LE REPRESENTANT SPECIAL DU SECRETAIRE GENERAL POUR L’AFGHANISTAN FAIT ETAT DES ENJEUX DU PROCESSUS DE CONSOLIDATION DE LA PAIX EN 2003

31 janvier 2003
CS/2442

LE REPRESENTANT SPECIAL DU SECRETAIRE GENERAL POUR L’AFGHANISTAN FAIT ETAT DES ENJEUX DU PROCESSUS DE CONSOLIDATION DE LA PAIX EN 2003

31/01/03
Communiqué de presseCS/2442

Conseil de sécurité

4699e séance – matin

LE REPRESENTANT SPECIAL DU SECRETAIRE GENERAL POUR L’AFGHANISTAN FAIT ETAT DES ENJEUX DU PROCESSUS DE CONSOLIDATION DE LA PAIX EN 2003

Le Conseil de sécurité a tenu ce matin sa première réunion d’information mensuelle de l’année 2003 sur la situation en Afghanistan.  Elle a entendu à ce titre un exposé du Représentant spécial du Secrétaire général des Nations Unies pour l’Afghanistan, M. Lakdhar Brahimi, qui a fait état des éléments nouveaux intervenus en Afghanistan depuis la réunion du 13 décembre 2002 et a défini les domaines dans lesquels l’Afghanistan devait s’investir au cours de 2003, à savoir la consolidation des institutions de l’État, le renforcement de la réconciliation nationale et la poursuite des programmes de reconstruction et d’infrastructures.  A cet égard, il a fait part des consultations en cours avec le Président Karzai pour renforcer les capacités de coordination du Gouvernement afghan et identifier la part d’engagement de la communauté internationale. 

S’agissant de la réconciliation nationale, M. Brahimi a jugé que la finalisation, en 2003, du projet de constitution sera une étape importante.  Trop d’ Aafghans se sentent encore exclus des transformations politiques, a-t-il dit, prônant en conséquence une ouverture politique pour éviter que ceux qui se sentent exclus ne soient tentés de saper le processus de paix.  Pour sa part, la communauté internationale doit aider le Gouvernement afghan à renforcer sa légitimité en soutenant les programmes de reconstruction et de redressement économique seuls à même de rétablir la confiance. 

Abordant la question de la sécurité, le Représentant spécial a jugé qu’il demeurait fragile, notamment en raison de la persistance de poches de résistance des Taliban dans certaines régions de l’Afghanistan.  Ceci étant, a-t-il poursuivi, depuis un mois, la situation sécuritaire en Afghanistan a été relativement calme malgré certaines activités terroristes telles que celle qui a coûté la vie hier à douze personnes à Kandahar dans l’explosion d’un bus.  De même dans l’ouest du pays, la province de Badghis a été le théâtre d’une reprise des hostilités en raison de la défiance du Gouverneur local, Gul Muhammad, face à l’autorité d’Ismael Khan.  Dans le sud, les tensions entre le gouverneur de Kandahar et le chef de la police ont été réglées grâce à la signature d’un accord entre les deux personnalités sur la répartition de leurs prérogatives en matière de sécurité. 

Le Représentant spécial a également annoncé l’évolution positive dans le nord du pays suite à la signature par les généraux Dostum et Atta d’un accord en mai 2002 qui a permis de réduire les tensions malgré la reprise des conflits dans les provinces de Faryab et de Dar-i-Souf.  Il a aussi fait mention de l’adoption prochaine d’un décret présidentiel aux termes duquel deux responsables des services de renseignement appartenant aux parties

rivales de Jumbesh et Jamiat ont été relevés pour corruption.  Ce décret a permis d’envisager une collaboration étroite entre les deux unités pour renforcer la sécurité.  M. Brahimi a déploré ensuite la poursuite des activités de groupes armés aux alentours de Mazar-i-Sharif en raison notamment de l’insuffisance des effectifs de la police.  Il a ensuite mentionné certaines attaques contre la coalition internationale conduite par les Etats-Unis, notamment celle qui a conduit à la mort de deux soldats américains le 17 décembre.

S’agissant de la réforme du secteur de la sécurité, M. Brahimi a souligné la portée du décret présidentiel du 1er décembre créant une armée nationale afghane.  Ce décret prévoit également un programme de collecte d’armes, de démobilisation et de réintégration des anciens combattants pour jeter les bases de la nouvelle armée, a-t-il dit.  Il a ensuite annoncé que les États-Unis et la France, qui forment la nouvelle armée, considèrent que d’ici à la fin de 2003, près de 7 000 soldats seront à pied d’oeuvre.  Il a exhorté la communauté internationale à continuer d’appuyer les programmes de démobilisation des anciens combattants et de formation de la nouvelle armée.  Il a notamment annoncé une concertation tripartite en cours sur le programme de démobilisation entre la Commission du désarmement, la MANUA et le Gouvernement du Japon.  Le Président Karzai a nommé un nouveau Ministre de l’intérieur, M. Ali Ahmad Jalali, et un nouvel organigramme pour la police est en cours de préparation notamment grâce à la coopération du projet de police allemand.  Ce projet de formation de la police conduit par l’Allemagne a permis la formation de 1 450 agents de police, dont 29 femmes, mais le Gouvernement a des difficultés à payer les salaires d’où les risques de corruption des agents de police, a–t-il mis en garde. 

Abordant la réforme du secteur de la justice, le Représentant spécial a rappelé que l’Italie, qui a pris la tête des efforts de coopération dans ce domaine, avait accueilli en décembre une conférence au terme de laquelle les bailleurs de fonds s’étaient engagés à verser 29 millions d’euros sur plusieurs années pour appuyer les réformes entreprises par la Commission judiciaire.  Le projet de plan sur les réformes constitutionnelle et législative, et la reconstruction des institutions judiciaires est en cours de finalisation.  Il a d’ores et déjà fait part d’un accord intervenu sur la création d’un centre de formation judiciaire et pour rétablir la Cour suprême de Kaboul.  Cependant, face à l’absence de personnel judiciaire expérimenté et aux limites du système pénal, il a invité la communauté internationale à soutenir davantage ce domaine.

Enfin, s’agissant du processus électoral et constitutionnel, M. Brahimi a annoncé que, aux termes d’un calendrier défini le 27 janvier dernier par la Mission d’assistance des Nations Unies en Afghanistan (MANUA) et la Commission constitutionnelle, le projet préliminaire de constitution devrait être achevé d’ici le mois de mars 2003.  D’avril à juin, a-t-il dit, se tiendront des consultations publiques pour recueillir les avis et positions de la population.  Les membres de la Commission finaliseront ensuite en août le projet de constitution qui sera soumis en octobre à une Loya Jirga exceptionnelle pour examen et adoption. 

La Commission de rédaction de la constitution devrait achever un travail préliminaire d’ici à mars 2003 et devrait procéder à des consultations publiques dans l’ensemble du pays d’avril à juin, dans l’espoir de présenter un projet au mois d’août à la Loya Jirga.

Concernant les élections, le Représentant spécial a défini celles de juin 2004, qui sont prévues conformément à l’Accord de Bonn, comme une étape importante vers le renforcement de la légitimité du Gouvernement afghan.  Le Président Karzai, a-t-il précisé, est conscient de l’urgence de certaines tâches clefs en ce domaine, comme la création d’une Commission électorale en attendant l’adoption de la future constitution.  A cet égard, il a indiqué que la MANUA, assistée par la Division de l’assistance électorale du Département des affaires politiques, travaille à la mise en place d’une équipe électorale à Kaboul chargée de renforcer les capacités électorales du Gouvernement. 

S’agissant des droits de l’homme, M. Brahimi a précisé que la Commission indépendante des droits de l’homme en Afghanistan a commencé à mettre en œuvre son programme de travail avec la collaboration de la MANUA, du Bureau du Haut représentant aux droits de l’homme et du PNUD.  Depuis la réunion du mois dernier, cette Commission a établi des bureaux dans sept provinces et a été saisie de 600 plaintes ou pétitions d’individus ou groupes.  La plupart de ces plaintes portent sur des cas d’intimidation et de violence de la part de commandants locaux contre des partis politiques ou des acteurs de la société civile.  En outre, M. Brahimi a cité des cas préoccupants de policiers utilisés par des dirigeants politiques pour harceler des opposants, ce qui souligne l’urgence de renforcer les services nationaux en matière de renseignements.  Il a également mentionné une enquête en cours de préparation par le Ministère de la justice et le Ministère de l’intérieur sur la situation dans les prisons afghanes. 

S’agissant des conséquences des manifestations d’étudiants qui avaient fait deux morts et quinze blessés en novembre 2002 à Kaboul, la Commission d’enquête mise en place par le Président Karzai a conclu que la corruption à grande échelle est un facteur qui a beaucoup contribué aux conditions de vie misérables des étudiants.  L’enquête, sans porter de preuve, a laissé entendre que des organisateurs de cette manifestation avaient des liens avec Al-Qaida.  Par ailleurs, il a indiqué qu’au terme de cette enquête, cinq policiers dont un général ont été arrêtés pour avoir usé d’une violence excessive contre les manifestations.  M. Brahimi a également fait état des efforts du Bureau des droits de l’homme de la MANUA pour régler des différends territoriaux entre communautés turkmène et ouzbèke dans la région de Kunduz.  Dans le nord de l’Afghanistan, les membres de la Commission des retours se sont rendus dans plus de cent villages pour régler les problèmes liés au retour des réfugiés. Il s’est inquiété de la situation des femmes en faisant état des réactions négatives du Gouvernement d’Hérat d’Ismaël Khan qui souhaite interdire l’éducation mixte. 

Concernant la reconstruction économique, M. Brahimi a salué la mise en place du Programme d’assistance de transition à l’Afghanistan (PATA) résultant de la réunion du Groupe de soutien à l’Afghanistan qui s’est tenue à Oslo en décembre dernier.  Précisant que l’ambition de ce programme est de faire un lien entre le Gouvernement de Kaboul et les institutions des Nations Unies dans le but de jeter les bases de la reconstruction de la réhabilitation et du développement à long terme, il a encouragé les donateurs, qui s’étaient engagés à répondre de manière positive aux 815 millions de dollars sollicités dans le cadre de ce programme, de mettre en pratique leur engagement.  Ce programme inclut notamment les opérations de déminage, ou encore la préparation du futur recensement national.  Le Représentant spécial a défini l’appui aux communautés qui devront assumer les conséquences du retour de 1,2 millions de réfugiés qui rentreront dans leurs foyers en 2003, comme l’une des plus importantes tâches de la communauté internationale pour l’année en cours.  Il a évoqué à cet égard les efforts du Gouvernement afghan en matière d’emploi et de la préparation de l’hiver pour répondre aux besoins alimentaires des plus nécessiteux.

Selon M. Brahimi, le trafic de stupéfiants continue d’être un sujet de préoccupation majeure. Après une baisse de la production pendant plusieurs années, on a noté une reprise de la culture du pavot en 2002 qui est notamment due à la pauvreté.  Dans le passé, les profits tirés de cette culture ont été utilisés pour appuyer une économie de guerre, et il faut veiller à ce que la reprise de cette culture ne génère pas de nouveaux conflits.  Il s’est félicité de la lutte engagée par le Gouvernement de l’Afghanistan contre la culture du pavot avec les cinq gouvernements les plus touchés par ce problème.  Le problème est de trouver des cultures et des travaux de substitution. 

En conclusion, M. Brahimi a souligné que le succès du processus de paix, de reconstruction et de développement de l’Afghanistan dépend de l’engagement continu du peuple afghan en ce domaine, soutenu par les efforts de la communauté internationale.  Il a attiré en particulier l’attention sur les forces toujours actives qui, si elles ne sont pas maîtrisées, peuvent porter atteinte aux progrès significatifs réalisés au cours de l’année dernière. 

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