaître davantage la tragédie humanitaire dont elles sont la cause principale et de sensibiliser au mieux l’opinion publique sur leur danger.  C’est pourquoi, les actions des Nations Unies ainsi que celles de la société civile doivent être appuyées, a-t-il estimé, avant d’indiquer que pour promouvoir l’échange d’informations et d’expériences, une coordination interne s’impose non seulement au sein de ces organismes respectifs, mais aussi entre ceux-ci et les autres acteurs de la communauté internationale.  Le représentant s’est également félicité de la création du réseau électronique d’informations sur les mines (E-MINE), des activités d’éducation aux dangers posés par les mines, de l’établissement de réseaux et d’échanges d’informations entre les pays affectés par les mines, ainsi que de l’assistance aux victimes. 

La création d’un Service antimines au sein du Département des opérations de maintien de la paix est révélatrice de l’importance qui s’attache à la question et de l’engagement de notre Conseil pour lui trouver une solution radicale, a poursuivi M. Sow.  A cet égard, la Guinée est d’avis qu’il convient d’examiner les besoins de l’action antimines dès le début de la planification des missions de maintien de la paix et se réjouit de l’inclusion de l’action antimines dans la programmation et la budgétisation des opérations de maintien de la paix, de l’action humanitaire et du développement.  La question des mines antipersonnel et des engins non explosés est intimement liée à la prévention et à la gestion des conflits, ainsi qu’à la consolidation de la paix.  Ainsi, selon le représentant, au plan opérationnel, la réussite à moyen et long termes est conditionnée par l’incorporation de l’action antimines aux projets nationaux et régionaux visant le désarmement, la démobilisation, la réinsertion et le relèvement. 

M. FAYSSAL MEKDAD (République arabe syrienne) s’est inquiété des aspects humanitaires de la question des mines antipersonnel.  Le processus de déminage a deux dimensions: humanitaire et de désarmement, a-t-il indiqué, en soulignant les risques élevés posés par la lutte antimines et le temps nécessaire au déminage.  En outre, a-t-il dit, si l’on tient compte de l’absence de plans des zones minées, ou du manque de volonté politique de ceux qui devraient remettre ces plans, ou encore du caractère peu accessible de certaines zones, le déminage devient une mission périlleuse.  Evoquant le rôle de la FINUL dans le désarmement des zones anciennement occupées par les forces de défense israéliennes au Liban, M. Mekdad a rappelé que les pays arabes avaient financé ces programmes.  Le défi de la lutte antimines réside en priorité dans la mobilisation de ressources financières, a conclu le représentant syrien. 

M. MICHEL DUCLOS (France) a indiqué qu’il était très utile d’avoir un examen de conscience collectif sur cette question d’une importance capitale.  Il est clair, a-t-il déclaré, que les Nations Unies ont pris la mesure du problème.  Il y a maintenant une intégration de la lutte antimines dans les opérations de maintien de la paix, notamment la MONUC.  Dans cette action antimines, l’Assemblée générale joue un rôle important par un suivi régulier et approfondi.  Les résolutions adoptées à cet égard, traditionnellement soumises par l’Union européenne, couvrent tous les aspects de la question.  Toutefois, il existe une marge de progrès possible, notamment dans le domaine normatif, dans le rôle de l’action antimines comme mesure de confiance, et dans la formation.  On peut ajouter à cela qu’il est essentiel de reconnaître le rôle de la Convention d’Ottawa, en tant qu’instrument de mobilisation dans la lutte antimines.  Il est souhaitable que tous les grands pays rejoignent cette Convention le plus vite possible.  Il convient en outre de rappeler que tous les Etats sont encouragés à agir au niveau national.  La France agit aux niveaux multilatéral et bilatéral, au Cambodge, en Croatie, en Angola, au profit desquels elle versera 3 millions de dollars au titre de l’assistance bilatérale.  La France soutient l’action des ONG, notamment Handicap International.  L’action antimines devrait se faire en coordination avec les Nations Unies.  La géographie politique de l’action antimines doit évoluer; elle doit comprendre un souci d’adaptation fine au terrain.  Il est important de mener des actions de masse, mais également des actions plus sophistiquées, à titre de mesures de confiance.  C’est le cas par exemple en Afrique de l’Ouest, notamment au Libéria.

M. HERALDO MUNOZ (Chili) a rappelé que les conflits sur lesquels se penche le Conseil de sécurité étaient de diverse nature mais que leur impact sur les populations civiles découlait principalement des mines antipersonnel et de la prolifération des armes légères.  C’est pourquoi, il est nécessaire d’intégrer la lutte antimines dans les mandats des opérations de maintien de la paix, a ajouté M. Munoz, avant d’indiquer que le Chili, Etat partie à la Convention d’Ottawa, a détruit récemment les 59 000 mines antipersonnel restantes.  La prochaine étape visera, au cours des deux prochaines années, à axer nos efforts sur la démarcation des secteurs où se trouvent les champs de mines et à les détruire.  En outre, nous avons mis en place des programmes de sensibilisation des populations civiles aux risques posés par les mines, a-t-il dit, avant d’exhorter le Conseil à inclure, chaque fois que la situation l’exige, l’action antimines dans les opérations de maintien de la paix.  M. Munoz a indiqué que les programmes antimines du Gouvernement chilien étaient mis en œuvre principalement par des structures publiques, tout en précisant que la société civile s’investissait pour sa part dans les campagnes de sensibilisation.  Enfin, il a insisté sur la nécessité pour le Conseil d’exiger que les parties en conflit ne fassent pas usage des mines antipersonnel. 

M. MARTIN BELINGA-EBOUTOU (Cameroun) a rappelé que non seulement les mines antipersonnel continuaient à tuer et à mutiler, de nombreuses années après les conflits mais qu’elles mettaient aussi en danger les efforts de consolidation de la paix et de reconstruction, en entravant notamment la reprise des activités agricoles, en empêchant le retour des personnes déplacées, en hypothéquant la fourniture d’une assistance humanitaire aux populations victimes du conflit, ainsi qu’en perpétuant la précarité de ces populations, ce qui pouvait alors susciter une résurgence des tensions, voire des affrontements.  Ces incidences qu’ont les mines antipersonnel sur l’instauration d’une paix et d’une sécurité durables justifient les efforts déployés par l’ONU pour trouver des réponses à ce problème, a-t-il poursuivi, soulignant à cet égard combien il s’était avéré nécessaire pour l’ONU d’agir en amont, au moment des opérations de maintien de la paix, comme en aval, dans la phase post-conflit.  Se félicitant en outre du fait que, depuis quelques années, le Conseil de sécurité ait intégré l’action antimines dans les mandats des opérations de maintien de la paix, le représentant a cependant souligné que le succès de l’action antimines dépendait largement de la mobilisation des ressources, étant donné que la vaste majorité des activités étaient financées grâce aux contributions volontaires des donateurs.  Il a donc jugé impératif que les donateurs poursuivent leurs efforts et les a appelés à renforcer leur appui à l’action antimines dans les divers pays africains qui sortent de conflit.

M. EMYR JONES PARRY (Royaume-Uni) s’est félicité de la décision de convoquer cette réunion, notamment au regard du récent rapport sur les courageux travaux accomplis en Afghanistan.  L’impact économique, social et psychologique des mines est terrible.  Il est rassurant de constater que depuis 1986, des progrès ont été réalisés, notamment l’élaboration d’une action stratégique antimines.  La Convention d’Ottawa a constitué une étape essentielle, de même que les efforts du Centre international de déminage humanitaire à Genève.  Mais ces efforts stratégiques doivent être intimement liés aux efforts sur le terrain.  Il est bon de constater qu’ils sont intégrés aux missions de maintien de la paix.  L’objectif est d’assurer la responsabilisation des autorités sur le terrain.  Plus de 33 000 mines ont été retirées au Liban, en avance sur le calendrier prévu.  Les bénéfices retirés en sont l’accroissement de la sécurité du personnel, l’amélioration de l’accès humanitaire et de l’accès des réfugiés.  Ces efforts contribuent également à renforcer la formation et à libérer des terres pour l’exploitation économique.  Il ne faut pas négliger le bénéfice psychologique d’éliminé une menace incertaine mais bien réelle.  Le Royaume-Uni soutient le Service d’action antimines des Nations Unies. 

M. RAYKO RAYTCHEV (Bulgarie) a souligné l’impact des mines et des munitions non explosées sur les populations civiles, en particulier les enfants.  Ces armes constituent un lourd fardeau pour les pays affectés et compliquent les initiatives de reconstruction, a-t-il ajouté, avant de préciser que la Bulgarie avait été l’un des premiers pays à mettre en œuvre les dispositions de la Convention d’Ottawa.  Insistant sur l’importance de mener des programmes de lutte antimines dans le cadre des opérations de maintien de la paix, le représentant a estimé qu’à cette fin,  les agences des Nations Unies devraient renforcer la coordination et associer les organisations non gouvernementales.  Le rôle des opérations de maintien de la paix est important pour sensibiliser les populations dans les pays les plus touchés, a-t-il dit, appuyant à cet égard la proposition de M. Guéhenno relative à l’inclusion d’un volet antimines dans les programmes de DDR grâce à l’intervention de troupes démobilisées.  Enfin, le représentant a insisté sur le manque de ressources financières, pourtant indispensables au déminage, le rôle crucial des campagnes de sensibilisation, la nécessité d’échanger des informations entre régions du monde, et la prise en charge des victimes des mines dans leur réintégration sociale. 

M. ADOLFO AGUILAR ZINSER (Mexique) s’est prononcé en faveur d’une élimininationélimination totale des mines et rappelé que son pays avait participé activement à la négociation de la Convention sur l'interdiction de l'emploi, du stockage, de la production et du transfert des mines antipersonnel et sur leur destruction.  Quatre ans après son entrée en vigueur, la Convention compte aujourd’hui 141 Etats parties, ce qui traduit, de l’avis de la délégation mexicaine, des progrès considérables dans l’émergence d’une norme humanitaire selon laquelle l’utilisation et l’existence de mines antipersonnel sont inacceptables.  Saluant par ailleurs la tenue au Kenya de la première conférence de suivi de la Convention l’année prochaine, le représentant a souhaité que les mandats des opérations de maintien de la paix mentionnent explicitement les activités de déminage.

M. GUNTER PLEUGER (Allemagne) a indiqué que les mines tuaient chaque jour, et qu’aujourd’hui même au Tchad, six personnes, dont un ressortissant allemand, avaient perdu la vie après l’explosion d’une mine terrestre.  Les mines rendent la vie insupportable, non seulement aux victimes mais également à la population civile qui vit dans la peur, souvent longtemps après la fin d’un conflit.  La production d’une mine antipersonnel ne coûte que trois dollars, a-t-il rappelé, alors que le déminage de chaque mine coûte 3 000 dollars.  Le nombre croissant des adhésions à la Convention d’Ottawa est encourageant, a précisé le représentant de l’Allemagne, soulignant qu’elle reposait sur un concept nouveau.  C’est une approche très large qui comprend aussi les aspects humanitaires.  La nature hybride de l’action antimines rend difficile la détermination du rôle du Conseil de sécurité.  Au cours de la période post-conflit, le Service de l’action antimines des Nations Unies joue un rôle clef pour la coordination des efforts antimines, et il est essentiel que les missions de maintien de la paix reçoivent dès le début mandat de mener ces efforts.  Toutefois, dans la période de consolidation de la paix, des acteurs extérieurs, ONG et acteurs nationaux, arrivent progressivement.  Le rôle du PNUD est alors de coordonner ces actions.  La coordination est essentielle, de même que l’identification du rôle de chacun.  Le Conseil de sécurité doit s’assurer que la question de la lutte antimines est prise en compte; l'Assemblée générale, pour sa part, a la charge d’examiner la question dans son ensemble.  L’Allemagne a dès le début soutenu l’action antimines, et sa contribution depuis 1992 a été considérable. 

M. INOCENCIO F. ARIAS (Espagne) a invité les Nations Unies à maintenir une vigilance dans l’action antimines, prenant l’exemple de l’Afghanistan où le déminage est essentiel pour contribuer au redressement économique et social du pays.  La lutte antimines recouvre plusieurs volets, a-t-il indiqué ensuite, que ce soit la délimitation des zones infestées, le déminage des champs de mines, le soutien aux victimes ou la sensibilisation des populations civiles.  M. Arias a proposé que les autorités locales soient responsabilisées dans le cadre des opérations de déminage.  L’Espagne, a-t-il rappelé, alloue chaque année un million d’euros à la lutte antimines, dont 65% consacrés aux aspects humanitaires de ce phénomène.  Elle a notamment soutenu les programmes de déminage en Angola, a-t-il précisé, avant de souligner que l’Union européenne avait accordé plus de 240 millions d’euros à la lutte contre ce fléau.  Evoquant ensuite le rôle des Nations Unies, le représentant de l’Espagne a souhaité que la formation soit renforcée dans le cadre des opérations de maintien de la paix et a demandé au Secrétaire général des Nations Unies d’accorder une importance particulière au phénomène des mines dans ses rapports sur les missions de maintien de la paix. 

M. ALEXANDER KONUZIN (Fédération de Russie) a indiqué que son pays accordait une grande importance à lutte antimines.  En Russie, la population connaît les conséquences douloureuses des mines antipersonnel, puisque des dizaines d’engins non explosés datant de la Deuxième Guerre mondiale sont retirés chaque année.  La Russie est favorable à l’inclusion de cette préoccupation dans les opérations de maintien de la paix.  Elle procède à des activités de déminage notamment en Abkhazie et en Géorgie.  Elle participe aussi à des efforts au Kosovo, ainsi qu’en Afghanistan.  Le représentant a indiqué que son pays participera aux efforts prévus dans le cadre du G-8.  Soulignant la nécessité d’éviter les doubles emplois entre les différentes institutions de l’ONU, le représentant a préconisé que l'Assemblée générale, qui examine régulièrement les questions d’assistance, notamment en matière de déminage, se charge de cette thématique et l’étudie plus avant.

M. ZHANG YISHAN (Chine), déplorant l’impact des mines antipersonnel sur la sécurité des populations civiles et le développement des pays sortant d’un conflit, a estimé que le règlement des problèmes découlant de la prolifération des mines relevait de l’urgence.  Divers organismes du système des Nations Unies ont renforcé leur coordination de l’action antimines dans le cadre des opérations de maintien de la paix, a-t-il noté avec satisfaction, citant à cet égard l’exemple de la MONUC et de la MINUEE qui ont bénéficié de l’appui du Service de l’action antimines des Nations Unies.  En tant qu’Etat partie au Protocole révisé de la Convention sur tous les types d’armes classiques, la Chine est sensible aux enjeux du déminage, même si elle n’a pas encore adhéré à la Convention d’Ottawa, a précisé le représentant.  En 2001, notre pays a envoyé des spécialistes du déminage et des équipements dans de nombreux pays d’Afrique, notamment en Angola, en Erythrée, au Rwanda et en Namibie.  Nous sommes disposés à venir en aide à tous les pays qui mettent en œuvre des programmes d’action antimines, a dit le représentant de la Chine. 

M. MUNIR AKRAM (Pakistan) a déploré qu’il y ait encore 240 millions de mines terrestres stockées dans environ 70 pays dans le monde.  Plus de 70% des victimes sont des civils, principalement des femmes et des enfants, a observé le représentant, avant de se féliciter de l’amélioration des cadres d’intervention dans la lutte antimines et des efforts déployés en matière de renforcement des capacités dans ce domaine.  Insistant ensuite sur le principe de responsabilité de l’Etat qui place ces mines ou les laisse après son départ, M. Munir Akram a jugé que tant que cette responsabilité ne serait pas reconnue de manière contraignante, il serait difficile de progresser.  Il a souhaité que la prévention de la prolifération des mines et les opérations antimines devraient être jugées prioritaires, évoquant ensuite le cas de l’Afghanistan où 300 civils sont tués chaque année depuis 20 ans en raison des mines terrestres et des engins non explosés.  Au rythme actuel des activités de déminage, il faudra 10 ans et 500 millions de dollars à l’Afghanistan pour mener à bien le déminage, a observé le représentant du Pakistan, regrettant à cet égard le manque de fonds.  Pour sa part, le Pakistan a pu éliminer toutes les mines posées au cours des trois guerres qui ont sévi dans la région.

M. JAMES CUNNINGHAM (Etats-Unis) a rappelé qu’il était important que la question de la lutte antimines reste à l’ordre du jour.  L’action humanitaire devrait aller au-delà du déminage, pour jouer un rôle actif dans la restauration de la paix et le retour à la stabilité économique et sociale.  Cette action ne permet pas seulement de sauver des vies, mais également de raviver l’espoir du retour à la paix.  Les Etats-Unis ont déjà fourni 700 millions de dollars, et verseront cette année près de 100 millions de plus à près de 40 pays.  Les Etats-Unis participent aussi dans ces pays à la formation, et à la recherche afin d’assurer un déminage plus efficace.  En Iraq, près de 15 millions d’engins non explosés sont dispersés sur le territoire; 25,6 millions de dollars ont été affectés aux activités antimines dans ce pays.  La plupart des efforts sont menés au niveau bilatéral, mais le rôle des Nations Unies dans ce domaine est remarquable.  L’expérience enrichie constitue une contribution essentielle à l’objectif de réaliser un monde où les enfants pourront se déplacer sans crainte.

M. ISMAEL ABRAAO GASPAR MARTINS (Angola) a réaffirmé le soutien de l’Angola aux efforts de sensibilisation menés par les Nations Unies dans ce domaine, de même que ceux du Centre international de Genève pour le déminage humanitaire.  Les mines constituent une entrave à la vie normale de millions de personnes, et pèse lourdement sur les pays qui se relèvent d’un conflit.  Elles empêchent la reconstruction et le retour des réfugiés.  Le déminage incombe en premier lieu aux autorités nationales, mais dans les pays en développement, les faibles ressources financières et techniques entravent la mise en œuvre de telles mesures.  Une action efficace requiert une approche intégrée, comprenant le déminage et la formation.  L’Angola connaît depuis déjà trop longtemps les conséquences de ce fléau.  La fin de la guerre permet une première évaluation en la matière, a fait remarquer le représentant, précisant que l’Angola demeure l’un des pays les plus affectés par les mines terrestres antipersonnel.  En 2002, 600 000 personnes ont bénéficié des campagnes de sensibilisation aux risques liés aux mines.  Le financement de la lutte antimines en Angola a augmenté de 100%, ce qui est très encourageant.  C’est également une conséquence de l’adhésion par l’Angola à la Convention d’Ottawa.  En 2003, le Gouvernement angolais a affecté 15 millions de dollars à l’action antimines, de sorte qu’il supporte la plus grande partie du poids de cette action, et qu’il réalise ainsi son engagement d’assurer la sécurité de ses citoyens.  L’Angola est reconnaissant aux efforts des institutions des Nations Unies, et entend raffermir ses liens avec ces institutions et avec les ONG.  Le représentant de l’Angola a souligné les recommandations contenues dans le rapport du Secrétaire général, notamment celle d’intégrer l’action antimines dans les opérations de maintien de la paix.

Répondant aux observations formulées par les délégations, M. GUEHENNO s’est félicité de l’accueil reçu par sa proposition d’intégrer le déminage dans les opérations de maintien de la paix, ainsi que dans les opérations de désarmement, démobilisation et rapatriement (DDR).  Par ailleurs, les activités menées dans le cadre des opérations de maintien de la paix auront une efficacité maximale si elles sont accomplies dans le respect de normes internationales.  Cela signifie que les ressources seront exploitées au mieux, et qu’il n’y aura pas de double emploi.  Le Service d’action antimines a permis cette coordination, et espère pouvoir accroître encore ces efforts sur le terrain.

Pour sa part, M. DAHINDEN s’est déclaré particulièrement satisfait des nombreux commentaires soulignant l’utilité des normes établies par le Centre international de déminage humanitaire à Genève.  Il ne faut pas oublier que derrière les débats techniques, ces efforts ont un objectif humanitaire et social déterminant.

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