LE DEBAT PUBLIC DU CONSEIL SUR L’IRAQ EXPOSE LES PROFONDES DIVERGENCES DES ETATS MEMBRES SUR CETTE QUESTION

12 mars 2003
CS/2460

LE DEBAT PUBLIC DU CONSEIL SUR L’IRAQ EXPOSE LES PROFONDES DIVERGENCES DES ETATS MEMBRES SUR CETTE QUESTION

12/03/03
Communiqué de presse
CS/2460


Conseil de sécurité

4717e séance (reprise) – après-midi


LE DEBAT PUBLIC DU CONSEIL SUR L’IRAQ EXPOSE LES PROFONDES DIVERGENCES DES ETATS MEMBRES SUR CETTE QUESTION


Poursuivant cet après-midi le débat qu’il a entamé hier sur la question de la situation entre l’Iraq et le Koweït, le Conseil de sécurité, présidé par M. Mamady Traoré (Guinée), a entendu les déclarations de nombreux Etats Membres qui n’avaient pas encore pu s’exprimer sur la crise iraquienne.  Le Conseil tenait ce débat à la demande de la délégation de la Malaisie, dont le pays préside le Mouvement des non-alignés.  Lors de leur récent Sommet des chefs d’Etat et de gouvernements, tenu le mois dernier à Kuala Lumpur, les membres de ce Mouvement avaient condamné tout usage unilatéral de la force contre l’Iraq et appelé à une résolution pacifique de la crise liée au désarmement de ce pays.


Prenant la parole sur cette situation qui divise en ce moment le Conseil de sécurité et la communauté internationale, le représentant du Nigéria a déploré que les pays africains membres du Conseil, qui représentent les régions les plus démunies en butte à d’énormes problèmes de développement, de sécurité, de lutte contre la pandémie du VIH-sida et autres, se trouvent aujourd’hui pris dans une situation où on voudrait les forcer à prendre position sans qu’il y ait eu recherche préalable de consensus.  Toute décision qui sera prise sur l’Iraq devra respecter le mandat qui a été confié aux inspecteurs de l’ONU et de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) pour désarmer pacifiquement l’Iraq, a indiqué le représentant, en estimant que les Nations Unies devraient d’autre part rester au centre de toutes les mesures multilatérales concernant l’Iraq.  Le Nigéria, comme beaucoup d’autres nations, estime que l’Iraq, comme cela a été reconnu par M. Hans Blix, chef des inspecteurs de l’ONU, a pris des mesures positives concernant son processus de désarmement.  La destruction des missiles Al Samoud 2 est une manifestation patente de la volonté de l’Iraq de coopérer avec la communauté internationale.  Le Nigéria, tout comme les pays non alignés qui se sont réunis à Kuala Lumpur, n’acceptera donc pas une intervention unilatérale armée contre l’Iraq déclenchée par quelque pays que ce soit, a dit le représentant, en demandant que les Nations Unies soient reconnues comme le seul organe habilité à autoriser ou légitimer une action contre l’Iraq. 


Soutenant les termes de la déclaration de la délégation du Nigéria, les représentants du Zimbabwe et du Malawi ont déclaré qu’une guerre contre l’Iraq aurait des conséquences politiques et économiques désastreuses sur les pays en développement.  Si, du fait de l’invasion du Koweït par l’Iraq, la première guerre du Golfe avait reçu le soutien de la majorité de la communauté internationale, dont celui du Zimbabwe, il n’en est pas de même du conflit qui se profile aujourd’hui à l’horizon et qui ne se fonde que sur le souhait d’une petite poignée d’Etats de renforcer leurs propres intérêts nationaux, économiques et géostratégiques, a estimé le représentant du Zimbabwe.


Dans la déclaration qu’il a faite au nom de l’Union européenne et des pays qui lui sont associés ou vont y accéder, le représentant de la Grèce a pour sa part dit que l’objectif de l’Union européenne demeure le désarmement total, par des moyens pacifiques, de l’Iraq, et l’élimination de ses armes de destruction massive, conformément aux dispositions de la résolution 1441 du Conseil de sécurité.  La force, a dit le représentant, ne peut être qu’un dernier recours, et l’Union européenne tient à ce que les Nations Unies restent le cadre de toutes prises de décisions légitimes concernant l’ordre et la sécurité internationale.  L’Union européenne réaffirme par conséquent son soutien total au travail des inspecteurs de l’ONU, dont elle a positivement pris note, et pour lesquels elle demande le soutien, les moyens et le temps nécessaires pour mener à bien leur mandat.  Pour sa part, a poursuivi le délégué, l’Iraq ne devrait pas se faire d’illusions, et devra collaborer avec le Conseil de sécurité en cette dernière occasion qui lui est offerte.  La situation en Iraq ne pouvant être traitée comme un fait isolé, l’Union européenne estime qu’il faut prendre en compte le contexte régional du Moyen-Orient, et pense qu’il est indispensable d’y relancer le processus de paix et de résoudre le conflit israélo-palestinien.  A cet égard, a dit le représentant de la Grèce, l’Union européenne demande que soit publiée la feuille de route relative au processus de paix au Moyen-Orient qui a été adoptée par le Quatuor.  Il est temps que la terreur et la violence prennent fin, et que soient immédiatement arrêtées les activités de colonisation dans les territoires occupées.


Au cours de leurs interventions, les représentants de la Tunisie et du Maroc ont insisté sur la position prise par le Groupe des Etats arabes qui s’est prononcé en faveur d’un désarmement pacifique de l’Iraq, qui doit se faire dans le cadre de la résolution 1441 du Conseil de sécurité.  Le Groupe des Etats arabes soutient les demandes faites par les chefs des inspecteurs de l’ONU et de l’AIEA, MM. Hans Blix et Mohammed El Baradei, en faveur d’une période prolongée d’inspections soutenues par une plus grande coopération des autorités iraquiennes, ont-ils dit, en souhaitant que dans le même temps la communauté internationale prête attention aux souffrances de la population palestinienne, dont les conditions de vie se dégradent sans arrêt face à l’occupation israélienne.


Dans leurs déclarations, les délégations du Japon, de la Lettonie, de la République dominicaine, de l’Argentine et du Nicaragua ont pour leur part estimé que le Gouvernement iraquien n’avait pas à ce jour respecté les obligations qui lui sont imposées par la résolution 1441.  Seules les pressions exercées par la communauté internationale et la menace imminente de l’usage de la force ont poussé les autorités de Bagdad à collaborer, contre leur gré, avec les équipes d’inspections de l’ONU et de l’AIEA, ont estimé les représentants de ces pays.  En conclusion, a dit le représentant du Japon, si le Conseil de sécurité n’adopte pas une nouvelle résolution ferme envers l’Iraq, ses divisions actuelles enverront au Gouvernement de Bagdad un message de faiblesse incompatible avec l’autorité et l’efficacité dont l’ONU doit faire preuve en matière de maintien de la paix et de la sécurité internationales.


Dans son intervention à la fin du débat du Conseil, le représentant de l’Iraq a estimé que, compte tenu du soutien exprimé par la majorité des Etats à une solution pacifique à la crise dans son pays, l’Iraq s’estimait en conformité avec le droit international et en phase avec l’opinion mondiale.  Quant aux pays qui se sont alignés sur les vues des Etats-Unis et du Royaume-Uni, il est regrettable, a-t-il dit, qu’ils aient cédé aux pressions des Etats dont les intérêts sont loin de coïncider avec ceux de la majorité des pays pauvres du monde.


Les Etats Membres dont la liste suit se sont également exprimés cet après-midi devant le Conseil de sécurité : Soudan, Thaïlande, Philippines, El Salvador, Géorgie, Nicaragua, Bolivie, Zambie, Ex-République yougoslave de Macédoine, Sénégal, Papouasie-Nouvelle-Guinée, Pérou, Colombie et Ethiopie


Déclarations


M. KOICHI HARAGUCHI (Japon) a déclaré que la communauté internationale doit clairement démontrer à l’Iraq sa détermination à l’amener à une coopération immédiate, complète, inconditionnelle et proactive avec les inspecteurs de la CCVINU et de l’AIEA en vue de parvenir à son total désarmement.  Le Japon pense que la dernière proposition de résolution avancée par les Etats-Unis, le Royaume-Uni, et l’Espagne est un effort louable en vue de maintenir la cohésion de la communauté internationale face au régime de Bagdad qui doit volontairement se soumettre aux exigences de son désarmement.  Le Japon soutient donc ce projet de résolution.  Si une nouvelle résolution n’était pas adoptée par le Conseil de sécurité, la division affichée de la communauté internationale bénéficierait à l’Iraq et porterait atteinte à l’autorité et à l’efficacité des Nations Unies.  Le gouvernement du Japon espère donc que le Conseil de sécurité se montrera uni, et offrira la preuve de la clarté de son jugement en honorant ses responsabilités en matière de maintien de la paix et de la sécurité internationales.


M. ELFATIH MOHAMED AHMED ERWA (Soudan) a souligné l’importance de cette réunion du Conseil de sécurité en raison de la détérioration de la situation internationale.  Il a poursuivi en notant les progrès enregistrés dans les inspections en Iraq comme le prouvent les déclarations de MM. Blix et El Baradei du 7 mars dernier.  Il a rendu hommage à la coopération effective de l’Iraq qui s’est traduite notamment par la destruction des missiles Al Samud 2 et a rappelé ensuite la position exprimée à Kuala Lumpur par les pays non alignés.


Le représentant a réitéré le soutien de son pays à une solution pacifique de la crise iraquienne, à la poursuite des inspections et au désarmement pacifique de l’Iraq qui doivent aboutir, à terme, à la levée des sanctions.  Rien ne justifie l’adoption d’une nouvelle résolution par le Conseil de sécurité, a-t-il dit, ajoutant que ce qui importe le plus est de donner le temps nécessaire aux équipes de la CCVINU et de l’AIEA.  Il a mis en garde contre le recours à la guerre, estimant qu’une telle mesure, surtout prise unilatéralement, serait une insulte à la position exprimée par la majorité des États Membres des Nations Unies et aux millions de personnes qui ont manifesté ces dernières semaines à travers le monde.  Il a fait valoir que les dispositions de la Charte sont claires quant à la préservation de la souveraineté des États membres et de leur intégrité territoriale, le représentant du Soudan invitant le Conseil de sécurité à ne pas se détourner de ses obligations. 


M. CHUCHAI KASEMSARN (Thaïlande) s’est félicité d’apprendre vendredi dernier lors de la présentation des rapports de M. Blix et de M. El Baradei, que l’Iraq a offert une plus grande coopération avec la CCVINU et l’AIEA en leur permettant de progresser dans leur travail d’inspection.  Cependant, le rapport de M. Blix indique également que les nouvelles initiatives de l’Iraq ne couvrent pas tous les domaines pertinents.  Or, la résolution 1441 exige que l’Iraq se conforme immédiatement, inconditionnellement et activement  avec la CCVINU et l’AIEA.  Nous exhortons par conséquent l’Iraq à répondre immédiatement et scrupuleusement aux conditions du Conseil de sécurité.  Nous, les Membres des Nations Unies, sommes à une étape capitale de l’histoire de cette organisation qui symbolise l’espoir de toute l’humanité pour un monde libéré de la guerre.  La Thaïlande appelle les Membres des Nations Unies à déployer tous les efforts collectifs nécessaires pour veiller à ce que la volonté de l’ONU, à travers la résolution 1441, soit pleinement respectée. 


M. ENRIQUE MANALO (Philippines) a indiqué que son pays soutenait tous les efforts visant à résoudre la question de l'Iraq par la voie pacifique, mais qu'il fallait dans le même temps accompagner ces efforts de pressions diplomatiques et politiques sur les dirigeants iraquiens pour les amener à désarmer le pays.  C'est un équilibre délicat à trouver, a-t-il souligné, car nous devons nous assurer que les dirigeants iraquiens n'interprètent pas notre désir de paix comme un refus de recourir à tous les moyens nécessaires qu'autorisent la Charte des Nations Unies et le droit international.  Le représentant a estimé que la question non résolue des armes de destruction massive en possession de l'Iraq menaçait la stabilité du Moyen-Orient et les populations de la région, y compris le million et demi de ressortissants philippins qui y vivent.


La résolution 1441 du Conseil de sécurité, a-t-il poursuivi, a considéré que l'Iraq était en violation patente de ses obligations en vertu des précédentes résolutions du Conseil le concernant.  Le représentant a également rappelé que la Présidente des Philippines avait, lors du Sommet des non-alignés à Kuala Lumpur, appelé les dirigeants iraquiens à se plier à leurs obligations afin d'épargner une guerre dévastatrice à leur population. 


M. ADAMANTIOS VASSILAKIS (Grèce) a déclaré, au nom de l’Union européenne, que l’objectif de l’Union européenne demeure le désarmement total de l’Iraq et la destruction de ses armes de destruction massive comme cela est stipulé par la résolution 1441 du Conseil de sécurité.  L’Union européenne veut parvenir pacifiquement au désarmement de l’Iraq, la force ne devant être que le dernier recours.  Nous tenons d’autre part à ce que les Nations Unies soient le centre des décisions légitimes concernant l’ordre et la sécurité internationales.  L’Union européenne réaffirme son soutien au travail des inspecteurs de l’ONU et a positivement pris note de leur dernier rapport.  Les inspecteurs doivent recevoir le soutien, les moyens et disposer du temps dont ils ont besoin pour mener à bien leur mandat.  L’Iraq ne devrait cependant pas se faire d’illusions, et il doit collaborer avec le Conseil de sécurité en cette dernière occasion qui lui est offerte.  Le Gouvernement iraquien sera en dernier ressort responsable des conséquences qui pourraient survenir s’il persiste à vouloir flouer la volonté de la communauté internationale.


Concernant le contexte régional du Moyen-Orient, l’Union européenne estime qu’il est indispensable de relancer le processus de paix et de résoudre le conflit israélo-palestinien.  Nous demandons que soit publiée la feuille de route adoptée par le Quatuor.  La terreur et la violence doivent prendre fin, et les activités de colonisation pour leur part doivent cesser immédiatement.


M. ARTHUR C.I. MBANEFO (Nigéria) a souligné qu’en tant que région en proie à des problèmes économiques graves, l’Afrique ne pourrait que souffrir d’une éventuelle guerre contre l’Iraq.  Le représentant a donc réitéré son appui à la résolution 1441 en appelant l’Iraq à continuer de coopérer activement avec les inspecteurs en désarmement et à honorer ses obligations, de manière transparente et inconditionnelle.  Il a estimé, à cet égard, qu’il ne serait pas de l’intérêt de la paix d’exercer une pression indue sur les inspecteurs ni de prendre des mesures qui pourraient compromettre leur travail.  Quant à l’avenir, le représentant a souhaité que toute décision émane du Conseil de sécurité qui, en l’occurrence, doit se fonder sur le rapport final des équipes d’inspecteurs.  La légitimité des décisions, a-t-il insisté, ne pourrait venir que de leur conformité avec les dispositions de la Charte et avec la position de la « majorité absolue » des membres de la communauté internationale.  En attendant, le représentant a plaidé pour l’intensification et le renforcement des inspections ainsi que pour un délai supplémentaire. 


Des signes de progrès existent, a-t-il dit, et tout indique que la communauté internationale achèvera avec succès sa mission de désarmement en Iraq.  Il est donc difficile, a-t-il poursuivi, de conclure, à ce stade, à la nécessité de recourir à des moyens  autres que pacifiques pour régler la crise iraquienne.  Une opération militaire unilatérale aura des conséquences graves sur la paix et la stabilité recherchées dans la région du Moyen-Orient et au-delà, a prévenu le représentant en jugeant qu’il faut éviter les actes qui pourraient compromettre la légitimité du Conseil de sécurité.  La question iraquienne doit être réglée de manière à assurer le respect du droit international et à préserver l’intégrité de l’ONU.  En la matière, a estimé le représentant, la coopération multilatérale est la seule option possible.  L’histoire politique nous a appris les avantages de la diplomatie, a-t-il conclu en citant le règlement pacifique à la crise des missiles à Cuba ou encore à la fin de la guerre froide. 


M. ARNOLDO M. LISTRE (Argentine) a invité le Conseil de sécurité à assumer ses responsabilités afin de trouver une solution à la crise iraquienne qui affecte la sécurité internationale et pourrait avoir des conséquences sur la paix mondiale.  En adoptant la résolution 1441 le 8 novembre 2002, le Conseil de sécurité a donné une dernière chance à l’Iraq de mettre en œuvre ses obligations en matière de désarmement et de coopérer pleinement avec les équipes d’inspecteurs de la CCVINU et de l’AIEA.  Bien que certains progrès aient été signalés le 7 mars dernier par MM. Blix et El Baradei, personne ne peut affirmer que le niveau de coopération exigé dans la résolution 1441 a été atteint.  Cela montre qu’il faut maintenir une pression constante sur le régime iraquien qui ne coopère que face à la pression diplomatique et militaire.  Mon pays estime cependant que nous avons la possibilité de parvenir à une issue pacifique de cette crise et nous pouvons donner une dernière possibilité à l’Iraq de coopérer de manière complète et vérifiable sur la base d’exigences qui seront présentées par la CCVINU et l’AIEA.  Le Conseil de sécurité doit être à la hauteur de ses responsabilités dans la mesure où il est le seul à pouvoir décider de l’usage de la force, a-t-il dit, ajoutant que le Conseil doit avoir l’autorité et le prestige nécessaires pour faire face aux menaces à la paix et à la sécurité internationales que constituent le terrorisme et la prolifération des armes de destruction massive. 


M. PEDRO PADILLA TONOS (République dominicaine) a réaffirmé sa solidarité avec le peuple iraquien qui a déjà beaucoup souffert et se voit privé de sa liberté depuis trop longtemps.  Le non-respect continu des résolutions du Conseil de sécurité, en particulier de la résolution 1441, par le Gouvernement de l’Iraq a provoqué une situation dans laquelle la communauté internationale se trouve divisée.  Pourtant, l’idéal serait que l’on trouve une décision concertée pour le désarmement pacifique de l’Iraq.  Le Conseil de sécurité a devant lui un projet de résolution présenté par l’Espagne, le Royaume-Uni et les Etats-Unis qui réaffirme la nécessité d’une mise en œuvre complète de la résolution 1441.  Il établit des délais pendant lesquels l’Iraq aura à prouver qu’il s’acquitte de toutes ses obligations en matière de désarmement


La République dominicaine fait sien ce projet de résolution en ce qu’il contient des éléments valables qui, après avoir été soumis à des réflexions sérieuses, devraient permettre au Conseil de sécurité d’adopter une décision consensuelle.  Ce projet permettra un règlement pacifique de la crise iraquienne qui éviterait la division des Nations Unies et la communauté internationale.  Nous estimons également que, de cette manière, nous enverrions un message unique et définitif à l’Iraq en l’exhortant à s’acquitter de son obligation capitale qui consiste à désarmer en conformité avec les résolutions du Conseil de sécurité.  La paix représente l’une des aspirations les plus profondes de l’être humain et le Conseil de sécurité doit assumer ses responsabilités dans ce domaine.


M. GINTS JEGERMANIS (Lettonie) s’est aligné sur la position exprimée par l’Union européenne et a réaffirmé le soutien de son pays à la mise en œuvre de la résolution 1441.  Aussi, à l’appui des rapports soumis par MM. Blix et El Baradei et malgré les récentes mesures prises par Bagdad –notamment la destruction des missiles Al Samoud 2- la Lettonie est d’avis que l’Iraq n’a pas pris de mesures décisives pour désarmer et coopérer avec les inspecteurs des Nations Unies.  L’Iraq continue de décevoir les attentes de la communauté internationale, a déclaré M. Jegermanis, en ne coopérant pas par exemple en ce qui concerne les entretiens avec les scientifiques iraquiens et en ne fournissant pas les informations exigées sur les stocks de gaz VX et d’anthrax.  Nous sommes d’accord avec M. Blix lorsqu’il déclare que ni le renforcement du régime d’inspections, ni leur prolongation, ne peuvent se substituer à la volonté iraquienne de coopérer.  Le peu de progrès enregistrés à ce jour n’est que le résultat de la pression diplomatique exercée sur Bagdad conjuguée à la menace de recours à la force. 


Le représentant a invité la communauté internationale à faire preuve d’unité et de cohérence dans la gestion de la crise iraquienne, notamment en accentuant la pression diplomatique sur l’Iraq, et a apporté à ce titre son soutien à l’adoption du projet de résolution présenté par les Etats-Unis, le Royaume-Uni et l’Espagne.  Cette résolution aurait le mérite de fixer un délai clair à l’Iraq pour remplir ses obligations et son adoption unanime par les membres du Conseil de sécurité enverrait un message clair à Saddam Hussein afin qu’il comprenne que c’est là une dernière chance pour lui de coopérer pleinement faute de quoi il ferait face à des conséquences graves. 


M. VICTOR MANUEL LAGOS PIZZATI (El Salvador) a déclaré que la crise actuelle en Iraq est le résultat de la négligence et de l’irresponsabilité de ses responsables politiques.  Notre gouvernement est profondément préoccupé par la crise découlant du non-respect, par l’Iraq, des résolutions pertinentes du Conseil de sécurité et par la possibilité de voir éclater, à tout instant, un conflit armé.  Nous estimons que des efforts politiques et diplomatiques considérables, tant au niveau bilatéral qu’au niveau multilatéral, ont été déployés pour convaincre le Gouvernement iraquien de respecter ses obligations internationales en matière de désarmement.  L’Iraq défie l’autorité du Conseil de sécurité, qui doit à présent assumer ses hautes responsabilités.  Nous sommes d’avis que le moment est venu, pour les membres du Conseil de sécurité, de prendre une décision et d’approuver une résolution qui maintienne l’unité de la communauté internationale sur la base de l’idée que les inspections ne peuvent se poursuivre indéfiniment.  L’Iraq doit faire tout ce qui est en son pouvoir, de façon immédiate et sans équivoque, pour aboutir à un règlement pacifique de la crise.


M. GOCHA LORDKIPANIDZE (Géorgie) a souligné qu’il ressort du récent rapport de la CCVINU qu’en dépit des progrès constatés en termes de collaboration, l’Iraq continue à ne pas se conformer aux exigences de la résolution 1441.  A cet égard, il a tenu à rappeler le passé alarmant de l’Iraq qui, sur une période de 12 ans, a été reconnu coupable de violations flagrantes de 16 résolutions précédentes.  Ce bilan l’incite à dire que le fait que l’Iraq soit toujours en possession d’armes de destruction massives représente une menace directe et imminente pour la paix et la sécurité mondiale.  Le représentant a réaffirmé que l’Iraq devait immédiatement et inconditionnellement procéder à son désarmement et pleinement respecter les dispositions de la résolution 1441, selon un calendrier d’échéances qui serait imposé à l’Iraq.  La Géorgie appuie par conséquent le projet de résolution proposé par l’Espagne, la Grande-Bretagne et les Etats-Unis, dans la mesure où ce texte offre de bonnes bases au Conseil de sécurité pour prendre ses responsabilités et pour obliger l’Iraq à se conformer immédiatement aux exigences de désarmement. 


M. EDUARDO JOSE SEVILLA SOMOZA (Nicaragua) a regretté que le multilatéralisme subisse actuellement une épreuve difficile.  De notre réponse collective dépendra la crédibilité du système que nous avons édifié avec tant d’efforts, précisément pour sauver la paix et la sécurité internationales, a-t-il indiqué.  Il ressort des rapports de M. Blix et de M. El Baradei que les initiatives de l’Iraq ne peuvent être qualifiées d’actives ou de dynamiques, et qu’elles ne constituent pas une coopération immédiate.  Le régime iraquien continue de dissimuler des informations importantes concernant ses armes de destruction massive. 


Lors des réunions de ce Conseil, aucun Etat Membre n’a pu avoir connaissance de preuves suffisantes selon lesquelles l’Iraq coopère pleinement au désarmement.  Il ne s’agit pas de coopérer partiellement, mais rigoureusement à l’application des mandats internationaux qui reflètent la volonté des Nations Unies que nous aspirons à consolider avec ferveur, a précisé M. Sevilla Somoza.  Le Nicaragua n’est pas favorable à un processus d’inspection illimité mais pour un désarmement immédiat et inconditionnel.  C’est pourquoi nous appuyons l’action du Conseil pour déterminer les conditions d’un respect définitif et sans dissimulation des résolutions du Conseil de sécurité par l’Iraq, a conclu le délégué. 


M. ERWIN ORTIZ GANDARILLAS (Bolivie) a exprimé sa préoccupation face à l’évolution de la crise iraquienne et aux mesures qui sont en voie d’être prises aux niveaux politique, diplomatique et militaire.  Il s’est inquiété ensuite des conséquences et du coût humain, politique, économique et social d’un conflit armé et a déclaré qu’il n’était pas véritablement possible de les prévoir avec exactitude.  Dans le même temps, a-t-il ajouté, nous sommes préoccupés par la menace que fait peser le régime iraquien sur la paix et la sécurité internationales dans la mesure où il dispose d’armes de destruction massive qui pourraient être utilisées par des groupes extrémistes et terroristes.


Depuis 12 ans, le Conseil de sécurité demande à l’Iraq de procéder à un désarmement total, a-t-il rappelé, regrettant qu’aujourd’hui, la crise iraquienne résulte encore du refus par l’Iraq de mettre en œuvre pleinement les dispositions de la résolution 1441.  Il a exprimé son inquiétude face aux divisions apparues au sein du Conseil de sécurité qui affectent la capacité des Nations Unies à maintenir la paix et la sécurité internationales.  Il a invité le Conseil de sécurité à agir avec fermeté et unité et à envoyer un message clair et sans ambages au Gouvernement iraquien pour que ce dernier comprenne que la communauté internationale ne transigera pas sur l’obligation de désarmer. 


M. B. G. CHIDYAUSIKU (Zimbabwe) a déclaré faire sienne la position de l’Union africaine pour laquelle une action militaire unilatérale contre l’Iraq aurait non seulement des conséquences désastreuses mais serait également un obstacle à la stabilité et au développement de l’Afrique.  L’Afrique est donc contre une solution militaire à la crise iraquienne.  La Déclaration de Kuala Lumpur du Mouvement des non alignés réaffirme également l’un des principes cardinaux du Mouvement à savoir le règlement des différends internationaux par des voies pacifiques.  Je tiens également à rappeler que la guerre menée contre l’Iraq en 1991 à la suite de l’invasion et de l’annexion du Koweït avait été autorisée par une résolution du Conseil de sécurité qui était alors placé sous la présidence du Zimbabwe, a poursuivi le représentant.  La force avait alors été employée en dernier recours. 


Aujourd’hui, la résolution 1441 nous fournit une feuille de route pour le désarmement pacifique de l’Iraq.  Il est de la responsabilité du Conseil de sécurité de soutenir les inspecteurs dont le mandat est de vérifier le désarmement de l’Iraq.  Les rapports de la CCVINU et de l’AIEA n’ont pas conclu à une violation flagrante de la résolution 1441.  M. Blix et M. El Baradei conviennent que Bagdad soutient activement les inspecteurs en encourageant les interviews privées de scientifiques, en autorisant les vols de reconnaissance et en détruisant les missiles Al Samoud 2.  Il est donc étonnant de constater que certains états ont l’audace de demander au Conseil d’abandonner la feuille de route diplomatique pour la guerre.  Nous appelons instamment le Conseil de sécurité à ne pas se laisser prendre en otage par un groupe d’Etats qui, pour protéger leurs intérêts nationaux, veulent nous convaincre qu’une guerre en Iraq est dans l’intérêt de la paix internationale.  Laissons les inspecteurs mener à bien leur mandat et seulement après serons-nous en mesure de réévaluer la situation à la lumière de leurs conclusions.  La résolution 1441 porte sur le désarmement de l’Iraq et non pas sur un changement de régime.


M. ALI HACHANI (Tunisie) a déclaré que les Etats arabes, dont la Tunisie, se sont efforcés de désamorcer la crise iraquienne dans le cadre strict de la légalité internationale.  L’Iraq a volontairement accepté de se soumettre à un processus de désarmement pacifique, selon les termes de la résolution 1441.  Les prises de positions du groupe des Etats arabes sont en harmonie avec celles des autres grands groupes régionaux ou politiques mondiaux, dont l’Union africaine, l’Union européenne et les non-alignés.  Nous félicitons aussi les inspecteurs de l’ONU et de l’AIEA pour la manière dont ils ont à ce jour mené leurs tâches en Iraq.  Nous espérons que la crise iraquienne sera de ce fait résolue dans le calme et la paix, et que le peuple iraquien sera bientôt libéré des longues sanctions qui lui ont été imposées.  La voie de la paix ne peut que grandir les Nations Unies, au moment où les peuples du Moyen-Orient attendent toujours de voir une solution au drame qu’ils vivent depuis si longtemps du fait de l’agression israélienne.


M. MWELWA C. MUSAMBACHIME (Zambie) a qualifié de « crucial » pour la paix et la sécurité dans la région et le monde, le respect par l’Iraq de toutes les résolutions pertinentes du Conseil de sécurité.  Citant les propos des Chefs de la CCVINU et de l’AIEA, le représentant a dit voir des progrès dans le désarmement iraquien.  Il a ensuite souligné les différents principes sur lesquels se fonde la politique de son pays pour expliquer son appui aux efforts de paix.  Il a aussi rappelé que l’Union africaine et le Mouvement des pays non alignés ont exprimé leur appui au programme d’inspections de l’ONU.  Nous ne croyons pas, a-t-il dit, que la guerre soit la meilleure approche pour résoudre cette crise.  La guerre ne construit rien, elle détruit les vies et les biens, a-t-il insisté avant d’appeler à une mise en œuvre continue des mesures pacifiques contenues dans la résolution 1441.  Il a conclu en appelant les membres du Conseil à préserver leur unité et à agir à l’unisson.  Toute action militaire, a-t-il ajouté, serait une catastrophe pour les pays les moins avancés.  Le monde actuel devrait travailler à la paix et au développement économique ainsi qu’à l’élimination de la pauvreté, de la faim et des maladies.  Les ressources affectées au désarmement devraient être allouées à ces domaines essentiels pour la survie humanitaire.  C’est ce qui devrait nous préoccuper, nous, les peuples de ce monde, a conclu le représentant.


M. MOHAMED BENNOUNA (Maroc) a déclaré que la situation délicate à laquelle est confrontée la communauté internationale dans la gestion de la crise iraquienne inquiète au plus haut point le Maroc.  Il a salué les mises au point faites le 7 mars dernier par MM. Blix et El Baradei et a pris note des progrès réalisés dans les inspections mais aussi des tâches non encore achevées.  Ce que nous voulons, a-t-il rappelé, c’est nous assurer que l’Iraq ne dispose plus d’armes de destruction massive.  Il a ensuite mis en garde contre les conséquences d’une guerre sur la région du Moyen-Orient et sur les relations internationales en général, et a invité la communauté internationale à éviter cette issue.  Il a souhaité, à l’instar du Mouvement des non-alignés, que la souveraineté et l’intégrité territoriales de l’Iraq soient préservées et que les inspections de la CCVINU et de l’AIEA se poursuivent à un rythme soutenu, avec la pleine coopération de l’Iraq.  Il a assuré que son pays, qui constitue depuis des siècles un lien entre le monde arabe, l’Afrique et l’Europe, est fermement attaché aux vertus du dialogue. 

Nous lançons un appel pour que toutes les voies de recours soient épuisées dans la recherche d’une solution pacifique de cette crise, a-t-il dit, et nous sommes convaincus de la pertinence des Nations Unies à cette fin, a-t-il conclu.


M. DIMCE NIKOLOV (Ex-République yougoslave de Macédoine), soulignant la gravité des décisions que devra prendre la communauté internationale dans les prochains jours pour assurer le désarmement de l’Iraq, a renouvelé l’appel de sa délégation en faveur d’une unité et d’un consensus le plus large possible au sein du Conseil de sécurité.  Il s’agit de parvenir au désarmement complet, immédiat et inconditionnel de l’Iraq conformément aux dispositions de la résolution 1441, a-t-il rappelé, regrettant que le régime iraquien continue de retarder et de poser des obstacles aux inspections de la CCVINU et de l’AIEA.  Nous avons soutenu tous les efforts de la communauté internationale pour parvenir à une solution pacifique, a dit M. Nikolov, mais aujourd’hui, la mauvaise volonté de l’Iraq est manifeste et il importe que le Conseil de sécurité prenne des mesures plus fermes et décisives.  Le processus d’inspection ne peut s’étendre indéfiniment dans le temps, a-t-il observé..  Ma délégation considère que le projet de résolution présenté devant le Conseil de sécurité est un moyen efficace d’accroître la pression.  Il a lancé un appel au Conseil de sécurité à prendre les mesures appropriées indispensables pour neutraliser le danger que représente l’Iraq pour la sécurité internationale. 


M. ISAAC LAMBA (Malawi), s'exprimant au nom du Groupe des Etats d'Afrique, a estimé que la guerre n'était pas inévitable et que tous les efforts devaient converger pour obtenir un désarmement pacifique de l'Iraq: ceci est possible en acceptant de faire preuve d'un peu plus de patience et de persévérance et en passant par les Nations Unies.  La résolution 1441, a-t-il poursuivi, ne constitue pas nécessairement un plan de guerre et ceci explique la réticence de certains pays à adopter une seconde résolution qui restreindrait les chances restantes de parvenir à un désarmement pacifique. 


Les conséquences d'une guerre se feraient lourdement ressentir jusqu'en Afrique, a par ailleurs prévenu le représentant: il ne s'agit pas d'une guerre du Moyen Age mais d'une guerre moderne recourant aux armes les plus meurtrières; des milliers, voire des millions de vie seront perdues; l'éclatement de l'Iraq n'est pas inconcevable, de même qu'une conflagration régionale dépassant les frontières de l'Iraq.  Les conséquences économiques d'une guerre affecteraient en outre les Objectifs de développement du Millénaire en matière de lutte contre la pauvreté.  La position africaine, en faveur du multilatéralisme et d'une résolution pacifique des conflits par l'intermédiaire des Nations Unies, n'est donc pas de soutenir la guerre à ce stade: les inspections nécessitent davantage de temps que le délai irréaliste du 17 mars proposé par le nouveau projet de résolution, a-t-il conclu.


M. MILOS ALCALAY (Venezuela) a réaffirmé l’attachement total de sa délégation au respect du droit international.  Notre pays soutiendra la prochaine décision qui sera adoptée par le Conseil de sécurité.  Nous nous alignons en outre sur les présentations effectuées par le Mexique et le Chili, en particulier la déclaration du Ministre des affaires étrangères du Chili lorsqu’elle a formulé l’espoir, devant ce Conseil, d’aboutir à une décision consensuelle pour régler la crise iraquienne.  Nous estimons que tous les efforts déployés doivent avoir pour objectif de trouver une solution par la voie diplomatique.  En d’autres termes, nous estimons que la paix est une valeur universelle et nous réaffirmons que sa poursuite est l’un des principaux objectifs de cette organisation.  Enfin, nous appuyons les déclarations du Secrétaire général de l’ONU encourageant la recherche d’une solution qui serait un message de foi, d’espoir et de paix. 


M. PAPA LOUIS FALL (Sénégal) a souligné l’obligation impérieuse pour les dirigeants iraquiens d’appliquer « sans regimber ni donner dans le dilatoire ou la procrastination » toutes les résolutions que le Conseil de sécurité a adoptées depuis 1991.  Il a, en effet, noté la perception diffuse que les progrès limités et laborieusement enregistrés ne permettent pas encore d’oblitérer l’impression négative quant au déficit de coopération de Bagdad dans certains domaines.  Redisant son appréciation à la CCVINU et à l’AIEA, il a encouragé l’Iraq à se saisir résolument de cette énième possibilité pour fournir des preuves et indications tangibles, susceptibles de révéler qu’il ne détient plus d’armes de destruction massive ou que, le cas échéant, il est prêt à en inventorier publiquement le reliquat pour destruction.  Reconnaissant que le désarmement ne saurait être instantané ni les inspections durer éternellement, le représentant a jugé important de rechercher ensemble une alternative crédible à la guerre et aux inspections interminables.  Il faut trouver, a-t-il dit, une solution fondée non par sur la loi de la force mais plutôt sur la force de la loi, sous l’éclairage de la Charte de l’ONU et des résolutions pertinentes du Conseil.  Toute action coercitive à l’encontre de l’Iraq, a-t-il insisté, doit absolument s’inscrire dans le cadre de l’ONU qui, seule, est à même de lui conférer la légitimité internationale, par le canal du Conseil de sécurité. 


Le Conseil, a prévenu le représentant, doit prendre la pleine mesure de ses responsabilités au risque de perdre sa crédibilité.  Il nous faut ensemble tenir ce pari volontariste au moment où les sombres perspectives d’une guerre imminente contre l’Iraq se font jour avec le spectre hideux des effets collatéraux au Moyen-Orient et ailleurs dans le monde, par-delà les terrifiantes menaces de représailles terroristes de la part de multinationales du crime, a poursuivi le représentant.  D’autant que, a-t-il jugé, sous l’empire des récents évènements terroristes, il urge de tout mettre en œuvre pour conjurer et endiguer ce «choc des civilisations» brandi par les fanatismes de toutes obédiences.  Le représentant a donc proclamé sa conviction qu’il faut solidairement surgir du «chaos tyrannique».  Permettons, a-t-il conclu, aux inspecteurs de déchirer les ténèbres des «reliques dépassées d’une époque révolue» et, avec le concours volontaire ou forcé de Bagdad, de renforcer leurs activités et poursuivre leur mission sur la base d’un calendrier raisonnable et transparent, précis et rigoureux, en vue de hâter, sans ultimatum qui enclencherait automatiquement la guerre, le désarmement complet de l’Iraq. 


M. ROBERT GUBA AISI (Papouasie-Nouvelle-Guinée) a souhaité que ce débat puisse influencer les décisions que prendra rapidement le Conseil de sécurité et qui auront un impact au plan mondial.  Il a jugé que tout retard dans la décision du Conseil de sécurité ne pouvait qu’accentuer les incertitudes et exacerber les tensions déjà très vives.  Le représentant a déclaré que, au regard des rapports présentés le 7 mars par MM. Blix et El Baradei, l’Iraq pouvait en faire davantage pour accélérer la mise en œuvre de la résolution 1441 et il a invité le régime de Bagdad à coopérer pro-activement avec les équipes de la CCVINU et de l’AIEA.  Il a invité le Conseil de sécurité à envisager toutes les voies pacifiques pour résoudre la crise iraquienne et a exhorté la communauté internationale à s’engager dans une guerre contre les inégalités, les injustices, la pauvreté avant tout.  Nous savons que la décision finale du Conseil de sécurité révèlera un nouvel ordre international, a-t-il dit, avant de plaider pour que le recours à la force ne soit envisagé que collectivement au sein de l’enceinte des Nations Unies et en dernier recours. 


M. OSWALDO DE RIVIERO (Pérou) demande à nouveau au Gouvernement iraquien d’assumer pleinement ses obligations en matière de désarmement, y compris l’élimination complète de ses armes de destruction massive selon les termes de la résolution 1441 et des autres résolutions du Conseil de sécurité.  L’Iraq a l’obligation de coopérer de façon immédiate, active et inconditionnelle avec les inspecteurs des Nations Unies.  Le Gouvernement iraquien doit comprendre, une fois pour toutes, que la seule possibilité dont il dispose pour normaliser ses relations avec la communauté internationale est de procéder à un désarmement immédiat et pleinement conforme aux résolutions pertinentes du Conseil de sécurité. 


Le Pérou estime, comme l’a rappelé récemment le Secrétaire général de l’ONU, M. Kofi Annan, que les conflits et les menaces à la paix ne peuvent trouver de solution que dans le respect des principes de la Charte et par le biais des mécanismes qu’elle établit.  Cela signifie que l’usage de la force doit être considéré comme le dernier recours.  Nous sommes conscients de la difficulté de la tâche des inspecteurs.  Cependant, il ressort des rapports que l’Iraq n’a pas procédé à la destruction complète de ses armes de destruction massive.  Dans ce contexte, la fixation d’une échéance à l’Iraq pour procéder à un désarmement complet est une exigence que le Gouvernement du Pérou soutient car le temps ne peut pas être utilisé pour vider de leur contenu les décisions du Conseil de sécurité. 


M. LUIS GUILLERMO GIRALDO (Colombie) a estimé que la coopération de l’Iraq avec les inspecteurs des Nations Unies a été jusqu’à ce jour insuffisante.  L’Iraq continue de dissimuler des stocks d’armes interdites et continue d’en produire, et seule la menace de la force a poussé le gouvernement de ce pays à coopérer de façon minimale avec les inspecteurs de l’ONU.  Les conséquences graves dont parle la résolution 1441 pourraient donc être mises en œuvre, a dit le représentant en accusant l’Iraq d’avoir par le passé constamment cherché à intimider ses voisins avec des armes de destruction massive.  La solution finale du problème qui se pose en Iraq est entre les mains des autorités de ce pays, mais la Colombie pense qu’il ne faudrait pas exclure l’usage de la force, si l’Iraq ne se montre pas plus coopératif.


M. TERUNEH ZENNA (Ethiopie) a estimé qu’il restait encore beaucoup à faire pour s’assurer que l’Iraq ne dispose plus d’armes de destruction massive et pour s’assurer du désarmement total de l’Iraq en vertu de la résolution 1441.  Il a encouragé le Conseil de sécurité à faire preuve d’unité pour faire pression sur l’Iraq, soulignant que les seuls progrès accomplis à ce jour ont été le résultat de la pression diplomatique et militaire.  L’usage de la force ne peut être qu’un dernier recours a-t-il admis, tout en estimant que c’était à l’Iraq de faire la preuve de sa pleine coopération avec les inspecteurs en désarmement afin d’éviter la guerre. 


M. MOHAMMED ALDOURI (Iraq) a remercié tous les Etats qui continuent de manifester leur appui au règlement politique de la question iraquienne.  Par ce biais, ils ont rendu hommage à la coopération de l’Iraq et au travail des inspecteurs de l’AIEA et de la CCVINU.  Les Etats qui se sont associés aux Etats-Unis et au Royaume-Uni dans le projet de résolution qui veut faire la guerre n’ont pourtant aucun intérêt à son déclenchement.  Même si nous comprenons bien leur ralliement, il est néanmoins injustifiable car ils n’ont aucun intérêt à ce que l’Iraq soit occupé par la superpuissance.  Ces Etats sont tenus de prendre position.  Nous connaissons l’ampleur des pressions directes et indirectes des Etats-Unis et du Royaume-Uni sur eux.  Certains des Etats qui se sont ralliés aux Etats-Unis et au Royaume-Uni sont occupés par des centaines de milliers de soldats américains et ne peuvent rien dire.  Certains autres sont payés et nous respectons leur choix.  Nous voulons toutefois les assurer que l’Iraq a pris une décision stratégique : nous n’avons pas d’armes de destruction massive.


L’Iraq a été minutieusement fouillé par des inspections renforcées et intrusives.  Ces dernières ont montré que l’Iraq ne dispose pas de programme nucléaire.  L’Iraq a détruit ses armes unilatéralement en 1991.  Ce que l’on nous demande à présent, c’est combien d’armes ont été détruites et quand elles l’ont été.  Il n’est pas facile de répondre à cette question car ces armes ont été détruites dans un certain laps de temps et il nous faut un délai pour pouvoir prouver que nous ne disposons plus de ces armes.  Dans les jours à venir, nous verrons bien que ces armes n’existent plus et ceux qui veulent détruire l’Iraq le regretteront alors.  Une bombe de 12 000 kg menace l’Iraq.  Il s’agit d’une menace à laquelle se sont ralliés de nombreux petits Etats qui n’ont pourtant aucun intérêt à la destruction de notre pays.  Nous formulons l’espoir que le Conseil de sécurité s’opposera à l’utilisation d’une telle arme. 


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